28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 14:29

 

Texte choisi pour la Journée internationale de la femme

Message d'une femme révoltée

 

Mona Gamal El-Dine

 

© Crédit photo : Anges, dessin fourni par Mona Gamal El-Dine

© Crédit photo : Anges, dessin fourni par Mona Gamal El-Dine

 

 

« Je ne crois pas », tu avoues

Et, tu continues à lutter avec espoir

« Je ne pense pas », tu protestes, mais tu combats sur tous les fronts.

« J’en ai assez du goût amer de la terre », tu cries

Pourtant, tu choisis des couleurs vives, couleurs de la fête

« J’ai des limites », tu contestes

Et, tu voyages entre ciel et terre

« Je pleure mes enfants », tu regrettes

Bien que tu en aies beaucoup dans les bras

« Je ne me sens pas bien » mais tu reprends ton souffle

quand tu luttes contre le feu

« Je suis abattue », tu reconnais

Et, tu es debout, grande et digne comme l’obélisque

 

Permettez-moi, Madame, je suis l’ange qui vous garde

Vous espérez la paix sur terre

Vous avez le goût de la fête, que l’ange de la joie vous accompagne

Vous pleurez les enfants sacrifiés dans le feu

Mais que le ciel vous vienne en aide !

Vous vous sacrifiez pour sauver les vers de terre

Que la nature vous aime

 

Vous êtes une femme qui offre des fleurs aux prisonniers

Vous êtes une femme qui offre des pétales aux abeilles

Vous êtes un très ancien royaume à son coucher de soleil

Vos flambeaux sont là-bas sur le chemin des militants au pied de la montagne

Votre cri désespéré tombe dans la cité sourde où désormais les couleurs violentes, remplacent les mots

Les mots ont déserté la bouche des poètes

Souvenirs… souvenirs comme le miel dans les ruches

 

Vous êtes une femme qui apporte l’espoir à ceux qui guérissent

C’est vous qui apportez le remède aux brûlés de la terre

Et qui apporte un sourire aux opprimés de la vie

Vous êtes la femme qui donne du pain aux amoureux

Et, vous apportez du miel aux enfants sans prophète

 

Votre main est tendue pour empêcher le mal

Votre regard est vers le monde

Votre flamme est pour toujours

 

Madame, vous êtes un soulagement pour les oubliés de Dieu

Vous êtes reconnue Citoyenne du monde

Votre nom est précieux : sa majesté la Liberté

 

Texte écrit à Paris en juin 2005

Notice biographique :

 

 

Mona Gamal El-Dine, docteur en Sciences de l’art, universitaire à La Sorbonne Paris, Membre de Cercle Universel des Ambassadeurs de la paix (Genève/Paris), Présidente de l’Association ISIS Arts & Cultures pour la Paix, Fondatrice des Rencontres des Poètes pour la Paix Membre de World Academy of Arts and Cultures de Paix, Los Angeles, California Membre de World Congress of Poets, USA, Los Angeles, California & World Poet Society GREECE, Membre du Cercle des Ambassadeurs de la Paix (France/Suisse), déléguée de l'Association Amitiés Internationales-André Malraux Paris/Le Caire (lire la suite....)

Pour citer ce texte

Mona Gamal El-Dine, « Message d’une femme révoltée », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 28 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/message-femme-revoltee.html

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 15:35

 

Événement poétique

 

Présentation de Megalesia

 

 

Dina Sahyouni

 

Directrice de la publication du périodique LPpdm

 

 

© Crédit photo : Logo temporaire créé par DS.

 

 

Megalesia est un festival international et multilingue dédié aux femmes et genre en sciences humaines et sociales se déroule en avril. Ce festival est axé sur les frontières entre les disciplines et accorde toutefois une place considérable à la poésie et cherche à « Tordre le cou aux préjugés » puisqu'il comprend la différence comme une richesse et une ressemblance. Il s'agit également de témoigner de l'importance des actions menées par les femmes et les autres minorités dans nos sociétés postmodernes dans tous les domaines permettant à la création et à l'innovation de s'exprimer à travers la rencontre et l'écoute de l'autre. Les femmes innovent et écrivent comme les hommes : elles sont journalistes, anthropologues, artistes, économistes, sociologues, romancières, critiques littéraires, poétesses/poètes, universitaires, philosophes, etc.
 

Le titre de ce festival renvoie aux origines mythiques où les fêtes « Megalesia » célébraient en avril la déesse mère Cybèle (protectrice des savoirs). Ce festival célèbre les savoirs féministes et féminins qui souffrent encore des doxas et de leurs connotations négatives. Il va à la rencontre de l'autre par le biais de la valorisation des productions culturelles relevant de « Matrimoine » (notion emprunte à Aurore Evain) et par des rencontres poétiques, scientifiques et littéraires. Il représentera donc la parole des subalternes pour promouvoir l'égalité professionnelle et culturelle entre les hommes et les femmes.

 

Ce festival s'inscrit dans une tradition associative, académique et féministe tout en dévoilant la portée de la gynocritique (Gynocriticism d’Elaine Showalter) et des théories littéraires et féministes.

Le festival Megalesia prépare son édition d'avril 2016 (elle couvre tout le mois d'avril et sera publiée en ligne avec une d'édition imprimée.

L'édition de 2016 est celle de la 1 ère année et porte sur les thématiques suivantes :

 

  1. La folie, l'errance, poètes maudits, les drogues et les alcools dans la poésie mineure (celle des femmes et des minorités ethniques, religieuses et sexuelles, la poésie de genre (gender), etc). Vos propositions sont acceptées jusqu'au 2 février 2017 pour paraître dans le numéro spécial du 2017 imprimé, publication en ligne d'une sélection de vos textes en avril.

  2. Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie (pour l'anthologie imprimée Megalesia, vos propositions sont acceptées jusqu'au 30 juin 2016), publication en ligne d'une sélection de vos textes en avril.

  3. Les animaux en poésie mineure ou le bestiaire des poètes (pour le numéro hors-série papier du 2017, vos propositions sont acceptées jusqu'au 2 janvier 2017), publication en ligne d'une sélection de vos textes en avril.

 

Merci de prendre en compte que ce festival privilégie la poésie, les formes et genres littéraires assimilés et leurs expressions artistiques, théoriques et pratiques dans les sciences humaines et sociales. Il s'intéresse aussi aux innovations au féminin, économie solidaire, microédition, presses, livres édités et imprimés par des femmes).

 

Merci d'adresser aux rédactrices et rédacteurs du Ppdm (voir page Contacts ou à contact.revue@pandesmuses.fr) votre participation à Megalesia dès maintenant et jusqu'au 18 avril prochain pour la publication en ligne sur le site www.pandesmuses.fr

Pour participer merci d'écrire à la personne de votre choix :

Dina Sahyouni, Françoise Urban-Menninger, Laure Delaunay, Nelly Taza, Khris Anthelme, Camille Aubaude, Mario Portillo, Cyril Bontron, Nicole Coppey et Paul Tojean, la direction de la revue LPpdm

Vous avez également la possibilité de participer à ce festival par des manifestations, lectures, publications en ligne organisées par vous sur le support de votre choix. Pour y participer, il suffit juste de mettre un lien vers le festival sur votre site et de nous envoyer le résumé détaillé de votre projet.

 

En avril, nous mettons en ligne certains de vos textes sélectionnés

 

Pour créer le logo de ce festival, vos propositions artistiques sont souhaitées.

 

Équipe de Megalesia

 

Afin de réhabiliter les femmes et le genre en poésie, la journée du 8 avril sera la Journée internationale de la poésie mineure, dédiée aux femmes, au genre en poésie et à leur matrimoine.


 

Pour citer ce texte

Dina Sahyouni, « Présentation de Megalesia », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 25 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/presentation-de-megalesia.html


 

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Dernière mise à jour : février 2020.

25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 11:02

 

Poème choisi pour le Printemps des poètes

Les poètes à travers les siècles

 

 

Pascal En Rimes

 

 

Le poète traverse siècles et temps, 
du présent au temps d'antan.
Depuis l'antiquité recevant l'inspiration
et chantant les exploits des dieux.
Entre expression et narration,
à chaque mot, son songe mélodieux.
Enchanteur, grâce à la puissance de son lyrisme,
délivrant ainsi un certain pointillisme.
Être à part en quelque sorte lié au « sacré »,
par sa manière enchanteresse et spirituelle
de faire bondir ses mots.
Telle une effusion de maux,
regard à part et solitaire du monde,
induisant à chaque son une sublimation.
Apportant enrichissement émotionnel par son syllabisme,
parmi romantisme et décadentisme,
une essence des sentiments caressés de mélancolie ;
sinusoïde de souffrance et d'euphorie.
Le poète et ses mots à l'unisson,
de ce monde une autre vision.

 

 

Notice biographique :

 

 

Pascal En Rimes, poète français et espagnol d'origine, ayant découvert l'écriture et les joies de la poésie depuis plus de 15 ans. Ses inspirations sont aussi multiples que paradoxales (le monde de Gainsbourg, de Saez, l'humanité, la liberté, la provocation, l'environnement, l'amour sous toutes ses formes, la dénonciation de ce qui est injuste........). Fervent passionné de voyages également (grande source d'inspiration également) et attiré par la découverte de nouveaux horizons par l'enrichissement culturel et humain. Décembre 2014 a donné naissance à Songes Poétiques, son 1er recueil de poésie de 44 poèmes en auto-édition, premier volet d'une trilogie poétique, via le site web (url : www.thebookedition.com) 16 mai 2015 : 1ère scène au festival WAK à tournus (71).

 

 

Pour citer ce poème

Pascal En Rimes, « Les poètes à travers les siècles », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 25 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/poetes.html

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 14:53

 

Poème-illustration ou carte postale pour

la Journée internationale de la femme

 

 

L'Allongée

 

 

Huguette Bertrand

 

 

Allongée entre les paumes du quotidien

une femme de connivence avec le bonheur

s'abandonne dans un fou rire

 

elle pose délicate

moulée dans ses parures

visitée par les saisons

inscrite au calendrier

des jours revus et corrigés

par le mouvement perpétuel

du rythme des mots

que demain apaisera

à minuit moins une

 

quand un grand vent souffla

sur la peau de l'automne

elle prit la fuite

emporta une chemise au hasard

en parlant de rentrer dans un portrait de famille

sans ambiance

puis revint ranger sa randonnée

là où elle l'avait laissée

juste sous le ciel étoilé de son lit

 

elle rêvait tout simplement

Poème écrit le 21 mars 2016

© Crédit photo : "Allongée" par Huguette Bertrand, illustration "Femme allongée dans un intérieur" de Berthe Morisot (1841-1895)

© Crédit photo : "Allongée" par Huguette Bertrand, illustration "Femme allongée dans un intérieur" de Berthe Morisot (1841-1895)

Page officielle : https://www.facebook.com/huguette.bertrand.9

Son site officiel : http://www.espacepoetique.com

Site web : http://www.espacepoetique.com/poete/poete.html

 

 

Pour citer ce poème

Huguette Bertrand, « L'Allongée », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 24 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/Allongée.html

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 12:29

 

Nouvelle pour La journée internationale de la femme

La baronne de la rue

 

 

 

Valéry Meynadier

 

Illustration de Dominique Bertrand

La baronne de la rue

 © Crédit photo :  Sans titre par l'artiste Dominique Bertrand, 2016

 

Sur ma tombe, je le veux ce mouchoir. La croix si vous voulez, à vot’bon cœur messieurs dames, mais ce mouchoir je le veux, je l’exige. & si je n’ai pas de tombe… alors dans la bouche, il vient avec moi. Là-dedans, il y a des larmes d’amour. Les seules jamais versées.

Pas rose la vie d’une pute. Oui pardon je suis j’étais, de cette profession ténébreuse. La nuit se fait autour de nous quand l’orgasme au rendez-vous. Déjà un pied dans la tombe.

Suffit de pas grand chose, une bonne petite misère, des frères, des sœurs & la notion de sacrifice qui plane l’air de rien, sans mot, innomé qui tombera sur la plus belle d’entre nous.

J’étais belle, le printemps à côté, les neiges éternelles, le corniaud qui sort de la matrice ; y en a un je me souviens il était venu me voir, juste pour fêter l’avènement, tout juste papa d’une heure & le vlà la queue percussive dans mon ciel vaginal. & je suis douée d’un silence de rossignol quand il vient juste de se taire, qu’on entend encore la vibration.

Le silence on l’a ou on l’a pas, c’est un client qui m’a dit ça un jour. Lui, il me demandait de chantonner pour le mettre au garde-à-vous. & après bah la routine.

Je suis de Nice. Faut bien être de quelque part. J’aurais aimé naître dans le ciel, je veux dire dans un avion, apatride.

Une pute c’est un peu ça.

Dans ses yeux à lui, je me sentais devenir pays. Dans mes yeux d’aucuns pays, j’étais sa terre.

Nice, une ville carte postale toute blanche, peut être pour ça que mes parents m’ont appelé Blanche. Y a des villes, faudrait les rayer de la carte. Cette Promenade des Anglais qui longe la Baie des Anges & toujours fleurie avec ça été comme hiver. Ça me rappelle la tombe de ma grand-mère, des chrysanthèmes à perpétuité.

Je travaillais à l’Alhambra, un hôtel qui se la jouait oriental, flanqué de deux minarets sur son toit terrasse, tu pénétrais la bâtisse, t’étais déjà ailleurs, pourtant toujours à Nice, dans le quartier de Cimiez. On m’appelait la baronne de la rue.

Au deuxième étage, ma chambre avec vue sur palmiers géants, palmiers nains tout ébouriffés. Ça sentait bon l’eucalyptus. Il montait sur cet arbre pour me rejoindre. Un petit saut sur le balconnet, il était là. Il planquait son bicloo plat comme une limande entre deux Mercedes & se faufilait ni vu ni connu par un trou qu’il avait fait à coups de cisailles dans le grillage. Je mettais un mouchoir flocon de neige sur le balconnet, signe que l’heure était venue.

 

Vingt ans de moins que moi. Le premier homme de ma vie. Mon fantôme du futur. Après lui pas d’après. Pourquoi cela a si mal tourné ?

 

Il apparaissait dans l’encadrure de la fenêtre sur le fil de fer de la balustrade, il se détachait du fond de l’air, se déchirait de l’air pour venir jusqu’à moi, en moi. Brise folle & me brisait, me laissait en totale méconnaissance de mon être pour ne laisser qu’un désir primitif d’être auprès de lui. Sans rien d’autre que ce désir dans un silence accompli. Après il partait, sa voix allait habiter d’autres espaces tandis que son silence m’appartenait.

Combien de fois, avant qu’il ne soit là j’ai enceint avec tendresse la rampe du balconnet, je craignais qu’il ne tombe à la renverse. Il ne s’agissait que d’une fraction d’instant mais… rien ne devait lui arriver.

Coucher avec toi c’était… mon visage se répandait, descendait en profondeur & jouissait à l’unisson de nos sexes enfin heureux. Je veux dire, nos sexes toujours cachés devenaient visages de l’humanité en proue dans le temps & qu’ils enfantaient d’autres visages sur mon visage renaissant.


 

Après dans le miroir, je n’étais plus la même. Jamais la même. Jamais plus la même & il repartait sur ses jambes, les jambes de ma vie. Quand je le chevauchais, je devenais centauresse. Il n’avait pas qu’un pénis entre les jambes, il avait des mots durs comme la pierre pour me construire un barrage, une maison & une alliance & … attention, le bonheur, ça rend jaloux. Surtout le bonheur d’une pute.

De moins en moins, j’étais la baronne de la rue, je « désevenais » je veux dire. Dans le hall de l’Alhambra quand j’allais chercher le client, mon image ne collait plus à la foule de miroirs. Quelque chose qu’ils ne parvenaient plus à saisir, un sourire, une buée…  

J’avais une pute-amie, une marquise, une vraie, elle me disait : fais attention Blanche, quand on vient de là, on a pas le droit de partir, ça va mal finir…

Je lui rétorquais : Je veux faire une grève de la fin avec lui, jamais de fin…

 

En vérité, la fin n’est jamais venue. Mon mouchoir de neige fondue noire est toujours là. Il reviendra, il le verra. C’est la mort qui s’est mis en travers de nous. Ni la sienne, ni la mienne mais celle d’un gueux. Même si la mort de ce gueux n’a gêné personne, la justice s’en est mêlée.

C’était il y a longtemps, à la suite d’une fornication en règle avec le gueux, j’ai eu le droit à un tabassage en règle. Ce n’était pas la première fois. Seulement Patrick était là dans ma vie & quand il a vu mon visage démonté… il m’a harcelé une semaine durant. J’ai tenté de protéger l’aut’gueux, un bon client tout de même. À bout de silence j’ai fini par cracher le nom du pharmacien, c’était lui le gueux. Mon Patrick avait des biceps à faire saliver les taureaux. Il l’a laissé dans la rue rampant comme un asticot bien vivant.

Seulement, deux jours plus tard, ce sale asticot bien vivant était poignardé dans le dos & devenait bien mort. Il baissait le rideau de fer de sa pharmacie. Lâchement dans le dos plusieurs fois. Pas de témoin. Pas le genre de Patrick mais coupable désigné. Il était avec moi quand c’est arrivé.

Je n’ai eu cesse de le répéter : À 20 heures, je vous dis … avec moi.

La parole d’une pute n’a aucune valeur. Il a été contraint de fuir & vite.  


 

Je pensais continuer la besogne, seulement j’ai été débaptisée & rebaptisée : la baronne de la poisse. Le pharmacien avait une certaine notoriété.

& puis je ne pouvais pas rester enterrée vive dans une carte postale avec plus personne pour écrire dessus. J’ai été envoyé à Paname. Un peu de Paris me ferait du bien…

Dans la poche la rue Saint-Denis où la rumeur court toujours que les putes sont là depuis plus de mille ans. J’avais mille ans. Juste à côté la Sainte Eustache, grande dame de pierre où les prières s’accrochaient & s’envolaient sans jamais t’exaucer. M’exaucera un jour. Il ne pouvait pas ne pas revenir.

À Paris, j’ai perdu le cœur & quand il ne reste que le vagin, ça pulse pas. J’avais envie de revenir. Comment ? Jusqu’à ce que je reçoive une lettre rue Blondel, tout près de la Saint Denis, je créchais là dans un hôtel saligaud. D’un ancien client, Guillaume, Guigui je l’appelais à l’époque, raide dingue de moi, il me proposait un petit studio dans l’est de Nice, en échange de… c’était pas inscrit noir sur blanc mais bon, j’ai assez turluté dans ma vie, j’ai appris à lire entre les lignes.

L’âge de la retraite étant dépassé, j’ai pas demandé mon reste, j’ai répondu : j’arrive Guigui.

Au début, on s’est promenés bras dessus dessous sur la Promenade des Anglais puis on a arrêté, c’était pas le bon bras, pas un gramme de biceps sous la chemise & autre chose d’indéfinissable.

J’étais pas à l’aise en face de lui, ses yeux toujours amourachés me restaient sur le cœur. Tiens donc j’avais un cœur de nouveau & qui me disait quelque chose. Pas pu rester au service du Guigui.

J’ai repris du collier dans le quartier de la gare. Trois mois j’ai tenu. Une pute ça devrait pas vieillir. Suis allée pleurer dans le bureau de la mairie, un ancien client, j’ai osé. Il avait le bras long, la pitié a fait le reste. Il a mis mon dossier sur le haut de la pile & la ville m’a relogée dans un HLM au bord du Paillon. Nice est traversée par deux fleuves : le Var & le Paillon. On était bien mon mouchoir & moi, près de l’eau le temps passe plus vite.


 

Une nuit, j’ai fait un rêve : je voyais le Guigui avec un couteau, il frappait frappait. Au petit matin, je me suis dis que ce rêve je l’aurais toute ma vie sur le cœur, il fallait que je le raconte à Guigui. Je suis allée l’attendre à la sortie de l’Uzine, dans le port, il était chef cuisinier. Ce qu’il était heureux de me voir ! On s’est retrouvés à marcher le long des bateaux. Quand je lui ai raconté le couteau & lui qui frappait, j’ai vu le masque du temps. C’était il y a trente ans & ce n’était pas un rêve, juste un souvenir où je n’étais pas & qui appartenait à Guillaume. Il m’a dit : pardonne-moi.


 

Je suis tombée à la renverse, pas que, dans la picole aussi, j’y étais déjà un peu mais là, chute libre. Très bas, très bas. J’ai été expulsé de mon HLM.

Ça ne m’empêche pas de rêver. Pas plus tard qu’hier, j’ai vu Patrick avec l’éduc-spé du coin. Pas possible que Patrick vienne jusqu’ici, trente ans plus loin. Je vivote dans une baraque dans un terrain vague qui clôture la ville. Une fenêtre sans vitre. Cassée la vitre avant même que je m’installe. Y a du plastique à la place & ça me va parce que sur le plastique, j’ai scotché mon mouchoir & devant le perron, j’ai étalé quelques coussins en soie devenus cradoques à force du temps.


 

Il fait froid, le mistral se lève, je me chauffe un café. J’habite aux quatre courants d’air & lalali lalère, j’habite lala li lala. Je rattrape un coussin qui s’envole quand brusquement ma carte du ciel s’enflamme, je veux dire que sur le mur devant le butagaz, j’ai punaisé une carte du ciel & une flamme échappée, haute déjà,  que faire, j’imite le vent, je souffle si fort de mon seuil, je suis loin du butagaz que la flamme s’éteint ! S’il se pouvait je regarde mon souffle. D’où il sort celui-là ? Tandis que lentement, minusculement la combustion continuait, grignotait de noir les constellations : Petit cheval, Flèche, Lynx… Longtemps, j’ai regardé le ciel des hommes disparaître sous mes yeux. Le gueux, Guigui, tous les autres, Patrick. Tremblante. Puis j’ai jeté le café & j’ai pris un grand verre d’eau fraîche, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie désaltérée. Pardon accordé. Je venais de pardonner à Guillaume. Ce souffle jeté à la face du feu avait éteint en moi la haine ignoble & triste que je ressentais pour ce pauvre assassin. Tuer par amour. Quelle absurdité. & ce rêve ! Pourquoi ce rêve ? Pourquoi savoir ? Presque, à cet instant j’en ai voulu davantage à ce rêve qu’à Guillaume. J’ai pardonné aussi à mon rêve. C’est vrai, pourquoi savoir quand ça ne sert plus à rien ? Le gueux était mort. Patrick loin. C’était l’affaire de Guillaume, pas la mienne !

C’est fini, respire Baronne !

Ce rêve est-il allé voir Patrick ?

Bien sûr que j’ai eu de quoi boire, boire à rendre l’âme, mais c’est fini, fini.

Quelqu’un vient.

J’entends des pas dans la boue, c’est la gueule cabossée d’hier qui parlait avec l'éduc-spé, il prend mon mouchoir, le porte à sa bouche.



***

 

Notices biographiques

Médiatrice artistique, poète, romancière et nouvelliste, Valéry Meynadier a publié Ma mère toute bue, roman, éd. Chèvre feuille étoilée, 2007 et Centaure, roman, éd. Chèvre feuille étoilée, 2010. Elle a collaboré à des livres d'artistes : Présent Défendu et Entre ou l’arbre chez le psy. De nombreuses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. Page officielle, url :  https://www.facebook.com/valery.meynadier

Voir aussi, url :  http://www.lr2l.fr/acteur/meynadier-valery-montpellier.html

 

Dominique Bertrand : artiste et poète (biographie à venir)

 

Pour citer ce texte

Valéry Meynadier, « La baronne de la rue », illustration de Dominique Bertrand «  Sans titre », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 24 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/baronne.html

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