3 octobre 2023 2 03 /10 /octobre /2023 14:54

N°14 | Les conteuses en poésie | Critique & réception​​​​​​

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Pedro Vianna, Livre LIX, « En vis-à vis

 

de la vie », Janvier/Août 2023, 55 p.

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Note de lecture de

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

Crédit photo : Helen Isobel Mansfield Ramsey Stratton (1867-1961), illustration de la déesse « Proserpine » dans un livre sur les mythes, domaine public, capture d'écran d'une image libre de droits.

 

 

 

Pedro Vianna nous livre comme d’habitude un recueil de poèmes qui nous accapare tant par la richesse de son style, par ses métaphores propres à lui, que par son sens de l’innovation linguistique : 

 

« impossibliter le possible

possibiliter l’impossible »

mourir d’immortalité »

 

Comme ces verbes existent dans les autres langues latines alors pourquoi ne pas les utiliser ? Alors n’en déplaise à l’Académie française, il a osé ces emplois.

Remarquons également qu’il est réputé dans l’art de détourner les dictons et de les reformuler à sa manière comme par exemple : « Il faut de tout pour faire une vie »

Cela dit, la vie est faite de tout et du contraire de tout. 

 

Il s’agit de poèmes à tiroirs où il se cache des écheveaux pas toujours faciles à démêler. Il y a tout son vécu qui est consigné dans ce recueil et tous les paradoxes que comporte la vie et il en vient à la conclusion suivante : 

 

« il y a des abîmes célestes

des montagnes abyssales

qu’il faut tenter de franchir »


 

Des considérations ontologiques qui le mettent en jeu. Ne se considère-t-il pas comme un :

 

« étrange résultat

de la surprenante rencontre

d’un spermatozoïde rapide

et d’un ovule absorbant »

 

Ce qu’il y a de surprenant c’est peut-être parce que dans ce cas de figure on arrive à la conclusion que : 1+1 =1 

Il n’a pas choisi de naître mais il est « catapulté » malgré lui « dans le flux de la vie » alors il refuse d’être sous la coupe d’une société conformiste, de se soumettre à son diktat ni d’être formaté. Il est celui qui veut laisser une trace mais sans ostentation donc il fait dans la modestie :

 

« demeure mais fais-toi souvenir

Fais-toi souvenir mais estompe-toi doucement »

 

Tout est pour lui incompréhension dans cette vie dans laquelle il est « catapulté » :

 

« j’ai frappé aux bonnes portes

personne ne m’a ouvert

et je suis parti »

 

S’adapter ou disparaître progressivement, sachant que la mort, qui a toujours émaillé son existence, est indissociable de la vie. Il se veut le sujet de sa propre loi et il convient de changer le cours des choses :

 

« à la monotonie des jours qui changent

il faut opposer

le changement de la monotonie des jours

et vice-versa »

 

Être maître de soi et éviter toute velléité d’imitation servile qui conduit tout droit à l’aliénation culturelle, du péril linguistique aussi se questionne-t-il : 

 

«  est-il encore possible

d’aimer en français

ou désormais est-on contraint

de lover

pour pouvoir se lover

dans les bras berçants »

 

La mort n’est peut-être pas une fin en soi mais une fin en soie, le chemin qui mène à l’inatteignable ainsi il se démarque par son réalisme pessimiste :

 

« la vie

la plus belle horreur qui soit »

 

L’éternité serait un concept galvaudé puisque le poète lui assigne une fin. Peut-être à chacun son éternité ?

 

« une larme

qui coule jusqu’au bout

« jusqu’à la fin

de l’éternité »

 

 

© Maggy DE COSTER

NDLR : Ce recueil est en lecture libre sur ce site : http://poesiepourtous.free.fr/

 

 

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Pour citer ce billet inédit

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Maggy De Coster, « Pedro Vianna, Livre LIX, « En vis-à vis de la vie », Janvier/Août 2023, 55 p. », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ-AUTOMNE 2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le3 octobre 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no14/mdc-pedrovianna-livrelix

 

 

 

 

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8 septembre 2023 5 08 /09 /septembre /2023 15:36

N°14 | Les conteuses en poésie | Entretiens poétiques, artistiques & féministes & REVUE ORIENTALES (O) | N° 3 | Entretiens

 

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Hala MOHAMMAD : « Avant d’être cinéaste,

 

 

je suis d’abord une poète. »

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec

 

Hala Mohammad

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : Portrait photographique de la poète Hala MOHAMMAD.

Biographie

 

Hala MOHAMMAD

Poète syrienne

 

Est née à Lattaquié, sur la côte syrienne. Après avoir effectué des études de cinéma en France, elle a travaillé dans le milieu du cinéma syrien. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, des documentaires sur le thème de la littérature en prison et a été assistante réalisatrice sur deux longs métrages, et costumière sur différents longs métrages, tous tournés en Syrie, tandis que ses recueils paraissaient au Liban. Connue dans le monde littéraire arabe, elle contribue régulièrement à divers journaux et a été traduite dans de nombreuses langues (anglais, français, allemand, suédois ou encore turc).

Elle a publié huit recueils de poésie en arabe. Le premier L’âme n’a pas de mémoire a été publié à Damas en 1993 par le Département de publication dirigé à l’époque par le philosophe syrien Antoun Al Makdidi. Le deuxième Sur ce Blanc Fade a été publié à Amman en 1998 par l’Institut arabe de publications. Elle a publié quatre recueils à Beyrouth aux éditions Riad El- Ryyes Books dont le recueil Ce peu de vie en 2001.

À la fin de 2011, menacée d’arrestation par le régime syrien de dictature, elle a pris la route de l’exil comme des millions de syriennes et de syriens. Elle vit aujourd’hui en France, où elle a publié deux recueils Prête-moi une fenêtre (2018) qui paraîtra aussi au Danemark le 27 octobre 2023 aux éditions Screaming Books Foundation et Les hirondelles se sont envolées avant nous (2021) en français aux éditions Bruno Doucey, les deux livres sont déjà parus en arabe aux éditions Alutawassit-Milano.

Entre 2005 et 2006, elle a réalisé plusieurs documentaires sur le thème de la littérature des prisons, des films qui dénoncent l’emprisonnement des artistes et des intellectuels pendant la période de la présidence d’El-Assad père. Parmi lesquels Lorsque le Quassion est fatigué sur le poète syrien Mohammed Al Maghouth, Voyage dans la mémoire et Pour un morceau de gâteau.

À son arrivée en France, elle a cocréé l’association NORIAS d’échanges interculturels et a dirigé le ciné-club syrien à Paris pendant quatre ans d’avril 2014 à mai 2016. Ensuite, du début 2014 à la fin de 2015, elle a eu carte blanche pour animer des soirées poétiques à l’Institut des Cultures d’Islam ICI à Paris. Elle est actuellement dès l’année 2023 parmi l’équipe des poètes présentateurs et animateurs du festival de Sète – France.

 

​​​​​​© Crédit photo : Couvertures des recueils de poésies les plus récents de la poète Hala MOHAMMAD « Prête-moi une fenêtre » & « Les hirondelles se sont envolées avant nous ».

 

Bibliographie

Poésie 

L’âme n’a pas de mémoire 

Sur ce Blanc Fade 

Ce peu de vie 

Cette peur 

Comme si je frappais à ma porte 

Le papillon a dit 

Prête -moi une fenêtre

Les hirondelles se sont envolées avant nous.

Filmographie

Voyage dans le mémoire

Lorsque le Quassion est fatigué

Pour un morceau de gâteau 

Nous en avons autant !

Un film a été fait sur Hala Mohammad en 2012 pour the Arab Spring poets. Un Opéra a été mis en scène par la réalisatrice Allemande d’Opéra Verena Stopper sur le l4ème exil de l’Égypte de Händel, dans lequel le récit d’un exil moderne, celui des syriens en 2011, a été évoqué à travers la poésie de Hala Mohammad.

Entrevue

« Hala MOHAMMAD : « Avant d’être ci​néaste, je suis d’abord une poète. »

Hanen MAROUANI – Pourriez-vous nous partager votre parcours en tant que poète ? Évoquez comment vous avez écrit votre tout premier poème, s’il vous plaît.

Hala MOHAMMAD – Mon premier poème est une ode à la beauté des herbes et aux brises légères d’air, des éléments naturels qui avaient le pouvoir de réveiller en moi des émotions profondes, tout comme la nature elle-même qui semble exprimer, à son tour, ses propres sentiments. J’ai toujours vu les émotions comme les fragrances de l’âme, parfois empreintes de joie, parfois chargées de douleur.

C’est dans ces moments de silence, entre la joie et la tristesse, entre les mots et les respirations, que j’ai découvert ma voie vers la poésie. Mon lien avec les autres est indissociable de mon parcours poétique. C’est la connexion entre le « moi » et les autres qui m’a poussée à explorer les rives de la poésie tout en étant profondément influencée par le rôle significatif des chansons dans la vie quotidienne, particulièrement en Orient et en Syrie. Toute cette atmosphère a vraiment influencé et a façonné mon amour pour les mots. Ce qui a vraiment nourri et alimenté mon imagination, ce sont les nuances qui composent une chanson et les infimes écarts entre la voix et sa réception, entre la voix de ma mère qui semblait s’étendre jusqu’à toucher la lune et l’horizon, créant ainsi un lien profond entre l’art de la musique et ma propre créativité poétique. C’est cet émerveillement pour la magie de la musique et de la voix qui m’a inspirée et qui a fait naître en moi l’irrésistible désir d’écrire de la poésie.

 

Hala Mohammad, qu’est-ce qui vous inspire le plus dans votre travail créatif ?

H.M – Mon parcours poétique tire son inspiration de sources diverses, chacune jouant un rôle essentiel dans ma passion pour l’art de la poésie. La nature, avec ses splendeurs et ses mystères, a été l’une de mes premières muses. J’ai ressenti une connexion profonde avec elle, une harmonie entre mes émotions intérieures et les phénomènes naturels qui m’entouraient. La voix de ma mère, empreinte de mélodies arabes envoûtantes, a également été une source d’inspiration inestimable. Ces chansons arabes ont bercé mon enfance et ont tissé un lien indéfectible entre la musique, la langue et mes émotions.

Puis, il y a cette fascination pour la notion de distance, une magie qui opère entre le « moi » et les autres. Cette distance, qu’elle soit physique ou émotionnelle, m’intrigue profondément et m’attire vers le monde de la poésie.

Mon père, maître de la langue arabe, a fait de l’amour pour la poésie une part essentielle de notre quotidien familial. Ses enseignements et son influence ont marqué mon parcours, m’imprégnant d’un amour durable pour les mots et pour les vers.

Mon enfance a été marquée par des moments empreints de courage, de beauté, de nostalgie et d’attente. Ces expériences ont laissé une empreinte indélébile dans ma mémoire, formant une partie précieuse de ma sensibilité artistique. La mémoire collective qui imprègne notre être, a indéniablement contribué à faire émerger une sensibilité distincte dans mes écrits et mes réalisations cinématographiques.

 

Avez-vous envisagé d’intégrer votre poésie dans la création de vos films documentaires ?

H.M – Non. À mon avis, le retour le plus gratifiant que je puisse recevoir est lorsque l’un de mes films est qualifié de cinéma poétique ou de poésie cinématographique.

 

De votre premier film à votre dernier poème, vous avez constamment mis en lumière les relations complexes entre la liberté et la condition féminine, entre le passé et l’avenir, entre l’exil et la patrie. Pourquoi cette récurrence de thèmes ?

H.M – J’éprouve une profonde affection pour autrui, la liberté et la beauté, car ils enrichissent notre humanité d’une beauté à la fois intérieure, symbolique et énigmatique. Cette beauté, parfois difficile à définir ou à saisir, pourrait bien être le reflet de la justice. La liberté est comparable à une respiration essentielle qui éclaire nos vies. Elle nous permet de regarder l’autre à travers notre propre prisme, de percevoir le monde de notre propre regard.

La justice, bien qu’universelle, possède une dimension féminine, ancrée profondément dans l’histoire en tant qu’élément étroitement lié à l’amour. Cette caractéristique transcende les genres pour devenir un attribut intéressant à la femme.

J’ai vu le jour et vécu dans la splendide Syrie. Cependant, les cinquante années de dictature qui ont régné, ont étouffé la diversité des genres, opprimé la liberté et érodé l’égalité, afin de préserver un pouvoir unique et immuable. Cette dictature s’est allée aux extrémistes pour museler toute forme de liberté. C’est pourquoi, pour moi, la féminité symbolise la main de la justice, toujours tendue pour instaurer l’égalité et restaurer la liberté. Je suis fière de mon peuple qui a pris en main son histoire et qui a osé dire « non » à la dictature. La liberté a toujours été une nécessité, une urgence et jamais un luxe. Sinon, l’oxygène serait un luxe, tout comme la lune…et l’amour.

 

Quelle a été la motivation derrière votre transition vers la poésie après une carrière prolifique dans le cinéma ?

H.M – Avant d’être cinéaste, je suis d’abord une poète. J’ai entrepris des études en cinéma à Paris 8 en France, dans l’espoir de découvrir la poésie que les mots seuls ne parvenaient pas à exprimer. À mes yeux, toute forme d’art porte en elle une dimension poétique.

 

Avez-vous intentionnellement cherché à refléter une similitude entre votre approche cinématographique de la souffrance liée aux frontières et votre écriture sur ce même thème ?

H.M Oui, je demeure la même personne, utilisant ma voix pour narrer mon propre récit. Ces moyens d’expression, je les ai hérités de ma langue et de ma culture arabes, avec leur richesse et leurs vastes horizons imaginaires. Les frontières que je questionne ne se limitent pas à la vie et la mort, mais englobent notre existence, coincée entre les rives de ces deux réalités, qui parfois restreignent notre créativité et notre imagination.

Cependant, la frontière qui m’importe le plus est de nature politique. Elle incarne l’injustice, l’inhumanité, les conflits, la haine, le racisme, ainsi que toutes les souffrances endurées par l’humanité à cause des dictatures et du système libéral sauvage qui accentue la pauvreté et creuse le fossé social. Cette frontière est le résultat de la culture de barbarie et du règne de la famille Assad, qui s’est maintenue au pouvoir pendant plus de 50 ans avec le soutien des forces internationales. À mes yeux, il s’agit d’une des frontières les plus cruelles qui soit.

Pourtant, je crois que les distances ne sont pas seulement des obstacles, mais aussi des sources de désir qui nous poussent à aller à la rencontre des autres, à plonger au plus profond de nous-mêmes, et ce, grâce à la magie de la poésie.

 

Pouvez-vous nous partagez vos poèmes préférés parmi ceux qui ont été traduits de l’arabe vers le français dans vos recueils édités par Bruno Doucey, à savoir, « Les hirondelles se sont envolées avant nous » et « Prête-moi une fenêtre » ? Pourquoi ces poèmes en particulier ont-ils une signification spéciale pour vous ?

H.M – Je crois profondément que la signification de chaque poème est unique pour chaque lecteur, car elle est influencée par leurs expériences personnelles, leurs émotions et leurs perspectives uniques. Dans mes recueils, je m’efforce de créer une toile d’émotions et d’imaginaire qui permet à chaque lecteur de trouver sa propre vérité et sa propre compréhension. Ainsi, mes poèmes forment un ensemble cohérent, mais chaque lecture offre une exploration nouvelle et enrichissante, révélant des détails et des émotions qui touchent le cœur de chacun de manière unique.

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a motivé à choisir Bruno Doucey, l’éditeur français, pour la publication de vos poèmes ?

H.M – En tant que poète, c’est un véritable bonheur que de voir des œuvres publiées par la maison d’édition Bruno Doucey. Cette maison d’édition, au fil du temps, ne se contente pas d’être une simple adresse publique, elle devient une adresse personnelle, un lieu où l’âme poétique peut s’exprimer en toute liberté. Ma rencontre avec mon éditeur s’est produite lors du Marché de la Poésie en 2015, puis au magnifique festival de poésie de Sète en 2016, sous la direction éclairée de Maithé Vallés-Bled.

L’une de mes poésies, extraite du recueil publié en arabe intitulé « Le papillon a dit » en 2013, a été sélectionnée pour figurer dans l’anthologie du festival de Sète. Cette anthologie a été publiée par la personne qui allait devenir, par la suite, mon éditeur attitré. En 2018, mon tout premier recueil, « Prête-moi une fenêtre », a vu le jour, suivi en 2021 par « Les hirondelles se sont envolées avant nous ». Au fil de ces années, une amitié s’est tissée entre moi et Bruno Doucey, ainsi qu’avec toute l’équipe de cette maison d’édition.

 

Pouvez-vous partager avec nous votre expérience de collaboration avec le traducteur de vos deux recueils ?

H.M – J’ai résolument choisi Antoine Jockey, un traducteur émérite, pour donner vie à mes poèmes en français. Sa réputation est solidement établie, ayant déjà brillamment traduit maints poètes arabes que j’admire profondément. Ce qui m’enthousiasme tout particulièrement dans sa démarche, c’est la façon dont il édifie le poème dans la langue de Molière. Il réalise une véritable réécriture qui préserve, voire embrasse, le rythme profond de l’original, ou du moins s’en rapproche sensiblement.

Cette expérience m’a permis de prendre pleinement conscience de l’importance cruciale de la traduction dans nos vies. Le métier de traducteur est véritablement noble, car il construit des passerelles entre les cultures et les langues, contribuant ainsi à un enrichissement mutuel inestimable. 

 

Avez-vous eu l’occasion de collaborer avec des auteurs d’autres nationalités pour co-écrire des poèmes ou des textes ?

H.M – Non.

Quels effets ou impressions aimeriez-vous susciter chez vos lecteurs grâce à votre style d’écriture ?

H.M Bien sûr, je désire ardemment que ma poésie suscite de l'amour ou qu'elle permette au lecteur de saisir pleinement la nature de la poésie. Les rencontres poétiques jouent un rôle vital dans le tissage de liens et la facilitation de la communication entre diverses cultures. Elles revêtent une importance cruciale en tant qu'initiative. Le poète les recherche pour éclaircir ses doutes, valider ou réfuter ses hypothèses, ainsi que pour confirmer ou réfuter ses vérités.

 

Pourquoi pensez-vous qu’il soit particulièrement important de vivre de manière poétique, surtout dans le contexte actuel ?

H.M – La poésie représente l’essence de la vie elle-même. Face à la violence, aux conflits et à la montée de la barbarie, la poésie persiste comme l’âme immuable de notre existence quotidienne à travers les âges. Elle incarne une force à la fois juste et douce, peut-être même la déesse intemporelle de tous les temps. 

 

En quelques mots, quelle est la signification de la Syrie pour vous ? 

H.M La Syrie, c’est mon pays plongé dans une tragédie, victime d’une trahison internationale en faveur de la dictature. C’est la terre des poètes, des maisons chaleureuses et familiales, baignée de soleil, le berceau de la culture et de la lune. C’est l’olivier, symbole de paix et d’abondance. La Syrie incarne l’union entre le soleil et la lune, le lieu où l’amour de ma mère a pris racine. Elle symbolise le courage d’un peuple désarmé et l’art de vivre dans l’adversité. 

 

Et la France ?

H.M – La France incarne une terre riche en civilisation, culture et histoire, tout en étant une terre accueillante. C’est le pays qui allie harmonieusement les lumières et les ombres, créant ainsi une palette de nuances inégalée. Pour moi, c’est le berceau du sourire et des éclats de rire de ma petite fille, une terre où la vie s’épanouit pleinement.

 

À la fin, que diriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans l’écriture des textes poétiques ?

H.M – La poésie mérite de s’engager dans cette aventure et de s’épanouir au sein de ce rêve. Elle est omniprésente, à portée de tous, accessible comme contempler la lune à travers sa fenêtre. Elle évoque à la fois la douleur et la félicité, une alchimie où ces deux sentiments se mêlent harmonieusement. C’est cette magie qui insuffle le courage de dépasser les frontières, de repousser les limites, et d’explorer des horizons inconnus. 

 

© Ces propos ont été recueillis par Hanen Marouani en septembre 2023.

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Pour citer cet entretien illustré & inédit

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​Hanen Marouani, « Hala MOHAMMAD : “Avant d’être cinéaste, je suis d’abord une poète.” », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ  2023 « Les conteuses en poésie », volume 1 & Revue Orientales, « Les conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 8 septembre 2023. URL : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no3/no14/hmarouani-entrevueavechalamohammad

 

 

 

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7 septembre 2023 4 07 /09 /septembre /2023 16:47

N°14 | Les conteuses en poésie | Dossier mineur | Florilège

 

 

 

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La musique des roses*

 

 

 

 

 

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Poème de

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Peintures par

 

André Evard

 

 

Photographies prises par

 

Claude Menninger

 

 

 

 

 

 © Crédit photo : Claude Menninger, tableau no 1 de l'artiste André Evard. Description : des roses colorées et ensoleillées en vase, été 2023.

 

 

 

ce titre aux pétales odorants

s'est imposé le jour

où les roses dans mon jardin

ont poussé

leurs premiers trémolos


 

lèvres purpurines ou vermillonnes

sourires rouge carmin

les roses sont des divas

cantatrices nées elles interprètent

la musique du monde


 

la cantate de leur fragrance

embaume nos âmes

dans le fourreau pourpré

où les sons battent la chamade

de nos coeurs à l'unisson


 

les roses sur leur tige

orchestrent nos marches nuptiales

et nos oraisons funèbres

les roses n'ont jamais fini

de nous jouer leur symphonie


 

elles vocalisent en silence

quand nos derniers soupirs

leur font écho

dans une ultime aubade

où officient les roses blanches


 

 

© Françoise Urban-Menninger, lundi 4 septembre 2023.

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger, image du tableau no 2 de l'artiste André Evard. Description : des roses blanches aux feuillages vert foncé sur un fond sombre en noir, blanc & gris, été 2023.

 

 

 

* Ce poème composé dans mon jardin est illustré par deux photos prises par Claude Menninger de deux œuvres du peintre suisse André Evard dont on peut découvrir une importante rétrospective au Musée Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne. J'ai signé un article illustré par Claude Menninger dédié à cet artiste peu connu, voire méconnu en France, sur le site Exigence : Littérature cet été, URL : http://www.e-litterature.net/publier3/spip.php?article1715

 

***

 

 

Pour citer ce bémol artistique illustré & inédit 

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Françoise Urban-Menninger (texte & photographies), « La musique des roses », illustrations de l'artiste André Evard & photographies prises par le photographe Claude Menninger, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ  2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le 7 septembre 2023. URL :  

http://www.pandesmuses.fr/no14/fum-lamusiquedesroses

 

 

 

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4 septembre 2023 1 04 /09 /septembre /2023 14:46

N°14 | Les conteuses en poésie | Bémols artistiques

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Esa TOIVANEN : de l’art avec  des clous !

 

 

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

Peintures par l'artiste peintre

Esa TOIVANEN

 

 

 

 

​​© Crédit photo : Esa TOIVANEN, peinture en clous, figure no 1.

 

 

 

C’est sur l’île de Suomenlinna, près d’Helsinki capitale de la Finlande, au cours d’une balade estivale que nous avons découvert la galerie d’art de cet artiste atypique venu préalablement du monde de la finance. Notre curiosité nous a poussées à y pénétrer pour découvrir ce qu’elle recèle comme objets d’art et nous étions séduites par l’originalité des tableaux réalisés rien qu’avec des clous.

 

​​© Crédit photo : Portrait photographique de l'artiste peintre finlandais Esa TOIVANEN dans son atelier.

 

 

Sans aucune formation artistique ou en design Esa TOIVANEN a fait son entrée dans le monde de l’art et y est resté pour toujours. 

C’est en 1997 qu’il a connu son premier succès avec une lampe qu’il a fabriquée et que le magasin de design Artek lui avait achetée. 

 

 

​​© Crédit photo : Esa TOIVANEN, peinture en clous, figure no 2.

 

 

 

Plus tard en 2005, il a participé à une exposition sur la Finlande au Musée d’Art Moderne de New York en présentant un couteau de sa fabrication.  Non content de cette expérience, il s’est lancé dans une autre voie de la création : 

 

« Je voulais essayer autre chose, comme j’aimais travailler le bois, je me suis mis à créer des images avec des clous.  Je ne sais pas exactement d’où l’idée m’est venue. Des personnes venues du monde entier m’ont affirmé n’avoir jamais vu rien de tel nulle part ailleurs. Moi, je pensais qu’il devait y en avoir quelque part. Mais ce n’est pas si courant ce genre de création. Toute ma vie j’ai fait quelque chose à caractère mondial. »


 

 

© Crédit photo : Image de l'île inspiratrice où  vit & travaille l'artiste Esa TOIVANEN.

 

 

ESA TOIVANEN ne compte pas le temps passé à faire un tableau. L’important pour lui c’est cette vie hors du commun sur l’île où il promène son chien dans le calme absolu du soir où l’on peut voir les étoiles. C’est avec bonheur qu’il peut contempler le spectacle haut en couleurs des feuilles d’automne et aussi la neige d’hiver qui persiste au sol en raison du peu de circulation. Cette vie insulaire a vraiment du bon pour l’artiste : la mer, la faune (les renards, les lièvres, les bernaches nonnettes) et la flore. « Ce qui est très relaxant » comme il l’affirme. « Il y a des rumeurs et des ragots- c’est un petit village, et c’est la même chose partout en Finlande où il y a des petits villages » poursuit-il.

 

 

 

© Crédit photo : Esa TOIVANEN, peinture en clous, figure no 3.

 

 

ESA TOIVANEN est l’unique artiste de l’île et sa galerie est un passage obligé pour tous les visiteurs. En 2003, pendant la guerre en Irak, il a eu l’honneur de recevoir dans sa galerie et atelier le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan et son épouse Nana, invités par la présidente Tarja Halonen. Il est également passionné de musique et l’inventeur d’un cube antistress. Il n’avait pas manqué d’offrir comme cadeau à l’épouse du Secrétaire général un exemplaire de son invention. Entretemps il s’est produit à Bagdad une explosion au cours de laquelle le couple avait perdu pas mal de ses amis de l’ONU.

 

 

© Crédit photo : Esa TOIVANEN, peinture en clous, figure no 4.

 

 

 

Dans une lettre adressée au directeur de Suomenlinna de l’époque, Nana l’a prié de transmettre cette intention toute particulière à ESA TOIVANEN :

 

 « Veuillez transmettre les remerciements de mon mari à l’artisan qui m’a si gentiment offert ce morceau de bois apaisant à tenir dans la main, dont j’ai plus que jamais besoin. » 

 

 

© Maggy DE COSTER

 

 

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Pour citer ce bémol artistique  

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Maggy De Coster, « Esa TOIVANEN : de l’art avec  des clous ! » avec des peintures inédites de l'artiste, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ  2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le 4 septembre 2023. URL :  

http://www.pandesmuses.fr/no14/mdc-artavecdesclous

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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31 août 2023 4 31 /08 /août /2023 14:06

N°14 | Les conteuses en poésie | Dossiers majeur & mineur | Florilège / Muses au masculin | Astres & animaux 

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Nicolas et Câlin l’âne blanc

 

 

 

 

Un poisson nommé Charlie

 

 

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

Crédit photo : Image capturée de Goble Book of Fairy Poetry, Sea fairies, domaine public.

 

Nicolas et Câlin l’âne blanc

 

 

 

Il était une fois un jeune garçon qui s’appelait Nicolas. Il demeurait dans une grande villa, dans l’Oise près d’une ferme dans laquelle vivait un âne blanc appelé Câlin. Cet âne appartenait à Raphaël, le fermier, qui l’avait acheté au marché de Noël à une pauvre femme, qui avait besoin d’argent pour offrir un cadeau à sa petite-fille pour son anniversaire.

Nicolas aimait tellement les animaux qu’il demanda à ses parents la permission d’aller chez le fermier découvrir sa ferme. Ils acceptèrent volontiers et Raphaël, le fermier qui vivait seul, était heureux de faire connaissance avec Nicolas, qu’il invitait à venir à la ferme à ses temps libres.

Ainsi, un dimanche après-midi sur deux, Nicolas s’y rendait pour apprendre avec bonheur la vie des animaux. Raphaël était toujours ravi de recevoir son visiteur, qui lui tenait compagnie et écoutait attentivement ses explications. Nicolas était pour sa part, très intéressé d’apprendre à traire les vaches. On aurait dit qu’il avait su le faire depuis sa naissance. 

 

*

 

À son départ, Câlin, l’âne blanc, l’aborda. Il le salua de la tête. Étrange geste pour un animal ! Raphaël le fermier observa aussi Câlin et chercha à comprendre ce que signifiait ce geste, car c’était la première fois qu’il se montrait si attentif à un jeune visiteur de la ferme.

De retour à la maison, Nicolas repensa à ce geste affectueux de Câlin, l’âne blanc, et en parla à sa maman et lui dit ensuite, qu’il aimerait bien l’avoir dans son jardin. Sa maman lui répondit :

– Sais-tu, mon chéri, qu’un âne a besoin d’un très grand espace pour vivre, on appelle ça « pâturage » ? Notre jardin ne lui conviendrait pas du tout. Quand il aurait faim, il nous tondrait bien la pelouse. 

– Mais maman, un âne ne sait pas tondre : il n’a pas de bras.

– C’est vrai, dit-elle, l’air amusé. Mais je veux dire qu’il mangerait tout le gazon. Papa avec une tondeuse ne saurait pas mieux faire.

– C’est vrai maman, il a de grandes mâchoires garnies d’énormes dents. Et si nous lui donnions de la viande ?

– Mon petit, la nature n’a pas créé les animaux pour se nourrir comme des humains. Sinon, ils tomberaient malades. Donc, nous ne pouvons pas donner de la viande à un animal qui a l’habitude de manger de l’herbe, c’est-à-dire un herbivore. On n’a pas le droit de lui donner à manger ce qu’on veut pour ne pas fâcher la nature.

– Mais comment cela ?

– Sais-tu pourquoi les vaches sont devenues folles ces jours-ci ?

Non. Raconte-moi, maman.

– Parce que tout simplement, depuis toujours, elles mangeaient de l’herbe. À ce moment, elles vivaient heureuses en plein air. Quand les êtres humains ont décidé de changer leur façon de manger en leur donnant de la farine de viande, cela les a rendues folles.

– Maman, si elles pouvaient parler comme nous, cela ne leur serait peut-être pas arrivé ?

– C’est une idée. Mais les personnes qui leur donnent à manger devraient se montrer plus attentives afin de prendre mieux soin d’elles.

– Eh bien ! Elles ne respectent pas les animaux !

– Elles ne respectent pas les lois de la nature non plus.

– Les lois de la nature ? Qu’est-ce que cela veut dire, maman ?

– Ce sont des règles et des principes à respecter pour ne pas avoir des problèmes, des ennuis qui font souffrir. Par exemple, pour aller dans le jardin tu ne dois pas sauter de la fenêtre de ta chambre, car tu peux tomber et te casser un bras ou une jambe ; le mieux c’est de prendre l’escalier même si c’est le chemin le plus long. Me comprends-tu ?

– Bien sûr, maman chérie. Mais je n’aimerais pas que les vaches de Raphaël deviennent folles, sinon je ne pourrai plus les traire.

– Ne t’inquiète pas, mon enfant, Raphaël élève ses animaux en pleine nature ; il les respecte. Donc, ses vaches ne peuvent pas devenir folles.

– Ouais ! Ouais ! Super ! Comme ça, j’irai toujours traire les vaches un dimanche sur deux et je verrai avec plaisir Câlin, l’âne blanc.

 

*

 

Un dimanche comme les autres, Nicolas s’en allait à la ferme de Raphaël, cette fois-ci avec son cousin Jérôme. Câlin, l’âne blanc, broutait tranquillement de l’herbe dans l’enclos de la ferme.  À peine Nicolas eut-il franchi la barrière d’entrée, l’âne interrompit son repas pour aller accueillir les deux visiteurs. Il se dirigea vers Nicolas et lécha affectueusement ses chaussures. En retour, Nicolas se mit à lui caresser sa belle robe blanche. À ce moment arriva Raphaël qui invita les deux enfants à le suivre jusque dans l’étable des vaches encore en train de faire leur sieste. Nicolas les observa avec beaucoup d’attention dans leur sommeil, puis il lança : 

– « Oh ! elles ne ronflent pas comme les grandes personnes ! »

– Les vaches ne sont pas des personnes, bon sang ! renchérit Jérôme.

 

Peu après, Raphaël les invita à visiter le poulailler où couvait une poule et où une autre était en train de pondre un œuf en caquetant : « cot, cot, cot, cot cot, ». Plus loin, deux coqs lui répondaient en chantant de temps à autre : « coquerico-o-o-o ! ». On aurait dit une vraie chorale de basse-cour.

Ce jour-là, Raphaël avait préféré laisser les vaches tranquilles en proposant à Nicolas et Jérôme de nourrir les volailles aux grains de céréales biologiques. Et cela les enchanta. Après les avoir nourries, ils leur donnèrent à boire dans une bassine. 

Là-bas, dans une mare deux canards se partageaient un ver de terre tandis que Pitou, le chiot, s’amusait avec son os en plastique. Et encore quatre paons faisaient la roue avec leurs queues. Cela plaisait tellement à Nicolas qu’il s’écriait :

 « Quel bonheur de passer un moment avec ces merveilleuses bêtes ! Oh ! c’est sublime ! »


 


 

Il eut également une pensée pour Câlin qui brayait : « hi-han ! hi-han ! hi-han ! », comme pour marquer sa présence. Aussi, eut-il l’idée d’aller le voir un moment, dans son pâturage. Câlin se mit à tourner autour de Nicolas, une façon de lui dire : « Je suis très heureux que tu m’aies rejoint ! »

Ensuite, il s’allongea sur le sol et Nicolas s’assit tout près de lui, en caressant sa belle fourrure blanche. Câlin n’hésita pas à poser sa tête sur les cuisses de son ami Nicolas. Et cela ne l’effraya guère. Au bout d’un quart d’heure, Câlin s’endormit tout doucement. Mais, le sommeil fut très bref. Au réveil, il respirait tellement fort que Nicolas croyait qu’un malaise s’était emparé de l’agréable animal. Pourtant il n’en était rien. 

Pendant que Nicolas lui caressait le museau, il cracha dans sa main un objet lourd, qu’il laissa tomber par terre. En le regardant de près, il se rendit compte que c’était une grosse fève en or. Il la ramassa en poussant un cri de joie ; il s’essuya les mains dans l’herbe et glissa la fève en or dans sa poche et revint vers Câlin pour lui donner un gros baiser. 

Cependant, Raphaël et Jérôme ne s’étaient rendu compte de rien. Nicolas les rejoignit dans le poulailler sans rien leur dire. Puis, il se dirigea vers la lapinière pour donner à manger aux lapins des carottes, qu’ils grignotèrent avec plaisir.

À la fin de cet agréable après-midi passé à la ferme avec Raphaël et ses animaux, Nicolas et Jérôme rentrèrent chez eux.

 

Arrivé à la maison, Nicolas était tellement ému qu’il se mit à pleurer à chaudes larmes (mais il eut quand même le temps de cacher sa fève dans un endroit bien secret). Sa maman lui demanda s’il n’était pas satisfait de son après-midi à la ferme. Il lui répondit qu’il était chagriné de repartir en laissant Câlin, qu’il aimerait avoir plutôt avec lui à la maison.  Sa maman lui fit comprendre qu’il était plutôt chanceux d’habiter à côté de la ferme et qu’il aurait l’occasion de le revoir quand il voudrait. Finalement, il pria sa mère de demander à Raphaël de lui vendre l’âne, qu’il ferait garder par son grand-père dans son écurie dans le sud de la France.

 

Ainsi, il pourra être sûr de l’avoir pour lui toute la vie.

Comme Nicolas ne voulait rien entendre, ses parents s’en allèrent supplier le fermier de leur revendre Câlin, même très cher. Il hésita longuement, puis, il lança :

– C’est un âne que j’ai acheté au marché de Noël. La vendeuse, une vieille dame très pauvre, m’avait dit que c’était un âne porte-bonheur. Comme je suis un peu vieux et que je n’ai pas d’enfants ni de petits-enfants, j’accepte de le donner en cadeau à Nicolas et souhaite qu’il lui porte bonheur toute sa vie.

Il se tourna vers Nicolas et lui dit :

– Mon petit, à présent, cet âne est à toi, tu le prendras quand tu voudras.

Nicolas était tellement ému et surpris qu’il sauta au cou du fermier en lui disant :

– Cher Raphaël, je ne sais comment vous remercier ; papa et maman sauront mieux le faire à ma place.

 

                                                    *

 

Peu de jours après, arrivèrent les grandes vacances, Nicolas fit chercher Câlin et l’emmena chez son grand-père, qui l’accueillit dans son écurie. Et depuis, le bonheur est entré pour toujours dans le cœur de Nicolas surnommé désormais « le bienheureux ».

Chaque été, il descendait dans le Midi chez son grand-père pour voir Câlin et en profiter à merveille. Un jour, une jolie princesse appelée Marjolaine le remarqua avec Câlin, son âne porte-bonheur, pendant qu’elle se promenait toute seule non loin du château de son père, un vieux roi très malade, à qui il ne restait plus beaucoup de temps à vivre. La princesse avait le cœur en peine parce qu’elle avait déjà perdu sa maman et, en plus, elle n’avait pas encore trouvé un amoureux. Enfant unique, elle était très gâtée ; son père était toujours prêt à satisfaire tous ses désirs, parce qu’il la voulait toujours heureuse.

Nicolas et la princesse firent connaissance et ne tardèrent pas à s’aimer. Nicolas chargea ses parents de demander la princesse Marjolaine en mariage auprès du roi. Le roi accepta et le mariage de Nicolas avec la princesse fut célébré au château en présence de Câlin, qui ne poussa même pas un seul cri. Trois jours plus tard, le roi mourut. C’était douloureux pour Nicolas et Marjolaine, mais ils s’y attendaient. Les jours passèrent et leur chagrin finit par s’estomper. Ils vécurent heureux au château avec Câlin. 

 

 

Un poisson nommé Charlie

 

 


 

Il était une fois un pauvre petit poisson noir qui vivait dans un bocal en verre empli d’eau et tapissé de pierres de différentes couleurs qui illuminaient ses jours dans ce milieu aquatique très réduit.

 

Quelques centimètres de diamètre et peu de profondeur, le tour est vite fait, il faut avoir beaucoup d’imagination pour ne pas s’ennuyer dans ce bocal et avoir des idées noires à force d’y tourner en rond tous les jours du matin au soir. Pas un seul petit camarade avec qui se chamailler en lui mettant un coup de dents, un coup de queue ou de nageoire.

 

Que c’est triste et bête la vie d’un poisson emprisonné dans un bocal !

 

Charlie, la misérable petite créature était incapable d’aller chercher sa nourriture comme le font les poissons des rivières et des mers si étendues et forcément riches en nutriments. Malheureux, il n’avait pas eu la chance de découvrir la beauté des fonds marins, de connaître la joie de vagabonder et de rencontrer d’autres copains. 

 

Ses yeux ne voyaient jamais le spectacle d’un lever et d’un coucher de soleil, il était témoin de l’unique spectacle que lui offrit le fond de son bocal garni de pierres exposées à la pâle lueur d’une ampoule au néon quand elle était allumée, bien évidemment. Dans sa vie monotone, il ne distinguait même pas les saisons. Le temps passait et il s’agita, sautilla, frétilla dans son bocal de façon répétitive jusqu’à ce qu’à ce qu’il tombât de sommeil. Rêvait-il aussi ! 

 

Sa seule chance c’était d’avoir le même prénom que le grand acteur britannique qui s’appelait Charlie Chaplin et qui a joué dans un film en noir et blanc qui s’appelle Le Kid, ou Le Gosse au Québec, qu’il a lui-même réalisé et qui a été vu sur les écrans de cinéma du monde entier. C’est un film muet comme un poisson dans un bocal. Les acteurs ne faisaient que des gestes et des mimiques. 

 

Mais le pauvre et minuscule poisson noir n’avait connu que le maigre privilège d’avoir été offert en cadeau d’anniversaire à Chloé qui lui donnait à manger et tapait de temps en temps dans le bocal en verre pour le sortir un peu de sa grande solitude. Il frétillait en signe de contentement et de reconnaissance.

 

 Ô le pauvre petit poisson noir ! On le retrouva sans vie dans son bocal en verre. Triste fin pour Charlie, le poisson noir !

Serait-il mort de tristesse et de solitude ? Était-il si faible qu’il n’ait pu passer l’hiver ? Il ne reste que le bocal en verre, les pierres de différentes couleurs et l’eau toute trouble, peut-être aussi troublée par la mort du poisson. Garderait-elle en mémoire les traces de l’existence de Charlie ? Paix à son âme de poisson !

 

 

© Maggy DE COSTER, Contes tirés « Histoires à écouter assis ou allongé », Éditions Unicité, 2023 et reproduits avec l'aimable l'autorisation de l'auteure et de la maison d'édition citées précédemment.

 

 

***

 

 

Pour citer ces contes poétiques

​​​​

Maggy De Coster, « Nicolas et Câlin l’âne blanc » & « Un poisson nommé Charlie », contes reproduits avec l'aimable l'autorisation de l'auteure & des Éditions Unicité, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ  2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le 31 août 2023. URL :  

http://www.pandesmuses.fr/no14/mdc-contes2

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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