Pour citer ce poème philanthropique & politique inédit & illustré
Nataneli, « Ukraine », photographie de Lara Lara, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poépolitique « Stopper la guerre en Ukraine : lettre ouverte des personnes révoltées » & Megalesia 2022, mis en ligne le 17 mars 2022. Url :
Mariem Garaali Hadoussa, « Pensées éphémères (exposition) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 23 mars 2022. Url :
París Paris, ce recueil de poèmes est un hommage à une ville chère au cœur du poète argentin Esteban Charpentier pour lequel il n’y a qu’un pas entre son Argentine natale et la France de ses ancêtres maternels. Ses pensées errent de Buenos Aires à Paris, deux villes qui ont le même poids dans la balance de sa vie bien remplie où se conjuguent des aventures multiples. Il se retrouve face un dualisme culturel à gérer : l’amour d’un Buenos Aires « martelant unrythme de Gardel » et celui d’un Paris avec des « gargouilles, des marionnettes des cloîtres. »
Remarquons que le titre de ce florilège est l’éponyme du poème d'ouverture, une perception de l’auteur de la capitale française. Le poème qui clôt l’ensemble est en revanche une perception du poète de la capitale argentine. Il s’intitule Buenos Airesavec en exergue cette citation de Borges : « La ville est en moi comme un poème / que je n’ai pas réussi à arrêter avec des mots. » Douce confrontation !
París Paris
« Je te salue, Paris
alors qu’une rébellion de gargouilles ivres
s’envole en emportant la cathédrale
aux quartiers perfides, où
les cabossés par la vie, bousillés par la folie,
voient s’accomplir leurs rêves. »
*
París Paris
“Yo te saludo París
cuando una rebelión de gárgolas
ebrias levanta el vuelo,
llevándose la catedral a los barrios pérfidos,
donde los jorobados por la vida,
ven cumplirse sus sueños jodidos de locura.”
Buenos Aires
« Si je devais te décrire
je dirais que tu vas pieds nus,
martelant un rythme de Gardel,
en équilibre sur des fils,
que tu es prisonnière de tes larme,
tes courbes bougent,
avec une tendresse de café. »
*
Buenos Aires
“Si tuviera que describirte,
diría que vas descalza,
adoquinando un ritmo de Gardeles,
haciendo equilibrio por los cables,
y que andas presa de lágrimas,
movimiento tus curvas con ternura de café.”
C’est son Moi profond qu’il nous livre dans les différents poèmes consignés dans ce recueil de poèmes bilingue espagnol / français traduits par Cecilia Acevedo Fucks et illustrés par Paula Noé-Murphy. Il nous parle sans fard de ses univers sociaux, il nous fait partager ses rêves, ses désillusions, ses fantasmes, ses fantaisies, ses regrets. Il nous offre un univers onirique où les villes sont pourvues d’attributs très particuliers :
« Dans ma ville imaginaire
J’ai planté un baobab,
où mes trois oiseaux idylliques,
ont construit leur nid,
chaque soir
à mon retour d’un vol,
je les embrassa, et je les rentre
parce que c’est l’heure d’aller rêver, jusqu’à nouvel ordre. »
*
“En mi ciudad imaginaria
he plantado un baobab
donde han construido sus nidos
mis tres pájaros idílicos.
y cada tarde,
cuando regreso de un vuelo,
los abrazo,
y los entro,
para la hora de ir a soñar,
hasta nuevo aviso.”
Le poète est également préoccupé par la fuite du temps, par un monde dominé par le manque absolu. « Qu’est-ce qui nous arrive » ? s’exclame-t-il, désemparé.
« Il manque du temps pour écrire des sonnets,
Pour faire l’amour,
Pour attendre au même coin de rue. »
*
“ Falta tiempo para escribir sonetos,
Para hacer el amor,
Para espera en una misma esquina.”
C’est une poésie généreuse à travers laquelle le poète égrène son chapelet de souvenirs qui peuplent son existence de Paris à Buenos tout en le ramenant à l’enfance et à ses racines, à son devoir de mémoire. Place est faite à ceux qu’il affectionne : parents, amis et maîtres à penser comme Jorge Luis Borges, Edgar Bayley, Khalil Gibran. Ainsi dit-il :
« Avec le dernier sourire,
mon père me transmet sa mémoire, »
Et c’est avec raison qu’il poursuit :
« Maintenant je suis un homme avec deux mémoires, »
“Con la ultima sonrisa,
Mi padre me entrega su memoria,”
“Ahora soy un hombre con dos memorias”
Reportage photographique
Ces photographies correspondant à la présentation du recueil de poèmes du poète Esteban Charpentier à l'Ambassade d'Argentine le Jeudi 17 mars 2022.
Maggy De Coster (article & reportage photographique), « Esteban Charpentier, « París Paris », Éditions Unicité, 2022, format A5, 106 pages, 14€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 23 mars 2022. Url :
Est docteure en littérature comparée de l’Université de Montréal (2019), avec une thèse sur les problèmes du biopouvoir dans les représentations littéraires et filmiques du milieu éducatif. Elle est également docteure en littérature française du XXe siècle de l’Université de la Manouba (Tunisie) et l’auteure d’une thèse sur l’écriture de l’empêchement dans l’œuvre de Louis-René des Forêts (2016). Elle s’intéresse aux théories biopolitiques, aux travaux sur la décolonisation, à la philosophie de l’éducation, au cinéma arabe, à la francophonie comparée et à la création littéraire et artistique italienne.
Elle a participé à diverses manifestations scientifiques internationales et elle a publié de nombreux articles au Canada, en Tunisie, en France, aux États-Unis et en Espagne. Elle a remporté de nombreux prix dont le prix Bobi Bazlen en études culturelles italiennes comparées.
Par ailleurs, elle est aussi ingénieure culturelle de l’Université Bordeaux-Montaigne (2014) et elle est la créatrice d’une œuvre picturale qui traduit la passion des couleurs et des formes. Peinture à l’huile, acrylique, aquarelle et collage tracent les contours d’un parcours artistique radical et atypique.
1. Hanen Marouani – Bonjour Hanen Allouch, ravie de vous avoir parmi nous dans ma série d'entretiens pour les revues féministes Le Pan Poétique des Muses et Orientales qui a pour objectif principal de présenter des parcours « atypiques » et inspirants de jeunes femmes tunisiennes aux talents multiples autour du monde et je suis fière de vous dire que vous en êtes une. Qu’est-ce qu’on peut dire encore sur vous pour mieux vous présenter au lectorat ?
Hanen ALLOUCH – Merci pour votre invitation et pour cet espace virtuel que vous consacrez aux jeunes femmes tunisiennes. Je trouve que c’est extrêmement important de valoriser la recherche et la création au féminin dans un contexte tunisien en continuelle mutation.
Je ne sais pas si je dois me présenter à travers mes écrits ou bien si je dois plutôt dire d’où je viens, où je vis. C’est drôle de devoir se présenter aux lecteurs à travers des dates et des localisations géographiques. On va dire que je viens de Sfax, que je vis à Montréal et que je suis née en 1983. Je le dis en passant mais au fond je sais que cela ne dit rien de moi. Qu’est-ce que la chronologie ou l’espace disent-ils de moi ? Je n’ai pas choisi de venir de Sfax mais cela a façonné ma personnalité et c’est une appartenance dont je suis fière, non pas par chauvinisme mais par espoir. J’ai choisi de m’établir à Montréal ou c’est plutôt un concours de circonstances qui a fait que Montréal se présente comme un choix d’avenir. Pour mieux me présenter au lectorat, je pourrais parler de mes écrits, mais c’est toujours mieux de l'inviter à les lire. Je peux aussi énumérer mes diplômes et réciter quelques pages de mon CV sans que cela me présente réellement. (Rire) Dans quelle mesure je suis ce que je réussis à faire ? Ne suis-je pas mes échecs aussi ? Je pourrais aussi me présenter à travers mon œuvre picturale mais un tableau créé à un moment donné peut-il réellement être représentatif de ce que je suis capable de créer et de mon rapport à la création artistique en général ?Peut-être qu’au cours de cet entretien nous aurons l’occasion de nous connaître mieux et qu’aborder certains points susciterait chez le public une certaine curiosité qui les amènerait à s’intéresser à mes écrits et à mes tableaux.
2. H.M. – À ma connaissance aussi, vous êtes la première ou la seule tunisienne doublement docteure en études littéraires. En quoi cela est-il important pour inspirer d’autres jeunes femmes de votre communauté ou des prochaines générations ?
H.A. – La double diplômation est une longue histoire. J’ai deux mastères et deux doctorats et le tout a été fait en un temps record. Cela m’a pris le temps d’un seul parcours alors que j’en ai fait deux. C’était un défi que je me suis lancée pour avoir une vie après la vie. Je voulais m’essayer sous d’autres cieux afin de mieux apprendre sur moi-même et sur ce que je désire vivre réellement. J’avoue que le fait d’étudier durant toutes ces années à un rythme très soutenu m’a empêchée de jouir d’un temps libre que j’aurais pu consacrer à la création littéraire ou artistique. Étudier, est, selon moi, une seconde chance. Quand on vient d’une société conservatrice, quand on n’est pas encouragée en tant que femme à apprendre et à faire carrière, quand on nous répète sans cesse à quel point nos corps posent problème, l’éducation devient l’unique issue possible. Habib Bourguiba, le premier président de la République tunisienne, l’avait bien compris et une grande partie de la société tunisienne aussi. Heureusement ! Nous savons que la discrimination à l’égard des femmes est une réalité mondiale, ceci n’est pas le propre des pays arabes. Une femme, partout dans le monde, est sous-payée, a moins de chances d’occuper des postes de responsabilité, et si elle y arrive, elle doit continuellement prouver qu’elle en vaut la peine et qu’elle mérite d’être écoutée.
Certains vont penser que je me contredis mais je vais quand-même préciser que les diplômes ne sont pas tout dans la vie et qu’il faut aussi avoir les compétences et le savoir-faire qui les accompagnent et qui les valorisent. Il faut être une femme de terrain et savoir s’intégrer dans le monde du travail. Aux jeunes femmes de ma communauté, je dis : « Ne baissez jamais les bras, vous êtes capables de réussir, malgré ceux qui veulent vous prouver le contraire. Suivez vos rêves. Ne regrettez pas de naviguer à contre-courant. Soyez vous-mêmes et battez-vous pour réussir. »
3. H.M. – Quand on laisse tout tomber et on décide de recommencer à zéro, on prend un bon ou un mauvais chemin d’après votre expérience d’immigration ? Comment vous l’avez vécue ?
H.A. – Recommencer à zéro a vraiment été mon cas. J’ai laissé derrière moi un poste où j’étais enseignante titulaire, la sécurité de l’emploi et le petit confort financier auxquels rêvaient beaucoup de jeunes. J’ai réussi le concours de recrutement de l’enseignement secondaire à l’âge de 23 ans et cette année-là nous étions 10 nouveaux enseignants pour toute la Tunisie. En tant qu’expérience, l’immigration n’est jamais un mauvais chemin, elle nous apprend énormément sur nous-mêmes, sur les sociétés que nous quittons et sur notre nouvel environnement. C’est une fenêtre qui s’ouvre sur un nouveau champ. Des fois, on mesure la réussite d’une immigration aux diplômes accumulés ou aux gains financiers. Il y a toujours à la fois cette image attendrissante et ridicule du retour de l’enfant prodige. La valise remplie de cadeaux, le titre universitaire qu’il vient d’obtenir, le compte en banque, la voiture importée, etc. Sortir de la pauvreté, prouver que le départ en valait la peine, que les sacrifices aient rapporté leurs fruits. C’est une vision limitée, un cadre sans profondeur.
Immigrer c’est redevenir soi-même sous d’autres cieux, c’est grandir, des fois vieillir, apprendre. Au début, j’ai très mal vécu le départ. Je ne voulais pas rester en Tunisie à cause d’un quotidien qui était devenu étouffant et en même temps je ne savais pas où j’allais et je n’étais pas totalement prête à « recommencer à zéro ». Le problème c’est aussi qu’on ne recommence jamais à zéro, on recommence toujours à partir de quelque chose qui est en même temps une perte et un espoir, un deuil et une renaissance. J’étais en maîtrise totale de mon environnement tunisien. Sortie très tôt au marché du travail et assumant de nombreuses responsabilités dès mon jeune âge, j’avais une expérience considérable de la vie en Tunisie. Le fait d’être une fille unique, de grandir dans des conditions familiales assez particulières qui m’obligeaient à assumer de nombreuses responsabilités, tout cela a forgé très tôt ma personnalité. Et quand je me suis retrouvée à l’étranger, sans repères, sans sécurités, sans tout ce que j’avais construit en Tunisie, je l’ai vécu très mal. Je me suis réfugiée dans les études. L’immigration est aussi un révélateur, un miroir tendu qui nous fait paraître sous une nouvelle lumière, à travers de nouveaux prismes. Je me souviens d’une amie d’enfance qui disait à nos amis communs, « Hanen même en Amérique, elle serait capable de secouer des convictions ». Je suis en Amérique du Nord et des fois l’on me dit que mes idées choquent. Que faire ? Je ne peux qu’être fidèle à moi-même. Ma vie au Canada m’offre l’opportunité d’intégrer une société où la diversité est une richesse et en même temps un combat vers l’intégration. Je dis bien intégration et non pas assimilation, car il faudrait réconcilier l’identité et l’appartenance. Comment faire partie de son nouveau monde sans jamais avoir renoncé à l’ancien ? Comment ne pas être assise entre deux chaises ? En fait, l’expérience de l’immigration nous apprend à poser de nombreuses questions auxquelles seul le vécu d’une personne migrante peut répondre.
4. H.M. – Voyager entre la recherche scientifique, les arts, la poésie et l’engagement dans la société civile, à quel point tout cela fait bel et bien votre différence surtout quand toute l’appartenance culturelle indique et même oblige l’orientation vers le sens unique ?
H.A. – Je ne fais pas partie des gens qui croient à l’existence d’une seule voie. Dès mon adolescence, j’ai ressenti le besoin de créer pour extérioriser mes émotions et pour repenser la société. J’étais une adolescente rebelle et je ne comprenais pas toutes les difficultés qui se rapportaient à mon identité et à ma condition de femme en devenir. Je cherchais une forme de liberté. Très jeune, j’ai écrit de la poésie en arabe puis j’ai très vite commencé à écrire en français. Après un baccalauréat en économie et gestion qui m’a valu un prix d’excellence, j’ai choisi d’entamer des études en langue, littérature et civilisation françaises. J’ai suivi mon cœur qui m’a dit de choisir ce que j’aime. On fait toujours un bon choix quand on choisit ce qui nous passionne. La peinture est venue beaucoup plus tard comme mode de création « alternatif ». Pendant la pandémie, j’avais cessé d’écrire. J’ai vécu la pandémie dans des circonstances assez particulières. Vivant au Canada depuis 2014, en février 2020, je décide de partir en vacances en Tunisie, et au lieu d’y passer un mois comme prévu, j’y passe toute l’année. Après la fermeture des frontières, j’ai pu continuer à enseigner à distance dans mon établissement canadien et, à cause du décalage horaire, j’enseignais à des horaires pas possibles, de 23h30 à 2h30 du matin. Quand j’avais besoin d’une respiration, je me mettais face à une toile. Dessiner et peindre m’ont permis de m’exprimer autrement et de créer un espace où il fait bon vivre. Je ne trouvais plus les mots pour dire la pandémie et le silence dans lequel j’étais enfermée pendant le confinement et la fermeture des frontières. Cela a commencé spontanément. Un jour, je me suis arrêtée et j’ai acheté des toiles et des pinceaux. Mon appartement à Sfax est situé à la Cité Jardins, c’est-à-dire dans le quartier de l’École des Beaux-Arts et mon oncle maternel, feu Khalil Aloulou, artiste et universitaire, est l’un des fondateurs de cette école prestigieuse. D’ailleurs, la galerie municipale de Sfax porte son nom, en hommage à ce qu’il a apporté à la scène artistique locale. Sans doute, mon expérience picturale a été motivée par cet héritage familial mais aussi par un besoin de m’exprimer autrement qu’en passant par les mots.
5. H.M.- Qu’est-ce qui a changé en vous en renouant avec les mots, les pinceaux et les couleurs ? La création artistique et poétique a-t-elle la possibilité de créer une relation plus libre avec soi ou avec les autres ? Permet-elle vraiment de trouver la paix ? Des mots et des tableaux pour raconter quoi au juste : la peur, l’horreur ou l’attente du bonheur ?
H.A.- Il s’agit moins d’un changement que d’une extériorisation de ce qui n’a pas été exprimé jusque-là. Le non-dit, le tabou et le trauma trouvent bien leur place dans le monde de la création. D’ailleurs, heureusement que cet univers est possible. Des fois, c’est seulement cela qui rend le monde vivable. Il ne faut pas croire que je crée dans la souffrance, au contraire, c’est une grande joie, une euphorie de voir naître des mondes possibles et insoupçonnés.
L’émerveillement est toujours le même, une infinité de premières fois. C’est assez extraordinaire mais il y a une correspondance étonnante entre mes poèmes et mes tableaux sans que cela ne soit voulu, on pourrait parler de synesthésie et d’une expérience poly-sensorielle et émotionnelle qui revient sous plusieurs formes d’où le projet d’un recueil de poèmes et de peintures sur lequel je suis en train de travailler.
6. H.M. – Merci de partager avec nous cette belle nouvelle ! On aura donc l’occasion de célébrer la sortie de votre premier recueil de poésie très prochainement. Peut-on vous qualifier par une rescapée en quête de vérité ou d’identité ?
H.A. – Nous sommes tous les rescapés de quelques événements individuels ou collectifs, nous sommes aussi de perpétuels rescapés de la menace de mort dans un sens psychanalytique, je crois que la création se constitue entre les deux pulsions contradictoires de vie et de mort. Quant à la vérité et à l’identité ce sont des quêtes personnelles qu’on choisit ou qui nous choisissent quand on a une histoire personnelle assez particulière marquée par les métissages et les voyages intérieurs et géographiques. Je pense que chacun puise dans son patrimoine à sa façon, afin de se constituer des filiations et de transmettre ce qu’il a appris sur lui-même et sur les autres et c’est peut-être cela qui justifie la création, plus que les nombrilismes identitaires qui hiérarchisent les diversités. Mon métier d’enseignante que j’exerce depuis 2007 et qui m’a permis de travailler avec des élèves et des étudiants de tous les âges et sur trois continents, de l’école maternelle jusqu’à l’université, ce beau métier que j’ai choisi et qui était aussi le métier de mon père, m’a beaucoup appris sur la valeur de la transmission, il n’y a que cela de vrai, l’avenir, une destination qui permet à de futures générations de mieux se construire une fois bien outillées. Je crois que notre rôle en tant qu’artistes et intellectuels n’est pas de nous exposer comme des sources intarissables du savoir et de la création, c’est surtout partager et transmettre le peu que nous pensons maîtriser.
7. H.M. – La femme et la liberté de l’émotion dominent vos tableaux ! Oui ou non ?
H.A. – Tout à fait ! Sans le vouloir et sans le préméditer, la femme constitue un lieu commun de ma création picturale. La liberté de l’émotion ou la liberté tout court me préoccupent en tant qu’artiste. J’ai grandi dans une famille matriarcale où les femmes assument beaucoup de responsabilités : dès mon jeune âge, j’ai vu ma mère et mes tantes se battent sur différents fronts pour défendre leurs droits en tant que femmes. La Tunisie est sans doute l’un des pays arabes où les femmes sont les plus émancipées, peut-être même LE pays arabe où elles ont le plus de libertés, mais ce n’est pas suffisant. Même dans les pays où les lois et les pratiques semblent protéger les femmes des moindres abus, il reste toujours du travail à faire sur terrain. Disons que la femme est héritière d’un combat et qu’elle n’est nullement privilégiée par une humanité dont l’Histoire fait se succéder des exploits masculins en occultant l’Histoire des idées et des combats politiques des figures féminines. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies qu’il a été envisagé de revisiter cette Histoire exclusivement masculine afin de la réécrire et de remédier aux omissions volontaires. Dans mes tableaux, je défends l’idée de la pluralité et de la diversité des féminités. J’aimerais beaucoup que le grand public puisse se réconcilier avec la multitude des perspectives selon lesquelles une femme aimerait être vue, loin des stéréotypes relatifs à l’unicité du beau.
8. H.M. – Hanen Allouch, derrière vos écrits et derrière votre engagement féministe et artistique, est-ce qu’on peut lire votre « regard » ou votre propre histoire ?
H.A. – En réalité, mes écrits et mes tableaux dépassent les limites de l’autobiographie et de l’autoportrait. Mon regard est certainement présent autant qu’une vision de mon vécu mais ce n’est pas limité à cela. Je vois l’expérience de création comme une libération des contraintes du moi et comme une quête d’altérité et de diversité. Pour moi, créer implique surtout la générosité du partage. On pourrait aller vers le débat barthésien de la mort de l’auteur en tant que figure dominante, mais pour dire les choses brièvement, en ce qui me concerne, je ne suis pas le sujet principal de mes propres créations. Je suis une personne extrêmement curieuse qui aime lire et découvrir tout ce qui l’entoure et je pense que cela se retrouve dans ma création littéraire et artistique. Je m’intéresse aussi aux échos de ce que je crée, c’est-à-dire à la réception de l’œuvre en tant que rencontre entre des diversités.
9. H.M. – Quels sont vos nouveaux horizons en Tunisie, au Canada ou ailleurs ? Et avant de vous laisser en paix, pouvez-vous, s’il vous plaît, nous toucher quelques mots sur vos futurs projets ou rendez-vous pour les partager avec nos lecteurs ? Et merci infiniment pour la richesse et pour la qualité de nos échanges. Vous êtes une très belle découverte et on vous laisse la liberté de nous proposer un délicieux dessert poétique de votre choix pour notre mot de la fin !
H.A.- C’est moi qui vous remercie pour l’invitation et pour votre intérêt à l’égard de mon modeste parcours. J’attends de futures parutions qui sont un recueil de poèmes, une fiction et une traduction de l’arabe vers le français. J’espère que j’aurai le plaisir de vous en parler davantage quand les trois livres seront sur le marché.
Pour finir en beauté, j’aimerais vous partager mon poème « Voyage, mon ami ! » primé en France dans le cadre du concours international de poésie Louis Brauquier.
Voyage, mon ami !
Voyage, mon ami, avec la poésie
Écris mille mots aguerris
Tel un soldat des rimes
En éternelle bataille
Sur le front de la mémoire et de l’oubli
Voyage avec le vent
Tombe comme une feuille d’automne
Vole du creux de la main
Comme une graine qui germe
Décolle des paysages
Et atterris sur le visage du voyageur ébloui
Voyage tel un citoyen du monde
Sûr de lui-même et respecté
Sourire aux lèvres
Passeport tamponné
Et valise à récupérer
Après un bel accueil frontalier
Voyage tel un migrant clandestin
Sur une barque vouée à se noyer
Sans commandant ni capitaine
Rescapé, la peur au ventre
Et la prison à l’arrivée
Voyage sans oublier
Là où tu vas et là où tu aimerais aller
Sans t’attarder sur les accidents
Tel un chevalier surmonte les jalons
Et cours de l’avant, cours vers ta quiétude retrouvée
Voyage ici et ailleurs
Dans les traditions ancestrales et vers l’horizon inconnu
Sois attentif à la nature
Écoute la prière de l’univers, les montagnes et les volcans
Ils te souffleront des réponses tant attendues
Voyage à tes risques et sans t’arrêter
Et ne meurs pas avant d’avoir pensé
À ton tombeau et à là où tu aimerais être enterré
À ta mère, à ta nourrice
Et surtout à ton frère l’étranger
Voyage sans bouger
Aime la vie, ses parfums et ses images
Le goût de ton café, la fleur d’oranger
Ton rêve, tes amours, tes écrits
Tes doutes, tes certitudes
Et tes danses déchaînées
Voyage avec ton amant
Embrasse l’océan
Traverse la méditerranée
Et le désert oublié
Mais n’arrive jamais à destination.
Je te laisse ce testament :
« Voyage mais reste enfant ! »
____
Pour citer ces illustrations, entrevue & poème inédits
Hanen Marouani,« Rencontre avec l’artiste et l’intellectuelle Hanen Allouch » illustrations par Hanen Allouch,Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 22 mars 2022. Url :
Crédit photo : Salt marshes of Arzew, Surface crystallized salt, image capturée de Wikimedia, domaine public.
Chacune de ces vagues ne sera plus l’enfant de cette mer de sel en bataille ;
Elle traîne vers le sable qui séduit, vers l’horizon qui hurle puis se tait et se réduit ; j’ai bâti une maison comme un nid
Chacune de ces graines dorées est palpitante de désir, elle attend son arrivée pour l’embrasser discrètement et l’absorber furtivement, mais elle fuit et là-bas elle finit Loin de ce monde, elle compte même la dévorer comme une proie tant désirée et préfère garder la bouche entrouverte ou bée, après !
Ce matin, son voyage a commencé, fuyant la chaîne de tout est relié pour vivre l’unique ivresse de l’instantané qui retentit de très loin.
L’aventure des débuts refuse de revoir la survie, de suivre le combat contre la vie chaque nuit !
Ses longueurs et ses somnolences sont fugitives et craintives contre vents et marées
Et au fond de chaque envie cachée, on n’entend que les cris emmitouflés, que les bruits ennuyés
Mais il arrive ce moment mystique où on n’entend plus rien sauf les échos et les écumes
Elle; flottante, scintillante, ardente sur le dos des bulles effervescentes ;
Ça monte, ça descend, ça apparait, ça réapparaît, ça transparait mais enfin ça disparait
Ses notes mélodieuses rappellent l’appartenance condamnée par l’errance ;
Elle apprend prudemment les premiers pas au goût mentholé ;
Elle essaie de gagner la confiance en toute prudence figée ;
Comment va-t-elle arriver ? Comment va-t-elle pouvoir finir cette longue danse ?
Est-ce vers l’infini qu’elle compte aller, si hésitante si méfiante ?
Ou simplement le rêve de transformer chaque instant en éternité
Qui empêche de voir le ciel incliné devant l’ambition de l’immortalité ?
Crédit photo : Salt workers of Marakkanam, image capturée de Wikimedia, domaine public.
Et puis, cette douleur d’attendre, d’être dans le besoin, dans l’urgence de se mettre face à face à ce rien, fait peur ;
Les vagues se serrent mais leur trait éphémère est un sort qui tremble sur le quai des bords
Leur appellation pleine d’espoir comme un talisman devient leur seul trésor
Elles ne résistent pas au temps, elles partent en quelques éclats, elles meurent au fond profond ;
C’est vrai que le rêve prend de l’ampleur ; mais il fallait bien reconnaître son début, son cours, ses limites, puis la fin d’un souvenir enfoui ;
Quelques instants, quelques espérances, ça fait du bien mais rien n’est sûr ! Rien n’est certain tellement c’est dur ! Rien !
Ici ou là, ici ou ailleurs, la mer, le ciel et la terre
Venez chercher avez nous des prières célestes qui nous rapprochent des rivages, qui nous libèrent des cages
Plus loin, à moitié endormi, à moitié nu, d’autres vagues naissent puis disparaissent ;
Les forces des débuts sont fragilisées et les efforts sont fatigués devant le cycle éphémère
Après de longs combats sévères menés et rejetés pour résister on se laisse faire
On est ébloui et ébahi face à ce spectacle à rebondir, on sort la tête de l’eau avec une nette insistance
Tout s’en va même ceux qu’on croit les plus fidèles et les plus forts !
L’amour ne dure qu’un instant !
Un instant est une fenêtre sur la vie !
Évitons de le fuir
Évitons de l’attendre
Évitons de le ralentir
Évitons de ne pas le sentir
Évitons de ne pas sourire
Les promesses et les caresses se multiplient
Il faut juste y croire et toujours dire à chacun des instants retenus : tu nous aides à vivre, tu nous enivres. Tu es la preuve d’exister et la sensation d’un secret.
Hanen Marouani, « L'éphèmère est le secret d'une vie », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 21 mars 2022. Url :
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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