1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 12:14

 

Calendrier poétique | Agenda poétique | Événements poétiques

 

 

 

Blessure

 

 

Dina Sahyouni

 

 

Quelque chose brûle en moi,

S’enflamme et dévore l’espoir,

Assèche mes lacs, rivières et sources,

Plus de ressource.. dérobades..

Elle pulvérise le silence

Enfui dans l’âme flétrie

Qui flâne dans les non-dits

Mais elle demeure assujettie

Aux traumas.



 

Le corps ne porte plus

Que les sévices de leurs violences

Verbale, corporelle et gestuelle.

Être une femme,

Que l’on blâme,

Une plaie béante

Rendue palpable

Par l’inavouable

Et la magie des étreintes

De tous les sens intenses

Insensés pourtant

Du surplus narratif de tout

Ce qu’elle ne dit pas...*

 

 

* Ce poème est reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure de Murmures, 2010.

 

Poésie militante

 

***

 

Pour citer ce poème féministe & militant

 

Dina Sahyouni, « Blessure », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : « Le calendrier 2018 des poèmes pour lutter contre les violences faites aux femmes, enfants & minorités », mis en ligne le 1er novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/calendrier2018/1blessure

 

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 11:12

 

Distinctions 2017 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

Présentation du recueil

 

 

Femmes du monde entier contre les violences

 

 

(récits-poèmes)

 

 

 

 

Annpôl Kassis

 

 

 

Biographie

 

Linguiste-didacticienne, Annpôl Kassis, a enseigné le FLE puis la didactique des langues à l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle, ainsi que Le Renouveau du conte en France depuis le 19ème siècle à New York University in France, ses ports d’attache. À travers des missions et actions sociales auprès du Ministère des Affaires Sociales elle a toujours œuvré pour la redéfinition et le respect des droits de la personne et a lutté pour l’élimination des violences intrafamiliales et en faveur d’une éducation et de soins sans violence…. Un long chemin à travers le monde et des mondes… pas terminé… Depuis 2005, elle est Journaliste, critique littéraire à diverses revues d’arts et littérature, et d’histoire (Le Manoir des Poètes, l’Agora-Sté des poètes français, Inverses… entre autres). Elle est également traductrice historienne bilingue anglais>< français.

 

Œuvres

 

  • Déjà parus

L’UneS-poèmes, éditions le Huchet d’or (2017)

Femmes du monde entier contre la violence (poèmes-actions, Yvelineditions, 2016 (réédition complétée de Femmes du Monde Entier, récits-poèmes, Yvelineditions, 2004 épuisé)

Les disparues de l'Amphitrite, récit historique, éditions de Janus- 2010 Grand Prix de la Mer-ADELF 2011, épuisé, réédité en février 2015 Les inconnues de l’Amphitrite : (auto-publication)

Arthur, roi de l’Union (drame lyrique, Édilivre Juin 2014)

Lumière et Poésie chez Nicolas Dieterlé (essai, éditions du Cygne 2011)

Les Contes en retour (coll.) éditions PUF Blaise Pascal St-Étienne, 2009

Lila et Robinson (conte de voyage, Leprince éditions 1995)

La poésie, éditions Clé international, 1993

 

  • Traductions

 

  • en français

Le foyer de Charles Dickens pour les filles perdues (traduction/adaptation de l’anglais : Jenny Hartley : Dickens and the House of fallen women ; Methuen 2010, Paris Édilivre 2014)

Correspondance Berta von Stuttner- Alfred Nobel (traduction de l’anglais) éd. Turquoise 2015

  • en anglais :

Ghislaine Renard : Que serions- nous sans émotion ? What of us if we were emotionless (Edilivre 2015)

Oscar Hernandez : Vivre en harmonie dans la conscience d’Être : Living in Harmony in the Consciouness of Being (The Book Edition 2016), une bonne traduction d’un fond à revoir…

Diverses traductions anglais/français ou français/anglais pour les éditions Tambao

  • Et aussi :

Collaboratrice-rédactrice à diverses revues et publications d’associations humanitaires dont : 2010- 2012 : l’Association Primo Levi ;

2012-1014 : La Fondation Scelles (rédactrice-traductrice français>< anglais de Rapport Mondial sur l’exploitation sexuelle, 2013 et 2014)

Présidente fondatrice de l'association "La Pierre et l'Oiseau, les amis de Nicolas Dieterlé"

Présidente de l’association CompoS Sui : Compagnie de Théâtre et actions sociales : Création du spectacle « Voies de FaitS, Voix de Femmes », d’après le recueil paru en 2016, contre les violences faites aux femmes.

Chargée de Publications de La société des Amis de Dickens France/l’International Dickens’s fellowship-London/ Boulogne sur mer.

Contact : https://annpolkassis.worldpress.com

 

 

 

 

Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes)

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Le visuel du spectacle qui a été tiré de cette œuvre par la compagnie Compos Sui pour la journée du 8 mars 2017 et pour le Festival Populaire de la Poésie Nue mai 2017,

image fournie par Annpôl Kassis

 

 

 

Ces poèmes n’ont d’autre objet que de marquer l’engagement de l’auteure tout au long de sa vie vis-à-vis des femmes, de toutes les femmes sans aucune différence, car toutes les femmes portent sur leurs épaules le fardeau des erreurs humaines et bien trop de douleurs injustes et injustifiées.

Je n’ai rien inventé, j’ai observé, entendu et même si parfois je ne comprenais pas, j’ai toujours réagi et agi contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Vivre c’est accepter sans se résigner ; c’est contribuer sans bousculer ni heurter et je continuerai à soulager modestement mais avec tout mon être celles, fourvoyées sur le sentier sans issue des orages, qui ont oublié les beautés de l’arc-en-ciel. Ainsi donc tous mes poèmes-actions dénoncent des faits réels, relevés au hasard de ces « brèves » quotidiennes de pages des journaux – reflets des sociétés.

Simples ou passionnés, ils suivent le long chemin de mes engagements fondamentaux : refuser les violences et les mensonges dits « historiques, religieux, traditionnels », qui veulent embellir sous quelque masque les conquêtes meurtrières, les agissements dominateurs et destructeurs de ceux qui en niant la moitié de l’humanité et dégradent l’humanité toute entière. Les violences sont inacceptables en général et mille fois plus envers les femmes, parce que femmes, et autant envers les enfants, et surtout envers les personnes les plus vulnérables, souvent porteuses de handicap ou simplement âgées ou encore trop jeunes pour… Pour vivre ? Pour s’épanouir en toute liberté. L’action de mes poèmes dans une solidarité huma-féministe de crier et agir notre refus tête haute: Non, c’est Non, c’est Tout. Pour toutes

 

 

voir aussi : Maggy de Coster, « Annpôl Kassis, L’UneS, Le Huchet d’Or, 2017, 58 p., format 21 x 14,8 cm, 9 € »)

 

 

Ce recueil a été récompensé par

Le Premier Prix international de poésie 2017

de l'Académie Claudine de Tencin

 

***

 

Pour citer ce texte


Annpôl Kassis, « Présentation du recueil Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Distinctions 2017 « Prix poétiques de la SIÉFÉGP », mis en ligne le 31 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/distinctions-kassis.html

 

 

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:16

 

 

Dossier 2 | Florilège de textes poétiques

 

 

Poésie militante 

 

 

 

Femmes !

 

 

 

&

 

 

 

Les cris d'une rebelle

 

 

 

 

Mokhtar El Amraoui

 

 

Femmes !

 

 

 

L'impossible ne peut être femmes !

Nous aurons toujours la taille de nos rêves !

 

Nous rejoindrons, de notre florale impatience,

Dans la lumière de nos espérances,

Le suc flamboyant des étoiles

Et le rire assourdissant des dansantes comètes !

 

 

Nos fièvres habillées des houles des naissances

Nous offriront, comme toujours, tout ce temps

Pour tisser, dans nos profondeurs ailées,

Tous ces fruits volants de l’amour

Qui naissent et s’abritent au creux de nos reins,

En amples saisons tracées au miel des matins,

S’élevant des caresses de nos mains !

 

 

Femmes !

 

Flammes d’amour et de paix !

Écrites par tous les éléments,

Nous réchauffons, de nos racines,

Toutes ces tiges d'or qui poussent

Couronnées, dans la mousse de nos rêves,

Par les ascendantes douces gerbes ailées de notre sève !

 

Femmes !

Le possible est aussi femmes !

 

 

***

 

 

Les cris d'une rebelle

 

 

 

 

Hé toi, infâme, qui te crois roi de la femme, ta proie !

Je te dis qu’aujourd’hui je me libère de ta terreur !

Je sors de ta geôle d’horreurs,

Pour revendiquer mes droits !

Je n’ai plus peur de tes horreurs d’empoisonneur

Ni de tes diktats d’emprisonneur !

Je sors arracher ma part légitime de bonheur !

J’ai décidé de mettre fin à tous mes malheurs !

À partir d’aujourd’hui, je ne veux plus ressentir de frayeur !

J’accoucherai, libre, de toutes mes futures heures

Tout en splendeurs, malgré toi, tyrannique protecteur,

Bien loin de la lourdeur de mes silences en pleurs,

De mes souffrances et interminables douleurs !

Aujourd’hui, c’est la grande heure !

J’ai rendez-vous avec mes ailes !

J’ai décidé de sortir du tunnel !

Je vais manifester, en tout zèle,

Pour te dire que je ne serai jamais ta petite bonniche toute belle

Ni ton caniche, ni ta potiche poubelle !

Pour mon statut de femme libre, je serai à jamais rebelle !

Aujourd’hui, je te confie, petit roi, toutes mes heures

Impayées de nettoyage, de cuisine et de vaisselle !

Tu vas le voir, toi le fort, ce n’est que du sport, rien que du pur bonheur !

Aujourd’hui, je ne veux plus être ton balai, chère idole,

Ni ta serpillière, ni ta gardienne de casseroles !

J’ai décidé d’ôter, à jamais, de ma vie, cette sinistre camisole !

Aujourd’hui, je descends dans la rue, pour casser tous ces vieux rôles,

Pour crier mon droit à l’égalité, au respect et à la parole !

Tu peux te rire de moi, me trouver bien drôle,

Me traiter de folle ou de frivole

Mais c’est décidé ! Pour mes droits, aujourd’hui,

De cette horrible cage, je m’envole !

Si jamais tu changes d’avis

Et acceptes de vivre avec moi, sans ton mépris,

Viens, alors, à mes côtés et hissons ensemble cette banderole

Sur laquelle il est écrit "Liberté, parité et dignité !''

 

 

Ces deux poèmes sont extraits du manuscrit Le souffle des ressacs de © Mokhtar El Amraoui.

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes féministes 

 

Mokhtar El Amraoui, « Femmes ! » & « Les cris d'une rebelle », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°8 Supplément sur « La maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/

2017/8/rebelle.html
 

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 8 Poésie engagée Poésies féministes
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 10:15

 

Femmes, poésie & musique

 

 

Pour la Journée Internationale des droits des  femmes

 

 

Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

La chanson « Adèle » interprétée par Patricia Kaas s'adresse à toutes les femmes parce qu'elle éclaire la condition féminine dans la société contemporaine et au sein de la cellule familiale en mettant surtout l'accent sur l'importance de la solidarité entre les femmes en tant que consœurs vouées à s’entraider en transmettant de génération en génération leurs savoirs sur « Ce que c'est être femme » et « Ce que réserve la société à l'être féminin ».

La chanson traite de la difficulté de la vie amoureuse et sociale des femmes de nos jours. Cette difficulté relève souvent d'un héritage commun aux femmes et s'exprime dans un combat quotidien pour demeurer à la fois libre, forte, épanouie et amoureuse.

Faire face aux obstacles tout au long de sa vie est en effet le propre de l'être assigné "femme" dans un monde hostile à la liberté et à la parité réelles entre les sexes. La chanson valorise ainsi la nécessité de la transmission des savoirs féminins sur soi-même et sur le monde dans une démarche constructiviste et féministe entre les femmes dans par exemple les couplets suivants :

 

Allons marcher Adèle

Je te dirai ce que les femmes

Vivent depuis que je suis môme

Vivent depuis que je suis dame

 

 

Allons marcher ma belle

Je te donnerai quelques clefs

J'essaierai d'être bien précise

Oh comme j'ai pu te ressembler

 

 

Le vécu d'une femme est souvent similaire à ses semblables. Il appartient au matrimoine. Ce matrimoine propre aux femmes est celui de l'humanité déchirée par sa vision de la différence comme infériorité et non pas un écart. Ce matrimoine minoritaire est également en partie l'expression de la place des femmes dans la société à travers les siècles.

La poésie lyrique de la chanson d'« Adèle », telle celle de « Madame tout le monde », révèle au grand jour la conscience engagée et féministe de l'artiste Patricia Kaas. Son choix de célébrer les femmes et leurs droits acquis ne peut que faire avancer la cause féminine en France et ailleurs dans le monde par le biais des modèles féminins très variés qu'elle chante et qui mettent en œuvre quotidiennement leurs modes de pratiques de soi (cf. Michel Foucault) en tant qu'êtres libres et singuliers :

 

Isolante, insoumise, attachante libérée

Dilettante, bienfaisante, piquante et maquillée

Iconique, discrète, courageuse ambulante

Hypnotique, amoureuse, célibataire et battante

Déchaîne, solide maman ou putain

Généreuse, sylphide, du soir et du matin

 

À l'instar de l'artiste Patricia Kaas, ce billet célèbre donc les femmes et leurs manières d'être libres et épanouies.

 

 

***

Pour citer ce texte engagé 

 

Dina Sahyouni, « Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 21 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/adeledepatriciakaas.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Chansons Poésies féministes
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:22

 

Texte pour le numéro de la 1ère thématique.

 

Critique & réception

 

Ferite a morte – Blessées à mort*:

 

quand la littérature guide les convictions profondes

 

ou comment réconcilier les féministes favorables à la question

 

de la violence faite aux femmes

 

et celles qui s’engagent dans le combat Queer, gay et lesbien

 

 

Laure Delaunay 

 

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 

 

Il m’est difficile d’écrire sur ce livre tant il me bouleverse. Courageusement j’essaye. Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand faudra-t-il que des femmes meurent pour que les hommes comprennent qu’une femme n’est pas un trou denté et dangereux mais un réceptacle doux qui transforme toutes les douleurs en merveilles ? Jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand la défiance entre les sexes mènera à des catastrophes intimes (c’est aussi le sens des blessures dont il est questions : coups, plaies mais aussi blessures symboliques) que les femmes enfouissent en elles et qui, là, dans leur corps, s’enkystent comme des maladies dévastatrices ?

Jusqu’à quand le rôle de dirigeante de société, le rôle d’intellectuelle, le rôle de prêtresse sera considéré comme illégitime parfois même illégal et sera alors vécu par les femmes sous le régime de l’imposture ?

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand parlerons-nous de professeur ou d’auteur pour une femme ? Jusqu’à quand auront nous peur de ce petit « e » qui change tout, comme si les lettres étaient dangereuses ? Non les lettres ne sont pas dangereuses et le « e » d’ « auteure » qui dans notre revue revêt fièrement la majuscule est une nécessité linguistique, sociale, humaine.

 

À quand une femme papesse ?

À quand une femme Secrétaire Général de l’ONU ?

À quand une prophétesse ?

 

N’ayons pas peur de ce qui nous apparaît comme des folies…

Combien de temps encore aurons-nous à souffrir la violence des intégristes qui nous proposent des images de cadavres monstrueuses en lieu et place des amas de cellules dont nous avons avorté pour avoir droit à un destin choisi ?

Combien de temps encore entendrons-nous parler de mode « pudique » comme si la beauté ne pouvait pas, parfois, avoir la béance d’une indécence calculée, expression d’un désespoir : si nous ne montrons pas nos jambes, si nous ne grimons pas notre visage, si nous n’adoptons pas des pauses gracieuses, nous sommes considérées comme des sous-femmes. Combien de temps encore le désir des hommes sera un désir de possession physique et non pas le désir délicat de nous rendre heureuses et épanouies, physiquement, oui, spirituellement, affectivement mais au-delà des carcans où l’on nous enferme ?

Jusqu’à quand l’homosexualité féminine sera plus scandaleuse que l’homosexualité masculine : qui est gêné ? Toutes les femmes, j’en suis bien convaincue, toutes les femmes un peu sensibles, vivant des amitiés fortes avec d’autres femmes, se sont un jour posées cette question. Est-ce l’existence d’un membre atrophié qui fait peur ? Nos libertés sexuelles doivent être totales ! Celles des hommes, de fait, le sont, bien qu’encore on assiste à des procès qui approuvent l’idée que « PD » n’est pas une insulte, comme si, là encore, c’était la féminité, celle d’un homme, qui faisait peur.

Jusqu’à quand ?

Le désespoir et la rage sont profonds, difficilement consolables. Dans ce livre, pourtant, j’ai trouvé de la consolation. Parce que c’est une femme qui porte la voix des autres femmes. Parce que c’est une femme qui traduit. Mais pas seule. Accompagnée de ces étudiants autant que de ses étudiantes. Parce que la représentation de ce spectacle théâtral aura lieu en Sorbonne (l’Académie française m’a pas encore ajouté de « e » mais la Sorbonne, déjà, se pose les bonnes, les très bonnes questions), dans la mise en scène d’un homme et avec la collaboration d’un autre homme musicien. Et que donc, oui, dans les plus hautes sphères intellectuelles de notre pays, il y a désormais de l’inacceptable. Voilà une très bonne nouvelle.

 

Mon émotion s’apaise. Écrire est magique. Et sans rage, sans excès, je suis désormais capable de recommander très chaleureusement à toutes les lectrices mais aussi à tous les lecteurs de Lppdm, la fréquentation de ce texte plein de profondeur, vous l’aurez compris mais aussi d’un humour ravageur et salvateur (on passe un délicieux moment à la lecture, on en sort revigoré, armé). La présentation qu’en fait la traductrice, Lucie Comparini, est exemplaire. Elle explique les origines d’un mot qui existe maintenant en italien de manière courante : le « feminicidio », le « féminicide » autour duquel s’articule une pensée complexe sur les violences faites aux femmes. Pour moi, ce mot a désormais un sens très large : est « féminicide » tout ce qui agresse la féminité, y compris celle des transsexuels.

Il faudra bien un jour que l’on comprenne qu’être femme est un privilège aussi rare que celui, comme disait Hémingway, d’avoir un cœur d’enfant. À savoir que la sacralisation légitime du corps des enfants doit aussi s’appliquer, maintenant, parce qu’il faut en passer par là, au féminin entendu comme concept très général : n’ayons plus peur des calices. Déposons-y des fleurs.

Vous avez compris que ce texte et la souffrance qui s’en dégage sont aussi une manière pour moi de réparer la violence reçue d’un homme, violence symbolique, purement symbolique mais insupportable, mais terrible, un homme, intellectuel de renom et poète. Ce texte est une victoire. Une vraie victoire.

Voici les termes de la victoire intellectuelle qu’il raconte. « Oui, bien sûr, le sexe est une réalité psychique. Vous avez raison. Oui, bien sûr, comme disait Aragon, « le vers n’est jamais si bleu qu’à sa brisure ». Vous avez raison. Mais vous m’avez brisée. Brisée. Même pas seulement blessée, brisée. Comme je suis de bonne composition, je vais de l’avant. Je me bats, comme d’habitude. Alors sachez qu’en m’agressant, c’est le féminin en vous que vous agressé. Que c’est vous-même qui ne vous êtes pas respecté. J’en retire des convictions. Violence faite aux femmes ? Gender studies ? Les deux mon capitaine. Peut-être n’offrirai-je pas des petites voitures à fille ou des poupées à mon fils mais il ou elle sera éduqué(e) dans le respect de la complexité de son âme. ». Voilà pour la vengeance, si tant que c’est de vengeance qu’il s’agisse. J’ai été, moi, éduquée dans l’idée du respect de l’autre.

 

Venons-en à ces fameuses convictions que je retire de mon expérience. Les féministes doivent se réconcilier. Judith Butler fait peur ? Sûrement. Mais elle est loin d’avoir complètement tort. Son combat, notamment en faveur de la transsexualité est admirable. La violence faite aux femmes, c’est en réalité la violence faite au féminin, en tant que réalité psychique. Avant d’être physique, elle est toujours, toujours symbolique. Parfois elle est les deux, comme un télescopage. Mais pour avoir vécu la violence symbolique, je sais qu’elle est aussi grave que la violence physique. Pensons à Delphine Horvilleur. Se battre pour qu’une femme, un jour, puisse être en charge de l’âme est une merveille. Et nier aux femmes des compétences en ce domaine est insupportable. Vous nous demandez d’être mères et nous refusez le droit de nous occuper de vous…

Quelle cohérence, amis de la pensée ? La violence faite aux femmes est un thème cher à celles que l’hystérie énerve ? Elles ont raison. Amies femmes, amies féministes, non ne soyons pas hystériques ou misandre. Nous méritons bien mieux que cela. Telle est l’idée qui se cache derrière ce thème récurrent du féminisme actuellement. Et elles ont raison aussi, les femmes qui ne demande qu’une chose : qu’on les laisse faire la vaisselle sans les agresser. Les combats du féminisme sont bien plus profonds que les questions d’organisation du couple. L’égalité salariale par contre, voilà un vrai combat. Un combat important. Le travail des femmes étant tout aussi important et utile que le travail des hommes, il mérite le même salaire. Évidemment aussi, il faut que les hommes puissent avoir de vrais congés partenité. Pour profiter autant que les femmes de leur enfant. Pour participer autant que leur compagne à son éducation qui dans les premiers temps (celui où l’on fait connaissance) est bien important. Être père, ce n’est pas déléguer à une femme le soin de l’éducation. C’est prendre sa part, pleinement sa part. Après, on peut bien sûr parler de la nécessité biologique pour les femmes de se reposer plus qu’un homme d’une grossesse et d’un accouchement. Le travail des femmes ? Simone de Beauvoir a à moitié raison. Le travail libère les femmes en ce qu’il leur permet d’accéder à l’égalité de traitement (le mot traitement est violent, à l’égalité, tout court). Mais le travail, parfois, non ne libère pas. Et certaines femmes faisant cette douloureuse expérience, parce que peut-être, un jour, il y a bien longtemps, elles ont transigé sur leur désir, ont le droit de rester chez elles s’occuper de la maison et du petit. Ce droit doit aussi être accordé aux hommes. Homme au foyer, forgeons l’expression, oui.

 

Voilà pour quelques convictions. D’autres pourraient apparaître. Ce sont celles qui me viennent. La conviction fondamentale qui guide les autres et que je continuerai à faire fleurir à l’occasion, c’est donc, je le répéterai, je le martèlerai, que la violence faite aux femmes est en réalité, profondément, une violence faite au féminin, à la fonction anthropologique du féminin, fonction anthropologique qui oui dérive d’une réalité de différenciation sexuelle mais qui oui, aussi, la dépasse.

 

 

* Ce livre est publié dans une version bilingue aux Presses Universitaires du Midi. L’auteure en est Serena Dandini, la traduction élégante, efficace, concise émane du groupe d’étudiant(e)s de l’UFR d’italien de l’Université Paris-Sorbonne, dirigé par Lucie Comparini. Une mise en scène de ce texte sera proposée à un public que l’on espère nombreux courant mai (plus d’information sur la page Facebook de l’Association Sorbonidea). Il a aussi été mis en scène par un groupe de théâtre universitaire à Toulouse. On ne saurait, vraiment, trop recommander aux parisiens comme aux provinciaux de se déplacer. Le texte est construit autour de plusieurs monologues qui offre une voix à des femmes victimes de féminicide, qui, des limbes, racontent, sans la moindre complaisance et avec humour et énergie, leur histoire.

 

 

 

***

Description du livre par la maison d'édition :

Ferite a morte / Blessées à mort par Serena DANDINI, Traduction collective des étudiants de l’UFR d’études italiennes de l’université Paris-Sorbonne sous la direction de Lucie COMPARINI

Date de parution : 2016

Éditions : Les Presses universitaires du Midi (PUM) "sont un service commun de l’université Toulouse - Jean Jaurès (UT2J)".

Réf. : NOUI 12

Code SODIS : F408310

Format : 198 p.

Nombre de pages : 15 x 21 cm 198 p.

N° ISBN : 978-2-8107-0430-9

PRIX : 13.00 €

Présentation de l'éditeur :

« On avait le monstre chez nous et on ne le savait pas… » Dans un lieu indéterminé et dans un temps suspendu, sont réunies toutes les femmes décédées par « féminicide » : riches et pauvres, cultivées ou analphabètes, rebelles ou soumises. Enfin délivrées de leur condition de victimes silencieuses, elles nous racontent, chacune par un monologue qui lui est propre, leurs histoires venues des quatre coins du monde : Italie, Mexique, Afrique, Inde, France, Japon…

Nous devenons ainsi témoins des drames provoqués par une société encore machiste, des traditions cruelles, des mentalités arriérées, mais aussi par les stéréotypes et les conditionnements intérieurs. Les cas particuliers s’unissent et s’universalisent en une anthologie militante, lisible telle quelle ou théâtralisable, paradoxalement empreinte d’humour et d’ironie. Blessées à mort incite sans apitoiement le lecteur spectateur à réfléchir à la véritable condition de la femme – et de l’homme face à la femme – dans l’espoir d’agir sur le monde du XXIe siècle.

Auteure

Serena Dandini est auteure, journaliste et animatrice pour la télévision italienne. Elle crée dès les années 1980 des émissions radiophoniques et télévisées satiriques et innovantes où elle lance la carrière d’artistes femmes très populaires en Italie. Engagée politiquement, elle y aborde des thèmes comme le travail, la corruption, la sauvegarde de la planète. Entre 2012 et 2013 elle met en scène son premier texte pour le théâtre, Ferite a morte (Rizzoli, 2013), inspiré de faits divers de violences subies par les femmes. Ce texte est encore aujourd’hui en tournée en Italie et dans le monde. Il est traduit pour la première fois en français.

Cf. Voir url : http://pum.univ-tlse2.fr/~Ferite-a-morte-Blessees-a-mort~.html

 

 

Pour citer ce texte

Laure Delaunay, « Ferite a morte – Blessées à mort*: quand la littérature guide les convictions profondes ou comment réconcilier les féministes favorables à la question de la violence faite aux femmes et celles qui s’engagent dans le combat Queer, gay et lesbien », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 13 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/blessee-a-mort.html

 

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