31 octobre 2024 4 31 /10 /octobre /2024 14:38

N° IV | AUTOMNE 2024 | NUMÉRO SPÉCIAL 2024 | Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) | 1er Volet | Critique & réception / Chroniques cinématographiques de Camillæ | Matrimoine poétique | Poésie audiovisuelle & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Dossier

 

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Maternité éternelle

 

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Critique & images

Camillæ/Camille Aubaude

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

Blogue officiel :https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

© Crédit photo : Image de l'affiche officielle du film japonais « Maternité éternelle », no 1.

 

 

  • Chibusa yo eien nare
  • 1955
  • Film de Kinuyo Tanaka · 1 h 50 min · 16 février 2022 (France)

Genres : DrameRomance

 

Pays d'origine : Japon

 

Hélène Frappat anime un ciné club au MK2 Beaubourg. Ces films illustrent la réflexion de cette écrivaine contemporaine sur la spécificité féminine dans l’art.

 
Le chef-d’œuvre de Kinuyo Tanaka Ô mes seins devenez éternels est traduit par Maternité éternelle. Il met en scène de façon dramatique la biographie d’une immense poétesse, Fumiko Shimojô. Une copie restaurée est projetée et commentée le 14 octobre. Ce film n’a jamais été montré à la cinémathèque de Chaillot où j’ai vu dans les années 1980 la plupart des chefs-d’œuvre du cinéma japonais, sauf celui-ci, alors qu’il aurait mieux accompagné que tous les autres ma vie de femme. J’ai longtemps eu chez moi une grande affiche de Tanaka (sur mon chauffe eau…). Je la voyais tous les jours, sans savoir que l’actrice fétiche de Mizoguchi a réalisé encore cinq autres films,  jamais montrés dans les rétrospectives du cinéma japonais. Hélène Frappat nous apprend que Mizoguchi téléphonait aux producteurs pour leur demander de ne pas financer les films de Tanaka, une actrice aussi célèbre au Japon que Marlène Dietrich. 


Maternité éternelle exalte la douleur d’une mère de deux enfants, un garçon et une fille, écrasée par un époux au chômage. L’homme exploite à fond sa femme pour élever les enfants, eux aussi tyranniques envers leur mère. Il moque avec vulgarité l’intérêt que manifeste sa femme pour la poésie dès qu’elle a un instant de libre. Au retour de son club de poètes, elle le surprend avec une autre femme. Alors qu’elle est frappée de stupeur, puis s’effondre en larmes, le mari lui signifie qu’une bonne épouse doit valoriser son mari et fermer les yeux sur ses infidélités. Ce type de diktat se lit encore en 2024 sous la plume du romancier japonais Murakami.

 
Ce film a sombré dans l’oubli et aurait dû y rester à cause de la mentalité despotique des hommes sur les femmes qu’il expose avec la somptueuse élégance d’une poésie écrite dans les étoiles. Le ressortir est l’acte de naissance d’un couple magnifique, celui de Kinuyo Tanaka, réalisatrice, et de Fumiko Shimojô, autrice de tankas, une forme brève de poésie japonaise. En conciliant deux choses inconciliables, Maternité éternelle construit des passerelles vers une autre intelligence de l’art. 

Présenté comme le chef d’œuvre de Tanaka, cette vie d’une poétesse de tankas (forme brève) exprime des choses d’une importance considérable qui mériteraient une thèse. Je note que la notion de chef d’œuvre se colore aujourd’hui  des thèmes de la féminité dans l’expression artistique. Un chef-d’œuvre de femme signifie encore « moins bon » qu’un chef d’œuvre dû à un homme. Hélène Frappat nous apprend au cours du débat qu’Alfred Hitchcock a violé une de ses principales actrices, Tippy Heydrey. Cette tension qui ne se lâche jamais entre les violences des censeurs et les œuvres de femmes engendre un mal-être. Les femmes telle Fumiko Shimojô qui doivent écrire en cachette de leur conjugalité, voient leur expression fragilisée, tandis que les censeurs sont injustement honorés — pensons à Stendhal plagiant Claire de Duras. Désigner un « chef d’œuvre de femme » est fait dans l’esprit de protéger des œuvres rendues « vulnérables » et déséquilibrées par la ségrégation sociale mais en fait très fortes. 


La lecture d’Hélène Frappat est nouvelle et invite à d’autres lectures  « amicales ». Il ne s’agit pas de faire preuve d’une quelconque habileté, encore moins de manipuler pour dominer. En revanche, les scènes fortes se succèdent, autant pour s’attacher aux racines de la psyché féminine que pour s’en libérer. Après les scènes de la joie de vivre avec des enfants à la campagne, Tanaka montre les corps morts qui sont conduits hors de l’hôpital où souffre la poétesse aux seins coupés1 ; les lamentations et les soins des morts s’inscrivent dans l’ordre cosmique. Les allusions des commentaires d’Hélène Frappat fabriquent un rapport furtif et assuré, nuancé et profond avec l’œuvre. Elles reconstruisent un corpus filmique dévalorisé au profit de la violence virile2. Les concepts inhérents à nos formations laïques sont temporaires, et à présent, ils ont l’atout de ne plus rejeter les clartés de la mystique. 

 

Souffrir pour venir au monde, souffrir pour écrire. La poétesse est celle qui n’est pas vue, alors que ses poèmes font corps avec sa propre vision. Son corps est politique, les seins sont censés faire d’elle une femme, et Hélène Frappat considère la scène dans la baignoire où Fumiko montre ses seins coupés à une autre femme comme un « moment de subversion totale ».

 

 

© Crédit photo : Image prise du film japonais « Maternité éternelle », no 2.

 

 

Après l’opération, alors qu’elle se meurt, Fumiko vit une passion charnelle avec un journaliste de Tokyo qui a fait l’éloge de sa poésie tout en annonçant la mort certaine de la poétesse. C’est donc par la presse qu’elle apprend que le cancer du sein a atteint les poumons. L’insistance du journaliste pour obtenir des poèmes peut paraître morbide mais Fumiko y consent. La demande de ce bel homme venu de Tokyo profite à Fumiko, lui donne un surcroît d’existence. L’éternel féminin fait résonner dans ses poèmes portés par les sublimes images de Tanaka une langue commune à toutes les femmes. La notion de Goethe, magnifiée par Nerval sous les traits de la déesse Isis, s’allie à un autre grand thème : la maladie. L’engagement dans l’œuvre est acceptation de la mort. De toutes façons, c’est l’omniprésence de la mort qui fait penser l’écriture. 

Par l’amour et l’œuvre poétique, la mort de Fumiko est le témoignage éternel de la poésie. Elle est le contraire de la mort de toutes les femmes qui doivent mourir dans les œuvres des hommes (voir mon Voyage en Orient), car elle ajoute au célèbre « désespère et meurs » de Chatterton, au sujet du poète, la maternité éternelle.


 

​​​​​​​​​© Crédit photo : Image romantique d'un couple japonais amoureux, no 3.

 

 

Chaque génération entretient avec ses moyens la fatale phobie des sexes en croyant tout réinventer. Ce n’est qu’une guerre de plus. À Hokkaido, le mode de vie de Fumiko est rural. La chirurgie paraît primitive. Or c’était il y a soixante-dix ans... Le groupe de poètes semble être le seul espace social l’égalité entre hommes et femmes est encouragée. L’intégration des femmes à une communauté réelle est suspendue à un idéal. 

 

À présent, la génération des « Malcontentes » est prise dans une nébuleuse qui s’élève et s’abaisse en étant surtout happée par les faits dérisoires. Sortie du ghetto, la thématique des femmes retombe dans les clichés, s’enfonce dans des spéculations intellectuelles qui déclinent sous les formes presqu’outrancières la haine de soi. On croit inventer des lois qui n’ont pas la hauteur et l’à propos des lois de Charlemagne dans ses Capitula, qu’il faudrait connaître. 

Et quelles images fabriquons nous ? La mise à nu de quelques rouages de la mécanique sociale du patriarcat fixe des mirages qui contiennent les germes de l’échec, comme le montre d’El Topo (1970). Inversement, au moment où la poétesse Fumiko doit être un cadavre, elle est tout sauf un cadavre. La magie s’accomplit. 

Ce qui renvoie à l’actuel procès Pélicot, ultra médiatisé. La plaignante fut réduite à l’état de « belle endormie », autre grand thème illustré par Blanche Neige, et elle réussit à imposer au monde sa parole, comme une manière de star…

 

 

© Camille Aubaude

 

Notes


1. Du même registre que la langue coupée de la Princesse grecque Philomèle dans les Métamophoses d’Ovide, reconnue par les féministes américaines de la fin du XXè siècle comme l’allégorie de la poétesse privée de langue. Voir au Pan poétique des Muses le numéro hors série dirigé par Camille Aubaude sous le titre Tant de Philomèles en ce monde… voir http://www.pandesmuses.fr/2016/03/philomele.html et http://www.pandesmuses.fr/2016/03/table-des-matieres-du-n-4.html.

 

2. Le MK2 Beaubourg joue en même temps que le chef d’œuvre oublié de Tanaka tous les films d’Alejandro Jodorovsky. Je suis sortie presqu’au milieu d’El Topo (1970), et si j’ai regardé si longtemps ce spectacle d’horreurs, c’était dans l’espoir qu’elles s’arrêtent, puisqu’il s’agit d’un « saint » qui « s’engage dans la libération d’une communauté de parias » ;  le propre fils du cinéaste âgé d’environ sept ans traverse à dos de cheval un village massacré (empalement, éviscération, et tutti quanti). Un colonel a une très belle servante sexuelle qu’il offre comme « des restes » quand il s’en lasse à des mercenaires aux faces cauchemardesques. Des prêtres sont violés et maquillés avec leur sang. Etc., etc. Cette complaisance dans la barbarie est justifiée par une critique sociale colorée de mystique. John Lennon et Yoko Ono ont produit ces imbéciles outrances.

 

Ce film et cet article relèvent de la notion « Matripoétique » (DS.), réf. URL. http://www.pandesmuses.fr/no12/matrimoinepoetique22/ds-matripoetique

© LPPDM

 

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Pour citer cet article féministe & engagé

 

Camille Aubaude (critique & images), « Maternité éternelle », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 31 octobre 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/noiv/ca-materniteeternelle

 

 

 

 

 

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15 août 2024 4 15 /08 /août /2024 18:16

N° III | ÉTÉ 2024 | Florapoétique / 1er Volet | Dossier mineur | Florilège | S'indigner, soutenir, Lettres ouvertes & hommages

 

 

 

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Annie Le Brun :

 

 

un bref hommage

 

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Texte & images

Camille Aubaude

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

Blogue officiel :https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, Première de couverture de l'œuvre intitulée « Appel d'air. [Pour en finir avec la haine de la poésie] » par Annie Le Brun, image no 1 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

 

Annie Le Brun nous a quittés. Elle nous manque ! 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, Annie Le Brun, image no 2 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

 

 

Je vénère Annie Le Brun, une des rares vraies personnes et une écrivaine de qualité du féminisme des années 1970. C’est curieux que l’on n’ait pas employé pour elle le terme d’« amazone », sans doute à cause de son rapatriement aux thèses surréalistes. Cette femme si extraordinaire est inclassable et elle le restera, car elle est toujours juste, instructive, amusante, jusque sur les plateaux télé les plus douteux.

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, Annie Le Brun, image no 3 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

© Crédit photo : Camille Aubaude, Annie Le Brun, image no 4 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

 

 

Je ne suis pas toujours d’accord avec ses phrases définitives sur son divin Marquis, vu que les  phrases définitives peuvent s’appliquer à tout : ainsi, « on n’en a jamais fini avec » Gérard de  Nerval, Christine de Pizan ou Catherine d’Amboise. 

Ou Annie Le Brun…

La révolte lyrique de cette exaltée de l’ombre est unique et il faut souhaiter que d’autres femmes la continuent. 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, Annie Le Brun, image no 5 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

 

Sa personnalité à la fois « de toujours » et résolument contemporaine fait qu’il n’est plus question de courage, mais d’éclat. 

Annie Le Brun laisse une œuvre sans souci de l’art, et encore moins de l’ordre. Elle a suivi la trajectoire d’un astre qui file dans la nuit. Son lointain intérieur est supérieur à tout ce que fabrique le monde intellectuel français d’aujourd’hui, car s’y laisse entrevoir la science d’un trou noir, ce « principe d’excès » d’énergie.

Comme elle nous manque !

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, Annie Le Brun, image no 6 prise de l'émission audiovisuelle « Apostrophe » diffusée sur YouTube par l'INA.

 

 

Tombeau d’Annie Le Brun



Son regard et sa voix se déploient entre VOIR et DIRE  

dans le paysage agité de vents contraires de la Terre en effroi 

qui ne sera jamais plus comme avant.


Son œil est ciselé : il n’attaque par les moulins, 

ni ne transgresse les chaumières, il s’étire.

Sa bouche décousue est humaine passion

défiant les nuées des langages.



Ses dents mystérieuses quêtent l’Espoir 

de l’Amour qui va reparaître quand

son souffle aux couleurs du temps

anime la dissolution du monde.



Tandis que rien ne s’établit
son esprit sectionne les oripeaux des modes
pour revêtir le rythme pur de la mer
qui fluctue sur le rocher des naufragés

 

 

© Camille Aubaude. Mardi, 13 Août 2024, La Maison des Pages.

Voir aussi : https://www.facebook.com/watch/?v=316500249799556 et https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpb88012391/annie-le-brun

 

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Pour citer cet hommage, illustré & inédit

 

Camille Aubaude (hommage & photographies), « Annie Le Brun : un bref hommage », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, mis en ligne le 15 août 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noiii/ca-annielebrunhommage

 

 

 

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Dernière mise à jour le 20 août 2024 (Ajout d'une citation poétique et des références de ce billet)

 

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14 juin 2024 5 14 /06 /juin /2024 16:54

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | II. « Elles » | Articles & témoignages | Chroniques cinématographique de Camillæ | Poésie Audiovisuelle  

 

 

 

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Foudre, long métrage de

 

 

Carmen Jacquier, Suisse, 2024

 

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Camillæ (Camille Aubaude)

Sites officiels : http://www.camilleaubaude.com/

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Blogue officiel :https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

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Le premier long-métrage d’une talentueuse cinéaste suisse, Foudre, manie les thèmes de l’amour à mort et de la déesse mère, allégorie de la Nature. Je le dis d’emblée : j’eus préféré qu’il les remanie avec sprezzatura, plutôt qu’avec une maîtrise logique. À la différence du Smoke sauna, un dispositif sans faille montrant que la plus forte détermination de nos patriarcats est de s’approprier la jouissance féminine ne renouvèle rien. Ce dispositif narratif crée un nouveau conformisme, à l’aide d’images sublimes, de beaux paysages, d’acteurs envoûtants, comme dans le film de Terence Davies sur le poète Siegfried Sassoon, œuvre ultime qui use d’un formalisme de génie. Une autre comparaison s’impose : Romance de Catherine Breillat, qui montre en plus l’appropriation du sexe de la femme par la médecine.  Foudre est donc « un film de femme », formaliste et communautariste, montrant comment quatre sœurs peuvent s’unir contre la puissante adversité du monde patriarcal.

Déflorons un peu l’intrigue : c’est encore le thème de la sexualité féminine dont l’aboutissement serait le désir de posséder plusieurs hommes à la fois. Foudre manie à fond la culpabilité brassée par le prêtre et par le père, le prêtre étant l’hypertrophie du Père.

L’ancienne novice, Elisabeth, retrace en miroir le destin de sa sœur nommée Innocente. Cette « innocente » est traitée de « pute » et suicidée par amour, à la suite de relations sexuelles à plusieurs. L’irénisme est si grand qu’il est exclu d’employer certains mots vulgaires. Grande figure de la mise au tombeau des femmes : le prêtre interdit qu’un hommage, fut-ce une simple prière, soit rendu à cette âme satanique incarnée dans l’enveloppe charnelle d’une innocente. Or cette innocente écrit de la poésie. Secrètement, comme il se doit, et dans l’intention d’être lue par sa Sœur. La poésie d’Innocente révèle son désir du corps de l’homme et sa conviction de trouver de la sorte Dieu. 

 

Quand une femme écrit de la poésie si son mari est assassiné, elle est la principale coupable (voir Louise Weissmann). Autrement, c’est une mangeuse d’hommes, au statut revendiqué par Grise délice, poétesse nymphomane vendant ses services sexuels — je remarque qu’une « vendue » est soutenue par des écrivaines contemporaines, selon l’adage : qui veut faire l’ange fait la bête. Elisabeth, la novice, comprend le sens profond de la « pute » qui est le grand mystère de la Nature et de la Déesse Mère. S’ensuit le cliché de l’amour universel... L’ex novice reprend la voie de la sœur morte, contamine les deux sœurs plus jeunes, et se révolte de la sorte contre l’esclavage domestique de la mère, le bras servile de môssieur le père, l’homme « agrandi » (ou rétréci…) qui n’a de cesse d’imposer un destin de mère à ses filles. L’épouse coupe court à la jouissance féminine, qu’elle circonscrit, endigue, jusqu’à mener à la puissante image du cercueil en feu. Eh oui, nous brûlons les lettres des poétesses et des philosophes (voir Diderot et Sophie Volland, Balzac et Mme Hanska : « j’adore que les femmes écrivent mais elles doivent faire comme vous, brûler leurs lettres » — je cite de mémoire).

 

Le cahier de la morte ressortit au même conformisme. C’est bien qu’il y ait du texte. Un journal intime à l’écriture tourmentée, tout comme il faut… Et des chansons aussi, très bien faites. Tout est prêt pour la grâce, mais la grâce ne vient pas sur commande. Où est passé le zeste d’anarchie qui la nourrit ? Foudroyé ?

Il manque la prudence, la sagesse et la folie dans cette quête d’absulu. Carmen Jacquier donnera une grande œuvre si elle n’est pas empêchée par le système qu’elle dénonce. La grande leçon de la poésie est qu’on ne peut rien faire contre elle. 

 

À la fin du XIXè siècle, dans la jolie cité de Morzine, à la frontière suisse, dans le domaine de ski des Portes du Soleil, quand une petite fille se roulait par terre en hurlant, les autres l’imitaient. Aussitôt, les psychiatres décodaient un cas d’hystérie collective, que j’ai évoqué dans ma maîtrise de lettres sur « Stéphane Mallarmé et le stade du miroir ». 

Alors Foudre ou pas foudre…?

 

© Camillæ

 

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Pour citer ce texte inédit 

 

Camillæ (Camille Aubaude), « Foudre, long métrage de Carmen Jacquier, Suisse, 2024 »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 13 juin 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/camillae-foudredecarmenjacquier

 

 

 

 

 

 

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18 mai 2024 6 18 /05 /mai /2024 16:22

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | Critiques & réception / Chroniques cinématographique de Camillæ | Poésie Audiovisuelle 

 

 

 

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L'Homme Aux Mille Visages,

 

 

un film de Sonia Kronlund

 

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Camillæ (Camille Aubaude)

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​​​​​​ www.lamaisondespages.com/

https://litterature-lieux.com/fr/guide/lieu/428-la-maison-des-pages-de-camille-aubaude

 

Blogue officiel :https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

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« C’est un drôle de film », dit une spectatrice en sortant de la salle. C’est le jour de la sortie en salles du second long métrage de Sonia Kronlund, créatrice de l’émission de France Culture « Les Pieds sur terre ».

Le thème n’est pas drôle du tout puisqu’il s’agit du respect de nous-même au temps du numérique. La bande annonce montre que chaque individu « mondialisé » peut mettre sa tête dans un œuf blanc qui correspond à un corps et à un costumes différents. L’homme « tout monde », et le culte de la performance...

Le fil conducteur est d’une banalité crasse : un homme vole, arnaque et profite de plusieurs femmes à la fois. Sonia Kronlund leur donne la parole. Et c’est là que son talent opère : une psychologue s’est laissée abusée, et se montre même satisfaite de son état amoureux, une autre victime parle de son sentiment maternel pour celui qui se fait passer pour un chirurgien et travaille dur. En un mot, chaque femme-témoin montre une facette de l’amour féminin.

 

Montrer et révéler. Ces victimes vivent à Paris. Puis y a un zeste de Pologne, et l’échappée au Brésil qui pourrait montrer la lumière montre que toute cette vie est fanée. Retour ? Non. Vision planétaire ? Oui. Près de la mégapole brésilienne de São Paulo, l’immeuble style « cage à lapins » complète l’indifférenciation, les mille visages, l’irrespect de la Nature à l’ère nouvelle du numérique. Deux Français, un homme et une jeune femme guettent dans une voiture la sortie de l’escroc. Amusant que ce soit la semaine où des réfugiés tibétains à Tours ont écrit au Président de la République, M. Macron, que le rouleau compresseur chinois vole leur pays mais pas leur âme !

La touche sublime de Sonia Kronlund, est dans la mise en scène des paradoxes. Elle donne à voir son grand théâtre intérieur. La révélation du bellâtre, Don Juan de caniveau se matérialise comme une image photographique qui apparaît lentement dans une cuvette pleine de révélateur… La pratique du documentaire rejoint la plus haute poésie comme dans les films d’Agnès Varda*. Le trait de génie est de fixer-filmer l’image mouvante du faussaire : le « coco ».

Quel message d’espoir ! le mal aux myriades d’identités est enfin reconnu, jugé et puni par une contre-justice nécessaire pour ne pas sombrer dans le totalitarisme.

 

Ce film élabore une nouvelle forme de procès, plus sensible, plus humaine que notre moderne (in)justice. Par la patience, la lenteur, l’œuvre filmique devient le châtiment, une punition du mal et la révélation frise l’émerveillement.

Quand Sonia Kronlund est derrière et devant la caméra, c’est si limpide que l’on s’y noie en essayant de comprendre l’incompréhensible, la vanité, la perversité et la folie de l’homme.

© Camillæ

Voir aussi l’URL :

https://www.slate.fr/story/266555/film-homme-aux-mille-visages-sonia-kronlund-arnaqueur-amour-femmes-montrer-ricardo-escroc-podcasts

 

* Voir le numéro de la revue féministe Visuelles, des femmes et des images, qui lui est consacré (Camille Aubaude, membre du comité de rédaction).

 

 

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Pour citer ce texte inédit 

 

Camillæ (Camille Aubaude), « L'Homme Aux Mille Visagesun film de Sonia Kronlund »Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 18 mai 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/camillae-lhommeauxmillevisages

 

 

 

 

 

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15 mai 2024 3 15 /05 /mai /2024 17:29

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Le jardin qui bascule, de Guy Gilles

 

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Camillæ (Camille Aubaude)

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Le jardin qui bascule est une figure de rêve. Ce rêve est fait par un tueur à gages, il le raconte aux trois quarts du film. Il est chargé d’éliminer Kate (Delphine Seyrig), destinataire de ce récit de rêve, qui compose le sens de ce film de 1975 qu’une copie avec des génériques rose vif fait revivre en 2024.

Je me serais passé de la cheville narrative du tueur* pour me laisser emporter par la poésie de ce film indéfinissable car d’une puissance émotionnelle jusqu’au-boutiste. Les personnages typiques des seventies ont un rythme lent comme dans les films de Marguerite Duras. La liberté d’après mai 68 est illustrée par les cheveux longs des jeunes hommes, et il n’est pas besoin d’insister sur les pantalons pattes d’éléphant, si datés qu’ils marquent le pouvoir déclinant de la révolution. Le beau blond de cette bande de « petits prolos », et de cette « chair fraîche condamnée à la défraîcheur », selon Jean-Louis  Bory** se sait filmé sous son meilleur profil. Alors il souffle sur sa mèche. Lui, il ne tue pas, mais il connaît déjà la prison modèle de Fleury-Mérogis : il vole des voitures pour payer une maison à ses parents... Pas besoin non plus d’insister sur les stéréotypes masculins, toujours les mêmes dans ces films d’hommes qui à travers une actrice divinisée donnent à voir leur désir comme de l’art brut, sans naturel. Eux déglingués. Elle distinguée. Tout la met en valeur, le récit, la technologie, le maquillage, et la violence imminente. 

Que ce soit ce film-là qui ressorte est pataphysique : il veille sur le danger ! Le temps qui passe et donne la mort s’élève à l’amour passion. Avant de basculer, la fraîcheur s’incarne dans la beauté d’une déesse qui lit. Nul besoin de préciser que Delphine Seyrig est éclatante et lumineuse pour ces corps d’hommes qui dodelinent avant que bascule le couperet. Elle dit qu’elle peut lire dix heures sans s’arrêter. A quarante ans passés, elle est retirée dans une maison au bord d’un fleuve. La liberté des seventies n’a rien à voir avec la prise de parole des femmes en 2014. Quarante ans : vieillesse. Jeune, « elle travaillait », comprenez qu’elle se prostituait, et elle devient un accessoire. Pouvons-nous parler de « féminicide » pour ces œuvres où la femme est mise à mort, tandis que l’homme travaille ? Gros travail, ces films…

Préservons la surréalité poétique ! Passer une vie à lire les classiques de l’Antiquité grecque et romaine, et quelques œuvres de la Renaissance est ce que nous pouvons faire de mieux parmi les fleurs et les arbres d’une Nature non aseptisée — il n’est pas question de « vert » en 1975... Laissons aux « petits soldats » les missions et les énigmes réductrices, et les ficelles de la narration, pour suivre le fil du temps. Lire et écrire. Et chanter, le front haut, la tête légère. Il y a dans Le jardin qui bascule une des meilleures prises de vues d’une chanson de Jeanne Moreau. Parole et visage illuminent le jeu des correspondances qui raniment la fidèle espérance. La maison de ce jardin est ce qui fait percevoir la beauté incertaine, où la chanson est l’exacte vanité de l’instant, sa grâce et son plaisir.

 

 

© Camillæ

 

 

* & ** voir URL. https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Jardin_qui_bascule

 

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Pour citer ce texte inédit 

 

Camillæ (Camille Aubaude), « Le jardin qui bascule, de Guy Gilles », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 15 mai 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/camillae-lejardinquibascule

 

 

 

 

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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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