14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 11:17

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

 

 

 

Regard sémiotique sur la peinture

 

 

 

intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

 

© Crédit photo : Portrait d’Ahmed Cherkaoui par Mustapha Saha,

peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm.

 

 

 

Contexte

 

Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain programme une exposition rétrospective pour décembre 2017, en hommage à Ahmed Cherkaoui à l’occasion du cinquantenaire anniversaire de son éclipse de ce monde. Je consacre à l’immortelle figure de proue de la peinture marocaine et planétaire un portrait, peinture sur toile grand format, et une analyse des ressorts esthétiques et des radicules philosophiques de son œuvre fondatrice.

 


***

 

 

Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 


 

 

 

En 1967, le peintre Ahmed Cherkaoui est terrassé par une maudite infection à l’âge de trente-deux ans. Foudroyé par le feu de la création comme s’il n’est passé sur terre que pour imprimer son message. « L’Ange bleu » s’exécute en présage. Un demi-siècle plus tard, sa peinture trace toujours son sillage. Formé dès l’enfance aux arts calligraphiques et, par atavisme, au soufisme, il perçoit lui-même sa vocation artistique comme une impérative prédestination. Il conçoit, pendant son expatriation parisienne, sa trajectoire comme mise à nu des modélisations acquises, récusation des facilités exquises, exploration d’impénétrables territoires. Il ressent d’emblée son embrasement visionnaire comme une révélation.

 

L’œuvre accomplie dans l’urgence de l’éternité fugitive, dans la fébrilité des fulgurances intuitives, dans l’intensité d’une vie pressentie transitive, n’est ni abstraite, ni ancienne, ni moderne. Il s’agit, bien au contraire, d’une œuvre-univers, perpétuant, dans sa symbolique transcendante, le signe de l’esprit et l’esprit du signe, puisant sa sève dans des racines incorruptibles pour féconder des frondaisons sans cesse reconvertibles. L’artiste hérite à la naissance de la mystique interrogative sur les mystères de l’existence, du serment prophétique de la connaissance, du calligramme énigmatique de la prescience. Les premières compositions, captations des glyphes séculaires, déclinées comme antiques papyrus, déroulent les fluctuations existentielles, les incertitudes torrentielles, les vacillations essentielles.

 

Le jeune artiste acquiert les règles classiques de la plastique occidentale, les titres de noblesse universitaire, la reconnaissance des galeries internationales. Il se détourne ex abrupto des chemins balisés, des écoles labellisées, des gratifications caramélisées. Sa terre natale regorge d’indices indécryptables, de permanences indatables, de rémanences transmutables.

L’ambitieuse recherche s’attaque d’emblée à l’inconnaissable du connaissable, l’invisible du visible, l’indiscernable du perceptible. Se prospecte l’interaction secrète entre techniques magiques et magie de l’art. Le travail en profondeur sur surfaces réduites traque les fissures, les invisibilités tangentes, les échappatoires indétectables. Les tentatives de pénétration des références héréditaires, cuirassées dans leur récursivité close, glissent aussitôt dans l’imprévisible. Les formes extensibles se recombinent avec malice. Le jeu des miroirs démultiplie les points de fuite. L’amplification de l’infinitésimal bute sur l’inexprimable. Les brèches à peine suggérées se cimentent. L’intelligibilité se fragmente. La stylistique se façonne dans l’hybridation symbolique.


 

Aux commencements le tatouage, l’empreinte indélébile dans la chair, le patrimoine mnésique cessible dans la matrice inaliénable, les secrets concessibles dans leur hermétisme inviolable, les rites de passage transmissibles dans l’initiatique oralité. Cette peinture explicitement talismanique exprime avec ferveur la recherche ontologique, l’aimantation mythologique, l’ivresse argomautique. La palette saisit les couleurs ésotériques dans leur incarnation première, les figures allégoriques dans leur structure archétypale, les jonctions nodales dans leur vibration suspensive, les projections focales dans leur rupture évasive. La toile de jute, étoffe électrisable, fibre métamorphosable, absorbe sur le vif les visualisations extatiques, les télesthésies fantastiques, les imprégnations thaumaturgiques.

 

L’arborescence intemporelle, convulsée d’étincelles perceptives, d’illuminations substantives, traverse, sans altération, les tourbillons de l’histoire. La chromatique se pigmente de quintessence minérale, s’insuffle d’essence sidérale, s’infuse de conscience intégrale. Processus alchimique par excellence. L’architecture se tisse dans la texture. L’ardeur créative se canalise. Le concept se matérialise. Le substrat se spiritualise. La cosmogonie se tresse dans une clairvoyance inédite. Un vision tremblante, ondoyante, fluctuante de l’ovalité génératrice, définitivement rebelle aux pétrifications tétanisantes. Les talismans et les miroirs s’élaborent, dans la frénésie votive, en séries bijectives. « Le couronnement », acquisition française grâce au ministre de la culture André Malraux, allégorie sibylline d’une annonce messianique, consacre l’incandescence spirituelle dans ses flamboyances polychromes transperçant les pesanteurs de la matière.


 

Le pinceau trempé dans la cendre remue rageusement la boîte à Pandore, démaquille les démons lustrés d’or, démantèle les remparts et les miradors. Les toiles se baptisent de titres conjuratoires. S’interpellent dans la fureur graphique les fauteurs de malheur. « Le Mont des oliviers », branches décharnées, verdure noyée dans des mauves crépusculaires, sonne a postériori comme un cri prémonitoire contre une guerre génocidaire. Les candélabres de la fraternité se transforment en fourches caudines. Les tempêtes assourdies s’agglutinent en laves refroidies. Se décomposent et se recomposent des morphologies terreuses dans les cicatrices charbonneuses. S’amoncellent pupilles ballonnées dans leur impuissance scrutatrice. Le retour à l’argile purgative s’impose comme un appel au phénix rédempteur.

 

Les psalmodiques résonances du Dîwân d’Al-Hallaj tempèrent les cafardeuses dissonances. S’infiltrent lueurs multicolores dans l’opacité déprimante. S’exorcisent sur fonds sombres les malédictions objectales, les damnations sacerdotales, les compromissions fatales. Isis s’invoque comme bienfaisante pythonisse. Surgissent les trois mâts de la sagesse sur barque solaire. La coque terrestre se fait tour à tour comète tourbillonnante, graine germinante, vulve foisonnante. La tissure se déleste de ses tracés obscurs. Au-delà des géographies restrictives, l’elliptique représentation de théogonies lointaines ouvre le champ référentiel sur des analogies souterraines. L’œuf primordial s’entoure de blancheur sensitive, spectre énergétique d’inébranlable lumière. Le poisson cosmique, dans sa sacralité procréatrice, veille sur l’immuable écriture. La flèche divinatoire indique l’introuvable grimoire. Ne demeurent de la sphère purificatoire qu’arcures évocatoires, trigones sacrificatoires, reliquaires absolutoires. La spirale astrale aspire le regard au-delà du miroir, un miroir trinitaire revoyant l’affect à l’intellect et l’intellect au précepte indécodable. L’émotion esthétique bascule dans la contemplation métaphysique.

© MS

Ce texte est aussi classé dans "Muses au masculin"

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha (article & illustration), « Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 14 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/peinture-cherkaoui.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 10:15

 

 

N °7 | Dossier mineur | Textes poétiques

Avant-première

 

 

 

Trouville en hiver

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

Illustration par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 


 

© Crédit photo : Mustapha Saha, été 2017 à Trouville-sur-mer par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs

Le dandy sans loisirs rumine ses déboires

La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs

Le serveur sous cape brocarde les pourboires

 

 

Traîne sa nostalgie la belle ridicule

Son écharpe l'étrangle son manteau l'étouffe

Les amours lointaines perdent leurs molécules

Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

 

Trottine sur les quais vaillante centenaire

Brillent dans son regard des cristaux de jouvence

Secoue fourrure au loup l'indolent partenaire

Arrosent saphistes leur fraîche connivence

 

 

Mélusine à l'écart s'amuse du spectacle

Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire

Le dernier estivant quitte son réceptacle

Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

 

Le marinier sans fret défrise ses bacchantes

Rouillent les chalutiers sommeille l'estuaire

Rodent les korrigans dans la cité vacante

Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

 

 

Savignac sur planches souffle ses particules

La coquette écrase son fou-rire sous robe

Mâtine mouette s’embrume au crépuscule

La magie s’estompe le dessin se dérobe

 

 

Marguerite Duras hante la promenade

Dissout grise écume ses pages soupirantes

Loin des Roches noires s’émiettent ses monades

Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

 

La côte sauvage sous lanterne impalpable

Déroule sa légende ancestrale et précaire

Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable

Mimir décapité dans linceul de calcaire

 

 

La mer de main d’artiste affine ses sculptures

Creuse dans la pierre son fascinant discours

Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture

Grondent dans l’abysse leur appel au secours

 

Les spectres paradent dans la brume marine

Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes

Trépassent cormorans gavés de muscarine

Démon désincarné disperse ses atomes

 

 

Le rivage au couchant dévoile ses dédales

Lézardes gauloises sur stigmates romaines

Cicatrices vikings sur brèches féodales

Empreintes fossiles d'énergies surhumaines

 

 

Le chêne souverain gardien des destinées

Préserve fleurs de gui de froidure létale

Le saule mignote colombe couronnée

La baie récupère sa virginité natale

 

 

Limpide cascade couve son territoire

Chante sa louange dans l'oreille du barde

Entre clams et clovisses ruisselle son histoire

Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

 

 

Cascatelle tarie sous rayon de lumière

Profile sur paroi figure du messie

Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière

Gratifie l'Apollon de sa fleur de cassie

 

 

Pleure Sainte Vierge dans chapelle d'ophite

Nerthus Terra Mater morte sur son autel

Perpétue l'ordalie griffure sur graphite

Disparaît bergère s'égare son cheptel

 

 

Regarde chouette rescapée d’un couvent

Le grand large engloutir son obscure aventure

Dresse sa crinière dans le sable et le vent

Le lion des fables dévoreur d’écritures

 

 

Frigg d'aiguille d'argent tricote ses stratus

La tempête ébranle l'antique citadelle

S'écroule dans la foudre le grand eucalyptus

Villa Montebello protège ses chandelles

 

 

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste

La galerne exalte son parfum baptismal

Le fauve immobile sous fracassants résiste

Lila crinière au vent cravache l'animal

 

 

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins

La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne

L’infernal Ratatosk saccage les festins

Nidhögg crache son feu sur maudite madone

 

 

Odin sur promontoire observe l'hécatombe

Les berzerks en furie les drakkars en naufrage

Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe

Le trésor disparaît surnage son coffrage

 

 

Couve son mystère la crypte millénaire

Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite

Le savant s’intrigue du message lunaire

Érato s’invite dans l’enceinte interdite

 

 

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles

Triangles spirales nœuds tresses circulaires

Figures mouvantes sublimes paraboles

L'ivresse s'amplifie sous rayons spéculaires

 

 

Les lacis sur silex content les temps divins

La danse des nymphes les agapes florales

Le banquet des druides la ronde des devins

Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

 

 

Taranis en fanfare surgit du fond des âges

Libelle à coups d'éclairs l'énigmatique augure

La bourrasque exauce son merveilleux présage

En jardin d'agates l'écueil se transfigure

 

 

S'élèvent crescendo carnyx et castagnettes

Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales

Morgane s'enflamme sous nuée de guignettes

Libane à contre-sens chevauche sa bubale

 

 

Rosmerta déverse sa corne d'abondance

Morrigan propage la nitescence astrale

Sirona ranime son fanal en concordance

Épona préside ripaille et bacchanale

 

 

Dionysos agite en dansant sa bannière

Dana sous le charme desserre sa tenaille

Le roi fou gouverne l'ours brûle sa tanière

Les gueux s'étoffent d'or la reine s'encanaille

 

 

Le rhapsode en transe qu'allégresse ensorcelle

S'arrache en cadence mantelure et plumage

Quel mystère anime sa secrète étincelle

L'étoile polaire le réincarne en mage

 

 

S’abat grosse averse sur cirque des idoles

Revêche corneille délaisse sa couveuse

Sirène d’Andersen enfourche sa gondole

Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse

 

Ici mère nature invente l’insondable

Ici naît le mythe dans la source profonde

Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable

Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

 

© MS

 

 

Le sociologue et poète Mustapha Saha passe l’été à Trouville-sur-mer, son habituelle retraite d’écriture, station balnéaire atypique à laquelle il va consacrer un livre, qui reconstitue son histoire artistique et littéraire. Cette ville a été une source d’inspiration pour les écrivains Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, André Gide, Louis Aragon, Marguerite Duras… et pour les artistes Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Fernand Léger, André Hambourg…, et d’autres encore. Le poème en alexandrins « Trouville en hiver » ouvre l’ouvrage en préparation.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Mustapha Saha, « Trouville en hiver », illustration par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster , mis en ligne le 8 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/trouville.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:13

 

Travestissements poétiques

 

 

 

La Muse chansonnière

 

 

 

 

François-Marie Robert-Dutertre

Notice de la Bibliothèque nationale de France
 

 

© Crédit photo : Portrait de François-Marie Robert-Dutertre,

capture d'image du livre cité ci-dessous (tombé dans le domaine public) par LPpdm

 

 

 

[Page réelle 9/page PDF 38]

 

On me voit, courant les pieds nus,

Rire avec les premiers venus ;

Dautres fois en mules de soie

Aux palais japporte la joie ;

Car du même pas empressé

Je visite hôtel et chaumière ;

Je suis la muse Chansonnière

Au jupon un peu retroussé.


 

Je ne porte point le peplum

Et ne connais pour labarum

Que lécharpe que je déplie

Sur les grelots de la folie.

Satyrique avec les heureux,

Je me fais modeste et gentille,

Et surtout toujours bonne fille,

Avec les couples amoureux.

 

[Page réelle 10/page PDF 39]

 

Je dois, en fille de Bacchus,

Préférer le vin aux écus ;

Mais je rougis du vieux Silène

Lorsquil s’enivre à perdre haleine.

Jaime toujours aux gais repas

Que lesprit gaulois étincelle,

Et je veux quHébé, toujours belle,

Ne montre quun peu ses appas.


 

Pour être propice aux amants,

Jaide à leurs doux épanchements,

Et quand je tiens en main ma lyre,

Cest le bonheur, cest un délire ;

Mais sil arrive un mauvais cas,

Si la vertu chancelle et glisse,

Là je ne suis jamais complice,

Car je suis lorsquon parle bas.


 

 

Je trône au milieu de Paris ;

La gloire, les jeux et les ris,

La vieille sagesse endormie

Composent mon académie.

Latticisme et le goût nouveau

Sont la règle de tous mes rites,

Et jai des bardes émérites

Parmi les membres du Caveau.


 

 

[Page réelle 11/Page 40 PDF]

 

Par strophes, tercets ou quatrains

Jinspire les joyeux refrains ;

À ma voix la foule accourue,

Aime à me suivre dans la rue.

Tout écho répond à mon luth,

Quoique je sois un peu païenne,

Et la grande âme plébéienne

Avec moi risque son salut.

 


 

Si je vois un peuple en danger,

Avec lui, contre létranger,

Héroïne ardente, enflammée,

Je vaux souvent toute une armée ;

Et lorsque lon marche au combat

Aux accents de la Marseillaise,

On dirait quen une fournaise

Jai trempé lâme du soldat.

 


 

Si je vous raille, ô souvenirs !

Passez-moi mes petits refrains ;

Point de gardes prétoriennes

Pour mes chansons voltairiennes,

Car nul régicide ici-bas

Je ne connais et je ne hante ;

Avec moi toujours la voix chante

Et lesprit ne conspire pas.

 

 

***

 

Commentaire : Le poète se travestit dans ce poème en figure féminine mythique censée être la compagne des trouvères qui n'est que la Muse. Mais laquelle ? S'agit-il de la danseuse-chanteuse Terpsichore, de la magnifique Érato, de la majestueuse Melpomène ou encore de la délicieuse Euterpe (charmante) ? Difficile d'y répondre malgré le portrait poétique esquissé par le poète-trouvère/chansonnier qui suggère Melpomène ou Euterpe qui sont liées au dieu Dionysos (cité sous son nom romain Bacchus dans le poème). On penche plutôt pour l'héritage théâtrale (au moins) dès le XVIIIe siècle de la figure de la "Muse chansonnière" (par exemple la pièce en un acte La Barrière du Parnasse ou La Muse Chansonnière de Favart). En tous les cas, ce travestissement identitaire en chansonnière est un jeu avec le « Je » qui permet au poète de se transformer en stéréotype féminin puissant, en une Muse célébrant la liberté d'être une créatrice féerique et inspiratrice. La figure de "La Muse Chansonnière" est également une métaphore de la Poésie (qui signifie en grec la création)  qui s'empare un jour du poète puis le hante parfois perpétuellement pour devenir son unique identité.

 

Référence bibliographique : ce poème a été transcrit, remanié et commenté par D. Sahyouni du recueil de François-Marie Robert-Dutertre, Loisirs lyriques, poésies, romances, chants, chansons et chansonnettes..., avec une introduction par Émile de la Bédollière, Paris, C. Vanier Libraire-éditeur, La Haye Librairie nationale et étrangère de Bélinfante Frères, 1866, « La Muse chansonnière », pp. 9-11.
 

 

Cette nouvelle zone (ou rubrique) a été créée par D. Sahyouni le 11 août 2017 pour célébrer les formes différentes du travestissement des poètes, n'hésitez pas de l'enrichir par vos textes.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

François-Marie Robert-Dutertre, « La Muse chansonnière », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 8 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/musechansonniere.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 07:57

 

 

Revue des éditrices & éditeurs en poésie | Compte rendu

 

 

 

L'Ange et les Pervers de Lucie Delarue-Mardrus,

 

 

Édition critique établie par Nelly Sanchez,

 

 

Classiques Garnier, N°258, 210 p., 25 €

 

 

 

 

Nelly Sanchez

 

 

© Crédit photo : 1ère de couverture illustrée aux éditions Classiques Garnier

 

 

 

Publié en 1930 puis en 1934, L'Ange et les Pervers occupe à plus d'un titre une place particulière dans la carrière littéraire de Lucie Delarue-Mardrus. Sa construction narrative, le style employé, laisse penser qu'il s'agit d'un roman à quatre mains. D'autre part, il est le premier roman à clefs de l'auteure, inaugurant ainsi une série d'écrits autobiographiques, laquelle s'achève en 1938 avec Mes Mémoires. Dans le Paris des Années folles, l'auteure refait vivre des personnalités de la Belle Époque comme Natalie Clifford Barney. Chaque fois que cela a été possible, nous avons établi une corrélation entre réalité et fiction, mettant à jour certaines constructions de personnage.
 
Il est surtout le premier écrit où Lucie Delarue-Mardrus évoque son orientation sexuelle et tâche de la justifier. Le protagoniste, Marion Hervin de Valdeclare, est un hermaphrodite, qui mène une double vie. Suivant qu'il est Miss Hervin ou Mario de Valdeclare, il fréquente les sphères gays ou lesbiennes de la Capitale, le monde du théâtre. La bisexuation du personnage, particularité biologique, est à considérer comme la métaphore du caractère inné de l'homosexualité de l'auteure. Comme le protagoniste, celle-ci ne fait, en définitive, que suivre sa nature.
 
Au-delà de l'intérêt biographique, Lucie Delarue-Mardrus développe dans L'Ange et les Pervers sa conception de la féminité, adoptant une démarche qualifiée plus tard de constructiviste. Pour elle, point d’essence féminine, tout n’est qu’apprentissage forcé de comportements socialement attendus d’une femme. L’Ange et les Pervers semble dès lors porter en germe tous les éléments qui conduiront Simone de Beauvoir à écrire, en 1941, Le Deuxième sexe
 
Table des matières : https://www.classiques-garnier.com/editions-tabmats/StfMS265_tabmat.pdf
 
Pour commander ce livre chez l'éditeur :
 
L'Ange et les Pervers de Lucie Delarue-Mardrus, Édition critique établie par Nelly Sanchez, STFM n°258, édité par Classiques Garnier. N°258, 210 p., 11,5 x 17,4 cm Broché, ISBN 978-2-86503-307-2, 25 €
 

***

 

Pour citer ce texte


Nelly Sanchez, « L'Ange et les Pervers de Lucie Delarue-Mardrus, Édition critique établie par Nelly Sanchez, Classiques Garnier, N°258, 210 p., 25 € », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 28 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/ange-pervers.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 16:01

 

 

Muses au Masculin | Essai ou manifeste

 

 

Avant-première

 

 

Manifeste culturel des temps numériques

 

 

Mustapha Saha

 

 

Illustration par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha lisant à Trouville, été 2017 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Rien de plus intemporel que la culture, cette substance de l’intelligence créative, qui donne un sens à l’existence, ce moteur d’échange et d’épanouissement intellectuel, qui fonde l’intérêt commun, cette mémoire incorruptible des savoirs et des connaissances, qui perpétue l’expérience humaine. C’est la culture, et essentiellement la culture, qui, par ses apports au monde, fait la grandeur des civilisations. Le génie des langues s’irrigue partout de finesses syntaxiques, de nuances lexicales, de subtilités sémantiques, qui fleurissent dans les poésies subversives. Il n’est pas de société qui ait survécu aux puissances de la destruction sans résistance culturelle. Il n’est d’autre salut à l’humanité que l’art et la poésie.

 

Avec la Révolution numérique, la pluralité culturelle se propage jusqu’aux confins inaccessibles. Les patrimoines se partagent dans la transparence inamissible. La transversalité supplante sans rémission l’horizontalité désuète. Le vieux monde s’écroule avec pertes et fracas. Ses rouages de pouvoir tournent à vide. La culture se démocratise aux marges des officines manipulatrices et des institutions officielles. Le droit à la culture se réalise enfin par effraction technologique sur supports incontrôlables et dédales irrachetables. Les technologies de pointe sont à la portée de chacun. Les réseaux mondiaux déroulent leur maillage à l’infini. La connexion du savoir-faire et du faire-savoir s’autonomise. Les vieux clivages entre culture d’élite et culture de masse sont frappés d’obsolescence. Les marketings politiques et les politiques commerciales ont beau multiplier les récupérations propagandistes et publicitaires, ils n’attrapent que la queue de la comète.

 

La création contemporaine n’a plus besoin de reconnaissance académique pour sortir de l’ombre. Le centre se décentre. Les élites se délitent. L’effervescence créative explose aux périphéries, dans les banlieues lointaines et les cités vilaines. Les avant-gardes d’aujourd’hui hantent les friches industrielles et les surfaces vectorielles. Les nouvelles expressions urbaines débordent les conventions limitatives. Les œuvres novatrices germent et se fécondent dans les caves obscures, empruntent des traverses ingérables sans facture, éclatent au grand jour sous bénédiction de Mercure. La pollution politique sur tablettes s’écure. Le proche et le lointain, le notoire et le clandestin se rejoignent en temps réel sur la toile incommensurable.

 

À l’heure de la mondialisation définitive, où les économies mondiales se tricotent et se détricotent au gré des spéculations boursières, la culture demeure la seule valeur sûre. La culture se renouvelle et se fertilise dans le brassage et l’inéluctable métissage. Le diversalisme en devenir est cosmopolite. La culture incarne désormais la fraternité sans tutelle et sans frontières. Le grand art descend partout dans la rue, sans coupe-file et sans préavis. Les révolutions futures seront culturelles ou ne seront pas.

 

Ce texte paraîtra au numéro spécial 2017

 

 

***

 

Pour citer ce texte

 


Mustapha Saha, « Manifeste culturel des temps numériques », illustration par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 26 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/manifeste.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

Bienvenue !

 

L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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