1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 15:31

 

N° 10 | Célébrations | Poésie érotique

 

 

 

 

 

 

 

Mon fantasme

 

 

&

 

 

Désir de toi, demain 

 

 

 

 

 

 

Poèmes & peinture de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Regarde-moi", peinture.

 

 

 

Mon fantasme


 

 

Bref éclair !

Mon corps vibre

Le fantasme est là

Et mon cœur applaudit


 

Tes cris froids dans la nuit

M’effraient et je bégaye

Je fuse avec toi

Dans le tourment du ciel


 

La fusée change d’axe, 

Ayant changé d’orbite

Moi, je n’y vois plus rien

Sortez les satellites !


 

Le fantasme m’effraie

Le fantasme m’égaie

Le fantasme effroi

Mon fantasme, c’est toi.


 

 

 

 

Désir de toi, demain 

 

 


 

Désir de ton désir

Soif de ton rêve

Rêve d’hier qui ne se retient plus

 

Désir de ton ivresse

De tes mains enchanteresses 

Désir d’aujourd’hui dans mon corps qui encore

 

Rêve de tes caresses

Désire tes soupirs

Rêve de tes mots ardents, désir de demain…


 

© S. Mostrel

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes érotiques

 

Sarah Mostrel (poèmes & peinture inédits), « Mon fantasme » & « Désir de toi, demain », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-2022 « Célébrations », mis en ligne le 1er septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/sm-monfantasme

 

 

 

 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 19:00

 

N° 10 | Célébrations | Poésie érotique

 

 

 

 

 

 

 

Telle une rose éclose,

 

 

 

Silence...

 

 

&

 

 

Si tu m’aimais encore

 

 

 

 

 

 

Poèmes & peinture de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Fête", peinture. 

 

 

Telle une rose éclose 

 

Telle une rose éclose

Mon corps s’ouvre à toi

Humide de rosée

Pour abreuver ton cœur 

 

Ton sexe dur en moi

Me rappelle à l’ordre

Au désordre de moi

Où le fil à retordre

 

S’enrobe au cours du temps

D’un ru cousu d’or pur

Rien ne peut découper

Ce lien qui nous rassure

 

Il coule limpide et frêle

Nous berçant dans le jour

Telle une source abreuvante

De ses gorgées d’amour

 

Je sue et puis je crie

De cet amour folie

Ma langue se délie

Dans le creux de ton lit

 

La fureur de la nuit

Déchaîne mes envies

Et mes eaux coulent en lie

En signe de merci

 

Pour toi sans qui je n’aurais connu ces couleurs

Sans qui la vie serait partie bien avant l’heure

Par toi épanouie, par le fond et la forme 

Je te dédie ces vers, mon Toi,

réveil bonheur 1

               

 

 

 

Silence...

 

 

Dans le creux de la vague embourbant les tourments

L’infini passe

Et de sursaut j’entends

L’incontrôlable, l’inexorable, le lointain…

 

Sur tes lèvres embrasées et ta fleur dérobée

Je m’efface

Moi, ta solitude

 

Et ce remous sans fin qui se lasse…

 

Je hume le parfum des visages en retard

Je souffre ton absence et range ton regard

Dans un placard scellé, censuré… oublié…

 

Je parcours la dorure des murs rouillés d’audace

Et là, j’y pose mes rêves

Mouillés par la rosée du matin 2

 

 

 

 

Si tu m’aimais encore

 

 

Si tu m’aimais encore

J’épouserais ta forme

J’engloutirais ton sexe

De mon enveloppe rousse

 

 Et ton regard absence 

Se perdrait dans le mien

Au sein de mes attentes

Au gré de mes envies

 

Je t’enroberais d’âme

De mes perles enfouies

Richesse de la mort

Tristesse de l’oubli

 

Mais l’attente se fait lente 

Et le feuillage s’aigrit

Dans le jardin ouvert

Au rythme de ma vie

 

Qui passe et qui ressasse

Si tu m’aimais encore

Si tu m’aimais encore

Je percerais le cri

 

Hululant dans le noir

Ardeur de l’audace

Qui m’a fait revenir

De ces pas incessants

 

Qui hantent mon manoir

Aux figures fugaces

D’un esprit dévoré

Par le miroir du temps

 

Et si je me dérobe

Si je me fais la malle

C’est par décrépitude 

Des mirages mouvants

 

Qui harcèlent mon moi 

De ces paroles tendres

Que j’ adresse au roi 

Des plus fougueux amants

 

Si tu m’aimais encore

Si tu m’aimais encore 3

 

 

Notes :

1. © S. Mostrel, in « L’absolu illusoire », éditions La Porte des poètes.

2. © S. Mostrel, dans « La Caresse de l’âme », éditions Auteurs du Monde.

3. © S. Mostrel dans « L’absolu illusoire », éditions La Porte des poètes.

 

***

 

 

Pour citer ces extraits érotiques

 

Sarah Mostrel, « Telle une rose éclose », « Silence... » & « Si tu m’aimais encore », peinture & poèmes érotiques reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure & des maisons d'édition citées ci-haut, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-2022 « Célébrations », mis en ligne le 31 août 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/sm-silence

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 Amour en poésie Poésie érotique
31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 13:51

 

​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations​  & N°10 | Célébrations | Dossier mieur

​​​​​

 

 

 

 

 

 

Je ne suis pas poète ! 

 

 

 

 

 

 

Mariem Garaali Hadoussa

 

Artiste plasticienne & poète

Présidente de lassociation "Voix de femme nabeul"

 

 

 

© Crédit photo :  Mariem Garaali Hadoussa,"« Fluidité », acrylique et huile 50/45 Cm. 

 

 

 

 

Je ne suis pas poète

Je suis une marionnette

Parents, école et rue

M'ont façonnée

Et la vie a fait de moi 

Ce que je suis

 

 

 

Je ne suis pas poète

Mon âme se démène 

Cherchant un dilemme 

J'écris des mots qui viennent

Du fond du cœur

Pour des êtres que je chéris

Pour un pays que je défends 

Pour le soleil, la lune et les étoiles

Pour cette douce brise

Et ce fabuleux parfum 

de roses et de jasmins

 

 

 

Mes mots dansent sur le chant des vagues

Et voyagent sur le dos des mouettes

En plumes légères 

Pour soulager les maux 

Et soulever les fardeaux

Des âmes égarées 

Pourtant je ne suis pas poète ! 

Qui suis-je d'après vous ? 

 

 

 

Des nuits blanches

À remplir des pages blanches 

À effacer des ombres 

À écouter ces voix qui chuchotent

Dans un silence morbide

Qui te donnent des frissons 

 

 

Peut-être serais-je poète le jour 

Où on lira mes vers

Cris de peine ou de joie 

Poète ou pas 

J'aime rire et écrire 

Des chants d'amour 

Champs de fleurs ! 

 

 

©MGH, le 17/7/21.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Mariem Garaali Hadoussa (poème & peinture inédits), « Je ne suis pas poète ! », Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1 & Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations »,  mis en ligne le 31 août 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/mgh-poete

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ET REVUE ORIENTALES - dans Numéro 10 REVUE ORIENTALES Amour en poésie Muses et féminins en poésie
30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 09:35

 

N° 10 | Célébrations | Entretiens poétiques, artistiques & féministes 

​​

 

 

 

 

 

 

Interview à propos de

 

 

 

« Vi♀lence(s) »

 

 

 

de Paule Andrau

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographie par

 

Gilles Nadeau

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : "Paule Andrau", Juin 2021, cette photographie inédite a été prise par Gilles Nadeau. 

 

 

À lire aussi :

 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES A RENCONTRÉ PAULE ANDRAU :

 

 

 

 

1 Comment l'humanité en est arrivée à ces « Violence(s) » faites aux femmes ? Si l'on en croit Olivia Gazalé dans son ouvrage « Le mythe de la virilité », c'est ce mythe qui est devenu le fondement de l'ordre social et par conséquent l'une des raisons essentielles des violences infligées aux femmes…

 

 

Paule Andrau – La violence semble liée intrinsèquement à l’humain : les récits des origines fondent la vie sur la violence – Caïn tue son frère Abel, Chronos dévore ses enfants, Romulus tue Rémus en fondant Rome. Vie et violence sont liées de façon immémoriale : notre langue, par son enracinement grec et latin, en témoigne : même racine grecque pour ο βιος (masculin) la vie, et η βια (féminin) la force ; le « biologique » est à la fois expression de la vie et témoignage d’une violence  – celle qui intervient dès la naissance avec cette « violence » qui nous est faite pour entrer dans le monde des vivants. En latin, même racine entre vis, la force, vita, la vie et… vir l’homme, le masculin : quand on sait que dans la genèse des langues anciennes, r et s sont interchangeables (phénomène de rhotacisme qui peut s’inverser), cela fait réfléchir.

Jeter un regard sur l’Histoire amène à percevoir que la femme est par nature l’objet et le lieu de la violence, qu’elle soit familiale, conjugale, sociale. Dans Masculin, Féminin. La pensée de la différence, Françoise Héritier, grande anthropologue, cherche à comprendre la hiérarchisation des sexes à partir des « systèmes de parenté » et elle souligne l’inégalité des relations intrafamiliales selon que l’individu est masculin ou féminin. Cette relégation des femmes au second plan constitue une « différence » qui organise le devenir des femmes. Olivia Gazalé choisit d’étudier « le mythe de la virilité »  et de le déconstruire, dans son essai éponyme et, face au pessimisme de Françoise Héritier qui considère que les sociétés s’érigent sur des invariants, elle souligne les avancées que la réflexion sur la place des femmes a connu depuis l’époque du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. 

Mon roman Vi♀lence(s) n’est ni une analyse ni une étude - les travaux précités se suffisent à eux-mêmes. Il restitue les paroles des femmes qui ont trouvé un écho en moi, bien avant le phénomène déclenché par #Metoo. En ce sens, il est un cri jeté à la face des silences qui engloutissent et effacent tant de destins féminins ignorés, il est une protestation contre l’indifférence, le mépris, l’ignorance. Mon roman tresse, en toile de fond, les paroles de trois femmes, 1, 2, 3, qui n’ont pas le même âge, le même statut social, le même vécu et qui pourtant, illustrent, en écho, la réalité des femmes : menstruations, sexualité, maternité, charge mentale, ménopause, incommunicabilité, vieillesse, solitude et abandon.  On comprend au cours de leurs énoncés parcellaires que le roman juxtapose et construit – mais on sent bien qu’ils pourraient être simultanés comme chez Michel Vinaver – qu’elles sont dans un lieu commun, pour des raisons différentes, un de ces couloirs d’hôpital, pas vraiment salle d’attente, où se trouvent répertoriés souffrants et accompagnants dans un ordre seul connu des administratifs ou des urgenciers. Leur plongée dans ce qu’elles ont été est une tentative dérisoire contre la défection de tout l’être que produit toujours la proximité de la mort – de soi ou de l’autre. Dans leur dérive viennent s’inscrire les paroles d’autres femmes, tout aussi niées que les leurs, celles qu’on voit passer sur les brancards, objet d’interrogations ou de commentaires et qui se trouvent là aussi dans une nouvelle forme de l’antichambre de l’enfer.

 


 

2 – Y aurait-il d'après vous un inconscient collectif qui s'est forgé au fil du temps concernant ces violences ?

 

 

Paule Andrau – Les femmes taisent leurs sentiments profonds parce que, même quand elles pourraient parler, elles s’autocensurent : elles ont été façonnées par des millénaires d’oppression tacite qui est le fruit des conventions. Pendant des générations, les femmes ont intégré à leur vie les diktats des pères et d’une éducation qu’on a commencé à remettre en cause, en Occident, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Mais pour un grand nombre de femmes dans le monde, la violence qu’elles subissent est un fait de société incontestable : selon un rapport de l’ONU, 47% des femmes dans les pays non occidentaux n’ont pas la libre disposition de leur corps. Le dernier forum de « l’ONU femmes » a qualifié la violence qui leur est faite de « pandémie de l’ombre ». Ce terme rappelle à quel point, jusque dans la postulation de leur liberté, les femmes sont entravées par les modèles intimement inscrits en elles, dès l’enfance, par la société ; même si leur expérience personnelle est différente, les femmes se retrouvent sur des thématiques communes : leur rapport au corps, au sexe, au couple, à l’enfant, à la famille.

Mais quel que soit leur statut social, toutes les femmes, même si elles ne l’ont pas éprouvée dans leur être, connaissent ce qu’on appelle aujourd’hui la « culture du viol ». Aussi, dans la trame des paroles inaudibles que restitue mon roman Vi♀lence(s) s’insèrent les paroles des femmes dont le sort a fait la une des journaux, inscrites dans la mémoire collective des femmes. Si le romancier est comme le disait Marguerite Duras une « chambre d’échos », mon roman amplifie et renvoie à son lecteur la parole confisquée de celles qu’on ne peut effacer : la femme ménopausée au bord du délire, la paria indoue – historique – apôtre des désespérés, la mère meurtrière d’un fils drogué, la fille victime de l’inceste paternel, la brillante élève découvrant son excision, les trois assassinées après leur viol, la déportée devenue juste, la cancéreuse au bord de la mort, la mariée de force,  la mater dolorosa, la femme devenue lesbienne… Toutes inaudibles, anonymes, « héroïnes » malgré elles de faits divers violents, de faits de société passés sous silence. 

Pour Simone de Beauvoir – Le Deuxième sexe –, il n’existait pas de « condition féminine » – par référence à des catégories qui avaient cours à l’époque comme la « condition ouvrière », la « condition paysanne », le monde bourgeois, l’intelligentsia – parce que la femme était le prolongement d’un homme et partageait le statut de celui-ci. Mais les mouvements féministes successifs, l’activisme pragmatique de Gisèle Halimi créant Choisir la cause des femmes, ont fait émerger un « continent » jusque-là occulté. Les paroles des personnages de Vi♀lence(s)  construisent peu à peu la réalité d’une condition féminine qui est celle de l’« expérience du ventre ». Où qu’elles se situent dans la société et quelle que soit leur génération, les femmes ont éprouvé ou connaissent, par proximité – avec d’autres femmes –, par ouï-dire – à travers ce qu’elles lisent –, ce qui découle de leur statut de femme :  la sexualité avec l’indétermination qui commence enfin à être levée sur le consentement, le viol, l’inceste ; la différence entre érotisme et pornographie ; les règles, l’endométriose, la ménopause ; la grossesse,  la contraception et l’avortement ; la maternité choisie, le couple, la charge mentale, le divorce ; la question de « genre »… La réalité des femmes qui est si étroitement liée à leur condition biologique commence seulement à être questionnée, à être reconnue : la même solitude, le même malentendu – affectif, familial, social – malgré les fausses libertés et la plénitude de façade que tous les médias s’accordent à leur conférer. Contre un inconscient collectif victimaire et résigné, les femmes, depuis cinquante ans, ont construit une conscience,  elles deviennent membres du « peuple de la fente » : le vécu féminin est étroitement lié, chez elles, à l’intime.

 

 

 

3 – Quel est votre avis sur les religions, l'éducation, la littérature, les médias quant aux problématiques liées aux violences faites aux femmes ?

 

 

Paule Andrau – Pierre Bourdieu, dans son ouvrage La Domination masculine, établit que celle-ci est produite par « un travail incessant (donc historique) de reproduction auquel contribuent des agents singuliers (dont les hommes avec des armes comme la violence physique et la violence symbolique) et des institutions, familles, Église, État, Écoles ». Il souligne que ce processus pérennise des rapports et des structures de domination que les femmes intériorisent. 

Aussi, dans le roman Vi♀lence(s), cette mémoire collective des femmes s’exprime à travers les douze femmes désignées par des lettres : le roman s’ouvre sur l’expression de X. qui se sent investie d’une mission, celle de collecter et de rapporter  ce qu’elle imagine être le discours intérieur des femmes 1., 2., 3. ; ensuite onze autres femmes prennent la relève : elles consignent les interdits qu’elles ont transgressés et  les atteintes qu’elles ont subies. 

Tout dans la littérature et sur les écrans parle aux femmes : les adaptations cinématographiques ou télévisuelles charrient ces destins sacrifiés, celui de la Gervaise de L’Assommoir, de la Jeanne d'une Vie et tant d’autres – destins conçus par des hommes. Surtout l’actualité avec son lot quotidien de féminicides et d’agressions forge une conscience collective qui s’exprime aujourd’hui chez les femmes par les mouvements du refus et une littérature féministe de combat. 

Rapportées par les médias, racontées par des femmes à d’autres femmes, transportées par l’Histoire et la littérature, ces « récits » parcellaires construisent une conscience féminine polyphonique.

Depuis quarante ans des ouvrages ont brisé les interdits : en 1986, la voix d’Eva Thomas dévoile l’horreur de l’inceste dans Le Viol du silence, elle témoigne à visage découvert dans l'émission, Les Dossiers de l'écran, seule femme face à une dizaine de « spécialistes » de la question, tous masculins. Et en 1992, elle questionne, dans Le Sang des mots, une justice qui condamne pour diffamation les femmes abusées qui ont dénoncé leurs abuseurs. On ne peut pas dire qu’« on ne savait pas ». Dès  1993, Dorothée Dussy, anthropologue et chercheuse au CNRS, publie avec Le Berceau des dominations, Anthropologie de l’inceste, le début de ses travaux qui trouvent leur achèvement en 2013 : son ouvrage est réédité en avril 2021.

Aujourd’hui la parole et la pensée s’émancipent des vieux tabous et les femmes luttent partout pour la reconnaissance : au sein des médias – le témoignage d’une journaliste sportive, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », l’affaire Weinstein –, au sein des entreprises, des administrations, cher les « puissants » – Enquête Epstein et Maxwell. 

 

 

 

© Crédit photo : Première de ouverture du livre, image fournie par les éditions Maurice Nadeau. 

 

 

 

 

4 La société devenant de plus en plus violente, les femmes en sont bien souvent les premières victimes, comment combattre ce fléau ?

 

 

Paule Andrau – Dans les sociétés occidentales comme dans les sociétés patriarcales, les femmes restent des sacrifiées, et ce roman, Vi♀lence(s), tente de saisir ces femmes « en éclats » à travers leurs paroles non dites, bruits intérieurs, silences par lesquels elles deviennent invisibles aux autres. 

La solution se trouve dans l’évolution de la loi. 

La loi de 1980 qui a criminalisé le viol en le rendant passible des Assises et en le définissant a été une avancée considérable, la loi Schiappa de 2018 sur les violences sexistes et sexuelles a permis de réfléchir sur l’âge du consentement et de réprimer les formes de harcèlement. Mais il reste encore à prendre en compte la parole des femmes dans les cas de violences conjugales ou sexuelles par une meilleure formation des services concernés et par des moyens. L’Espagne dans ce domaine, fait figure de précurseur : la loi de protection de 2004 et les moyens qui l’accompagnent – tribunaux spécialisés dans les violences faites aux femmes, moyens financiers investis chaque année pour des plateformes de suivi, des hébergements dédiés, des mesures d’accompagnement – ont été renforcés par un plan  « Pacte d’État » en 2017 – 700 millions d’euros par an. Le mouvement de défense des femmes dans la société civile espagnole a été si puissant que le procès en appel de violeurs en groupe – s’appelant  la « Meute » – a débouché sur une condamnation de ceux-ci à quinze ans de prison (2019). 

Il existe bien des « débuts » de solutions mais elles sont inégales en Europe.

 

 

 

5 – N'est-ce pas par les femmes elles-mêmes que l'on pourra endiguer la violence faite aux femmes ? Votre livre en est une avancée essentielle à l'instar du témoignage bouleversant de Marguerite Binoix « Battue » paru il y a quelques années…

 

 

Paule Andrau – Peut-être qu’il est difficile d’accepter les paroles des femmes qui se taisent sur elles-mêmes, qui inscrivent dans leur conscience blessée les injustices faites aux autres femmes, qui ajoutent à leur propre souffrance celles qu’étalent parfois complaisamment les faits divers, les émissions de toutes sortes. Ces femmes qui restent murées dans leurs silences sont partout, invisibles aux autres. Elles continuent à vivre leur vie quotidienne sans que personne ne perçoive leur “parole de dessous”. Elles n’ont pas de nom. Parfois un article de journal, une enquête médiatique met en évidence un cas monstrueux qu’on croit sporadique et exemplaire. Mais chaque femme vit une forme de violence. 

Les témoignages comme ceux d’Eva Thomas, de Marguerite Binoix, de Valérie Bacot – Tout le monde savait – sont essentiels comme leur diffusion et leur réception par la société civile : la parole des victimes, quand elle est entendue « remet le monde à l’endroit » dit Eva Thomas. Le roman Vi♀lence(s) tente de faire exister les voix des femmes tues, bâillonnées par la nécessité de maintenir la famille malgré les violences, la difficulté à vivre hors du conjoint quand elles ne travaillent pas, leur volonté parfois de s’aveugler sur leur réalité.

Pourtant des femmes s’engagent : outre celles que j’ai citées, une spécialiste comme Muriel Salmona, en créant l’association Mémoire traumatique et victimologie, offre aux femmes victimes et à leurs accompagnants informations et formation. Elle a fait émerger des concepts nouveaux propres aux situations d’emprise et de violence sexuelle : ses travaux  donnent des pistes pour reconnaître et protéger les victimes, lutter contre la culture du déni ; ses campagnes d’opinion Et pourtant c’était un viol (2014), Stop au déni (2015) – Les Sans-Voix – ont permis de mettre en évidence les effets physiques et psychologiques des violences faites dans l’enfance. Elle participe ainsi à faire évoluer les mentalités et à mobiliser les politiques – interventions devant le Sénat et l’Assemblée Nationale.

 

 

 

6 – N'hésitez pas à ajouter des réflexions à propos de votre ouvrage, l'idée même de sa conception, vos objectifs...

 

 

Paule Andrau – Mon roman, Vi♀lence(s), n’est ni une « autofiction » parmi d’autres, ni un « essai » ni un « témoignage ». Il est un hommage aux femmes : comme le ferait une “partition” musicale, il  orchestre des histoires morcelées qui émeuvent, indignent et révoltent, il cherche à ébranler la conscience sociale qui, de façon générale, nie et méconnaît la condition féminine. 

Il a longtemps mûri dans ma pensée, accumulant toutes ces blessures faites aux femmes dont elles ne parlent pas, ces « bris de femmes », comme des sédiments qui ont fini par venir au jour au fil d’un long processus : ces éléments qui semblaient disparates ont pris sens de leur confrontation même, en un kaléidoscope incomplet et mouvant, c’est devenu une création littéraire et artistique qui se revendique pour telle.

Camus fait dire à Caligula, son « héros de l’absurde », « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Il est temps de dire pour les femmes d’aujourd’hui et celles de demain : « Les femmes meurent et elles ne sont pas heureuses ». 




 

 

Biographie de la romancière :

 

Paule ANDRAU est agrégée de lettres classiques et professeure de chaire supérieure, elle a longtemps enseigné la littérature avant d'écrire «  le temps venu » et de prêter sa voix à toutes les femmes qui sont entrées dans sa vie « – femmes du réel, des livres, de l'Histoire, des faits-divers, des films, des rêves – et qui n'en sont jamais ressorties ».

 

 

 

©F. Urban-Menninger

 

 

***

 

 

Pour citer cet entretien féministe 

 

Françoise Urban-Menninger«  Interview à propos de "Vilence(s)" de Paule Andrau » texte inédit, photographie par Gilles Nadeau, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 30 août 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/fum-entretien-pauleandrau

 

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 11:05

 

N° 10 | Célébrations | Instant poétique avec...

​​

 

 

 

 

 

Danse, danse

 

 

&

 

 

Le monde est dur, mon fils

 

 

 

 

 

 

 

[Invitée]

 

 

Maram Al-Masri

 

Photographie de

 

 

Philippe Barnoud

​​​​​

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Philippe Barnoud, "Maram Al Masri" 2013, photographie fournie par la poète.

 

 

 

 

Danse, danse

mon fils

car tu es né

pour apprendre aux oiseaux

à voler

 

 

Danse, danse

mon fils

pour que le cœur agité du monde se calme

sous le rythme de tes pas

 

 

Danse, danse

mon fils

pour apprendre toi-même à voler

 

 

 

 

 

 

 

Le monde est dur, mon fils

Dur comme un chargeur de mitrailleuse

dur comme les murs d’un centre de rétention

dur comme un regard de mépris

Je ne t’ai pas dit de patienter avant de venir me rejoindre

Je ne t’ai pas dit que les petites plantes

sont facilement écrasées

Je ne t’ai pas dit de venir en étant fort

Ici on les aime avec des diplômes

on les aime avec un compte en banque

Je te dis que les noyés

ne peuvent pas sauver

les noyés

Immigré,

tu seras toujours

dans le viseur du doute

Je ne t’ai pas dit que les immigrés arrivent fragiles

comme les enfants

 

 

 

***

 

 

Pour citer ces deux extraits

 

Maram Al-Masri« Danse, danse » & « Le monde est dur, mon fils », poèmes reproduits avec l'amiable autorisation de l'auteure & des éditions Bruno Doucey, photographie par Philippe Barnoud, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 29 août 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/mas-2extraits

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

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