21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 19:00

Lettre n°14 |Être féministe| Critique & réception

 

 

 

Zainab Fasiki.

 

La révolution des

 

mœurs par l’art

 

 

Photographies de l'artiste fournies par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

© Crédit photo :​ ​​​Image n°1.

 

 

La bande dessinée de Zainab Fasiki s’intitule « Hshouma », mot clé qui clignote, depuis des siècles, dans les cerveaux marocains comme une alerte culpabilisante. Une machine morale qui broie d’avance toute résistance. Le livre, rouge et noir, indocile et libertaire, se décline comme un blog réfractaire, un graff’zine pamphlétaire. L’esprit soixante-huitard souffle sur les slogans ravageurs. Le message se condense dans sa métaphore. L’image émoustille et scintille comme un sémaphore. Les slogans, les aphorismes, les fragments livrent l’insoutenable vécu dans sa crudité liberticide. Dans cette sémiotique minimaliste, le signe et le signal se répandent en écho. Le cri se fait symbole. La candeur apparente cache une ambition désarmante. Zainab Fasiki veut, à l’instar du poète Arthur Rimbaud, que son dessin soit plus qu’un dessin, qu’il soit catalyseur de révoltes salutaires et locomoteur d’une libération des mœurs, transformateur de la société et transfigurateur de la vie. Qu’il soit une onde de choc, qui délivre les âmes malades de leur tourmente héréditaire.

 

La hshouma, imposée comme une exigence culturelle, une inhibition nécessaire, est, sans conteste, le facteur principal de la servitude volontaire, la raison profonde de la névrose collective et de la schizophrénie sociale. Le mot synonyme d’interdit, ressenti comme une souillure rédhibitoire, une faute impardonnable, une tare déshumanisante, s’accoutre, pour mieux injecter son dard, d’insinuations vexantes et d’allusions infâmantes. À peine murmuré, il fonctionne comme une angoisse indiscernable, un ressort irrépressible d’émotion incontrôlable. Il signifie la honte, l’humiliation, la peur du ridicule, le malaise collectif provoqué par une incartade individuelle. À la moindre inobservance des règles phallocratiques, s’arbore, contre le mauvais œil, la main de Fatima et sa khamsa, son chiffre purificateur. Cette sémantique du tabou se retrouve, sous la plume de la bédéiste enragée, par un retournement dialectique du sens, sous l’effet de l’ironie socratique, une devise transgressive et une bannière subversive.

 

© Crédit photo :​ ​​​​ Image n°2.

 

Zainab Fasiki se projette dans l’image iconique d’une Vénus géante, posant sa main sur une gratte-ciel casablancais pour dénoncer la dévalorisation du corps féminin et protéger ses concitoyennes des exactions quotidiennes. La victime calomniée, discréditée, avilie, s’enferme dans une solitude mortifère. La cible est en même temps bouc émissaire et souffre-douleur, défouloir des médisances abominables, déversoir des privations individuelles et des frustrations collectives.  La hshouma se cristallise particulièrement sur l’image du corps, s’enkyste comme une flétrissure inexorable, une blessure narcissique. Des recherches génétiques ont mis en évidence l’impact du sentiment de honte sur la diminution de la dopamine, stimulatrice de la mémoire, et sur la détérioration des capacités cognitives. La culture patriarcale somme la femme d’être invisible à l’extérieur et soumise à l’intérieur sous peine d’être jetée en pâture aux fureurs libidinales. Les dessins de Zainab Fasiki démontent les mécanismes diaboliques qui transforment les violences sexuelles en sacralités prescriptives et les insubordinations légitimes en désobéissance blasphématoires.

 

Adolescente, Zainab Fasiki se portraitise en posture de panthère prête à bondir, ongles des mains et des pieds vernis de rouge, aiguisés comme des griffes. Le combat d’une vie se décide dès l’enfance. La rébellion s’exprime d’abord dans les tenues vestimentaires, mini-jupes, shorts jean, débardeurs, avant d’exploser dans la nudité mutine. L’indignée timide se sensualise, se métamorphose, par la magie du graphisme, considéré comme une activité ludique inoffensive, en superwoman activiste, passionaria de la révolution des mœurs. Certains dessins sont des références explicites à Wonder Woman de Charles Moulton, l’Amazone justicière avec ses bracelets protecteurs et son lasso dévastateur. William Moulton Marston est psychologue de profession. Il crée et scénarise, en 1940, Wonder Woman, en collaboration avec le dessinateur Harry George Peter, pour contrer l’hégémonie machiste. Le premier communiqué de presse présente le personnage ainsi : « Wonder Woman a été conçue par le docteur Marston dans le but de promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité libre, pour lutter contre l’idée que les femmes sont inférieures ». La superwoman est belle et intelligente. Se précise le paradigme de Zainab Fasiki. L’attitude défensive, protestataire, se transmute, au fil des créations plastiques, en militance intensive. « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain (Juvénal). « C’est une erreur bien pitoyable d’imaginer que l’exercice du corps nuise aux opérations de l’esprit, comme si ces deux opérations ne devaient pas marcher de concert, et que l’une ne dût pas toujours diriger l’autre » (Jean-Jacques Rousseau, "Émile ou De l'éducation" ).

 

© Crédit photo : image n°3. 

 

L’artiste prend conscience très vite qu’elle ne peut compter que sur ses prédispositions et sa volonté. Elle adopte intuitivement la philosophie du do-it-yourself. Pour s’exprimer librement, elle ressent un besoin d’autogestion avant de fédérer les exaspérations similaires. Je me souviens, pendant la dépression post-soixante-huitarde, d’une lecture vivifiante, « Do it ! Scénarios de la révolution » de Jerry Rubin (traduction française éditions du seuil, 1971), avec des dessins de Quentin Fiore et une préface d’Eldridge Cleaver, dirigeant du Black Panther Party. Un livre-événement, à la fois manifeste du mouvement antimilitariste Yippies (Youth International Party), bande dessinée, apologie de l’activisme libérateur, manuel d’une jeunesse qui désire construire elle-même son devenir, hors des schémas imposés par l’ordre établi. « Une société qui abolit toute aventure fait de l’abolition de cette société la seule aventure possible ». « Le mythe devient réel quand il offre aux gens une scène sur laquelle ils jouent leurs rêves, où ils tirent le meilleur d’eux-mêmes », où ils inventent, sans entraves et sans contraintes, leurs propres manières. Surtout ne pas grandir. Ne pas s’aigrir comme les adultes. Ne pas abandonner ses rêves. Jerry Rubin trouve l’imparable technique pour casser l’autorité et briser les tabous, en prenant les événements à contre-sens, en transformant les sinistres audiences des commissions d’enquête en fêtes carnavalesques, en démasquant le visage hideux de l’oppressive réalité.

 

Zainab Fasiki affirme et revendique sa démarche didactique. Elle braque son projecteur sur les torts de la raison morale et les vices de la vertu. Son travail artistique est une célébration truculente du corps, de la nudité, des orientations choisies, et une dénonciation virulente du harcèlement, du viol, des valeurs moisies. Ses messages ne s’encombrent pas d’argumentations théoriques. La légende incisive sur image corrosive exploite au mieux la communication numérique, l’effet boule de neige de la transmission internétique, la solidarité réseautique des damnés de la société. L’explicitation philosophique se trouve dans les thèses émancipatrices de Wilhelm Reich. « L’exigence de chasteté des jeunes femmes prive les garçons d’amour physique pour créer les conditions typiques de l’ordre social. La rigueur de la morale engendre l’immoralité réactionnaire, l’adultère et les relations extra-conjugales, qui se doublent de phénomènes sociaux grotesques, la perversion libidinale et la sexualité mercenaire ». « Les perturbations mentales, l’altération de la pensée rationnelle, la résignation, la soumission à l’autorité sont liés aux troubles de la vie sexuelle ». « Qui mange à sa faim n’a pas besoin de voler son pain. Qui jouit d’une sexualité satisfaisante n’a pas d’idées sataniques. La régulation répressive des relations sociales discipline la société et dérègle les individus. L’autorégulation de l’économie sexuelle épanouit le corps et l’esprit » (Wilhelm Reich, "La révolution sexuelle", traduction française éditions Christian Bourgois, 1982).

 

La hshouma, arme terrible de destruction psychique, utilise les mêmes techniques de dénigrement, de rabaissement, de bastonnage que le bashing. Internet est décidément une outil communicationnel à double tranchant, générateur du meilleur et du pire. Les sites apologétiques de la virilité dominatrice, avec des mots d’ordre explicite comme « Sois homme », essaiment aussi vite que les plateformes de lutte contre le machisme. Le phallocratisme se glorifie dans la littérature. « Ce bâton de chair est le calame qui inscrit ta postérité dans le livre des siècles, le soc qui laboure la terre-mère, le flambeau qui transmet son feu aux multitudes que tu génères. Soigne-le comme la prunelle de tes yeux parce qu’il te conduit plus loin que ton regard. Mais, tiens bien ton cheval ailé en bride, sinon il devient le doigt qui t’accuse, le tison qui te brûle, la corde qui t’étrangle » (poésie populaire maghrébine).

Le voile islamique, étendard idéologique de l’intégrisme contemporain, s’exhibe dans les rues comme un obséquieux fétichisme. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir / Par de pareils objets les âmes sont blessées / et cela fait venir de coupables pensées » (Molière, "Tartuffe ou l'imposteur" ). Les moralisateurs et les pudibonds, qui perçoivent le corps féminin dans son entier comme un organe sexuel, sont les premiers promoteurs de la culture du viol. Les femmes, même voilées de la tête aux pieds, ne sont pas à l’abri des harcèlements incessants. L’intégrisme s’attaque prioritairement liberté vestimentaire préjugée comme une fitna, une source de discorde. Les prêches hargneuses contre le tabarouj (le refus de porter le hijab) sur les télévisions satellitaires s’apparentent aux inquisitions moyenâgeuses.

 

Les citadines, depuis l’époque du protectorat, combinent les tenues traditionnelles et les toilettes occidentales selon les circonstances et les situations. La reconfessionnalisation massive de la société après l’indépendance, dans une confusion délibérée entre gouvernail profane et boussole religieuse, s’est traduite par la moudawana de 1958 (code du statut personnel), inspirée par la charia, conçue comme un texte inaltérable, de droit divin. Cette loi légalise le mariage des filles à quinze ans, la polygamie et la répudiation, et donne un pouvoir régalien au père sur sa famille. Le texte, qui abolit la loi coutumière berbère institué par le mandat français, est érigé en symbole de l’unité nationale dans son identité islamique. La réforme de 2004 arrondit les angles, mais n’abolit le dogme malékite. L’âge minimum légal de mariage pour les filles passe à dix-huit ans. La famille est placée sous la responsabilité des deux époux. Mais la polygamie et la répudiation demeurent même si elles nécessitent un contrôle judiciaire et qu’elles ne dépendent plus des adouls. Les timides refontes législatives ne remettent pas en cause la tutelle de fait sur les femmes. Chaque année, quinze mille personnes sont poursuivies pour liens sexuels hors mariage au titre de l’article 490 du code pénal. Trois mille personnes sont incarcérées pour adultère. L’article 449, dans un inventaire à la Prévert,  punit d’un an à cinq ans de prison tout responsable d’un avortement ou d’une tentative d’avortement « par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres ou tout autre moyen », et particulièrement « les médecins, les chirurgiens, les officiers de la santé, les dentistes, les sages-femmes, les pharmaciens, les étudiants en médecine ou en art dentaire, les étudiants ou employés pharmaciens, les herboristes, les bandagistes, les marchands d’instruments de chirurgie, les infirmiers, les masseurs, les guérisseurs, les mouwalidats et les qaldats (accoucheuses traditionnelles) ». L’avortement est permis par l’article 45 uniquement quand un praticien juge la vie de la mère en danger ou que sa santé est en péril. Et l’article 454 punit d’une peine d’emprisonnement de deux mois à deux ans quiconque fait de la publicité pour l’avortement, même si la provocation n’est pas suivie d’effet, « par des discours publics, des livres, des écrits, des imprimés, des annonces, des affiches, des dessins, des images ».

 

Le projet de loi contre les violences faites aux femmes traîne pendant une décennie dans les sous-débats du parlement marocain avant d’être adopté en février 2018 avec de flagrantes lacunes. La loi, qui n’assigne aucune obligation à la police et à la justice, contraint les victimes à prendre l’initiative de poursuites pénales. Le système judiciaire recèle des absurdités abracadabrantes. Les témoignages féminins ne sont toujours pas recevables dans l’établissement des actes adulaires et pourtant, la fonction d’adoul, notaire de droit musulman, s’est ouverte récemment aux femmes, qui font aussi partie des plus hautes instances théologiques, le Conseil supérieur des Oulémas entres autres. Le communiqué entérinant ces nouvelles dispositions est un joyau de sophistique. « La Conseil supérieur des Oulémas a émis un avis autorisant la femme à exercer la profession de adoul, conformément aux dispositions de la charia relatives au témoignage (chahada) et ses différents types, et les constantes religieuses du Maroc, en premier lieu les principes du rie malékite, et en considération du haut niveau de formation et de culture scientifique acquis par la femme et de par la qualification, la compétence et la capacité dont elle a fait preuve dans les différentes fonctions qu’elle a assumées ». Et pourtant, les règles de l’héritage musulman, le taâssib, accorde toujours la part de lion aux hommes et ne laisse aux femmes que des miettes. Les inégalités plongent leurs racines séculaires dans une organisation sociétale à géométrie variable où les oulémas constituent le remparts infranchissables.

 

Les contradictions et les ambiguïtés se concentrent dans la loi fondamentale. La Constitution du 11 juillet 2011 reconnaît à toutes les citoyennes et les citoyens les droits et les libertés garanties par les conventions internationales, notamment l’égalité des femmes et des hommes, mais n’accompagne ces principes d’aucune application. La charia régit toujours les affaires familiales, le mariage, l’héritage. Et pourtant, d’autres modèles juridiques perdurent ouvertement, comme traditions locales, ou secrètement. Dans le marché du mariage, souk zouaj, qui connaît un regain d’intérêt, ce sont les femmes qui choisissent leurs futurs époux. Des sites sur internet reprennent l’exemple. Certaines sociétés berbères préservent des caractéristiques matrilinéaires. Les figures mythiques de reines berbères comme la Kahina, la prophétesse, Dihya comme la nomme Ibn Khaldoun, morte au combat contre les arabes ou la princesse sahélienne Tina Hinan, originaire du Tafilalt marocain, ancêtre des touaregs du Hoggar, sont des icônes de l’amazighité renaissante. Ibn Batouta constate la liberté sexuelle des femmes et l’absence de jalousie masculine chez les pasteurs nomades. Le tombeau de Tina Hinan est antérieur à l’islamisation d’après les datations au carbone 14. Cette culture ancienne fait prévaloir la filiation maternelle dans l’héritage du droit au commandement. Ses mythes expliquent la naissance des fils de la femme par son accouplement aux espèces non-humaines des djinns et des géants. Les femmes, entretiennent des relations spéciales avec le surnaturel, qui leur procure le pouvoir de divination. Les pratiques matriarcales échappent aux logiques dominatrices par qu’elles s’alimentent d’imaginaires féériques, de cosmogonies fantastiques, de solutions thaumaturgiques. Aucun groupe féminin ou masculin n’a de pouvoir exclusif dans cette organisation égalitaire. La fonction même de chefferie se légitime par la reconnaissance de contre-pouvoirs et ne désigne en fin de compte qu’un rôle d’arbitrage. L’atavique attachement aux valeurs utérines ressurgit dans la résolution des dissensions familiales. La société, sans autorité pyramidale, fonctionne dans l’interactivité transversale.

 

La langue vernaculaire darija manque cruellement de vocabulaire se référant positivement à la sexualité. La libido est considérée, sans autre forme de procès, comme le mal absolu, le domaine sulfureux des furies tentatrices et des harpies débaucheuses. Les parlers amazigh se distinguent, a contrario, par la richesse de leur vocabulaire érotique. Le matrimoine inaliénable, s’allégorise par l’expression « lait vivant ». La matrilignée applique sa sémantique bienfaisante, enveloppante, stabilisante, aux allégories anatomiques, charnelles. L’antériorité du féminin sur le masculin se véhicule dans les récits légendaires. Une goutte originelle se détache du vide cosmique, tombe sur la terre et marque le début des temps. La goutte roule, dépose sa partie la plus dense, le principe féminin, et largue en fin de course sa partie la plus légère, le principe masculin. Les deux pôles complémentaires nécessaires à l’orientation du monde sont issus de la même substance, dissociée par l’entrechoc de la stabilité et de la mobilité. Les généalogies berbères sont générées par les femmes. Les hommes apparaissent comme des êtres étranges, frustes, incultes, surgis d’univers invisibles, contrairement aux femmes créatrices de culture. La femme incarne l’origine, la maison, l’intérieur, le cœur de la société. L’homme, figurant l’extérieur menaçant, l’obscur intrigant, l’inconnu fascinant, nécessite des rituels de domestication, notamment son voilement. La femme, dans sa beauté transparente, demeure dévoilée. Son rayonnement éclaire son environnement. La capacité d’attraction de la femme se mesure au nombre d’adorateurs qui la portent aux nues. Elle choisit librement son amant parmi les compétiteurs des joutes poétiques. Son prestige rejaillit sur toute sa famille. La morale monothéiste, restrictive et répressive, cède la place à une éthique jouissive. La pluralité dialogique se substitue à la prescription uniciste. Les rôles sont réversibles dans l’horizontalité des équivalences. L’entité sociale se dynamise de la dualité stimulante de ses composantes. La centralité féminine se ramifie dans la diversité des existences. Le monde a besoin de ses racines féminines et de ses frondaisons masculines pour épanouir ses potentialités civilisationnelles. Sans ancrage, la mobilité dérive. Sans mouvance, l’assise s’entombe. Le matriarcat berbère est une dynamique humaine.

 

 

 

Note

* Zainab Fasiki, "Hshouma", Massot Éditions. Paris. 2019.

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Pour citer ce texte
 

Mustapha Saha, « Zainab Fasiki. La révolution des mœurs par l’art », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 21 janvier 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/zainabfasiki

 

Page publiée par le rédacteur David Simon

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm
16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 15:21

Lettre n°14 |Être féministe| Critique & réception

 

 

 

Le Prix Simone de

 

Beauvoir consacre

 

le Mouvement

 

social Hors-La-Loi

 

 

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

© Crédit photo :​ ​​​Image n°1.

 

Paris, Maison de l’Amérique Latine, 9 janvier 2020, devant un parterre de célébrités intellectuelles sorties des années glorieuses de la lutte féministe, la représentante du mouvement marocain  Hors-La-Loi, Sonia Terrab, reçoit le Prix Simone de Beauvoir des mains de Sylvie Le Bon de Beauvoir. Pierre Bras, délégué général, et Nicole Fernandez Ferrer, directrice du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, réalisatrice et gardienne des archives, veillent discrètement au bon déroulement de l’événement. L’avocate Ghizlane Mamouni enregistre la scène sur son portable. Le prix est obtenu sur suggestion de l’algérienne Sihem Habchi, militante active contre les exclusions sociales, membre de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

 

Le discours de Sylvie Le Bon rappelle d’emblée la pertinence de la philosophie beauvoirienne : « Simone de Beauvoir affirmait sans cesse l’unité nécessaire de la pensée et de l’action. Penser sans agir n’est qu’un jeu. Agir sans penser n’est qu’un geste sans conséquences. L’écriture n’est ni un jeu futile, ni un geste inutile, mais un acte dans lequel se risque et se justifie toute l’existence. En s’inscrivant dans la réalité du monde, une œuvre relayée, réfractée dans la conscience des lecteurs, peut devenir une force  redoutable, une arme puissante contre le scandale de l’inhumain, qui prend de nombreux visages, l’arbitraire, l’injustice, l’oppression, l’iniquité, la tyrannie, et tous les dénis cyniques et sournois de la liberté. « Le Deuxième sexe » a été conçu par son autrice en 1949 comme un essai, une réflexion théorique sur la condition des femmes. L’histoire a changé la destinée du livre. L’ouvrage a révélé toute sa portée vingt ans après quand la célèbre formule, qui condense ses analyses, « On ne naît pas femme, on le devient », a inspiré et fédéré des luttes féministes décisives, à partir des années soixante-dix, quand le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) s’est fait reconnaître et entendre  aux Etats Unis, en France et dans le Monde entier. « Le Deuxième sexe » continue d’être traduit et de gagner davantage d’aires linguistiques. Le collectif signataire du manifeste des Hors-La-Loi reflète dans sa quintessence l’esprit beauvoirien, une philosophie de la liberté qui, bien que les femmes soient les premières concernées, s’adresse aussi aux hommes puisque les expressions fondamentales de la liberté, qui sont le libre choix et la libre pratique sexuelle, doivent être des droits incontestés de tout être humain. Or, c’est loin d’être le cas aujourd’hui ».

Ma dilection pour Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre est si vivace qu’il me semble qu’ils sont toujours vivants. Je sais d’expérience la richesse naturelle de leur intellect et la probité foncière de leur affect. Je dors sous une  bibliothèque contenant tous leurs livres, dans leurs éditions originales. Je ferme les yeux pendant le discours de Sylvie Le Bon de Beauvoir. Je suis abasourdi par le mimétisme physique, vocal, verbal, une incroyable gémination. Même coiffure, même posture intimidante, même attitude prévenante et distante à la fois, mêmes intonations tranchantes, mêmes expressions péremptoires et convaincantes.  À croire que Simone de Beauvoir a malicieusement prolongé son existence en se réincarnant dans sa fille adoptive. Sylvie Le Bon de Beauvoir, admirable d’abnégation, exhume, annote, édite les textes inédits, les cahiers de jeunesse, le Journal de guerre, les deux tomes des Lettres à Jean-Paul Sartre, les Lettres à Nelson Algren, la Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost, établit la chronologie des deux volumes des mémoires dans la collection La Pléiade. Comment s’étonner que l’œuvre prolifique de sa mère soit l’œuvre de sa vie ? Simone de Beauvoir ne disait-elle pas : « Une journée où je n’écris pas a un goût de cendres » ? La belle filiation élective s’immortalise dans « Tout compte fait ».

 

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Simone de Beauvoir fait, à dix-huit ans, quatre séjours au Maroc avant d’y retourner avec Jean-Paul Sartre. Leur infaillible engagement pour l’Indépendance se retrouve dans leurs écrits prémonitoires. Elle est sans doute fière, dans sa demeure éternelle, d’être, post-mortem, la marraine de cette nouvelle génération de féministes maghrébines sans complexes. Les juges, Les législateurs, Les gardiens scrupuleux de la morale publique sont dangereux. « L’homme sérieux est dangereux. Il est naturel qu’il se fasse tyran. Méconnaissant avec mauvaise foi la subjectivité de son choix, il prétend qu’à travers lui s’affirme la valeur inconditionnée de l’objet, et d’un même mouvement, il méconnaît aussi la valeur de la subjectivité et de la liberté d’autrui, si bien que, les sacrifiant à la chose, il se persuade que ce qu’il sacrifie n’est rien. L’administrateur colonial qui a élevé la route à la hauteur d’une idole n’aura pas de scrupule à en assurer la construction au prix d’un grand nombre de vies d’indigènes. Car, quelle est la valeur d’un indigène présumé maladroit, inefficace et paresseux ? Le sérieux conduit à un fanatisme aussi redoutable que le fanatisme de la passion. C’est le fanatisme de l’Inquisition, qui n’hésite pas à imposer un credo, c’est-à-dire un mouvement intérieur par des contraintes extérieures. C’est le fanatisme des Vigilants d’Amérique, qui défendent la moralité par des lynchages. C’est le fanatisme politique, qui vide la politique de tout contenu humain et impose l’ordre étatique non pour les individus, mais contre eux » (Simone de Beauvoir : "Pour une morale de l'ambiguïté", éditions Gallimard, 1947).

 

Dans une société régie depuis des siècles par le silence, la  hchouma faisant office de cadenas indéverrouillable, le déblocage des mœurs commence par la libération de la parole. La prohibition de la sexualité hors mariage rappelle la situation française des années soixante où la légalisation de la contraception n’intervient qu’en décembre 1967 sur proposition du député  Lucien Neuwirth. S’obtient ainsi l’abrogation de la loi de juillet 1920, qui interdit non seulement toute contraception, mais également toute information sur les moyens contraceptifs. L’interruption volontaire de grossesse est illégale jusqu’à la dépénalisation de l’avortement par la loi Simone Veil de janvier 1975, reconduite sans limite de temps par la loi de décembre 1979. Le manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir en 1971, s’ouvre sur ce paragraphe applicable en tous points aux réalités marocaines : « Un million de femmes se font avorter chaque année. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ce million de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre ». Le manifeste est un fait patent de désobéissance dans la mesure où aucune signataire se déclarant hors-la-loi n’est  poursuivie. Le procès de Bobigny, jugeant cinq femmes pour complicité d’avortement, est une dénonciation spectaculaire des lois scélérates. Simone de Beauvoir, qui préside l’association féministe « Choisir » et l’avocate Gisèle Halimi déclenchent une offensive politique devant le tribunal en démontrant l’injustice des lois liberticides. L’une des inculpées rétorque au juge d’instruction : « Monsieur le Juge, je ne suis pas coupable. C’est votre loi qui est coupable » avant de se voir sommée de se taire sous peine d’une seconde inculpation pour outrage à magistrat. La jeune Marie-Claire, à l’origine de l’affaire, finalement relaxée, dont le prénom explose à la Une des journaux, devient une héroïne malgré elle. L’aveuglement du procureur atteint son paroxysme quand il exige des médias de respecter l’article 39 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse censurant la publication des débats sur l’avortement.

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Sonia Terrab érige la raison subjective en profession de foi romantique : « Notre mouvement a commencé par des colères individuelles, qui ont suscité une volonté collective de dire et de changer les choses. Notre génération représente une nouvelle vague du féminisme, qui ose formuler les problèmes tels qu’ils se posent dans leur rudesse quotidienne. Pour sortir de la résignation, il faut libérer la parole, la parole bâillonnée des femmes, la parole asphyxiée des jeunes, la parole de l’individualité, la parole de l’intimité. La révolte est avant tout une révolte individuelle contre les tabous et les interdits imposés dès la naissance par les parents. Le changement commence dans le cercle familial. Il n’y a pas d’épanouissement de l’être humain sans liberté. La jeunesse marocaine n’est pas motivée par des pensées politiques, des idées politiques, des engagements idéologiques. La jeunesse marocaine, en connexion avec la planète entière sur internet, a essentiellement besoin de liberté. Les jeunes veulent marcher librement dans la rue, faire la fête, rire, se toucher, s’aimer. Dans notre société pudibonde et moraliste, mettre l’amour en avant est en soi révolutionnaire. Nous avons du mal à nous aimer parce que l’amour est identifié au mal. Notre combat n’a d’autre but que la liberté d’être, d’aimer, d’exister ».

 

L’intervention de Sonia Terrab, chargée d’attendrissantes effusions sentimentales, réveille en moi les souvenirs de mes séjours universitaires  à Berkeley, quand les hippies agitaient joyeusement leurs pancartes « Peace and love » au Golden Gate Park de San Francisco et jetaient des fleurs sur les barrages policiers. Je reconnais du coup les signes avant-coureurs d’une bifurcation socioculturelle. Ainsi en va-t-il de l’atavisme marocain, une étoile verte pacifique, sur fond rouge hérétique. Des slogans soixante-huitards résonnent dans ma mémoire, « Faites l’amour, pas la guerre », « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves »,  « Ils peuvent couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps », « Ne me libère pas, je m’en charge », « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». L’émergence du désir, du plaisir, comme exigences vitales, et leur expression sur la place publique sont les meilleurs antidotes au harcèlement sexuel. Quand les pelouses interdites se couvrent de silhouettes enlacées, de corps relaxés, la société recouvre sa concorde et sa pleine santé. La génération actuelle, accablée par la terreur intégriste, n’a pas connu les défilés en bikini égayant les fameuses piscines Tahiti, Miami, Acapulco, Kon-Tiki… de la corniche casablancaise jusqu’aux années soixante-dix, et les femmes se promenant tranquillement en jupes courtes sur les boulevards du centre-ville. L’émancipation sociale se reflète en premier lieu dans la liberté vestimentaire. La servitude s’inscrit dans les uniformes. Les jeunes activistes marocaines,  ni fatalistes, ni soumises, font voler en éclat les tabous sur le corps féminin, se maquillent et se font belles pour elles-mêmes, démystifient les stéréotypes de l’éternel féminin et du pater familias, le père, le professeur, le patron.

 

 

Sonia Terrab évoque volontiers le roman « La Servante écarlate » (The Handmeid’s tale) de Margaret Artwood, qui décrit un système totalitaire régi par la religion, où les femmes sont rabaissées au plus bas de l’asservissement, divisées en castes, les Épouses aliénées par les affaires domestiques, les Marthas épuisées par les tâches ménagères, Les ÉconoFemmes mariées aux miséreux et les Tantes, vêtues de grandes robes écarlates, chargées de la reproduction de l’espèce humaine. Les femmes âgées, bouches inutiles, sont condamnées à trier des déchets toxiques dans des colonies isolées. Le taux de natalité est bas à cause de la pollution. Les rares nouveaux nés naissent handicapés. L’interjection « Ne laissez pas les salopards vous exterminer » (Nolite te salopardes exterminorum) explicite le message de la fiction. Sonia Terrab commente et applique la leçon : « Quand les femmes s’autonomisent, elles se responsabilisent et responsabilisent leur entourage ». Elle investit son savoir-faire communicationnel pour motiver et mobiliser les journaux et les réseaux sociaux, lancer le mouvement sur tous les fronts médiatiques, tisser des passerelles au-delà des frontières. La solidarité sur le web fonctionne à merveille. Les témoignages se propagent par centaines. Les tabous se fracassent dans l’interactivité déculpabilisatrice. Les ralliements se multiplient par milliers. L’opération est si bien réussie, si bien relayée par la presse internationale, que l’indignation réactive se transforme en revendication législative. Demeure le problème de la jeunesse masculine qui, pour une bonne partie, entretient le culte de la virilité et pratique, dans les milieux déshérités particulièrement, la persécution morale, sinon physique. Les jeunes gens scolarisés, sexuellement frustrée, faute de profiter de la société de consommation, participent, en revanche, à la société de communication, se distinguent par leur activisme sur la toile et réclament, dans l’étouffoir sociétal, leur bulle d’oxygène.

 

Le mouvement  « Hors-La-Loi » naît d’un manifeste dénonçant l’article 490 du code pénal, qui interdit  toute relation entre deux personnes hors mariage. Les signataires, 15 000 citoyennes et citoyens marocains,  se déclarent ouvertement hors-la-loi, sous transparente identité, en assumant une liberté sexuelle juridiquement prohibée, délit pour lequel 15 000 personnes en moyenne sont chaque année poursuivies et condamnées à des peines de prison ferme. L’arrestation de la journaliste Hajar Raïsonni en août 2019  sert de détonateur à des protestations collectives et à des manifestations massives, qui, faute d’être comprises, semblent avoir excité la sévérité des tribunaux. Le combat se résume dans un slogan, brandi comme irrécusable étendard, « L’amour n’est pas un crime ». La lutte somme toute pacifique et défensive, qui ne revendique que l’abolition des lois régressives, antinomiques des droits humains proclamés dans la Constitution, est probablement la prémisse d’une incontournable révolution des mœurs. Le droit de disposer de son corps est une liberté individuelle inaliénable qui ne tolère aucune ingérence publique.

 

Il a donc suffi  de quelques écrivaines et artistes, Karima Nadir, animatrice de l’Association des droits numériques (ADN), Sonia Terrab et Fatima-Zahra Bencherki, réalisatrices des capsules Marokkiat, qui donnent la parole aux jeunes femmes sans-voix et démontent sans ménagement les préjugés dominants,  pour fédérer des exaspérations latentes depuis des décennies, depuis la Moudawana régissant le droit familial et le statut personnel, adoptée en 1958, qui livre, malgré ses amendements ultérieurs, la vie privée des citoyens aux prescriptions phallocentriques des oulamas. Les tournants historiques génèrent des minorités agissantes, qui saisissent opportunément les signaux des transformations radicales. Les mentalités tardent, les idées avancent. Qu’on se souvienne de la vieille taupe marxienne, « notre vieille taupe, qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement ». Cette vieille taupe n’est autre que l’histoire. « Bien travaillé, vieille taupe » (Hegel : Leçons sur l’histoire de la philosophie, éditions Gallimard 1954). Hegel reprend les mots d’Hamlet parlant au fantôme de son père, pour désigner  l’œuvre de l’esprit dans les sous-sols de l’histoire et la capacité de la pensée de secouer la croûte de notre présent (William Shakespeare : Hamlet, traduction d’Yves Bonnefoy, éditions Mercure de France, 1962). « Les petits craquements, les petites déchirures dans l’écorce solide de la société bourgeoise dévoilent l’abîme que recouvre cette écorce, sous laquelle bouillonne un océan sans fin capable, une déchaîné, d’emporter des continents entiers » (Karl Marx, discours du 14 avril 1856). Mais que font les mandarins, à part courir les récompenses et les distinctions ? Ce mouvement, par bonheur, qui s’implante et se répand à la base, n’a pas besoin d’idole, fût-elle couronnée d’un prix littéraire prestigieux. Le ruisseau qui gonfle et deviendra fleuve est contenu dans la source matriarcale. La taupe, qui creuse ses galeries invisibles pour saper les fondations des prépotences oppressives, est la figure appropriée de la résistance persévérante. (Daniel Bensaïd : Résistances. Essai de taupologie générale, éditions Fayard, 2001).

 

Ce que les esprits chagrins, les fkihs obscurantistes, les exorcistes de mauvais augure perçoivent comme des ruptures dangereuses, préfigure en réalité des transitions heureuses vers un futur conciliateur de la mutation civilisationnelle, engendrée par la révolution numérique,  et l’organisation matriarcale ancestrale, respectueuse des solidarités naturelles, des libertés individuelles et des dignités personnelles. Le mouvement Hors-La-loi, malgré ses maladresses tactiques et ses carences théoriques, est symptomatique de la société transversale où la citoyenneté s’oppose activement, à la base,  aux législations iniques, imposées de haut. La société pyramidale en décrépitude ne peut plus sévir impunément. Les antagonismes schizophréniques de la société marocaine s’avèrent paradoxalement propices aux expériences novatrices d’émancipation. Le phallocratisme archaïque a beau s’appuyer sur la technocratisation makhzénienne, instrumentaliser les nouvelles technologies pour optimiser ses techniques de surveillance et de contrôle, le libre exercice des idées et l’instantanéité des mobilisations dans l’espace internétique, contrecarre désormais ses manœuvres coercitives.

 

Photographies en ordre par Élisabeth Saha :

Mustapha Saha avec Sylvie Le Bon de Beauvoir, Sonia Terrab et Nicole Fernandez Ferrer.

***

 

Pour citer ce texte
 

Mustapha Saha, « Le Prix Simone de Beauvoir consacre le Mouvement social Hors-la-loi », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 16 janvier 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/prixsimone

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm
13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 10:47

 

Lettre n°14|Être féministe | Appel à contribution

 

 Naissance de la  revue consacrée à

 

Marceline

 

Desbordes-Valmore

 

 

Crédit photo :​ ​​​​​Marceline Desbordes-Valmore, domaine public. 

 

J'ai l'immense plaisir de vous annoncer cette agréable nouvelle :

 

La revue internationale et plurilingue "Marceline Desbordes-Valmore", qui a été fondée en 2016 par Dina Sahyouni, peut enfin démarrer sa parution annuelle numérique et imprimée en 2020 (au lieu de 2017-2018...) dans la collection Ops des éditions Pan Des Muses de la SIÉFÉGP.  

Cette revue explore plusieurs domaines (non exhaustifs) comme :

  • la postérité de cette poète

  • sa vie et ses œuvres

  • les études consacrées à Marceline Desbordes-Valmore et à sa fille Ondine Valmore, poète également.

Crédit photo :​ ​​​​​  Ondine Valmore, domaine public, Commons. 

 

 

  • la réception de sa poésie et de sa vie.

  • la réception de la poésie d'Ondine Valmore et de sa vie. 

  • sa place dans les poésies française et internationale

  • la réédition de ses ouvrages et les œuvres d'Ondine Valmore.

  • le lyrisme des poètes Valmore.

  • et Dieu/dieux dans tout cela : mysticisme, croyances et spiritualité. 

  • sa place parmi les poètes maudits. 

  • l'édition (ou la réédition) des correspondances de ces deux poètes. 

 

La SIÉFÉGP a récemment validé la parution du premier numéro du périodique  Marceline Desbordes-Valmore pour cette année. ​​​​​​

Rédacteur en chef et responsable éditorial du numéro : David Simon

Adresse électronique : 

contact@pandesmuses.fr

Fondatrice et rédactrice : Dina Sahyouni

​​​​​​

Pour participer au numéro "Célébration" qui porte sur "Comment célébrez-vous Marceline Desbordes-Valmore  en 2020 ?" je vous remercie de m'envoyer votre texte ou dessin à l'adresse e-mail affichée ci-dessus. Vous avez carte blanche pour en parler jusqu'au 20avril  1er septembre 2020. Publication numérique sur ce site dès la sélection de votre participation.

Attention toutefois, vous n'aurez ni de confirmation de  la réception de votre envoi, ni de sa sélection avant la publication en ligne de tous les textes ou dessins (uniquement en noir et blanc) choisis​​​​. 

Seule la couverture est en couleur. La version papier sera éditée en livre de poche, merci d'avance de respecter la charte éditoriale du "Pan Poétique Des Muses" concernant la présentation des contributions (articles, poèmes, chroniques, traductions, etc.)​​​​

​​Langues acceptées pour “Célébration” : français, arabe (littéraire seulement), anglais, espagnol, italien. 

​​​​​N'hésitez pas à rejoindre l'équipe éditoriale en cours de constitution.

 

Bonne continuation,

David Simon 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

SIÉFÉGP & LPPDM, « Naissance de la revue consacrée à Marceline Desbordes-Valmore », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 12 janvier 2020, Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/marceline

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Dernière mise à jour mars 2020.

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm Marceline Desbordes-Valmore
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 17:00

Lettre n°14 | S'indigner,  soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

Ci-dessous, nous avons sélectionné une série de tweets du philosophe Raphaël Enthoven commentant l'actualité du 7 janvier 2020. 

 

 

Penser avec

 

le philosophe

 

Raphaël Enthoven

 

sur Twitter

 

(tweets reproduits)

 

Crédit photo :  Raphaël Enthoven, image de son compte Twitter.

 



Via le compte Twitter officiel de

Raphaël Enthoven 

@Enthoven_R :




En cet anniversaire lugubre, et avant de se taire un peu, il convient de rappeler quelques évidences malmenées.
#CharlieHebdo 👇
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418247723999232?s=19

1) Ce que montre Charlie Hebdo est libertaire. Et nul n’est tenu d’aimer ça.
Mais ce que représente Charlie Hebdo est la liberté. Et chacun doit défendre ça.
Suspendre le soutien à CH au contenu de ses dessins, c’est transformer une affaire de principe en question de goût. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418364489179136?s=19

2) Les gens qui accusent Charlie Hebdo de « jeter de l’huile sur le feu » oublient un peu vite que le problème, c’est le feu. Pas l’huile. Quand un plat est empoisonné, celui qui met les pieds dedans est un bienfaiteur. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418444021567488?s=19


3) Ceux qui disent « ce n’est pas le moment de se moquer… » auront toujours une raison de dire ça.
Jamais la société ne sera assez pacifiée pour qu’on se moque les uns des autres sans vexer qui que ce soit.
Dire « Ce n’est pas le moment » = dire « ce n’est jamais le moment »

https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418538057871361?s=19



4) Les gens qui disent « la liberté de la presse ? Oui, mais…attention au blasphème ! »  ne sont pas des gens mesurés, mais des lâches qui donnent à leur trouille les contours flatteurs de la pondération. Et dorment tranquilles après avoir botté en touche. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418623365812224?s=19

5) Les gens qui disent « Bien sûr, c’est horrible mais enfin, ils ne l’ont pas volé non plus ! » ressemblent (en plus dramatique encore) à ceux qui, en cas de viol, s’en prennent à la tenue de la victime avant de dénoncer son agresseur. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418868439048192?s=19

6) Les gens qui trouvent des excuses aux assassins en les présentant d’abord (ou aussi) comme les victimes de la société confondent l’excuse et l’explication. Hitler aussi a eu une enfance difficile. Ce qui explique bien des choses, mais n'excuse rien.

https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214418950752284674?s=19

7) Le mot « islamophobie » est une arnaque verbale dont la raison d’être est de neutraliser le dialogue en faisant passer la (légitime) critique d’une religion pour l’ignoble haine de ses pratiquants. #Charb
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214419083225120768?s=19

8) Les vrais "islamophobes" ne sont pas les gens qui se moquent de l’Islam, mais les gens qui méprisent les musulmans au point de les croire incapables d'humour. 

​​​​https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214419201009635328?s=19


9) Les véritables "blasphémateurs" ne sont pas les caricaturistes mais les impies intégristes qui croient que Dieu se vexe comme eux ou qu’Il a besoin de leur aide. « Le besoin d’une foi puissante n’est pas la preuve d’une foi puissante, mais du contraire. » (Nietzsche)
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214419303044452353?s=19

10) Les intégristes sont la honte de l’Islam et les indécis sont la honte de la République. Mais les premiers ne sont dangereux que lorsque ce sont les seconds qui gouvernent.
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1214419459567427585?s=19

​​​​​​​

***

 

Pour citer ces tweets

 

Le Pan Poétique Des Muses, « Penser avec le philosophe Raphaël Enthoven sur Twitter (tweets reproduits) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 12 janvier 2020, Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/tweets

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 17:29

 

Lettre n°14|Être féministe

 

 

 

 Femmes, allez au bout de vous-mêmes

 

 

 

 

Sarah Mostrel

 

Site : www.sarahmostrel.online.fr 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

© Crédit photo : Sarah Mostrel, Femme du soir.


 

 

Je suis totalement solidaire avec cette journée des droits des femmes.

Bien sûr, les choses évoluent. Mais, pas suffisamment.

 

Il y a encore trop de victimes femmes, en France et dans le monde.

Des victimes de harcèlement, d’agressions, de violences conjugales.

 

Les chiffres sont toujours les mêmes. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Les femmes sont payées en moyenne environ 25% de moins que les hommes.

 

Il est beau de remettre chaque année sur le tapis ces chiffres mais s’ils ne changent pas, peut-on parler d’une avancée ?

 

Certains métiers y compris créatifs ne dénombrent presque pas de femmes ou elles sont inconnues. Combien connaissez-vous de peintres du genre féminin, de sculptrices, de compositrices, de dessinatrices, de poétesses ?

 

Statistiquement, il y a aussi peu de femmes chefs d’entreprise, politiciennes, ingénieures.

 

Il n’est pas question ici de blâmer les hommes. Les femmes les aiment trop et les deux sexes sont faits pour s’entendre. S’entendre veut dire s’écouter, se respecter, s’aimer. Se séduire, se conquérir, s’aimer, quoi de plus beau, lorsque chacun est consentant !

 

Oui à la séduction, non à la manipulation.

Oui à l’égalité, non à la discrimination.

Oui à la particularité, non au déterminisme.

Oui à singularité, non au sexisme.

Oui à l’identité de chacun.

Oui à l’éducation de qualité, non à l’imposition d’une voie selon les genres

Oui aux études pour tous.

Oui à la parité s’il n’y a pas d’autre choix pour rétablir un équilibre femmes-hommes dans des domaines où l’on ne favorise pas l’accès aux femmes.

Oui à la liberté, de faire ce que chacun(e) désire vraiment dans sa vie.

Oui au partage, en bonne intelligence. 64 % des tâches domestiques sont encore gérées par les femmes. Ces femmes actives continuent d’assurer 71 % des tâches parentales.

Quant au congé parental, peu d’hommes le choisissent.

 

Prévenance, gentillesse, délicatesse, douceur ne prédestinent en aucune façon à l’asservissement.

Sensibilité n’est pas sensiblerie.

Émotion n’est pas faiblesse.

 

Non à l’image stéréotypée de la femme. Non au schéma archaïque d’elle en faire-valoir : femme au foyer, femme au service de, femme objet.

 

Oui à l’esthétique, à l’échange, à la complémentarité.

 

Il y a aussi le machisme ordinaire. Au travail, dans les transports, dans la rue, sur les réseaux sociaux. Des approches qui vont de la maladresse à l’humiliation, de la déconsidération au cliché, de la blague à laquelle il faut absolument rire à la provocation.

 

© Crédit photo : SM, Femme au pastel. 

 

 

 

#Metoo a du bon en ce sens qu’il a libéré la parole de certaines. Maintenant il faut agir, pour ne pas que les crimes restent impunis, pour que justice soit faite (bien sûr avec discernement), pour que la dignité humaine soit rétablie.

 

Oui, il faut enlever le voile, les victimes de viols, d’agressions sexuelles, de harcèlement, doivent parler, dénoncer, relever la tête.

 

Et pour ceux qui pensent qu’il y en a trop pour les femmes, je dirais que revendiquer un meilleur être pour elles n’est pas être contre les hommes. C’est au contraire un droit qui ne sera que bénéfique pour tous, pour la collectivité, pour l’épanouissement personnel et en privé dans le couple.

Revendiquer une meilleure répartition et redistribution des rôles n’est qu’être équitable. Ce n’est pas être féministe dans le sens péjoratif du terme comme on amalgame parfois. C’est demander une société plus juste. L’harmonie est loin d’être une utopie si seulement chacun y mettait du sien.

 

Femmes, étudiez, créez, amusez-vous.

Osez, revendiquez, aimez à n’en plus finir.

 

©SM

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Sarah Mostrel (texte & dessins), « Femmes, allez au bout de vous-mêmes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 11 janvier 2020, Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/femmes

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