11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 12:00

 

 

Critique & réception

 

 

Et le mot-dansé danseur

 

 

s'est fait prière

 

Dina Sahyouni

    

 

 

 

  couv ombre premiere small

  © Crédit photo : Couverture illustrée de l'éditeur   

 

 

« Nous sommes à la fin de la croisée des chemins, au-delà du choix. » (cf. II, p. 10)

 

 


 

À mesure d’ombre est un recueil bref d’Alexandre Salcède. Il s’agit d’une poésie mise en spectacle sémantique et d’un chant dansant des signifiants. Paru aux éditions Abordo en octobre 2013, il révèle la naissance d’un poète au style soutenu, amoureux des arts...

Au chevet des mots, de ces danseurs chevronnés, des chefs-d’œuvre invisibles du sens, le jeune poète emprunte le souffle d’Orphée pour visiter l’antre de la poésie. Là où la lumière est le silence poétique de l‘âme. Il en sort aussitôt avec des poèmes suintant la prière…

Et cette prière se révèle poétique, dansée au gré des rythmes articulés des phrases, des mélodies des sens et de la ponctuation.

 

S’inspirant de l’interprétation majestueuse de « Douve » d’Yves Bonnefoy par trois danseuses de la compagnie de l’artiste Tatiana Julien, le recueil assez mince mais bien rempli du silence sublime du geste créatif prêche encore la passion de la poésie et la sacre comme la personnification du corps dansant. Danser les mots puis écrire les danses des corps en danses des signes, voilà la tâche à laquelle le poète Alexandre Salcède s’est affairé tout au long de ce spécimen original dans sa composition comme dans son édition chez Abordo.

 

Se composant de vingt-et-un poèmes articulés en prose (en imitation aux corps-voix des danseuses) et se terminant par un poème nominal comptant pour rien, sans verbe… Sans le corps verbal, Alexandre Salcède nous offre un assemblage de mots en sutures, en liberté, à la manière d’un Yves Bonnefoy, les mots se libèrent de leurs entraves :

 

Souffles immobiles,

              Souffles noirs,

                        fumées.

                             Fumées.

 

Ce bémol nominal sonne en effet mélodie ; il est le silence pur de la poésie telle la prière des anges… L’illustration du recueil est bien choisie. Elle épouse parfaitement la pensée du poète et évoque le trio des danseuses du spectacle « Douve ». Ce trio féminin en corps dansants est la personnification du trio masculin structural Signe, signifiant, signifié du signe…

 

Et je me rappelle encore de ma lecture des extraits publiés de cet opus poétique dans le numéro du juin dernier sous la direction de Françoise Urban-Menninger. Une sorte de prière s’est emparée soudainement de moi et j’ai vivement encouragé le poète à publier son manuscrit. Aujourd’hui, l’ouvrage est là, à nouveau un corps dansant la danse sacrée des mots en vingt-et-un actes pour se terminer par la chute finale du rideau : un poème sans verbe. C’est belle et bien une manière épique d’évoquer la mélodie par l’intermédiaire des strates nominales. Ce long poème-spectacle du souffle est bien là et n’attend que vos yeux spectateurs pour se produire en grand spectacle devant vous.

 

 


Voir aussi : Alexandre Salcède, À mesure d'ombre aux éditions Abordo, 2013

 

 

 

Pour citer ce texte 

 

Dina Sahyouni, «Et le mot-dansé danseur s'est fait prière », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°5 [En ligne], mis en ligne le 11 décembre 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-mot-danse-121413341.html/Url.http://0z.fr/TZGXX

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
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Poème

 

 

Dans ma forêt de papier

 

 

Françoise Urban-Menninger

    

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/64/The_holly_and_the_ivy_-_geograph.org.uk_-_723060.jpg?uselang=fr

Crédit photo trouvée sur Commons : Lierre

 

 

 

 

dans ma forêt de papier

les arbres ont des pensées

qui viennent se poser

toujours plus légères

dans le cœur en bois gravé

où s’enrobe le poème de lierre

 

 

je cherche mon enfance

au cou de chaque branche

où le visage de ma mère se penche

je joue avec les loups

qui dorment en silence

sous le ciel des paupières

 

 

et je cours vers moi-même

quand ma nuit se referme

et que la mort bohème

vient hanter ma pénombre

jusque dans le poème

où chuchotent les ombres

 

 

 

 

 

Pour citer ce poème

Françoise Urban-Menninger, « Dans ma forêt de papier », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°5 [En ligne], mis en ligne le 11 décembre 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-dans-ma-foret-121413323.html/Url.http://0z.fr/mMykS

 

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Poésie visuelle

 

 

   Nous sèmerons  

 

 

&

 

 

Tu m'attendras

 

 

 

Poèmes extraits du recueil Souffle d'or sur une mer rouge

 

 

Nicole Coppey

 

 

Cliquez sur les images pour les agrandir. 


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© Image du poème

 

 

 

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  © Image du poème 

 

 

 

Site de l'artiste : www.nicolecoppey.com


Voir aussi : Nicole Coppey, Souffle d'or sur une mer rouge aux éditions aux éditions Arabesques



Pour citer ces poèmes

 

Nicole Coppey, « "Nous sèmerons" & "Tu m'attendras". Poèmes extraits du recueil Souffle d'or sur une mer rouge », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°5 [En ligne], mis en ligne le 11 décembre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-extraits-121413309.html/Url. http://0z.fr/dAz9X

 

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Présentation

 

 

Gladys Carmagnola 

 

 (CHILE)


 

Mario Portillo

 

 

  

 

  Gladys Carmagnola es una poetay docenteparaguaya. Es una de las escritorasmás conocidas de su país, su obra está dedicada a un público muy amplio, comprendiendo obras para niños y adultos. Nació en Guarambaré, ciudad del Departamento Central del Paraguay, el 2 de enero de 1939. Es cofundadora y miembro de la Sociedad de Escritores del Paraguay. También tuvo participación en la fundación de la agrupación de Escritoras Paraguayas Asociadas y del Pen Club del Paraguay. Forma parte de una generación de mujeres paraguayas que, a inicios de la década de los años 1960, dieron a conocer su producción literaria, ocupando un espacio muy importante en la literatura paraguaya.


   Su primera publicación data del año 1965, a partir de allí, se ha dedicado enteramente a la producción de obras poéticas, completando en total 20 títulos de su autoría. A lo largo de su carrera ha sido galardonada con numerosos premios y homenajes nacionales e internacionales. En 1981 el Primer Premio de Poesía “Amigos del Arte” (Asunción), en 1985 el Premio de Poesía “José María Heredia”de la asociación de críticos de Miami EEUU, en 1989 el Premio a la “Fiambrera de Plata”del ateneo de Cultura Popular de Córdoba, España, en 1992 el Premio único de Poesía del Instituto Cultural Paraguayo-Alemán, en 1994Plaqueta y Homenaje Público del Festival del Lago Ypacaraí, en 1995 una Mención de Honor del Premio Nacional de Literaturay en 1996 el Premio Municipal de Literatura.

 

 

 

 

 

Poemas

 

MUJER


a Cecilia

¿Mis manos son débiles?
No ha de doblegarlas el mero contacto del viento
que azota la estirpe de mujer
que llevo.

Sentirse, saberse mujer, es hermoso.
Es perfecto.
Y es hermoso
saber que se lleva en el pecho
algo que lastima.,
algo como un peso
que es suma y
del Verbo
que he de compartir -aunque a veces duela-
contigo, o con ellos.

Lo sé. Soy humana.
Y aunque no me acucia en la vida otro anhelo
que el de ser mujer
-alma, forma, sueños;
mujer
nada más, ni menos-
a mí me han legado
este peso
dulcísimo, amado, infinito,
que no lleva huesos,
que no tiene rostro de hembra o varón
ni se vanagloria de uno u otro sexo.
[...]

 

 

 

 

RAZONES

 


 


Para cuando no sirvan las palabras
aunque vivan las horas,
araño la corteza de una sílaba
e intento atrapar su magia
ahora.
 
[...]


 

A MI PAPELERA

 

 

 


Porque me has sido fiel
desde que mi memoria lo recuerda,
préstame tus oídos
y recibe mi confidencia:

creo que tú comprendes desde entonces
que pretendo escribir mi nombre a mi manera,
que deseo elegir yo sola el molde
y trazar sin ayuda cada letra.

[...]
 

 

 

            

 

Pour citer ce texte 

Mario Portillo, « Gladys Carmagnola », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°5 [En ligne], mis en ligne le 11 décembre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-gladys-carmagnola-121413278.html/Url.http://0z.fr/s0VfI

 

 

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Critique & réception

 


Claude Chambard 

 

 

Tout dort en paix, sauf l'amour

 

 

Éditions Le Bleu du ciel, septembre 2013


Marie-Josée Desvignes

    

 

 

 

© Crédit photo : Couverture illustrée de l'éditeur 

 

 

 

Auteur


Claude Chambard, né en 1950, est lecteur, écrivain, typographe, éditeur, traducteur, créateur et imprimeur-typographe des éditions À Passage / Le Coupable, à Bordeaux (en 1979).

Un nécessaire malentendu, ont paru aux éditions Le bleu du ciel : La vie de famille, I (2002), Ce qui arrive, II (2003), Le chemin vers la cabane, III (2008), Carnet des morts, IV (2011) projet au long cours « d’entrevoir ce que la langue, la poésie, la prose peuvent transformer dans l'histoire la plus banale, la vie, l'amour, la famille, les amis, la littérature, la mort.... »

 

 

 

***

 

    Cinquième d'une série de douze volumes prévus, Tout dort en paix, sauf l'amour, fait partie d'un ensemble intitulé « un nécessaire malentendu ». Le lecteur habitué de Claude Chambard sait qu'il va y retrouver cette parole parcellaire, morcelée, entre fragments de prose et de poésie où s'entrechoquent les souvenirs d'enfance et les anecdotes de la vie d'un homme ordinaire, entre audace de dire et inquiétude de vivre ce « nécessaire malentendu » — qui constitue chacune de nos vies — inscrit en creux, « puisque tout le monde rêve » nous prévient le narrateur dès l'incipit.


    Car c'est bien dans un rêve que nous embarque l'auteur, celui constitué de géographie du corps et des paysages, parsemé de citations empruntées à ses lectures aussi éclectiques qu'érudites, dans un montage digne d'un centon, et où chaque emprunt permet de croiser la réflexion d'un autre avec l'anamnèse. Une remontée toujours recommencée, un chant des origines, universel puisque chacun peut s'y reconnaître même si on ne connait ou ne reconnaît pas les lieux.

Et comme dans un rêve, tout se confond, la mer et le pays, les nuages et l'argile, « maintenant est un son, le plus calme, un son qui repose, qui a le pouvoir de lier les rêves, qui entraîne au retour, vers l'enfant dans la montée blanche. » Un rêve tourmenté, pas reposant. Un rêve toujours à la frange de la réalité, entre vie et mort, « au bord de l'abîme », « dans le ravissement & l'élévation, dans le point de rupture où éclate la jouissance ».

On est entraîné au-delà de ce dire autobiographique dans notre propre trajectoire et on lit, on écrit avec, « j'écris, je ne veux pas mourir »1 « je suis perdu dans une langue que je ne sais pas traduire ».


   L'impossible à vivre devient l'impossible à dire, devient ce chemin que nous empruntons avec plus ou moins d'étonnement, de courage, conscients ou inconscients, dans un parcours flottant, entre deux-eaux, celle de la mer (celle de la mère ?) « Ne te penche pas tu vas tomber. Ne te penche pas tu ne sais rien de l'eau »

Comme dans l'impossible retour à l'enfance, les mots se cherchent une légitimité, une vérité. Toujours flottant, au bord du détroit, « je découvre avec stupéfaction que je suis encore un peu vivant »

  

   Entre conversation mélancolique et ressassement mélodieux, jamais lyrique, ou à peine, sans pathos pour sûr, le texte questionne la difficulté de traverser, toujours seul, ces années qui nous séparent de la vie à la mort, en tentant peut-être de les mettre en mots, sans que se confondent et s'annulent les êtres qui empruntent la trajectoire : « les rayons de la lune glissent doucement, en paix, lui & moi, enfin reposés de l'univers, étendus dans la prairie fraîche, moi grand père au bord, au très bord de cette forêt où rien ne semble un arbre », dans cette douleur que c'est de compiler toujours et encore des lignes pour rendre réelle l'expérience, dans « l'inventaire des milliers de lignes que [j'ai] écrites » ; le narrateur dit l'amour, la sexualité, la perversité (de Grandmère), la volupté des femmes, l'empreinte des images dans l'âme, leur retranscription déformée ou intacte...

Vivre et survivre, deux malentendus... Demeure l'écriture.

 

    On ne peut qu'être touché par cette voix qui nous parle de loin, une voix capable de se frayer une voie entre prose narrative et poésie où l'anamnèse explore le temps et l'espace, tentant de les reconstituer plus que de les retrouver, dans un collage si composite qu'on y lit l'âme du monde flottant dans l'univers.  

Il dit : « L'amour efface une multitude de fautes. »2, les yeux fermés, pour déployer sa vue, pour retrouver le visage perdu, pour éviter d'amplifier ce qui lui répugne, pour imaginer le monde qui couvre le désert & l'empêche de croître »

Il est petit-fils, fils & père dans un monde en devenir – donc vers sa fin – , où demeure le doute, où le suicide est possible, où une solution est toujours envisageable tant que l'on a envie de vivre d'un rien, d'un rire & d'un souffle léger sur la joue, avec les langues & les cultures en partage. L'écriture est un déplacement.

Écrire c'est passer des frontières. Illégalement.

 

 

 

   

Notes

 

1 Emprunt à Georges Bataille, Le coupable, Gallimard, 1944


2 Première lettre de Pierre, chap 4 verset 8, La Bible

 

 

 

Voir aussi : Tout dort en paix, sauf l'amour de Claude Chambard par Tristan Hordé (critique publiée par Sitaudis)

 

 

Pour citer ce texte 

Marie-Josée Desvignes, « Claude Chambard, Tout dort en paix, sauf l'amour, Éditions Le Bleu du ciel, septembre 2013 », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°5 [En ligne], mis en ligne le 11 décembre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-claude-chambard-121413248.html/Url.http://0z.fr/qy7KS

 

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