29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 16:26

 


Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésie des aïeules | Pionnières en poésies féministes | Florilège de textes poétiques | Faits divers & catastrophes en poésie 

 

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Margarita Fuller​​​​​​

 

 

 

 

 

 

 

Louise Colet

Texte choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni

 

 

 

 

​​​​​Crédit photo :  Portrait de la féministe Margaret Fuller, domaine public, Wikimedia.

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À M. Jules Favre,

Souvenir reconnaissant

 

    Je suis fatiguée [de] penser, je suis fatiguée de vivre. Ô mon Dieu ! prends-moi ! baigne-moi dans les eaux vivantes de ton amour !

(Margarita Fuller.)

    Chaque noble doctrine, chaque poétique manifestation, prophétisent à l'homme ses destinées possibles.

(La Même)

 

 

Où sont tes grands aspects et les beautés sauvages,

Vieux globe qu'on ratisse en jardins d'opéra ?

L'utile t'enlaidit de ses mornes ravages,

Et dans sa cuve immense un jour t'asphyxira.

L'Amérique a laissé dépouiller vos rivages,

Large Meschacébé, fougueux Niagara.

 

 

La digue vous étreint, l'usine vous profane :

Plus de rocs fracassés par les flots écumants ;

De l'un à l'autre bord plus de pont de liane

Où jouaient au soleil hérons bleus et flamants ;

Plus de vierge forêt, plus de haute savane,

Où paraissaient les troupeaux des buffles ruminants.

 

 

Partout la main de l'homme, ô nature splendide !

Ose effacer la tienne, et sur ton front sacré

Creuse brutalement une précoce ride,

Stigmate de l'esprit de ce peuple affairé.

Où trouver, où trouver aux champs de la Floride

Le bois de romarin où Chactas a pleuré ?

 

 

Où trouver, au milieu du fracas des machines,

Acier, flamme, vapeur, grincement colossal

Des rails-ways éventrant forêts, vallons, collines,

Dans ces peuples rivés à l'amour du métal,

Où trouver, [où] trouver quelques âmes divines

Ne se désaltérant qu'au lait de l'idéel ?

 

 

Pauvre Margarita, ta jeunesse navrée

A bu longtemps amer ce lait qui la nourrit ;

Comme d'un noble cerf des chiens font la curée,

De ces âpres colons la meute te meurtrit ;

Perdue au milieu d'eux, grande et triste inspirée,

Pour écho de ton cœur tu n'eus que ton esprit !

 

 

Dans leur cercle étouffant tu n'eus que ta pensée

Qui montait et voyait les horizons saillir !

Les chaînes s'acharnaient à ton aile blessée ;

Les ténèbres, au jour que tu faisais jaillir.

Leur stupide raison, ô sublime insensée !

Piétina sur ton cœur et le vit défaillir.

 

 

Mais dans tes fiers sanglots des âmes attractives

Surprirent du génie un accent précurseur ;

Cooper, le vieux conteur, l'Homère de ces rives,

Ilawthorne l'humoriste, Emerson le penseur,

Arrachant ton esprit aux tristesses oisives,

T'ont révélé ta force en te nommant leur sœur.

 

 

Oh ! comme tu planas alors avec audace !

De tes pas dénoués secouant le lien,

Tout ce que sent le cœur, tout ce que l'âme embrasse,

Tout ce qui fait monter l'intelligence au bien,

Tu te l'assimilais dans ta force et ta grâce,

Et tu le répandais en sublime entretien.

 

 

Dans des âmes longtemps à la terre enchaînées

Tu versa l'idéal, frère aîné de la foi !

Tu leur prophétisas d' altières destinées ;

Tu leur dis : La chair rampe et l'esprit seul est roi.

Les vérités brillaient sur ton front incarnées ;

Par elles inspirée, elles charmaient par toi.

 

 

Art, poésie, amour, sœurs aux ailes de flamme

Dont le céleste chœur guide l'humanité ;

Dogme immortel et pur que transmet l'âme à l'âme,

Par elle un continent a compris ta beauté !

Les foules se courbaient aux pieds de cette femme,

Puis relevaient leurs fronts vers la Divinité !

 

 

Du culte de l'esprit éloquente prêtresse,

Sa doctrine triomphe et son verbe est vainqueur ;

 

Alors (ainsi dans Rome on rêvait de la Grèce)

Vers notre vieille Europe elle tourne son cœur.

Elle y vint, mais les cris des âmes en détresse

Accueillirent sa foi d'un murmure moqueur.

 

 

La force l'emportait ; partout sa main impure

Violentait l'esprit, cet immortel martyr ;

La liberté saignait d'une immense blessure ;

Margarita comme elle allait s'anéantir.

Tu lui gardais l'amour, bienfaisante Nature ;

Elle l'avait rêvé, tu le lui fis sentir.

 

 

Quand de l'humanité l'âme paraît éteinte,

Que rien de fier ne parle aux peuples abattus,

Ah ! l'hymen des grands cœurs est une chose sainte ;

Ils abritent en eux les publiques vertus ;

Contre le désespoir ils leur font une enceinte :

L'amour des Porcia console les Brutus !

 

 

Margarita croyait au réveil héroïque ;

À sa foi s'inspirait la foi d'un jeune époux.

Les flots la ramenaient vers sa chère Amérique,

Mère d'un bel enfant riant sur ses genoux !

D'où lui vint sa tristesse immense et prophétique ?

Avant de nous frapper, la mort s'agite en nous.

 

 

Sous les traits du bonheur la mort touchait sa tête :

Croire, aimer et mourir, son destin s'accomplit !

Près du libre rivage éclate la tempête :

Son enfant sur son sein, la mer l'ensevelit ;

Elle garde son corps et ronge son squelette,

Et pour l'éternité l'Océan est son lit.

1852.

 

Le poème ci-dessus provient de COLET, Louise (1810-1876), Ce qui est dans le cœur des femmes. Poésies nouvelles par MmeLouiseCOLET suivies du Poème sur la colonie de Mettray Couronné par l'Académie française dans sa séance du 19 août 1852, Paris, Librairie nouvelle, Boulevard des Italiens, 15, en face de la maison dorée, 1852, pp. 51-56. Cet ouvrage appartient au domaine public.

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Pour citer ce poème élégiaque 

 

Louise Colet, « Margarita Fuller », poème extrait de COLET, Louise (1810-1876), Ce qui est dans le cœur des femmes. Poésies nouvelles... (1852), a été choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni pour Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/II « Pionnières en poésies féministes », mis en ligne le 29 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/lc-margaritafuller

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Muses et féminins en poésie
28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 14:39


 


Événements poétiques | Megalesia 2021 | Astres & animaux | Travestissements poétiques

 

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Rester sauvage

 

 

 

 

 

 

Cristiana Rospigliosi

 

 

 

 

​​​​​Crédit photo :  Moineau domestique, domaine public, Wikimedia.

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Sans but

mes rêves sauvages courent en liberté

cherchent leur place

dans l'espace enchanté

Je me cache dans le secret

pour déployer mes ailes

m’enivrer dans le ciel

léger comme un moineau

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème 

 

Cristiana Rospigliosi, « Rester sauvage », poème inédit sur la nature, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 28 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/cr-restersauvage

 

 

 

 

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:24


Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésie des aïeux

 

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Vers aux femmes

 

 

 

 

Denis Diderot

Texte choisi, transcrit, remanié & commenté brièvement par Dina Sahyouni

 

 

 

 

​​​Crédit photo :  Tableau de groupe de femmes trouvé sur Wikimedia, domaine public.

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Le poème ci-dessous provient de l'auteur DIDEROT, Denis (1713-1784), Supplément aux œuvres de Diderot ; contenant : Voyage de Hollande, Salons de 1761 et 1769, Fragments politiques, Mélanges de littérature, Poésies, Dialogues, Lettres, Seconde édition, augmentée du JOUEUR, drame imité de l'anglais, et de plusieurs morceaux littéraires, Paris, Chez A. Belin, Imprimeur-Libraire, rue des Mathurins s. J., Hôtel Cluny, « Poésies diverses » (pp. 323-335), 1819, pp. 325-326. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public.

Diderot n'échappe pas aux préjugés et aux manières de penser de son siècle, toutefois, ce poème met en lumière d'une part le pouvoir traditionnel de séduction accordé aux femmes sur les hommes dans la société de l'ancien régime où le sexe et le rang social constituent des "déterminismes" puissants et, d'autre part, un éloge traditionnel des femmes en Muses aux pouvoirs bénéfiques et maléfiques sur les hommes. La figure de Pandore semble être la face cachée de cet effort de versification de la part de Diderot. Et l'on ne peut qu'apprécier ces vers qui à défaut de faire de Diderot un défenseur de la cause du "Beau sexe" nous renseignent sur l'importance des femmes dans sa vie et dans celle de ses contemporains. Par ailleurs, l'image folklorique des hommes rendus victimes du pouvoir séducteur des femmes ne fait que renforcer la manière dont on pensait les femmes au XVIIIe siècle.

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Il n'est sottise, pour vous plaire,

Qu'on ne fît chez nos bons aïeux,

Et qu'aujourd'hui pour vos beaux yeux

On ne soit tout prêt à refaire.

 

 

Par vos rigueurs ou par vos trahisons,

J'ai vu l'un s'en aller, la tête la première,

Finir sa peine au fond de la rivière ;

Un autre la traîner aux Petites-Maisons.

 

 

Vous disposez de la balance

Entre les mains du magistrat ;

Pour vous le héros de la France

Trahit un jour le secret de l'État.

 

 

 

Crésus, regorgeait de richesses :

Il rencontre Thémire au bal ;

Crésus, pressé par la détresse,

Va du boudoir à l'hôpital.

 

 

 

Oubliant le peu de génie

Que nature m'avait donné,

Moi, j'ai perdu les trois quarts de ma vie

À soupirer aux genoux de Phryné.

 

 

 

De vos talents, de votre sortilège,

Mesdames, félicitez-vous.

Ô l'admirable privilège

Que celui de nous rendre fous !

 


 

 

***

 

 

Pour citer cet éloge du pouvoir des femmes sur les hommes 

 

Denis Diderot, « Vers aux femmes », poème extrait de DIDEROT, Denis (1713-1784), Supplément aux œuvres de Diderot ; contenant : Voyage de Hollande, Salons de 1761 et 1769, Fragments politiques, Mélanges de littérature, Poésies, Dialogues, Lettres, Seconde édition, augmentée du JOUEUR (1819), a été choisi, transcrit, remanié & commenté brièvement par Dina Sahyouni pour Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 27 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/dd-versauxfemmes

 

 

 

 

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 16:35

 


Événements poétiques | Megalesia 2021 | Le Printemps des Poètes | Poésie des aïeules | Poésies printanières & colorées | Florilège de textes poétiques

 

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Mes désirs

 

 

&

 

 

Les fleurs (idylle)  

 

 

 

 

Marie-Louise Arnassant

Textes choisis, transcrits & modernisés par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

​​​​​Crédit photo :  Fleurs, peinture de nature morte, domaine public, Wikimedia.

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Les poèmes ci-dessous dont l'orthographe a été modernisée proviennent de la lyreuse ARNASSANT, Marie-Louise, Atala : poème en six chants, (imité de Chateaubriand) ; suivi de pensées poétiques par Mlle Marie-Louise Arnassant, Lyon, Chez l'Auteur, place des Terreaux, N°105 et chez les principaux Libraires de cette ville, 1810, pp. 122 & 125. Le recueil appartient au domaine public.

 

Mes désirs


 

 

 

Aussi froids que leurs possesseurs,

Que ne puis-je cueillir des fleurs

Au pied de ces antiques arbres !

Et là, dans ce charmant séjour

Chéri de l'ombre et du mystère,

 

Avec l'ami qui sait me plaire

Élever un temple à l'amour.

Alors le flambeau d'hyménée

S'allumerait pour nous unir,

Et notre heureuse destinée

Ne craindrait pas le repentir.

Puis sous cet ombrage paisible,

Ce ruisseau pur, ces frais berceaux,

Notre muse toujours sensible,

Ferait soupirer nos pipeaux.

 

 

 

Les fleurs (idylle) 

 

 

Ô vous, charmantes fleurs ! honneur de ce parterre !

Amantes de Zéphyr, filles du doux printemps,

Vous m'offrez le tableau des divers sentiments,

Qui chassent de nos cœurs la raison salutaire.

Sujettes de l'amour, il vous donne des lois,

Et nous obéissons à sa suprême voix.

Vous avez parmi vous belles tubéreuses,

N'avons-nous pas aussi des beautés orgueilleuses ?

L'intéressant rosier voit flétrir ses appas

Avant d'être frappé par la main du trépas ;

La rose en s'effeuillant ne laisse que l'épine,

La beauté qui s'enfuit donne une humeur chagrine.

Mais l'aimable vertu, qu'embellit les talents,

Est sûre de jouir des succès plus brillants !

Tels que les doux parfums de cette violette,

Ils la font rechercher dans son humble retraite.

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes printaniers & colorés

 

Marie-Louise Arnassant, « Mes désirs » & « Les fleurs (idylle)  », poèmes extraits de ARNASSANT, Marie-Louise, Atala : poème en six chants, (imité de Chateaubriand) ; suivi de pensées poétiques... (1810), ont été choisis, transcrits & modernisés par Dina Sahyouni pour Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 25 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/mla-lesfleurs

 

 

 

 

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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 17:28

 

​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques

 

 

 

 

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Agar (fragment)

 

 

 

 

 

 

 Marceline Desbordes-Valmore

 

Poème choisi, transcrit & remanié pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : "Hagar and Ishmael Saved by the Angel", tableau du XVIIIe siècle domaine public, Commons. 

 

 

Le fragment poétique ci-dessous est un poème de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), il provient de son recueil Les Pleurs, poésies nouvelles, par Madame Marceline Desbordes-Valmore, Préface d'Alex DUMAS, Paris, Chez Charpentier, Libraire, Palais-Royal, MDCCCXXXIII/1833, pp. 239-243. Le recueil est tombé dans le domaine public.

 

 

 

    – Elle jeta de grands cris et se mit à pleurer.

– Or, Dieu écouta la voix de l'enfant ; et un ange de Dieu appela Agar du ciel, et lui dit : Agar, qu'avez-vous ? ne craignez point, car Dieu a écouté la voix de l'enfant du lieu où il est.

 

XLIII

 

 

Quelle mère un moment ne fut ambitieuse ?

Quelle mère, en plongeant son âme curieuse

Dans les jours où son fils ira chercher ses droits,

N'a dit : Voilà mon fils ! Que sont les fils des rois ?

 

 

« Vents ! portez dans les cieux la voix de ma prière.

Dieu ! versez le pardon sur l'orgueil à genoux :

Oui, l'orgueil m'a saisie, ô mon Dieu ! J'étais mère ;

Et la mère et l'enfant tendent les bras vers vous !

 

 

« Enfant, ne pleure pas. Voici des fleurs. Je t'aime.

Nous trouverons là-bas, peut-être, un frais ruisseau ;

Tu dormiras content sous un jeune arbrisseau ;

Et peut-être avec toi j'y dormirai moi-même ! »

 

 

Ainsi la triste Agar, un enfant par la main,

De son cœur oppressé brise le long silence.

L'enfant rit à sa mère ; et, plein d'obéissance,

Cueille une fleur mourante et poursuit son chemin.

Ce chemin est brûlant ; le soleil le dévore :

L'enfant poursuit en vain, de chaleur obsédé,

L'arbre vert, l'ombre et l'eau ! Triste, il a demandé :

« Ce frais ruisseau, ma mère, est-il bien loin encore ? »

 

 

– « Là bas ! répond Agar. – « Oh ! que c'est loin là-bas,

Ma mère ! » – Elle se tait, détourne son visage ;

Du voile qui la couvre elle forme un nuage,

Comme un linceul mouvant où se traînent leurs pas.

 

 

Ses premiers pas, à lui, l'éloignent de son père !

Ô Sarah ! de ton fils le sort est plus prospère.

Ô Sarah ! Cet enfant pâle, nu, sans soutien,

C'est le fils d'Abraham... Non, mon Dieu ! c'est le tien !

Sauve-le ! sauve-nous. Un peu d'air ! un peu d'ombre !

Dieu ! ta main devant le soleil !

Le bruit frais de l'eau vive, un arbre au rideau sombre,

Une pierre mouillée, un fruit, et du sommeil ! »

 

 

Et l'enfant tout à coup s'arrête. Elle s'arrête.

Du voile qui l'étouffe il dégage sa tête ;

De ses cheveux touffus lent à se découvrir,

Il tremble. Il jette enfin d'une lèvre altérée :

« J'ai soif ! » – Et dans le ciel l'espérance est rentrée...

…............................................................

…............................................................

…............................................................

…............................................................

…............................................................

 

 

 

Pour citer ce poème

 

Marceline Desbordes-Valmore, « Agar (fragment) », poème extrait de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les Pleurs, poésies nouvelles, Préface d'Alex DUMAS (1833), choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 24 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/mdv-agar

 

 

 

 

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