31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 11:19

 

Annonce de concours poétique

 


 

Concours de « POETA »

 

 

 

Tatjana Debeljački


 

 

© Crédit photo : Le visuel du concours à télécharger, fourni par l'auteure

 

 

« POETA » ouvre un concours nommé  « HAIKU »  « Cœur serbe de Johannes »

Le thème est défini en fonction du roman « Cœur serbe de Johannes » par Veselin Dželetović

 

Règlement

Un auteur peut envoyer deux haïkus ou un haïku. Tous les haïkus reçus sont en compétition pour être publié dans un book. Le poème doit être tapé dans le corps du message et le haïku (noir et blanc) doit être au format JPG, et envoyé à haikujohan@gmail.com  avec le nom de l'auteur et le nom du haïku qui doit être envoyé à la fois serbe ou en anglais, les entrées de l' étranger peuvent être uniquement en anglais avec un nom complet et le nom et le lieu de résidence. La compétition dure du 1er Août 2017 jusqu'au 28 Février 2018. Tous les auteurs recevront les informations nécessaires en temps voulu.

 

« POETA » otvara konkurs pod nazivom « HAIKU "Srpsko srce Johanovo" Tema je Prema Romanu "Srpsko srce Johanovo"  

Autora, Veselina Dželetovića. Jedan autor Moze poslati DVE haïku pesme ili jednu haigu. Sve haïku pesme koje budu poslate konkurišu za objavljivanje knjige. Radove otkucati u telu poruke i haiga (crno-bela) da bude u-u JPG, OBAVEZNO naslovljene imenom autora i imenom haikua Slati na E-mail adresu: haikujohan@gmail.com. Autor treba da pošalje haiku na srpskom ili engleskom jeziku, van zemlje môže biti na engleskom jeziku. Sa punim imenom i prezimenom, i mestom boravka. Konkurs traje od 1. 8,2017. faire 28.2. 2018. godine. SVI autori Bice pravovremeno obavešteni o svemu.

 

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Pour citer ce concours

 

Tatjana Debeljački, « Concours de "POETA" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 31 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/concourspoeta.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Haïkus
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 09:58

 

Poème
 

 

Rencontre

 

 

Texte et illustration

Huguette Bertrand

Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure-éditrice

Site personnel : http://www.espacepoetique.com/Espace/intime.html

 

 

© Crédit photo : "Rencontre" par Huguette Bertrand

 

 

 

 

Se saluer à travers les branches

devant la colère du vent

quand les jours se tordent

dans les reliefs du ciel

 

Se saluer à travers la voix

à travers l’œil

pour faire durer le temps

pour dérober l'espace entre nos gestes

et inscrire un pacte

au registre de nos mémoires

 

Se reconnaître à travers une parole intense

comme des fous entêtés

et sous la caresse des mots

diluer un peu de soi dans la lumière diffuse*

 

 

 

* Ce poème est un extrait reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure-éditrice : D'une rive à l'autre / Da una riva all'altra, poèmes illustrés, Éditions En Marge, Qc, Canada, juin 2017 https://issuu.com/immaginepoesia/docs/d_une_rive____l_autre

 

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Pour citer ce poème

 

Huguette Bertrand (poème illustré par), « Rencontre », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 27 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/hb-rencontre.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 12:43

 

Bémol artistique | compte rendu de

 

Splendeurs de l’écriture au Maroc. Exposition à l’Institut du Monde Arabe (mars-avril 2017)

 

 

Mystères calligraphiques du Maroc

 

 

 

 

Mustapha Saha

 

Illustrations par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 1 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Sil fallait un palladium de lancestrale attraction culturelle du Maroc, ne serait-ce pas cette exposition exceptionnelle de ses trésors livresques à lInstitut du Monde Arabe de Paris du 23 Mars au 6 Avril 2017. Conçue comme une manifestation complémentaire du cafouilleux pavillon marocain au Salon du Livre, léblouissante rétrospective aura sans doute, malgré sa brièveté, un impact plus remarquable et plus durable. Les livres sacrés côtoyant les ouvrages profanes, sortis d'un sommeil millénaire, témoignent dépoques où lécriture, matrice dune civilisation des signes, sincarne dans des chefs-dœuvre impérissables. L’ambiance éthérique, baignée de luminosités subliminaires, réunit les théories fondatrices dans un nichoir régénérateur. Une scénographie digne des bibliothèques vaticanes. Des siècles de lumière, enrichis par leffervescence intellectuelle des medersas et des ribats des villes, des montagnes et des confins désertiques, imprégnés par le paradigme andalou où les sciences et les philosophies partagent les connaissances dans une interactivité pionnière. Une écriture somptueusement présente dans larchitecture, lartisanat, la structure et la texture de toutes les créations humaines. Ces livres uniques déclinent en concert la diversité marocaine, confluence historique et géographique des cultures, combinatoire symbiotique de pensées plurielles. Le rouleau de la Torah de vingt-mètre sur parchemin embobine deux milles ans de judaïté marocaine. Le savant Haïm Zafrani a magistralement mis cette histoire en perspective. Lévangile en arabe du douzième siècle rappelle lantique chrétienté maghrébine, fondatrice du catholicisme latin. Les figures de Tertullien, de Saint-Cyprien, de Saint-Augustin se profilent en ombres glorifiantes. Se dégagent des grimoires exposés des corrélations secrètes, au-delà de leurs similitudes esthétiques, comme si les sillons jadis ouverts attendaient de nouvelles irrigations pour féconder des floraisons insoupçonnables. Le sel et le miel dune culture cumulative.

 

 

Abderrahmane Ibn Khaldoun lègue le manuscrit « Le Livre des exemples » (Kitab al-ibar) à la Bibliothèque Qararouiyyine en 1396 sans se douter que son ouvrage ferait le voyage parisien sept siècles plus tard. La graphie multicolore se couronne de sphères florales à l’image des sinuosités narratives. Le grand œuvre, source incontournable sur la complexité synergique de l’arabité conquérante et de la berbérité absorptive, étonne toujours les chercheurs par ses intuitions théoriques, ses découvertes méthodologiques, ses prouesses dialectiques. Ibn Khaldoun trouve, dans l’interconnexion des savoirs et des époques, une belle illustration de cette sociabilité naturelle actionnée par les mécanismes des comportements historiques et la pérennisation des singularités temporelles quand elles émanent dune totalité sociétale indéracinable et mouvante. Une déchronologie des urbanités et des ruralités structurables, des inventivités considérables, des transmutations incorporables. Lhistoire et la sociologie sont théorisées comme des sciences dépurées des spéculations doctrinaires. Au-delà des interférences permanentes des faits sociaux et des dynamiques transformatrices, établies comme bases épistémologiques du savoir analytique, Ibn Khaldoun pose la problématique de la connaissance de soi dans une approche mystique et synthétique de lêtre comme entité réflexive. Lintrospective exploration des ressorts intimes de la pensée emprunte les fibres sensibles de la précognition, les fulgurations charnelles de l’osmose chamanique, la voie pascalienne de lintelligence du cœur. Le concept de « moujahada » définit cet effort contre la concupiscence, le personnalisme, légoïsme, impulsés par les pressions extérieures. La connaissance de soi se libère des dénaturations idéologiques comme le signe calligraphique se dételle de sa bride sémantique. « Connais-toi toi-même » recommande la pythie à Socrate. Les concepts façonnent le devenir quand ils fusionnent et dynamisent la réalité présente, la subjectivité pensante et la volonté agissante.

 

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 2 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

Les œuvres exhumées reflètent, avec éclat, leur contexte socioculturel de liberté de la recherche et de la pensée, avant la chape de plomb dun dogmatisme séculaire. Une reconstitution synchronique du puzzle didactique désintégré par les options immobilistes. Le quinzième siècle apparaît dans cette optique comme un ultime feu dartifice dune longue et prolifique allégresse cognitive. Le patrimoine livresque jalousement protégé ravive en sourdine des mélancolies informulables, des nostalgies inconsolables, des désolations incalculables. Sont réunis dans la magnificence des enluminures, des dorures, des reliures, les florilèges théologiques et les spicilèges scientifiques. Les Corans, majestueuses balises, ponctuent la visite d’intangibles providences. En ces temps où lenseignement des disciplines profanes est remis en cause pour putative incompatibilité religieuse, on aurait aimé voir sous les vitrines tamisées des manuscrits du Discours décisif, du Traité du dévoilement, de lIncohérence de lIncohérence dIbn Rochd (Averroès) qui cite, dans son traité ''Accord de la religion et de la philosophie", de nombreux versets exhortant lintelligence humaine à comprendre les mécanismes subtiles de lunivers. « Lunivers ne fait connaître lArtisan que par la connaissance de lart, et plus la connaissance de lart est parfaite et plus parfaite est la connaissance de lArtisan ». Le savant musulman doit être, en conséquence, versé dans toutes les sciences. Nest-ce pas le sens explicite de cette exposition atypique.

 

Dans la salle du haut conseil, suspendue entre terre et ciel face à Notre-Dame de Paris, ces savoirs encyclopédiques, coulés dans des stylistiques prosodiques, réunissent en conférence filiative lagronome Al-Tolaytili (mort en 1067), le chimiste Al-Jaldaki (mort en 1342), l’astronome Al Jadiri (1375 – 1416) Un manuscrit témoigne du Kitab al-Tasrif (Livre de la méthode), somme médicale en trente volumes d'Abou al-Qasim Khalaf ibn Abbas al-Zahrawi (Aboulcassis 940-1013). La médecine et la chirurgie doivent à ce praticien des découvertes fondamentales et des applications vitales qui le placent au rang dHippocrate, Galien et Celse. Le « Sommaire des opérations arithmétiques » dIbn al-Banna al-Marrakushi al-Azdi (1256-1321) porte les parfums envoûtants de l’époque mérinide où les villes impériales se parent des plus belles universités. Nest-ce pas Ibn al-Banna qui forge le concept « climat », de larabe « al-manakh », appliqué aux données météorologiques. Sinvitent à l’homérique séminaire le géographe Al Idrissi, concepteur du planisphère médiéval de référence et découvreur de précieuses plantes médicinales, et lexplorateur Ibn Batoutta, chroniqueur des splendeurs civilisationnelles et observateur avisé des mœurs diversitaires de son siècle. Comment ne pas penser à la Conférence des oiseaux du poète soufi Attar où lêtre taraudé entre élévation intellectuelle et régression factuelle, na de cesse descalader les montagnes de lespérance pour rechuter dans les ravines de lignorance.

 

Je mimmobilise devant le recueil des prières du quinzième siècle de Mohammed Al-Jazouli (mort en 1465). Mon âme simmerge dans une ensorcelante vapeur émotionnelle. Létat de grâce instantané ne provient daucune servitude spirituelle. Le grimoire refoule la lecture intrusive, lintelligibilité nominative, linduction interprétative. Il se donne comme une aimantation sensitive, une lévitation réflective, une exaltation contemplative. La calligraphie arabe institue lécriture comme un art sacré, une perfection figurative, véhicule de linaltérable révélation dans sa pureté originelle. Une écriture mystique dans ses entrelacs labyrinthiques où lattraction visuelle envoile de beauté le mystère divin, drape les mots de nimbe séraphique, fixe lineffable dans sa musicalité graphique. Un art elliptique, évocateur de la mémoire des sables, révélateur de la source méconnaissable, générateur de formes invraisemblables. La majesté verticale et la fluidité transversale effectuent la jonction entre orbitale transmigration et sommitale suspension. Chaque ouvrage, lucarne sur linvisible, se trame comme une œuvre totale, porteuse de sa propre signification symbolique, dans une combinaison cosmique de plénitude et dinfinitude propice à la béatitude. Par un étrange effet cinétique, les lignes sentrelacent et se déplacent, les signes se brassent et sembrassent, les caractères senchaînent et se déchaînent dans une danse scripturaire. L’étymologie sestompe dans lincompressible harmonie. Les configurations vibratoires entraînent limaginaire au-delà du miroir. Lalphabet, en résonance plastique avec les subtilités morphologiques et phonétiques de la langue, sanamorphose librement sur surface disponible. Les cursives se transfigurent au gré de linspiration créative. Le regard shypnotise. Le corps sélectrise. La conscience s’intériorise.

 

 

La calligraphie arabe se déploie dans un espace-temps élastique, qui déborde les codifications restrictives, façonne l'inexplicable dans les artefacts embryonnaires, trace des territoires à la mesure de sa quête visionnaire. Le calligramme exprime sa vastitude dans la luxuriance végétale et géométrique. Les diacritiques élargissent le champ de lexpression artistique au-delà des académismes convenus. La flexibilité des lettres permet des extensions infinies, génératrices dinconcevables sortilèges. Les règles fondamentales acquises, toutes les improvisations sont permises. Les mots se métamorphosent au gré de létincelle inspiratrice. Le carré dor sétoile de points de fuite. Le plein creuse son relief dans le vide. Le calame, antique instrument décriture, clef d’or de la clairvoyance anagogique, est doté de pouvoirs magiques. Il cadence le rythme et guide le mouvement comme baguette de sourcier. Il est avatar physique et souffle métaphysique, fibrille dermique et chandelle cosmique, investigation de lâme et illumination de lesprit. Le signe graphique englobe le sens et lessence. Le décryptable, pellicule superficielle, obstrue laccès aux profondeurs où se niche la lumière des lumières. La méditation gnostique recommande la contemplation des versets coraniques dans leur splendeur calligraphique, dans leur résonance cristalline, pour entrevoir limpénétrable. Lécriture-mère, table inamissible dinébranlables sagesses, se manifeste sur terre par des versets translucides et limpides.

 

 

Lalphabet nord-arabique, ultime héritier du syllabaire phénicien, synthèse des écritures sémitiques, se détache au cinquième siècle de ses matrices nabatéenne et sinaïtique, en concordance avec la poésie bédouine, qui lui procure son articulation consonantique, sa richesse euphonique, sa perfection sémantique. La révélation coranique, conçue comme prophétie des prophéties, donne à cette langue miraculeuse une aura thaumaturgique. Chaque signe est, dès lors, une apothéose allégorique, une nitescence adorative en connexion avec la source divine. La calligraphie monumentale, sculptée, gravée, ciselée, imprègne lurbanité fonctionnelle de transcendance subliminale. Les mosquées, les mausolées, les medersas, sornementent de cet art sémiotique comme des livres de pierre couvant leurs fastueuses bibliothèques. Les bois ciselés, les zelliges parementés, les plâtres sculptés, les tissus brodés inscrivent lintarissable dans le périssable. Le Coran, étymologiquement récitation, est une injonction à la lecture. La psalmodie transforme la déclamation en captivante vocalise. Le message théogonique, inimitable par définition dans sa formulation didactique et dans son idéalité poétique, sinitialise par limpératif denseigner lécriture, unique remède à lobscurantisme. La foi saccomplit et sépanouit dans lacquisition des savoirs, dans la lecture pénétrative et l’authentification dissertative. L’alchimie du calame et de lencrier, sources originelles de lintellect, revêtent, de ce fait, une magnitude anagogique qui dépasse sa fonction scripturale. Toute chose existante a été créée de la même encre primordiale. L’écriture sabsorbe de lessence première. Limpulsion calligraphique ressasse lacte créateur comme une réminiscence onirique. Limaginal se manifeste dans le virginal. La tropologie des lettres articule les arcanes de lindicible, dessine les contours de linaccessible, profile les mystères de lintransmissible. Le syllabaire, en intime correspondance avec les vingt-huit phases lunaires, séprouve et se médite dans sa trajectoire entre nadir et zénith. Les combinaisons numériques transmutent les quatre éléments, lair, leau, la terre et le feu, en arcanes cabalistiques. Se retrouvent dans les capsules talismaniques les concordances ésotériques. Tous les parcours, dans leurs latences et leurs pénitences, mènent à la lettre initiale, l« alef », axe focal de lunicité du créateur et de ses créations. L« alef » pour le soufisme sauto-crée et se recrée dans la spontanéité de sa complétude. Le « ba », miroir horizontal, reflète la phosphorescence azurine. La couleur bleue apparaît comme une réminiscence céleste. Verticalité et transversalité tissent indéfiniment leur toile incommensurable. La belle écriture ne se nomme-elle-pas en arabe « al khatt », le trait libérateur des pesanteurs terrestres, la ligne perceptible de linconnaissable ? Lexercice calligraphique, pérégrination spirituelle, est une ascèse comportementale, une purification mentale, une chorégraphie digitale. Le geste navigue entre terre et ciel. Les chants soufis se visualisent dans les courbures, les ligatures, les flexions et déflexions anaglyptiques. Un art charnel, sensoriel, sensuel, où la transmission des techniques ancestrales est une initiation spectrale. Le signe calligraphique trace les sillages du miracle des miracles, le périple ascensionnel sur un éclair, l’incursion dans l’indicible, le dévoilement de lincompréhensible, le discernement de lénigme capitale sans connaissance préalable.

 

Les monarques marocains comprennent, dès la première dynastie, le magnétisme de l’écriture, l’occulte influence de l’empreinte, l’intercession magique du calame dans la séduction des âmes. Au dixième siècle, l’idrisside Yahya IV s’entoure de scribes, de copistes, de calligraphes, d’enlumineurs, de relieurs, de savants, de philosophes, de poètes, s’encense de tous les connaissances profanes et religieuses. Le malékisme instaure en filigrane un rite consensualiste, combinaison latitudinaire de justesse exégétique, d’interprétation pragmatique et d’intellection critique. La bibliothèque de l’almoravide Youssef Ibn Tachfin s’enrichit des trésors livresques des rois omeyyades d’Andalousie et de leur diversité philosophique. Les thèses et les antithèses se confrontent dans le silence cryptographique. Les livres, joyaux des principautés et des royaumes, ponctuent les mystères historiques. Le livre en soi est un écrin sacré, un reliquaire consacré, un prodige nacré. L’almohade Abdelmoumen, constructeur de bibliothèques mémorables, conserve ses ouvrages thaumaturgiques dans des coffrets d’ébène, incrustés d’or et de pierres précieuses. La recherche des manuscrits rares s’engage comme une aventure hypothétique, emprunte des chemins amphigouriques, mobilise des relais énigmatiques. L’acquisition se vit comme une conquête extatique. Le souverain couve dans le livre sacramental la clef de son pouvoir metemporique. Les sultans se doivent d’être des érudits et des lettrés. Sans l’incitation du philosophe Ibn Tofail et le soutien de Yacoub al-Mansour, les grands commentaires d’Aristote par Ibn Rochd, n’auraient probablement jamais vu le jour. Al Mourtada inaugure la tradition, toujours en vigueur, des rois calligraphes sanctifiant leurs actions solennelles dans l’art de l’écriture. L’acte par son onction graphique se pérennise.

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 3 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

La bibliophilie devient sous les Mérinides, privés d’ascendance chérifienne, une philosophie d’existence. Le roi Abou Inan, fondateur de plusieurs universités mythiques, auquel Ibn Khaldoun dédie son encyclopédique Kitab al-Ibar et Ibn Bathouta sa mythique Rihla, voyage avec sa bibliothèque. La connaissance épargne mégardes et maladresses. L’omniprésence de l’intellect insuffle la sagesse. Le saadien Ahmed Al Mansour Dahbi étudie, annote et commente livres scientifiques et traités philosophiques. La calligraphie s’exécute sous son règne à l’encre d’or, se pare érubescences séraphines, s’humecte d’ambre et d’eau de roses, se parfume de santal et d’oliban. L’écriture aspire et respire toutes les essences de la beauté. En 1912, Moulay Hafid, contraint de signer le traité du Protectorat, s’empresse d’emmurer la bibliothèque royale dans son palais de Fès pour soutirer ses secrets talismaniques à la puissance colonisatrice. Le patrimoine miraculeux n’est redécouvert par hasard qu’après l’indépendance, un demi-siècle plus tard, à l’occasion de travaux de restauration.

Le Maroc a toujours été un pays de séditions tribales, de défense acharnée des particularités locales, des singularités culturelles, des historicités structurelles, un pays de belligérances récurrentes entre atavismes égalitaires et centralités autoritaires, entre transversalités délibératoires et verticalités discriminatoires. Un pays opiniâtrement diversitaire où les violences épuratoires se conjuguent avec les solidarités absolutoires. Les styles calligraphiques canoniques, personnalisés par les grandes monarchies, sont des sceaux de pouvoir, reproduits dans les actes officiels, qui signifient, selon leur lustre, le prestige des signataires. Le « maghribi » sest développé comme une affirmation dautonomie régionale, comme un défi au califat moyen-oriental. La culture mauresque sest dotée dune écriture distinctive pour construire sa civilisation symbiotique. Quand le saadien Moulay Zaydan est destitué en 1653 à Marrakech, il pense avant tout à sauvegarder son irremplaçable bibliothèque. Il confie quatre mille livres au vaisseau français de Jean-Philippe de Castellane, en amarrage à Safi, pour les mettre à l’abri à Agadir. Commence la plus hallucinante des confiscations culturelles. Le consul, las d’attendre sa rémunération, lève l’ancre avec le butin providentiel et se fait arraisonner, à son tour, au large de Salé, par des portugais sous domination espagnole. L’incroyable bibliothèque, déclarée bien inaliénable par la papauté, est toujours sous scellés à l’Escurial, après avoir été amputée par le funeste incendie de 1671. Moulay Zaydan et ses successeurs tentent en vain de récupérer le trésor des trésors. La perte est vécue comme une malédiction divine. L’emprise spirituelle se légitime par l’attache ontologique au Livre, la faculté perceptive des secrets démiurgiques. La gouvernance par la sacralité sémiotique se sacralise. L’image impériale par la beauté graphique s’immortalise. L’intronisation se phosphore de haute couture scripturale. Le ressort médiumnique de la calligraphie n’est-il pas justement la transfiguration de la parabole en symbole, du magistère en mystère, du vertige des pouvoirs en prestige des savoirs…

 

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Pour citer ce bémol

 


Mustapha Saha, « Mystères calligraphiques du Maroc  », illustrations par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 26 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/calligraphies.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 17:57

 

Article

 

 

Carnet de voyage II : 

 

le MUPANAH

 

(Musée du Panthéon National Haïtien)

 

Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

© Crédit photo : Statuette en silex par Maggy de Coster

 

 

 

© Crédit photo : Service à café décoratif en acajou verni par Maggy de Coster


 

© Crédits photos : de gauche à droite ; Deux appliques murales en fer martelé,

l’une au naturel et l’autre peinte par Maggy de Coster

Le MUPANAH (Musée du Panthéon National Haïtien)

© Crédit photo :  "Image-1 du MUPANAH" par Maggy de Coster

Le MUPANAH, (Musée du Panthéon National Haïtien) a été inauguré le 7 janvier 1983 et retrace l’histoire mouvementée de la République d’Haïti depuis la Période Indienne qui débuta avec les Ciboneys, une peuplade venue d’Amérique du nord, puis les Tainos, une branche des Arawaks descendant des Calibis de l’Amazonie, jusqu’à nos jours, en passant par la Période Espagnole avec la découverte de l’Ile par Christophe Colomb le 5 décembre 1492, la Période Esclavagiste, qui débuta en 1697 par le traité de Ryswick en vertu duquel l’Espagne céda à la France le tiers occidental de l’Ile, la Période révolutionnaire illustra le soulèvement des esclaves en août 1791 lors de la cérémonie du Bois-Caïman, la Période postrévolutionnaire, marquée par l’assassinat en 1806 du Père de l’Indépendance, Jean-Jacques Dessalines et la scission du pays : la République à l’Ouest présidée par Alexandre Pétion et la Royauté au Nord avec Henri Christophe. Le Président Boyer, entre 1822 et 1844 procéda non seulement à la réunification du pays mais de l’Ile toute entière (La République Dominicaine comprise) tandis que Le Second Empire avec Faustin 1er resplendit de 1849 à 1859.

 

© Crédit photo :  "Image-2 du MUPANAH" par Maggy de Coster

 

La Période contemporaine est marquée par le débarquement de l’armée américaine le 28 juillet 1915 qui y resta jusqu’en 1934. Le MUPANAH recèle aussi une collection d’œuvres d’art occupant la galerie d’exposition permanente, des objets d’art décoratif, des documents historiques, des pièces relevant des fouilles archéologiques, sans oublier le sarcophage où sont conservés les restes symboliques de Toussaint Louverture (de la terre de Fort-de-Joux) ainsi que la couronne de l’empire sertie de pierres précieuses.

 

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Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Carnet de voyage II : le MUPANAH (Musée du Panthéon National Haïtien) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 25 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/carnetdevoyage2.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm O-no2 Maggy De Coster
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 10:18

 

Article

 

 

Carnet de voyage

 

I

 

Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

HAÏTI, 12-19 juillet 2017

 

Ancienne colonie française, partageant l’Île d’Haïti avec la République Dominicaine, la République d’Haïti, a du mal à se relever malgré son illustre histoire qui lui a valu le titre de première République noire. Pays malheureux mais qui « En 1939, adopta un décret-loi octroyant la naturalisation haïtienne immédiate à tous les Juifs désireux de l’obtenir » (cf. « Avant que les ombres s’effacent », Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser éditeur, 296 p., 21€). Après la Seconde Guerre mondiale, lors de la création de la création Société des Nations (SDN), actuellement appelée Les Nations Unies, jadis, il manqua une voix à la France et c’est grâce à celle de son ancienne colonie, en l’occurrence Haïti, qu’elle obtint le quorum.

Depuis novembre 2016 le pays a un nouveau président, Jovenel Moïse, 49 ans qui remue beaucoup d’air, en sillonnant les villes et les faubourgs comme s’il était encore en campagne haranguant le peuple des heures durant. Quant aux parlementaires ils s’accordent le droit d’ingérence dans la vie ministérielle rien que pour placer les personnes de leur choix à des postes clés, le clientélisme étant un appendice de la vie politique haïtienne.

Les élus locaux sont plutôt au service de leur coterie que du peuple car dans ce pays le passe-droit, la corruption et l’impunité sont le fer de lance de l’appareil d’État. Certains endroits sont tellement oubliés que les résidents doivent miser sur la bonne foi ou le bon vouloir des élus pour obtenir ce qu’ils sont en droit d’attendre en tant que citoyens.

L’état est démissionnaire : les rues de la capitale sont des dépotoirs à ciel ouvert, car les détritus ne sont pas ramassés, les particuliers doivent payer une entreprise privée pour l’enlèvement des ordures ménagères s’ils ne veulent pas les déverser sur la voie publique comme le font certains officiels. Sauf aux abords du Palais National (NDLR, non encore reconstruit de puis le séisme du 7 janvier 2010) où le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), retraçant les différentes étapes de l’Histoire d’Haïti : le seul endroit digne d’intérêt dans Port-au-Prince où même les trottoirs sont occupés par des échoppes de fortune abritant des commerces de toutes sortes : ferraille, pièces détachées pour automobile et moto.

Quant à l’eau potable n’en parlons pas car on doit se fournir en eau minérale vendue dans les grandes surfaces ou se munir d’une fontaine d’eau distillée et pour se laver et pour la cuisson, on doit avoir un réservoir à pompe alimenté par un camion-citerne relevant d’un système privé de distribution d’eau et tout est à la charge des particuliers.

Quant à l’électricité chacun doit avoir son propre générateur sinon les plus mal lotis doivent se contenter d’une lampe tempête à pétrole. Les camionnettes de transport en commun, appelés tap-tap (onomatopée caractérisant le bruit du moteur), les bus colorés, chargés de marchandises, de bétail et d’humains circulent brinquebalant, hors du temps, à côté de grosses cylindrées, des véhicules tout terrain, un chassé-croisé dangereux dans les artères défoncées et congestionnées d’une capitale polluée, surpeuplée et au bord de l’asphyxie, où s’entassent des immondices et où les effluves des égouts sont susceptibles de vous porter à l’évanouissement.

L’insalubrité des rues est tellement criante que pour ne pas être malade et suffoqué par la chaleur on circule en voiture, les vitres fermées et le climatiseur en marche. Loin de la cohue de la nauséeuse capitale, dans les hauteurs des villes avoisinantes, à flanc de collines, sont juchées les demeures de caractère, les somptueuses villas des nantis, ceintes de hautes murailles, surmontées de barbelés et gardées par des molosses dont seuls l’aboiement réitérés peuvent vous faire penser qu’il y a âme qui vive.

Le coût de la vie grimpe de façon exponentielle alors que les salaires stagnent tout comme l’économie. Certains employés sont sous-payés et reçoivent leurs payes au bout de plusieurs mois de retard sans les arriérés. En revanche les locaux qui travaillent pour les compagnies et ONG internationales implantées en Haïti ont un revenu décent. Il y a quelques années de cela, un jeune coopérant français laissait entendre : « si j’étais payé par le gouvernement haïtien, je ne pourrais jamais manger de la viande ». Rien n’a changé depuis, bien au contraire. On ne peut même pas parler de revenu minimum. Le système D est de rigueur : on lutte pour la survie. Cela dit, on assiste de plus en plus à une paupérisation de la classe moyenne dont le pouvoir d’achat diminue considérablement. Elle s’endette pour ne pas se déclasser, donc elle vit au-dessus de ses moyens alors que la classe populaire croupit dans la misère. La gourde, la monnaie nationale, n’est qu’une monnaie de singe par rapport au dollar qui a droit de cité.

Pays essentiellement agricole, dit-on, Haïti vit essentiellement d’importation et les produits importés ne sont guère accessibles à la majorité vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Cela dit, les produits alimentaires, même les plus basiques en provenance d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et de France envahissent les rayons des supermarchés gérés par les géants de la grande distribution internationale alors que les produits locaux sont aux abonnés absents si l’on excepte la maigre place faite aux pâtisseries locales. Il n’y a que l’artisanat, l’art et la culture en général (bien que les salles de cinéma soient fermées par manque de courant électrique) qui occupent encore une grande place dans la vie haïtienne.

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Carnet de voyage I », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 24 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/carnetdevoyage1.html

 

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