7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 15:04

 

No 9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Textes poétiques du dossier mineur permanent | Varia de textes poétiques​​​​​​​​​​

 

 

 

 

 

 

 

Mujer de sombra /

 

 

La Femme de l'ombre

 

 

 

 

 

Lectora de tu voz /

 

Lectrice de ta voix

 

 

 

 

 

Poèmes de

 

Celia Vázquez

 

Poèmes choisis & Œuvre traduits en français par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

© Crédit photo : Couverture illustrée du recueil de poèmes de Celia Vázquez traduits en français par Maggy De Coster. 

​​

« Comme nous disions hier », Celia Vázquez, collección AMPALIT, Poesía, 2020, 131 p., traduit de l’espagnol par Maggy De Coster

 

 

 

Mujer de sombra

 

 

 

Nos han humillado, nos han infravalorado,

 nos han silenciado la voz,

nos han arrancado la mirada,

nos han rechazado y nos han sometido:

esos grandes hombres que no tienen medida 

de su sadismo sin raciocinio.

 

De todos ellos están los libros llenos:

personajes heroicos que llenan cementerios;

aclamados y elevados en la fuerza de sus vidas, 

inhumanos y agresivos, violentos,

cohorte de cretinos.

 

La historia se ha escrito con sangre de soldados: 

Guerras de conquista, guerras de independencia,

las más cruentas de la historia, las guerras de religión; 

guerras por ostentar el poder, guerras por una mujer.

Juegos de hombres, estatuas ecuestres, en patas alzadas; 

caballos en bronce de pata en el aire, flechas y lanzas; 

hombres esgrimiendo la espada, cañones y bayonetas; 

aviones, buques acorazados, tanques, hazañas de vileza 

ejercida por el hombre contra el hombre.

Ironía. Tortura, abuso, barbarie y venganza.

 

Los siglos navegan en el tiempo, el hombre queda anclado.

 La violencia sigue arropando la naturaleza humana.

El hombre no suelta lastre, el placer de la crueldad 

se cuelga de su espalda allá donde va.

Son los súbditos de la muerte, la llevan grabada a temple. 

La mujer de sombra avanza por el filo del abismo,

bajo el sutil velo de la lucha silenciosa

por el derecho a recuperar el honor arrebatado.

 

El hombre es un contraste sustancial de involución

frente a la madre-mujer. Revolución.

Rechaza el yugo oculto bajo la bandera del amor. 

Mujer de sombra, no transijas, no llores, no te rindas

Tu triunfo eximio reside en la fuerza suprema de dar vida.

 

 

La Femme de l’ombre l'ombre

 

 

Ils nous ont humiliées, ils nous ont sous-estimés, 

ils nous ont réduites au silence,

Ils nous ont détourné nos yeux

Ils nous ont rejetées et imposé la  soumission :

ces grands hommes qui n'ont aucune mesure

de leur sadisme sans raison.

 

Les livres fourmillent :

de personnages héroïques qui remplissent les cimetières ;

acclamés et élevés dans la force de leur vie,

inhumains et agressifs, violents,

une cohorte de crétins.

 

L'Histoire s'est écrite avec le sang des soldats: 

Guerres de conquête, guerres d'indépendance,

les plus cruciales  de l'Histoire, les guerres de religion; 

des guerres pour prendre le pouvoir, des guerres pour une femme.

Des jeux pour hommes, des statues équestres avec des pattes élevées ; 

des chevaux de bronze, les pattes en l'air, des flèches et des lances;

des hommes brandissant l'épée, des canons et des baïonnettes;

des avions,  des cuirassés, des chars, des exploits de vilénie

exercée par l'homme contre l'homme.

Ironie. Torture, abus, barbarie et vengeance.

 

Les siècles naviguent dans le temps, l'homme y est ancré. 

La violence continue d’envahir la nature humaine.

L'Homme ne lâche pas du lest, le plaisir de la cruauté

qu’il revendique en tout temps et en tout lieu.

Ils sont les sujets de la mort, incrustée en eux. 

La femme de l'ombre avance vers l’abîme,

sous le voile subtil d'une lutte silencieuse

pour obtenir le droit de récupérer  son honneur volé.

 

L'homme est un contraste substantiel d'involution

contre la femme-mère. Révolution.

Soulève-toi contre l’oppression cachée sous la bannière de l'amour. 

Femme de l’ombre, ne transige pas, ne pleure pas,

 n'abandonne pas

Ton triomphe absolu réside dans la force suprême de donner la vie.

 

 

Lectora de tu voz

 

 

Soy la lectora de tu voz; 

la que pronuncia al viento

Sílabas transidas de silencio, 

la que acaricia con la mirada

Ese verbo encabalgado de poeta, 

de trovador de almas

Que no distingue género.

 

Intento descifrar tu quimera 

cuando deshilas tu vida

De metáforas y ausencias,

De tus tardes de adolescencia. 

Soy la cándida criatura que, 

sentada en la arena de la playa, 

a mil estrofas de distancia,

 desde arcaicas tierras celtas, 

tiende un puente de añoranza

 para escuchar atardeceres

Al ritmo lento de tus poemas.

 

Desde el céfiro a los alisios

soy tu adivina,

La que traduce los inmensos azules

del horizonte marino,

La que interpreta tus versos. 

Se deslizan por mis labios

peldaño a peldaño,

Resbalan por mi pecho

Para quedarse en el recuerdo…

poeta, tu voz no cae en yermo, 

se transforma en eco.

Soy Alice :

Interpreto besos, sueños

a través de los espejos.

 


 

Lectrice de ta voix


 

Je suis la lectrice de ta voix ;

celle qui prononce le vent

syllabes transies de silence,

celle qui caresse avec le regard

ce verbe qui enchante le poète,

le troubadour des âmes

qui ne différencie pas les sexes.

 

Syllabes transies de silence, 

celle qui caresse avec le regard

ce verbe enragé de poète, 

de troubadour des âmes

qui ne différencie les sexes.

 

J'essaye de déchiffrer ta chimère

quand tu  démêles ta  vie

de métaphores et d’absences,

de tes soirées d'adolescence.

Je suis la candide créature qui,

assise sur le sable de la plage,

à mille lieues,

des archaïques terres celtiques,

jette un  pont

pour écouter les couchers de soleil

au rythme lent de tes poèmes.

 

Du zéphyr aux alizés

je suis ta devineresse,

celle qui traduit l’immensité bleue

de l'horizon marin,

Celle qui interprète tes vers.

Ils glissent sur mes lèvres

petit à petit

Ils atterrissent sur ma poitrine

Pour rester dans la mémoire...

 poète, tu ne prêches  pas dans le désert,

ta voix se fait écho.

Je suis Alice :

J'interprète les baisers, les rêves

à travers les miroirs.

 

NDLR : Celia Vázquez est docteur en philologie anglaise à l’Université Complutense de Madrid, chercheur, conteuse, poète et essayiste ; elle a été professeur titulaire de l’Université Polytechnique de Madrid et de l’Université de Vigo et aussi Directrice du Département de Philologie anglaise pendant quelques années.

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes traduits & printanier coloré s 

 

Celia Vázquez, « Mujer de sombra / La Femme de l'ombre » & « Lectora de tu voz / Lectrice de ta voix », poèmes bilingues inédits choisis & traduits en français par Maggy De Coster, textes reproduits avec l'aimable autorisation des auteures et leur maison d'édition, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées » & N° 9 | FIN D'ÉTÉ « Femmes, Poésie & peinture » volet 2, sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 7 avril 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/cv-femmedelombre

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 9 Poésie engagée Poésies féministes
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 13:25

 


N°9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésies printanières & colorées | Florilège de textes poétiques​​​​​ | Revue Poépolitique | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages

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 ​​

 

 

 

 

 

Il paraît... 

 

 

 

Nadine Adra

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo :  Bluets des champs, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

Il paraît que l’histoire

Pleure tous les jours

Sous un cèdre bleu...

 

 

Il paraît que tout passe

Les déceptions, les amours

Seuls restent les lieux...

 

 

Il paraît que là-bas

Il n’y a plus de recours

On fait taire les furieux...

 

 

Il paraît que les mots

Ont ce pouvoir fou

De rayonner quand il pleut !

 

© N. Adra

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème printanier & coloré, engagé, poépolitique  

 

Nadine Adra, « Il paraît... », poème engagé & poépolitique inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées » & N° 9 | FIN D'ÉTÉ « Femmes, Poésie & Peinture » sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 7 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/na-ilparait

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Poésie engagée Poésie philanthropique Numéro 9
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 14:54

 

N° 9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésies printanières & colorées| Florilège de textes poétiques​​​​​​  | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voleurs de rêves

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

Crédit photo : Sergey Solomko "Icarus dream", Wikipedia, domaine public. 

 

                 


 

rêver c'est libérer

l'imaginaire en soi

pour s'envoler

sur les ailes de l'azur

 

 

rêver c'est mettre des étoiles

dans les yeux de l'enfant

que nous sommes tous restés

même si l'espoir n'est plus qu'un mot

 

 

alors laissons rêver nos enfants

ne brûlons pas leurs ailes

avant leurs envolées poétiques

en terre de féerie et de fantaisie

 

 

préservons leur imaginaire

des voleurs de rêves

car le monde sans poésie

serait un monde sans âme*

 

 

 

* Ce poème a été écrit en réaction à la déclaration de la maire de Poitiers qui veut interdire ou contrôler les rêves des enfants notamment aériens !

 

 

 

 

À lire aussi sur ce sujet : 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème philanthropique & engagé 

 

Françoise Urban-Menninger, « Voleurs de rêves »poème philanthropique inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées » & N°9| Femmes, Poésie & Peinture sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 6 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/fum-voleursdereves

 

 

 

 

 

 

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À venir

 

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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 13:20

 

N° 9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Bémols artistiques | Critique & réception 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Chat de Geluck dans 

 

tous ses états sur 

 

Les Champs Elysées

 

 

 

 

Critique & reportage photographique inédits

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© ​​​​​Crédit photo : Maggy De Coster, image de l'exposition no 1. 

 

 ​​​​​

 

Le fameux dessinateur belge Philippe Geluck dont le nom figure dans le Petit Larousse, n’a pas fini de nous étonner en offrant aux regards des promeneurs de la célèbre Avenue des Champs Elysées à Paris 20 statues géantes en bronze de 2,70 à 3 mètres de haut du Chat dans tous ses états : ballerine, chanteur sous la pluie, golfeur, docteur pour ne citer que cela. 

L’exposition qui s’intitule « Le Chat déambule », a débuté le 20 mars 2012 et durera jusqu’au 9 juin.

On connaît la fascination de l’auteur de bandes dessinées pour le félin, qui depuis 1983, est la toile de fond de 23 albums mais là, il nous gratifie de quelque chose à la fois d’inédit et de majestueux. Une exposition sur fond de poésie, d’humour et de vérités subtiles. Comme d’habitude par l’entremise d’un Chat espiègle il fait passer des vérités à l’instar de La Fontaine qui avançait :

« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ».

Eh oui, ce félin qui entretient un rapport cordial avec l’Homme depuis 5000 ans est magnifié, personnifié par l’imagination du dessinateur, peintre, sculpteur et autres !

 

 

 

© ​​​​​Crédits photos : Maggy De Coster, images de l'exposition no 2 et no 3. 

 ​​​​​

 

La vérité sort de la bouche du Chat dont les différentes postures dénotent des réalités bien flagrantes. Il ne connaît pas la langue de bois, il fait dans la clarté et l’efficacité car pour lui : « Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. »

Qui peut mieux dire que ce Chat aventureux à l’humour proverbial : 

« Pour une fois, c’est une voiture qui s’est fait écraser par une voiture » « juste retour des choses ».

 

 

 

 

© ​​​​​​​​​​​​Crédits photos : Maggy De Coster, images de l'exposition no 4, no 5 & no 6. 

 ​​​​​

 

 

L’apport des maîtres fondeurs François Deboucq et Jo Van Geert est notable dans la réalisation de ces sculptures. Après Paris, cette exposition itinérante fera route vers d’autres villes françaises dont Marseille et Caen avant de reprendre place dans le Parc royal de Bruxelles. 

En 2024 un musée sera dédié au Chat à Bruxelles. Chat alors ! 

 

 

© ​​​​​Crédit photo : Maggy De Coster, image de l'exposition no 7. 

 ​​​​​

 

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce texte

 

Maggy De Coster (texte et reportage photographique inédits), « Le Chat de Geluck dans tous ses états sur Les Champs Elysées »Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & N°9| Femmes, Poésie & Peinture sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 3 avril 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/mdc-lechatdegeluck

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 9 Maggy De Coster
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 11:00

 

N°9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Revue culturelle d'Europe 

 

 

 

 

 

Escapade au Musée Rodin

 

 

 

 

Texte, peintures &

photographies par

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

© Crédit photo :  "Auguste Rodin", portrait en noir et blanc par Mustapha Saha, peinture sur toile. 

 

 

© Crédit photo :  Confinement. Couvre-feu à Paris" par Mustapha Saha le 7 mars, 2021.

 

 

Paris. Dimanche 7 mars 2021. Couvre-feu à dix-huit heures. Quartier latin, Saint-Germain-des-Prés, bords de Seine  dépeuplés. Restaurants verrouillés, cafés fermés, rideaux baissés, tagués de slogans ravageurs.  Chaises empilées dans les brasseries de la Place Saint-André-des-Arts.  Commerces de livres ruinées. Les quatre librairies Gibert Jeune, Place Saint-Michel, fondées en 1888, tirent leurs rideaux, définitivement.

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, "Confinement. Couvre-feu. Vieille enseigne Gibert Jeune sur le boulevard Saint-Michel", mars 2021.

 

 

Je photographie la vieille enseigne avant son démantèlement. S’étouffe Cathédrale Notre-Dame dans son corset d’acier. Des sirènes hurlantes déchirent le silence, de temps en temps. Interdictions partout, interdictions dans toutes les têtes. 

 

L’urbaine vacuité me vaut une longue méditation devant la statue jupitérienne de Victor Hugo dans le parc du musée Rodin, miraculeusement accessible. Je salue au passage le peintre Jules Bastien-Lepage. Son portrait de l’actrice Juliette Drouet, maîtresse inamovible de Victor Hugo pendant un demi-siècle, défraîchie par les années, reste à jamais dans ma mémoire. Les Bourgeois de Calais m’interpellent. Je m’arrête par complaisance. Je les ai étudiés sous toutes les coutures. La Porte de l’Enfer en bronze aspire le visiteur. La Divine Comédie de Dante Alighieri dans sa terrifiante splendeur. Corps tordus, membres désarticulés, regards effarés. Corps nus, tourmentés, contorsionnés. Les agonisants se bousculent, s’entrechoquent, se piétinent, et soudain, à l’extrémité du tympan, La Méditation, jeune femme gracieuse, anachronique dans l’amas de chair, reflue à contre-sens, freine la marche sans retour vers les abîmes. J’imagine cette sculpture phénoménale, babylonienne, comme un monument dédié au virus inconcevable, qui se propage sans limites, qui contamine les villes et les campagnes, les forêts impénétrables et les montagnes inabordables,  les déserts infranchissables et les terres inapprochables, qui se métamorphose et se réincarne. Je me refuse d’adopter ses dénominations pseudo-scientifiques. Les choses n’existent qu’à partir du moment où elles sont nommées (Walter Benjamin). Les réalités, les allégories, les symboliques de la crise sanitaire  éclatent aux yeux.

 

 

© Crédit photo : "Victor Hugo", portrait par Mustapha Saha, peinture sur toile. 

 

 

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». Services d’urgence. La fin du monde au bout du couloir. Les Trois Ombres, figures inexpiables de la malédiction, surmontant l’apocalyptique spectacle, ne sont qu’une même entité tournant sur elle-même. La Désespérance, en haut du vantail droit, femme assise, tête baissée, une jambe rabattue, l’autre tendue, pied serré dans la main.  La posture écartelée exprime l’informulable. 

 

Le Penseur, entouré de damnés du ciel et de la terre. Masques douloureux. Le Penseur  courbé, rompu, coude posé sur la jambe, menton appuyé sur la main, ultime valeureux, dans toute son impuissance. Le Penseur,  halluciné d’idées virales, de visions sépulcrales, de perceptions spectrales. La Femme accroupie, jambes cassées, écartées, corps ramassé sur lui-même, broyé de désir et de douleur. Volupté vénéneuse. Je pense au Penseur  penché sur la tombe d’Auguste Rodin dans la Villa des Brillants à Meudon, réfugié dans l’éternelle contemplation de la mort. Ce Penseur est finalement Auguste Rodin lui-même, inébranlable gardien de l’œuvre et de la sépulture. Il est Dante Alighieri. Il est Charles Baudelaire. Il est miroir des miroirs. « Le dédoublement prend ici la forme la plus nette, être à soi objet, se peindre comme une châsse, pour s’emparer de l’objet, le contempler longuement et s’y fondre. L’attitude originelle de Baudelaire (et de Rodin) est celle d’un homme penché (comme Le Penseur). Penché sur soi, comme Narcisse. Pour nous autres, c’est assez de voir l’arbre ou la maison. Baudelaire (comme Rodin) est l’homme qui ne s’oublie jamais. Il se regarde voir, il regarde pour se voir regarder ».   (Jean-Paul Sartre, Baudelaire, éditions Gallimard, 1947).

 

Charles Baudelaire se convoque dans la pandémoniaque bacchanale. Les titres des Fleurs du mal ponctuent la composition. Le poète s’aliène de sa quête d’absolu. L’artiste aussi. L’inaccessible beauté parade dans les géhennes.  Rêves de pierre. Amours de marbre. « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre / Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour / Est fait pour inspirer au poète un amour / Éternel et muet ainsi que la matière / Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris /J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes / Je hais le mouvement qui déplace les lignes / Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris / Les poètes, devant mes grandes attitudes / Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments / Consumeront leurs jours en d'austères études / Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants / De purs miroirs qui font toutes choses plus belles / Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ! » (Charles Baudelaire, La Beauté).

Je m’attarde devant le monument à Victor Hugo, statufié sur le rocher de Guernesey, entouré des muses de la jeunesse, de la maturité et de la vieillesse. La matière brute se conjugue aux formes ciselées. La plénitude s’accomplit dans l’inachevé. Sculpture en poème infini. Le personnage fusionne avec son assise, devient une île, secouée par les vagues. Du brisant surgit l’illumination.

 

 

​​​​​​© Crédit photo : La statue de "Victor Hugo" par Auguste Rodin, Musée Rodin. 

 

 

Et la sculpture devient, sous mes yeux, embarcation flottante. « Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants / Passer, gonflant ses voiles / Un rapide navire enveloppé de vents / De vagues et d’étoiles / Et j’entendis, penchés sur l’abîme des cieux / Que l’autre abîme touche / Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux / Ne voyaient pas la bouche Poète tu fais bien ! Poète au triste front / Tu rêves près des ondes / Et tu tires des mers bien des choses qui sont / Sous les vagues profondes ! / La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur / Tout destin montre et nomme / Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur / Le navire, c’est l’homme » (Victor Hugo, Les Contemplations). Relecture en soirée des Châtiments, d’une étrange actualité.

 

 

© Crédits photos : Élisabeth et Mustapha Saha ensemble ou séparément devant la statue de "Victor Hugo" par Auguste Rodin, avec autres photos prises au Jardin du Musée Rodin le 7 mars 2021. 

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha (texte, peintures & photographies inédits), « Escapade au Musée Rodin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & N°9| Femmes, Poésie & Peinture sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 11 mars  2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/ms-escapadeaumuseerodin

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 9

Bienvenue !

 

L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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