Nicole Coppey,«Dis-moi... Te reverrai-je ? » & «Fleurs d'Amour», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/dis-moi.html
La pièce d’Alexis Michalik assure au poète Edmond Rostand une Résurrection dans le monde du théâtre. Un célèbre acteur de l’époque, Coquelin, fait un superbe matamore, qui n’est pas l’un des moindres agents de cette création. Nous sommes pris par une mise en scène qui donne leur place aux tensions et aux joies extrêmes de l’écriture. Nous voyons Edmond assis à son bureau pour écrire Cyrano en alternance avec des créanciers qui lui mettent le couteau sous la gorge.
Edmond le créateur, le démiurge, affublé d’une femme au foyer avec deux enfants en bas âge, Rosemonde Gérard (voir photo)...
À la différence de Cyrano, Edmond, la pièce, ne rebat pas les cartes des liens familiaux ni des valeurs sociales. L’heure et demie de spectacle se déploie comme un sortilège où se drapent d’excellents comédiens, dont une très jeune Roxane sensible à la poésie d’Edmond Rostand, une « fan » avant la lettre, qui admire sans écrire, noyant dans l’harmonieuse beauté de son visage nos débats contemporains sur la création féminine.
Il en ressort une Rosemonde Gérard (1866-1953), l’épouse d’Edmond Rostand, dépossédée de son génie poétique. Une technique dramatique ou un oubli ? Le sort des femmes ou le constat terrible de leur ignorance ? Le Nom de la rosevs Rosemonde. Un univers de fantaisie n’est pas une scène de contestation, certes, mais nous sommes si éloigné.es de la réalité que c’en est agaçant. Dans un simple respect de véracité, le talent de Rosemonde Gérard devait être représenté. Âgé de trente-deux ans, Alexis Michalik est en droit d’ignorer une poétesse du XXe siècle — que je n’ai pas réussi à publier sur la Toile, car ses poèmes ne sont pas libres de droits —, mais peut-il traiter une poétesse tombée dans l’oubli en présentant tous les stéréotypes sociaux construisant la signification du démiurge, de l’auteur, du grand homme, cette masculinité unilatéraliste étant fondée sur l’asservissement (voire le sacrifice) d’une femme ? « Luttons pour les roses… » 1
En 2017, il est donc encore possible d’imposer cela... Je n’ai pas été la seule à ressentir le rôle de l’épouse du « grand homme » comme une trahison. N’est-il pas douloureux qu’une pièce au rythme prenant nous exonère de nos devoirs de gratification d’une poétesse ? Je ne suis pas la seule non plus à aimer la poésie exquisément désintéressée de Rosemonde Gérard, primée à l’âge de vingt-quatre ans par l’Académie française — Les Pipeaux, 1889. Edmond Rostand était inconnu.
Rosemonde Gérard, avec Lucie Delarue Mardrus, Amélie Murat et toutes les autres « poétesses de la Belle Époque »2, a édifié une œuvre essentielle au XXe siècle. La voir ainsi traitée, rendue jalouse de Roxane qui n’a pas à pouponner deux enfants, accrédite le mouvement actuel qui veut séparer l’art des « mascus » de celui des femmes. Nous entendons le nom de Rosemonde déformé par Sarah Bernard, dans une scène où l’admirable poétesse est montrée en bonne femme qui met la bouillie dans la bouche ses enfants (ça ne s’invente pas !). Wikipédia indique que Rosemonde Gérard a interprété Roxane deCyrano de Bergerac, avecSarah Bernhardt lui donnant la réplique en « Cyrano ». Comble d’éreintement de la créatrice, l’actrice qui endosse le rôle de Rosemonde endosse à la fin celui d’une prostituée du bordel « Aux Belles poules ». Le silence n’était pas assez, voilà qu’elle caquète, rappelant une des scènes les plus obscurément anti-femme du cinéma masculin, la dernière scène de Freaks (Tod Browning, 1932), ancrée dans nos pensées.
Nurse, femme au foyer jalouse, pute, poule qui roucoule… j’ai cru que l’éviction de la créatrice avait épuisé les clichés éculés. Hélas non ! écoutez le mot de la fin que cette pièce met dans la bouche de Rosemonde Gérard quand son mari connaît la gloire : il exprime tout ce que les femmes endurent pour apprendre à se taire !
Chaque poème de Rosemonde Girard est une épure. D’autres que moi pensent qu’éteindre la gloire d’un art poétique, où l’élégance coule à flots, est désastreux. Qui dira encore que cette banalité de coteries inquisitrices est l’assise de l’inconscient viril ?
La pièce connaissant un grand succès, demandons à Alexis Michalik d’acquérir des notions plus progressistes, et de promouvoir une poétesse dont la voix et la sagesse ont nourri « Edmond », et ses fils.…
1. pas seulement pour le pain », criaient les ouvrières grévistes du textile américain.
2. Voir Patricia Izquierdo, Devenir poétesse à la Belle Époque, étude littéraire, historique et sociologique, L’Harmattan, 2009, sur les conditions et modalités de l’essor de la poésie féminine aidée par la naissance du féminisme.
Camille Aubaude,« Chronique d’Edmond au Théâtre du Palais Royal », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/edmond.html
Dernière mise à jour le 29 décembre 2021 à la demande de l'autrice.
Dana Shishmanian est diplômée en lettres modernes, spécialité littérature comparée, de l’Université de Bucarest. Elle vit et travaille en France depuis 1983. Elle a publié des poèmes dans des revues, sur le Net, dans des anthologies, et collabore régulièrement à la revue en ligne Francopolis. Elle est l’auteur de plusieurs recueils personnels dont les derniers sont parus à Échappée belle édition et aux Éditions du cygne.
En 2010 elle a animé avec l’écrivain mauricien Khal Torabully l’anthologie Poètes pour Haïti, parue en janvier 2011 dans la collection Témoignage poétique de L’Harmattan.
***
Pour citer ces poèmes
Dana Shishmanian, «Extraits du dernier recueil Le fruit obscur paru aux Éditions du Cygne, janvier 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 5 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/fruitobscur.html
Poème reproduit avec l'aimable autorisation des auteurs et de leur maison d'édition
La mémoire est un palais inconnu, hanté par des fantômes –
vapeurs perdus d’une respiration grelottante –
quelqu’un respire donc dans la mémoire
et la mémoire même n’est peut-être que cette respiration
incompréhensible
matérialisée par le froid
la mélancolie était peinte sur les murs
en des couleurs transparentes,
et disparaissait continuellement dans une orgie de solitude,
l’obscurité racontait tout au sujet de l’horreur des éclipses
et les ombres n’arrêtaient pas de cueillir des syllabes
dans l’éclipse d’Œdipe
l’œil interroge, du vol des paupières, l’horizon des mirages
combien de pages se cachent dans les livres de ces mains
feuilletées jusqu’au sang
combien de lettres, dans cet arc-en-ciel
lu par des rayons altérés
les regards planaient doucement tels des messagers
descendant de l’abolition mélancolique du soleil,
le palais de la mémoire fredonnait
se fondant dans les reflets des miroirs –
l’autre s’était perdu dans les couloirs alors que Personne
avait encore un labyrinthe à atteindre,
seul s’était perdu dans sa propre solitude,
et mort déjà, il attendait sa résurrection
à l’entrée ou peut-être seulement à la sortie,
il attendait sa résurrection
ou n’attendait, éventuellement, que son non-soi
Personne arrachait à travers une fenêtre ouverte
les algues de quelques vols oubliés
et n’arrivait pas à comprendre depuis quand l’air
était devenu si océanique et lui-même, si amnésique –
les tréfonds des absences lui avaient enseigné peut-être
à plonger ses regards avec autant d’intensité hypnotique
comme dans des cavernes où l’on aurait oublié plusieurs fois
sa propre ombre
on aurait pu raconter bien d’autres souvenirs –
quoique le plus véridique de tous
demeure sans doute le silence –
si Personne n’avait compris, à peine étonné,
que pendant tout ce temps il avait déambulé uniquement
à l’intérieur de la respiration de mésonge du néant –
à savoir, sa propre respiration
Traduction du roumain :Dana Shishmanian (extrait du recueil Le sang de la ville, L’Harmattan, novembre 2016)
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Présentation du poète traduit
Historien des religions, diplômé de l’Université de Bucarest, Ara Alexandre Shishmaniana dû s’exiler en France en 1983, suite à des persécutions politiques. Il a publié des études sur l’Inde védique et la Gnose, dans des publications de spécialité en Belgique, France, Italie, Roumanie, États-Unis. Il est également l’auteur de 17 volumes de poèmes publiés en Roumanie depuis 1997.
Des poèmes en traduction française et anglaise sont parus dans des revues et anthologies et sur des sites de poésie en France et États-Unis.
Recueils : Fenêtre avec esseulement(juillet 2014), Le sang de la ville(novembre 2016), dans la collection Accent tonique de l’Harmattan (traduction française par Dana Shishmanian).
Présentation en français d'Ara Alexandre Shishmanian :Dana Shishmanian
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Pour citer ce texte
Ara Alexandre Shishmanian, « Promenade amnésique », poème traduit du roumain et suivi d'une présentation du poète par Dana Shishmanian, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 5 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/promenadeamnesique.html
Henri Michaux en 1929 avait, dans son roman Ecuador, fait la lumière sur les us et coutumes des Indigènes. Aujourd’hui c’est Rocío Durán-Barba, poète, juriste et journaliste franco-équatorienne, qui avecuneanthologie bilingue français-espagnol, inscrit la France et l’Équateur dans une horizontalité picturo-poétique en créant une synergie entre 12 peintres équatoriens et 12 poètes français avec 45 tableaux.
Depuis l’Antiquité la peinture et la poésie ont toujours évolué en parfaite harmonie tout en gardant chacune sa place, sa personnalité, son autonomie et ce, parce que tout simplement l’une peut exister sans l’autre. La peinture a un effet miroir par rapport à la poésie car le poète en s’inspirant d’un tableau fait un décryptage des éléments perçus par son imaginaire tout en scrutant la toile. Ce sont ses émotions, c’est sa perception des éléments qu’il traduit, c’est-à-dire tout ce que l’œuvre lui évoque. Il lui apporte un éclairage qui peut être considéré comme une valeur ajoutée, il est en quelque sorte le défenseur de l’œuvre car il la met en lumière par un jeu de mots et d’images, donc le poète est un peintre en puissance qui offre une vision dynamique de l’œuvre picturale.
Et c’est avec raison que le poète lyrique grec Simonide de Céos opine : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. »
Plus près de nous, c’est Apollinaire qui volait au secours des peintres, en vulgarisant leurs œuvres par ses écrits comme dans son ouvrage intituléLes Peintres Cubistes.
Cela dit, le poète peut être tellement imprégné d’une peinture qu’il verse dans une sorte d’appréciation salutaire, véritable parti-pris de l’esthétique de l’œuvre qu’il traduit en langage poétique sans la démonter. Il y a tant à dire…
***
L’anthologie s’ouvre sur 4 poèmes de Francis Combes, inspirés des toiles du peintre Enriquestuardo Àlvarez. Un des deux tableaux inspirateurs est éponyme du poème intitulé : Bienaventuranzas (cf. P. 31)
Sur le mur dédoré de l’histoire,
le peuple se dresse toujours
drapé dans son suaire de sang
et c’est de ses propres mains
qu’il posera
sur sa tête
Ce poème est paré d’un réalisme troublant tant il est en corrélation avec sa source, ce qui illustre mon assertion ci-dessus.
Sylvestre Clancier, a opté pour la toile de Jorge Perugachy : Virgenes del sol (trad. Vierges du soleil)à laquelle il a consacré deux poèmes sans titre. Dans le premier dont l’incipit est « Miroirs sans tain », il met en lumière le mystère qui se dégage de la toile, les évocations de lumière :
Les corps ont leurs mystères
Que les dieux nus ignorent
Ils gardent leurs secrets
Quand leurs corps enlacés
Se font ombres et lumières
(cf. P. 140, § 11)
Quant à Françoise Coulmin, elle a eu un coup de cœur pour le peintre Hernán Zúñiga, qu’elle célèbre dans son poème intitulé : « Triompher des extrêmes »
Des corps glorieux
dégoulinant de laves froides
seins cicatrices chairs griffées rayées
comme pour se purifier de boues anciennes
( cf. P. 207, 4ème§)
De Rocío Durán-Barba, nous donnons à lire un extrait de son texte intitulé « Poème Bleu » :
Devant moi le bleu. Langage invisible. Dans le courant du temps. Le tremblement du pinceau. Murmurant souvenirs. Désespérés-tendres. Entre Quito et Paris. Murmurant chemins. Aux bords dénudé Étales.
Dans la contemplation :
Bleu le Bleu
Il ne me dit pas une couleur
Me dit un climat
une ambiance
un théâtre
Climat d’identité
ponctué de rites
mœurs
mémoires
mythes
Ambiance du haut plateau andin
avec son arcane
ses lutins
son arc-en-ciel
Suspendus près du soleil
Il me dit le théâtre
de notre histoire
de notre printemps bleu
(cf. P. 225)
La préférence de Christophe Dauphin va à la peinture de Jorge CHALCO qui glorifie « les esprits qui gardent la sagesse et la nature. »
L’Amazonie trouve tellement grâce à ses yeux de poète qu’il lui prête une plastique de femme. Très belle description qui donne à voir une forêt avec une végétation luxuriante comme un éden retrouvé.
Elle se dessine comme un corps de femme qu’emporte
Un courant d’air qui roule
Entre les pages des condors de l’automne
On remarque bien que chez ces poètes le rapport au corps est manifeste et la symphonie des couleurs est très présente. C’est aussi la célébration des mémoires d’un peuple, la révélation des Andes dans toute leur splendeur.
***
En fin de compte disons que la peinture donne à la poésie un corps et la poésie lui donne un esprit. La poésie est immatérielle, elle interpelle l’oreille par la lecture mais la peinture interpelle la vue. La peinture accompagne la poésie qui, à son tour, lui rend hommage.
Regards croisés/Miradas cruzadasde Rocío Durán-Barba est une anthologie où la poésie semble être le corollaire de la peinture. Cependant, nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de parité en ce qui concerne les peintres car nous n’avons relevé que la présence de deux femmes : Mariella García et Rosy Revello. Tout de même nous saluons cette belle initiative qui est celle d’une femme.*
* Un appel à contribution pour un dossier sur « Femmes, poésie & peinture » sera prochainement lancé par le périodique Le Pan poétique des muses.
***
Pour citer ce texte
Maggy de Coster,« Rocío Durán-Barba, Regards croisés/Miradas cruzadas, Alpamanda, Editorial, 2016, 238 p., 15€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 4 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/miradas.html
Bienvenue à la directrice de publication du site Simone Durand (elle collabore et remplace en ligne la directrice-fondatrice de la presse de la SIEFEGP à partir de septembre 2026).
LPPDM, SEPTEMBRE 2026
La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).
L’association SIÉFÉGP publiera en 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.
SIÉFÉGP, JUIN 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Dossier mineur Articles & témoignages | Revue Matrimoine Emma Lazarus, La Liberté éclairant le Monde (Poésie au fil de la vie). Sélection & traduction des...
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