22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 11:47

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2-1 | Dossier & Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | Entretiens artistiques, poétiques & féministes

 

 

 

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Rencontre avec l’artiste &

 

 

l’intellectuelle Hanen Allouch

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

Peintures & Poème de

 

Hanen Allouch

 

 

 

 

Biographie de Hanen ALLOUCH

 

Est docteure en littérature comparée de l’Université de Montréal (2019), avec une thèse sur les problèmes du biopouvoir dans les représentations littéraires et filmiques du milieu éducatif. Elle est également docteure en littérature française du XXe siècle de l’Université de la Manouba (Tunisie) et l’auteure d’une thèse sur l’écriture de l’empêchement dans l’œuvre de Louis-René des Forêts (2016). Elle s’intéresse aux théories biopolitiques, aux travaux sur la décolonisation, à la philosophie de l’éducation, au cinéma arabe, à la francophonie comparée et à la création littéraire et artistique italienne.

 

Elle a participé à diverses manifestations scientifiques internationales et elle a publié de nombreux articles au Canada, en Tunisie, en France, aux États-Unis et en Espagne. Elle a remporté de nombreux prix dont le prix Bobi Bazlen en études culturelles italiennes comparées.

 

Par ailleurs, elle est aussi ingénieure culturelle de l’Université Bordeaux-Montaigne (2014) et elle est la créatrice d’une œuvre picturale qui traduit la passion des couleurs et des formes. Peinture à l’huile, acrylique, aquarelle et collage tracent les contours d’un parcours artistique radical et atypique.

 

Liens utiles : 

 

https://www.linkedin.com/in/hanen-allouch-19803779/

https://umontreal.academia.edu/HanenAllouch?from_navbar=true

https://www.artcollector-saint-mitre13.fr/447904453

Entretien

 

 

1. Hanen MarouaniBonjour Hanen Allouch, ravie de vous avoir parmi nous dans ma série d'entretiens pour les revues féministes Le Pan Poétique des Muses et Orientales qui a pour objectif principal de présenter des parcours « atypiques » et inspirants de jeunes femmes tunisiennes aux talents multiples autour du monde et je suis fière de vous dire que vous en êtes une. Qu’est-ce qu’on peut dire encore sur vous pour mieux vous présenter au lectorat ?

 

 

Hanen ALLOUCH – Merci pour votre invitation et pour cet espace virtuel que vous consacrez aux jeunes femmes tunisiennes. Je trouve que c’est extrêmement important de valoriser la recherche et la création au féminin dans un contexte tunisien en continuelle mutation.

Je ne sais pas si je dois me présenter à travers mes écrits ou bien si je dois plutôt dire d’où je viens, où je vis. C’est drôle de devoir se présenter aux lecteurs à travers des dates et des localisations géographiques. On va dire que je viens de Sfax, que je vis à Montréal et que je suis née en 1983. Je le dis en passant mais au fond je sais que cela ne dit rien de moi. Qu’est-ce que la chronologie ou l’espace disent-ils de moi ? Je n’ai pas choisi de venir de Sfax mais cela a façonné ma personnalité et c’est une appartenance dont je suis fière, non pas par chauvinisme mais par espoir. J’ai choisi de m’établir à Montréal ou c’est plutôt un concours de circonstances qui a fait que Montréal se présente comme un choix d’avenir. Pour mieux me présenter au lectorat, je pourrais parler de mes écrits, mais c’est toujours mieux de l'inviter à les lire. Je peux aussi énumérer mes diplômes et réciter quelques pages de mon CV sans que cela me présente réellement. (Rire) Dans quelle mesure je suis ce que je réussis à faire ? Ne suis-je pas mes échecs aussi ? Je pourrais aussi me présenter à travers mon œuvre picturale mais un tableau créé à un moment donné peut-il réellement être représentatif de ce que je suis capable de créer et de mon rapport à la création artistique en général ? Peut-être qu’au cours de cet entretien nous aurons l’occasion de nous connaître mieux et qu’aborder certains points susciterait chez le public une certaine curiosité qui les amènerait à s’intéresser à mes écrits et à mes tableaux.

 

© Crédit photo : L’artiste Hanen Allouch entourée de ses œuvres (Atelier de l’artiste Wissem Abdelmoula, décembre 2020, Sfax). 


 

 

 

2. H.M.À ma connaissance aussi, vous êtes la première ou la seule tunisienne doublement docteure en études littéraires. En quoi cela est-il important pour inspirer d’autres jeunes femmes de votre communauté ou des prochaines générations ?


 

H.A. – La double diplômation est une longue histoire. J’ai deux mastères et deux doctorats et le tout a été fait en un temps record. Cela m’a pris le temps d’un seul parcours alors que j’en ai fait deux. C’était un défi que je me suis lancée pour avoir une vie après la vie. Je voulais m’essayer sous d’autres cieux afin de mieux apprendre sur moi-même et sur ce que je désire vivre réellement. J’avoue que le fait d’étudier durant toutes ces années à un rythme très soutenu m’a empêchée de jouir d’un temps libre que j’aurais pu consacrer à la création littéraire ou artistique. Étudier, est, selon moi, une seconde chance. Quand on vient d’une société conservatrice, quand on n’est pas encouragée en tant que femme à apprendre et à faire carrière, quand on nous répète sans cesse à quel point nos corps posent problème, l’éducation devient l’unique issue possible. Habib Bourguiba, le premier président de la République tunisienne, l’avait bien compris et une grande partie de la société tunisienne aussi. Heureusement ! Nous savons que la discrimination à l’égard des femmes est une réalité mondiale, ceci n’est pas le propre des pays arabes. Une femme, partout dans le monde, est sous-payée, a moins de chances d’occuper des postes de responsabilité, et si elle y arrive, elle doit continuellement prouver qu’elle en vaut la peine et qu’elle mérite d’être écoutée.

Certains vont penser que je me contredis mais je vais quand-même préciser que les diplômes ne sont pas tout dans la vie et qu’il faut aussi avoir les compétences et le savoir-faire qui les accompagnent et qui les valorisent. Il faut être une femme de terrain et savoir s’intégrer dans le monde du travail. Aux jeunes femmes de ma communauté, je dis : « Ne baissez jamais les bras, vous êtes capables de réussir, malgré ceux qui veulent vous prouver le contraire. Suivez vos rêves. Ne regrettez pas de naviguer à contre-courant. Soyez vous-mêmes et battez-vous pour réussir. »

 

3. H.M. – Quand on laisse tout tomber et on décide de recommencer à zéro, on prend un bon ou un mauvais chemin d’après votre expérience d’immigration ? Comment vous l’avez vécue ?

 

H.A. – Recommencer à zéro a vraiment été mon cas. J’ai laissé derrière moi un poste où j’étais enseignante titulaire, la sécurité de l’emploi et le petit confort financier auxquels rêvaient beaucoup de jeunes. J’ai réussi le concours de recrutement de l’enseignement secondaire à l’âge de 23 ans et cette année-là nous étions 10 nouveaux enseignants pour toute la Tunisie. En tant qu’expérience, l’immigration n’est jamais un mauvais chemin, elle nous apprend énormément sur nous-mêmes, sur les sociétés que nous quittons et sur notre nouvel environnement. C’est une fenêtre qui s’ouvre sur un nouveau champ. Des fois, on mesure la réussite d’une immigration aux diplômes accumulés ou aux gains financiers. Il y a toujours à la fois cette image attendrissante et ridicule du retour de l’enfant prodige. La valise remplie de cadeaux, le titre universitaire qu’il vient d’obtenir, le compte en banque, la voiture importée, etc. Sortir de la pauvreté, prouver que le départ en valait la peine, que les sacrifices aient rapporté leurs fruits. C’est une vision limitée, un cadre sans profondeur.

Immigrer c’est redevenir soi-même sous d’autres cieux, c’est grandir, des fois vieillir, apprendre. Au début, j’ai très mal vécu le départ. Je ne voulais pas rester en Tunisie à cause d’un quotidien qui était devenu étouffant et en même temps je ne savais pas où j’allais et je n’étais pas totalement prête à « recommencer à zéro ». Le problème c’est aussi qu’on ne recommence jamais à zéro, on recommence toujours à partir de quelque chose qui est en même temps une perte et un espoir, un deuil et une renaissance. J’étais en maîtrise totale de mon environnement tunisien. Sortie très tôt au marché du travail et assumant de nombreuses responsabilités dès mon jeune âge, j’avais une expérience considérable de la vie en Tunisie. Le fait d’être une fille unique, de grandir dans des conditions familiales assez particulières qui m’obligeaient à assumer de nombreuses responsabilités, tout cela a forgé très tôt ma personnalité. Et quand je me suis retrouvée à l’étranger, sans repères, sans sécurités, sans tout ce que j’avais construit en Tunisie, je l’ai vécu très mal. Je me suis réfugiée dans les études. L’immigration est aussi un révélateur, un miroir tendu qui nous fait paraître sous une nouvelle lumière, à travers de nouveaux prismes. Je me souviens d’une amie d’enfance qui disait à nos amis communs, « Hanen même en Amérique, elle serait capable de secouer des convictions ». Je suis en Amérique du Nord et des fois l’on me dit que mes idées choquent. Que faire ? Je ne peux qu’être fidèle à moi-même. Ma vie au Canada m’offre l’opportunité d’intégrer une société où la diversité est une richesse et en même temps un combat vers l’intégration. Je dis bien intégration et non pas assimilation, car il faudrait réconcilier l’identité et l’appartenance. Comment faire partie de son nouveau monde sans jamais avoir renoncé à l’ancien ? Comment ne pas être assise entre deux chaises ? En fait, l’expérience de l’immigration nous apprend à poser de nombreuses questions auxquelles seul le vécu d’une personne migrante peut répondre.


 

 

 

© Crédit photo : Un panorama de quelques œuvres picturales de l’artiste Hanen Allouch. 

 


 

4. H.M. – Voyager entre la recherche scientifique, les arts, la poésie et l’engagement dans la société civile, à quel point tout cela fait bel et bien votre différence surtout quand toute l’appartenance culturelle indique et même oblige l’orientation vers le sens unique ?

 

H.A. – Je ne fais pas partie des gens qui croient à l’existence d’une seule voie. Dès mon adolescence, j’ai ressenti le besoin de créer pour extérioriser mes émotions et pour repenser la société. J’étais une adolescente rebelle et je ne comprenais pas toutes les difficultés qui se rapportaient à mon identité et à ma condition de femme en devenir. Je cherchais une forme de liberté. Très jeune, j’ai écrit de la poésie en arabe puis j’ai très vite commencé à écrire en français. Après un baccalauréat en économie et gestion qui m’a valu un prix d’excellence, j’ai choisi d’entamer des études en langue, littérature et civilisation françaises. J’ai suivi mon cœur qui m’a dit de choisir ce que j’aime. On fait toujours un bon choix quand on choisit ce qui nous passionne. La peinture est venue beaucoup plus tard comme mode de création « alternatif ». Pendant la pandémie, j’avais cessé d’écrire. J’ai vécu la pandémie dans des circonstances assez particulières. Vivant au Canada depuis 2014, en février 2020, je décide de partir en vacances en Tunisie, et au lieu d’y passer un mois comme prévu, j’y passe toute l’année. Après la fermeture des frontières, j’ai pu continuer à enseigner à distance dans mon établissement canadien et, à cause du décalage horaire, j’enseignais à des horaires pas possibles, de 23h30 à 2h30 du matin. Quand j’avais besoin d’une respiration, je me mettais face à une toile. Dessiner et peindre m’ont permis de m’exprimer autrement et de créer un espace où il fait bon vivre. Je ne trouvais plus les mots pour dire la pandémie et le silence dans lequel j’étais enfermée pendant le confinement et la fermeture des frontières. Cela a commencé spontanément. Un jour, je me suis arrêtée et j’ai acheté des toiles et des pinceaux. Mon appartement à Sfax est situé à la Cité Jardins, c’est-à-dire dans le quartier de l’École des Beaux-Arts et mon oncle maternel, feu Khalil Aloulou, artiste et universitaire, est l’un des fondateurs de cette école prestigieuse. D’ailleurs, la galerie municipale de Sfax porte son nom, en hommage à ce qu’il a apporté à la scène artistique locale. Sans doute, mon expérience picturale a été motivée par cet héritage familial mais aussi par un besoin de m’exprimer autrement qu’en passant par les mots.


 

5. H.M.- Qu’est-ce qui a changé en vous en renouant avec les mots, les pinceaux et les couleurs ? La création artistique et poétique a-t-elle la possibilité de créer une relation plus libre avec soi ou avec les autres ? Permet-elle vraiment de trouver la paix ? Des mots et des tableaux pour raconter quoi au juste : la peur, l’horreur ou l’attente du bonheur ?

 

H.A.- Il s’agit moins d’un changement que d’une extériorisation de ce qui n’a pas été exprimé jusque-là. Le non-dit, le tabou et le trauma trouvent bien leur place dans le monde de la création. D’ailleurs, heureusement que cet univers est possible. Des fois, c’est seulement cela qui rend le monde vivable. Il ne faut pas croire que je crée dans la souffrance, au contraire, c’est une grande joie, une euphorie de voir naître des mondes possibles et insoupçonnés.

L’émerveillement est toujours le même, une infinité de premières fois. C’est assez extraordinaire mais il y a une correspondance étonnante entre mes poèmes et mes tableaux sans que cela ne soit voulu, on pourrait parler de synesthésie et d’une expérience poly-sensorielle et émotionnelle qui revient sous plusieurs formes d’où le projet d’un recueil de poèmes et de peintures sur lequel je suis en train de travailler.

 

6. H.M. – Merci de partager avec nous cette belle nouvelle ! On aura donc l’occasion de célébrer la sortie de votre premier recueil de poésie très prochainement. Peut-on vous qualifier par une rescapée en quête de vérité ou d’identité ?

 

H.A. – Nous sommes tous les rescapés de quelques événements individuels ou collectifs, nous sommes aussi de perpétuels rescapés de la menace de mort dans un sens psychanalytique, je crois que la création se constitue entre les deux pulsions contradictoires de vie et de mort. Quant à la vérité et à l’identité ce sont des quêtes personnelles qu’on choisit ou qui nous choisissent quand on a une histoire personnelle assez particulière marquée par les métissages et les voyages intérieurs et géographiques. Je pense que chacun puise dans son patrimoine à sa façon, afin de se constituer des filiations et de transmettre ce qu’il a appris sur lui-même et sur les autres et c’est peut-être cela qui justifie la création, plus que les nombrilismes identitaires qui hiérarchisent les diversités. Mon métier d’enseignante que j’exerce depuis 2007 et qui m’a permis de travailler avec des élèves et des étudiants de tous les âges et sur trois continents, de l’école maternelle jusqu’à l’université, ce beau métier que j’ai choisi et qui était aussi le métier de mon père, m’a beaucoup appris sur la valeur de la transmission, il n’y a que cela de vrai, l’avenir, une destination qui permet à de futures générations de mieux se construire une fois bien outillées. Je crois que notre rôle en tant qu’artistes et intellectuels n’est pas de nous exposer comme des sources intarissables du savoir et de la création, c’est surtout partager et transmettre le peu que nous pensons maîtriser.


 

7. H.M. – La femme et la liberté de l’émotion dominent vos tableaux ! Oui ou non ?

 

H.A. – Tout à fait ! Sans le vouloir et sans le préméditer, la femme constitue un lieu commun de ma création picturale. La liberté de l’émotion ou la liberté tout court me préoccupent en tant qu’artiste. J’ai grandi dans une famille matriarcale où les femmes assument beaucoup de responsabilités : dès mon jeune âge, j’ai vu ma mère et mes tantes se battent sur différents fronts pour défendre leurs droits en tant que femmes. La Tunisie est sans doute l’un des pays arabes où les femmes sont les plus émancipées, peut-être même LE pays arabe où elles ont le plus de libertés, mais ce n’est pas suffisant. Même dans les pays où les lois et les pratiques semblent protéger les femmes des moindres abus, il reste toujours du travail à faire sur terrain. Disons que la femme est héritière d’un combat et qu’elle n’est nullement privilégiée par une humanité dont l’Histoire fait se succéder des exploits masculins en occultant l’Histoire des idées et des combats politiques des figures féminines. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies qu’il a été envisagé de revisiter cette Histoire exclusivement masculine afin de la réécrire et de remédier aux omissions volontaires. Dans mes tableaux, je défends l’idée de la pluralité et de la diversité des féminités. J’aimerais beaucoup que le grand public puisse se réconcilier avec la multitude des perspectives selon lesquelles une femme aimerait être vue, loin des stéréotypes relatifs à l’unicité du beau.


 

8. H.M. – Hanen Allouch, derrière vos écrits et derrière votre engagement féministe et artistique, est-ce qu’on peut lire votre « regard » ou votre propre histoire ?

 

H.A. –  En réalité, mes écrits et mes tableaux dépassent les limites de l’autobiographie et de l’autoportrait. Mon regard est certainement présent autant qu’une vision de mon vécu mais ce n’est pas limité à cela. Je vois l’expérience de création comme une libération des contraintes du moi et comme une quête d’altérité et de diversité. Pour moi, créer implique surtout la générosité du partage. On pourrait aller vers le débat barthésien de la mort de l’auteur en tant que figure dominante, mais pour dire les choses brièvement, en ce qui me concerne, je ne suis pas le sujet principal de mes propres créations. Je suis une personne extrêmement curieuse qui aime lire et découvrir tout ce qui l’entoure et je pense que cela se retrouve dans ma création littéraire et artistique. Je m’intéresse aussi aux échos de ce que je crée, c’est-à-dire à la réception de l’œuvre en tant que rencontre entre des diversités.

 


 

 

© Crédit photo : Rêve canado-italien, Hanen Allouch, technique mixte, 50 X 40.

 

 


 

9. H.M. – Quels sont vos nouveaux horizons en Tunisie, au Canada ou ailleurs ? Et avant de vous laisser en paix, pouvez-vous, s’il vous plaît, nous toucher quelques mots sur vos futurs projets ou rendez-vous pour les partager avec nos lecteurs ? Et merci infiniment pour la richesse et pour la qualité de nos échanges. Vous êtes une très belle découverte et on vous laisse la liberté de nous proposer un délicieux dessert poétique de votre choix pour notre mot de la fin !


 

H.A.- C’est moi qui vous remercie pour l’invitation et pour votre intérêt à l’égard de mon modeste parcours. J’attends de futures parutions qui sont un recueil de poèmes, une fiction et une traduction de l’arabe vers le français. J’espère que j’aurai le plaisir de vous en parler davantage quand les trois livres seront sur le marché.

Pour finir en beauté, j’aimerais vous partager mon poème « Voyage, mon ami ! » primé en France dans le cadre du concours international de poésie Louis Brauquier.



 

Voyage, mon ami !


 

Voyage, mon ami, avec la poésie

Écris mille mots aguerris

Tel un soldat des rimes

En éternelle bataille

Sur le front de la mémoire et de l’oubli

Voyage avec le vent

Tombe comme une feuille d’automne

Vole du creux de la main

Comme une graine qui germe

Décolle des paysages

Et atterris sur le visage du voyageur ébloui

Voyage tel un citoyen du monde

Sûr de lui-même et respecté

Sourire aux lèvres

Passeport tamponné

Et valise à récupérer

Après un bel accueil frontalier

Voyage tel un migrant clandestin

Sur une barque vouée à se noyer

Sans commandant ni capitaine

Rescapé, la peur au ventre

Et la prison à l’arrivée

Voyage sans oublier

Là où tu vas et là où tu aimerais aller

Sans t’attarder sur les accidents

Tel un chevalier surmonte les jalons

Et cours de l’avant, cours vers ta quiétude retrouvée

Voyage ici et ailleurs

Dans les traditions ancestrales et vers l’horizon inconnu

Sois attentif à la nature

Écoute la prière de l’univers, les montagnes et les volcans

Ils te souffleront des réponses tant attendues

Voyage à tes risques et sans t’arrêter

Et ne meurs pas avant d’avoir pensé

À ton tombeau et à là où tu aimerais être enterré

À ta mère, à ta nourrice

Et surtout à ton frère l’étranger

Voyage sans bouger

Aime la vie, ses parfums et ses images

Le goût de ton café, la fleur d’oranger

Ton rêve, tes amours, tes écrits

Tes doutes, tes certitudes

Et tes danses déchaînées

Voyage avec ton amant

Embrasse l’océan

Traverse la méditerranée

Et le désert oublié

Mais n’arrive jamais à destination.

Je te laisse ce testament :

« Voyage mais reste enfant ! »


 

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Pour citer ces illustrations, entrevue & poème inédits 

 

Hanen Marouani, « Rencontre avec l’artiste et l’intellectuelle Hanen Allouch » illustrations par Hanen Allouch, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 22 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/hm-entretienavechanenallouch

 

 

 

Mise en page par Aude

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia REVUE ORIENTALES O-no2 Amour en poésie Voyages
21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 17:01

 

Événements poétiques | Recueil numérique du festival « Le Printemps des Poètes » | Poésie contemporaine

 

 

 

 

 

 

 

L'éphèmère est le secret d'une vie

 

 

 

 

 

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Hanen Marouani

 

 

 

 

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Crédit photo : Salt marshes of Arzew, Surface crystallized salt, image capturée de Wikimedia, domaine public. 

 

 

 

Chacune de ces vagues ne sera plus l’enfant de cette mer de sel en bataille ;

Elle traîne vers le sable qui séduit, vers l’horizon qui hurle puis se tait et se réduit ; j’ai bâti une maison comme un nid

Chacune de ces graines dorées est palpitante de désir, elle attend son arrivée pour l’embrasser discrètement et l’absorber furtivement, mais elle fuit et là-bas elle finit Loin de ce monde, elle compte même la dévorer comme une proie tant désirée et préfère garder la bouche entrouverte ou bée, après !

Ce matin, son voyage a commencé, fuyant la chaîne de tout est relié pour vivre l’unique ivresse de l’instantané qui retentit de très loin.

L’aventure des débuts refuse de revoir la survie, de suivre le combat contre la vie chaque nuit !

Ses longueurs et ses somnolences sont fugitives et craintives contre vents et marées

Et au fond de chaque envie cachée, on n’entend que les cris emmitouflés, que les bruits ennuyés

Mais il arrive ce moment mystique où on n’entend plus rien sauf les échos et les écumes

Elle; flottante, scintillante, ardente sur le dos des bulles effervescentes ;

Ça monte, ça descend, ça apparait, ça réapparaît, ça transparait mais enfin ça disparait

Ses notes mélodieuses rappellent l’appartenance condamnée par l’errance ;

Elle apprend prudemment les premiers pas au goût mentholé ;  

Elle essaie de gagner la confiance en toute prudence figée ;  

Comment va-t-elle arriver ? Comment va-t-elle pouvoir finir cette longue danse ?

Est-ce vers l’infini qu’elle compte aller, si hésitante si méfiante ?

Ou simplement le rêve de transformer chaque instant en éternité  

Qui empêche de voir le ciel incliné devant l’ambition de l’immortalité ?  

 

 

 

Crédit photo : Salt workers of Marakkanam, image capturée de Wikimedia, domaine public. 

 

 

Et puis, cette douleur d’attendre, d’être dans le besoin, dans l’urgence de se mettre face à face à ce rien, fait peur ;

Les vagues se serrent mais leur trait éphémère est un sort qui tremble sur le quai des bords

Leur appellation pleine d’espoir comme un talisman devient leur seul trésor

Elles ne résistent pas au temps, elles partent en quelques éclats, elles meurent au fond profond ;

C’est vrai que le rêve prend de l’ampleur ; mais il fallait bien reconnaître son début, son cours, ses limites, puis la fin d’un souvenir enfoui ;

Quelques instants, quelques espérances, ça fait du bien mais rien n’est sûr ! Rien n’est certain tellement c’est dur ! Rien !

Ici ou là, ici ou ailleurs, la mer, le ciel et la terre  

Venez chercher avez nous des prières célestes qui nous rapprochent des rivages, qui nous libèrent des cages


 

Plus loin, à moitié endormi, à moitié nu, d’autres vagues naissent puis disparaissent ;

Les forces des débuts sont fragilisées et les efforts sont fatigués devant le cycle éphémère  

Après de longs combats sévères menés et rejetés pour résister on se laisse faire


 

On est ébloui et ébahi face à ce spectacle à rebondir, on sort la tête de l’eau avec une nette insistance

Tout s’en va même ceux qu’on croit les plus fidèles et les plus forts !  


 

L’amour ne dure qu’un instant !  

Un instant est une fenêtre sur la vie !  

Évitons de le fuir  

Évitons de l’attendre

Évitons de le ralentir

Évitons de ne pas le sentir

Évitons de ne pas sourire  

Les promesses et les caresses se multiplient   

Il faut juste y croire et toujours dire à chacun des instants retenus : tu nous aides à vivre, tu nous enivres. Tu es la preuve d’exister et la sensation d’un secret.

Tu es vivant

Tu es conscient

Tu es insistant

Tu es éphémère tout le temps.

 

Sfax le 02.01.2022,

© H. Marouani


 

 

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Pour citer ce poème inédit

 

Hanen Marouani​, « L'éphèmère est le secret d'une vie », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 21 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ephemere/hm-ephemere

 

 

 

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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 10:45

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La mer & l’éphémère

 

 

chez Bénédicte Bach

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Illustrations par l'artiste

 

Bénédicte Bach

 

Site officiel :

www.benedictebach.eu

 

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "Nereides lacrimae", figure no 1 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

 

Si l’on en croit la psychanalyse, le patronyme serait un signifiant déterminant à partir duquel chacun construirait son identité et tracerait son chemin de vie.

Aussi, aucune surprise de découvrir que la quête artistique de Bénédicte Bach a partie liée avec l’eau puisque « bach » en allemand se traduit par cours d’eau ou ruisseau. Quant à la musicalité indéniable des œuvres de l’artiste, il suffit de songer à la famille de Jean-Sébastien Bach composée de très nombreux musiciens et dont il fut le premier en titre !

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "Waterdrop", figure no 2 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

Bénédicte Bach poursuit un cheminement poétique et onirique qui l’amène,  selon ses dires, « à remonter le cours de l’eau jusqu’à la dernière goutte ».

Dans son exposition présentée à Strasbourg à la galerie « La Pierre large » et qu’elle intitule « Le rêve est l’aquarium de la nuit », ses photographies nous immergent d’emblée dans l’élément premier jusqu’aux profondeurs obscures où sont enfouis nos mythes et nos fantasmes fondateurs.

L’artiste plasticienne est à l’écoute du vagissement de l’eau, elle s’abandonne corps et âme à une rêverie contemplative qui l’entraîne dans des abysses à la fois proches et lointaines où elle n’a de cesse de capter « la complainte des vagues » qui « portent en elles les larmes des sirènes ».

Loin de s’enchaîner comme Ulysse, Bénédicte Bach répond à l’appel plaintif des sirènes et ses images se fondent dans l’éblouissement d’une écriture à la fois liquide et musicale.

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "La dernière pluie", figure no 3 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

 

Ces larmes qui sont autant de notes de musique, la plasticienne nous les restitue dans une installation où des gouttes de résine bleues et vertes, suspendues à de longs filaments, oscillent au-dessus d’un miroir circulaire qui devient un puits sans fond...Notre conscience s’y perd, s’y noie, prise dans le filet d’un rêve hypnotique. Nous retournons dans l’eau foetale de la mer-mère, bercés par le roulis des images de vagues qui déroulent l’infini où notre origine et notre finitude confinent. « Le linceul des rêves » ainsi nommé par l’artiste est cette blanche écume ourlée de fine dentelle qui nous renvoie inéluctablement à ces limbes de la mémoire qui se défont  et se noient dans les abîmes de notre inconscient….

 

 

Bénédicte Bach possède l’art d’abolir le temps, elle découpe dans l’instant éphémère, des fragments d’éternité dont la luminescence radieuse et éminemment poétique réenchante le regard.

Sa vidéo sonore en couleur « Waterdrop » évoque « l’évanescence du temps », le temps s’égoutte « écho lointain d’un océan rêvé », l’essence d’un tout dans un tout petit rien », écrit l’artiste.

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "L'empreinte des vagues", figure no 4 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

Nul doute que la quête intemporelle de Bénédicte Bach fait écho à celle d’Arthur Rimbaud qui l’illustre dans « Le bateau ivre » par ces vers magnifiques « Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème / De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, / Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême / Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; »*

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "Le linceul de nos rêves", figure no 5 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

 

Et la plasticienne de nouer et dénouer dans ses œuvres, la trame d’un long poème où l’ombre et la lumière dansent à la crête des vagues depuis la nuit des temps. Dans « Carnage », Audiberti fait fusionner l’eau qui reflète le ciel et qui devient cet « azur liquide » que Bénédicte Bach a su incontestablement capter dans ce temps immobile où l’âme de la rêveuse a jeté l’ancre.

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, "Affichette de la lecture à la Galerie La pierre large", figure no 6 de l'exposition « Le rêve est l’aquarium de la nuit », Strasbourg à la galerie « La Pierre large ».

 

 

 

 

© F. Urban-Menninger

 

 

* Voir Rimbaud, Œuvres complètes, Établissement du texte, présentation, notices, notes, chronologie et bibliographie Jean-Luc STEINMETZ, Paris, Éditions GF Flammarion, 2010, pp. 130-133, p. 130, §/quatrain n°24.

 

***


Pour citer cet article inédit 

 

Françoise Urban-Menninger​, « La mer & l’éphémère chez Bénédicte Bach », illustrations par Bénédicte Bach, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 19 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ephemere/fum-ephemerebenedictebach

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans RECUEIL NO5 Amour en poésie Nature en poésie
17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 18:19


Événements poétiques | Stopper la guerre en Ukraine... | Témoignages & Évenements poétiques | Festival Megalesia 2022 | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

​​​​​

 

 

 

 

Alain Krivine (1941-2022) au paradis

 

des Soixante-huitards

 

 

 

 

 

 

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, "Alain Krivine", Portrait photographique. 

 

 

 

Paris. Samedi, 12 mars 2020. Alain Krivine est mort à l'âge de 80 ans. Il était originaire de l'actuelle Ukraine. Famille de médecins et d'intellectuels juifs expatriés à la fin du dix-neuvième siècle. Nous nous retrouvions périodiquement dans les grandes luttes. Il m’accueillait toujours comme un frère. Il était indéfectiblement révolutionnaire, définitivement communiste. Il connaissait les fissures de la pensée trotskiste, il ne cherchait pas à les colmater. Suprême malice, intituler ses mémoires, Ça te passera avec l’âge, éditions Flammarion, 2006, pour le plaisir de prendre l’intitulé à contre-pied. Il était l’un des principaux acteurs de Mai 68, un tacticien du moment présent. Il avait compris l’efficiente fonction  de la spontanéité, la déroutante imprévisibilité, l’impactante flexibilité, la déconcertante inventivité, l’exaltante créativité. Au fil des années, beaucoup de soixante-huitards manquaient à l’appel, morts physiquement ou morts politiquement, débauchés par le néolibéralisme. Je me sentais orphelin. Il se sentait le devoir de passer le flambeau aux générations suivantes. 

 

 

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, "Alain Krivine & Henri Weber en Mai 68". 

 

 

Ils sont  partis, les trois principaux dirigeants de la Jeunesse Communiste révolutionnaire (JCR), de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR).  Ce qui liait ces trois destinées,  l’arrachement à la terre des ancêtres, l’exode, l’errance, les tournait inexorablement vers l’avenir. Inutile de s’accrocher désespérément aux racines pulvérisées. La société française n’a pas compris qu’ils étaient porteurs de nouveaux horizons, de nouvelles promesses. J’ai revu régulièrement, ces dernières années, le sénateur Henri Weber, fils d’horlogers juifs polonais exilés pendant le nazisme, intelligence exceptionnelle, surdiplômée, stérilisée par le Parti socialiste, officiellement décédé du covid en 2020, à l’âge de 75 ans.

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha, "Alain Krivine et Daniel Bensaïd en Mai 68".

 

 

 

 

Le philosophe Daniel Bensaïd, fils d’un juif oranais, animateur du Mouvement du 22 Mars, fauché par un cancer à l’âge de 63 ans après avoir enduré le sida pendant vingt ans. Daniel Bensaïd, dépollueur des théories marxistes de leurs interprétations finalistes. Daniel Bensaïd, fidèle jusqu’au bout au communisme génératif d’une société transversale,  restitue les écrits marxistes leur fraîcheur philosophique, leur pérennité pratique. Retour à l’impératif prérequis, le dépérissement des dominations pyramidales, des falsifications bureaucratiques, des manipulations technocratiques, sans subrogations, sans substitutions. La grande hantise de la bourgeoise, de la ploutocratie capitaliste, la subversion des classes, le spectre du communisme.  « Un siècle et demi après cette proclamation inaugurale du Manifeste communiste, le spectre paraît s’être évanoui dans les décombres du socialisme réellement inexistant. Fin de l’histoire ? Les fins n’en finissent pas de finir. L’histoire se rebiffe. Son cadavre reprend des couleurs. Les fantômes s’agitent. Les revenants s’obstinent à troubler la quiétude de l’ordre ordinaire »  (Daniel Bensaïd, Le Sourire du spectre. Nouvel esprit du communisme, éditions Michalon, 2000).

 

L’histoire a perdu sa surface narrative, reconstitutive, dramaturgique, déchiffrable, intelligible, romantique, glorification des conquêtes, légendairisation des triomphateurs, mythification des civilisateurs, des destructeurs de diversités, d’altérités, de singularités. L’histoire qui s’accomplissait en tragédie, se reproduit en parodie (Karl Marx), en mascarade, en simulacre. Les golems politiques simulent la gouvernance. Les homoncules révolutionnaires feintent la rébellion. La culture se révoque. Les mots se vident de leur sens et leur sapience dans le manichéisme alphanumérique. La pensée abdique.  L’histoire n’a plus de lexique, de sémantique, de sémiotique pour dire ce qu’elle est. Elle n’est plus inscrite dans les déterminations économiques et sociales. Les instances régissant le monde s’entretissent, s’entremêler, s’embrouillent, se contrecarrent, se discréditent, se renient, se résilient, s’engloutissent dans l’insignifiance. La crise covidaire et la guerre d’Ukraine en sont des illustrations cauchemardesques. « L'époque, hors de ses gonds, connaît une transformation des procédures guerrières. Elle voit naître une nouvelle figure de l'étranger. Elle s'égare devant l'énigme géopolitique de l’humanité européenne. Agir au plus près de ce monde nouveau, sans les garanties illusoires de la providence divine, de l'histoire universelle, de l’omnipuissance scientifique, exige un sens profane de la responsabilité  éthique. Aux certitudes de la foi et de la raison succèdent les incertitudes du parieur mélancolique, compagnon de jeu de Pascal et de Mallarmé. Car, il est mélancolique et pourtant nécessaire ce pari sur les possibles contre le sens unique du réel et la résignation à ses contraintes » (Daniel Bensaïd, Le Pari mélancolique, éditions Fayard, 1997). Les convulsions des temps présents introduisent des dimensionnalités ignorées, des démonialités inconnues, des virtualités inattendues. L’histoire s’ouvre sur l’imprédictible, l’indescriptible l’insoupçonnable. Elle fluctue. Elle oscille. Elle vacille. Soyons réalistes, demandons l’impossible.

​​

 

© Crédit photo : "Mustapha Saha et Henri Weber. Figures historiques de Mai 68". Photographie (c) Elisabeth et Mustapha Saha. NB 1.png

 

 

© M. Saha

 

 

***

 

 

Pour citer ce témoignage philanthropique & politique inédit

 

Mustapha Saha (texte & photographies), « Alain Krivine (1941-2022) au paradis des Soixante-huitards », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poépolitique « Stopper la guerre en Ukraine : lettre ouverte des personnes révoltées » & Megalesia 2022, mis en ligne le 17 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ukraine/ms-alainkrivine

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Pour l'Ukraine Amour en poésie
13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 17:50

Événements poétiques | Recueil numérique du festival « Le Printemps des Poètes » | Poésie contemporaine

 

 

 

 

 

 

 

 

L'éphémère en trois poèmes 

 

 

 

 

 

 

 

​​​​

Evelyne Charasse

 

​​​​​​

 

 

Crédit photo : Grandville Fleurs, Stiefmütterchen, Wikimedia, domaine public. 

 

 

Puisque

Tout meurt

Ici bas

Donne-moi

La certitude

Têtue

Des pierres

 

***

 

J’ai

La beauté

Fulgurante

Des fleurs

J’ai

L’éternité

Du printemps

 

***

 

J’ai levé

Des flambeaux

Pour que la nuit

Recule

J’ai parfumé

L’éphémère temple

À ton nom

Pour y déposer

Mes prières 

 

 

© E. Charasse​

 

***


Pour citer ces poèmes inédits

 

Evelyne Charasse​« L'éphémère en trois poèmes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 13 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ephemere/ec-ephemere

 

 

 

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