20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 18:45

 

Événements poétiques | Megalesia 2021  & ​​N° 9 | Femmes, poésie & peinture  | Revue Matrimoine | Revue culturelle d'Europe 

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Les femmes artistes

 

à l'École des Beaux-Arts

 

– Les prix de Rome 

 

 

 

 

 

 

 

Blanche Moria

 

Texte choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

© Crédit photo : Une capture du livre réalisée par DS. pour la revue.

 

 

 

    À la fin du XVIIIe siècle quelques femmes, telle Madame Vigée-Lebrun, (fille du peintre Vigée et femme de Lebrun, marchand de tableaux), s'occupèrent d'art, mais ce n'est qu'au XIXe siècle qu'elles en firent la carrière à laquelle elles demandèrent leur gagne-pain.

    Nous trouvons alors une femme sculpteur, laquelle expose au Salon sous un nom d'homme vers le milieu du siècle. Pourquoi ? Sans doute il n'était pas admis que les femmes devinssent artistes... Cette femme exposa donc sous le nom de Léon Berteaux (c'était la femme de Léon Berteaux). Elle eut à lutter, fut souvent remplie de découragement car le jury ne lui décerna pas une première médaille. Elle ne devint H. C. qu'à la suite de la décision de 1872 ou 1873 et fut la seule femme qui étant H. C. put siéger au jury (années 1897 et suivantes).

    Femme de cœur elle chercha le moyen d'aider les jeunes à se faire connaître de leurs juges et fonda dès 1881 l'union des Femmes peintres et sculpteurs. Puis jugeant que si les femmes entraient à l'École des Beaux-Arts et pouvaient concourir pour le prix de Rome, elles trouveraient un appui certain dans l'État, et une culture artistique non critiquable, elle formula en 1889, au congrès officiel, le vœu acclamé à l'unanimité et transmis au Ministère « que les femmes artistes fussent admises à « l'école des Beaux-Arts et aux concours pour les prix de « Rome ». Renouvelant ses revendications, elle obtient enfin en 1891 la déclaration du Conseil supérieur des Beaux-Arts « que l'État ne peut refuser aux femmes l'instruction artistique qu'il accorde aux hommes ». Entre temps elle conseilla aux jeunes de se faire inscrire pour les concours de Rome ; – mais, à l'école il fut répondu que les règlements n'interdisant pas les inscriptions de femmes, elles pouvaient être sur la liste ; – mais que les règlements n'indiquant pas de droit pour elles, à être convoquées, elles ne le seraient pas. Les cours oraux seuls leurs furent accessibles.

    Toutes ces démarches faisaient du bruit, animaient l'opinion, mais n'aboutissaient pas ; aucun crédit n'avait été voté pour affirmer la décision, une simple promesse avait été faite à M. Bardoux, sénateur.

    Lorsque, le 6 juin 1896, Mlle Jamin, élève de MM. Herst. Édouard Sain et Carolus-Duran, exposante au Salon des Artistes Français (section de peinture) élève des cours oraux de l'École Nationale des Beaux-Arts, adressa à M. Paul Dubois, directeur de l'École, une lettre le priant de bien vouloir l'inscrire au nombre des candidats appelés à se présenter au concours d'admission de « l'École proprement dite » (section de peinture), M. Paul Dubois répondit en ces termes :

    Mademoiselle,

    En réponse à votre lettre en date du 6 juin dernier, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les cours oraux sont ouverts aux dames depuis le mois d'octobre dernier. Mais elles ne sont pas admises dans les ateliers de peinture de l'école.

    Veuillez agréer...

       Signé : Le Directeur de l'École Nationale des B.-A.,

            Membre de l'Institut,

                                Paul DUBOIS.

    En possession de cette réponse écrite qui constituait une pièce administrative accusant une fin de non recevoir, Mlle Jamin pouvait agir.

    La lettre de M. Paul Dubois fut remise par elle à M. Léonce de Sal, sénateur qui la remit à son tour à M. Rambaud, Ministre des Beaux-Arts, en présence de M. Bardoux, sénateur.

    Ce fut le point de départ d'une campagne parlementaire qui dura pendant six mois et à laquelle cette jeune fille prit une part active, multipliant autant qu'il fut nécessaire, les visites aux députés et sénateurs influents, parmi lesquels : MM. Maurice, Faure, Bardoux, Rambaud, Georges Berger, Raymond Poincaré, Léon Bourgeois, Dujardin-Beaumetz, etc.

    Cette campagne aboutit, le 28 novembre 1896, au vote par le Parlement de l'amendement de M. Maurice Faure établissant un crédit de 13.500 fr. nécessaire à l'admission des femmes à l'École des Beaux-Arts.

    Entre temps une campagne de presse dont le premier article fut rédigé à l'instigation de Mlle Jamin par M. Georges Montorgueil, rédacteur au journal « L'Éclair », avait saisi l'opinion publique de la question, qui avait été soutenue en général par la grande majorité des journaux français aussi bien à Paris qu'en province.

    Parmi les personnes qui contribuèrent au succès de cette œuvre de justice et qui aidèrent Mlle Jamin de leurs conseils, il convient de citer, à leur honneur, les noms de M. Louis de Fourcaud, membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts professeur d'Esthétique et d'Histoire de l'Art à l'École Nationale des Beaux-Arts (aujourd'hui décédé), et de M. Henry Jouin (également décédé, secrétaire de l'École Nationale des Beaux-Arts, et critique d'art éminent, qui malgré la situation qu'il occupait à l'école et qui l'obligeait à une délicate réserve, fut pour l'initiative du mouvement un dévoué et précieux collaborateur.

 

Les Femmes à l'ÉCOLE proprement dite.

La loi du 28 novembre 1896 ouvrait l'École des Beaux-Arts aux femmes ; le 8 juin 1897 eut lieu en conséquence, le premier concours d'admission des femmes à l'école de la rue Bonaparte.

    Sur 42 concurrentes admises à concourir on en reçut 9 dans l'ordre suivant 

    Mlles :

    1re Jamin ; 2e Fiérard ; 3e  Hamon ; 4e Sévrin ; 5e Maire ; 6e Barbusse ; 7e Mme Ypermann ; 8e Forster ; 9e Evrard.

    D'après les règlements de l'École, les élèves admis ne sont élèves de l'école « proprement dite » que jusqu'à la session d'examen suivante. À cette époque, ils doivent, s'ils veulent continuer à faire partie de l'école, subir de nouveau, avec succès, les épreuves d'admission.

    Toutefois, dit le règlement ; …............... sont dispensés de recommencer les épreuves d'admission …... les élèves qui ont obtenu le titre de 1er dans l'un des précédents concours, ou encore, ceux dont le rang d'admission est compris dans une limite fixée par le conseil supérieur de l'École à chaque session.

    En 1897 il se présenta 42 femmes et 396 jeunes gens. Sur les 42 femmes : 

    Mlle Jamin reçue 1re  au concours obtint 402 points ; Mlle Fiérard, 395 ; Mme Hamon, 369 : Mlle Sévrin , 369, etc.

    Parmi les jeunes gens, 87 furent admis : Le 1er obtint 465 points ; le 2e 419 ; le 3e 414 ;

le 4e 411 ; le 5e 410 ; le 6e  403 ; le 7e 393.

    Les 7 premiers jeunes gens furent reçus à titre définitif par décision du conseil ; mais aucune femme, même la première, ne fut admise à titre définitif. Mlles Jamin et Fiérard eurent donc la surprise de recevoir de l'Administration des cartes d'élèves temporaires.

    Il fallut que M. Maurice Faure fit à ce sujet une réclamation au Ministre des Beaux-Arts pour que, dans sa séance du 12 octobre 1897, le conseil supérieur de l'École prit la décision de recevoir Mlles Jamin et Fiérard élèves de l'école à titre définitif.

 

Les Ateliers.

    L'école proprement dite était ouverte aux femmes, mais les ateliers de peinture, sculpture, architecture, qui, du reste, en principe, ne font pas partie de l'École, leur étaient fermés.

    Sur l'initiative de Mlle Jamin, les élèves reçues au premier concours firent une pétition pour demander l'ouverture de ces ateliers. Grâce, en outre, à l'intervention parlementaire de M. Viviani, que Mlle Jamin sollicita, cette lacune fut comblée et l'égalité fut définitivement établie entre les élèves femmes et les élèves hommes de l'École des Beaux-Arts.

    La porte était ouverte. Madame Berteaux vit, en 1897, les femmes entrer officiellement, enfin, dans cette école, qui pouvait et devait consacrer leur talent.

    Quelle réception leur fut faite... Elles ont l'esprit trop large pour se souvenir qu'elles ont été conspuées... La meilleure réponse était le travail ; elles travaillèrent ; et, en 1911, c'est-à-dire 14 ans plus tard (les conquêtes qui sont un pas dans le progrès sont toujours lentes à se réaliser) l'une d'elles, une femme sculpteur, Mlle Lucienne Heuvelmans obtint le prix au concours de Rome.

    Madame Berteaux ne vit pas ce succès, elle était morte en 1909... sans que son réel talent fut consacré par ses pairs, puisqu'elle n'obtint pas une première médaille et ne reçut jamais, même pour avoir fondé l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, la récompense que nous lui souhaitons toutes dans le ruban de la Légion d'Honneur... Les pionniers ne trouvent jamais grâce devant leurs contemporains. Celles qui bénéficieront seront les prix de  Rome et les boursières de voyage actuelles. Elles commencent à former une phalange imposante et comme elles entreront dans la Société des boursières. Elles seront défendues plus que nos contemporaines. Qu'elles portent haut et le flambeau et se souviennent que les ronces nous ont déchirées et les pierres, meurtries, mais que nous avons frayé la route quand même...

    Si nous jetons un coup d'œil sur les résultats obtenus, nous voyons jusqu'ici : 3 prix de Rome,

    une vingtaine environ de bourses de voyage.

Les prix de Rome : Mlle L. Heuvelmans, sculpture.

            Mlle Lilly Boulanger, musique.

            Mlle Canal, en 1920.

    Trois prix de Rome furent obtenus en neuf ans, il avait fallu 15 ans pour obtenir l'admission des femmes à l'École , et 11 ans pour que l'une obtient le prix de Rome.

    Les années parcourues peuvent se marquer de pierres blanches de plus en plus rapprochées ; mais les premiers pionniers du féminisme en Arts ne trouveront pas plus de courtoise équité devant leurs pairs, je le crains, que la vénérée Madame Léon Berteaux, leur grande Première ; toutefois ne désespérons pas, car dans certaine société à l'esprit libéral, la Nationale, 22 femmes ; dont 12 Françaises, ayant le titre équivalent au H. C., ont vu deux des leurs, Mme Serruys et Mademoiselle Poupelet, siéger parmi les membres du jury de 1920.

    L'avenir est donc, selon moi, aux boursières de voyage... qu'elles travaillent ferme et soient droites... l'âme des aînées les guidera.

 

 

 

Documents concernant la question.

– 1er article signé Geogres Montorgueil, « Lart et la femme ».

– Journal officiel, séance du 28 novembre 1896. (suite de la discussion du budget des Beaux-Arts).

– « Manifestation antiféministe à l'École des Beaux-Arts ». Journal l'Éclair, 16 mai 1897.

– Création des ateliers pour les femmes à l'école des Beaux-Arts. Journal Officiel, séances du 1er mars 1899 et 19 janvier 1900.

 

 

L'article ci-dessus rédigé par Blanche MORIA de provient de l'ouvrage de VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme 1870-1920, Édition de la Ligue Française pour le Droit des Femmes, 11, Rue Milton, Paris IX, 1921, pp. 95-99. Le livre appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

 

 

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Pour citer ce texte féministe 

 

Blanche Moria, « Les femmes artistes à l'École des Beaux-Arts – Les prix de Rome », texte féministe de MORIA Blanche dans VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme : 1870-1920, (1921), a été choisi, & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & N° 9| Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture sous la direction de Maggy De Coster », mis en ligne le 20 mai 2021, Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/bm-lesfemmesartistes

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 9
19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 17:19

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

 

Le temps bleu

 

 

 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice, lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

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​​Crédit photo : Pavots et ciel bleu, domaine public, Wikimedia.

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J'ai perdu l'usage mythique des mots, leurs voix, leurs voies mystiques et mystérieuses. 

J'ai perdu leurs joies de dire le monde et me dire..me lire…

J'ai perdu ton visage dans la jungle du vocabulaire dérisoire, dans le pli profond des mondes imaginaires. 

 

Seulette et mes sœurettes sont partout. 

Seule, telle une page blanche jaunie par le temps.

 

 

​​Crédit photo : Apus, domaine public, Wikimedia.

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J'ai perdu ton visage, chère Vérité, et depuis, j'erre sur terre en mendiante esseulée.

J'ai perdu ton visage, ton sourire au creux du poème, au cri du souffle du vent..

Sœurette des Muses, suis-je la seule à être seulette ?! 

 

Chères sœurettes, Muses qui s'amusent sur les feuilles, le temps bleu me rattrape. 

Bleutée de bleus imaginaires, l'encre de ma voix brûle les pieds des mots.*

 

 

©DS.

 

* Poème de "Bleutée d'Autisme", avril 2021.

 

 

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Pour citer ce poème philanthropique 

 

Dina Sahyouni, « Le temps bleu », poème inédit sur l'autisme, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 19 mai 2021. Url : 

​​​​​http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ds-letempsbleu

 

 

 

 

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Retour à la Table de Megalesia 2021 

 
18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 16:41

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Faits-divers & Catastrophes en poésie | Cuisinier en poétisant

 

 

 

 

 

 

 

 

Ouverture des terrasses

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo : Van Gogh, "Terrasse des Cafés", domaine public, Wikimedia.

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Paravents, parasols, parapluies,

Nouveau visage des terrasses,

Entre deux ondées, l’éclaircie,

Vite, se frayer une place !

 

 

Milieu de semaine, mercredi,

L’ouverture plein-air, dans la rue,

Restaurants, bars et brasseries,

Lieux convoités où tous se ruent,

 

 

​​​​​​​​​​Crédit photo : Café Paul Munhoven à Paris, domaine public, Wikimedia.

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La météo défavorable,

La jauge de cinquante pour cent,

Le maximum de six à table,

Rien n’empêchera l’engouement,

 

 

L'événement pour la Saint-Yves,

Se réunir, trinquer, manger,

Un bout de trottoir, une rive,

Dehors, ensemble, partager !



 

 

 

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Pour citer ce poème sur le 19 mai 2021

 

Corinne Delarmor, « Ouverture des terrasses » poème inédit sur la fin du dernier confinement en date, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 18 mai 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/cd-ouverturedesterrasses

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Nourriture et cuisine en poésie
18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 09:06

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 |  Revue culturelle d'Orient & d'Afrique | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

Sixième épisode du reportage-feuilleton d'Occupation du Théâtre de l'Odéon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique d'occupation de l’Odéon.

 

 

Palestine

 

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Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

Reportage photographique par

Élisabeth et Mustapha Saha

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 1. 

 

 

Samedi, 15 mai 2021.  Les curieux et les fidèles sont toujours présents à l’agora de l’Odéon. Depuis l’annonce de réouverture, les relations entre les occupants et la direction du théâtre sont tendues. Les pressions gouvernementales pour obtenir, par tous les moyens, des évacuations, des expulsions, ne laissent aucune alternative. Les occupants expriment leur volonté de rester sur place au prix d’aménagements permettant la reprise des spectacles en même temps. Deux-cent-soixante spectateurs à peine sont admis, le maximum autorisé par les mesures sanitaires,  dans la salle de huit-cent-quarante places, pour suivre « La Ménagerie de verre » de Tennessee Williams, mise en scène par Ivo Van Hove, avec Isabelle Huppert comme vedette.

L’indigne désolidarisation des stars du show-business se confirme.  « La Ménagerie de verre » est l’histoire de trois solitudes à huis clos, trois manières de rêver une autre existence. Le personnage d’Amanda s’imagine encore en grande dame. Le théâtre accueille les vieux  fantômes. Les revenants se glissent entre les colonnes égayées d’ardentes banderoles.

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 2. 

 

 

La vie commune des quarante deux occupants se déroule dans le foyer. Bar reconverti en cuisine, micro-ondes, réfrigérateurs, machines à cafés, assemblées générales, improvisations musicales. Le bras de fer s’éternise. Retrait de la réforme de l’assurance-chômage et prolongation de douze mois de l’année blanche ne sont pas négociables pour les intermittents. Le directeur de l’Odéon accorde un entretien à l’hebdomadaire Télérama, daté du 12 mai 2021, où il déclare que la situation avec les occupants est bloquée. Ses paroles transpirent les éléments de langage, les formules prégnantes, les mots-clés  fournis par le ministère de la Culture. La voix de son maître. Comédie des pauvres directeurs pris entre l’enclume et le marteau. « Le public est avide de revenir », « En tant que théâtre public nous devons ouvrir. Nous recevons des subventions pour que les spectacles soient joués », « À partir du moment où la couverture vaccinale aura produit ses pleins effets, et sous réserve d’un surgissement de variants récalcitrants, nous reviendrons dans un système normal », « L’État est notre tutelle. Il a fait des propositions qui vont dans le bon sens. Le problème des occupations qu’elles portent des revendications qui vont au-delà du secteur du spectacle vivant. Il serait injuste que des exigences, sur lesquelles, nous n’avons pas prise, bloquent les spectacles. La lutte sociale doit désormais trouver d’autres formes ». Le mot « séquence » revient comme une rengaine dans la bouche des fonctionnaires de la culture. Partis sur une tactique du pourrissement, ils s’étonnent que le cadavre bouge encore.

 

Les directrices et directeurs  de l’Odéon, de l’Opéra de Lyon, de la Criée de Marseille et du Théâtre de Nice publient une tribune indécente où ils accusent rondement les intermittents du spectacle de sacrifier la culture.

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 3. 

 

 

 

« Aujourd’hui, la réouverture au 19 mai est acquise… Nous voulons et nous devons remplir la mission de service public qui nous a été confiée et pour laquelle nos établissements reçoivent des subventions », autrement dit, ils obéissent au ministère de la Culture. « Aujourd’hui les annonces du gouvernement montrent que le dialogue existe et que des solutions sont recherchées ». « Cependant les occupants de nos lieux annoncent vouloir poursuivre leur lutte ». « La culture risque désormais d’être sacrifiée par ceux-là mêmes qui défendaient son caractère essentiel. La lutte sociale, quelle que soit sa légitimité, ne saurait à notre sens empêcher la reprise de la vie culturelle ». L’argumentaire gouvernemental est repris sans distances, sans divergences, sans nuances. Les droits sociaux sont jugés inessentiels. La lutte des intermittents de tous les secteurs, des jeunes sans débouchés, des étudiants sans avenir, des précaires sans droits, se déprise, se dénigre, se tympanise. Les directeurs carriéristes, cyniques jusqu’à la compromission, ne s’intéressent qu’à leur trésorerie. Ils règnent sur leurs théâtres comme des petits seigneurs. Ils oublient que ces lieux publics sont, avant tout, des maisons du peuple, que les occupations, les agoras leur rendent leur vocation première, que la culture ne se privatise pas, qu’elle ne se consomme pas comme un loisir.

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédits photos :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 4 & no 5.

 

 

Les théâtres, selon cette caste prédatrice, dès lors qu’ils sont subventionnés, doivent se refermer sur eux-mêmes, se cantonner dans un rôle de distraction. « Un peuple qui n'aide pas, qui ne favorise pas son théâtre est moribond, s'il n'est déjà mort, de même le théâtre qui ne recueille pas la pulsation sociale, la pulsation historique, le drame de son peuple, et la couleur authentique de son paysage et de son esprit. Ce théâtre n'a pas le droit de s'appeler théâtre, mais salle de divertissement local, tout juste bon pour cette horrible chose qui s'appelle tuer le temps » (Federico Garcia Lorca, Causeries sur le théâtre). Les directeurs actuels sont loin du théâtre civique de Jean Vilar. Qu’on se souvienne de la réplique de Jean-Louis Barrault, le 22 mai 1968, à Charles de Gaulle qui lui demande de couper l’électricité dans l’Odéon occupé : « Serviteur, oui ! Valet, non ! ». « Seuls les hommes libres ont réciproquement, les uns pour les autres, la plus haute reconnaissance » (Baruch Spinoza, Éthique, 1675, traduction française, éditions Garnier Flammarion, 1965). C’est l’administration qui doit rendre des comptes aux artistes, et non les artistes, qui n’ont d’autre responsabilité que leur création. L’autorité politique n’a aucune légitimité pour légiférer en matière esthétique artistique. Il n’y a pas de service public sans liberté de création, d’expression, d’action. Les fonctionnaires de la culture ne comprennent pas que les agoras permanentes impulsées par les occupations sont du théâtre total, un théâtre qui brise les séparations entre acteurs et spectateurs, un théâtre qui transcende les rigidités psychologiques induites par les conventions bourgeoises.

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 6. 

 

 

Nulle présence policière visible sur la place de l’Odéon en ce samedi. Quelques soldats de Vigipirate font la parade. La caméra des renseignements généraux, plantée dans un appartement vide, parfaitement visible de l’extérieur, filme jour et nuit les militants et les badauds. Une, deux, trois jeunes femmes sans masques, apparaissent, les épaules recouvertes des couleurs palestiniennes. Les forces de répression sont toutes mobilisées pour mater la manifestation dénonçant le massacre des gazaouis. Le recours contre l’arrêté préfectoral d’interdiction est rejeté par le tribunal administratif. Les occupants de l’Odéon appellent à la manifestation : « Une nouvelle fois, le peuple palestinien subit une agression meurtrière  depuis la procédure d’annexion du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem. Encore une fois, le peuple palestinien résiste et se soulève contre l’oppression colonialiste et raciste. Nous, occupants en lutte de l’Odéon, soutenons sans réserve cette révolte légitime contre un apartheid qui n’a que trop duré, et joignons notre colère à celle des Palestiniens ». À Barbès, les manifestants scandent « Liberté Palestine », « Nous sommes tous des palestiniens », « Enfant de Gaza, enfant de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine ». Banderole de tête : « Palestine urgence, contre le mur et l’occupation, pour le respect du droit international, engagement immédiat de l’Europe ». La police applique les consignes : « dispersion systématique et immédiate ». Des organisateurs de la protestation sont nassés et interpellés rue Custine. Les charges continuelles empêchent tout cortège régulier. La manifestation, qui devait rejoindre la Bastille à l’origine, remonte vers la Porte de Clignancourt. Tirs de flashballs. Dans le métro, tous les passagers sont invités à descendre avant la gare de l’Est. Boulevard Rochechouart, déboulent, sous nos yeux,  à tombeau ouvert,  plusieurs centaines de fourgonnettes,  de voltigeurs sur grosses cylindrées. Le Boulevard Ornano est étouffé sous gaz lacrymogènes. Les camions anti-émeute nettoient toute trace humaine. Plusieurs milliers d’uniformes  contre quelques centaines de manifestants. Des jeunes, des femmes, des hommes désarmés, exfiltrés par les gardes mobiles,  immobilisés, matraqués, enlevés, embarqués. Des banderoles arrachées, déchirées, piétinées. Trois cent soixante-sept  verbalisations. Quarante-cinq personnes en garde à vue pour soupçons de « participation à un groupement formé en vue de violences  », « participation à un attroupement après sommation », « violences sur les forces de l’ordre ». Trois jours avant, Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité est arrêté sous prétexte d’avoir appelé à manifester avant d’être libéré quelques heures plus tard. Il est appréhendé par trois policiers à sa sortie du ministère des Affaires étrangères où il était en réunion avec un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay, une sénatrice, deux députées, un représentant de l’Union Juive Française pour la Paix. Au commissariat de septième arrondissement, il est menotté sur un banc comme un vulgaire criminel. L’ennemi, le drapeau palestinien. 

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​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 7. 

 

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Pour citer ce texte poépolitique

 

Mustapha Saha, « Chronique d'occupation de L’Odéon. Palestine » article inédit, reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 18 mai 2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ms-odeonpalestine

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Muses et féminins en poésie
12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 14:44

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Muses au masculin | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

Cinquième épisode du reportage-feuilleton d'Occupation du Théâtre de l'Odéon

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chanteur du métro

 

Chronique d'occupation de L’Odéon

 

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Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

Reportage photographique par

Élisabeth et Mustapha Saha

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo : Avec Thibaut Rosa Baeskens, rappeur. Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 1. 

 

 

 

S’engouffre sans cesse dans l’obscur purgatoire
Multitude damnée du siècle d’abondance
Sapent rêvasseries grincements giratoires
Minent résistances fausses correspondances

 

 

​​​© Crédit photo : Avec Thibaut Rosa Baeskens, rappeur. Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 2. 

 

 

Portent solitudes leur angoisse destinale
Détraquent somnambules boussole d’existence
Paradent cerbères frustrés de bacchanales
Traînent prolétaires funeste pénitence

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo : Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 3. 

 

 

Faune souterraine libère ses démons
Bousculent malappris grabataires carcasses
S’arrachent rouspéteurs thyroïde et poumons
Dégorgent couleuvres chamailleuses bécasses

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo : Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 4. 

 

 

Démasquent les bas-fonds suffocante indigence
Tendent main tremblante migrantes sursitaires
Divaguent moribonds refoulés des urgences
S’illustrent corridors de tags protestataires

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo : Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 5.

 

 

Surgit saltimbanque dans la foule orpheline
Archange libertaire fleuri de primevères
Messager d’Euterpe joueur de mandoline
S’esquissent sourires sur visages sévères

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo : Théâtre de l'Odéon, reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de L'Odéon à Paris, mai 2021, album 17, no 6. 

 

 

 

Le troubadour déroule enchanteur répertoire
Jacquot sur épaule clochette en bandoulière
La musique estompe stressante trajectoire
Le métro se transforme en immense volière

 


 

 

***

 

 

Pour citer ce texte poépolitique

 

Mustapha Saha, « Le chanteur du métro. Chronique d'occupation de L’Odéon » poème politique inédit, reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 12 mai 2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ms-lechanteurdumetro

 

 

 

 

 

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