5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 11:20

 

Poème pour Le Printemps des poètes

 

Résurrection de Lazare (Jean, 11)

 

 

 

Daniel Aranjo

 

 


 

Or Lazare s'affaiblit.

(Lazare était de Béthanie,

Dème de Marthe et de Marie sa sœur,

Marie qui répandit le nard.)


 

̶  Seigneur ! voici que ton ami faiblit!

̶  Faiblesse non mortelle, et douleur glorieuse!

̶  Seigneur! voici que ton ami faiblit !

̶  Souffrance de la chair, ô règne glorieux!


 

Ainsi s'assombrissait

Aux bouches de la grotte

Le souffle des régions, que le deuil illumine,

Et ainsi s'illuminent loin d'eux

Les porches et les voies,

Et ces lieux de l'enfance que la lumière tue.


 

Et le troisième jour Jésus vient en Judée,

Et Jésus dit à ses disciples :

̶  Notre ami Lazare dort!

Et Jésus dit encor :

̶  Notre ami Lazare dort!

Et le sens sonnait clair dans la chaleur des rues.

Et Jésus dit enfin que Lazare était mort.


 

Sous d'aveugles tessons Lazare avait séché,

Sous les doigts du noyer du quatrième jour :

Au lieu dit de la Fontaine au Scribe,

Ou de la Source Aride où burent les aïeux.


 

Et depuis quatre jours le frère reposait.


 

Et Marthe fit venir Marie sa sœur (car le maître était là),

Et le Maître présent, Marie tombe à Ses pieds :

̶  Toi ici, Seigneur, et notre frère vivrait!


 

Jésus frémit et montre son amour.

Jésus frémit encor aux parois du rocher.

Jésus se trouble et tourmente son cœur.

Il fait rouler la pierre, et Jésus dit :

« N'aie crainte, femme, car tu verras la Gloire! »


 

Et puis il crie :

« Lazare, viens dehors ! »

Et celui-ci sortit,


 

Lazare !


 

C'était lui. Et c'est lui.


 

Or, c'était midi aux sentes d'olivier,

L'énigme s'avivait aux rampes du Cédron,


 

Et pressentait le traître et la Résurrection.

 

 

Notice biographique :

 

Daniel Aranjo, a donné à plusieurs reprises au TNO, dès 2002 par Jean-Luc Jeener (lecture de larges extraits de son Requiem en français relevant comme cette Résurrection d’un christianisme serein et culturel) ; par ailleurs professeur des Universités en littérature comparée, Prix de la Critique de l’Académie Française 2003.

 

Daniel Aranjo,  le  5 mars 14 h 30 lecture J.-L. Jeener

 

Pour citer ce poème

Daniel Aranjo, « Résurrection de Lazare (Jean, 11) », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 5 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/Résurrection.html

 

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 10:55

 

Poème

 

L’aiguille du temps n’est pas

 

celle que l’on croit redessinant

 

l’angle des heures au cadran de l’horloge

 

 

Aurélie-Ondine Menninger

Invitée du Printemps des poètes du Ppdm

 

 

L’aiguille du temps n’est pas celle que l’on croit redessinant l’angle des heures au cadran de l’horloge. L’aiguille du temps est une épine dans le corps, elle coud et découd l’histoire de notre vie entre douleur et plaisir écrivant notre destin sur la chair avec la plume de l’âme tournant dans l’encre du sang.

L’aiguille du temps est tombée de la couronne du frère de tous les hommes partageant avec nous sa douleur pour que l’on n’oublie pas.

Ce n’est pas la côte d’Adam qui a donné la femme mais l’épine de la douleur.

Sœur Eve, l’aiguille du temps est l’éclair sauvage de tes yeux, l’éclat d’argent de ton désir d’être.

L’aiguille du temps est restée dans les mailles de Pénélope, qui dans son attente mélancolique l’y avait oubliée.

L’aiguille du temps t’a fait dormir cent ans Blanche Neige.

Je me suis piquée à ton venin, moi aussi, et le temps ne cesse de filer.

À la dernière heure du cadran de l’horloge sans aiguille, je m en irai, une plume dans le cœur et un sang d’encre jeté sur la porte du vide…

 

 

Pour citer ce poème

Aurélie-Ondine Menninger, « L’aiguille du temps n’est pas celle que l’on croit redessinant l’angle des heures au cadran de l’horloge », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 5 mars 2016.

Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/aiguille-du-temps.html

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 11:00

 

 

Chronique

Femmes en danger

 

 

Camille Aubaude

Rédactrice de la revue LPpdm, membre de la SIEFEGP

responsable de la rubrique en ligne Chroniques de Camille Aubaude

 

 

 

Femmes en danger

Conception et jeu : Marie Ruggeri.

Arrangements musicaux : Christian Belhomme

Scénographie : Françoise Henry et Samuel Raimondi

Compagnie Marie Ruggeri : 06 64 163 735. compagniemr@yahoo.fr

Actuellement au théâtre de l’Essaïon, à Paris, les lundi et mardis à 20h.

Voir aussi : http://www.billetreduc.com/144346/evt.htm

 


 

Les petites filles s’habillent en rose…  


 

Le rose, c’est pas la vie d’une femme. Dans son spectacle très juste et poignant, « Femmes en danger », Marie Ruggeri décline cette couleur comme un motif proustien qui épouse les faits réels en douceur. Le « rose » ne limite pas mais donne à réfléchir. Le public comprend qu’il a accès à un questionnement de l’amour à travers le personnage d’une actrice. Rose du ménage, de la vie commune chaotique où la femme rêve d’amour mais est agonie de mépris et d’insultes. Une belle chanson sur le ménage communique un climat conjugal pesant, la femme étouffant pour que la maison soit « bien tenue » : « pourquoi serai-je l’infirmière d’un homme malade »,  « pourquoi ne pas partir » ? On nous a tellement dit que l’amour, c’était la vie en rose. « Sois belle et tais-toi ». Sans oublier : « Chérie, ça y est je gagne bien ma vie, tu pourrais arrêter de travailler ». L’homme rentre, frappe sa femme, l’entraîne à boire, et lui fait vivre un véritable enfer, mais c’est de sa faute à elle, qui voyait la vie en rose, et continue d’habiller les filles en rose.


 

« Femmes en danger » ! une femme montre le danger, taille dans le vif la face noire du sexe par la lecture très réussie de faits réels qu’on nomme « divers », tel une prostituée massacrée par un client. Le manque d’empathie, la quête narcissique, la recherche de puissance fondent ce grand gâchis de la vie des femmes, jalonnée de faits inadmissibles. La lecture d’un témoignage d’excision nous met en face de la réalité de ces faits atroces. Ce texte devrait être affiché dans toutes les écoles, ai-je pensé, au lieu de comprendre qu’il n’a pu être écrit par celle qui dénonce ce supplice, et qui a fait exciser ses filles pour qu’elles appartiennent à la communauté incarnée par le mari. Les faits d’agression ne doivent pas être dissociés du chantage permanent qu’exerce la meute des hommes violents. On sait que toute femme qui a été agressée retourne facilement auprès de l’agresseur, telle une proie fascinée par le serpent. L’inhumanité de traitement de la femme dans nos sociétés est une norme. Toutes les femmes sont en danger.


 

Est-ce la grâce des chansons écrites et interprétées par Marie Ruggeri, son ton cristallin et ses mots sans esbroufe, la question fort ancienne de la violence institutionnelle exercée contre les femmes revêt une forme plaisante, donnant envie d’en construire d’autres sur un pareil exemple. La culture de l’impunité ne doit pas triompher. On connaît trop, vraiment trop, le silence imposé à toutes les « Malcontentes ».  Un silence meurtrier dont nous devons explorer les connexions profondes avec la faible présence féminine dans l’Art. Il faut parler, il faut le dire, favoriser les témoignages qui brisent la loi du silence. La mémoire des femmes agressées est tellement torturante qu’on ne peut que les écouter sereinement. Elles ne sont pas affabulatrices !


 

La mise en scène transcende le message de la dénonciation en procurant au spectateur un sentiment subtil qui pousse à applaudir. Comment applaudir à de tels sujets, qui ne sont pas des thèmes de spectacle ? Il faut se retenir d’applaudir et en parler. Continuer cette grande œuvre en construction, qui semble trop courte quand les lumières s’éteignent. On garde en tête la présence de Marie Ruggeri, son interprétation exigeante et solitaire qui nous a fait vivre un moment d’exception.

 

 

Pour citer cette chronique

Camille Aubaude, « Femmes en danger de Marie Ruggeri »Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 3 mars 2016. Url http://www.pandesmuses.fr/2016/02/Femmes-en-danger

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 11:00

 

Critique & réception

Christiane Rochefort,

 

Journal pré-posthume possible

aux éditions iXe

Françoise Urban-Menninger

Rédactrice de la revue LPpdm et membre de la SIEFEGP

Responsable de la rubrique Lettres & Arts


 

Réalisé à partir de bribes de textes notés à la hâte au fil des mots et de cette vie qui fut celle de Christiane Rochefort, son journal ainsi composé entre 1986 et 1993 nous invite à « l’entendre penser » et à ressentir jusque dans notre chair battre le cœur de ses émotions les plus intimes.

Cette édition de son journal rendue possible par la transcription de son amie Misha Garrigue Burgess, puis complétée par Catherine Viollet et Ned Burgess, a conservé intact l’esprit de Christiane Rochefort. On y retrouve le style de l’auteure qui signa bon nombre de romans chez Grasset dont « Le repos du guerrier », « Les petits enfants du siècle », « Les stances à Sophie » ou « Encore heureux qu’on va vers l’été ». Ce style qui s’appuie sur "l’écrit-parlé" nous renvoie l’image bien vivante d’une auteure qui, depuis les années 70, s’est toujours engagée pour défendre le mouvement de libération des femmes.

Ce journal témoigne indéniablement de la cohérence qui anime la vie et les écrits de Christiane Rochefort en tentant de réduire l’écart entre les deux. Les doutes, les trouvailles qui émaillent ce livre rédigé de manière sporadique nous donnent à entendre une voix qui « se livre entièrement à l’écriture ». Car l’écriture, n’en doutons pas, reste sa raison d’être : « Les jours où je n’écris pas, je me sens inutile sur la terre », note-t-elle le 25 mars 1986. Et c’est forcément l’écriture qui la fait tenir debout lorsque la maladie, la vieillesse entament leurs ravages… Elle écrit le 18 mars 1991 à Paris : « Je suis une ruine. Ruine de moi. / Je me réveille, ruine. / Épuisée, de plus en plus ruine. / Je ne vais pas faire la liste. »


 

Mais l’émerveillement devant la beauté du monde, l’éclosion d’une rose, le retour des hirondelles, la détournent pour un temps des contingences physiques et matérielles.

De Paris au Pradet, on suit les déambulations de l’auteure qui tisse une trame des jours éminemment poétique où les mots toujours lumineux nous étreignent parfois telles des épines au vif de notre chair et de notre émoi… Les photographies prises par Christiane Rochefort sont autant d’invitations à approcher au plus près la sensibilité, l’intimité de l’auteure. Et c’est avec une émotion partagée que nous appréhendons avec Christiane Rochefort la mort de sa chatte Machat qui devient alors ce « beau fantôme » qui hante la dernière partie du « journal pré-posthume possible », au titre prémonitoire, qui présage bien évidemment la mort de l’auteure.

Mais Christiane Rochefort est depuis toujours une battante ! Le journal se termine sur une ultime déclaration d’amour à la vie sous forme d’un poème : « Première année où je ne sais pas / si j’en verrai le printemps. / Malgré moi, j’espère que oui. Je voudrais / un / ou plusieurs, printemps. / Je suis insatiable. »

Et c’est cette image que l’on emporte avec soi au sortir de cette lecture, celle d’une femme belle et rebelle jusque dans son dernier combat qui, le cœur au bord des lèvres, nous livre le mot clé de sa vie et de son œuvre… « Insatiable », voilà un mot qui bouleverse l’ordre des choses et nous rend Christiane Rochefort plus vivante que jamais depuis cet autre côté où les hirondelles sont pour toujours de retour.


Texte reproduit avec l'aimable autorisation du site et de la critique littéraire.

 

Voir aussi, url : http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&id_article=823


Copyright e-litterature.net
toute reproduction ne peut se faire sans l'autorisation de l'auteur de la Note ET lien avec.

 

 

Pour citer cette critique

Françoise Urban-Menninger « Christiane Rochefort, Journal pré-posthume possible aux éditions iXe »Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 3 mars 2016. Url http://www.pandesmuses.fr/2016/03/christiane-rochefort-journal-pre-posthume-possible.html

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 11:00

 

 

Texte

Explications du poème « Totem »

 

de Paul TOJEAN (nom d’auteur d’Éric Guillot)

 

 

Paul Tojean

 

 

 

« Totem » est un poème-hommage dédié aux femmes. À l’origine, ce texte avait pour titre La danse du ventre ; ce nom que j’avais d’abord donné à cette pièce était relatif à la danse orientale, où se dévoilent par la volupté du corps féminin, la sensualité, la beauté, l’élégance. Je la considère comme la danse féminine par excellence et je voulais que mon poème puisse « traduire » cette « chorégraphie sentimentale » et romantique, ou transcende toute la poésie de l’Orient. Une danse poétique, élégante, ravie de finesse et de subtilité. Étant donné le caractère péjoratif que ce sens recouvre encore de nos jours, j’ai préféré Totem. Comme une grandeur, une pyramide, un totem indien, qui défie le Temps et les croyances…

 

TOTEM

 

Le ventre de la femme est un élastique

Le ventre de la femme monte et descend

Le ventre de la femme est un ascenseur

Le ventre de la femme lorsqu’il s’allonge s’étend comme du sable mouvant

Le ventre de la femme est un volcan en éruption qui s’élève des nuées et se métamorphose en fine pluie incandescente

Le ventre de la femme est perle de rosée

Le ventre de la femme est musique dans l’érotisme

Le ventre de la femme est le Rano-Raraku où naissent les moai

Le ventre de la femme est le symbole de l’altjeringa sur les terres d’Arnheim et de Groote Eyland

Le ventre de la femme est une voile qui gonfle au vent du Pacifique

Le ventre de la femme est au creuset de l’art océanien et de l’art africain

Le ventre de la femme est précieux comme un diamant

Le ventre de la femme est au cœur de toutes les civilisations

Le ventre de la femme est le totem des mythologies et des religions

Le ventre de la femme est la source des croyances

Le ventre de la femme est sacré.


***

 

Je vais maintenant m’employer à décortiquer ce poème :

 

Le ventre de la femme est un élastique

Le ventre de la femme monte et descend

Le ventre de la femme est un ascenseur

 

Ces trois premiers vers sont relatifs à une grossesse. Le ventre de la femme « monte et descend » suivant le rythme de la respiration. « Le ventre de la femme est un ascenseur » est une redondance volontaire, afin de mieux appuyer ce qui précède et de montrer l’importance de cette évolution.

 

Le ventre de la femme lorsqu’il s’allonge s’étend comme du sable mouvant
Le ventre de la femme est un volcan en éruption qui s’élève des nuées et se métamorphose en fine pluie incandescente
Le ventre de la femme est perle de rosée
Le ventre de la femme est musique dans l’érotisme.
 

Les quatre vers suivants sont purement d’un concept érotique. Le ventre d’une femme nue allongée sur un lit me fait songer à du sable mouvant. J’aperçois le ventre qui sensiblement bouge, comme du sable, se soulève légèrement et diminue aussitôt. Le volcan en éruption qui s’élève des nuées renvoie au cycle menstruel qui représente la vie tandis que ce même ventre se métamorphose en fine pluie incandescente au moment du désir, et devient perle de rosée dans les prémices de l’amour.

Le ventre de la femme est musique dans l’érotisme évoque cette musique qui accompagne la danse orientale, dite « la danse du ventre ». Cela évoque également le plaisir, lorsque le corps « ondule et danse » et semble rythmer par une musique invisible et qui tend vers l’extase. Le féminin est musical. La femme est musique.

 

Le ventre de la femme est le Rano-Raraku où naissent les moai

Le ventre de la femme est le symbole de l’altjeringa sur les terres d’Arnheim et de Groote Eyland

Le ventre de la femme est une voile qui gonfle au vent du Pacifique

 

Voici les explications des trois vers ci-dessus, en citant directement un extrait de l’ouvrage de José Pierre, intitulé « L’univers surréaliste » in « Les Modèles fondamentaux et les précurseurs immédiats », chapitre « Au commencement était l’Océanie », (voir p. 68).

«  ...à l’Ile de Pâques, dans le cratère de ce volcan éteint, le Rano-Raraku, où étaient taillées à même la pierre de lave, les gigantesques sculptures moai, érigées ensuite sur les terrasses surplombant l’océan Pacifique.../...Les véritables ancêtres spirituels n’étaient autres que ces altijiranga mitjina, les êtres éternels du rêve, dont les fabuleux exploits marquèrent, dans les déserts de l’Australie centrale, l’altjeringa, ce temps du rêve, autrement dit ce passé mythique dont la remémoration insistante aura seule permis aux peuples des Aranda, des Pidjentara et à quelques autres d’affronter, en dépit de leurs extrême dénuement, le fantastique fossé culturel de plusieurs dizaines de milliers d’années qui les sépare des Européens implantés seulement depuis trois siècles sur leur île-continent. Ce temps du rêve, qui était aussi, comme dans la mythologie des Celtes, celui de toutes les métamorphoses, règne encore en maître sur les œuvres d’art australiennes et notamment sur les écorces peintes de la terre d’Arnheim et des îles environnantes, comme Groote Eyland... Dans toute l’aire océanienne, le rêve joue un rôle de premier plan au sein de la création artistique, où il entre judicieusement en composition avec le modèle traditionne... transmis de génération en génération... ».

 

Je me suis donc inspiré de cette lecture pour la composition du poème avec les « êtres éternels du rêve » en relation avec « le temps du rêve » autrement dit, la symbolique du rêve éternel. Le ventre de la femme est une voile qui gonfle au vent du Pacifique. Mais ces « êtres éternels » je les symbolise dans le poème, par le féminin pluriel. Les femmes représentent la création et tout naturellement l’amour. Elles symbolisent l’harmonie et une vie sociale idéale et en sont garantes de génération en génération. Comme un éternel recommencement. En effet, le Rano-Raraku, ce cratère du volcan où surgissent les statues (moai) évoque ce cycle menstruel qui précède l’enfantement. La Création. Le propre de la création est inscrite dans un mouvement perpétuel ou plus exactement dans un perpétuel recommencement.

 

Le ventre de la femme est au creuset de l’art océanien et de l’art africain

Le ventre de la femme est précieux comme un diamant

Le ventre de la femme est au cœur de toutes les civilisations

Le ventre de la femme est le totem des mythologies et des religions

Le ventre de la femme est la source des croyances

Le ventre de la femme est sacré.

 

Ainsi, le ventre de la femme est de tous les continents. Universel. Il y a dans l’art africain comme dans l’art océanien, une similitude de genres, presque identiques. Ainsi, le ventre de la femme est précieux... comme un diamant. Il est représentatif dans toutes les cultures. Le ventre de la femme est au cœur de toutes les civilisations, et en devient le totem des mythologies et des religions. Mais, contrairement aux totems indiens, dédiés aux dieux, le ventre de la femme est lui-même le totem qui se dresse contre les dieux inventés par les hommes. Après avoir écrit ce poème, je me suis représenté une scène avec un chanteur et des musiciens africains. « Totem » était chanté sur les rythmes musicaux des tambours. Il y avait dans le groupe, une jeune femme qui jouait de la flûte traversière pour le passage des « êtres éternels du rêve », notamment, à partir des vers suivants :

Le ventre de la femme est le symbole de l’altjeringa sur les terres d’Arnheim et de Groote Eyland

Le ventre de la femme est une voile qui gonfle au vent du Pacifique

 

Cette jeune femme vêtue d’une longue robe blanche dont les boucles de sa chevelure retombent sur ses épaules nues représente la féminité. Jouant de la musique, elle est La musique. Et la musique est en elle. Elle symbolise la beauté, l’amour, l’érotisme, l’émancipation. Elle ne sera pas sans rappeler une divinité de l’antiquité grecque. Mais que dire de cette jeune femme, sinon que sa chevelure ondoie au rythme du vent et de sa musique tout comme sa robe, comme une voile qui gonfle au vent du Pacifique. La représentation scénique du poème a pour fonction de pourvoir à l’accentuation rythmique de sa lecture. En aucun cas il ne répond à une série de rituels, ni à des offrandes, mais puise ses recherches dans les richesses de diverses civilisations, telles la Grèce antique (représentée par la jeune fille) ; trois Africains représentés par Les Numides, pour le rite de la pluie et la croyance en des esprits, gardiens de lieux. La musique sera rythmique et soutenue et le chant sera marqué par des pauses après chaque vers ou portées, en mode lente ou rapide selon les passages. En donnant comme titre « Totem » j’ai voulu représenté un symbole. LE symbole sacré. Le symbole de la grandeur, de la beauté et de l’intégrité morale. Totem symbolise la femme dans mon esprit. Ainsi, le poème de par ses vers volontairement répétitifs insiste sur le ventre féminin qui symbolise l’érotisme, la beauté, mais égal ement la procréation. Ces changements biologiques sont naturellement ce mystère.

 

 

Pour citer ce texte

Paul Tojean, « Explications du poème « Totem » de Paul TOJEAN (nom d’auteur d’Éric Guillot) »Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 3 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/explications-totem-paul-tojean.html

 

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