4 septembre 2021 6 04 /09 /septembre /2021 11:13

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​​​N°8 | Dossier majeur | Articles & témoignages / Entretien poétique, artistique & féministe 

 

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Conversation avec

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

sur la vieillesse & la maladie en poésie

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Peinture de

 

Hélène de Beauvoir

 

par le photographe

 

Claude Menninger

 

Propos recueillis par

 

Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice,

 

lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo :  Claude Menninger, "Hélène de Beauvoir, Venise, 1960", cette photographie a été prise lors de la rétrospective des œuvres l'artiste Hélène de Beauvoir au Musée Würth à Erstein, photographie inédite fournie par Françoise Urban-Menninger. 

 

 

 


 

1 Qu'est-ce que la vieillesse, qu'est-ce que la maladie en poésie ?

 

Françoise Urban-Menninger –En ce qui me concerne la vieillesse, la maladie, les états d'âme, le spleen comme chez Baudelaire font partie intégrante de la vie. Tous ces paramètres jouent sur le fond de mon écriture et la mettent en jeu (je) car la poésie, comme je la définis souvent, est une forme de résistance dans un monde « où la fuite en avant est de mise ». Donc le fond a partie liée avec un cri qui surgit des profondeurs…

Par contre, la forme « s'assagit » sans aucun doute avec l'âge et la recherche de la sérénité qui consiste à entrer comme l'écrit Gaston Bachelard en « résonance » avec le cosmos. Rappelons-nous que nous sommes de passage sur cette terre et que comme le souligne le physicien Hubert Reeves nous sommes faits de la même structure que les étoiles mortes. Savoir que nous sommes de la « poussière d'étoiles » remet en quelque sorte les pendules à l'heure et réfrène nos ambitions dithyrambiques  à vouloir s'accaparer et exploiter les biens que nous offre  cette planète qui nous accueille depuis des millénaires.

 

 

 

 

2 L'être poète vieillit-il, tombe-t-il malade ? Comment sa poésie exprime cela ?

 

 

Françoise Urban-Menninger – Quand le poète vieillit, il retourne sur les chemins de son enfance comme l'écrit Gaston Bachelard car l'origine et la mort confinent. De ce fait, le poète emprunte les voies de la transcendance pour s'aventurer au-delà des mots et peut-être de lui-même. Bien évidemment la souffrance psychique ou physique ou les deux peuvent entraver cette transcendance… Comment appréhender l'âme du monde et sa musique quand le corps n'est plus que douleur ? Je pense que le caractère du poète, sa vision du monde, ses croyances, et surtout sa perception de la mort influent sur sa création.

Pour éclairer mon propos voici  ce qu'écrit le poète suédois Tomas Tranströmer « La souffrance et la joie pèsent tout à fait le même poids ».

 

 

 

 

3 Que fait la poésie aux maux et désarrois réels ou fictifs des poètes  ? 

 

 

Françoise Urban-Menninger – La poésie n'est pas une panacée pour guérir les maux du corps, par contre elle apaise les maux de l'âme en aidant les êtres comme l' écrivait et le mettait en pratique Montaigne qui tentait d' apprivoiser sa propre mort en y pensant un peu tous les jours tout en chevauchant dans la campagne.

Renouer chaque matin avec la lumière qui nous éclaire, dialoguer comme le fait Christian Bobin avec des tulipes dans un vase, voilà qui peut combler le manque, l'absence ou la déchirure. Renaître encore et toujours au monde, c'est célébrer le poème qui nous met au monde selon l'expression de Guillevic.

 

 

 

 

4 Vos œuvres sont imprégnées par une poésie lyrique liée à cette condition de l'être humain et surtout l'être poète créateur, immortel et mortel à la fois, voudriez-vous nous en parler un peu ?

 

 

Françoise Urban-Menninger – Que dire du lyrisme dans ma poésie sinon qu'il est ma respiration. Un rythme cosmique habite mes écrits, c'est une danse avec la musique des sphères, les cycles des saisons et la quête d'une harmonie existentielle.

Ma mère me disait qu'elle me laissait bébé dans mon landau sous un arbre parmi les fleurs du jardin et je gazouillais tout l'après-midi tendant mes bras vers les feuilles qui tremblaient dans la lumière, c'est sans doute la source de mes rêveries !

 

 

 

 

5 La poésie vieillit-elle ? Tombe-t-elle malade, meurt-elle ? Cette question renvoie au n°0 du périodique "Le Pan Poétique des Muses", qu'en pensez-vous ? Les femmes, poètes, éditrices, traductrices etc., peuvent-elles renouveler la poésie comme le disait Aragon ?

 

 

Françoise Urban-Menninger – La poésie ne meurt jamais ! La poésie authentique est intemporelle et universelle, elle est comprise de tous. Elle survit à tous les genres littéraires et les transcende car elle possède cette force visionnaire qui nous fait encore apprécier les poèmes d'Ovide et plus près de nous ceux de nos aïeules comme Anna de Noailles ou Marceline Desbordes-Valmore… La poésie est une compagne fidèle qui nous aide à vivre et à mourir, elle se renouvelle à travers nous car nous portons en nous les poètes disparus et leur prêtons nos voix pour prolonger la leur. Je pense notamment à Sylvia Plath  ou à Virginia Woolf dont les voix parlent parfois au fond de moi…

 

 

 

 

Pourquoi la vieillesse est-elle vécue comme une maladie sans remède chez Simone Beauvoir ?

 

 

Françoise Urban-Menninger – Sans doute parce qu'il n'y a pas de remède à la vieillesse et que certains refusent cette fin inéluctable inscrite dès la naissance ! Heidegger écrivait qu' « un homme qui naît est déjà assez vieux pour mourir » ! Les cures de jouvence, la chirurgie esthétique ne sont que des pis-allers ! Ce que décrit Simone de Beauvoir dans son livre « La vieillesse », ce sont des fins de vie indignes dans certaines maisons de retraite qui ne sont autres que des antichambres de la mort. La vieillesse à l'époque où elle rédigeait son livre était « un secret honteux », voire « un sujet interdit », plus encore « l'échec de notre civilisation ». Dans ma nouvelle « La résidence » pour laquelle j'ai été primée, j'évoque la déshérence de personnes âgées en perte de repères et d'identité dans le cas de la maladie d'Alzheimer car j'ai été confrontée à ce drame comme beaucoup d'entre nous qui avons des proches atteints par cette maladie. Bien évidemment, je m'interroge sur ma fin de vie, les soins palliatifs, voire l'euthanasie… 

Je ferai une parenthèse pour évoquer ici Hélène de Beauvoir que j'ai eu le bonheur de rencontrer à Goxwiller dans sa ferme. À 80 ans, Hélène m'accueillit un jour avec un marteau piqueur, souriante elle expérimentait la gravure sur du plexiglas ! En me montrant ses tableaux, elle m'avoua en pouffant de rire qu'elle cachait dans chaque toile un élément humoristique connu d'elle seule. Elle m'offrit ce jour-là une belle leçon de vie et un vrai pied-de-nez à la mort !

 

 

7 Y  a- t-il une spécificité de la poésie faite par une femme, valide ou en situation de handicap qui diffère de la poésie d'un homme, autrement dit, le vécu du genre joue-t-il dans la manière dont s'exprime une personne sur les maladies, vieillesse et fin de vie ?

 

 

Françoise Urban-Menninger – Une femme quel que soit son état physique ou mental quand elle écrit de la poésie a le pouvoir de se transcender dans ses écrits ! Encore une fois, écrire de la poésie, c'est chercher au fond de soi la lumière qui éclaire la vie. Les poètes femmes ou hommes comme les mystiques ont partie liée avec le sacré. Je citerai  ce vers de Gabriel Althen « Car chacun, vois-tu, habite son ogive.  Malgré l'ombre, une musique s'y concentre et des soleils s'entrecroisent ». 

 

 

 

8 Faudrait-il consacrer un nouveau volet pour explorer cette thématique du point de vue uniquement des femmes (valides ou en situation de handicap, hétérosexuelles ou non, discriminées ou pas…) ? 

 

 

Françoise Urban-Menninger – C'est une question intéressante et il serait bon de lancer un appel à textes sur cette thématique en l'ouvrant à des textes en proses, récits, témoignages et nouvelles…


 

 

 

9 Quel est votre poème préféré sur cette thématique ?

 

Personnellement, je préfère dépasser la douleur pour tenter d'apprivoiser comme Montaigne ma finitude et terminerai sur une note optimiste car c'est là mon tempérament en citant Goethe qui écrivait à 65 ans en apercevant un arc-en-ciel :

 

 « Ainsi vieillard alerte

Ne te laisse pas attrister,

Malgré tes cheveux blancs

Tu pourras encore aimer »

 

Et je lui répondrai par-delà les ans :

 

 « Avec ce qu'il nous reste

de corps et d'esprit

nous retournerons dans la forêt

des mots

chercher jusque sous nos racines

cette sève du poème

qui féconde nos rêves »

 

 

 

© DS., F. Urban-Menninger & C. Menninger

 

***

 

Pour citer cet entretien

 

Dina Sahyouni, « Conversation avec Françoise Urban-Menninger sur la vieillesse et la maladie en poésie  » texte inédit, illustré par une photographie inédite signée Claude Menninger d'une œuvre de l'artiste plasticienne Hélène de Beauvoir, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 4 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8/ds-entrevue

 

 

 

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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 16:24

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N°8 | Dossier majeur | Florilège de poétextes

 

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Reliques

 

 

 

 

 

 

Claude Luezior

 

Site personnel

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo : Fables de La Fontaine,"L'âne portant des reliques", ​​​Wikimedia, domaine public. 

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Reliques

 

 

malle à jouets

en plein cœur du grenier


 

sabres pour corsaires

et dinosaures à la retraite

 

 

Carabosse farfelue

courtisant son miroir

 

 

cartable qui digère encore

ses mauvaises notes

 

 

marionnettes sans électrons

ni magnétismes déchus


 

épître aux pharisiens

sans piles jetables

 

 

désuète fortification

de l’enfance


 

© C. LUEZIOR              

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Claude Luezior, « Reliques » poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 3 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8/cl-reliques

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 8 Muses et féminins en poésie
2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 15:05

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N°8 | Dossier majeur | Florilège de poétextes

 

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Une larme d'encrier

 

 

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Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice, lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​​Crédit photo :  Melting snow on tomb, Wikimedia, domaine public. 

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Tu n'es pas là, non, 

et je t'écris pourtant

avec les larmes 

en guise d'encre, d'armes

éphémères pour estomper cette solitude,

guérir mon âme des habitudes,

de toi, chère enfant tissée de perles, de mots, de papiers et de guirlandes de rêves éveillés


 

 

Tu n'es pas là, non

mais ton parfum s'exhale 

telle une rose éclose au petit matin

telle la rosée bleutée de songes suaves, d'espoir 


 

 

Petite fille, fillette, larme bleue d'encrier, 

tu grandis chaque instant, 

tu grandis là-bas

dans le bleu des mots

et moi.. en pleurs, je t'écris.. crie,

je demeure ici, je meurs.

 

 

©DS, "Rêves de Rêva", 2021.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Une larme d'encrier  » poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 2 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8/ds-unelarmedencrier

 

 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 17:29

 

REVUE ORIENTALES ​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations​

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Dans la cité des jasmins

 

 

 

 

 

 

Mariem Garaali Hadoussa

 

Artiste plasticienne & poète

Présidente de lassociation "Voix de femme nabeul"

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : Jasmins, domaine public, Commons. 

 

 

Dans la cité des jasmins, 

Sous le regard bienveillant 

D’une belle lune,

Dans le labyrinthe du théâtre 

De la vie et de la mort,

Le doux chuchotement de la mer nous berce.

Je t’enlace mon beau jardin céleste

Et je m’engouffre dans tes sentiers fleuris,

Quand se réveille le papillon des nuits

Et me vole un baiser qui me chatouille l’âme

Avec ses ailes soyeuses !


 

 

 

Mais tu t’en vas papillon des nuits ?

Tu n’oses pas réveiller la douce houle

D’une mer dormante,

Sous la caresse d’une lune souveraine,

Complice de tous les amoureux ?

Tu rentres chez toi papillon des nuits,

En emportant mon doux parfum sur tes ailes,

Tu t’en vas tisser avec les fils de ma vie,

L’étoffe de tes jours,

Tendre jardin céleste, douce cité des jasmins !

 

©MGH


 

 

Pour citer ce poème

 

Mariem Garaali Hadoussa, « Dans la cité des jasmins », poème inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1,  mis en ligne le 31 août 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/mgh-citedesjasmins

 

 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 13:51

 

​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations​  & N°10 | Célébrations | Dossier mieur

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Je ne suis pas poète ! 

 

 

 

 

 

 

Mariem Garaali Hadoussa

 

Artiste plasticienne & poète

Présidente de lassociation "Voix de femme nabeul"

 

 

 

© Crédit photo :  Mariem Garaali Hadoussa,"« Fluidité », acrylique et huile 50/45 Cm. 

 

 

 

 

Je ne suis pas poète

Je suis une marionnette

Parents, école et rue

M'ont façonnée

Et la vie a fait de moi 

Ce que je suis

 

 

 

Je ne suis pas poète

Mon âme se démène 

Cherchant un dilemme 

J'écris des mots qui viennent

Du fond du cœur

Pour des êtres que je chéris

Pour un pays que je défends 

Pour le soleil, la lune et les étoiles

Pour cette douce brise

Et ce fabuleux parfum 

de roses et de jasmins

 

 

 

Mes mots dansent sur le chant des vagues

Et voyagent sur le dos des mouettes

En plumes légères 

Pour soulager les maux 

Et soulever les fardeaux

Des âmes égarées 

Pourtant je ne suis pas poète ! 

Qui suis-je d'après vous ? 

 

 

 

Des nuits blanches

À remplir des pages blanches 

À effacer des ombres 

À écouter ces voix qui chuchotent

Dans un silence morbide

Qui te donnent des frissons 

 

 

Peut-être serais-je poète le jour 

Où on lira mes vers

Cris de peine ou de joie 

Poète ou pas 

J'aime rire et écrire 

Des chants d'amour 

Champs de fleurs ! 

 

 

©MGH, le 17/7/21.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Mariem Garaali Hadoussa (poème & peinture inédits), « Je ne suis pas poète ! », Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1 & Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations »,  mis en ligne le 31 août 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/mgh-poete

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ET REVUE ORIENTALES - dans Numéro 10 REVUE ORIENTALES Amour en poésie Muses et féminins en poésie

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