20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 11:37

Lettre n°14 | Être féministe | Entretiens & N°9 | Dossier majeur

 

 

 

 

Interview avec

 

Celia Vázquez

​​​​​

 

 

 

Propos recueillis & traduits par

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ 

 

 

 

©Crédit photo : Maggy de Coster, "Celia Vázquez chez elle", février, 2020.

 

 

 

 

Celia Vázquez est Professeure titulaire à l'Université de Vigo en Espagne et Directrice du  Département de philologie anglaise, française et allemande, Celia Vázquez est aussi poète et spécialiste de  littérature enfantine en Galice. Elle nous a reçue chez elle et nous en avons profité pour l’interviewer. Site :

http://www.celiavazquez.es/

 

       

 

MDC- Celia Vázquez, parlez- nous de votre parcours littéraire ?

 

CV- Je suppose que vous me demandez de vous parler de  mes lectures de mes sources d’inspiration et de mon instigation à écrire.

 

Hormis les histoires traditionnelles  recueillies par les Frères Grimm auprès des femmes dans les villages et qu’ils avaient  adaptées pour les enfants après leur succès auprès des adultes et de Perrault, la première chose dont je me souviens, c'est d'avoir lu de la poésie. Je crois que mon père savait que les enfants avaient la grande vertu de s’émerveiller et d’être dans une attitude curieuse et que la poésie était en harmonie avec la fantaisie, le sens du rythme et alimente en même temps  leur imagination et leur curiosité. D'abord la poésie enfantine, les histoires folkloriques, les berceuses, les devinettes, les chansons, puis la poésie épique, qui racontait les prouesses des héros, les contes et légendes. Puis mon père me demandait de mémoriser les fragments du Romanceo du Cid Campeador et m’avait donné des recueils de poèmes illustrés comme  les Fables de Tomás de Iriarte et les livres des grands classiques universels (anglais et français comme Jules Verne, Alexandre Dumas, Charles Dickens, J. M. Barrie, Daniel Defoe, Oscar Wilde, Jonathan Swift, Rudiard Kipling et des Américains comme Mark Twain, Robert L. May, Louisa May Alcott et Harriet Beecher Stowe).

Mes lectures poétiques  portent sur tous les auteurs espagnols et latino-américains auxquels j’ai fait allusion dans mes livres de littérature et – que je ne citerai pas ici pour ne pas vous ennuyer –, les plus connus internationalement, vont  principalement du romantisme à nos jours mais aussi ceux des siècles précédents, comme de l'époque médiévale, l'Âge d'or et l’époque contemporaine. Non seulement parce cela s’imposait à moi quand j'étudiais la Littérature espagnole mais aussi parce que cela relève de ma préférence. Et bien sûr, sans omettre les romanciers  contemporains.

 

MDC- En tant que poète, quelles sont les thématiques qui dominent votre poésie ? 

 

CV : Dans mes poèmes, il y a très peu d’originalité sur le plan  thématique puisque je m'intéresse à des thèmes abstraits et universels comme la mort des êtres chers, l’amitié, le temps, l'amour et ses contradictions, la douleur engendrée par la perte,  la trahison, la rupture, la mélancolie, la relation de couple, les rêves... les amours impossibles, la nostalgie d'un lieu, les droits de la femme, la violence faite aux femmes, le temps qui passe...

 

MDC- Si vous deviez colorier le monde, quelles sont les couleurs que vous choisiriez ?

 

 CV : Cette question attire toute mon attention car, curieusement, la question de  couleur et de son importance m'a toujours intéressée. Et en fait, en tant que chercheur universitaire, j'ai écrit des articles sur le sujet. J'ai analysé l'importance de la couleur et des vêtements dans la littérature en suivant une méthodologie basée sur la théorie des couleurs chez Goethe et d'autres moins autres auteurs moins connus. La couleur et la robe sont un système sémiotique à travers lequel les personnages parlent à leurs lecteurs en matière de  fiction. Les identités exprimées par la couleur et les vêtements qu'ils portent sont explorées car elles enrichissent les personnages littéraires et notre sens du contexte social et historique de la fiction. Ce que les personnages portent et la couleur qu'ils choisissent pour leurs vêtements ont une symbolique et une code qui les unissent à eux-mêmes. Cependant, les couleurs acquièrent cette symbolique de par les références culturelles ou religieuses, les contextes contemporains et ces facteurs ne sont pas universels. La robe et la couleur nous en disent plus sur le contexte, sur les valeurs émotionnelles ou psychologiques des personnages. Il en va de même pour les auteurs. Quelles couleurs utiliserais-je pour colorier le monde? Comme je sais que l'impact des couleurs sur chacun de nous est le même, quels que soient le sexe, l'âge ou le statut social, le rouge, le jaune et l'orange nous activent et nous transmettent de l'énergie. Il serait bon que le monde soit colorié de cette façon. Mais pour le repos, nous avons besoin de couleurs sédatives tels que le vert naturel, le bleu ciel et le mauve ou le violet. Je colorierais donc les couchers de soleil et les crépuscules. Si je voulais exprimer la pureté ou la simplicité, j'utiliserais le blanc et le noir pour exprimer la tristesse et le pessimisme. Quant aux vêtements, les couleurs ont une signification différente. Par exemple, les vêtements noirs signifient l'indépendance, le respect, le sérieux…

 

MDC- Comment pouvez-vous vous situer par rapport à vos camarades écrivaine latino-américaine du  point de vue littéraire ?

 

CV : En effet, il y en a dont  la poésie relève d’un engagement politique ou féministe. Il y en d’autres qui cultivent un style baroque en privilégiant  le sens et les sonorités. Tout peut être conçu comme une expérience esthétique. Mais ce que j'aime le plus, c'est la sensualité des formes et des paysages, comme la beauté du cadre qui les inspire.

Je pense que je devrais prendre en compte les pays pour pouvoir me comparer d'un point de vue littéraire, mais notre histoire est très différente et la culture européenne aussi. Certaines écrivaines sympathiques ont cette  confiance en elles-mêmes et en leur travail, ce que je n'ai pas. Mais c'est leur attitude envers la vie même. Je pense que cela est dû aux différences culturelles. Je suis très exigeante, peut-être à cause de mon éducation allemande. Ce n'est pas parce que je ne crois pas à mon travail de poète mais, si je me compare aux grands, il me manque encore beaucoup. Je crois que chacun est jugé par rapport à tout ce qu'il a lu de bon. En tant que critique littéraire et professeure de littérature j'essaie toujours d'être en adéquation avec moi-même. Mais je demande aussi de me juger. J'ai beaucoup lu et je ne me laisse pas emporter par la passion. Ma poésie  n’est pas d’une grande éloquence mais plutôt abordable par n’importe quel lecteur des paysages marins ou des plateaux ensoleillés ou des après-midi pluvieux. Mes descriptions sont simples. Mes lecteurs ne devraient pas s'attendre à des envolées lyriques ou des explosions images dérangeantes.

Parfois ma poésie regorge de solitude, elle est triste, elle parle d'amour non partagé, de la mort. Il n'y a pas de lyrisme en filigrane, pas de métaphores élaborées ou des descriptions sensuelles de paysages. Ma poésie en simple.

 

Je suppose que cela est dû à  l'influence de l'École allemande et de sa culture, car l'Allemagne est le berceau des frères Grimm, les philologues qui ont recueilli ces histoires dans les villages, des contes que des femmes leur racontaient et qui, compte tenu du succès remporté à la suite de leur publication, les ont adaptées aux enfants.

De plus, mon père a offert  à ma sœur et moi, quand nous étions enfants, deux livres très volumineux (d’environ 12 cm d'épaisseur), d’épaisses pages qui nous fascinaient tant. Il s'agissait en réalité des deux volumes d'Histoires  et de Littérature enfantine ibéro-américaine, écrites et compilées par Carmen Bravo Villasante, première chercheuse en littérature enfantine et juvénile en Espagne. Par ordre alphabétique, le volume I commençait par des auteurs d’Argentine et  se terminait avec le Panama, avec des histoires et des poèmes pour enfants. Et le volume II commençait avec le Pérou pour finir avec le Portugal. Un autre pays avait été ajouté, il s’agit des Philippines, car depuis l’impression de Doctrine chrétienne  aux Philippines,  l'influence espagnole se fait également sentir  dans les lectures du tagalog et les traditions des deux pays se sont emmêlées  car il y avait aussi la présence des auteurs philippins et espagnols. Avec cette merveilleuse sélection, nous avions toutes les deux lu et appris à connaître, dès notre plus jeune âge, ce que représentait chaque pays et je pense que cela nous a également aidé à comprendre et à admirer  l'Amérique latine.

Plus tard, quand j'ai voulu faire ma thèse de doctorat sur l’oeuvre d'un auteur britannique très connu en matière de littérature enfantine et juvénile, on m’a sommé d’y renoncer sous prétexte que   cette littérature n'était ni importante ni intéressante pour un travail de recherche aussi pertinent. Je me suis donc consacrée à la littérature humoristique britannique et je me suis promis, le moment venu,  d’intégrer la littérature enfantine et juvénile dans le cadre du programme académique de Licence de Lettres. Et c’est ainsi que je me suis associée avec une collègue et amie allemande pour fonder en 1998 l’Association nationale de recherche en littérature pour enfants et adolescents, basée à l'Université de Vigo, en Espagne, dans le but de promouvoir ces études, en  conférant un statut universitaire à une matière que nous avons jugé importante, car comme l'a dit l'écrivain anglais Wordsworth :«l'enfant est le père de l'homme et ce qu'il lit pendant son enfance fait partie de son passé culturel à l’âge adulte. » Nous avons créé un espace d'échanges entre ceux qui s’intéressaient à la Littérature pour enfants et jeunesse au sein de l’Université et en dehors de l’Université ».

 

MDC- Auriez-vous un vœu à former pour le monde et aussi pour vous-même ?  

 

CV : Oui bien sûr. Il y a plusieurs choses qui me préoccupent. Nous voulons tous un monde meilleur. Mais il semble que vu les conséquences du réchauffement climatique, nous vivons le compte à rebours et nous n'y arrivons pas. Essayons d'économiser les ressources, de protéger l'environnement, notre environnement naturel. Le recyclage est  la chose la plus importante pour une coexistence pacifique : soyons tolérants.

C'est un sujet qui nous concerne tous.

 

Mais il y  a une autre chose qui m'inquiète beaucoup car la situation s'est aggravée malgré la politique de protection des femmes et les campagnes contre la violence sexuelle. Je me demande si ces hommes qui donnent la mort à une femme ont une mère. Ne peuvent-ils pas se mettre à la place de leurs enfants afin d’éviter une tragédie familiale? N'est-il pas préférable de s'éloigner si l'amour n’existe plus? Est-il si difficile de penser qu'ils laissent leurs enfants orphelins de mère? Quelle éducation dispense-t-on dans les écoles pour que nous revenions à des situations bien plus graves qu'au cours des décennies précédentes ? Il est difficile de comprendre la mentalité d'un homme, eu égard à cet état de fait, en même temps, je voudrais insister sur la SORORITÉ.

Je m'inquiète des relations entre les femmes. Nous devons nous unir pour atteindre des objectifs du point de vue du l’enseignement scolaire et universitaire,  du travail, du salaire, de la productivité, de la création artistique. Tous ces éléments créent de la rivalité entre les femmes à savoir que chacune veut être la meilleure dans tous les domaines  de la vie quotidienne: le travail, l'amitié,  la maternité, la vie de couple. Si la rivalité est favorisée par les structures du pouvoir patriarcal, le machisme et la misogynie, alors c'est quelque chose de négatif. C'est pourquoi nous devons apprendre la nouvelle éthique du soutien, du respect et de la concordance pour améliorer les relations entre les femmes et en tirer profit. Nous devons nous rappeler que nous sommes des femmes et des  camarades non des rivales. Nous sommes confrontées à des difficultés conjugales, professionnelles, de conciliation familiale que nous devons résoudre dans l’harmonie. Nous devons développer une grande compréhension, de l'empathie, de l’altérité, créer des mécanismes de convergence, de synergie entre les femmes. C'est de la sororité. Je pense qu'ensemble, nous devons convenir que les femmes ne  doivent plus mourir parce qu’elles sont femmes. Si nous le voulons, nous pouvons changer les structures du pouvoir que détiennent les hommes qui pour la plupart ne respectent pas les femmes. Nous devons éduquer nos enfants dans la tolérance et le respect de ces dernières. 

 

 

***

 

Pour citer cet entretien

 

Maggy de Coster, « Interview avec Celia Vázquez », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 20 février 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/celiavazquez

 

 

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 11:19

Carta n ° 14 | Ser feminista | Entrevistas

/ N° 9 | Dossier majeur | Articles & témoignages 

 

 

 

 

 

 

    

​Entrevista con

 

 

Celia Vázquez

 

 

 

 

Celia Vázquez entrevistada por/

Palabras recogidas y traducidas por

Maggy de Coster

Sitio :  www.maggydecoster.fr/

 

 

 

 

© Crédito fotográfico de : Maggy de Coster, "Celia Vázquez en su casa", febrero, 2020.

 

 

 

 

 

 

Celia Vázquez es Profesora titular de la Universidad de Vigo en España y Directora del departamento de Filología Inglesa, Francesa y Alemana, Celia Vázquez también es poeta y especialista en literatura infantil en Galicia. Nos recibió en su casa y aprovechamos para entrevistarla. Sitio :

http://www.celiavazquez.es/

 

 

 

MDC- ¿Celia Vázquez, háblame de tu recorrido literario?

 

 

CV: Supongo que lo que me preguntas se refiere a lo que he leído o lo que me ha inspirado y animado a escribir.

 

Aparte de los cuentos tradicionales recogidos por los hermanos Grimm de las historias que les contaban las mujeres en los pueblos y que luego adaptaron para niños tras su éxito con los adultos y los de Perrault. Lo primero que recuerdo es haber leído poesía. Yo creo que mi padre sabía que los niños y niñas tienen la gran virtud de maravillarse y estar en actitud inquisitiva, asombrados y que la poesía está a tono con la fantasía, con el sentido del ritmo y aviva la imaginación y curiosidad de los niños. Primero poesía infantil, el folklore con sus nanas, acertijos, canciones, adivinanzas y luego poesía épica, que contaba las hazañas de héroes, los mitos y las leyendas. Luego mi padre me pedía que memorizase fragmentos del Romancero del Cid Campeador y me regalaba libros ilustrados con poemas, las fábulas de Iriarte y los libros de los grandes clásicos universales (ingleses y  franceses como Jules Verne, Alexandre Dumas, Charles Dickens, J. M. Barrie, Daniel Defoe, Oscar Wilde, Jonathan Swift, Rudiard Kipling et des Américains comme Mark Twain, Robert L. May, Louisa May Alcott et Harriet Beecher Stowe)..

En cuanto a la lectura poética, he leído a todos los españoles y latinoamericanos cuyos nombres aparecían en mi libro de literatura y que no nombraré aquí para no aburrir, los más conocidos a nivel internacional, que son principalmente los de la etapa romántica hasta hoy pero también los de los siglos anteriores, desde la época medieval, los del Siglo de Oro hasta llegar al día de hoy. Unas veces porque no quedaba más remedio cuando estudiaba literatura española pero era mi asignatura favorita. Y por supuesto, los novelistas hasta hoy.

 

 

MDC-  Como poeta ¿cuáles son las temáticas que dominan? 

 

 

CV: En mis poemas, en cuanto a temática soy poco original ya que me interesan los temas universales, abstractos como la muerte de seres queridos, amigos y la vida, el tiempo, el amor con sus desencuentros, su dolor ante la pérdida, la traición, el fin, la melancolía, la relación de pareja, los sueños…amores imposibles, añoranza de un lugar, la mujer y sus derechos, violencia contra la mujer, el paso del tiempo…

 

 

MDC- Si tuvieses que colorear el mundo ¿cuales son los colores que elegirías?

 

CV: Esta pregunta me llama la atención porque, curiosamente, el tema del color y su importancia me ha interesado siempre. Y de hecho, como investigadora universitaria, he escrito artículos sobre el tema. He analizado la importancia del color y del vestido en la literatura siguiendo una metodología basada en la teoría del color de Goethe y otras no tan conocidas. El color y el vestido es un sistema semiótico a través del cual los personajes hablan a sus lectores en la ficción. Se exploran las identidades expresadas por el color y la ropa que visten ya que enriquecen los personajes literarios y nuestro sentido del contexto social e histórico de la ficción. Lo que visten los personajes y el color que eligen en sus ropas tiene un simbolismo y códigos unidos a ellos. No obstante, los colores obtienen este simbolismo a través de referencias culturales o religiosas, contextos contemporáneos y estos factores no son universales. Tanto el vestido como el color nos dicen algo más sobre el contexto, sobre los valores emocionales o psicológicos de los personajes. Puede ocurrir lo mismo con los autores. ¿Qué colores utilizaría para colorear al mundo? Como sé que el impacto que tienen los colores en cada uno de nosotros es el mismo, sin importar género, edad o estatus social, el rojo, el amarillo y el naranja nos activan y transmiten energía. Sería bueno para el mundo colorearlo de esta manera. Pero para el descanso necesitamos colores sedantes como el verde, de la naturaleza, el azul del cielo y el malva o violeta de las flores. Así colorearía los atardeceres y anocheceres. Si quisiera expresar pureza o sencillez utilizaría el blanco y el negro sería utilizado cuando quisiera expresar tristeza y pesimismo. En cuanto a la ropa tienen un significado diferente. Por ejemplo,  la ropa negra indica independencia, respeto, seriedad…

 

MDC-¿Cómo te puedes ubicar en referencia a tus compañeras escritoras latinoamericanas desde el punto de vista literario? 

 

CV: Bueno, algunas  escriben poesía que se supedita al compromiso político o feminista. Algunos escritos abundan en el estilo barroco con un uso exhaustivo de los sentidos  centrándose en el sonido. Todo puede ser concebido como vivencia estética. Pero lo que más me gusta es la sensualidad de formas y paisajes, como es os hermosos países en los que se inspiran.

Creo que debería tener en cuenta los países para poder compararme desde el punto de vista literario, pero nuestra historia es muy diferente y la cultura europea también. Algunas escritoras amigas tienen una seguridad en sí mismas y en su trabajo que no tengo yo. Pero es su actitud ante la vida igual. Creo que es debido a diferencias culturales. Yo exijo mucho, quizás por mi educación alemana. No es porque no crea en mi trabajo como poeta sino que, si me comparo con los grandes, aun me falta mucho. Yo creo que cada una se juzga en relación  a todo lo bueno que ha leído. Como profesora de literatura y crítica literaria siempre trato de ser ecuánime. Pero también soy exigente para juzgarme. He leído mucho y no me dejo llevar por la pasión. No hay gran elocuencia en mis poemas. Cualquier lector puede acercarse a mi poesía de paisajes marinos o soleadas mesetas, o a las tardes de lluvia. Mis descripciones son sencillas. Mis lectores no deben esperar fogonazos líricos, arrebatos o imágenes perturbadoras.

A veces abunda de soledades, es triste, habla de amores no correspondidos, de la muerte. No hay filigranas líricas, ni metáforas rebuscadas o descripciones sensuales de paisajes. Mi poesía en sencilla.

 

MDC-  ¿Cómo puedes explicarme tu interés por la literatura infantil?

 

CV: Supongo que la influencia del colegio Alemán y su cultura, pues Alemania es la cuna de los hermanos Grimm, los filólogos que recogieron por los pueblos aquellas historias, cuentos  que les contaban las mujeres y que luego, tras el éxito de la publicación, las adaptaron para niños.

Además, mi padre nos regaló a mi hermana y a mí, cuando éramos niñas, dos libros muy gordos (de unos 12 cm de grosor), de pastas gruesas  que eran nuestra pasión. Realmente eran los dos tomos de la Historia y Antología de la Literatura Infantil Iberoamericana, escrita y recopilada por Carmen Bravo Villasante, la primera investigadora de literatura infantil y juvenil de España. Por orden alfabético el tomo I empezaba por autores de Argentina y terminaba en Panamá, con sus cuentos y poemas para niños antologados. Y el tomo II empezaba con Perú y cuando creías que terminaría en Portugal. Se añadía un país más, Filipinas, porque desde que se imprimió “Doctrina Cristiana” en Filipinas, la influencia española se hace sentir también en las lecturas de los tagalos y aparecen mezcladas sus tradiciones porque había autores filipino-españoles. Con esta selección  maravillosa, ambas leímos y conocimos desde niñas lo que representativo de cada país y creo que eso nos ayudó también a la comprensión y admiración por Latinoamérica.

Más adelante, cuando quise realizar mi tesis doctoral sobre la extensa obra de una autora muy conocida de literatura infantil y juvenil británica, me recomendaron que desistiese porque esa literatura no era importante ni interesante para un trabajo de investigación tan relevante. Así que me dediqué a la literatura de humor británica y prometí que cuando llegase el momento, intentaría reivindicar la literatura infantil y juvenil como parte del currículo académico en una licenciatura de Letras. Y así hice asociándome con una colega y amiga alemana para fundar la Asociación Nacional de investigación en Literatura infantil y Juvenil en 1998, con sede en la Universidad de Vigo, España, con el propósito de impulsar estos estudios, dándole categoría universitaria a una materia que considerábamos importante, pues como dijo el escritor inglés Wordsworth, “el niño es el padre del hombre” y lo que lee de niño forma parte de su bagaje cultural de adulto. Impulsamos un espacio de intercambio entre quienes se interesaban por las letras para niños y jóvenes dentro y fuera del mundo académico.

 

MDC- .¿Tendrías un deseo que formular para el mundo y para ti también? 

 

CV: Si claro. Hay varias cosas que me preocupan.

Todos queremos un mundo mejor.  Pero parece que con lo que está sucediendo con el cambio climático hemos iniciado la cuenta atrás y no lo estamos logrando. Tratemos de ahorrar recursos, protejamos el medio ambiente, nuestro entorno natural. Reciclemos. Y lo más importante para la convivencia pacífica: seamos tolerantes.

Esto es un tema que nos concierne a todos.

 

Pero hay otro que me preocupa mucho porque la situación ha empeorado a pesar de la política de defensa hacia la mujer y las campañas de no a la violencia de género. Me pregunto si estos hombres que terminan con la vida de una mujer tienen madre. ¿Acaso no pueden ponerse en el lugar de sus hijos y evitar una tragedia familiar? ¿no es mejor alejarse si el amor se ha terminado? ¿Es tan difícil pensar que dejan a sus hijos sin la madre que les dio la vida?  ¿Qué educación se está dando en los colegios para que estemos volviendo a situaciones más graves que en las décadas anteriores? Es difícil entender la mente de un hombre por eso, a la vez quisiera insistir en la SORORIDAD. 

Me preocupan las relaciones entre mujeres. Debemos unirnos para lograr metas: desde la escuela a la universidad, en el trabajo, el salario, la productividad, la creación artística. Todos estos elementos hacen que compitamos muchísimo por el espacio, por el trabajo, por la amistad de una persona y por ser la mejor mamá y esposa en relación con otras, lo que fomenta la rivalidad. Si la rivalidad la fomentan las estructuras del poder patriarcal, los machistas y los misóginos, entonces es algo negativo. Por eso debemos aprender la nueva ética del apoyo, del respeto y la concordancia para estar mejor en las relaciones con mujeres y sacar provecho. Debemos recordar que somos mujeres y compañeras, no rivales. Nos enfrentamos a dificultades conyugales, laborales, de conciliación familiar que debemos resolver con armonía. Necesitamos desarrollar una gran comprensión, una empatía, ponernos en el lugar de la otra y entenderla, crear mecanismos de convergencia, de sintonía, de sinergia entre las mujeres. Eso es la sororidad. Creo que juntas podremos lograr que no haya más asesinatos de mujeres por el mero hecho de serlo. Si nos lo proponemos, podremos cambiar las estructuras de poder en manos de unos hombres que no respetan, en su mayoría, a las mujeres. Debemos educar a nuestros hijos en la tolerancia y enseñarles a respetar a las mujeres.

 

***

 

Para citar esta entrevista 

 

Maggy de Coster, « Entrevista con Celia Vázquez », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, & N°9 | Fin d'Été « Femmes, Poésie & Peinture », mis en ligne le 20 février 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/entrevista

 


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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 12:55

Lettre n°14|Être féministe |Printemps des poètes|Textes poétiques

 

 

 

 Du courage...

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

​​​​Crédit photo :Pluie sur une toile d'araignée Commons, domaine public.

 

 

Il pleut en moi

 

et le courage,

 

tel un vieux volage, 

 

vacille. 



 

Il pleut en moi,

 

des larmes, des joies

 

des Je ne sais quoi. 



 

Il pleut des hivers, 

 

des étés blancs, 

 

des coccinelles rouges

 

sans leurs petits points noirs. 



 

Il pleut des je ne sais quoi abstraits

 

des étoiles filantes, 

 

des voyages imaginaires

 

des souvenirs en mirage

 

des siècles d'esclavage

 

des noms, des verbes, 

 

et des tas d'inconnues. 



 

Il pleut là-bas, 

 

des histoires fictives

 

des tas de trucs incompréhensibles

 

des oui et des non. 



 

Il pleut tout le temps

 

dans ce corps-support

 

des larmes, de l'eau de mers

 

il pleut et le déluge des mots-larmes continue son chemin au creux du pli de l'existence.



 

Il pleut des poésies

 

des vers en alexandrin

 

des musiques enchanteresses

 

des mélodies sourdes

 

et des rythmes diaboliques. 



 

Il pleut de l'être

 

sans le paraître

 

il pleut de ce soi tant attendu

 

qui ne viendra plus

 

il pleut des fleurs

 

des coquelicots sauvages

 

des perce-neige, 

 

des bleuets des champs vierges, 

 

des territoires magiques, 

 

des tics et des tacs. 



 

Il pleut de Vous et Moi

 

de Tu et Je 

 

il pleut de Nous

 

et la pluie diverse ses flux et reflux de contraintes, 

 

et la pluie charrie avec l'aube se réveillant son lot de tristesses



 

Un cœur pleure 

 

et la pluie tombe, 

 

le monde s'estompe 

 

au gré des gouttes translucides du silence du coeur qui pleure...

 

le violon saigne, 

 

un cœur pleure, 

 

toute sa poésie

 

et sa joie inonde

 

le monde de poèmes ronds. 



 

Le poème est un cri rond, 

 

une gouttelette d'eau, 

 

une larme qui coule

 

et s'enroule sur ton visage 

 

Humanité…

***

 

Pour citer ce poème

Dina Sahyouni, « Du courage... », poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 19 février 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/ducourage

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm
16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 16:10

 

Lettre n° 14 | Annonces diverses

 

 

Actualité de nos

autrices/auteurs,

artistes & 

associations amies

 

 

 

 

 

Élisabeth (écrivaine et artiste peintre) et Mustapha Saha (écrivain et artiste peintre) vous souhaitent une bonne année 2020.
 

© Crédit photo : image fournie par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

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À paraître aux éditions Hémisphères/Maisonneuve & Larose le 14 janvier 2020 le livre intitulé Haïm ZafraniPenseur de la diversité par Mustapha Saha. 

 

 

 

 

 

 

© Crédits photos : affiche et programme de la Biennale des Arts singuliers et innovants

Du 21 février au 21 mars 2020 à Saint-Étienne se déroulera le 7ème Biennale des Arts Singuliers et Innovants.

Vendredi 21 février 18h : lancement de la Biennale, hall de l’Hôtel-de-ville.

Les Semeurs de rêves et Performance Catherine Gil Alcala

Déréliction de l’art : 6 Mars vernissage de l'exposition Catherine Gil Alcala, P. Bouillaguet, V. Stembaum, B. Maurin, L. Molle du 21 février au 21 mars de 13h30 à 19h30 aux 7 collines.

Source de cette information :

Joël Marette, www.editionslamaisonbrulee.fr, voir ici

 

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Parution littéraire :

 

Nosy Kayo (nom de plume de Johanna Treilles) 

Ici, la pluie et le froid sont emaillés des premières fleurs du printemps : les boutons roses des pruniers se disputent le jaune des mimosas et tous ces parfums me font peu à peu oublier les rigueurs de l'hiver. 

Au coin du feu je me suis mise au travail pour créer mon site internet et vous permettre de découvrir, ou de faire découvrir, mon livre : "Dialogue ou l'Initiation de Fée". Il vous suffit de cliquer sur ce lien pour vous aventurer dans mon univers https://www.nosykayo.com/

Pour celles et ceux qui ont déjà lu "Dialogue ou l'Initiation de Fée", n'hésitez pas à m'écrire vos impressions, vos questions ou toute autre remarque. Il s'agit de mon premier livre et les avis de mes lectrices et lecteurs ont une très grande importance à mes yeux.

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L'association "Les poètes de l'Amitié" a un nouveau site : http://poetesdelamitie.blog4ever.com/

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© Crédit photo : image de la première de couverture. 

 

Parution poétique :

Adrienne Rich, "Paroles d'un Monde Difficile. Poèmes 1988 - 2004", traduction de Chantal Bizzini.

Fiche technique

Format : Broché. Prix : 17€

Éditions : La rumeur libre Éditions

Date de parution : 1 octobre 2019

Langue : Français

Dimensions : 14.1 x 1 x 19.2 cm

ISBN-102355771413

ISBN-13978-2355771415

Résumé

Sélection de poèmes d'Adrienne Rich, jamais traduite en France. Une voix lyrique familière, intime, une voix de femme américaine, porteuse de tradition, une voix whitmanienne, transcendantaliste, et gauchissant cette tradition pour l'élargir.

Il y a chez Adrienne Rich une adhérence à la vie. Engagée dans les conflits et la lutte qui se mènent pour aller de l'inconscient au dicible, puis à l'action. Sa poésie, dit-elle, est « une longue conversation avec les aînés et avec le futur ».

 

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Pour citer ces avis


Le Pan Poétique des Muses, « Actualité de nos autrices/auteurs, artistes & associations amies », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 9 janvier 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/avis

 

 

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Cette page est régulièrement mise à jour jusqu'au 31 mars 2020. 

Dernière mise à jour : 16 février 2020.

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm
10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 15:53

 

Lettre n°14 | Être féministe | Articles & témoignages

 

 

 

 

Par voie et voix militantes

(ou la mégalomanie MSP1 à l’œuvre)

 

 

 

Natacha Guiller

 

© Crédit photo : Natacha Guiller (SNG), Carnet bleu des dessins de nuit N° 139-140, 2019. 

 

Dans le cadre de ma formation de médiatrice de santé-pair.e et de la particularité intrinsèque de nos supports d'expression et d'échanges autour de celle-là, j'ai été témoin et participante à des débats numériques au sujet du rôle et des applications propres au statut de médiateur de santé/pairs. J'ai alimenté sinon attisé la discussion et quelques éruptions - aussi la tentative de description des valeurs et missions assignées au MSP  notamment via quelques dessins allusifs postés sur mes espaces personnels2, bien souvent sous le signe de l'humour grinçant, lesquels ont pu susciter des réactions vives et un flux de répliques entre pair.e.s jusqu'à pandémique.

 

Je reviens ici sur la notion de « militantisme » incarné en tant que MSP. Il s'avère pour moi évident que se former à exploiter et transmettre ses savoirs expérientiels dans le cadre d'un parcours de rétablissement en santé mentale au sein de structures d'accompagnement qui ont été les miennes, ne peut retourner d'un acte sinon engagé, indéniablement militant. D'ores et déjà fortement clamé dans ma démarche artistique via une attitude orientée et revendicatrice sur une ribambelle de supports3, toutefois « modérée », mais aussi en tant que femme, personne isolée, en marge du système dans le sens différente et stigmatisée, il s'agit, en intégrant ce poste, d'incarner une mouvance, prenant compte de la précarité et de l'inventivité dont il faudra faire preuve pour tenter, d'une part, de me faire ma place et d'exercer sans trop de bâtons dans les roues mon travail de médiation, d'autre part, d'instaurer progressivement un climat de confiance et d'aisance me permettant de défendre des valeurs et des pratiques humaines, assignée à un contexte pas nécessairement opportun, sans quoi, je ne pense pas pouvoir tenir sur le long terme en poste et en institution.

 

Pour avoir lu et entendu des témoignages de pair.e.s issu.e.s de promotions précédentes, qui, comme moi, voulaient faire basculer des systèmes intolérables au cœur des services en santé mentale, j'ai ostensiblement conscience que je me devrai d'agir, prudente, rusée et patiente, en tant « qu'ex-usagère », sans parcours universitaire en santé reconnu pour l’heure. Le militantisme MSP associé à son histoire vécue m'apparaît crucial, sinon à quoi bon revendiquer une approche neuve basée sur le savoir expérientiel, pour industriellement se faire happer par des collègues et reproduire de l'existant. Nos parcours de vie sont du bricolage de survivant.e.s, empreints de protocoles drastiquement établis et figés. Hyper-créative, je déborde d'idées pour faire évoluer les services de soin, aussi parce que j'y ai passé de nombreuses années enfermée, selon des configurations diverses. Perdurent des systèmes, des failles que je décèle, qui malheureusement résistent et s'appliquent de façon récurrente. Il s'agit de les nommer, perçus comme des méthodologies « normatives » acquises ou non remises en cause, procéder à un éclairage au sein d'équipes parfois en veille passive, afin de parer aux travers révisionnés, d'un angle de vue pluridisciplinaire.

 

Je dois donc susciter un climat de complicité avec mes collègues, aussi avec les patient.e.s, pour distribuer la parole à chacun.e et envisager co-construire ensemble un itinéraire de soin et un environnement adaptés et paisibles. En termes de co-organisation et de co-gestion, j'ai un exemple remarquable de système qui fonctionne selon moi admirablement : Le Clubhouse parisien4, que je fréquente - même si relativement peu, suffisamment pour y repérer le prodige communautaire - où l'énergie et l'efficacité du groupe solidaire fusionnent et opèrent. Pour moi, il s'agit d'une confrérie de rebelles aux personnalités mêlées hyper-puissantes, une intelligence de travail, une « ruche » (d'ailleurs c'est le nom d'un des groupes à l’œuvre in situ) de surcroît non médicalisée. Calquer ce système – affranchi d'une réelle distinction des statuts ou même des taches de chacun.e - en de multiples autres contextes de travail transformerait bien la société dans laquelle nous pataugeons actuellement.

 

Exercer mon travail de MSP en me pensant militante revient à ne pas me laisser influencer ou à me faire ranger dans l'un ou l'autre des camps qui - et c'est malheureux mais comme partout - se dessinent dans les couloirs de l'hôpital. Cela signifie de toujours relativiser des faits pour agir de mon propre chef, avec mes connaissances et expériences. Cela veut dire faire preuve de sagesse, ne pas être mécanisée par l'urgence ou l'émotion, ne pas aller à l'encontre de mes idées par facilité ou du fait de mon statut fragile, par hypocrisie. Je pense que l'écriture, la prise de notes continue sur ce que je vis, la lecture et ma formation en cours sont des ressources complémentaires pour justifier et rendre irrécusable ma mission et mes objectifs, pour m'armer à la négociation et savoir précisément de quoi je parle, relater des situations concrètes, être authentiquement crédible.

 

 

Le militantisme n'a pas lieu qu'en structure fermée, il s'étale dans toute ma vie, dans les scènes du quotidien, je suis une femme, artiste, mon combat est au moins double, je suis une patiente en santé mentale, une rescapée, une lanceuse d'alerte, il quintuple, et puis, à mesure que je m'exprime publiquement et à voix haute, il en va de porter la parole des individus qui ne l'ont pas et qui souffrent, les minorités, les personnes défavorisées, les interné.e.s maltraité.e.s, etc. Au-delà de mon propre engagement, je soutiens et nourris des pair.e.s qui n'ont pas nécessairement les clés et codes pour agir, soit une bombe à retardement d'ustensiles au rétablissement. Je me doute que cette posture sur le terrain pourra m'attirer tout un tas d'ennuis, laquelle a déjà contribué, en 2017, à ce que je n’intègre pas la formation MSP. Mon militantisme et une haine encore bien perceptible des services de soin avaient à l'époque rebuté l'équipe avec laquelle je m’entretenais, la même qui toutefois a retenu ma candidature en 2019, m'embauchant à même l'entretien de recrutement. Comme quoi, j'ai dû apprendre à me contenir et ai progressé dans l’éloquence, le tact, la justesse et la mesure. Je pense aussi que ma tempérance s'est brodée grâce au slam et à la poésie sonore5, que je pratique ces dernières années et qui m'ont permis de retourner au contact des gens.

 

 

Le militantisme, c'est en grande partie se défendre - et les autres - de la stigmatisation très présente en nombre de circonstances. Après, j'imagine que si mes idées font leur chemin au sein d'une équipe de soin, si quelques de mes collègues sont séduit.e.s par de nouvelles formes d'accompagnement que je proposerais, quand bien même iels ont le grade et les moyens pour moduler ce qui végète en l'état en institution, je pense que ma présence peut vraiment apporter quelque chose de bénéfique, - et même après mon départ – aussi se poursuivre, comme on sème des graines partout où la terre y demeure fertile.

 

 

PARALLÈLE

 

 

En regard aux mouvements sociaux récents du côté des femmes maltraitées et/ou abusées par un tiers dans le monde professionnel cinématographique (entre autres) sous le signe du silence, je serais presque tentée d'annoncer qu'au titre de médiatrice de santé-pairs, j'incarne l'Adèle Haenel du terrain de la santé mentale. Mon confort n'est pas tant matériel pour y prétendre mais plus le fruit d'aptitudes croissantes dans l'exercice de l'éloquence native et percutante, du recul et de la lucidité avec lesquels j'appréhende aussi bien mon parcours de malade et de rétablissement que la manière dont j'entrevois les failles et potentielles pistes de « réparation » des structures et protocoles d'accompagnement en santé, dans une énergie collective et transdisciplinaire. Cette aisance se confirme dans la libre expression de l'intime et donc politiquement engagée, en me mettant personnellement à nu comme le cobaye - à peine sacrifié - et exemple pour amorcer l'énonciation de problèmes et les clés que je pense détenir pour les résoudre, grâce notamment à des pratiques artistiques à impact réel sur ma santé, mon environnement, mon cercle de proches, dans l'espace numérique, aussi à fort pouvoir communicationnel et cosmopolite. Je m'engage donc à poursuivre la dérobe de cette parole, au nom et condition de pair.e.s en retrait ou dans l'impossibilité, afin de porter le projet qui nous unit vers l'objectif commun d'une société plus humaine et solidaire, qui appréhende plus équitablement ses citoyen.e.s et veille à leur bonne santé et qualité de vie au long cours.

SNG

Notes

 

1Médiatrice de santé-pair.e, présentation de la formation :

http://www.ccomssantementalelillefrance.org/?q=programme-%C2%AB%C2%A0m%C3%A9diateur-de-sant%C3%A9pair%C2%A0%C2%BB 

2Essen-g Sng (Natacha Guiller) : https://www.facebook.com/esseng.sng.7

3Le blog Essen-g : https://essen-g.blogspot.com/p/mediateur-de-santepairs.html 

[4Le Clubhouse Paris : 

https://www.clubhousefrance.org/clubhouse-paris/clubhouse-paris/ 

5SNG, Poésie-Performance : 

https://archives-sng.blogspot.com/p/video-performance.html 

 

***

 

Pour citer ce témoignage 

Natacha Guiller, « Par voie et voix militantes (ou la mégalomanie msp à l’œuvre) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 10 février 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/voie

 

 

Page publiée par le rédacteur David Simon

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