10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 17:39

 

Megalesia 2018 | Articles & témoignages sur le handicap & sur les violences faites aux femmes

 

 

 

Robert-Fleury,

 

 

Le docteur Pinel libérant

 

 

les aliénées à la Salpêtrière en 1795

 

 

 

 

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

​Crédit photo : Tony Robert-Fleury, Le docteur Pinel libérant les aliénées à la Salpêtrière,

1876, image trouvée sur Wikipédia, domaine public.

 

 

 

Présentation sélectionnée par les Commissaires de l'exposition « Fenêtres sur cours » du Musée des Augustins pour le guide audio (10 décembre 2016 17 avril 2017)

 

Tony Robert-Fleury, Le docteur Pinel libérant les aliénées à la Salpêtrière toile peinte en 1876.

 

"Cette œuvre donne à voir la cour comme un lieu de sociabilité du peuple où les femmes ont leur place d’actrices de la vie sociopolitique. Dina Sahyouni, directrice de la revue féministe Le Pan poétique des muses, commente ainsi cette représentation :"

 

© Crédit photo : Le visuel de l'exposition au Musée des Augustins.

 

 

Cette cour sombre, misérable, est peinte avec réalisme. Elle est toutefois chargée d'une poésie issue de la beauté de ces femmes libérées par le regard de l’artiste. Dans la toile, la cour symbolise l'espace public. C’est aussi l'expression de la liberté sociale des femmes.

 

Ici, la cour de la Salpêtrière a quatre fonctions : elle est une scène d'un événement historique, un espace de discipline pour les malades, un lieu de sociabilité et de métamorphose sociale des aliénées. Elle est simultanément le lieu morbide d'enfermement des corps des rejetées socialement, celui de leur libération et du commencement d'une nouvelle vie sociale. Le centre du tableau est occupé par une aliénée, debout, le regard flou, délivrée de ses chaînes par un homme. Cette partie du tableau incarne le présent, le moment où elles retrouvent leur place, leur dignité, leurs droits civiques d'êtres humains et de membres de la société. La partie droite met en scène l'ancienne vie de ces malheureuses délaissées et réduites à une mort lente et douloureuse. La partie gauche du tableau témoigne, elle, de leur libération, avec une femme agenouillée embrassant la main de leur libérateur, Philippe Pinel. Cette attitude est un signe de reconnaissance d'un nouveau contrat social établi entre les vulnérables et l'autorité médicale.

 

Ce tableau relate la tragédie de l'enfermement, l'isolement et la libération des femmes différentes ou atteintes de maladies psychiques et mentales. Ses trois parties narrent ainsi la métamorphose sociale et médicale nécessaires à l'intégration des aliénées dans la société en 1795.

 

 

***

 

Voir aussi :

 

 

***

Pour écouter ce témoignage lu par l'acteur du Musée des Augustins :

 

***

 

Pour citer ce témoignage


Dina Sahyouni, « Robert-Fleury, "Le docteur Pinel libérant les aliénées à la Salpêtrière en 1795" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin, mis en ligne le 10 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/les-alienees

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans Megalesia
9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 17:29

 

Megalesia 2018 | Florilège de poèmes sur les violences faites aux femmes

 

 

 

Poésie engagée

 

 

 

La nuit la pensée vacille

 

&

 

L’entre-tempes

 

 

 

 

Deux poèmes par

 

 

 

Mahaut Ladmiral

 

 

 

 

La nuit la pensée vacille

 

 

Un regard. Un deuxième regard. Un sourire dans le métro.

 

 

Pourquoi je pressens la lourdeur

Pourquoi la montée de la peur

 

Regards des hommes dans la rue

Les yeux qui tracent ton chemin avant que tu l’emprunte

Tu sais tout de suite si c’est pour ta pomme

La bouche qui s’ouvre

Ils parlent et tu as raison

Rouge à lèvres et vêtements trop serrés soudain sur ta peau

 

Tu attires le regard puis la gêne et la peur

Pas encore trop tranchante distillée en pointillés

La vague anxiété

En aiguilles de peut-être

Tu peux encore te traiter de parano

Quand même

Il peut se passer n’importe quoi

 

Tu le sais

Tu le sais bien que ton corps n’est pas à toi

C’est le marché du vendredi

Tous ces beaux corps tentants à l’étal dans leur atours

Fruits tombés du camion des wagons du métro

 

Émois que tu devines aux couloirs de la rue

Dedans ces outres moites

Et les sourires frigides

Les déhanchés de pute

Et les cheveux noués

 

Les sourires sont forcés

Prix d’ami pour ta vertu intacte

Souris, c’est pas bien grave

Et puis je suis gentil

Pourquoi pas se parler

Pourquoi pas s’embrasser

Dans les ruelles en pente

Et les recoins pisseux

 

Ton ombre se dédouble

Ta pensée qui se trouble

Souris ils ont le droit

Tu es là disponible

Vision qui flotte à l’orée des désirs

Dans les vapeurs torrides

D’une nuit tentation

Des crochets qui se tendent

Sur le vent qui dit non

 

 

Le sentiment de proie me fait des taches à l’âme

 

 

J’ai la gorge serrée des hantises d’antan

J’ai la colère noire au feu rougi gravée

Dans la peau sur le cœur et dans le pas pressé

 

 

Mes talons sonnent sur le pavé

Foulant les souvenirs toutes ces hontes bues

Au voleur je marche en Valkyrie

Ces morceaux de corps volés arrachés des regards

Ils sont à moi

Et la ville

La ville immonde la nuit matou rapiécé en rut

La ville est mienne aussi

 

 

***

 

L’entre-tempes

 

Les souvenirs qui nagent entre les draps du lit

Les plis de nos corps troubles

Désirs dévorants

Une fois déjà sortie à toute force du gosier d’un autre

Je demeure en alerte

 

Loin de moi la litanie des heures languides

Loin de moi les rires et les sueurs matinales

Loin de moi l’ici et maintenant

Les cicatrices me lancent trop

Et la main au collet

 

L’homme assis sur ma poitrine

Toujours là

Toujours

Quand j’ai refusé sa présence

Quand j’ai oublié les errances

 

Et c’est là

Un gai matin

Que mes membres sont liés

Tu fuis la possibilité de ton désir

Tu fuis la honte qui te tache

Fille-femme d’alors progéniture de peur

Être flou mangé des tempes

Chose

 

Tout ce temps

Tout ce temps passé goutte-à-goutte

La main amie sur ton sein a ton cœur qui se fige

À la première caresse déjà tes mains transpirent

Baisers jolis et tu as froid

Brise d’un autre temps

 

 

Les silhouettes d’autres matins

Remuent entre tes yeux

Le corps n’oublie rien jamais

Sensation souvenir en rétention

Trésor maudit de dragon

Longtemps après la mort des rêves

Écho sans récit qui le pose

Les interprétations dissoutes

Dans les gargouillis du cœur caduc

 

Les soubresauts sans forme

Comme des ponts entre les mondes

Entre l’inconnue d’hier et celle d’aujourd’hui

 

Elle n’ont rien à se dire

Rien à se transmettre

 

Que la peur qui suinte du monde d’en bas

Tenace

Pour éclipser les soleils des réveils

Étaler les empreintes sanglantes du passé à sécher

dans les pas du présent

et le souffle à l’oreille qui susurre encore

souviens souviens moi

mais le souffle de quand la tête crève l’eau noire

je suis vivante

vivante vivante je vis

je gagne

Poèmes pour les 8 & 9 mars 2018

 

***

 

Pour citer ces poèmes


Mahaut Ladmiral, « La nuit la pensée vacille » & « L’entre-tempes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin & « Le calendrier 2018 des poèmes pour lutter contre les violences faites aux femmes, enfants & minorités », mis en ligne le 9 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/la-nuit

 

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 10:20

 

Megalesia 2018 | Florilège de poèmes pour le Printemps des Poètes

au féminin

 

 

 

 

 

À deux,

 

 

 

D’un sourire l’autre

 

 

 

&  Je la devine

 

 

 

Trois poèmes par

 

Jean-Charles Paillet

 

 

 

 

À deux

 

 

À deux

les mots s’observent

 

par l’écoute

ils se rapprochent

 

et si les voix

s’accordent en profondeur

 

l’innocence du rire

en figure de proue

 

se dévoilera

 

 

 

***

 

 

D’un sourire l’autre

 

 

Et les murs

n’existent plus

 

L’espace s’ouvre

sur un ciel nouveau

 

À la commissure des lèvres

la joie est du voyage

 

 

 

***

 

 

Je la devine

 

 

 

Je la devine

à l’intérieur de ta chair

cette joie prête à jaillir

comme s’allume un feu

de la Saint Jean

 

 

Libère cette promesse

au carrefour de nos vies

festoyons dans les herbes folles

brûlons le temps en dansant

 

 

 

***

Pour citer ces poèmes


Jean-Charles Paillet, « À deux », « D’un sourire l’autre » & « Je la devine », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin, mis en ligne le 9 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/sourire

 

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans Megalesia
8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 15:49

 

Megalesia 2018 | Articles & témoignages sur les violences faites aux femmes | Féminisme | Textes fondateurs des droits des femmes & de l'égalité entre les sexes | Archives de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

 

 

Requête des dames

 

 

à l'Assemblée nationale

 

 

suivie d'une brève présentation

 

 

 

 

 

 

Transcription en français moderne, remaniement

 

& brève présentation par

 

Dina Sahyouni

 

 

 

 

© Crédit photo : image de la requête prise par DS en mars 2018.  

 

 

Requête des femmes, à l'Assemblée nationale 179..

document reproduit

THE FRENCH REVOLUTION

RESEARCH COLLECTION

LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

 

 

 

[P. 1/14 de l'opus/P. 5/18 du format PDF]

 

Requête des dames à l'Assemblée nationale

 

 

    Nos seigneurs,

    Il est sans doute étonnant qu'après avoir marché à si grands pas dans la voie des réformes, et abattu, comme s'exprimait jadis l'illustre d'Alembert, une très grande partie de la forêt des préjugés, vous laissez substituer le plus antique et le plus général des abus, celui qui exclut des places, des dignités, des honneurs, et surtout du droit de siéger au milieu de vous, la plus belle, et la plus aimable moitié des habitants de ce vaste royaume.

 

   Quoi ! vous avez généralement décrété l'égalité des droits pour tous les individus ; vous avez fait marcher l'humble habitant des chaumières à l'égal des princes et des dieux de la terre ; par vos soins paternels le pauvre villageois n'est plus obligé de ramper devant l'orgueilleux seigneur de la paroisse ; l'infortuné vassal peut [P. 2/14 de l'opus/P. 6/18 du format PDF] arrêter dans sa course rapide l'impétueux sanglier qui ravage impitoyablement ses moissons ; le timide fantassin ose se plaindre d'être écrasé par le brillant phaéton du superbe publicain ; le modeste curé peut s'asseoir à son aise à la table frugale de son illustrissime et révérendissime père en Dieu ; le sanctuaire consolé ne fera bientôt plus défiguré par les membres parasites qui dévorent sa substance, et surchargent inutilement la terre, ces êtres indéfinissables, espèces amphibies, placés entre l'église et le monde, qui, gémissant sous le poids du temps, vont porter partout l'ennui qui les dévore, et accabler le public du fardeau de leur existence ; le noir Africain ne se verra plus comparé à l'animal stupide qui, stimulé par la verge d'un féroce conducteur, arrose de ses sueurs et de son sang nos pénibles sillons ; les talents, dégagés des tristes entraves d'une naissance ignoble, pourront se développer avec confiance, et celui qui les possède ne sera plus forcé de mendier bassement les suffrages d'un imbécile protecteur, d'encenser un crésus ignare, et de monseigneuriser un fat ; bientôt, enfin, par votre heureuse influence, un jour serein va briller sur nos têtes, un peuple nouveau, un peuple de citoyens, de sages, d'heureux, va s'élever sur les ruines d'un peuple barbare, et la terre [P. 3/14 de l'opus/P. 7/18 du format PDF] stupéfaite va voir naître dans son sein cet âge d'or, ce temps fortuné qui jusqu'alors n'avait exilé que dans les descriptions fabuleuses des poètes.

 

    Ah ! nos seigneurs, serons-nous donc les seules pour qui existera toujours l'âge de fer, cet âge malheureux qui a pris sa naissance dans l'origine du monde, et qui de siècle en siècle est venu sans interruption jusqu'à nous ? N'y aura-t-il que nous qui ne participerons point à cette éclatante régénération qui va renouveler la face de la France, et ranimer sa jeunesse comme celle de l'aigle ?

 

    Vous avez brisé le spectre du despotisme, vous avez prononcé ce bel axiome digne d'être inscrit sur tous les fronts, et dans tous les cœurs : « les Français sont un peuple libre,…. » et tous les jours, vous souffrez encore que treize millions d'esclaves portent honteusement les fers de treize millions de despotes ! vous avez décerné la juste égalité des droits,… et vous en privez injustement la plus douce et la plus intéressante moitié d'entre vous ! vous avez rompu le frein fatal qui captivait la pensée du sage, et lui ôtait la faculté d'éclairer ses semblables,… Et nous ! hélas, nous nous voyons réduites à l'humiliante partage de recevoir éternellement des leçons de vous, sans avoir la [P. 4/14 de l'opus/P. 8/18 du format PDF] consolation de pouvoir vous en donner à notre tour ! tandis que vous ouvrez toutes les bouches, que vous déliez toutes les langues, vous nous forcez, nous, pour qui c'est une si antique, une si douce habitude, de parler, vous nous forcez de garder un triste et honteux silence, et vous nous privez du plaisir de faire entendre notre voix harmonieuse, notre aimable caquet aux représentants de la plus galante, et de la plus aimable des nations ! vous avez enfin noblement décrété que la voie des dignités et des honneurs serait indiscutablement ouverte à tous les talents ; …. et vous continuez de mettre encore des barrières insurmontables aux nôtres ! pensez-vous donc que la nature, cette mère si généreuse pour tous ses enfants, ne se montre avare qu'envers nous, et qu'elle ne prodigue ses grâces et ses faveurs qu'à nos impitoyables tyrans ? Ouvrez, ouvrez le grand livre des temps, voyez ce qu'ont fait dans tous les âges tant de femmes illustres, l'honneur de leur province, la gloire de notre sexe, et jugez de ce que nous pourrions encore, si votre aveugle présomption, si votre masculine aristocratie n’entraînaient sans cesse notre courage, notre sagesse et nos talents ?

 

    Croyez-vous, par exemple, que les Sémiramis, les Zénobie, les Élisabeth, les Anne, [P. 5/14 de l'opus/P. 9/18 du format PDF] les Catherine, etc. ne fussent pas porter le spectre, et tenir les rênes de leur empire ; quoiqu'elles n'aient pas été formées à l'école de ces grands précepteurs des rois, des S… des T…. des D…., des C…., et de tant d'autres illustres législateurs qui décorent les sièges de votre assemblée ?

    Croyez-vous, en lisant les éclatants exploits de la même Zénobie, des Judith, des Debora, des Jeanne d'Arc, des Balmont, etc. que notre sexe ait beaucoup cédé en courage à ce sublime héros, la terreur des…. le désespoir des guerriers à venir, et dont les conquêtes rapides nous rendent enfin croyables tous les prodiges de valeur que ne cesse de nous vanter l'histoire et la fable ?

   Croyez-vous que, s'il fallait transmettre aux provinces éloignées le détail si intéressant, et des opérations de votre assemblée et des révolutions qu'elle occasionne, le style des Sévigné, des Maintenon, des Grafigny ; etc. n'offrirait pas autant de sel et d'agrément, de délicatesse et de pureté que celui des M… des G… des B…, et de l'auteur du Point du Jour, dont les médecins avisés conseillent de réserver la lecture pour Le commencement de la nuit ?

   S'il s'agissait, surtout, de faire parade de ces grâces légères, de ce ton de mignardise et d'af- [P. 6/14 de l'opus/P. 10/18 du format PDF] féterie, de ces aimables riens, de ce brillant verbiage que vous entendez quelquefois sortir de la bouche des C… des B… des M… des etc. doutez-vous que nos petites maîtresses, nos héroïnes de coulisses, nos modernes Phyrnés ne lutteraient pas avec avantage contre les illustres sybarites Français ?

   Doutez-vous même, que s'il fallait tonner avec force contre les abus des privilèges, faire des déclamations sonores contre ce monstre hideux, ce vilain veto royal, contre les désordres de la noblesse et du clergé, pensez-vous qu'on ne trouverait pas, dans les vigoureuses académiciennes de la halle, autant de force et d’énergie, des poumons aussi robustes, et aussi nerveux que chez les C…. les T…. les B…. les P…. et les D….

    Si vous avez besoin de ces discussions froides, longues et lâches, de ces ouvrages narcotiques si propres à calmer les cerveaux exaltés de plusieurs de vos membres ; l'immortelle Dacier toute seule ne jouterait-elle pas avec avantage contre ce moderne Lycophron, qui ne devrait avoir que des Œdipes pour auditeurs, contre les C…. les R…. les G…. les L…. les etc., [P. 7/14 de l'opus/P. 11/18 du format PDF] et surtout, contre ce nouveau Dom Quichotte, si connu par ses aventures, ses systèmes, ses éternels mémoires, et dont le nom a été si plaisamment ridiculisé par toutes les bouches de la capitale et des provinces ?

 

    Et comme rien ne doit plus étonner dans ce siècle de prodiges, si par hasard on venait à s'imaginer que la gloire de la nation fût intéressée à celle des B…., des courtisanes et des histrions, où plutôt, si pour dérider les fronts sévères de nos modernes Catons, on voulait les régaler d'une apologie presqu'aussi comique que celle dont l'illustre Érasme amusa jadis son siècle, je vous le demande à vous, immortelle le Couvreur, divine Clairon, incomparable Dangeville, etc. à vous, dis-je, qui connaissiez si bien le pouvoir de votre voix céleste sur les oreilles et le cœur des Français, quelle impression touchante n'eussiez vous pas faite sur nos galants députés, si au lieu de vous laisser si plaisamment doubler par les…, etc. vous eussiez paru sur la noble tribune, et déployé, en faveur de votre art, toutes les ressources de votre génie, tout le piquant de nos grâces, tous les charmes de votre éloquence.

 

   Enfin, s'il était nécessaire de porter le glaive de la réforme sur ces aziles sacrés, jadis le [P. 8/14 de l'opus/P. 12/18 du format PDF] séjour de la paix, de l'innocence et de la piété ; de rajeunir ce tronc antique et majestueux, dont les rides multipliées obscurcissent la gloire et la beauté ; de couper d'une main sévère ces branches gourmandes et sauvagères qui en dévorent toute la substance, et en dessèchent la racine même ; de retrancher, en un mot, ces abus déplorables qui défigurent les cloîtres, n'eût-on pas trouvé dans les Thérese, les Catherine de Sienne, les Chantal, etc. etc. autant de zèle, de prudence, de courage, des vues, aussi grandes, aussi pures, aussi sublimes que chez les E. d'A., les T. et les D….

 

     Mais, que dis-je, Nos seigneurs ! pourquoi dérober aux siècles antérieurs et aux nations étrangères les traits héroïques qui combattent en faveur de notre sexe ? Auriez-vous donc oublié déjà ces actions éclatantes qui viennent d'illustrer le séjour de nos Rois et la capitale de la France ; ces hauts-faits presqu'incroyables qui ne laissent plus rien à envier à l'antiquité, et qui frapperont d'étonnement toutes les générations futures ? N'est-ce pas en effet ce sexe si faible, si frivole en apparence, ce sexe qui semble n'être propre qu'à la t e, à l'amusement et aux grâces ; n'est-ce pas lui qui a préparé, peut-être même confirmé cette heureuse, cette étonnante révolution qui vient [P. 9/14 de l'opus/P. 13/18 du format PDF] de s'opérer parmi nous. N'est-ce pas lui qui, par sa rapide et bruyante éloquence, par ses raisonnements énergiques et frappants1, a converti le véritable chef de l'église gallicane, et fait crouler ce mur fatal de séparation élevé depuis tant de siècles entre les membres d'une même famille et les enfants d'un même père ?

    N'est-ce pas lui qui, le premier, a armé son bras vengeur contre les lâches partisans, les vils souverains du despotisme, et donné l'immortalité à ces monuments fameux, destinés tour à tour à dissiper les ombres de la nuit, et à annoncer la brillante aurore de notre liberté2 ?

   N'est-ce pas lui qui, le premier, a animé le juste courroux de nos phalanges nationales, a devancé même leur course rapide et impétueuse, pour voler au secours de la patrie, et déconcerter le noir complot de ces fougueux aristocrates, qui voulaient arracher de notre sein le meilleur des princes et le plus tendre des pères3 ?

   N'est-ce pas lui qui, semblable aux illustres conquérants Romains, traînant à la suite les dé- [P. 10/14 de l'opus/P. 14/18 du format PDF] pouilles des vaincus, et promenant de toute part, avec un courage marital, leurs chefs orgueilleux et superbes, a mérité de faire, au milieu de nos murs, une entrée glorieuse et triomphante, et d'entendre le capitole parisien retenir de ces belles paroles : Henri IV avait conquis son peuple ; mais vous, vous avez conquis votre roi4 ?

    N'est-ce pas encore lui, dont les entrailles si sensiblement agitée à la vue de la France presque agonisante de besoin, est venu le premier déposer, sur l'autel de la patrie, les dépouilles du luxe et de la vanité, dépouilles si chères à son cœur, & par conséquent si méritoires aux yeux du vrai citoyen5?

   N'est-ce pas lui enfin qui, sacrifiant sans peine ses intérêts les plus précieux, abandonnant à des mains vulgaires le travail honteux de la quenouille, le soin trivial et fastidieux du ménage, vient tous les jours, et avec une infatigable constance, anoblir et décorer de sa présence les tribunes du sénat Français, diriger ses travaux, animer son courage, prévenir ses erreurs, applaudir à ses succès ?

 

     Et après des preuves si éclatantes, si multi- [P. 11/14 de l'opus/P. 15/18 du format PDF] pliées, et dont vos yeux sont frappés tous les jours, vous douteriez encore de notre zèle, de notre patriotisme et de nos talents !

   Ah ! Nos seigneurs, ne laissez donc plus ignominieusement enfouir des qualités si glorieuses pour nous, et si intéressantes pour la nation. Osez, aujourd'hui, réparer en notre faveur les anciennes injustices de votre sexe ; mettez-vous à portée de travailler comme vous et avec vous à la gloire et au bonheur du peuple Français, et si, comme nous l'espérons, vous consentez à partager avec nous votre empire, que nous ne devions plus ce précieux avantage à l'éclat de nos attraits et à la faiblesse de votre cœur ; mais uniquement à votre justice, à nos talents & à la sainteté de vos lois.

    En conséquence, nous remettons sur le bureau le projet du décret que nous croyons qu'il faudrait porter sur la matière présente.

 

PROJET DE DÉCRET.

 

    L'Assemblée nationale, voulant réformer le plus grand, le plus universel des abus, et réparer les tous d'une injustice de six mille ans, a décrété et décrète ce qui suit :

 

1°. Tous les privilèges du sexe masculin sont entièrement et irrévocablement abolis dans toute la France.

[P. 12/14 de l'opus/P. 16/18 du format PDF]

2°. Le sexe féminin jouira à toujours de la même liberté, des mêmes avantages, des mêmes droits et des mêmes honneurs que le sexe masculin.

3°. Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être & sont également nobles.

4°. On n’insérera plus dans les actes, contrats, obligations, etc. cette clause si usitée, mais si insultante pour le beau sexe : « Que la femme est autorisée par son mari à l'effet des présentes », parce que l'un et l'autre doivent jouir, de la même autorité.

5.° La culotte ne fera plus partage exclusif du sexe mâle, mais chaque sexe aura droit de la porter à son tour.

6° Quand un militaire aura, par lâcheté, compromis l'honneur français, on ne croira plus le dégrader comme il est arrivé souvent, en lui faisant arborer le costume féminin ; mais comme les deux sexes font et doivent être également honorables aux yeux de l'humanité, on se contentera désormais de le punir en le déclarant du genre neutre.

7.° Toutes les personnes du sexe féminin pourront être admises indistinctement aux assem- [P. 13/14 de l'opus/P. 17/18 du format PDF] blées de district et de département, élevées aux charges municipales, et même députées à l'assemblée nationale, lorsqu'elles auront les qualités exigées par la loi des élections. Elles y auront voix d'autant consultative et délibérative ; ce droit peut d'autant moins leur être refusé, qu'elles ont déjà celui de juger l'assemblée elle-même… Elles auront cependant le plus grand soin d'y parler tour à tour, afin qu'on puisse savourer plus aisément les belles choses qui sortiront de leur bouche.

8.° Elles pourront aussi être promues aux offices de Magistrature… Point de moyen plus propre à réconcilier le public avec les tribunaux de la justice, que d'y faire asseoir la beauté et d'y voir présider les grâces.

9°. Il en sera de même de tous les emplois, récompenses et dignités militaires… C'est alors que le Français sera vraiment invincible, quand son courage sera inspiré par le double motif de la gloire et de l'amour : n'en exceptions pas même le bâton de maréchal de France ; et pour que justice puisse être également faite, nous ordonnons que cet instrument si utile passera alternativement entre les mains des hommes et des femmes.

10°. Nous ne balançons pas non plus à ouvrir l'entrée du sanctuaire au sexe féminin, nommé [P. 14/14 de l'opus/P. 18/18 du format PDF] depuis si longtemps et à juste titre le sexe dévot. Mais comme la piété des fidèles est notablement diminuée, ledit sexe promet et s'engage, quand il montera dans la chaire de vérité, de modérer la grandeur de son zèle, et de ne pas trop longtemps exercer l'attention des auditeurs.

 

 

 

Notes

 

1 L'archevêque poursuivit à Versailles par la populace, surtout par les femmes, s'est réuni le lendemain aux communes.

2 Les jésuites [mot difficile à lire ???]

3 Révolution de Versailles.

4 Entrée du Roi à Paris.

5 Présent des bijouteries à l'assemblée nationale.

 

***

Brève présentation

 

 

   J'ai découvert ce texte bref pour la première fois en 2008 sur Gallica durant ma formation doctorale sur les représentations du pouvoir des femmes dans la presse du XVIIIe siècle... et j'étais subjuguée par ses vigueur, beauté et portée intellectuelle. Aujourd'hui, je me permets de vous le transmettre en mémoire des aïeules et aïeux féministes qui ont œuvré pour les droits des femmes du siècle des Lumières jusqu'aux nos jours. Dans ce texte, les femmes réclament entre autres le droit de siéger à l'Assemblée nationale (de devenir femmes politiques et députées).

   Il s'agit d'une requête anonyme dont on ignore la date exacte de la rédaction. Elle est adressée à l'Assemblée nationale durant la fameuse période de « La Révolution française du XVIIIe siècle ». Le lectorat avisé ou non est en mesure de se rendre compte de la portée universelle de ce document et de sa modernité malgré quelques expressions ici et là qui nous rappellent entre autres les formules classiques employées à l'époque pour nommer les femmes (« le beau sexe », « le sexe dévot », « notre sexe », « le sexe », etc.)

   Néanmoins, le féminisme dont certaines/certains spécialistes des Lumières qualifient de « pré-féminisme » y est patent. Le « nous »  utilisé pour parler des femmes met en évidence la conscience douloureuse des femmes de leurs condition et place dans la société de l'époque. Cela exprime aussi une volonté nette de se constituer en tant que minorité opprimée pour ce qu'elle représente et pour ce qu'elle est. De nos jours, où la féminisation des métiers et les discours sur l'écriture inclusive continuent à fleurir et à nous diviser, cette requête nous fait comprendre que la « Querelle des sexes » et celle des femmes (c'est-à-dire la « Querelle des femmes ») sont toujours d'actualité.

    De même, on découvre dans cette requête à quel point le genre (gender en anglais) constitue un débat politique, social et culturel sur la nécessité de maintenir les femmes en état de subalternes sous le joug d'un patriarcat dominant et totalitaire qui ne dit pas son non. Le document rappelle par ailleurs que l'homme est la référence même en grammaire (la noblesse supposée du genre masculin), ce constat est questionné et analysé : le masculin doit être un genre parmi d'autres. Plusieurs préjugés sexistes y sont dénoncés et parmi lesquels, on trouve la répression réservée aux militaires fuyards en les déguisant en femmes. Ce renvoi à un rang inférieur est une manière de rappeler aux femmes leur place inférieure dans la société révolutionnaire. La requête insiste sur cette assignation sexiste qui vise à humilier publiquement les femmes. On retrouve ce même préjugé sexiste à double tranchant pour les hommes et les femmes sous plusieurs formes dans les expressions qui féminisent les hommes ou celles qui les qualifient d’efféminés. Le/la féministe et/ou les féministes qui ont rédigé cette magnifique requête témoignent de la quête sans fin de l'homo sapience sapience pour (ré)établir la justice dans le monde. Quelque chose pousse donc l'être humain à aimer non seulement la sagesse mais à aimer encore plus la justice et de s'en réclamer.

    Faut-il encore ne pas omettre de voir dans cette requête une manière de célébrer notre faculté de juger et particulièrement L'esprit critique du siècle des Lumières qui ne peuvent que nous rappeler que l'égalité des droits est un chemin arpenté et une révolte sans fin.
 

 

Cet ouvrage, édité ici, est intitulé Requête des dames, à l'Assemblée nationale ([Reprod.]), Anonyme, [s.n.], 179., 14 p., permaliens des pages transcrites et remaniées :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f3.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f4.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f5.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f6.image,

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f14.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f15.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f16.image,

 

Ce texte transcrit et présenté brièvement pour Le Pan Poétique des Muses appartient initialement au domaine public et provient de la Collection des "archives de la Révolution française ; 9.4.192" de la Bibliothèque nationale de France. Cet opus a été mis en ligne sur Gallica le 15 octobre 2007, voir le permalien : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587. Une édition critique de cet ouvrage est en cours.

 

***

Pour citer ce texte


Dina Sahyouni (transcription en français moderne, remaniement & brève présentation du texte par), «  Requête des dames à l'Assemblée nationale suivie d'une brève présentation », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin, mis en ligne le 8 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/requete-des-dames

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans Megalesia SIEFEGP
7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 15:58

 

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Surgissement & Céleste

 

 

 

 

par Judivan J. Vieira

 

 

 

Deux poèmes traduits par

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

Ces deux extraits sont reproduits

 

avec l'aimable autorisation des poètes et de la maison d'édition Du Cygne

 

 

 

© Crédit photo : la 1ère de couverture illustrée aux éditions Du Cygne,

image fournie par Maggy de Coter.

 

 

Surgissement

 

 

Tu surgis de nulle part

Au milieu d’une étendue de poussière

Environnant un haut plateau central.

Tu as pris ton envol d’un passé

Passé linéaire comme une carte astrale.

Tu as métamorphosé l’enfer

Tu as approfondi le Brésil dans ce ciel indigo.

Le voile se déchira et d’une rivière à l’autre

Tu as drainé des vies dans ce que c’était la solitude.

Tu t’es ouvert sur Cerrado

Tu as guéri le péché de l'isolement.

Dans le mélange des âmes tu as sculpté des hommes

Et leurs serments

Tu étais un amalgame de moments sublimes

Tu es devenu un jardin de pierres, d’ipés

Dont les couleurs traduisent le printemps.

Tes enfants t’ont vu jouer dans le parc

De la fille la plus tendre à celle d’âge moyen.

Les enfants de tes enfants déploient leurs ailes

Dans le delta grisant d’une terrasse verte…

Tes lieux n’ont pas de fin

Tes coins ont été faits pour moi ...

Là, je me laisse aller au découragement

En regardant la rose de tes vents.

Je respire le jasmin de l’Avenue W3

Je sais que ce sera bientôt ton tour...

Je tourne en rond

Je t’apprécie dans un coucher de soleil

J’abandonne mes plaintes ...

Il n’y a pas d’îles ici

Il y a des vies qui se croisent

Et l’on s’aime à Brasilia ...

 

 

***

 

 

Céleste

 

 

Plus loin qu’au-delà de moi-même

Outre-terre

Outre-ciel

Outre soi-même.

Je me suis fragmenté, et toi aussi ...

Nous travaillons sur des planctons

Dans l’océan de la vie.

Nous traversons des courants de feu et de glace

Allant du chaos parfait à la nébuleuse

Que ton cou a générée

En calmant les explosions de mes supernovas.

Prière qui me condense, me paralyse ...

J’étais une particule en ignition dans ton corps

Céleste ...

Adjectif mixte

Dans ton plaisir puéril

Graine de tes mondes bleus navigants.

Terre sur laquelle

Ton bateau n’a jamais navigué.

 

***

 

© Crédit photo : les 1ère & 4ème de couverture illustrée aux éditions Du Cygne,

image fournie par Maggy de Coter.

 

 

 

Les deux poèmes reproduits ci-dessus sont des extraits du recueil Rasgos no véu da solidão/Déchirures du voile de la solitude (poésie bilingue français-portugais) de Judivan J. VIEIRA, traduit par Maggy DE COSTER, 14 x 21 cm, 92 p., 12 €, ISBN 978-2-84924-527-9

 

Pour commander le livre chez l'éditeur, merci de cliquer sur ce lien

 

***

Pour citer ces poèmes


Maggy de Coster (traduits par), « "Surgissement" & "Céleste" par Judivan J. Vieira », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin, mis en ligne le 7 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/surgissement-vieira

 

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