10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Article

 Isabella Morra :


« mythologie d’une solitude »



 

Elisabetta Simonetta

(Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, CIRRI/LECEMO)

 

 

 

 

            Isabella Morra, poétesse de la Lucanie, vécut entre les années 1520 et 1546, reléguée dans la solitude d’un fief médiéval, Favale, aujourd’hui connu sous le nom de Valsinni, dont le père détenait à l’époque la baronnie. Sa production poétique était inconnue de ses contemporains et, pendant très longtemps, n’a laissé aucune trace dans l’histoire littéraire.

Il faudra attendre le XIXème siècle pour que le lettré Angelo de Gubernatis consacre une partie de ses études à la ‘poétesse triste’. Au XXème siècle un critique tel que Benedetto Croce2  s’intéressa beaucoup à elle et ne manqua pas d’éclaircir le déroulement véritable des faits concernant la vie et la production poétique d’Isabella, car, comme Maria Antonietta Grignani le souligne dans son œuvre consacrée à la poétesse, Isabella « était seule et seule serait morte si le signe de la tragédie n’avait pas marqué par le sang son histoire et ses vers, si ses frères n’avaient pas changé la qualité de l’esprit en péché du corps ».3

 

Un cas sui generis


            Le cas de ‘la poétesse de Valsinni’ est un cas sui generis dans le cadre, aussi vaste et varié soit-il, des poétesses de la Renaissance italienne, puisque son expérience humaine n’a ni de précédents, ni d’antécédents historiques connus, mais plutôt des ‘échos’ littéraires qui viennent soudain à l’esprit à la lecture de ses vers et dès que l’on prend connaissance de sa triste histoire. Comment ne pas penser à la ballade toscane qui raconte la terrible et légendaire tragédie de la pauvre Isabetta da Messina  —  que Boccace a transformée dans l’une de ses nouvelles les plus connues et émouvantes — ou encore à la légende de la malheureuse baronne de Carini, elle aussi séquestrée dans son château et victime de sa famille ?

L’histoire d’Isabella se situe au début du siècle, à partir des années 1520, dans une région qui baignait encore dans l’obscurantisme moyenâgeux et où une féroce coutume méridionale condamnait les femmes à la séquestration et les soumettait, même nobles et cultivées, à l’autorité des hommes : maris, pères et frères.

Le manque presque total d’humanité de son entourage explique l’absence d’amour, sous toutes ses formes, qui marqua sa courte vie et qui ressort avec force de ses vers ; la lucidité du regard qu’elle porte sur elle-même frappe d’autant plus que la réalité quotidienne a été pour elle source première de douleur et de rage. Son bref chansonnier, comptant seulement dix sonnets et trois chansons, garde toute « l’intensité et la densité resserrée d’une vie, brève elle aussi, qui court tout droit vers le dessèchement, qui, pour elle, fut aussi sa mort »4.


La famille Morra était une famille noble et puissante. Cependant à l’époque la noblesse de sang ne correspondait pas forcement à une irréprochable noblesse d’esprit, surtout si nous considérons que trois de ses représentants ont été capables de s’entacher du crime affreux d’assassiner leur propre sœur sous prétexte d’une liaison illicite que cette dernière aurait entretenu avec un homme marié, l’espagnol et châtelain de Cosenza Don Diego Sandoval de Castro, homme noble et lettré, auteur de vers pétrarquistes. Sauvagement poignardée, Isabella mourra sans que rien ne puisse véritablement prouver sa culpabilité et sa seule faute, si de faute nous pouvons vraiment parler, est celle d’avoir ardemment voulu ‘fuir son mal’, sa terre inculte et le malheur de vivre dans une solitude ingrate que la noblesse de son esprit ne méritait pas.

 

En effet, il est fort probable qu’Isabella envisageât de quitter sa région et la forteresse familiale pour se sauver en France, plus précisément à la cour de Fontainebleau où son père, ensuite rejoint par son frère Scipione, demeurait sous la protection de François Ier depuis 1528, année de son exil à cause d’une dispute avec le prince de Salerno, qui était fidèle à l’empereur Charles V, et plus vraisemblablement pour avoir trop manifestement soutenu les français pendant la guerre pour la domination du royaume de Naples5. Grâce à l’aide d’une noble dame du lieu, Antonia Caracciolo, femme de Don Diego et amie d’Isabella, un projet de fuite aurait été organisé à l’aide d’un échange épistolaire, que le précepteur  de la famille Morra rendait possible en se déplaçant du fief de Favale à celui, très peu distant, de Bollita où madame Caracciolo demeurait. Mais bien avant que le départ de la fuite fût rendu possible, il semble qu’Isabella et Don Diego durent se rencontrer et se manifester une estime mutuelle car tous les deux, fort cultivés et doués de sensibilité poétique, écrivaient des vers pétrarquistes qu’ils pouvaient probablement s’échanger toujours par le biais du précepteur. La tragédie se dessine avec l’interception de cet échange par les frères Morra, notamment après avoir retrouvé certaines lettres, ou l’une des lettres échangées, vraisemblablement celle qui contenait le projet de fuite. Les liens d’amitié qu’Isabella entretenait avec Don Diego et sa femme auraient pu probablement faire courir le bruit d’une hypothétique relation entre les deux, qui aurait en suite suscité la réaction violente des trois frères Morra.

C’est donc à cause de cet outrage à l’intégrité morale de la famille que les trois frères, pétris d’orgueil masculin et forts de leur rôle de protecteurs de l’honneur familial après l’exil de leur père, ont été poussés sans aucune hésitation au triple homicide : celui du précepteur d’abord, celui d’Isabella ensuite, et enfin, quelques mois plus tard, celui du noble espagnol, au cours une embuscade. Les juges ne tardèrent pas à déclarer les frères Morra coupables et à lancer un ban contre eux. L’aîné, Marcantonio, étranger aux faits, passa une courte période en prison, les assassins en revanche durent s’enfuir en France où leur petit frère Scipione, qui avait fait carrière en devenant le secrétaire de Catherine de Médicis, se résoudra à les aider à s’installer durablement en France, après les avoir réprimandés. En ce qui concerne le père, bien qu’il eût la possibilité de rentrer en Lucanie en 1533, grâce à l’absolution de l’accusation de trahison, il préféra rester à la cour de François Ier, parmi les nobles lettrés tels que lui, et quand la nouvelle de la tragédie arriva en France, il était déjà mort. C’est ainsi que la tragédie d’Isabella se conclut, vite oubliée par ses proches et ses contemporains.6

La vague de nouveauté de la Renaissance, avec son attention particulière au rôle et à l’instruction de la femme, permit à nombre de dames de s’intéresser et d’adhérer à la poésie pétrarquiste, si proche de la sensibilité féminine, qui n’était « pas propice à l’affirmation de la spécificité d’un discours féminin », mais qui, cependant, « offrait aux poétesses, en raison de sa valeur de langue d’échange et de sa vocation personnelle et intimiste, une possibilité d’expression »7. Isabella disposait donc d’une vaste culture classique et d’un intarissable répertoire d’images et de tons, qu’elle adapta à ses tourments dans la rédaction de ses rimes. Et bien qu’elle ne quittât fort probablement jamais sa forteresse de Favale, grâce aux enseignements du précepteur, elle put prendre connaissance des vers des plus grands humanistes du sud de l’Italie de l’époque, notamment de ceux qui faisaient partie du courant parthénopéen qui emphatisaient les tons élégiaques et tragiques et privilégiaient les couleurs sombres d’une nature souvent hostile : Jacopo Sannazzaro, Tansillo et Galeazzo di Tarsia en tête, mais aussi Costanzo et Terminio.

 

 

Caractéristiques de la poésie d’Isabella Morra


 

La poésie d’Isabella Morra est étroitement liée à l’existence qu’elle chante : elle représente le seul acte possible dans l’immobilité d’une vie d’isolement forcé. Il est d’ailleurs très difficile de ne pas céder au charme romantique et tragique du personnage d’Isabella, car sa poésie se présente au lecteur comme la seule forme de soulagement dans l’étouffement d’une existence sans perspectives et sans alternatives. La forteresse dont elle est prisonnière devient ainsi le symbole vigoureux de son expérience humaine et poétique, elle incarne l’enfermement du corps et l’impuissance des vers dans l’oubli de la solitude.

Isabella est seule. Elle est seule dans sa propre sensibilité si différente par rapport aux barbaries de ses frères, à la petitesse d’esprit des habitants de Favale et à l’indulgence d’une mère misérable, présentée par Isabella comme une épouse abandonnée et vieillissante : « Bastone i figli de la fral vecchiezza /esser dovean di mia misera madre ; / ma per le tue procelle (o fortuna) inique ed adre / sono in estrema ed orrida fiacchezza. » 8 

La solitude d’un esprit voué aux lettres ne peut s’exprimer que par l’écriture, et notamment par l’écriture poétique. Les forces génératrices du discours poétique d’Isabella sont d’ailleurs bien reconnaissables : Isabella part de ses malheurs pour nous parler des raisons de sa souffrance. Favale et la ‘malchance’ sont présentés comme ses pires ennemis, causes de toutes ses désillusions : « Contra Fortuna alor spargo querela / ed ho in odio il denigrato sito, / come sola cagion del mio tormento »9. Et pourtant Isabella ne cesse d’espérer le destin glorieux qu’elle sait mériter ; le rythme haletant de ses vers nous montre à quel point elle ressent l’injustice de sa condition existentielle, à laquelle elle ne se résigne pas et contre laquelle elle s’insurge. La gloire poétique, la reconnaissance de ses qualités et de son niveau culturel et social sont aussi des thèmes récurrents dans ses rimes : « Sarà per lei la vita mia gioiosa, / de’ grievi affanni deporro’ la salma / e queste chiome cingerò d’alloro. ».10

Pourtant, ce qui la pousse véritablement à l’écriture poétique, ce n’est pas vraiment l’espoir, mais surtout le ‘manque’. Notamment le manque d’un père, lointain et sourd aux invocations de sa jeune fille, d’où le motif de l’abandon, et plus généralement du manque d’humanité, d’une humanité capable de l’entendre et de la comprendre, de l’arracher à sa solitude et à sa terre natale.

 

Le caractère privé des vers d’Isabella fascine le lecteur, lui permet de plonger dans l’univers sentimental de la poétesse, en passant par son univers réel, dans un continuum de couleurs, de tons et d’images. Elle nous donne l’impression, comme d’un « travaso immediato della vita nel verso »11. Pourtant, il ne s’agit pas d’une poésie silencieuse, d’une pure atténuation de ses tourments. Isabella crie sa douleur afin d’être entendue et elle revendique son droit de parler, de chanter en vers, d’exprimer l’injustice d’une existence dans laquelle elle passe son temps « senza lode alcuna »12, en ne ressentant pas « di donna il proprio stato »13 ;tout cela lui est si insupportable que même la mort semble être une alternative plus séduisante à une telle vie : « dolce vita mi saria la morte ».14

 

L’écriture poétique a donc pour Isabella une évidente fonction ‘thérapeutique’, elle lui permet d’« isfogar la mente »15, de soulager ses douleurs, d’endurer une souffrance sans issue. Mais il ne s’agit pas seulement d’une nécessité intime de soulagement, mais aussi d’une volonté forte de communication. Isabella connaît la puissance des vers, la dimension publique de la poésie en tant que moyen privilégié de dénonciation qui offre, à qui se montre digne d’en faire bon usage, l’occasion de se racheter, de véhiculer une certaine ‘image de soi’ aux autres et de fuir ainsi la solitude des espaces et l’oubli du temps. Un caractère privé et une double fonction personnelle et publique confèrent à la poésie d’Isabella la force de l’invective et la profondeur vibrante des sentiments les plus intimes.


Une analyse lexicale et structurelle des vers d’Isabella nous permettrait de remonter à ses modèles fortement reconnaissables, au premier rang desquels l’incontournable Pétrarque, souvent filtré par le bucolisme sombre de l’Arcadie méridionale de Sannazzaro, Tansillo et Tarsia. Pourtant, le classicisme d’Isabella — qui ressort de ses vers, aussi bien dans les images évoquées que dans les expressions employées — s’explique aussi par la tradition culturelle fortement hellénisée du sud de l’Italie. D’ailleurs, la présence de certains latinismes, qui ne faisaient pas partie du patrimoine pétrarquiste, témoigne bien de ce retour aux sources classiques originaires, que nous retrouvons de façon encore plus éloquente puisqu’elles sont véhiculées par la prégnance des images, des profils poétiques que les vers d’Isabella semblent retracer. Le nombre d’échos de la culture littéraire grecque élégiaque, épique et tragique, dans les compositions de la poétesse témoignent de ce précieux héritage dont elle était sans doute fière, mais qui, cependant, ne prend jamais les formes figées et artificielles du poetare typiquement mythologique. D’une certaine manière, Isabella démontre sa capacité à revivifier et à diversifier le répertoire classique dont elle disposait.16

En effet, un regard moins technique et plus global sur sa production poétique ferait inévitablement surgir à l’esprit du lecteur des images préexistantes dans l’histoire de la littérature, donc déjà connotées, et pourtant ponctuellement revisitées. Pour mieux comprendre le sens et la portée de cet aspect crucial dans la réception et l’interprétation de la poésie d’Isabella, nous pouvons tout de suite nous intéresser à des cas concrets, puisqu’il est évident que la poétesse se sert de sa formation classique dans la création de son personnage poétique. Ce dernier est modelé sur un hyperonyme mythique auquel sa biographique renvoie, rencontrant ainsi une incarnation poétique. Il s’agit du topos de l’héroïne tragique et abandonnée, un modèle élégiaque que nous retrouvons, décliné en maintes variantes, chez Ovide, Catulle et Arioste.

Avant tout, l’Ariane abandonnée par Thésée sur l’île de Dia du petit poème épique no64 de Catulle17 et des Héroïdes d’Ovide, tout de suite suivie par l’Olympe abandonnée par Birèn du chant X du Roland Furieux. La reprise de ce deuxième modèle, qui fait partie de la tradition littéraire de la Renaissance et non pas de la norme de Pétrarque, semble suggérer au sonnet d’Isabella davantage le rythme que l’image évoquée : « I fieri assalti di crudel Fortuna / scrivo piangendo, e la mia verde etade ; / me che’n sì vili ed orride contrate / spendo il mio tempo senza lode alcuna. »18.

Mais revenons à l’image d’elle-même qu’Isabella veut donner au lecteur à travers ses vers :

 

D’un alto monte onde si scorge il mare

miro sovente io, tua figlia Isabella,

s’alcuno legno spalmato in quello appare

che di te, padre, a me doni novella.19

 

Isabella est seule, en haut de la montagne Coppola, non loin de Valsinni, elle regarde la mer Ionienne qui se perd à l’horizon. Soudain, la silhouette tragique d’Ariane nous vient à l’esprit, elle en train de crier sa douleur et de s’emporter contre Thésée dont le navire disparaît au fur et à mesure qu’il s’éloigne d’elle, en l’abandonnant seule et perdue sur une île sauvage et « sans culture »20. Isabella se montre à nous comme une nouvelle Ariane. L’utilisation d’un personnage mythologique fort reconnaissable peut être considérée comme un choix stratégique de la part de la poétesse, car elle permet au lecteur de saisir d’emblée la connotation et les états d’esprit que le poème veut transmettre. Le message en ressort ainsi renforcé et surtout anobli par une filiation remontant aux grands classiques. Parmi les éléments que la lettre ovidienne d’Ariane a en commun avec le sonnet III d’Isabella, nous avons déjà évoqué l’image de l’incipit du poème et ses fortes ressemblances avec l’œuvre d’Ovide : il y a une montagne sur laquelle notre héroïne tragique, notre Ariane /Isabella, monte pour voir « les voiles enflées par l’impétueux Notus »21qui deviennent, chez Isabella, avec une très belle synecdoque pétrarquisante le « legno spalmato…che di te, padre, a me doni novella »22. Nous retrouvons aussi l’élément pathétique des larmes commun aux deux personnages. Ariane, après avoir pris conscience du caractère irréversible de son abandon, transforme la rage et la colère en larmes : « Que pouvaient faire de mieux mes yeux, que de me pleurer moi-même, puisqu’ils avaient cessé de voir ton navire ? »23. De la même façon, Isabella, après avoir perdu l’espoir d’avoir des nouvelles de son père, remplace cette espérance par des larmes : « Ma la mia adversa e dispietata stella / non vuol ch’alcun conforto possa entrare / nel tristo cor, ma di pietà rubella, / la calda speme in pianto fa mutare »24. Un seul détail semble différencier les deux héroïnes : Ariane regarde un bateau qui s’éloigne, tandis qu’Isabella attend un bateau qui n’arrive jamais.


La liste des héroïnes ovidiennes, plus ou moins comparables au personnage poétique qu’Isabella Morra a créé pour elle-même, ne se réduit pas à la seule Ariane. Bien d’autres femmes mythiques interviennent dans la construction de son imaginaire poétique et, élément non négligeable, elles sont toutes différentes les unes des autres ; cela nous donne la mesure de la complexité et de l’équivicité de notre poétesse, ainsi que de sa production poétique.

La lucide Pénélope par exemple, héroïne de la Raison, qui même dans la douleur la plus atroce conserve sa capacité de jugement et d’analyse : « Je crains tout dans mon égarement, et un vaste champ est ouvert à mes inquiétudes. Tous les périls que recèle la mer, tous ceux que recèle la terre, je les soupçonne d’être la cause de si longs retards. Tandis que je me livre à ces pensées, peut-être (car ne sont pas vos caprices !), peut-être es-tu retenu par l’amour sur une rive étrangère ».25Avec sa force et sa dignité, sa noblesse de reine et d’épouse fidèle, Pénélope est un grand exemple d’intégrité morale, elle l’est davantage encore dans son Ithaque envahie par des usurpateurs barbares : « je ne suis, je veux n’être qu’à toi ; Pénélope sera toujours l’épouse d’Ulysse »26. Pénélope, fière et malheureuse, nous rappelle Isabella qui connaît aussi bien sa douleur que sa valeur et qui reste toujours digne dans son invective contre le Sort défavorable et contre sa terre natale. Isabella n’oublie jamais sa nature noble qui la rapproche de tous les ‘esprits élus’ que le Sort dénigre : « E spesso grido col mio rozzo inchiostro /che chi vuol esser tuo della sortepiù caro amico /sia degli uomini orrendo e raro mostro »27. La conscience de sa supériorité l’éloigne davantage de sa terre natale et de ses gens : « …fra questi dumi, / fra questi aspri costumi / di gente irrazional, priva d’ingegno, / ove senza sostegno / son costretta a menare il viver mio / qui posta da ciascuno in cieco oblio. »28

 

Les espoirs d’Isabella ne sont donc jamais de vagues illusions ou des délires de visionnaire, ils reposent plutôt sur le sentiment qu’elle a de ses mérites, de son potentiel et de l’injustice de ses conditions de vie. D’ailleurs, ses rêves d’évasion s’écroulent aussitôt face à l’évidence désarmante d’un destin de solitude et de silence tracé au préalable :

 

Con ragione il desio dispiega i vanni

ed al suo porto appressa il bel pensiero

per trar quest’alma da perpetui affanni,

Ma Fortuna al timor mostra il sentiero

erto ed angusto e pien di tanti inganni,

che nel più bel sperar poi mi dispero 29

 

   

Une lucidité qui l’amène à refuser le soulagement facile que peuvent représenter les illusions :

 

a che pensar m’adduci, o fiera stella,

come d’ogni ben son cassa e priva ! 30

 

et à saisir enfin la vanité de ses espoirs de gloire terrestre, car seul en Dieu elle pourra trouver une véritable et éternelle reconnaissance de sa valeur :

 

Or del suo cieco error l’alma si pente,

che in tai doti non scorge gloria alcuna,

e se de’ béni suoi vive digiuna,

spera arricchirsi in Dio chiara e lucente.

Né tempo o morte il bel tesoro eterno,

né prédatrice e violenta mano

ce lo torrà davanti al re del cielo.

Ivi non nuoce già state né verno,

ché non si sente mai caldo né gielo ;

Dunque ogni altro sperar, fratello, è vano31

 

Dans une situation pareille Isabella s’encre davantage encore dans son intégrité et son désenchantement pour faire face aux inévitables assauts de la cruelle Fortune, de sa « adversa e dispietata stella »et elle se souhaite ainsi une mort et une sépulture dignes, qui puissent en partie récompenser ses souffrances et qui soient à la hauteur de ses vertus humaines et poétiques :

 

Degno il sepolcro, se vil fu la cuna,

vo procacciando con le Muse amate ;

e spero ritrovar qualche pietate

malgrado de la cieca aspra importuna

e col favore de le sacrate Dive,

se non col corpo, almen con l’alma sciolta

essere in pregio a più felice rive.32

 

Nous pouvons ainsi mieux comprendre le but de son projet d’édification poétique : la construction de son personnage modelé sur les héroïnes tragiques répond à une nécessité de délivrance et de gloire posthumes.

 

Un autre personnage ovidien, non pas mythologique cette fois mais plutôt historique, bien que légendaire, qu’il est possible et intéressant, voire souhaitable de rattacher à l’image poétique d’Isabella Morra, est celui de la poétesse Sappho. Cela non seulement parce qu’il s’agit, tout comme Isabella d’une poétesse, mais aussi parce que, dans le déroulement de sa tragédie personnelle, elle partage avec elle un certain nombre d’attitudes et de résolutions. Sappho souffre par amour, à cause de Phaön qui est parti pour la Sicile en la quittant. Mais dans sa plainte elle exprime non seulement le désespoir d’avoir perdu un amant si tendrement aimé, mais aussi toute sa fierté et sa dignité de femme hors du commun, de grande poétesse qui connaît sa valeur : « Si la nature rigoureuse m’a refusé la beauté, je répare ce tort par mon génie ; ma taille est petite, mais j’ai un nom qui peut remplir toute la terre : je porte en moi-même ce qui doit en étendre la renommée »33. La conscience déclamée de sa propre valeur n’est pas le seul trait qui rapproche Isabella de Sappho. Il y a aussi dans l’épître ovidienne la présence forte du Sort contraire comme cause primaire des malheurs de Sappho : «La Fortune, qui a commencé à peser sur moi, continue-t-elle à m’accabler, et poursuit-elle, pour ne plus l’interrompre, le cours de ses rigueurs ? »34. Nous retrouvons aussi l’élément liquide des larmes qui, comme pour Isabella (« I fieri assalti di crudel Fortuna / scrivo piangendo… »35) accompagne l’activité de l’écriture : « J’écris, et mes yeux sont noyés dans d’abondantes larmes : vois combien il y a de taches à cet endroit de ma lettre »36écrit Sappho. Un autre élément classique, très récurrant dans la poésie d’Isabella, est celui du dialogue avec la nature, qui dans le cadre du motif élégiaque du ‘chant choral’, participe au drame personnel de la poétesse : « Ecco ch’una altra volta, o valle inferna / o fiume alpestre, o ruinati sassi / o ignudi spirti di virtute e cassi / udrete il pianto e la mia doglia eterna […] Deh, mentre ch’io mi lagno e giorno e notte, / o fere, o sassi, o orride ruine, / o selve incolte, o solitarie grotte, / ulule, e voi del mal nostro indovine, / piangete meco a voci alte interrotte / il mio più d’altro miserando fine. » ; ce même motif on le retrouve chez Sappho, où la nature est le témoin et la spectatrice de sa tragédie amoureuse: « Je cherche et les grottes et les bois, comme si les bois et les grottes pouvaient pour moi quelque chose : ils furent les confidents de mon bonheur »37. Pour conclure sur cette comparaison entre deux poétesses si lointaines dans le temps et l’espace, et pourtant si proches dans leurs expressions poétiques, nous ne pouvons pas manquer d’évoquer l’image de Sappho sur le sommet de Leucade qui s’apprête à sauter dans les ondes qui, selon la prophétie de la naïade, seraient capables de la guérir de son mal d’amour. La silhouette féminine de l’héroïne ravagée par la douleur qui regarder la mer peut très bien être celle d’Isabella, d’Ariane, de Sappho, de Pénélope ou encore celle d’Olympe abandonnée sur le rocher du Roland Furieux.

 

        Cette dernière a été, de la même façon qu’Ariane, abandonnée sur une île pendant la nuit par celui qu’elle croyait être un amant sincère et loyal, « l’infedel Bireno »38, le « falso amante ». Nous retrouvons Olympe à l’aube, au réveil, quand elle prend conscience d’avoir été quitté pendant son sommeil. Elle se lève de son lit, se précipite vers la mer et monte sur le sommet d’un rocher d’où elle voit les voiles lointaines du navire du cruel Birèn qui disparaissent à l’horizon :

 

Olimpia in cima vi salì a gran passo

(così le facea l’animo possente),

e di lontano le gonfiate vele

vide fuggir del suo signor crudele39.

 

Une telle quantité de précédents illustres, véritables et indiscutables arguments d’autorité, employés pour véhiculer l’image poétique polyédrique de la femme à la fois forte et malheureuse, vertueuse et malchanceuse, n’est évidemment pas un pur hasard. Encore une fois, cela témoigne de la volonté d’Isabella Morra d’associer son image à celle de femmes, qu’elles soient légendaires ou réelles, avec lesquelles elle éstime partager l’exceptionnalité de son histoire, de ses vertus et de ses malheurs, ainsi que le sentiment net d’une injustice subie et la volonté opiniâtre de se racheter, afin de laisser, à l’instar de ses précurseurs, une trace indélébile dans la mémoire poétique des siècles à venir.

 

Bibliographie
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CASERTA, Giovanni, Solitudine e miti nella poesia di Isabella Morra, dans Isabella Morra e la Lucania : Atti del Convegno di Studi su Isabella Morra oraganizzato dal Comune di Valsinni (Valsinni, 11-12 Maggio), A. LIANTONIO Editore, Matera, 1981.

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STEFANELLI, Ruggieri, Il Petrarchismo d’Isabella Morra, dans « Isabella Morra e la Lucania » : Atti del Convegno di Studi su Isabella Morra oraganizzato dal Comune di Valsinni (Valsinni, 11-12 Maggio 1975), A. LIANTONIO Editore, Matera, 1981, et dans Annali della Facoltà di Magistero dell’Università di Bari, XI, 1972.

TATEO, Francesco, Le liriche religiose d’Isabella Morra, dans Isabella Morra e la Lucania : Atti del Convegno di Studi su Isabella Morra oraganizzato dal Comune di Valsinni (Valsinni, 11-12 Maggio 1975), A. LIANTONIO Editore, Matera, 1981.

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TOSCANO, Tobia R., « Diego Sandoval di Castro e Isabella Morra », dans Rime, Salerno Editrice, Roma, 2007.

 

Notes

 

 

1 DE GUBERNATIS, Angelo, Antologia delle poetesse del secolo decimosesto, Arte della Stampa, Firenze, 1883.

2 CROCE,  Benedetto, La Critica,  vol. XXVII, 1929.

3 GRIGNANI, Maria Antonietta, Isabella Morra, « Rime », Salerno Editrice, Roma, 2000 , p. 11.

4 CASERTA, Giovanni, Isabella Morra e la società meridionale del Cinquecento, Matera ; META, 1976., p. 50.

5 Guerre qui se conclut en 1529 avec la Paix de Cambrai et la défaite de François Ier.

6 Toutes les informations concernant la vie d’Isabella Morra sont tirées de l’histoire de la famille Morra, publiée en 1629 à Naples et rédigé par le conseiller royal Marcantonio Morra, fils de Camillo Morra, le plus jeune des frères d’Isabella. Dans la narration des faits concernant sa famille, Marcantonio s’en tient aux témoignages de son père, raison pour laquelle le récit garde toute sa légitimité et fiabilité historiques.

7 PIÉJUS-LE BOURHIS, Marie-Françoise, Visages et paroles de femmes dans la littérature italienne de la Renaissance, Paris, CIRRI, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, 2009. p. 219.

8 Rime, XI.

9 Rime, III.

10 Rime, IV.

11 CROCE, Benedetto, Vite di avventure, di fede…, op. cit. , p.

12 Rime, I.

13 Rime, XI.

14 Rime, XI.

15 Rime, XI.

16 BRONZINI, Giovanni B., Il caso della poetessa di Valsinni, Atti del Convegno di Studi su Isabella Morra e la Lucania, op. cit. , pp. 141-142.

17 VV. 52-264.

18 Rime, I.

19 Rime, III.

20 OVIDE, Les Héroïdes, Édition de Jean-Pierre Néraudau, Collection Folio Classique, Édition Gallimard, 1999, op. cit., p. 109.

21 Op. cit., p. 108.

22 Rime, III.

23 OVIDE, Les Héroïdes, op. cit., p. 109.

24 Rime, III.

25 OVIDE, Les Héroïdes, op. cit., p.46.

26 Ibid

27 Rime, IV.

28 Rime, XI.

29 Rime, IX.

30 Rime, VIII.

31 Rime, X.

32 Rime, I.

33 OVIDE, Les Héroïdes, op. cit., p. 143.

34 Ibid, p. 144.

35 Rime, I.

36 OVIDE, Les Héroïdes, op. cit., p. 146.

37 Ibid,  p. 147.

38 ARIOSTO, Ludovico, Orlando furioso, a cura di SEGRE Cesare, Oscar Mondadori, Milano, 1976, op. cit., p. 198, V 17.

39  Op. cit., p. 199, V 23.

 

 

Pour citer ce texte


Elisabetta Simonetta , « Isabella Morra : "mythologie d’une solitude" », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-isabella-morra-mythologie-d-une-solitude-117476578.html/Url.http://0z.fr/zraZL

 

Auteur/Autrice

 

Elisabetta Simonetta

(Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, CIRRI/LECEMO)

   

 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Invité                                          
Présentation

     Mon parcours

 

&

 

la découverte de la poésie

 

Éric Guillot  

Le Pan poétique des muses a réalisé l'entretien éléctronique ci-dessous avec le poète Éric Guillot (journaliste et artiste)*.

 

 

  •LPpdm — Qui est Éric Guillot ?


 

•ÉG — À l’âge de 17 ans, au cours de mes études pour devenir compositeur-typographe, j’ai véritablement découvert Les fleurs du mal de Baudelaire. Ce fut un véritable choc, avec L’albatros, Le vin de l’assassin, Les passantes…  À la fin du mois de juillet 1980, je touchais mon premier salaire et je me suis précipité dans une librairie ruthénoise pour acheter et relire Les fleurs du mal, en livre de poche (avec en couverture, une reproduction du tableau de Courbet : Le sommeil), car je n’avais pas les moyens d’acquérir une édition de luxe (depuis, je me suis rattrapé !). J’ai relu Baudelaire avec délice ! Ensuite ce fut Rimbaud, Villon, Verlaine, Victor Hugo, dont Les orientales m’ont particulièrement séduit. Enfin, je continuais ma découverte  avec Apollinaire, Aragon (sublimes !), Eluard, Soupault, Desnos (curieux !) Breton et les surréalistes… La poésie était entrée en moi. Je vivais et pensais poésie. J’achetais des livres de poésies, surtout les poètes du XXe siècle. Evidemment lire du Verlaine et enchaîner ensuite avec Breton ou Apollinaire, n’est pas toujours chose aisée. D’autres découvertes viendront avec les chanteurs, comme Brel, Ferrat, Ferré. Là je dois préciser quelques chose de capital : ce fut pour moi un pur bonheur d’entendre les poèmes de Rimbaud mis en musique et chantés par Léo Ferré, ce sera plus tard la découverte du 33 tours Ferré chante Baudelaire, puis Aragon et Apollinaire avec La chanson du mal aimée, notamment…  La poésie était le battement de mon cœur et elle le reste! Aujourd’hui, je demeure fasciné par la poésie des poètes dits modernes : Rimbaud, Apollinaire, Cendras,  Paul Morand, Breton, et les surréalistes en général, notamment Péret, Joyce Mansour… Parmi les poètes de langues étrangères, je citerai : Lorca, Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Adonis, Tranströmer…


 

Quelles sont les origines de la rubrique dédiée à la poésie dans le journal CENTRE PRESSE ?


 

•ÉG — Depuis un peu plus de douze ans, sans interruption paraît chaque semaine dans CENTRE  PRESSE, une page poésie consacrée à un auteur. En effet, c’est en mars 2001 que naquit l’idée de consacrer un espace poétique dans nos colonnes. Ce projet faisait suite à la mise en place par la direction du journal d’une édition supplémentaire de fin de semaine (inexistante jusqu’alors) dotée d’un cahier magazine du dimanche. Un détail fut également de mise qui coïncida avec ce lancement et décida la création de cette rubrique : la publication avec mon épouse d’une plaquette d’un jeu surréaliste intitulée Questions de principe, dont un compte rendu fut publié dès la parution de ce recueil dans le journal. Dès le lendemain, je fus appelé par la direction : « Je voudrais que vous assuriez chaque semaine une page poésie » m’avait déclaré Alain Rollat*, directeur du journal de 2001 à 2003. Je contactais alors, par l’intermédiaire de Denys-Paul Bouloc (un poète ruthénois), le groupe poésie au sein de la MJC de Rodez, afin de convenir d’une entrevue avec la direction de CENTRE PRESSE et dans la foulée je proposais à Alain Rollat une rubrique littéraire hebdomadaire assurée par un historien local, en la personne de René Couderc. C’est donc à partir de cette date que fut créée la rubrique poésie alternant tous les quinze jours avec une page littéraire consacrée à un auteur. Mais afin de palier les interruptions de ces rubriques durant la saison estivale, un communiqué a été publié dans nos colonnes s’adressant aux poètes désirant publier leurs textes dans le journal. De nombreux auteurs aveyronnais nous ont adressé leurs poèmes et voyaient ainsi leurs poèmes publiés pour la première fois. Au fil du temps, nos colonnes s’ouvrirent également à des auteurs hors du département. C’est ainsi que j’ai eu l’immense privilège de consacrer plusieurs parutions à Jeanine Baude, Margo Ohayon,  Gilles Lades, Claude Confortès ou Joël Bastard, que j’ai sollicité lors des rencontres aux Journées poésies à Rodez ; ou encore suite aux deux Concours poésie CENTRE PRESSE, lancés en 2008 et 2009, où Françoise Urban-Menninger fut lauréate. Enfin, c’est à partir de 2008 que les membres du groupe poésie Encres de la MJC de Rodez ont cessé de faire paraître leurs créations, suite à la dissolution du groupe. Depuis, je consacre exclusivement chaque parution à un auteur, y compris les poètes ayant appartenu au groupe Encres. Url. http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Rollat

 

* Entretien réalisé grâce à  l'aide de Françoise Urban-Menninger.


Pour citer ce texte


Éric GuillotLPpdm « Mon parcours & la découverte de la poésie », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013 .

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-mon-parcours-la-decouverte-de-la-poesie--117476227.html/Url.http://0z.fr/9i0fN

 

Auteur/Autrice


Éric Guillot

 

10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes                                               

 Et si on longeait la rivière ?

 

Minmin, Piqûre,

 

 

Transport & Vertige

 

 

  Armelle Leclercq

 

 

 

 

 

Et si on longeait la rivière ?

 

 

 

 

Sortir, croquer du soleil,

Sa brioche fin d'après-midi

Si subtile couleur quand il rase

Murs et plantes

En survolant la rivière.

Les pruniers ont une de ces dentelles,

Leurs feuilles bouffées par les chenilles :

On voit du ciel à travers ;

Une araignée a fourbi sa toile

Arc-boutée entre grille et rhododendron,

Pile dans le contre-jour

Qui l'avive filin d'or pour les passants,

Ecrin pour une baie descendue,

Et puis par-delà le plumeau des bambous,

Un concept : l'espace,

La grande respiration des arbres,

Leurs troncs nus à embrasser.

 


 

 

Minmin  

 

 

 

 

Les cigales minmin avec leur chant

A stridulations multiples

Sifflotent,

Un tantinet moqueuses :


 

"Il fait très chaud" semblent-elles ricaner,


 

Elles dont les exuvies pendent

Sur les écorces,

Peaux d'une vie antérieure,

Au parc Inokashira – les pédalos-cygnes

Y pulsent un clapotis de claquettes.


 

Il fait très chaud,

 

Moi aussi j'abandonnerais bien une ou deux peaux comme ça

Rien que pour me défaire de l'étouffante touffeur,

Sensation sac à dos trop plein :

Toutes mes pierres de jadis.

 

 

 

 

Piqûre

 

 


Dans ce doigté sublime du soleil,

Pivoine exactement

Et or sur le liseré du nuage,

Dans son déroulement précis, sa tige lumineuse

Venant frôler tout le balcon,

Dans l'arrondi à l'est – une zone encore bleu clair

Se détachant sur les cumulus gris –,

Dans l'élancement, tige vibrante – la chaleur qui soudain remonte sa fleur orange jusqu'en haut du ciel –,

Jusqu'à la pointe exacte – ce désir –,

Jusqu'au summum – l'instantané bonheur –

De couleur, de sensualité,

Dans cette profusion, souvenir brusque (Alliers) : un jeune chevreuil pris sur le vif,

Le nez dans les herbes sur le sentier aux coulemelles :

Son bond tête rejetée en arrière,

Toute sa beauté, silhouette gracile,

Dans ce surplus : une plénitude à un point qu'on se dit qu'on ne pourra jamais être plus heureux qu'en cet instant précis et que le monde est fort d'une magnificence qu'on n'arrivera jamais à vivre tant elle nous dépasse, que le monde est d'une magnificence à en couper le souffle,

Au bout du bout – acmé – de ces instants d'extase,

Fatidique, resurgit, dague,

Plantée en bas des reins,

Une pensée : la mort.

 

 

 


 

 

Transport



 

Étang d'Ueno, les nénuphars

Ce matin partent en voyage,

Pliés en deux, demi-feuille à plat et demi-feuille levée ;


 

Le vent bat, faseyante,


 

Leur voile de petite embarcation.

Tanguant sous les bouffées éoliennes,

Tiges nomades,


 

Ils recueillent grâce à leurs coques plates,


 

Soubresauts, quelques gouttes d'eau,

Gouttes d'eau qui

Etonnamment chargées sur ces barges chlorophylliennes flottent sur l'étang.


 

Alignant leurs rondeurs sous un soleil désireux de


 

Les disperser,

A chaque jeu de l'étrave elles agitent, dagues lumineuses pour l'œil,

Microscopiques, des miroirs.


 

Glissant sur une nervure à la moindre gîte,


 

Ephémères psychés que sont-elles sinon

Autant de réserves potables

Offertes


 

Aux passagers imaginaires


 

De ces voiliers lilliputiens.


   
   

Vertige

 

 


Après le typhon,

Le ciel rebondi d'azur :

Les maisons éclatent,

Par le jet du nettoyeur céleste

Décapées.

 

Le paysage est fraîcheur

Incroyable.

Hormis une bataille de pommes de pin et d'épines,

Aucun dégât par ici ;

Il est passé plus à l'ouest.

 

Là, en s'allongeant

Sur le sol

Devant, ouverte, la baie vitrée

– Beau temps apocalyptique –

Face à un tel degré juste couleur brute,

 

Comment au plus profond de, bleu, ce miroitement,



Les yeux dans le ciel




Ne pas avoir envie de plonger ?

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Armelle Leclercq, « Et si on longeait la rivière ? », « Minmin », « Piqûre », « Transport » & « Vertige », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013 . Url.http://www.pandesmuses.fr/article-transport-minmin-piqure-117469400.html/Url.http://0z.fr/LDk8L

 

Auteur/Autrice


 

Armelle Leclercq a déjà publié trois livres de poésie, Pataquès (Comp'Act, 2005) sur les relations interculturelles entre Orient arabe et Occident, Vélo vole (Lanskine, 2008) sur l'enfance vue exclusivement par les yeux de l'enfant, avec son franc-parler, et Paysage à rebours (Lanskine, 2012) sur l'Auvergne et le rapport au passé. Elle a participé à deux anthologies : 49 poètes, un collectif (Flammarion, 2004) et Ars Poetica (avec traduction des poèmes en anglais et slovaque) (Bratislava, 2006). Armelle Leclercq publie régulièrement des textes dans des revues et effectue des lectures dans les festivals en France et à l'étranger ; elle a récemment fait une résidence d'auteur à la maison Jules-Roy).

 

 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Invitée                                                 
Article reproduit

    

Réponse à la conversation entre

 

Patricia Godi & Camille Aubaude

 

 

(texte publié dans la Lettre n°2***)

 

 

  Sylvie Fabre G

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice et de la revue Poezibao 

 

 

Je viens de lire la conversation entre Patricia Godi et Camille Aubaude qui m’a beaucoup intéressée et fait repenser aux discussions de Sorcières, aux réactions des journalistes sur ma poésie, aux propos de certains éditeurs aussi sur l’absence de figures d’envergure dans la poésie de femmes…  Ce que vous dites aussi sur la poésie classique et lyrique me ravit car on m’a reproché une écriture dont je revendique l’héritage : Sapho, Louise Labé, Christine de Pisan, Marie-Noël, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Nathalie Barney, Renée Vivien, et tant d’autres. Je vous envoie une réponse faite à une enquête de Poezibao, il y a plusieurs années mais qui n’a guère eu de suites. Ce serait intéressant d’y revenir....


  


La question de l’écriture des femmes, de sa singularité, et de la place qu’on lui accorde dans la production poétique me taraude depuis l'époque de Sorcières* où nous en débattions dans les réunions de la revue et les groupes-femmes. C’est une chance que vous la reposiez car les réponses apportées ne sont jamais définitives. Je vais essayer maintenant d'en parler à partir de ma propre expérience.


Le milieu de la poésie, contrairement à celui des romans, est surtout masculin, les poètes et les éditeurs sont en majorité des hommes et, parmi ces derniers, certains semblent convaincus qu'il n’y a pas, ou si peu que ce n’est même pas la peine d’en parler, de femmes-poètes de qualité. Il existe parfois chez eux et chez d’autres cet a-priori : une femme ne peut pas être un grand écrivain... Au Marché de la poésie, il y a quelques années, j'ai même entendu soutenir par l’un des plus éminents qu’il n’existait pas actuellement de poète-femme intéressante, du moins dans la francophonie. Comment expliquer de telles affirmations ?

Jean-Pierre Sintive, qui n'est pas du tout misogyne, reconnaissait n'avoir que quelques femmes dans son catalogue des Éditions Unes quand il m'a publiée et lorsque je lui ai demandé pourquoi il m'a répondu sur la qualité des manuscrits reçus et son propre étonnement. Louis Dubost m’a avoué sa fierté d'avoir découvert pas mal de femmes poètes... Mais aucun des deux n’a répondu à la question d’une spécificité de l’écriture des femmes.

Les lectures m’ont apporté d’autres interrogations. J’ai découvert les réactions surprenantes de spectateurs-lecteurs s’émouvant qu'une femme puisse écrire une poésie du sens et du sensible, métaphysique et à portée universelle ; quelques-uns sont venus me féliciter comme si j'étais un phénomène ! Cela m’est arrivé plusieurs fois ces dernières années ! La poésie féminine est toujours suspectée de sentimentalisme, de plat quotidien, de mièvrerie... Dans les rencontres, on me pose régulièrement la question de l’existence d’une écriture féminine. On ne demande pas aux poètes masculins si leur poésie est masculine, elle a déjà sa légitimité en soi !



Tout cela est complexe et s’explique par l’histoire de la femme, par l’image que chacun s’en fait, par le genre de parole qu’on lui a accordé pendant des siècles. Le temps consacré à la création, quand il est possible, et même encore aujourd’hui, est vécu le plus souvent, par les femmes elles-mêmes et par leur entourage, comme du temps volé à la famille ou à la société. Ce n’est pas le cas pour les hommes à qui on reconnaît d’emblée la puissance de création et la place du créateur. Dans ces conditions, il est normal, pour revenir à votre question, qu’il y ait encore peu de femmes poètes de très grande stature. Elles sont au début de leur prise de parole poétique et autre. Il faut leur donner le temps de laisser leur nom dans la littérature en espérant que celle-ci continue à vivre et que leur voix ne soit pas encore, ou de nouveau, étouffée...

Le monde économique, politique, artistique, philosophique a toujours été fait par les hommes. Pendant des siècles, on a systématiquement empêché les femmes d'être éduquées autrement que pour satisfaire certaines fonctions biologiques ou occuper certains rôles sociaux, on leur a refusé de travailler, de s'instruire, de voter, de parler, de penser, de peindre, de sculpter, d'écrire et de publier. Il est normal qu'on en trouve peu dans les anthologies littéraires ou artistiques et dans les catalogues des maisons d'édition. Les choses commencent à changer en Occident depuis les années soixante environ mais les femmes sont encore partagées entre le désir d'avoir des enfants, les tâches ménagères, la nécessité de travailler pour une indépendance financière ; elles manquent de temps et les choix qu'on leur propose sont souvent impossibles à faire.

Pour ma part j'ai voulu avoir des enfants, m'en occuper vraiment, j'ai dû travailler à plein temps et forcément j'ai aménagé l'espace de la création en fonction de tous ces impératifs. Pendant l'enfance de mes enfants, le premier maternage, j'ai écrit mais d'une façon solitaire et souterraine. Le fait que j'écrive n'était pas pris en compte par mon entourage, avoir une chambre à soi ne va pas de soi et les résistances intérieures et extérieures sont grandes encore, j'ai donc attendu pour envoyer mes recueils d'avoir quarante ans ; avant j'ai publié en revues,— merveille de Sorcières qui accueillait la parole des femmes ! —, et en anthologies mais je n'avais pas le temps, la force aussi sans doute d'affronter le parcours éditorial. Un jour, plusieurs manuscrits terminés, les enfants grandis, j'ai senti que c'était possible, nécessaire, vital même et j'ai envoyé L'Autre Lumière aux éditions Unes car j'avais lu A. Pizarnik dans cette édition. J'ai eu beaucoup de chance avec Jean-Pierre Sintive, éditeur merveilleux qui m’a donné confiance par son absolue confiance en mon écriture. Plus tard sont venus Thierry Renard, Louis Dubost, Claude Rouquet et maintenant Jean Princivalle si accueillant.

L'histoire bouge, celle de la poésie des femmes a commencé il y a longtemps avec les grandes voix qui nous arrivent du passé. Elle sera encore longue avant qu'on accède à l'absence totale des préjugés et qu'on entende la voix des femmes aussi fort que celle des hommes. Quant à la question de la spécificité de leur parole et de leur écriture, je répondrai en disant que tous nous parlons et écrivons, traversés par un destin collectif et personnel, avec notre part charnelle et spirituelle, notre sexe, notre origine, notre culture et notre histoire petite et grande, avec et dans le bruissement du monde et de ses langues, mais aussi au-delà dans cet invisible qui fonde notre visible. Chaque voix poétique, homme ou femme qu'importe, est différente et irremplaçable, chaque poète apporte sa pierre à l'édifice humain.
Il y a et il y aura, de plus en plus nombreuses, de grandes poètes-femmes si nous parvenons à gagner notre liberté, notre vérité et notre reconnaissance d’être et de langage. Je l’espère car la poésie œuvre pour cet avenir et nous déborde**.

 

*Ndlr : revue

** Url. http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/enqute_de_poezi.html

 

*** Il s'agit de l'article suivant : «Voix contemporaines. Conversation entre Patricia GODI & Camille AUBAUDE à l'Université de Clermont-Ferrand Centre de Recherche sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS), 2012» (1ère partie) & « Voix contemporaines... 2ème partie »

 

 

Pour citer ce texte 


Sylvie Fabre G, « Réponse à la conversation entre Patricia Godi & Camille Aubaude (texte publié dans la Lettre n°2) », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-reponse-a-la-conversation-entre-patricia-godi-camille-aubaude-117449626.html/Url.http://0z.fr/2OWIY

 

Auteur/Autrice

 

Sylvie Fabre G, née à Grenoble en 1951, deux enfants, professeur de lettres à Voiron en Isère, publie depuis 1976. Elle  a été traduite en anglais, espagnol, portugais, grec, allemand et italien.

Sylvie Fabre G anime ponctuellement des ateliers d’écriture, participe à de nombreuses lectures, rencontres, expositions. Rédige des notes de lecture pour sites et revues. Elle aime travailler avec des artistes et pratique la photographie.

 

Bibliographie 

 

Livres publiés : aux Éditions UNES (L’Autre Lumière, 1995; La  Vie secrète, 1996; Le Bleu, 1997; Dans La Lenteur, 1998), aux Éditions PAROLES d’AUBE (Première Éternité, 1996), aux Éditions Le VERBE et L’EMPREINTE (L’Heureuse Défaite, gravures M. Pessin, 1997; Lettre de la mémoire, photos S. Bertrand, 2000; D’un mot, d’un trait, avec F. Cheng, 2005; Neiges, gravures M. Pessin, 2012), aux Éditions du FELIN, collection P. Lebaud-Kiron (L’Isère, 1999), aux Éditions VOIX D’ENCRE (Le Livre du visage, Lavis Colette Deblé, 2001), aux Éditions LE DE BLEU (L’Approche infinie, 2002); aux Éditions L’AMOURIER (Le Génie des rencontres, 2003; Quelque chose, quelqu’un, 2006; Frère humain, suivi de L’autre lumière en réédition, 2012), aux Éditions L’ATELIER DES GRAMES (Le passage, aquarelles Thémis, 2008), aux Éditions L’ESCAMPETTE (Les Yeux levés, 2005; Corps subtil, 2009), aux Éditions LE PRE CARRE (Deux Terres, un jardin, 2002; L’inflexion du vivant, 2011, De petite fille, d’oiseau et de voix, 2013)

Livres d’artiste : L’Autre Lumière (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger), 1995; La Vie secrète (exemplaires de tête : photographies de Léopold Trouillas), 1996; Dans La Lenteur (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger), 1998; Le Bleu, aquarelles de Maurice Rey, éd. Unes 1997; L’île, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 1997; Monographie Jean-Claude  Bligny, Poèmes, 1995; La Fugitive, gravures de Mariette, éd. La maison de Mariette, 1996; Le Visage, collages de Sylvie Planche, 1997; Icône de la femme, dessins de Colette Deblé, 1998; Lettre horizontale pour Bernard Noël, aquarelle de Frédéric Benrath, 2000; Le Scribe, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures et estampages de M. Pessin 2001; Lettre du bleu, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 2002; Nous avons ce destin d’être appelés, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures de M. Pessin 2003; Les excès du présent, photographies accompagnées de poèmes de M. Benhamou,  2003; La mesure, l’infini, livre-objet avec dessins, encre, collage de Juan Frutos, 2003; Gran Corpas, éd. Mains-soleil, peintures de F. Rebeyrolle, collages peints de L. Ronda-Diaz (2004); Quelque chose, quelqu’un,  éd. Urdla, 4 gravures de F. Benrath 2004; Lettre du geste, accompagnée de poèmes de F. Cheng et de gravures de M. Pessin, œuvre collective 2005; Sur le front pur de la toile, livre manuscrit peint par Anne Slacik 2005; Les yeux levés, livre manuscrit peint par Fabrice Rebeyrolle 2006; Carnets, dessins d’I. Raviolo 2006; Les hirondelles, encres de Guerryam, 2006; Ce qui se passe en nous, peintures de F. Rebeyrolle, éd. Mains soleil, 2007; Enfant mon inconnu, livre-objet de Mariette 2009; Voix d’extinction, photographies d’Éole, 2011; Neiges, gravure de M. Pessin, éd. Le verbe et l’empreinte, 2011; L’envol, c’est un pays, encres de C. Margat, éd. Les Cahiers du museur, 2011; Feuille à feuille, encres de Guerryam, 2012; En langue d’oiseau, Peintures de Guerryam,  éd. Les Cahiers du museur, 2012; La solitude est une apothéose, Photographie de Berthe, éd. Le Verbe et l’empreinte, 2012

 
Catalogues :   Ta peau d’homme, pour Fabrice Rebeyrolle, 2003; Lettre du regard, pour Anne Slacik, 2001; Un seul voyage, pour Anne slacik, 2002; La Maison de Mariette, pour Mariette 2002; L’habité, pour Francis Helgorsky 2OO3; Gran Corpas, pour Fabrice Rebeyrolle et Leon Ronda-Diaz; Le chant fragile, pour Isabelle Raviolo 2007; Lettre de la traversée, pour Frédéric Benrath 2007; Tout ce que je peins c’est moi, pour Berthe, 2009; Pays perdu d’avance, pour Fabrice Rebeyrolle, 2011; Encore un jour à regarder le ciel, pour Fabrice Rebeyrolle, 2013  

 

Publications en revues depuis 1976 : Sorcières (Lieux, Désir, La Mort, La Saleté, Enfant, Nouvelles et autres, notes de lecture dans différents numéros de 1976 à 1981), Aube-Magazine (Italianités, La Parole lumineuse, Chant de bataille, Tout ce qui brille, Sida de 1980 à 1990), Voix d’encre (La rencontre, D’amour et de nuit), acchanales (numéro 6 et La Mer entre par la porte), Arpa (numéros 60, 69,75), L’Arbre à paroles (Belgique : De la mort à mourir, Pour rencontrer le paysage, D’elle, Des mots, Des ailes, Mimy Kimet, L’œil au balcon 1995-2002), Le Journal des poètes (Belgique :  97), Aires (Déchiffrement), Poésie-Rencontre (98, 02), Lieux d’être (Un peu d’elles, Nuits, Correspondances, Le bonheur existe 1999-2005), Poésie 98 (Fleuves), Le Croquant (juin 98), Poésie en voyage (La Porte : Le livre, L’entre-deux, Lettre horizontale), Sémaphore (CIDELE 2002,2003, 2004), Midi (2000-2OO3,2004, 2005), Verso (2003), Cahiers de la Mapra (Lyon 2003), Liberté (Québec), Versodove (Italie), Hablar, Falar de poesia (Espagne, Portugal), Les Cahiers de la danse, Lyon capitale, Coup de soleil (58, 60), Le Nouveau Recueil (Modernes élégies, 2005), Nunc (2005, 2009), Estuaire (2006, Le chant des villes : Québec), Lieux d’être (2006), Thauma (Éros, 2007, Le corps 2008, La joie 2009), Serta (Espagne : Une tâche terrestre, Pour Fabio Scotto, 2007), Il Segnale (Italie, Milan : Les yeux levés traduction F Scotto 2008), Lieux d’être (la solitude 2008), Diérèse (inédits, 2009, 2010), Ca presse (URDLA, 2009), Thauma (Oiseaux, 2010), Lieux d’être (Pour le plaisir 2010), Nunc (20 et 22, 2011), Thauma («  L’air » 2012), Europe (993 et 995, 2011 et 2012), Thauma « Patience » 2013, Diérèse N. (Diéterlé, 2013), Coup de soleil (2013)
 
Publications en anthologies depuis 1980 : Anthologie 80 (éd. Le Castor astral 1980), Paroles de poètes, éd. Le Dé bleu, 1985, Anthologie amoureuse, éd. Paroles d’aube, 1989, Chartreuse, corps mystique, Guide Gallimard, 2002; Samizdat, éd. Le Pré carré, 1999; Une saison en poésie (A Dhôtel, éd. BMCharleville-Mézières 2001; Poétri, éd. Autrement 2000; Anthologie S. Stétié, éd. Blanc Silex, 2001; Sept écrits de femmes, éd. CIDELE, revue de Sémaphore 2003; Ecriture de femmes, éd. Poésie rencontre 2003; La coupure du parc, éd. Tarabuste 2004; Ce que disent les mots, P. Maubé, éd. Éclats d’encre 2004; 111 Poètes en Rhône-Alpes, éd. Maison de la poésie-Le Temps des cerises, 2005; Rumeurs de ville, éd. Le Certu Lyon, 2005; Le jardin de l’éditeur, éd. L’Amourier 2005; Mémoires d’eau, Bacchanales, 2006 ; Dans le privilège du soleil et du vent, pour saluer R. Char, éd. La passe du vent, 2007; Voix du Basilic, entretiens avec Alain Freixe, éd. L’Amourier 2008; Rêver Québec, éd. L’Arbre à paroles, 2008; L’année poétique (Seghers 2009); Anthologie émotiviste de la poésie francophone, éd. Le Nouvel Athanor, 2009; Couleurs femmes, éd. Le Castor astral 2010; Au nom de la fragilité, éd. Erès 2010; Pays perdu d’avance, éd. Voix d’encre, 2010; Nuovi poeti francesi, éd Einaudi, 2011 ( Italie); Das Fest des Lebens, éd. Verlag Im Wald, 2011 (Allemagne); Rousseau au fil des mots, éd. La Passe du vent, 2012; Éros émerveillé, anthologie Poésie Gallimard, 2012-04-25; Pas d’ici, pas d’ailleurs, anthologie de la poésie féminine francophone, éd. Voix d’encre, 2012; Voix de la Méditerranée, éd. La Passe du vent, 2012; Calendriers de la poésie francophone (2007, 2008, 2009, 2010, 2011, Alhambra Publications)

 

Publications dans des périodiques numériques et des sites : Poezibao (Anthologie, notes de lecture, entretiens…), Terres de femmes (Anthologie, notes de lecture, chroniques, critique artistique…), Printemps des poètes (Anthologie, inédits…), Présente dans Libr’critique, Recours au poème, Poésie maintenant, Bleu de terre, Le Matricule des anges, France–Culture, La Cause des causeuses, Revue Europe, Revue Le Nouveau Recueil, le Basilic…   
Traduction : Quell’andarsene nel buio dei cortili, Milo De Angelis (éd. Mondadori), S’en aller dans le noir des cours  (Publication de poèmes choisis in Thauma et Europe, et sites), 2011
Distinctions : Bourse d’encouragement du Centre national du livre (1997), bourse de création du Centre national du livre (2003)

 

    

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Avant-propos & remerciements

 

 

 

 

 

Ce hors-série ne reflète qu'une partie infime de la rencontre poétique du 13 mars dernier et s'inscrit dans l'événement intitulé ''Le printemps féminin de la poésie'' organisé par l'équipe de ce périodique dans le cadre des manifestations du printemps des poètes et celles du Festival international Cri de Femmes.

 

Je remercie chaleursement le comédien Gérard Chambre, l'éditeur Bernard Giusti, le service culturel de l'Université Paris III (plus particulièrement Mme Laura Pardonnet) et tout le personnel de l'Université pour leur aide, et les amies poètes Françoise Urban-Menninger, Camille Aubaude, Laure Delaunay et Marie Gossart pour leur travail consatant lors de l'organisation de la Journée du 13 mars dernier et pendant l'élaboration de cet ouvrage numérique.


Au nom de cette équipe, j'adresse aussi mes remerciements aux personnes qui soutiennent Le Pan poétique des muses et l'association SIÉFÉGP, aux poètes et universitaires publié-e-s dans les pages qui suivent ce billet, aux personnes qui nous adressent leurs textes, au lectorat de ce périodique et je vous souhaite une agréable lecture tout en répétant à l'instar de Marie Gossart : Alors, oui, ce 10 mai 2013, des incendiaires plus nombreux se réunissent encore sous le soleil timide du printemps ! 

 

Dina Sahyouni

 

Avertissment  


Le Pan poétique des muses utilise dans ce numéro le féminin "Autrice" du substantif "Auteur"  et cela pour répondre à la demande éditoriale de l'universitaire Camille Aubaude. Cette forme est employée par la SIÉFAR & par La Cité des Dames. 

 

 

Pour citer ce billet

Dina Sahyouni,  « Avant-propos & remerciements », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-avant-propos-du-hors-serie-n-1-116293957.html/Url.http://0z.fr/SOTNo

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm

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