6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 12:45

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

Poème d'une aïeule

 

 

 

 

La vieille

 

 

 

Renée Vivien

 

 

Crédit photo : Renée Vivien image trouvée sur Wikipédia, domaine public

 


 

[P. 63/P. 65 PDF] Il est, au cœur de la vallée, un étang que l'on nomme l’Étang Mystérieux. Sur les eaux noires, jamais un roseau n'a frissonné, jamais un nénuphar n'a fleuri. On le nomme l’Étang Mystérieux, car il est insondable et terrible, et nul n'en avait connu le fond, lorsque l'homme le plus audacieux des villages environnants résolut de découvrir le secret. [P. 64/P. 66 PDF]. Il plongea dans l'onde opaque où le vent même venait s'évanouir sans jamais l'émouvoir d'un tressaillement.

Il plongea dans l'abîme dont nul n'avait jamais connu le fond. Et, pendant trois jours et trois nuits, il tomba vertigineusement dans le vide. Enfin, il perçut une lueur d'aurore. Et il entra dans la lumière. Au-dessus, l'eau noire tournoyait. L'homme était dans un jardin où les fleurs lui révélaient d'étranges dessins et des souffles inconnus. Un lys avait la forme d'une étoile, une rose brûlait comme un soleil.

Parmi l'universelle beauté, une vieille était accroupie. Elle étalait cyniquement la hideur des taupes et des crapauds. Voûtée, elle semblait fléchir sous le poids des siècles. De ses yeux éteints, elle regarda fixement l'intrus. En vérité, elle avait la hideur des taupes et des crapauds. Et elle lui dit : « Je sais tous les secrets de l'amour. » L'homme se détournera, pris de dégoût. [P. 65/P. 67 PDF] Mais elle reprit : « Je sais toutes les voluptés. » L'homme la repoussa avec horreur. Mais elle lui dit : « La beauté pâlit devant ma toute-puissance*, car je sais toutes les voluptés ! » Et le baisa sur la bouche. Elle avait la hideur des taupes et des crapauds, mais l'homme lui rendit son baiser… Le plus audacieux des hommes n'a jamais reparu dans son village. Il demeure à jamais enchaîné par le monstrueux enlacement…

Il est, au creux de la vallée, un étang que l'on appelle l’Étang Mystérieux...

 



 

* Renée Vivien y entend "omnipotence". Ce portrait de la "vieille" est à la fois traditionnel (dans la description de la laideur de la vieillesse représentée par la répétition de la description "la hideur des taupes et des crapauds") et innovant dans sa manière de penser l'importance du vécu amoureux (des savoirs cumulés sur soi et l'autre) en esquissant une allégorie de la vieillesse en un étang mystérieux contenant un jardin lumineux, originel, où se cache la mort qui entraîne les plus courageux des hommes vers une chute funeste : "Il y demeure à jamais enchaîné par le monstrueux enlacement" qui n'est que le baiser de la mort...

 

 

Référence bibliographique : ce poème en prose est un extrait transcrit, remanié et enrichi d'une note explicative par D. Sahyouni de VIVIEN, Renée (1877-1909), Brumes de fjords, Paris, A. Lemerre, 1 vol., 122 p., in-12, 1902, pp. 63-65, domaine public, Bibliothèque nationale de France, http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31596246j, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k, voir aussi les liens ou (permaliens) des pages transcrites : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f60.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f61.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f62.image.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 


Renée Vivien, « La vieille », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 6 juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/rv-vieille.html

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:03

 

Poème inédit pour "Les voix de la paix et de la tolérance" 

 

 

Le cœur vaillant du vivant

 

Dina Sahyouni

 

© Crédit photo : Dina Sahyouni travaillant, hiver 2017. Image recadrée sans l'écran de l'ordinateur.

 

 

Plus qu'un égard,

plus qu'un sourire,

plus qu'un discours,

plus qu'un poème,

plus qu'une blessure,

plus qu'une femme ou qu'un homme que l'on aime

plus qu'un paradis promis aux cœurs bénis

plus qu'un cœur qui bat

et qu'un corps qui se bat

tu es l'autre qui me donne des ailes

quand les ombres me fixent sur la terre

tu es le chemin long, pénible de l'humanité vers sa propre destinée

 

 

Plus qu'un regard,

plus qu'une femme,

plus qu'un homme,

plus que le handicap,

plus qu'un animal,

plus qu'un végétal,

plus qu'une machine,

plus qu'un livre,

plus qu'un minéral,

plus qu'une mort,

plus qu'une vie,

plus qu'un regard qui me guérit,

plus que la différence

qui déchire ou sape la vie

tu es la mort de la haine

la tolérance des esprits

ma nourriture céleste

mon refuge d'être terrestre

d'être autiste –

tu es le Récit de mes récits

le pli de mon âme,

la seule valeur sûre qui me reste

reste autre, reste,

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est plus une souffrance

elle est tolérance, renaissance

 

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est que l'écart de nos points de vue

Non à la famine ! Non aux guerres !

reste autre, reste

nos différences sont des grains de beauté

éparpillés sur le visage de l'humanité

reste autre, reste,

autre si différent de moi

reste ici, reste

dans le cœur vaillant du vivant.

 

13 avril 2017 à 11h35

 

 

 

Poésie engagée

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Le cœur vaillant du vivant », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique 2017 : ''Les voix de la paix et de la tolérance", mis en ligne le 18 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/coeur-vaillant.html

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 17:02

 

Critique & réception

Anick Roschi

 

Le voyage des ombres

 

Éditions du Cygne, coll. Poésie francophone, 62 p.

 

Dina Sahyouni

 

 

 

© Crédit photo : 1ère de couverture de l'ouvrage illustrée par Anick Roschi

 

 

 

Le voyage des ombres est un recueil dense à portée historique et politique. Il appartient à la poésie mémorielle. Le poète s'inspire des événements dramatiques qui ont secoué le XXème siècle pour composer un pan mémoriel de poèmes sur lequel il transcrit simultanément sa révolte et sa peine. En rendant ainsi hommage aux victimes et en criant l'horreur de l'humain à l'égard de ses semblables, il se transforme en poète témoin, chroniqueur et historien des violences et des crimes contre l'humanité commis partout sur cette planète. Ce recueil porte donc les stigmates des temps de haine jusqu'à faire disparaître le verbe et se retrouver dans le poème nominal dans « Baisers volés » (décrivant la dictature de 1976 en Argentine).

Les mots dénudés de tout artifice tracent des figures et font jaillir du néant instauré par la haine les mémoires vives des victimes dans plusieurs poèmes tels : « Bouquet » (p. 10), « Immortelle » (p.12), « Boucles » (magnifique poème inspiré des horreurs d'Auschwitz, p. 13), « Présent » (p. 16), « Les oiseaux » (p. 17), « Panthère » (p.22), « Ébène » (p. 23), « Ta fille où est-elle? » (p. 52)...

L’oxymore et la litote sont omniprésents dans cet ouvrage et la douceur des mots dévoile autrement l'horreur des injustices battantes. Le poète Anick Roschi emploie la poésie comme un vecteur de témoignage.  Oui, la poésie peut rendre, à l'instar du roman historique et du roman-témoignage, le réel laid de notre humanité à travers la beauté des mots et la grâce de leurs musiques. La poésie n'est sûrement pas une panacée, mais elle est parfois un requiem et une sarabande. Elle est l'arme blanche des non violents révoltés. Ainsi, la douceur et la beauté viennent contrebalancer la haine et enrayer la machine de la loi du talion, de la vengeance et de « la violence qui engendre la violence ».

Ponctué d'illustrations intéressantes et dûment documenté, ce recueil-témoin est un pan mémoriel et un hymne à la non violence et aux victimes de la « banalité du mal » (dont parle Hannah Arendt) ancrée en nous. À lire absolument ! *

 

* Page du livre aux éditions du Cygne : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-voyage-des-ombres.html

 

***

Pour citer ce texte

Dina Sahyouni, « Anick Roschi, Le voyage des ombres, Éditions du Cygne, coll. Poésie francophone, 62 p. », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 28 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/voyage.html

 

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 16:48

 

Article du hors-série 2016

Parution imprimée le 30 décembre 2016

 

 

Les ingrédients du lyrisme

 

dans la poésie négritudienne

 

 

 

Emmanuel Toh Bi

Université de BOUAKÉ Côte d’Ivoire

 

 

 Introduction

 

La poésie n’a jamais cessé d’être autant une idéalisation du fait vécu qu’une idéalisation du fait linguistique. C’est que la célébration du langage, en tant qu’entité vivante, l’emporte sur celle de l’expérience existentielle dans le texte. À tout le moins, l’expérience indiquée ne peut y présenter un entrain idéalisé que lorsque le langage, souffle spirituel en l’artiste, expose, par le baromètre de la stylistique, des parures métaphysiques. C’est le propre du lyrisme qui envoûte le mot olympien du poète, qui en arrive, au bout d’un mécanisme alchimique, à proposer un monde imaginaire, contrepartie hautement intellectualisée de la réalité lucide.

Le lyrisme, théorie issue des sonorités de rêve de la lyre- de son littéralisme "lyre-isme", est la conséquence du poids des émotions intense du poète sur l’axe paradigmatique, celui de l’univers des mots, celui sur le terreau duquel tout locuteur sélectionne des mots pour les combiner en quelque syntaxe. En d’autres termes, le caractère émotionnel, onirique et non vraisemblable du langage poétique, au profil presque « handicapé », est le produit de la pesanteur de la vie psychique interne du poète sur la langue et sa structure simple.

Le fait est que la personnalité interne du poète ne nous semble pas être ex-nihilo, non plus en déconnexion avec ses schèmes culturels. Ses émotions internes, fussent d’ordre intellectuel, seraient le travail des impressions reçues par l’artiste dans le bain de son cadre socioculturel au cours de sa croissance, mieux, de son devenir. Il en hérite façons de penser, fantasmes, modes de perception, cosmogonies… Nous voulons arriver à la conclusion que le fait poétisé, ancrage des émotions du poète, est pour beaucoup dans le niveau du style ou de la qualité d’un texte poétique. Ici, tout se passerait comme si le fait poétisé lui-même se choisit un style et une rêverie chaleureuse.

On a beaucoup glosé sur la richesse entreprenante du style de la poésie de la négritude, sublime, du reste. Ce style, aux ruses d’envoûtement, nous paraît imputable au fait médiatisé par les poètes dudit mouvement, sinon, à la hauteur intello-spiritualiste de leur source d’inspiration. Tant et si bien que, entre le style, voire, la littérarité d’un poème, et le fait qu’il présente, semble exister un pont indéboulonnable, au sens de l’adéquate proportion ou du juste équilibre. Beaucoup d’observateurs, méprisant ou méconnaissant l’esthétique négro-africaine, ont, hâtivement peut-être, assimilé SENGHOR, CÉSAIRE et DAMAS, à des épigones de CLAUDEL, BAUDELAIRE ou SAINT-JOHN PERSE. Certes, nos orfèvres de l’écriture, lévites de la culture africaine, ont, de façon non négligeable, flirté avec la civilisation occidentale. Mais, leur art n’aurait pas fait écho dans tous les pôles du monde s’il n’était pas oxygéné du souffle de l’africanité ou de la négrité narrée. L’Afrique, terre de mystère, terre d’initiation et d’émotivité, est, certainement, un vivier potentiel de poésie dont ses fils, mentalement et sociologiquement conçus dans son moule, sont des acteurs. irréductibles. En plus de cette disposition naturelle ou génétique, l’âme du continent est tragiquement marquée par des faits majeurs dont la gravité les inscrirait dans l’imaginaire poétique. Par ce genre, donc, l’âme du continent, comme par psychanalyse, exposerait lyriquement des expériences historiques qui interpellent la conscience intime de la race humaine ; la poésie s’imposant à l’expression toutes les fois que l’esprit de l’homme pleure, déplore ou s’apitoie sur son sort, non de façon oiseuse, mais, plutôt, pour s’auto-appliquer une cure de délivrance spirituelle. En un mot, l’humanisme énigmatique du cœur nègre, du réel nègre, du vécu nègre, en a, sans doute, intimé au mot occidental, aux structures et syntaxes du savoir scolaire dont il constituerait un arrière-plan chaleureux. Dans ce sens, la spiritualité du tam-tam, la mythologie de la femme, la fortune de la nature, pourraient constituer des pistes à explorer, aux fins d’apprécier, à sa juste valeur, l’écriture surréelle négritudienne.

 

 

I - La spiritualité du tam-tam

 

 

 

Dénotativement, on va dire du tam-tam qu’il est un instrument de musique à percussion, constitué d’un fût recouvert d’une ou de plusieurs peau(x) tendue(s), frappée(s) à l’aide des doigts ou de baguettes prévues à cet effet. La vibration ainsi obtenue est amplifiée par le fût qui fait office de caisse de résonance, parfois modifiée par un timbre en acier ou en boyau naturel ou synthétique. En Afrique, le tam-tam remonte à plus de 6000 ans avant JÉSUS-CHRIST et est souvent utilisé comme moyen de communication entre tribus plus ou moins éloignées. Il est inaliénable pendant les moments de réjouissance ou pendant les rites initiatiques. Le tam-tam, c’est l’âme de l’Afrique, du fait qu’il concentre, de façon sonore, ses pulsions psychiques. Il y existe en autant de types qu’il y a de tribus, autant de rythmes que de villages, que d’états d’âmes. Tout compte fait, l’énigme qui est la sienne en fait un creuset de spiritualité pour les peuples d’Afrique qui y voient même un agent d’éducation sociale. Chez les Mossé de Pacéré Titinga, par exemple, c’est le tam-tam, support d’action artistique et savante du griot qui ouvre et clôt le rituel d’initiation à l’intégration sociale. C’est que, derrière l’acoustique bien rythmé de l’instrument décrit, se cachent des enseignements d’une telle hauteur intellectuelle et spirituelle que ne peuvent les capter que les initiés qui, eux, sont l’épine dorsale de la société. C’est toute la quintessence théorique de la Bendrologie (du mossé ben’dré : tam-tam-calebasse) de Pacéré Titinga. En un mot, le tam-tam, en Afrique traditionnelle, ne se résume pas à l’acoustique ; il est toute la sagesse humaine, toute la vision du monde d’une communauté, il est, globalement, la voix de son art en tant que reflet vraisemblable ou invraisemblable du souffle quotidien de l’Afrique. Selon Robert JOUANNY, « On méconnaîtrait la réalité africaine, et du même coup, le sens de la poésie senghorienne, si on limitait le rôle du tam-tam et de façon générale de tous les instruments de musique à une fonction d’accompagnement »1. En réalité, le tam-tam et ses paires sont pour l’homme africain, à la fois le moyen de « se retrouver dans le cosmos » et de communiquer avec un dialogue universel, par-delà l’espace et le temps :

 

«  Tam-tam au loin, rythme sans voix qui fait les nuits et les villages au loin

    Par-delà les forêts et les collines par-delà le sommeil des marigots

    (…) Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau »2.

 

La négritude, donc, mouvement culturel pour la valorisation de la culture noire, fut rythmée par le tam-tam si elle ne s’en pas servi comme plume de son écriture. Ces quelques titres et sous-titres des poèmes de Senghor peuvent en attester : « Pour un tama, tambour au son allègre », « L’Homme et la bête, pour trois tabalas ou tam-tams de guerre », « tam-tam d’amour, vif », « La mort de la princesse, pour un tam-tam funèbre », « pour orgue et tam-tam au loin ». À juste titre, SENGHOR s’est toujours plu à noter le caractère symphonique de la poésie négritudienne. En effet, les poètes de cette organisation de connaissance la vivent, à la manière de leur propre dualité, en associant une rhétorique très élaborée et un contact immédiat avec les choses. C’est opportunément que David DIOP définit la poésie comme « La fusion harmonieuse du sensible et de l’intelligible, la faculté de réaliser par le son et par le sens, par l’image et par le rythme, l’union intime du poète avec le monde qui l’entoure »3. Ainsi, par la poétique du tam-tam, certainement, la poésie négritudienne parvient à avoir un écho retentissant, de sorte à fusionner avec toutes les sphères nègres de la terre (« Par-delà les forêts et les collines par-delà le sommeil des marigots »), à l’effet de rendre culturellement méliorative la race noire à la face du monde : « Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau ».

Ce faisant, pour une poésie qui s’est assigné la vocation de faire entendre la voix de l’Afrique, le mystère du tam-tam, dans sa poétique, était incontournable. Car, chant profond, réel ou métaphysique, le tam-tam scande les moments de la vie, l’initiation ou la fête des Morts, les exploits des héros, les messages communautaires ou l’amour :

 

« Et de la terre sourd le rythme du tam-tam, sève et sueur, (…)

   Les tam-tams se réveillent, Princesse, les tam-tams nous

   réveillent. Les tam-tams nous ouvrent l’aorte.

   Les tam-tams roulent, les tam-tams roulent au gré du cœur. Mais les

   tam-tams galopent hô ! les tam-tams galopent » (Œuvre poétique, p. 148)

 

 

 

Le tam-tam, donc, quadrille l’âme de l’Africain, il ponctue son psychisme, conduit ses pensées, alimente son humeur et anime son cadre de vie. Il voit naître l’Africain, il supporte sa vie pleine d’humanisme émotionnel, tout comme il est le rituel de sa mort. Cette prépondérance du tam-tam, fleuron culturel de l’Afrique, conditionne la poétique de la poésie négritudienne, remet au goût du jour la fonction du poète négro-africain, en général, et celui négritudien, en particulier. En réalité, dans sa parole poétique, le poète n’invente pas l’Afrique ; il l’écoute, par le tam-tam, et il la dit, tout simplement. Chant initiatique, c’est le tam-tam qui bat le rythme du texte (écrit ou oral) du poète et dit les choses essentielles. Ici, le poète, plutôt que d’être créateur de parole, est témoin ou médiateur. D’ailleurs, la parole elle-même voit son rôle réduit, parce qu’elle n’est que médiation éphémère, bien moins apte à traduire le rythme et le pouls, la vie et la mémoire de l’Afrique que les instruments de musique :

 

« Oho ! Congo oho ! Pour rythmer ton nom grand

sur les eaux sur les fleuves sur toute mémoire

Que j’émeuve la voix des Kôras Koyaté ! L’encre

du scribe est sans mémoire. » (Œuvre poétique, p. 105)

 

Le poète ne serait donc qu’un intercesseur comparable aux masques dont il a l’air d’éternité. C’est pourquoi, SENGHOR est en droit, par la vertu sacrée du tambour, de saluer les masques qui le préservent des tentations et souillures de la vie :

 

« Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme,

       à tout sourire qui se fane

       Vous distillez cet air d’éternité où je respire l’air de mes pères

        Masques aux visages sans masques » (Œuvre poétique, p. 25)

 

Ainsi, le tam-tam, en ayant permis au poète d’adhérer initiatiquement au rythme du monde, lui permet, non seulement, de disposer des arcanes du fonctionnement intellectuel du réel, mais aussi, d’intégrer le langage de chez lui et de disposer du témoignage des principes fondateurs de son peuple : « J’ai compris les signes de la tribu ».

Sur la base de cet acquis, on pourrait inférer que le rythme qui carillonne interminablement dans le psychisme du lecteur au contact des textes des négritudiens n’est que la contrepartie mentale de l’écho spirituel du tam-tam traditionnel. Le rythme, en tant que réitération ininterrompue d’une même inscription ou d’une même acoustique dans la production artistique de la négritude, crée une sorte d’animation psychique qui tire l’ensemble du texte de son silence léthargique. La poésie, chant des dieux adressé à l’humain, ne saurait interpeller ce dernier s’il n’est sonore, intellectuellement ou spirituellement s’entend. C’est pourquoi, d’après SENGHOR, « C’est dans le domaine du rythme que la contribution nègre a été la plus importante, la plus incontestée… le Nègre est un être rythmique. »4. Léon DAMAS, par exemple, chante sa nudité spirituelle après le dépouillement de l’exil, sur un rythme de tam-tam instinctivement retrouvé :

 

« Ils sont venus ce soir où le tam

   tam

    roulait

          de rythme

                en

                  rythme

la frénésie des yeux

 la frénésie des mains, la frénésie des pieds

de statues

Depuis

          Combien de MOI

          Combien de MOI, combien de MOI, MOI, MOI

          sont morts

          depuis ce soir où le

          tam

          tam

          roulait

                de rythme

                      en rythme

la frénésie des yeux

la frénésie des mains, la frénésie des pieds » (Pigments/Névralgie, p. 13)

 

Les battements du tam-tam sont ressentis ici à travers ce chaos disharmonique qu’affiche une sorte de graphie cassée ou brisée du texte sur la page, expression du dérèglement psychique du tambourineur, que témoigne si bien une scansion symétrique et asymétrique des syllabes, mots et expressions "tam", rythme", "rythme en rythme", "frénésie", "frénésie des yeux", "frénésie des mains", "frénésie des pieds", "combien de MOI", "MOI". D’abord, la dissection du mot "tam-tam" en ses deux syllabes identiques "tam" et "tam" successives sur deux vers consécutifs, a tendance à dévoiler le statut onomatopéique de la lexie soulignée, semblant imiter phoniquement le bruit que produit cet instrument de musique à percussion qui bourdonne dans la poésie nègre et lui fait entendre la voix des dieux de la civilisation noire.. Ensuite, La singulière graphie tam

 

tam

  roulait

        de rythme

              en

               rythme

 

semble déplorer le désastre consubstantiel à la profanation du tam-tam, symbole de la culture noire, dès la foulée du sol africain par le colon, l’homme blanc, l’esclavagiste, référent du pronom personnel sujet "Ils" dans "Ils sont venus ce soir" ; le contact de ces deux civilisations affichant un conflit d’intérêts, d’identités et d’idéologies. Bien entendu, la profanation du tam-tam est liée à sa dégénérescence. Enfin, le pronom personnel démonstratif "MOI" dans « Combien de MOI » est le signe de l’auto-identification du poète à tout Africain victime des méfaits de la colonisation et de l’esclavage. Ici, il y a qu’on note un calembour dans « Combien de MOI », offrant une confusion de sens avec "Combien de mois". Ce calembour, de façon décisive, n’est pas fortuit ; il traduirait la situation fatale de la pléthore d’Africains valides, morts ou déportés à la faveur des deux phénomènes historico-tragiques que sont la colonisation et l’esclavage qui ont fait accuser au continent un retard sur le temps : "Combien de MOI/MOIS sont morts depuis … " ; le mois (durée de 30 jours) étant, dans cette structure, l’incarnation du temps. En définitive, la superposition ou l’amoncèlement des préoccupations liées à la dégradation graduelle de la culture noire est habilement traduit par le poète par une espèce de forme-escalier que dévalent les versets ou mots-versets de l’extrait, témoin des risques d’une chute progressive de la culture nègre que pleure le tam-tam, son expression métaphorique. Dans cet autre passage de SENGHOR, on peut noter la force du processus rythmique, conférant au poème l’ambiance ou la chaleur toute spéciale des chorégraphies africaines que rythme la verve du tam-tam :

 

«  Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les

    Empires

Les mains blanches qui flagellèrent les esclaves qui vous flagellèrent

Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent les mains peintes

         Poudrées

 

Les mains sûres qui m’ont livré à la solitude et la haine… » 

(Œuvre poétique, p. 24)

 

Ici, les rimes internes qu’exhibe chacun des trois premiers vers inscrivent une symphonie gymnique : tirèrent/croulèrent, flagellèrent/flagellèrent, poudreuses/poudrées. L’homophonie produite par les mots légèrement différents morphologiquement et sémantiquement- poudreuses/poudrées ; giflèrent/giflé… soumet l’esprit à quelque mouvement. Ce dernier passage de SENGHOR nous montre un rythme qui reproduit les formes de la danse africaine issue de la répétition des sons tambourinés semblables en syllabes alternées :

 

« Écoutons son chant, écoutons son chant, écoutons battre notre sang

 Sombre

    écoutons

 Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale

Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes

Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère

Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue

des chœurs alternés. » (Œuvre poétique, p. 16)

 

Les sons transparaissant dialectiquement et de façon éparse, dans les mots suivants peuvent illustrer l’idée émise : chant/sang, brume/lune, s’assoupissent/s’alourdissent, danseurs/conteurs, mer/mère… CÉSAIRE, lui, bat le sacré tambour africain avec les mots, baguettes initiatiques favorisant la production d’un plaisir sonore par leur contact heurté au tambour africain, instrument aux acoustiques très didactiques et affranchissantes. En réalité, le tambour que l’initié CÉSAIRE5 bat avec les mots fait entendre le son des mots et plonge le lecteur averti dans la sphère des mystères où se cachent les secrets et le sésame d’un monde lassant :

 

«  Le mot est père des saints

    Le mot est mère des saints

    avec le mot couresse on peut traverser un fleuve

    peuplé de caïmans

   il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

   avec un mot frais on peut traverser le désert d’une journée

   il y a des mots bâton-de-mage pour écouter les squales

   il y a des mots Shango

   il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin. »

 

 

« Le mot oiseau-tonnerre

   Le mot dragon-du-lac

   Le mot strix … » (Sentiment et ressentiment des mots)

 

En effet, le mot poétique est un mot qui, se heurtant à la structure linguistique, heurte, synchroniquement, l’esprit du lecteur/auditeur en y laissant un écho se répercutant en une kyrielle de significations le rendant ainsi fertile et créateur. La finalité de ce rituel formateur au discipolat lexicologique initié par CÉSAIRE, c’est de conjurer les monstres de l’existence, à l’effet de conférer au poète et au peuple l’oxygène dont les miasmes quotidiens le privent :

 

« aurore

   ozone

   Zone orogène »

 

Par le tam-tam, donc, l’Afrique est le continent des mots, des mots d’initiation.

 

II – La mythologie de la femme

 

La femme contribue essentiellement à tapisser l’imaginaire de la poésie négritudienne où elle n’est plus que matière à mythologie. La voix de SENGHOR en est ouvertement la chancellerie communicative : « Mon empire est celui d’amour. J’ai faiblesse pour toi femme. »6 Ce propos donne à se demander ce que revêt véritablement la femme dans la poésie négro-africaine identifiée. Ce faisant, les prédicats de la femme que nous élisons pour tenter d’asseoir la mythologie annoncée sont : Connaissance du monde et initiation à la littérature, objet esthétique et sensuel, idolâtrée vouée à une divinité.

Soit ce poème « Femme noire » qui nous servira d’appui à l’examen de la qualité reconnue à la femme en tant que connaissance du monde et initiation à la littéraire, et, peut-être, à celui de tout ce chapitre :

 

Femme nue, femme noire

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté

J’ai grandi à ton ombre. La douceur de tes mains bandait mes yeux.

Et voilà qu’au cœur de l’Été et du Midi, je te découvre,

Terre promise du haut d’un haut col calciné

Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle.

 

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir,

    bouche qui fais lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est

Tam-tam sculpté tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur

  Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.

 

Femme nue, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des

princes du Mali

gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau

délices des yeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire

À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

 

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel

Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

 

De toute la production négritudienne, ce texte est, sans doute, celui qui idéalise la femme noire, au sens où il la fait passer du domaine de l’humain à l’univers des mythes, avec le champ lexical qui lui est corollaire : imaginaire, intrigue transcendant l’entendement humain, sacré, démiurgie, espace hors du commun, passé immémorial. Probablement, l’étude de ce chapitre nous donnera l’occasion d’illustrer ces constituants lexicaux du mythe qui est censé identifier la femme africaine qui, de toute évidence, fait ombrage à l’inspiration des poètes négritudiens, lyrique, du reste.

Pour l’Africain, la femme est connaissance du monde et initiation à la littérature : « J’ai grandi à ton ombre ». Par ce propos laconique et apparemment sans motivation, le poète réalise comme une confession qui tient sa valeur philosophique de la gratitude qui la lie. C’est que le poète est comme en train d’avouer que sa personnalité (croissance corporelle, croissance intellectuelle et notoriété sociale) est le résultat du travail à lui exercé par sa mère dont il est le cachet de l’influx personnel : « J’ai grandi à ton ombre » En effet, dans l’entretien de son rejeton, la femme-mère use de virtuosité naturelle pour les soins et le plaisir de l’enfant : « La douceur de tes mains bandait mes yeux », « bouche qui fais lyrique ma bouche », en plus de constituer pour lui , par sa proximité providentielle, une assurance morale et psychologique : « À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux ». En tant que microcosme, la femme-mère est auprès de l’enfant la systématisation de l’univers ; à travers sa mère, l’enfant lit l’univers et apprend à le connaître. C’est Gnilane Bakhoum, la mère de SENGHOR, qui, dissimulant avec peine son origine peule et sa condition roturière, forma son futur poète de fils. Détentrice de la tradition matrilinéaire sérère, elle a pouvoir de jugement et rappelle à son fils l’honneur de sa race : « Dis-moi donc l’orgueil de mes pères »

Le maître initiateur du jeune Senghor fut Whaly Bakhoum, son oncle maternel, donc, projection symbolique de Gnilane. Il communiqua à l’enfant une éducation, sous la forme d’instructions reçues de sa sœur, au nom d’une base socio-traditionnelle sérère, avec, certainement, quelque influence de l’origine traditionnelle peule. Si bien que Toko Waly, c’est le surnom de l’oncle, ne faisait qu’amplifier les prémices de l’éducation communiquée par Gnilane, la mère, à son enfant. En écoutant les enseignements de l’oncle, c’est plutôt la voix de sa démiurge de mère qu’il entendait : "Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.", tel un dévot percevant, avec transport de l’être, les révélations de son dieu. Logiquement, la balade du maître initiateur et de son néophyte se situait dans le regard bienveillant et consenti de la femme-mère qui, comme dotée d’aptitudes surhumaines, ne flanche pas de vigilance, ne sommeillant jamais, presque, pour ce qui est de la formation intellectuelle de son fils. En effet, dans la compagnie de Toko Whaly, SENGHOR vécut une expérience inoubliable, il vivait en toute liberté, de façon insouciante, dans un vrai Éden, parcourant la brousse, courant derrière les antilopes, traversant les marigots, nageant, sans peur, dans les fleuves infestés de caïmans, écoutant les récits de bergers baignés de magie et qui mettaient en scène « des morts, des animaux, des arbres et des cailloux » (Liberté I), dans un décor somptueux, rehaussé par la présence de rônier et de kaïcédrats : « Et voilà qu’au cœur de l’Été et du Midi, je te découvre Terre promise du haut d’un haut col calciné ». En gros, dans cet antre maternel, SENGHOR fut initié aux réalités paysannes, aux secrets de la brousse, du monde des étoiles et des esprits. Et c’est encore une femme, Marône, poétesse de son village, qui l’initie aux arcanes de la poésie chantée (« bouche qui fais lyrique ma bouche »), ce qui l’amène à écouter les griots, ces troubadours qui transmettent les traditions ancestrales, remontant le plus souvent aux origines mythiques du monde : « Gazelle aux attaches célestes, tes perles sont étoile sur la nuit de ta peau ». Bien évidemment, le profil de la femme à être un angle propice d’acquisition de connaissances n’échappe pas à la verve du poète : "Délices des yeux de l’esprit". Tout cela fait que l’antre de la femme noire s’incarne dans l’imaginaire du poète comme une terre de pèlerinage ou d’un point d’asile pour fortification du corps, de l’âme et de l’esprit : « J’ai grandi à ton ombre ».

La femme est, en outre, objet esthétique et sensuel. Quand elle n’est pas mère, elle est amante ou simple convoitise charnelle, stimulant le désir. En la matière, cet autre poème négritudien, de David DIOP, cette fois, nous semble référentiel quand il s’agit de magnifier les contours corporels érotiques de la femme africaine, RAMA KAM.

 

 

RAMA KAM

 

Chant pour une négresse

 

Me plait ton regard de fauve

Et ta bouche à la saveur de mangue

    Rama Kam

Ton corps est le piment noir

Qui fait chanter le désir

     Rama Kam

Quand tu passes

La plus belle est jalouse

Du rythme chaleureux de ta hanche

    Rama Kam

Quand tu danses

Le tam-tam Rama Kam

Le tam-tam tendu comme un sexe de victoire

Halète sous les doigts bondissants du griot

Et quand tu aimes

Quand tu aimes Rama Kam

C’est la tornade qui tremble

Dans ta chair de nuit d’éclairs

Et me laisse plein du souffre de toi

                   O Rama Kam !

 

 

Les deux textes de SENGHOR et de DIOP, sont, à la simple lecture, assez éloquents quant à ce pan de l’argumentation. Toutefois, en se gardant de se répandre dans les arcanes du jargon stylistique, éveilleur de sensation intellectuelle, le champ lexical suivant, constitué de mots et dexpressions, florilège des deux poèmes, peut conforter l’esprit : ''chair de nuit d’éclairs'', "sombres extases du vin noir", "les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire", "piment noir qui fait chanter le désir", "rythme chaleureux de ta hanche", "sexe de victoire", "ton regard de fauve", "femme nue", "ta forme qui est beauté", "me foudroie en plein cœur", "ta bouche à la saveur de mangue". Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce tableau offre le paroxysme de la séduction de la femme, surréelle, au demeurant, comme on en voit dans les mythologies du monde. Et la poésie, en tant que texte spécifique qui sollicite les sens, est, tout simplement, par apparentement lexicologique, peut-être, mais, surtout, par réalisme disciplinaire, sensuel. Si le poète est subjugué par cette beauté surréelle au point d’en être obsédé, il n’en fait pas un philtre d’ébriété pour se détourner de sa passion sacerdotale, la défense de la terre natale. Au contraire, la virilité que la femme noire lui arrache est un prétexte allégorique pour exprimer son attachement à la terre-mère ou au patrimoine ancestrale. La preuve en est qu’à l’heure de la vocation, quand le dilemme semble poindre, il n’hésite pas à sacrifier cet amour forcené. C’est dans la voix de Chaca que l’on retrouve cette vérité :

 

« Je ne l’aurais pas tuée si moins aimée.

   Il fallait échapper au doute

   À l’ivresse du lait de sa bouche, au tam-tam lancinant de la nuit de mon sang

  À mes entrailles de laves ferventes, aux mines d’uranium de mon cœur dans les

                                                                                  abîmes de ma Négritude

À mon amour à Nolivé

Pour l’amour de mon peuple noir. » (Œuvre poétique, pp. 125-126)

 

Ainsi, à la voix blanche qui lui inflige d’avoir trahi la conscience morale, Chaca, visage et voix symboliques du poète de la Négritude, lui oppose la science et l’efficacité. Et c’est au nom de ce même sacerdoce d’attachement à la terre natale que, par le subterfuge de la magnificence de la femme noire, le poète exalte la nature locale : « Fruit mûr à la chair ferme", "Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est", "seins de rizière mûre"…

D’autre part, le chant adressé à la femme, au nom de ses qualités idéalisées, semble se convertir en un rite cultuel, comme à une divinité. On y perçoit l’intervention du tam-tam ancestral, dans le texte de DIOP, avec ses trois battements syllabiques dans le nom RA-MA- KAM.

 

« Quand tu danses

Le tam-tam Rama Kam

Le tam-tam tendu comme un sexe de victoire

Halète sous les doigts bondissants du griot »

 

Donc, les battements trisyllabiques, consubstantiels à la réitération ininterrompue de l’acoustique Rama Kam, est le signe que la dulcinée célébrée possède le texte, et, par ricochet, l’âme du poète, totalement livrée à son dieu, reconnu par l’un de ses attributs qui n’est autre que le pouvoir sur le temps atmosphérique :

 

« C’est la tornade qui tremble

Dans ta chair de nuit d’éclairs » ;

 

Chez SENGHOR, on apprendra que la femme aimée est, elle-même, le tamtam, divinité ancestrale incorruptible :

 

« Tamtam sculpté tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel

Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie »

 

Si tant est que la sensualité est, pour l’Africain, une façon d’être et de participer au monde, cette sensualité à pour limon, la femme, point focal de la communion avec les divinités ancestrales.

 

III La fortune de la nature

 

Si la femme noire est belle, déesse et symbole d’attachement à la terre natale, c’est que la nature qui l’abrite l’est richement : « Ma Négresse blonde d’huile de palme. » L’élément de la nature emprunté pour imager la femme noire n’est pas d’occident, mais, plutôt, locale : l huile de palme, dotée de vertu tant cosmétique que comestible. Dans certaines traditions négro-africaines, l’huile de palme mêlée à du beurre de karité, sert à exercer un massage aux seins des nourrices ou de femmes sortant à peine de l’allaitement, aux fins de les tonifier et les rendre agréables à l’aspect. En tant qu’entité comestible, l huile de palme, substance offerte par la nature d’Afrique, est un aliment prisé dans cette aire culturelle. L’huile de palme, couleur-sang, le sang, substance vitale, est le véhicule de l’âme. Cette nourriture naturelle, artisanale, non industrielle, élève l’âme de l’Africain et lui fait initier une extraversion envers le pôle civilisationnel contraire : "Négresse blonde", complémentarité nécessaire pour une fraternité universelle.

À tout le moins, l’environnement naturel joue un rôle prépondérant dans l’imaginaire des poètes négritudiens. Selon Robert JOUANNY, SENGHOR, par exemple, bien que son œuvre lui ait été inspirée par un seul canton quelques kilomètres entre Dyilôr et la mer , il parvient, par un jeu d’allusions, de réminiscences, de métaphores, à donner l’impression d’un monde aussi richement dessiné ou peint que le matériau en est modeste. Pour sa part, Gusine OSMAN donne une idée de cette paradoxale contradiction entre l’apparente richesse et la pauvreté symbolique de la flore et de la faune7. Selon lui, au niveau de la flore, 59 espèces ou dénominations génériques mettent en place un décor exubérant, tropical ou européen, alors qu’en fait, chacun de ces termes ne fait que de rares ou uniques apparitions ; les cinq termes les plus fréquents sont : fleurs (62 occurrences), forêt (28), brousse (25), palmier (23). Au niveau de la faune, 101 espèces ou dénominations génériques suggèrent un grouillement animal mais, ici, encore, la diversité est fugitive et la place de choix réservée est à des termes dotés d’une valeur symbolique : lion (35 occurrences), serpent (21), oiseau (20), troupeau (13), cheval (12). Bref, avec une évocation bien sobre de l’environnement naturel, le poète négritudien parvient à créer une espèce de congestion artistique d’un monde riche en ingrédient naturels, au point d’inspirer le rêve. Le commentaire qu’on peut en faire pourrait relever d’une assurance simplement disciplinaire ; la poésie, en tant qu’art de création, parvient, par l’intuition d’une économie de nomination, à inspirer une euphorie abondante et forcenée. Ici, la virtuosité de l’orfèvre des mots est telle que, à l’aide d’un matériau lexical assez frugal et réduit, il « met en place » un monde imaginaire, virtuel, qui séduit l’esprit et l’attire à une ascendance verticale. C’est plus ou moins le profil religieux du poète qu’il tente de communiquer à son public. Cette aptitude consistant à créer de l’excessivement grand à partir de l’excessivement petit inscrit la dialectique du matériel et de l’esprit : La pauvreté sous le rapport de l’un n’implique pas tout de suite la pauvreté sous le rapport de l’autre. Par la même occasion, la pauvreté de l’esprit entraîne, indubitablement, la pauvreté du matériel même si ce dernier peut donner souvent l’impression d’être visuellement abondant. Or, l’esprit, quand il est riche, crée du matériel, le faisant apparaître du néant. Les poètes négritudiens, donc, à l’image de SENGHOR, créent, pour l’Afrique, un décor naturel d’exubérance invraisemblable à partir d’un échantillonnage, donc, d’outils de quantité modeste. Tous les mots du dictionnaire ne pouvant s’avérer suffisants pour exprimer ce que suggère à l’âme l’énigme de la flore et de la faune d’Afrique. À partir de cette disposition, les Négritudiens voudraient enseigner aux africains la leçon de se battre avec hargne pour réaliser une grande Afrique à partir du peu qu’elle leur propose. Le constat est identique quand il s’agit de la gamme de couleurs du paysage africain. On l’imaginerait infinie. Mais, à l’expression, elle est limitée dans la poésie de nos auteurs. Atin KOUASSI8, pour les chants d’ombre, donne des résultats significatifs : Pour 10 termes de couleurs spécifiques, représentant 80 occurrences, on relève 29 occurrences de noir, 21 de blanc, et 10 de rouge. Pour 14 termes de « matières colorées », sur 74 occurrences, on relève 28 occurrences du ton « sang », 17 du ton « blanc » (neige, lait) et 13 du ton « or ». Pour les termes évoquant plus ou moins une couleur, on note une opposition fondamentale entre lumière (soleil, étoile, feu : 99 occurrences sur 199) et ombre (nuit, ombre, crépuscule : 64 occurrences), alors que les termes indiquant uniquement une couleur se limitent à 12 occurrences. En gros, sous l’appréciation des couleurs du paysage, on peut dire que la nature d’Afrique est complaisamment exotique, riche de la diversité des faveurs et atouts qui la composent, encore qu’ici, SENGHOR respecte la structure sémantique négro-africaine relative aux termes des couleurs.

Autre aspect fondamental de la nature en Afrique, la nuit. La nuit, en Afrique noire, c’est l’heure du retour des champs. C’est l’heure où les femmes font des foyers de feu pour apprêter le repas. C’est l’heure des repas collectifs, occasion propice pour partager et échanger de la fraternité pendant que les cris des enfants, acariâtres ou guillerets, meublent l’atmosphère. C’est le temps des visites et des conciliabules où on se réconforte, se raconte la journée et formule des projets. C’est en ce moment-là que les jeunes filles plantureuses, après avoir dûment rempli les tâches domestiques, se retrouvent pour chanter au rythme de la bénédiction lunaire. C’est l’occasion des rencontres romantiques et d’exécution intense de la libido. C’est aussi un moment d’instructions, de célébration de la connaissance qu’assure habilement la narration des contes, mythes, légendes et énigmes, donc, instant suprême de captation du souffle de la muse par les créateurs-artistes de tous modes. En un mot, la nuit, en Afrique noire, est un moment de prédilection, moment qui fait renaître l’âme nègre. La nuit, espace temporel des mystères, moment de fécondation poétique où les génies tutélaires rendent visite aux humains, foisonne diversement dans les écrits des poètes négritudiens, sommairement, dans le sens lyrique évoqué :

 

«  timonier de la nuit peuplée de soleils et d’arcs-en-ciel

    Timonier de la mer et de la mort

    Liberté ô ma grande bringue les jambes poisseuses du sang neuf » (CÉSAIRE)

 

« avant la nuit, une pensée de toi pour moi, avant que je ne tombe

   Dans le filet blanc de mes angoisses, et la promenade aux

   frontières » (SENGHOR)

 

« à l’orée du Bois

 sous lequel nous surprit

 la nuit d’avant ma fugue afro-amérindienne

 je t’avouerai sans fards

 tout ce dont en silence

 tu m’incrimines » (DAMAS)

 

«  Contre notre amour qui ne voulait rien d’autre

    que d’être beau comme un croissant de lune au beau mitan du

    ciel à minuit » (DAMAS)

 

 

Ainsi, la nuit devient l’angle de toutes sortes de poétisations, les unes aussi tonifiantes que les autres, au gré des aspirations et inspirations diverses des poètes. Le tout est d’arriver à tisser solidement l’âme noire, à l’effet de drainer méliorativement vers elle l’attention des autres nations auxquelles elle donnerait la vision du monde africaine des choses. La nuit, couleur de la peau du Nègre, est, dans la poésie négritudienne, une heure d’intimité réelle, se transmute en lumière intellectuelle et spirituelle :

 

« Nuit d’Afrique ma nuit noire, mystique et claire

Noire et brillante

Tu reposes accordée à la terre, tu es la Terre et les collines harmonieuses. »

(Œuvre poétique, p. 39)

 

La nuit, moment essentiel où on entend s’édicter les révélations institutionnelles de l’existence par les divinités («ma nuit noire, mystique et claire, noire et brillante"), est idolâtrée par l’Africain. En effet, la nuit est l’instant où on écoute les pouls de la poésie en tant que vérité primordiale. À ce niveau, se présume, de façon inaliénable, la connexion entre mythe et poésie. Selon Bernard HOLAS, « Le mythe est l’une des expressions les plus authentiques, les plus puissantes du génie créateur humain qui baigne dans une atmosphère primordiale : il est lui-même la poésie à l’état brut, donc la plus pure que l’on puisse imaginer. »9 Fanoudh Siéfer de couper cours : « Mythe et poésie ont des connexions très étroites et quelquefois se confondent. »10 Dans ce sens, la poésie s’appréhende comme le langage initiatique de la création, l’heure où l’univers sortait du néant et que ses composantes se mettaient en place. Par ricochet, la poésie passe pour l’expression singulière de la nature brute par elle-même, se parant d’attributs humains, au sens de l’anthropomorphisation. La logique révélée établit une fusion entre poésie et nature. Au nom du sème de l’authenticité, la nature présente l’effluve spirituel et scientifique du visage premier de la Création, avec ses vérités originelles et son ingénuité séductrice, non encore agies par les artifices corrompus de l’humain, et inspirant un souffle divin à l’esprit. Opportunément, la poésie prend souvent l’allure de la mise en branle du souffle divin en l’Homme, aux fins de rechercher ces vérités originelles pouvant oxygéner l’Existant. Et l’Afrique, en tant que berceau de l’Humanité, mieux, en tant qu’abri des premières vies et des premiers savoirs humains, est le symbole de l’authenticité ou de la nature brute, déflorée par d’autres civilisations dites modernes qui s’y sont abreuvées et qu’elle a d’ailleurs générées. À ce pan de l’analyse, nous embouchons la même trompette que Cheick Anta DIOP pour qui, si on convient que l’Afrique est le berceau de l’Humanité, toutes les techniques, connaissances et trouvailles, qui se sont développées depuis lors, sont d’origine africaine. Il y a, donc, chez l’Africain ce culte de la nature environnante à laquelle il s’assimile, se confond et se fond même, s’il ne se déporte pas en elle :

 

 

« Je m’imagine que tu es là.

Il y a le soleil

Et cet oiseau perdu au chant si étrange.

On dirait une après-midi d’été,

Claire. Je me sens devenir sotte, très sotte.

J’ai grand désir d’être couchée dans les foins,

Avec des taches de soleil sur ma peau nue,

Des ailes de papillons en larges pétales

Et toutes sortes de petites bêtes de la terre

Autour de moi. » (Œuvre poétique, p. 224)

 

 

Dans cet extrait, la confusion entre l’être et la nature, la fusion de la nature à l’être, paraît expressive : "tu es là", "il y a le soleil", "après-midi d’été" "je me sens devenir sotte", " couchée dans les foins", "avec des taches de soleil sur ma peau nue", "Des ailes de papillons en larges pétales", "toutes sortes de petites bêtes autour de moi". Ici, l’expression, sobre, un peu phrastique, certes, mais est comme interchangeable à une tendance au ramassis empirique de toutes les composantes de la nature que le poète voudrait faire parler à sa place, au nom d’une identité commune et fusionnelle ; les impressions, sentiments et émotions intenses n’étant pas aisément médiatisables quand il s’agit de donner libre cours au bonheur initiatique des sens. Dès cet instant, le poète, celui négro-africain et négritudien, notamment, devient un microcosme de la nature, au nom de l’interférence symbolique entre l’être, le phénomène et les choses.

 

D’autre part, le statut particulier que revêt la nature d’Afrique pour ses poètes, donne l’occasion d’explorer une réflexion quant au polythéisme reconnu à plusieurs peuples négro-africains. Nous voulons inférer, ici, que le polythéisme africain est un visage sublimé du Panthéisme de Spinoza, sinon, vis-versa. C’est que l’Africain, du fait de son naturel à se confondre à la nature, est tenté, par une sorte d’empirisme majestueux, de faire parler ses composantes auxquelles il confie sn sort, presque, leur supposant un pouvoir spécifique. C’est ainsi qu’on a le dieu du soleil, le dieu de la forêt, le dieu de la terre, le dieu de la fécondité, le dieu de la foudre, le dieu de l’eau, le dieu du sexe, le dieu du feu, le dieu de l’air… Cette kyrielle de dieux, garants des différents compartiments de la vie, crée un monde de poésie ; la poésie étant le champ d’expression des dieux, à l’effet de toucher les sensibilités et d’’éveiller les consciences, pour l’enjeu d’en appeler à une perfection mentale et matérielle de l’existence. On lit encore CÉSAIRE :

 

 

«  le mot est père des saints

 

 

Le mot est mère des saints

avec le mot couresse on peut traverser un fleuve peuplé de caïmans

il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

avec un mot frais on peut traverser le désert d’une journée

il y a des mots bâton-de-nage pour écarter les squales

il y a des mots Shango » (op. cit.)

 

En effet, le terme "Shango" relève de la mythologie vaudou où il désigne le dieu de la guerre, représenté armé d’une hache double. Le Négritudien invoque, ici, le dieu de la guerre pour, certainement, soutenir et fortifier le combat culturel de son mouvement. Décisivement, le panthéisme spinozien est un visage maquillé du polythéisme africain ; le panthéisme étant ce concept philosophique d’un dieu matérialiste constitué de toutes les composantes de l’Univers.

 

Conclusion

 

On se serait attendu à ce qu’une réflexion sur les ingrédients du lyrisme expose les canons structurels de la poésie rythme, symbole, image cristallisateurs de tout l’outillage conceptuel de la stylistique, pour ce qui est de la pénétration du dynamisme herméneutique d’un texte poétique. Que non pas. On a plutôt ouvert une lucarne sur le contenu notionnel des activités de poétisations, qui a tissé l’imaginaire de nos poètes tout au long de leur contact avec l’Afrique, raison, sujet ou objet de leurs écritures. L’axiome, dans cette analyse, étant que l’éveil intellectuel qu’inspirent le style ou les formes linguistiques d’un poème est tributaire de son contexte culturel et des agrégats psychiques de l’artiste. Tout a fonctionné comme si un terreau culturel riche en imaginaires, en rêveries, en enseignements initiatiques et en émotivités, arrache logiquement des mots, des structures ou combinaisons verbales, en tout cas, un langage sublime, poétiquement élevé. En d’autres termes, lorsqu’une entité géographique et culturelle est matière à poétisation, le niveau stylistique du texte qu’elle produit est proportionnel à la teneur intellectuelle que le substrat culturel a intimée à la perception du poète. Bien évidemment, le degré de sa sensibilité, son rapport avec la lexicologie, le niveau de son ouverture sur l’Univers, assurent le parachèvement de la poétisation orchestrée par l’artiste. Ce faisant, la primauté accordée au fait linguistique au détriment du fait relaté, inhérente à l’orthodoxie disciplinaire, n’est en rien entamée. Nous avons seulement voulu ne pas sous-estimer la place du Naturel d’inspiration dans la création du langage textuel, ainsi que les répercussions mentales qui en résultent chez le public-récepteur. L’Afrique, matière des Négritudiens, est dotée d’un Naturel particulier ; le tam-tam, instrument de plaisir sonore, de paroles et, surtout, symbole de sagesse ou d’ambiance ancestrale, d’une part, et, de l’autre, la femme, être de mythologie, par sa beauté sensuelle, son activisme et sa démiurgie cultuelle, se combinent tous deux pour inscrire, en conjonction avec une nature pittoresque, la flamme de la divinité transcendantale, source de langages saisissants.

La Négritude, militantisme poétique au service du Nègre, s’est intéressée à sa nature, à ses conditions de vie, à son histoire, à sa sociologie, à ses valeurs, et ce, avec exaltation et intensité dans le langage, de façon telle à élire un discours, soit de reconstruction du continent, soit de réinvention de son sort. Avouons que, de ce groupe de connaissance, Léopold Sédar SENGHOR fut le plus invoqué dans l’analyse. Plusieurs raisons y végètent ; il est le plus fécond tant artistiquement qu’exégétiquement sur la Négritude, il est le seul Africain civil du groupe, né en Afrique et ayant longtemps séjourné en Afrique, l’ayant même servi politiquement au plus au niveau pendant deux décennies, donc, connaissant mieux l’ontologie de l’Afrique et de l’homme africain.

En réalité, le lyrisme, notion textuelle, certes, est partie intégrante de l’entrain de l’Africain qui, très souvent, se met en marge du « Normal » pour exister à sa façon, selon l’élan du cœur et du corps. C’est sa manière à l’homme africain d’humaniser l’existence. Le lyrisme est l’identité première de la poésie, texte d’éveil des sentiments, de rêves et d’élévation de l’être. En définitive, il peut être reconnu à la Négritude, mouvement de lettres au chevet de l’Afrique, d’avoir exhibé cette marque du genre poétique comme étant l’apanage de l’homme noir.

 

Bibliographie

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DODO, Jean, Sacré dieux d’Afrique, NEA, Abidjan, 1978.

FOFANA, Souleymane, Mythes et combat des femmes africaines, L’HARMATTAN, Paris, 2009.

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TILLOT, René, Le rythme dans la poésie de Léopold Sédar Senghor, NEA, DAKAR-ABIDJAN, 1979.

 

Notes

 

1 Robert Jouanny, Les voies du lyrisme dans la poésie de Léopold Sédar Senghor, Librairie Honoré Champion, Éditeur 7, quai Malaquais, Paris, 1986, p. 47.

 

2 LSS, « chaca », « Ethiopiques », in Œuvre poétique, Seuil, Paris, 1990, p. 136.

 

3 David Diop, « Contribution à la poésie nationale », texte annexe à Coups de pilon, Présence africaine, Paris, 1973, p. 69.

4 LSS, Liberté I, Négritude et humanisme, Seuil, Paris, 1964, p. 37

 

5 Moi, laminaire cité dans Introduction à Moi, laminaire, ouvrage collectif, édition critique, L’HARMATTAN, 2012, pp. 20-21.

 

6 LSS, Chants d’ombre, p. 105.

 

7 Gusine Gwadat Osmane cité par Robert Jouanny op.cit, pp. 82-83.

 

8 Atin Kouassi cité par Robert Jouanny, op.cit, p. 83.

 

9 Bernard Holas, Mythologies africaines, Agence ivoirienne, Hachette, Abidjan, 1978, p. 19.

 

10 Fanoudh Siéfer, Le mythe du nègre et de l’Afrique noire dans la littérature française, NEA, Abidjan-Lomé, 1980, p. 117.

 

***

Pour citer cet article

 

Emmanuel Toh Bi, « Les ingrédients du lyrisme dans la poésie négritudienne », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 2  décembre 2016.

Url : http://www.pandesmuses.fr/negritudienne.html

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

Texte inédit

 

 

 


 

Elles font danser les mots !


 

Poétique de la danse, danse de la poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

Angèle Bassolé-Ouédraogo

 

 

 

 

 

 

 

Nietzsche a bien compris le rapport intrinsèque entre la poésie et la danse, deux arts sans lien apparent mais qui, en réalité s’interpénètrent, se comparent, s’allient.

Le poète fait danser les mots sous sa plume par les rythmes et les sonorités quand le danseur écrit de la poésie avec ses pas dans des élans fulgurants, aériens.

Les pieds fermement ancrés sur terre, poètes, danseuses et danseurs ont la tête dans le ciel dans un va et vient perpétuel du bas vers le haut avec le défi permanent de maintenir un certain équilibre entre les rêves et les réalités.


Le poète est un danseur suspendu au ciel qui essaie en écrivant de redescendre sur terre.

Le danseur du bout de ses pieds tente de s’élever vers le ciel pour décrocher ce qui donnera sens à ses pas.

Le poète, la danseuse ou le danseur bâtissent des ponts faits de mots, de mouvements et de pas pour dire l’indicible, appréhender l’insaisissable, qui, tel un fluide échappe à la maîtrise afin de rendre visible ce qui est invisible au profane des deux arts.

 

Le spectateur, la spectatrice qui essaient de déchiffrer les mouvements du corps sur le sol et les mots sur la page ont besoin d’un langage clair, accessible pour pénétrer l’espace de la danse et du chant poétique.

 

 

 

Comme eux, elles dansent et font danser les mots

 

 


Si dans l’univers de l’art moderne occidental, les femmes ont toujours été vues uniquement comme des muses inspirant au danseur ou au poète son art, il en est à présent autrement du contexte africain où depuis leur prise d’écriture, les Africaines sont devenues Actrices et non plus Spectatrices de leurs destinées. Ayant compris que « la vie n’est pas un spectacle et qu’un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » (pour reprendre les mots de l’inaltérable Césairei), celles qui ont pris la plume comme on prendrait les armes et qui ont investi l’espace international de la poésie (Tanella Boni, Véronique Tadjoii) et de la danse avec détermination (Germaine Acognyiii,Wèrèwèré Likingiv, Irène Tassembédov, Dobé Gnahorévi) refusent dorénavant le rôle d’éternelles égéries que les poètes hommes de la Négritude leur avaient collé, dans leurs fantasmes de la femme idéale confondue avec l’Afrique.

 

Elles dansent et font danser les mots dans un lien naturel de l’un à l’autre car la poésie, la danse et la musique ne font qu’un art.

C’est en effet le même mot qui est utilisé dans la plupart des langues africaines pour dire Poésie et musique. Et on n’appréhende pas dans cet univers la poésie sans la danse.


Léopold Sédar Senghorvii qui indique dans ses textes des instruments de musique (tambour, cora, guitare) pour accompagner sa poésie (Chants d’ombre, Élégies majeuresviii) ne pense pas autrement. La pionnière de l’écriture féminine africaine, la poète sénégalaise Annette Mbaye d’Ernevilleixfait de même dans Poèmes africains.

Poésie et Danse s’imbriquent car l’art dans ce contexte africain est appréhendé comme un art total, complet. Et cela vaut autant pour l’art moderne que traditionnel. Les masques qui dansent ne font pas qu’exécuter des pas au gré des rythmes envoutants des tambours ; il y a dans ces danses de la poésie, de la musique, de l’initiation, de la transmission et de la spiritualité. Le masque et celui ou celle qui le porte forment un tout indissociable. L’identité personnelle de l’individu sous le masque disparait pour laisser place aux valeurs de la communauté que ce masque véhicule.


Les déplacements scéniques des masques et leur occupation de l’espace sont tout un art poétique vivant et vibrant. C’est une poésie qui s’écrit avec leur corps comme plume, encrier et espace. C’est tout un langage social qui s’exprime ainsi. C’est un art de vivre, une thérapie sociale.

 

On danse et on chante pour exorciser les mauvais sorts, pour purifier l’espace, accompagner les défunts à leur dernière demeure, pour honorer les divinités et pas seulement dans le but de s’éclater. On danse pour célébrer la joie et la vie mais aussi pour souligner la tristesse, le manque. Et dans ce domaine, il n’y a pas de discrimination liée au sexe. Femmes comme hommes, fillettes et garçons, jeunes et vieux se retrouvent sur le même espace, communient à la même source, se parlent à travers leurs pas de danse. L’égalité est donc présente dans ce contexte.

Poser la question de la survie de la poésie moderne en suggérant que c’est par la danse qu’elle sera sauvée n’a pas lieu d’être en Afrique car la poésie dans son quotidien est une danse perpétuelle de mots et la danse, une ode poétique au corps. C’est un tout qui se donne à voir et à sentir et ne saurait être séparé.

 

L’art en Afrique qui est perçu comme fonctionnel et pas uniquement ludique (car on n’écrit pas seulement pour soi et on ne danse pas pour soi) porte en lui une forte dose de sociabilité dans laquelle réside déjà son salut. Il n’est donc plus nécessaire de passer par la danse comme médiatrice du salut de la poésie car la danse est enceinte de la poésie et accouche sur scène des sonorités, rythmes, accents, tonalités et images que porte la poésie.

Mais il faut distinguer les danses ludiques, populaires des danses sacrées. On danse pour célébrer les différentes étapes de la vie (naissances, mariages, baptêmes, funérailles). Ces danses sont publiques et se font en groupes. C’est une expression de la vie. Elles se diversifient selon la région, le groupe ethnique et le pays.

La danse comme la poésie quittent l’espace privé de création pour être offertes à l’ensemble de la communauté dans un acte de communication et de communion collectives. C’est un art partagé comme l’a si bien perçu Maurice Béjart : Danser c’est avant tout communiquer, s’unir, rejoindre, parler à l’autre dans les profondeurs de son être. La danse est union, union de l’homme avec l’homme, de l’homme avec le cosmos, de l’homme avec Dieu. 

Le poète comme le danseur (ou la danseuse) ne sont pas que des électrons libres dans l’air pratiquant seuls à part leur art mais bien des produits issus de cette communion dont ils rétribuent les fruits à travers les spectacles. C’est pourquoi les spectatrices et les spectateurs peuvent investir la scène et faire corps avec les artistes. Il y a beaucoup d’improvisation dans cette catégorie de danse car le danseur s’exprime par ce qu’il entend et ressent des sonorités des tambours, flutes et koras avec lesquels il entre en relation quand il est sur scène. Cela ne signifie pourtant pas désordre car dans ce processus d’improvisation, le danseur fait travailler non seulement son corps mais aussi son esprit créatif.

Il n’y a pas ou très peu de place à l’improvisation dans la danse africaine moderne des ballets et autres figures classiques où la chorégraphie montée doit rester dans le droit fil du spectacle proposé à cause du temps chronométré des représentations. Dans les danses populaires des cérémonies en ville ou au village, les danseurs ne sont pas soumis à cette pression. Ils s’expriment avec toute la liberté créatrice possible jusqu'à épuisement des uns et des autres et de la foule.

 

 

Danse et Poésie : une histoire de résistance et de liberté



La danse et la poésie pour exister ont besoin de se déployer dans un espace de liberté totale. Leurs acteurs et actrices, s’ils sont privés de cette liberté, vont tenter de la faire advenir à travers leurs pas et leurs mots dans des figures que seuls des initié(e)s pourront percevoir. Ainsi, la danse devient une métaphore poétique qui s’écrit sous les yeux des censeurs dans les cieux où la démocratie peine à s’épanouir. Au temps de l’Apartheid en Afrique du Sud, les chants et les danses furent des armes redoutables que craignaient les dirigeants racistes. Des pas de danse et des chants contre des balles réelles. Qui dit mieux ?

Le 6 novembre 1964, Vuyisili Mini, activiste politique, acteur talentueux, poète, danseur et chanteur, auteur de nombreux chants de libération en Afrique du Sud chante sur la route de sa potence avec deux autres condamnés à mort. Son chant : « Attention, Verwoerd, l’homme noir s’en vient » est repris par tous les autres détenus et devient le chant de ralliement des militants contre l’Apartheid. Vuyisili Mini est mort mais ses chants subsistent dans la mémoire collective Sud-africaine tout comme la poésie de Benjamin Moloïse, lui aussi pendu le 18 octobre 1985. Les chants des résistants suffisaient à faire reculer les policiers car c’était un cri fort de ralliement, un appel à la solidarité, un mode de communication et un moyen de lutte. Ils exprimaient la dissidence, la résistance et le courage.

Leurs chants sonnaient aux oreilles de leurs oppresseurs comme autant de véritables déclarations de guerres réprimées dans le sang.

La danse des bottes de gomme (Gumboots dancing) initiée par les mineurs noirs Sud-africains pour communiquer entre eux a connu par après un succès international immense.

Paul Simon a écrit un chant titré « Gumboots» dans son album Graceland tandis que David Bruce a composé en 2008 À Clarinet quintet avec le même titre de « Gumboots », tous inspirés de la création des mineurs d’Afrique du Sud.

Enchaînés à leur poste de travail, interdits de parole, ces mineurs ont développé un mode de communication en frappant le sol plein d’eau et de boue avec leurs bottes et leurs chaînes. La chorégraphie des bottes leur permettait ainsi de faire passer des messages tout en étant une savante orchestration d’harmonies.

En ce sens, la poésie et la danse contribuèrent à la libération de l’Afrique du Sudx. On se souvient encore et toujours des célèbres pas de danse de Nelson Mandela le jour de sa libération historique.

 

Les jeunes artistes ivoiriens qui inventent des modèles de danse pour oublier la grisaille quotidienne, la crise sociale, scolaire, politique et économique des années 1990, puis la guerre du début des années 2000 s’inscrivent dans la même veine.

Ils ont trouvé dans cet art la voie utile pour exprimer leurs revendications. Le Zouglou naît ainsi sur les campus d’Abidjan*** et, est rapidement exporté vers les pays voisins et au-delà. Son succès populaire inattendu au-delà de la Côte d’Ivoire s’explique par le fait que la jeunesse ivoirienne et africaine s’est entièrement retrouvée dans ces pas de danse qui disent leur profond désarroi avec humour et ironie. Plus que des discours, ce mode de communication s’est imposé comme une philosophie de la survie par l’auto-dérision et a démontré son efficacité sociale.


Le groupe Magic System l’a popularisé au-delà des frontières ivoiriennes et en a fait sa carte de visite avec un succès populaire en Europe qui se poursuit.

Une belle diversité caractérise la danse africaine traditionnelle ou moderne selon les groupes linguistiques, géographiques, culturels, selon les pays d’origine.

La danse n’est pas que mime, représentation ou figuration. C’est un art de vivre, une philosophie, une prière. On pense, on écrit, on vit en dansant.

 

 

 

 

En terminant, il est utile de donner la parole aux praticiens de la poésie et de la danse africaine. Léopold Sédar Senghor dit : En Afrique, c’est la danse qui est au commencement de toutes choses. Si le verbe l’a suivi, ce n’est pas le verbe parler, mais le verbe chanter, rythmer. Danser, chanter, porter des masques constituent l’art total, un rituel pour entrer en relation avec l’indicible et créer le visible.  Ainsi, Poésie et Danse n’ont pas pour unique but d’imiter ou de figurer mais bien de penser, décrire, d’être en somme :

 

Loin d’être une distraction, la danse est une prière. Loin d’être des expressions purement instinctives ou spontanées, de ces bamboulas dont la littérature coloniale donnait à rêver à ses lecteurs, les danses, les cérémonies n’ont certainement pas pour fin l’on ne sait quel défoulement collectif qu’on leur a, étourdiment prêté : elles sont tout au contraire, rigoureusement réglées selon des codes, qui pour être différents de ceux auxquels sont soumises les chorégraphies occidentales, n’en sont moins précis et impératifs, et elles sont institutionnalisées, ne se produisant qu’à certaines occasions, et à certaines époques, avec des objectifs bien déterminésxi.


Ces arts s’inscrivent dans une quête sociale profonde d’identité pour un continent qui a perdu ses repères mais ce n’est pas forcément une quête du retour aux sources comme le précise bien Germaine Acogny :


Le mouvement artistique dans lequel j’inscris mon propre travail, s’il prend racine dans nos traditions populaires, n’est pas un retour aux sources. Il est au contraire un chemin tout différent résolument citadin et moderne, reflétant le contexte dans lequel vit l’Afrique d’aujourd’hui. Nous ne voulons pas inféoder, assujettir la danse nègre. Nous désirons seulement qu’elle s’impose par son caractère propre dans la civilisation moderne et qu’elle prenne la place qui lui revient de droitxii.

 

Celles qui font danser les mots du continent sur les scènes internationales expriment l’âme profonde de l’Afrique et font découvrir sa grande richesse culturelle diversifiée. Cette Afrique qui vit et survit à tous les malheurs reste debout, forte et combative parce que portée par des femmes, créatrices et procréatrices d’une vie qui ne s’éteint pas malgré l’adversité, celle de l’art. La femme est l’avenir du monde a dit Aragon. Les femmes d’Afrique sont sans doute aucun l’avenir du continent.

Danser, écrire, penser sont des arcs desquels s’échappent et se répandent des sonorités musicales invitant toujours au dialogue et à la paix entre les cultures du monde. La poésie ne doit pas périr, car alors, où serait l’espoir du monde ? se demandait Senghor.

La vie et la vitalité que transmettent la danse et la poésie ne doivent pas non plus périr et ce sera grâce aux artistes : « Dès sa naissance, l’homme s’exprime avec son corps. La danse pour moi est un prolongement naturel des gestes de la viexiii»

 

 

Notes

 

i Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, éd. Présence Africaine, 1956.

ii Tanella Boni (www.tanallaboni.net) et Véronique Tadjo (www.veroniquetadjo.com/) sont des poètes, romancières, écrivaines jeunesse ivoiriennes qui ont publié plusieurs ouvrages et renforcé la vitalité de l’écriture des femmes d’Afrique.

iii Germaine Acogny, sénégalaise née au Bénin a été la première Africaine du continent à ouvrir une école de danse à Dakar en 1968. Ancienne élève de Maurice Béjart, elle a dirigé Mudra Afrique, première école panafricaine de danse fondée par le président Senghor et Béjart. Depuis 2004, elle a fondé L’École des Sables, centre international de danse traditionnelle et contemporaine d’Afrique à Dakar.

iv Wèrèwèrè Liking, fondatrice du village Ki-yi à Abidjan à la fois troupe théâtrale, de danse moderne et traditionnelle et ensemble musical utilise l’art du rituel africain dans ses créations : (www.villagekiyi.org/).

v Irène Tassembédo, chorégraphe burkinabè dirige Édit (É cole de Danse Irène Tassembédo www.irenetassembedo.com/) à Ouaga.

vi Dogbé, ivoirienne issue de la troupe du village Ki-yi évolue maintenant en solo comme danseuse, chanteuse et percussionniste sur les scènes de l’Europe, d’Afrique et de l’Amérique du Nord.

vii Académicien, poète et premier président du Sénégal indépendant, Senghor est l’un des pères fondateurs avec Césaire et Damas du Mouvement de la Négritude.

viii Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre, Élégies majeures dans Œuvre poétique, Paris, éd. Seuil, 2008.

ix C’est elle qui signe le premier acte de naissance de la littérature féminine africaine en publiant à Paris, en 1965, son recueil, Poèmes africains.

x Voir le livre et le documentaire de la Canadienne Lucie Pagé, Chants de libération d’Afrique du Sud.

xi J. Laude in Germaine Acogny, Danse africaine, 1980.

xii Germaine Acogny, ibidem.

xiii Germaine Acogny, op.cit.

 

Vidéo choisie par l'universitaire

 

*** Le zouglou nait ainsi sur les campus d'Abidjan (url. http://www.youtube.com/watch?v=tOOo7GmMT0U)

 

 

 

 

Pour citer cet article


 

 

Angèle Bassolé,  « Elles font danser les mots ! Poétique de la danse, danse de la poésie », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques :  « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-elles-font-danser-les-mots-104314038.html   ou URL. http://0z.fr/Dekm3

 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


 

http://www.aefo.on.ca/Docs/Bassole_Ouedraogo_Angele.pdf

 

http://youtu.be/DKecAvr722I

 

http://aflit.arts.uwa.edu.au/BassoleO.html

 

D'Orphée à Prométhée : La poésie africaine au féminin. En hommage aux pionnières de l'écriture féminine africaine 1967-1997

 

http://en.wikipedia.org/wiki/Ang%C3%A8le_Bassol%C3%A9-Ou%C3%A9draogo

 

http://pan.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/03/17/yennenga-recueil-de-poesie-africaine.html

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ang%C3%A8le_Bassol%C3%A9-Ou%C3%A9draogo

 

 

Avertissement


Les documents présents au-dessous sont protégés tous droits réservés aux éditions L'Interligne et à la revue Amina, vous pouvez les télécharger à condition de citer les références exactes.


 

Communique Yennenga[1] Communique Yennenga[1]


Article de la revue AMINA, n°454, 2008 du livre Les porteuses d'Afrique (Angèle Bassolé-Ouédraogo Article de la revue AMINA, n°454, 2008 du livre Les Porteuses d'Afrique (Angèle Bassolé-Ouédraogo

 


 

Auteur(e)

 

 

Angèle Bassolé-Ouédraogo


Née en 1967 à Abidjan en Côte d'Ivoire, Angèle Bassolé est chercheure associée à l'Institut d'études des femmes de l'Université d'Ottawa. Elle est aussi écrivaine et éditrice.


Journaliste de formation et de profession, critique littéraire, elle est détentrice d’un Doctorat en Lettres françaises. Spécialiste de poésie (sociocritique) et des études de femmes (EFH : Égalité femmes/hommes), sa thèse a porté sur la poésie des femmes d’Afrique francophone.

 

En 2004, elle remportait le Prix Trillium de poésie pour son recueil Avec tes mots. Son 5erecueil, Yennenga est sorti en librairie au mois de février 2012. Elle anime une chronique socio-politique et culturelle dans le bi-hebdomadaire L’Événementipublié au Burkina Faso.

 

 

Note


i L’Événement, bi-hebdomadaire d’informations publié au Burkina Faso est spécialisé dans le journalisme d’enquête (url. www.evenement-bf.net). 

 

 

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