1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poème

  

La vérité

 

  Anne-Marie Désert

Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure

 

 

Rivière d'arbres Acrylique 1978

©Crédit photo : Rivière d'arbres Acrylique 1978 par Anne-Marie Désert

    

   

Présentation

 

 

 

Voici un long poème qui commence dans un jardin, le jardin primordial, le jardin des jardins... Publié pour la première fois dans mon recueilQuatre Saisons dans l'Arbre Transparent, il a été repris, légèrement modifié, dans mon romanLa Belle Porte.

 

 

 

 


 

    

« Je voys, et viens aux ventz de la tempeste

De ma pensée incessamment troublée…

Parquoy durant si longue phrenesie,

Ne povant plus, je fais plus que ne puis. »

Maurice Scève (XVIème siècle) Délie (CCCXCIII)

    

 

  

Depuis un temps immémorial

j'aime d'amour la vérité.

C'est elle qui m'a mise au monde

et toujours je pensais lui dire

la vérité, la vérité.

 

C'est toi, je me souviens de toi,

tu es la fleur de ma mémoire.

 

Au commencement du monde,

dans un jardin persan,

tu étais cette source

aux yeux de pierre précieuse,

et moi sur ton épaule

oiseau de paradis.

 

Rivière,

tu portais ma soif et mes fardeaux.

 

 

 

Ou bien peut-être

cet arbre

ocellé des yeux de mille fleurs,

et moi au fond des branchages

j'étais ce petit loir

qui dort parce que le ciel est trop beau.

 

Dans le jardin d'orient,

tu étais mon âme libre et fière,

et ton pelage zébré

d'herbes transparentes

et constellé de signes arborescents

faisait des fleurs qui regardaient le ciel.

 

Et moi, sous les épées des arbres,

j'écoutais ta voix

d'une oreille lointaine et fine

en jouant dans les mares

avec les reflets trompeurs.

 

 

 

Mais la jungle a changé le ciel,

je me réveille : ici

pas un oiseau ne chante

au jardin clos,

car la source est tarie,

les pierres se taisent

et tout est défleuri.

 

Voilà maintenant que je n'entends plus

ta voix ruisselante,

et même l'écho m'en est refusé.

 

 

 

Toi, vérité que j'aime,

dépose au moins pour moi

le son crépitant de ta voix

au fond d'un simple coquillage,

que je l'écoute sans fin

comme on écoute la mer.

 

Laisse encore cette fragile douceur,

le murmure ténu de ta voix,

à mon caprice d'enfant,

avant de me quitter

jusqu'à la fin du monde.

 

Au fond d'un coquillage

rejeté par la mer,

moi je t'entendrais bien,

tu sais.

 

 

 

J'ai demandé au vent si tu m'aimes,

mais il a dit : la vérité

aime le vent plus que tout.

 

J'ai demandé à la pluie si tu m'aimes,

mais elle a dit : la vérité

aime la pluie par-dessus tout.

 

J'ai demandé au feu si tu m'aimes,

il a dit que c'est lui seul

l'amour de la vérité.

 

J'ai demandé à la terre si tu m'aimes,

mais elle ne m'a pas répondu.

 

 

 

Sur quel toit descendras-tu ?

Dans quelle forêt éliras-tu domaine ?

Dans quel jardin bâtiras-tu maison ?

Il y a tout le long du fleuve

des bateliers qui savent tes secrets.

 

Les bêtes m'ont parlé de toi,

et même les pierres quelquefois,

et j'écoute l'herbe chanter

et les arbres se parler,

et je suis seule à ne pas savoir

la vérité.

 

Bien des soirs où je rentrais fatiguée,

j'ai rêvé te trouver chez moi,

lumière et parfum à ma table

et sur les murs de ma maison.

 

Je t'aurais nourrie,

toi et tes petits,

tous les petits que tu m'aurais confiés.

 

 

 

Mais de maison, je n’en ai pas,

et au creux des chemins de terre

tu ne parfumes que le vent

et tu n'éclaires que la pluie.

 

Si tu réponds, c'est un murmure,

tu dis : il faut croire en moi.

Comment croirais-je en toi

si je ne te connais pas,

vérité ?

 

Tu dis : à demain,

mais que sais-tu du jour qui vient ?

sais-tu seulement l'heure de ma mort

et l'heure de ma naissance,

t'en souviens-tu,

vérité ?

 

 

 

Si je connais ton nom,

toi, connais-tu le mien,

sais-tu celui que je viens de trouver

et celui que je vais te donner,

vérité ?

 

Sais-tu où je m'avance,

sais-tu si je te fuis

ou si je vais te trouver,

vérité ?

 

 

 

Mes élans, un à un,

tu les as faussés,

jusqu'à les rendre plus étranges

que des grimaces,

toi, vérité.

 

Plus étrangère à moi-même

qu'à toi,

j'ai vu ton regard sur moi,

vérité,

se poser sans se reposer.

 

Tu as crié à l’imposture :

chacun de mes pas, disais-tu,

chavirait vers le mensonge,

mais c'était vers toi, vérité,

que je tombais.

 

 

 

Et voici, maintenant :

toutes les étoiles des mares,

et toutes les fleurs du ciel,

les précieuses pierres de ton visage

se taisent quand je les regarde.

 

Si peu que je me tourne

vers ton image claire,

ta lumière me saisit

se donnant toute entière,

ta lumière me frappe

en plein visage

et je pleure.

 

 

 

Plus douce que toi-même

ton image, ton image

pourtant me frappe au visage

et me rejette à terre

sans force ni langage,

vérité.

 

Ainsi nous sommes,

oiseaux de mensonge

et de lâcheté,

vérité,

ainsi tu m'as faite et tissée

de tes mains promptes et précieuses,

vérité.

 

 

 

Ta voix tranche,

ta voix brise,

qui suis-je donc

pour te répondre,

mes longues oreilles tremblent

dans le vent.

 

Où sont mes pieds,

où est ma main ?

Là-bas dans les branches des arbres,

parmi les bandes de corbeaux.

Ta voix a tranché

et brisé.

 

Qui suis-je

que tu me convoques en justice,

que ton regard

ne cesse de me suivre ?

Oublies-tu

que je ne suis qu'un souffle :

ta lumière sur moi

et je m'envole.

 

 

 

Peux-tu cesser de me regarder

un instant, que je respire,

oublies-tu que je vais mourir

sans t'avoir connue, vérité ?

 

Et qui te voit, toi qui t'en vas ?

tu brises là et tu t'enfuis.

Qui te connaît ? tu cries, tu cries,

mais ainsi tu ne réponds pas.

 

 

 

Ta robe est verte dans le soir,

dans le soleil ta robe est noire,

ta robe est rouge sur la mer

et violette au profond de la terre.

 

Qu'un seul s'approche, tu disparais,

le fil de ta voix se dissout,

mais ta beauté navre un par un

tous ceux qui marchent vers la mer.

 

Regarde-moi sans colère.

Je me lève : tu ne me reconnais plus,

tu fuis, plus frêle que le vent ;

ne sais-tu donc rien de ta force ?

 

Et mon reflet, pourtant,

est à ta ressemblance,

infidèle mais complète image

de ton visage,

vérité.

 

 

 

Des hauteurs l'écho me renvoie

mon cri finement taillé dans les lointains.

 

Les oiseaux chantent dans les arbres

mais le vent ne s’est pas levé,

les nuages s'en vont vers le nord

mais rien ne bouge encore.

 

Aux portes de la mer

est dressée ta maison.

Quand la mer monte

le vent se lève.

 

La mer est en haut du talus

et va tomber dans ton jardin.

Les oiseaux s'envolent des arbres

et les allées se mettent à briller.

 

Sous le ciel vert de la forêt

les murs de ta maison fleurissent.

Dans la forêt d'où les miens sont venus,

à mon tour je suis revenue.

 

 

 

En haute mer flotte une herbe nouvelle

de douce odeur et de saveur amère

qui peut guérir, dit-on,

le vieux mal qui me point,

et je m'en vais pêcher

ses écheveaux précieux

en haute mer, où volent les oiseaux.

 

Et que le feu Saint-Elme

prenne mes ailes folles

pour les guider bientôt

vers les sources du ciel.

 

 

 

La mer est une page blanche

d'heure en heure plus transparente

où je fais le portrait de la mort

avec cette encre noire

que tu me donnes à boire.

 

La mer est un miroir de glace

d'heure en heure plus dur et plus roide

où l'on suit pas à pas mes traces

aux lueurs de l'aurore boréale.

 

La mer est ton image

aux arêtes tranchantes,

miroir fragile et blanc

où je passe ma rage

à coups de pierres plates.

 

C'est ton image qui me glace

et me saisit si brusquement

qu'elle se brise et qu'elle me brise

en millions d'éclats tranchants.

 

 

 

De grands oiseaux

nous apportent l’hiver,

de grands oiseaux de colère,

de grands oiseaux aux ailes bistres

qui nous apportent un hiver de vent pur

où pleuvent doucement

la blancheur et les larmes.

 

Te voilà,

toi qui laisses

l'arc-en-ciel des jours

enluminer nos habits de semaine,

toi qui jettes

sur nos vêtements de fête

un manteau de blancheur,

toi, vérité.

 

 

 

Mais oui, laisse-moi

dans le noir

et ne dis rien.

Je n'ai pas même un mot d'amour

pour te parler.

Les épines des larmes

me couronnent.

 

Je te regarde

et je ne te vois pas,

vérité.

 

Si je regarde,

Je ne vois

qu'une poupée de porcelaine,

une orpheline aux grands yeux clairs,

toi, vérité ?

Est-ce toi, ces yeux de faïence,

cette bouche close, est-ce toi,

vérité ?

 

 

 

Qu'il me reste en partage,

au bout du compte,

de croire que tu es là,

si près, si loin,

et au sommet des arbres

la frange de ta robe,

sans que j'en sache goutte.

Car tu déchires la douceur du monde

pour une plus grande douceur encore

et tu préfères à toute musique

les silences des marées montantes.

 

Ton visage

est si grand

qu'il passe

ma mémoire.

 


 

Pour citer ce poème


Anne-Marie Désert,  « La vérité » (poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure), poème présenté et illustré par A-M. Désert, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-la-verite-117991343.html/Url.

 

Auteur(e)


Anne-Marie Désert, professeur certifié de lettres, née à Paris en octobre 1949, je suis d'une famille de chercheurs. En 1971, une rencontre m'a délivrée de ce destin tout tracé : Patricia Bourke, peintre (1912-2011). Je peignais, et rêvais d'être artiste-peintre, mais l'écriture était depuis toujours mon activité vitale. Après un bref passage dans les métiers de la librairie, je me suis mise alors à enseigner la littérature. Quand on doit en plus assumer une famille, il ne reste plus de temps pour grand'chose... Les enfants grandis, je me suis remise plus assidûment à l'écriture...

Publications : cinq oeuvres, deux recueils de poèmes en autoédition (l'un en 1974 réédité en 1983 : L'arbre transparent, l'autre en 2010 : Quatre Saisons dans l'Arbre Transparent), deux romans (La Belle Porte en 2012 en autoédition chez Atramenta, Les sept jours de l'Arc-en-ciel, qui est un extrait de La Belle Porte,en autoédition en 2010) puis en autoédition chez Atramenta Les Misérables Résumé et morceaux choisis.

Commentaire : J'ai fait de belles rencontres sur Atramenta : Eugénie Steyert, Hervé Léonard Marie, Fialyne Olivès, Agnès Chêne, Jodelle et Bruno Krol, Hélène Ourgant et Michele Angelo Murgia, par exemple. J'espère en faire par le biais de la revue Le Pan poétique des muses (LPpdm).

 

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

 

Appel à contribution

 

 

Contribuer au n°4

 

 

 

Date limite : 20 novembre 2013


 

Contribuer au dossier majeur  


La figure de Philomèle

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ad/Gardner-Philomena_and_Procne.jpg

Crédit photo : Philomèle et Procné par Elizabeth Jane Gardner (1837–1922) 
 

 

 

Argumentaire

 

 


 

 

Tant de Philomèles en ce monde...


Dans le texte des Métamorphoses d’Ovide, Philomèle, la Princesse athénienne, d’une beauté sublime, est violée par son beau-frère, qui lui coupe la langue pour qu’elle cesse de réclamer vengeance. Elle révèle le crime à Procné, sa sœur en tissant une tapisserie. Les deux sœurs se vengent en faisant manger au violeur la chair de son propre fils. Les trois protagonistes sont transformés en oiseaux. 

Figure complexe, qui représente la femme victime-meurtrière, prisonnière de ses malheurs, Philomèle illustre le thème primitif de la vengeance, la violence qui engendre la violence. Et la vengeance des sœurs exprime pleinement cela. Le châtiment est d'une violence inouïe non seulement à l'égard de l'oppresseur mais aussi envers l'enfant (être subalterne), créature innocente, incapable de se défendre. Cependant, l'essentiel est ailleurs... 

L’appropriation féministe de la figure des tisseuses prend en compte l’identité sexuelle de la « voix » de la poétesse, et interprète — ce qui est indispensable de nos jours —, l’histoire de l’oppression des femmes dans les sociétés patriarcales. Philomèle, et Arachnê, montrent que le contre point direct de la violence subie par les femmes est leur « voix ». Philomèle devient pour la critique féministe américaine la figure emblématique de la poétesse, dont la voix, qui représente la nudité dans la tradition hébraïque, est censurée. C’est par une expression non verbale qu’elle se libère de la violence de l’oppresseur. Procné déchiffre, comprend et traduit la voix de sa sœur. Elle est l’allégorie de la critique féministe. 

Lisons Anne Tomiche  qui précise que « Le "nous" à qui Philomèle "parle" est la communauté des femmes, à la fois victimes de la violence masculine, condamnées au silence, et sources d’inspiration pour les poètes masculins. En même temps, elles protestent et cherchent à résister. Dans la même veine que Patricia Joplin, Jane Marcus et Elissa Marder font de Philomèle la figure de la femme violentée et réduite au silence dans une société patriarcale : Philomèle, écrit Jane Marcus, est "an appropriate metaphor for the silencing of the female, for rape and male violence against women" ("Philomèle est une métaphore appropriée de la réduction au silence de la femme, du viol et de la violence masculine contre les femmes") »* 

Philomèle devient l’incarnation de la poétesse. Elle n’est pas sans évoquer le poète maudit rejeté de la cité par Platon. Le thème central de ce mythe est la violence spécifique envers les femmes qui est à l'origine de leur création verbale. Nous vous proposons donc d'envisager des textes relevant des deux séquences suivantes :

  • le tissage, dire autrement le vécu du corps, la douleur, la violence, la maladie, etc.
  • la poésie maudite, ou l’errance poétique, le poète prisonnier de sa douleur, de son passé et de ses obsessions...

Et par extension, tout texte sur le système qui dévalorise la création féminine est également susceptible de s’inscrire dans ce numéro. 

 

 

 

*Voir l'article d'Anne Tomiche, « Philomèle dans le discours de la critique littéraire contemporaine », dans Véronique Gély, Jean-Louis Haquette et Anne Tomiche (dir.), Philomèle : figures du rossignol dans la tradition littéraire et artistique, actes du colloque international tenu à l'Université de Reims les 25 et 26 novembre 2004 ; Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, Maison de la recherche, Coll. Littératures, 326 p., 2006, p. 
314


Bibliographie sélective 


Fabrizio Ara, Les Saturniens : morceaux d'anthologie moroses de la poésie maudite française, [S.l.] : Jannas, impr. 2011 ; Maurice Monda, François Montel, Bibliographie des poètes maudits, Paris, L. Giraud Badin, 1927 ; Ovide, Métamorphoses ; Anne Tomiche et Pierre Zoberman (dir.), Littérature et identités sexuelles, Paris, SFLGC, coll. Poétiques comparatistes, DL 2007, 191 p. ; Anne Tomiche, Métamorphoses du lyrisme : Philomèle, le rossignol et la modernité occidentale, Paris, Classiques Garnier, coll. Perspectives comparatistes, 2010 ; Véronique Gély, Jean-Louis Haquette et Anne Tomiche (dir.), Philomèle : figures du rossignol dans la tradition littéraire et artistique, actes du colloque international tenu à l'Université de Reims les 25 et 26 novembre 2004 ; Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, Maison de la recherche, Coll. Littératures, 326 p., 2006 ; Paul Verlaine, Les poètes maudits : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle-Adam, Pauvre Lélian (Nouvelle édition, ornée de six portraits par Luque), Paris, L. Vanier, 1888, 103 p. , url. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72580r

 

 

 

 

Contribuer au dossier mineur de la revue

 

 

 

 Muses & Poètes

Poésie, Femmes & Genre

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/48/The_Muse_of_Poesie_by_Konstantin_Makovsky.jpg

Crédit photo :  La Muse de Poésie (1886)  

par Konstantin Yegorovich Makovsky (1839–1915)

 

 



Depuis l'émergence du champ de recherche de la poésie des femmes à la fin du XXe siècle, les études et les anthologies se succèdent. Notre revue s'inscrit dans cette démarche tout en élargissant les frontières qui la déterminent.  La revue Le Pan poétique des muses se voue à la poésie des femmes comme aux autres formes de leur existence en poésie et elle y inclut le genre. Vous êtes donc invité-e-s à prendre part à cette manifestation et vous avez carte blanche pour votre contribution en articles, notes de lecture, comptes-rendus, fragments, textes théoriques peu connus et poèmes de vous ou de nos ancêtres (aïeules/aïeux par votre intermédiaire). Cet appel à contribution comme cela est indiqué plus haut est permanent, il se renouvelle donc au lancement de chaque numéro de la revue. 

 

Bibliographie

 


 

Consignes à respecter


 

Vos textes d'une longueur de 25000 caractères (espaces compris) sont les bienvenus jusqu'au 20 novembre 2013 à Camille Aubaude (camille.aubaude@pandesmuses.fr).

La publication d'une sélection de textes de ce numéro est prévue par les éditions Pan des muses de la SIEFEGP.

Merci de respecter les normes usuelles suivantes lors de la rédaction de votre article : prénom, nom (nom de plume si c'est votre cas), adresse postale et profession. Biobibliographie (de dix lignes). Pièces jointes acceptées : en format Word (pour les textes) et JPEG (pour les illustrations, dessins et annonces), police Book Antiqua, taille 12, interligne double, justifier, notes de fin. La contribution ne doit pas dépasser vingt-cinq mille caractères (espaces compris). La revue accepte de publier des textes et des poèmes déjà parus (merci de joindre les autorisations nécessaires).

 

Avertissement : ce périodique est féministe et publie des études théoriques et des textes poétiques des femmes, sur les femmes et sur le genre en poésie. Notre équipe réserve le droit de modifier, modeler, ajouter, censurer voire supprimer une partie des textes reçus. Vous pouvez contribuer à la revue en proposant vos articles et créations (6 poèmes, 2 illustrations, 2 articles) qui portent sur les femmes et/ou le genre en poésie. Ce périodique accorde une exception aux poètes hommes âgés de moins de 26 ans (ils peuvent publier des poèmes sur tous les thèmes).   

 

 

Responsable scientifique

 

Camille Aubaude (camille.aubaude@pandesmuses.fr)

 

 

 

Pour citer ce texte


Camille Aubaude & LPpdm, « Contribuer au n°4 », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013.   

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-contribuer-au-n-4-117943654.html/Url. http://0z.fr/BbuSy

 

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

   

Poésie multimédia
 

Instant poétique en compagnie de Nicole Coppey

 

 

Le chemin vers l'aboutissement


d'« Unité vibration Vibration unité »

 

  

Nicole Coppey

 

    

 

Url. http://m.youtube.com/watch?v=WpRrYIQi_Ck&feature=plcp 

 

 

Description


 

Réalisation poétique publiée le 5 mai 2013

 


Le chemin vers l'aboutissement


d'« Unité vibration Vibration unité »

 

 


"Unité vibration Vibration unité" a été un élan poétique du cœur. Au cours de son écriture, j'y ai interrogé ma Maman, Âme profonde, qui a apporté des éléments de réflexions charitables et spirituelles. Finalisé, ce poème a été transmis à une personne de confiance qui m'a encouragée à le mettre en image.

Trois jours avant l'enregistrement sonore, l'inspiration d'y associer la musique du cher compositeur turc Ulvi Cemal Erkin a surgi. La Famille Erkin a accueilli cette idée avec bonheur et m'a donné de suite son encouragement et accord. Cela m'a apporté le sentiment que l'intensité de la musique et du texte prendrait une dimension puissante, forte et profonde. Pour les images, j'ai souhaité qu'elles soient tournées en Tunisie, avec des moyens de base de la plus grande simplicité, y compris pour la technique d'images (caméra et montage). En choisissant la Tunisie, ma volonté était d'aider un pays et des personnes... Ce concept international (associant Suisse, Tunisie, Russie, Amérique du Sud, et Espagne...) prend racine en terre tunisienne, pont reliant l'Orient et l'Occident méditerranéens, terre tant appréciée pour sa sensibilité artistique.

J'y ai donc convié un figurant et un caméraman tunisiens en m'assurant de cette simplicité. Souhaitant en permanence faire des passerelles avec les disciplines et les personnes, en tournant ce film à Tunis, Carthage et Sidi Bou Saïd, je pouvais y associer des œuvres de l'artiste peintre Amara Ghrab, s'il le désirait. Il a accueilli cette idée avec joie et engagement. Sur chaque passage poétique a surgi pour lui spontanément l'œuvre correspondante. En mettant en vibration « poésie musique et peinture », ce concept rendrait une expression artistique multiple mais unifiée rattachée à des forces universelles et empreinte de philosophie et de spiritualité. Ce cri du coeur initial devenait donc une communion d'Ames vibrantes où chacun apporte, dans son authenticité de ce qu'il est, en bâtissant l'édifice pierre à pierre tel la construction d'une cathédrale.

 

 

 

Lire les critiques sur cette œuvre... 

 

 

 

Pour citer ce poème


Nicole Coppey, « Le chemin vers l'aboutissement d'"Unité vibration Vibration unité" » (poésie multimédia), Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-le-chemin-117926792.html/Url.

 

Auteur(e)

Nicole Coppey   

 

Chaîne sélectionnée par la revue : url. http://www.youtube.com/user/NicoleCoppey

   

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poète jeune

(âgé de moins de 26 ans)

Avant-Première



Extraits de Vêpres

 

    

 

Alexandre Salcède  

 

  Louis Janmot - Poème de l'âme 13 - Rayons de soleil

  Crédit photo : Poème de l'âme : Rayons de soleil par Louis Janmot (1814–1892)

 

 

 

 

 

Voici qu’une terreur et une épaisse ténèbre tombèrent sur lui.

 

Genèse, 15, 12


 

 


La lumière s’était levée encore mais elle semblait usée. Trois faces ravinées, malades, fixent le disque pâle du soleil au bout de la route, à quelques millimètres au-dessus de l’horizon.

Trois âmes suspendues au seuil infranchissable.

Bientôt rayées de la face du Temps.

 

II


Dans ces contrées qu'on dit lointaines, nul chien de papyrus, nulle balance. Les ombres jonchent le sol et se cabrent et s’ébrouent. Il n’y a plus de peur, pas de délices promises par le grincement de gonds. Pas de bestiaire fabuleux, de signes rédigés au sommet d’un profil.

Les chemins ne se croisent plus. Nous sommes au-delà de tout choix.

Ces territoires sont sans limites, la vue n’est plus biffée au lointain d’un trait de plume noire. C’est une toile naïve, d’avant la perspective, où les anges ne font pas circuler la lumière. La couleur est prise dans les boues de la brume, elle peine à se lever.

Nuls rouleaux, nul scribe. Les mots parlent d’un temps après les mots.


 

III


J’ai froid jusque dans mes cheveux. Les mains de la brume m’arrachent à moi-même. Je vais, sur quelle route caillouteuse, les pieds nus, écorchés. Le brouillard s’épaissit dans le noir, j’ai froid dans les os.

Le temps s’étale, ce temps qui me traverse de part en part s’étire. Entre deux battements de cœur, plusieurs rocs se dressent entre moi et le monde. Je ne veux plus de la lumière. Je n’ai jamais été moins ombreuse qu’aujourd’hui. Le temps s’étiole, l’espace s’élargit.

La joie est une robe de soie où l’effroi est brodé. Le vent joue avec ses plis, j’ai froid jusque sous l’étoffe.

La fumée enfle, tout chute contre moi, cette terre est un encensoir qu’un apprenti thuriféraire balance sans maîtrise. Nous suffoquons dans ses effluves. Nous montons avec elles pour l’offrande du soir.


 

IV


La chair est fraîche, la chair grésille, la chair s’aère et s’ouvre, la chair rouille dans son automne. La chair court et s’affole, la chair brûle et s’effrite, la chair s’écorche aux arbres. La chair vente, la chair hurle, la chair danse dans la brume son arrêt de mort. La chair exsude, la chair exulte, la chair entraîne l’âme dont elle n’est plus le siège. La chair chante, elle entonne un cantique à la chair, la chair ouvre ses bras. Elle accueille. La chair s’acharne.

 

 

 

Avis de la revue

 

Un style élégant, dense, riche et étonnant !

Une poésie rythmée par les sonorités des mots, par l'anaphore et la ponctuation !

La force habite les poèmes en prose d'Alexandre Salcède, fait jaillir l'indicible...

 

 

Pour citer ces poèmes


Alexandre Salcède, « Extraits de Vêpres », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013.   

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-extraits-de-vepres-117919953.html/Url.

 

Auteur(e)

Alexandre Salcède est né en 1988 dans le Val-d’Oise. Il a participé en 2009 au colloque organisé par Jean-Claude Laborie sur les Vanités en présentant son travail intitulé « Vent et vanité dans l’œuvre de Pierre Michon ». Sous la direction de Michel Collot, il obtient son Master de Lettres Modernes avec un travail consacré à l’œuvre de Philippe Jaccottet intitulé « La parole précaire : de la poésie comme prière ».
Auteur de guides de voyage, il est également collaborateur littéraire de la C’Interscribo – Tatiana Julien, jeune compagnie de danse contemporaine. Le trio Douve, créé à Vincennes en février 2013, s’inspire de la poésie d’Yves Bonnefoy dont il cherche à restituer l’univers, les textures et les rythmes sur l’espace de la scène et dans le corps des interprètes. Passés par la chair des danseuses, les mots de Bonnefoy suscitent d’autres mots encore que Vêpres tente de recueillir. Composé de 21 textes en prose, ce recueil est en quête, à ce jour, d'un éditeur accueillant.

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

 

Nouvelle

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Kew Gardens  

 

Virginia Woolf

Texte trouvé et transcrit pour la revue par Nelly Taza

 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ee/Virginia_Woolf_by_George_Charles_Beresford_(1902).jpg?uselang=fr

Crédit photo : Virginia Woolf par George Charles Beresford (1864–1938)

  
    
 

From the oval-shaped flower-bed there rose perhaps a hundred stalks spreading into heart-shaped or tongue-shaped leaves half way up and unfurling at the tip red or blue or yellow petals marked with spots of colour raised upon the surface; and from the red, blue or yellow gloom of the throat emerged a straight bar, rough with gold dust and slightly clubbed at the end. The petals were voluminous enough to be stirred by the summer breeze, and when they moved, the red, blue and yellow lights passed one over the other, staining an inch of the brown earth beneath with a spot of the most intricate colour. The light fell either upon the smooth, grey back of a pebble, or, the shell of a snail with its brown, circular veins, or falling into a raindrop, it expanded with such intensity of red, blue and yellow the thin walls of water that one expected them to burst and disappear. Instead, the drop was left in a second silver grey once more, and the light now settled upon the flesh of a leaf, revealing the branching thread of fibre beneath the surface, and again it moved on and spread its illumination in the vast green spaces beneath the dome of the heart-shaped and tongue-shaped leaves. Then the breeze stirred rather more briskly overhead and the colour was flashed into the air above, into the eyes of the men and women who walk in Kew Gardens in July.

The figures of these men and women straggled past the flower-bed with a curiously irregular movement not unlike that of the white and blue butterflies who crossed the turf in zig-zag flights from bed to bed. The man was about six inches in front of the woman, strolling carelessly, while she bore on with greater purpose, only turning her head now and then to see that the children were not too far behind. The man kept this distance in front of the woman purposely, though perhaps unconsciously, for he wished to go on with his thoughts.

"Fifteen years ago I came here with Lily," he thought. "We sat somewhere over there by a lake and I begged her to marry me all through the hot afternoon. How the dragonfly kept circling round us: how clearly I see the dragonfly and her shoe with the square silver buckle at the toe. All the time I spoke I saw her shoe and when it moved impatiently I knew without looking up what she was going to say: the whole of her seemed to be in her shoe. And my love, my desire, were in the dragonfly; for some reason I thought that if it settled there, on that leaf, the broad one with the red flower in the middle of it, if the dragonfly settled on the leaf she would say 'Yes' at once. But the dragonfly went round and round: it never settled anywhere–of course not, happily not, or I shouldn't be walking here with Eleanor and the children–Tell me, Eleanor. D'you ever think of the past?"

"Why do you ask, Simon?"

"Because I've been thinking of the past. I've been thinking of Lily, the woman I might have married.... Well, why are you silent? Do you mind my thinking of the past ?"

"Why should I mind, Simon? Doesn't one always think of the past, in a garden with men and women lying under the trees? Aren't they one's past, all that remains of it, those men and women, those ghosts lying under the trees,... one's happiness, one's reality?"

"For me, a square silver shoe buckle and a dragonfly–"
 

"For me, a kiss. Imagine six little girls sitting before their easels twenty years ago, down by the side of a lake, painting the water-lilies, the first red water-lilies I'd ever seen. And suddenly a kiss, there on the back of my neck. And my hand shook all the afternoon so that I couldn't paint. I took out my watch and marked the hour when I would allow myself to think of the kiss for five minutes only–it was so precious–the kiss of an old grey-haired woman with a wart on her nose, the mother of all my kisses all my life. Come, Caroline, come, Hubert."

They walked on the past the flower-bed, now walking four abreast, and soon diminished in size among the trees and looked half transparent as the sunlight and shade swam over their backs in large trembling irregular patches.

In the oval flower bed the snail, whose shell had been stained red, blue, and yellow for the space of two minutes or so, now appeared to be moving very slightly in its shell, and next began to labour over the crumbs of loose earth which broke away and rolled down as it passed over them. It appeared to have a definite goal in front of it, differing in this respect from the singular high stepping angular green insect who attempted to cross in front of it, and waited for a second with its antennæ trembling as if in deliberation, and then stepped off as rapidly and strangely in the opposite direction. Brown cliffs with deep green lakes in the hollows, flat, blade-like trees that waved from root to tip, round boulders of grey stone, vast crumpled surfaces of a thin crackling texture–all these objects lay across the snail's progress between one stalk and another to his goal. Before he had decided whether to circumvent the arched tent of a dead leaf or to breast it there came past the bed the feet of other human beings.

This time they were both men. The younger of the two wore an expression of perhaps unnatural calm; he raised his eyes and fixed them very steadily in front of him while his companion spoke, and directly his companion had done speaking he looked on the ground again and sometimes opened his lips only after a long pause and sometimes did not open them at all. The elder man had a curiously uneven and shaky method of walking, jerking his hand forward and throwing up his head abruptly, rather in the manner of an impatient carriage horse tired of waiting outside a house; but in the man these gestures were irresolute and pointless. He talked almost incessantly; he smiled to himself and again began to talk, as if the smile had been an answer. He was talking about spirits–the spirits of the dead, who, according to him, were even now telling him all sorts of odd things about their experiences in Heaven.

"Heaven was known to the ancients as Thessaly, William, and now, with this war, the spirit matter is rolling between the hills like thunder." He paused, seemed to listen, smiled, jerked his head and continued:–

"You have a small electric battery and a piece of rubber to insulate the wire–isolate?–insulate?–well, we'll skip the details, no good going into details that wouldn't be understood–and in short the little machine stands in any convenient position by the head of the bed, we will say, on a neat mahogany stand. All arrangements being properly fixed by workmen under my direction, the widow applies her ear and summons the spirit by sign as agreed. Women! Widows! Women in black–"

Here he seemed to have caught sight of a woman's dress in the distance, which in the shade looked a purple black. He took off his hat, placed his hand upon his heart, and hurried towards her muttering and gesticulating feverishly. But William caught him by the sleeve and touched a flower with the tip of his walking-stick in order to divert the old man's attention. After looking at it for a moment in some confusion the old man bent his ear to it and seemed to answer a voice speaking from it, for he began talking about the forests of Uruguay which he had visited hundreds of years ago in company with the most beautiful young woman in Europe. He could be heard murmuring about forests of Uruguay blanketed with the wax petals of tropical roses, nightingales, sea beaches, mermaids, and women drowned at sea, as he suffered himself to be moved on by William, upon whose face the look of stoical patience grew slowly deeper and deeper.

Following his steps so closely as to be slightly puzzled by his gestures came two elderly women of the lower middle class, one stout and ponderous, the other rosy cheeked and nimble. Like most people of their station they were frankly fascinated by any signs of eccentricity betokening a disordered brain, especially in the well-to-do; but they were too far off to be certain whether the gestures were merely eccentric or genuinely mad. After they had scrutinised the old man's back in silence for a moment and given each other a queer, sly look, they went on energetically piecing together their very complicated dialogue:

"Nell, Bert, Lot, Cess, Phil, Pa, he says, I says, she says, I says, I says, I says–"

"My Bert, Sis, Bill, Grandad, the old man, sugar,
 Sugar, flour, kippers, greens,
 Sugar, sugar, sugar."

 

The ponderous woman looked through the pattern of falling words at the flowers standing cool, firm, and upright in the earth, with a curious expression. She saw them as a sleeper waking from a heavy sleep sees a brass candlestick reflecting the light in an unfamiliar way, and closes his eyes and opens them, and seeing the brass candlestick again, finally starts broad awake and stares at the candlestick with all his powers. So the heavy woman came to a standstill opposite the oval-shaped flower bed, and ceased even to pretend to listen to what the other woman was saying. She stood there letting the words fall over her, swaying the top part of her body slowly backwards and forwards, looking at the flowers. Then she suggested that they should find a seat and have their tea.

The snail had now considered every possible method of reaching his goal without going round the dead leaf or climbing over it. Let alone the effort needed for climbing a leaf, he was doubtful whether the thin texture which vibrated with such an alarming crackle when touched even by the tip of his horns would bear his weight; and this determined him finally to creep beneath it, for there was a point where the leaf curved high enough from the ground to admit him. He had just inserted his head in the opening and was taking stock of the high brown roof and was getting used to the cool brown light when two other people came past outside on the turf. This time they were both young, a young man and a young woman. They were both in the prime of youth, or even in that season which precedes the prime of youth, the season before the smooth pink folds of the flower have burst their gummy case, when the wings of the butterfly, though fully grown, are motionless in the sun.

"Lucky it isn't Friday," he observed.

"Why? D'you believe in luck?"

"They make you pay sixpence on Friday."

"What's sixpence anyway? Isn't it worth sixpence?"

"What's 'it'–what do you mean by 'it'?"

"O, anything–I mean–you know what I mean."

Long pauses came between each of these remarks; they were uttered in toneless and monotonous voices. The couple stood still on the edge of the flower bed, and together pressed the end of her parasol deep down into the soft earth. The action and the fact that his hand rested on the top of hers expressed their feelings in a strange way, as these short insignificant words also expressed something, words with short wings for their heavy body of meaning, inadequate to carry them far and thus alighting awkwardly upon the very common objects that surrounded them, and were to their inexperienced touch so massive; but who knows (so they thought as they pressed the parasol into the earth) what precipices aren't concealed in them, or what slopes of ice don't shine in the sun on the other side ? Who knows ? Who has ever seen this before? Even when she wondered what sort of tea they gave you at Kew, he felt that something loomed up behind her words, and stood vast and solid behind them; and the mist very slowly rose and uncovered–O, Heavens, what were those shapes?–little white tables, and waitresses who looked first at her and then at him; and there was a bill that he would pay with a real two shilling piece, and it was real, all real, he assured himself, fingering the coin in his pocket, real to everyone except to him and to her; even to him it began to seem real; and then–but it was too exciting to stand and think any longer, and he pulled the parasol out of the earth with a jerk and was impatient to find the place where one had tea with other people, like other people.
 

"Come along, Trissie; it's time we had our tea."

"Wherever does one have one's tea?" she asked with the oddest thrill of excitement in her voice, looking vaguely round and letting herself be drawn on down the grass path, trailing her parasol, turning her head this way and that way, forgetting her tea, wishing to go down there and then down there, remembering orchids and cranes among wild flowers, a Chinese pagoda and a crimson crested bird; but he bore her on.

Thus one couple after another with much the same irregular and aimless movement passed the flower-bed and were enveloped in layer after layer of green blue vapour, in which at first their bodies had substance and a dash of colour, but later both substance and colour dissolved in the green-blue atmosphere. How hot it was! So hot that even the thrush chose to hop, like a mechanical bird, in the shadow of the flowers, with long pauses between one movement and the next; instead of rambling vaguely the white butterflies danced one above another, making with their white shifting flakes the outline of a shattered marble column above the tallest flowers; the glass roofs of the palm house shone as if a whole market full of shiny green umbrellas had opened in the sun; and in the drone of the aeroplane the voice of the summer sky murmured its fierce soul. Yellow and black, pink and snow white, shapes of all these colours, men, women, and children were spotted for a second upon the horizon, and then, seeing the breadth of yellow that lay upon the grass, they wavered and sought shade beneath the trees, dissolving like drops of water in the yellow and green atmosphere, staining it faintly with red and blue. It seemed as if all gross and heavy bodies had sunk down in the heat motionless and lay huddled upon the ground, but their voices went wavering from them as if they were flames lolling from the thick waxen bodies of candles. Voices. Yes, voices. Wordless voices, breaking the silence suddenly with such depth of contentment, such passion of desire, or, in the voices of children, such freshness of surprise; breaking the silence? But there was no silence; all the time the motor omnibuses were turning their wheels and changing their gear; like a vast nest of Chinese boxes all of wrought steel turning ceaselessly one within another the city murmured; on the top of which the voices cried aloud and the petals of myriads of flowers flashed their colours into the air.

 

 

 

 
    

 

Pour citer ce texte

 

Virginia Woolf,« Kew Gardens » (texte publié dans Monday or Tuesday, New York, Harcourt, Brace and Company, Inc., 1921, pp. 68-78), Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013.  

Url.https://www.pandesmuses.fr/article-n-3-kew-gardens-117906365.html/Url.

 

Auteur(e)

 

Virginia Woolf (1882-1941)

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013

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