20 mars 2024 3 20 /03 /mars /2024 19:07

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Dossier majeur | Florilège & Revue Orientales | O | N°3 | Créations Critiques poétiques

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انا الوحيدة

 

 

 

 

 

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ندى شعّار / Nada Chaar

 

 

 

 

Crédit photo : « Meerabai », peinture, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

 

والوحدة

انا المنسية في الوحدة

 

انا العش

والسنونو 

انا الام الحنون 

 

انا العين

 

والعيون

تخشى وجهي

تخشى دماء بدني

 

والافواه

تصيح بي

يا امرأة 

احتشمي

 

انا المختبئة 

في قبور عتمتي

 

انا الحافظة 

لأسرار الكون

 

انا النار الخامدة

والمياه الفائضة 

 

انين النبع

والغيظة 

 

انا المحجوبة

انا المقنعة

تحت المشنقة

 

انا راوية 

روايات الأرض

انا الكلمة

بلا لسان

 

 

ندى شعّار ©

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Pour citer ce poème, inédit & féministe en arabe 

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ندى شعّار / Nada Chaar, « انا الوحيدة », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER-PRINTEMPS 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 20 mars 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/noi/nchaar-solitaire

 

 

 

 

 

 

 

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Dernière mise à jour le 22 mars 2024

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14 mars 2024 4 14 /03 /mars /2024 12:18

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | Bémols artistiques | Revue culturelle d'Afrique & d'Orient & Revue Orientales | O | N°3 | Critiques poétiques & artistiques

 

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Leila ALAOUI. Made in India

 

 

 

 

Chronique par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, artiste peintre & poète

 

Photographies par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Photographe

 

 

 

 

© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha, Mustapha Saha photographié à côté de l’image de « Leila ALAOUI » lors de l’exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024, janvier-février 20 image no 1.

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Paris. Quartier du Marais. Jeudi, 7 mars 2024. La Galeria Continua expose une série d’œuvres inédites de Leila Alaoui. L’artiste, en résidence à Chennai, ancienne Madras, en Inde, témoigne de la condition ouvrière dans les usines de textile. Elle installe durant l’été 2014 un studio mobile avec projecteurs, déflecteurs, toile de fond noire Le cadre se décontextualise. Les trois cents travailleuses, revêtues de saris magnifiques, défilent devant son objectif.

 

 

© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha photographiée lors de « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024. Exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, image no 2.

 

 

Aucune sélection préalable. Se nouent spontanément des liens d’empathie. Chaque séance est un moment d’amitié. Les gestes, les postures, les allures se ritualisent. Des silhouettes fines, droites, impassibles. Des peaux hâlées par le soleil et le vent. Des regards profonds. Un immense panneau décline trente gros plans de mains, des mains indélébilement marquées par le dur labeur, striées de cicatrices, rugueuses, noueuses. Des mains parfois effilées de jeunes filles. Des mains quelquefois veineuses, trahissant un âge avancé. Des mains nues découvrant leur innocence. La communauté féminine d’une obscure région tamoule acquiert, par la magie de l’art, une impressionnante visibilité. 

 

 

© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha photographiée lors de « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024. Exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, image no 3.

 

 

 

En cette année 2014 où Leila Alaoui réalise son reportage photographique, une étude du Centre de recherche sur les entreprises multinationales (SOMO) et du Comité néerlandais pour l’Inde (ICN) souligne les conditions inhumaines de travail dans les filatures du Tamil Nadu. Des employées de tous âges  travaillent six jours par semaine, du matin au soir, pour des salaires dérisoires. Les femmes sont incitées à quitter leur village par des promesses alléchantes. Elles se retrouvent esclavagisées. Les cadences infernales ne laissent aucun répit. Beaucoup des travailleuses sont hébergées dans des résidences misérables appartenant aux entreprises. Les gérants et les superviseurs, exclusivement des hommes, intimident, menacent, apeurent, profèrent des insultes et des injures. Les contrôles systématiques, les pressions permanentes, les chantages au licenciement au moindre retard entraînent une lourde  pathologie professionnelle, maladies respiratoires, affections vésicales et rénales, problèmes cardiaques, lombalgies, fatigues chroniques, crises d’angoisse, dépressions. 

 

Les usines d’habillement sous-traitent au profit des marques occidentales. La mondialisation est synonyme de délocalisation. Les enseignes de confection ne se soucient guère du fonctionnement interne de leurs fournisseurs, des violations des droits humains. Les carences de sécurité sont partout criantes. Les drames se succèdent. Les fabriques sont des cimetières de la mode jetable, du surconsumérisme effréné. Les vêtements et les chaussures usagés s’évacuent dans les pays du sud. Les marques d’ultra fast fashion rabaissent sans limites les petits prix. Les produits bon marché s’acculement dans des décharges monstrueuses. Selon le rapport 2020 de Climate Chance, l’industrie du textile est responsable d’un tiers des rejets de microplastiques dans l‘océan. 

 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha lors de « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024. Exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, image no 4.

 

 

L’exposition est aussi une invitation à découvrir la culture tamoule. Les grands formats de Leila Alaoui suggèrent les architectures domestiques où certaines ouvrières évoluent au quotidien, les vérandas sur la rue avec des tuiles sur poteaux de bois, les cours intérieures, les arrière-cours, les thalvarams surnommés  « les rues qui parlent ». Les façades offrent des extensions publiques, des passages toiturés au service des piétons,  des bancs maçonnés pour les visiteurs et les pèlerins. La rue s’homogénéise avec juxtaposition d’appentis, de corniches, de pilastres, de colonnes ornées, de parapets sculptés. Une atmosphère retrouvée dans la scénographie de l’exposition, salles désenclavées, vétustés esthétiquement exploitées.

  

Les Tamouls, vivant majoritairement dans l’Etat du Tamil Nadu, principalement des indous, comptent également des minorités chrétiennes et musulmanes. Une culture millénaire, diversitaire. Une langue ancienne, riche d’un formidable patrimoine littéraire. Une musique antique, dite carnatique, codifiée quatre siècles avant l’ère chrétienne, essentiellement basée sur l’improvisation. Les architectures dravidiennes, les temples rocheux, les grottes sacrées,  les stupas, les mosquées, les palais, les bas-reliefs, les arches monumentales, toranas. La vallée de l’Indus est la plus immémoriale des civilisations urbaines, avec la Mésopotamie et l’Egypte pharaonique. Les styles accompagnent l’évolution du bouddhisme. Révolution iconographique il y a deux mille ans, le Bouddha est représenté, pour la première fois au Gandhara, sous forme humaine. Les techniques de construction se perfectionnent  avec les royaumes hindouistes du sud à partir du huitième siècle. Les temples en pierre se substituent aux édifices excavés. Plus tard, les architectures indo-musulmanes et mogholes. 

Les dynasties tamoules antiques, protectrices des lettres et des arts, archivistes, édificatrices d’architectures somptueuses, entretiennent des relations diplomatiques avec Athènes et Rome. Une relation grecque anonyme du premier siècle, Periplus Maris Erytraei, Le Périple de la mer Erythrée, énumère les exportations indiennes, poivre, cannelle, nard, perles, ivoire, soie, diamants, saphirs, écaille de tortue. Au sixième siècle, les Pallava érigent le premier empire. La construction de vastes temples, fastueusement décorés, s’accélère. Des sages tamouls fondent le mouvement bhakti, composante essentielle de l’indouisme, préconisant l’amour pur et l’oubli de soi. Cinq voies balisent sa pratique, le jnâna yoga, yoga de la connaissance, le karma yoga, voie de l’action consacrée, le raja yoga, exercices physiques et spirituels, le tantra yoga, rites magiques et la discipline personnelle. Les Chola renversent les Pallava au neuvième siècle. Les invasions musulmanes prennent la relève à partir du quinzième siècle. Deux siècles plus tard, les puissances européennes établissent des colonies. Français, britanniques, portugais, néerlandais introduisent des styles européens, des dômes gothiques, des tours d’horloge victoriens. New Delhi s’enorgueillit de ses monuments Art déco. La Grande-Bretagne domine tout le sous-continent jusqu’à l’indépendance de 1947. 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha lors de « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024. Exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, image no 5.

 

 

L’art tamoul est surtout un art religieux. La peinture de Tanjore apparaît au neuvième siècle. Le support est une pièce d’étoffe recouverte d’oxyde de zinc. L’image est polychrome. Elle peut être ornée de pierres semi-précieuses, brodée de fils d’or et d’argent. Le style d’origine est repris avec des techniques adaptées dans les fresques religieuses. Les sculptures de pierre et les icônes de bronze, de l’époque Chola notamment, sont des contributions majeures au patrimoine de l’humanité. Cet art se caractérise par des lignes douces et fluides, des détails traités avec une infinie minutie. Ni préoccupation d’exactitude ni souci de réalisme dans l’éxécution des portraits. Un art archétypal.

Flotte dans l’air de l’exposition une empreinte d’indigo, couleur apaisante, relaxante, envoûtante. Chromatique de la méditation, de l’intuition, de l’inspiration, de la création, de la conscience profonde. La haute résolution accentue l’effet hypnotique. L’indigo, pigment végétal issu des feuilles et des tiges de l’indigotier, était, dans les temps anciens, un produit de luxe. Les grecs et les romains l’appelaient l’or bleu. L’indigo, réintroduit dans les pays occidentaux au quinzième siècle par des marchands arabes, est prisé par les hippies pacificistes et la contre-culture californienne. Il  imprègne de sa légende jusqu’aux Bleu jeans. Nous baignons toute l’après-midi dans un espace hors-temps, une ambiance hiératique peuplée de déesses. 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha lors de « Leila ALAOUI. Exposition Made in India », janvier-février 2024. Exposition en hommage à cette artiste à la Maison de la Photographie à Paris, image no 6.

 

 

Octobre 2014. Je fais la connaissance de Leila Alaoui à l’occasion de l’événement Le Maroc contemporain à l’Institut du Monde Arabe où nous sommes tous les deux exposants. Je présente des peintures sur toile, des portraits de figures de proue de la littérature marocaine, Driss Chraïbi, Edmond Amran El Maleh, Mohamed Leftah. Leila Alaoui montre Cossings, Traversées, une installation vidéo immersive, en triptyque, sur des migrants subsahariens clandestins, plongés dans un environnement hostile, collectivement traumatisés. Le pseudo-paradis européen se révèle une utopie problématique. Elle évite judicieusement la corde sensible. Portraits statiques, paysages abstraits, voix-off. La démarche anthropologique rejoint mon travail sociologique en recherche-action.

Nous avons quelques conversations philosophiques. Elle me pose des questions sur Mai 68, sur le cinéma de Jean Rouch, sur la théorie rhizomique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, sur des événements historiques qu’elle aurait voulu avoir vécus, sur des intellectuels qu’elle aurait voulu avoir connus. Elle me paraît assurer une relève crédible. Elle élabore des méthodologies originales, des techniques novatrices. Elle me tient informé de ses projets artistiques, toujours motivés par des raisons solidaires. J’apprécie sa soif intellectuelle, son énergie créative. Je lui consacre une chronique, après sa disparition tragique en juin 2016,  intitulée Leila Alaoui ou l’ombre de l’absente. Dans l’édifice prestigieux de la Maison Européenne de la photographie de Paris, une photographie en noir et blanc de Leila Alaoui en guise d’hommage. Terrible contraste avec le rayonnement de son sourire. Remonte des tréfonds de l’être l’insurmontable sentiment d’impuissance. Que dire face à la perte irremplaçable d’un joyau de la terre ?

 

© Mustapha Saha

 

 

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Pour citer ce texte illustré

 

Mustapha Saha, « Leila ALAOUI. Made in India », photographies par Élisabeth Bouillot-SahaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1,mis en ligne le 14 mars 2024. URL  :

http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/megalesia24/ms-leilaalaoui

 

 

 

 

 

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Liens à venir

26 février 2024 1 26 /02 /février /2024 12:40

N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Entretiens poétiques, artistiques, (éco)féministes & Revue Orientales | O | N°3 | Entretiens

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Interview avec la poétesse

 

 

syrienne Maïss Alrim KARFOUL

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis en février 2024 par

 

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec​​​​​​

 

Maïss Alrim Karfoul

 

Poétesse, écrivaine & traductrice

 

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© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL lisant.

 

 

Biographie

 

Née en 1985 à Tartous en Syrie, Maïss Alrim KARFOUL est une poétesse et traductrice syrienne résidant en France depuis 2011 et à Toulouse depuis 2013. Elle a obtenu un Master en droit de l'université de Toulouse 1 Capitole fin 2014, et y a entamé une thèse. En 2018, elle a publié un recueil en arabe intitulé « Quand on a aidé la guerre pour qu'elle traverse » aux éditions Attakwin, Damas. Son implication dans la poésie en France a débuté en 2016 avec l'aide de Serge Pey, poète et ami, dans le cadre d'ateliers d'écriture à la Cave Poésie de Toulouse.

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL, portrait photographique.

 

 

Bibliographie  

 

Recueils

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée de l'œuvre ci-dessous de Maïss Alrim KARFOUL.

 

لاتموت و لاتطير. مذكرات شاعرة تدرس الحقوق

Éd. Al-Mutawassit, Milan 2023.

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil « Vague Mont ciseaux » de Maïss Alrim KARFOUL.

 

« Vague Mont ciseaux », recueil bilingue arabo-français, Éd. Plaine, Page, Toulon, 2019.

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil « Quand on aidé la guerre pour qu'elle traverse » par Maïss Alrim KARFOUL.

 

« Quand on aidé la guerre pour qu'elle traverse », Éd. Al-Takween, Damas, 2017.

 

Festivals

 

« Tournez la plage », La Ciotat, 2023.

« Sources poétiques, festival de poésie en Lozère », 2022.

« Les EauDitives », Toulon, 2019.

« Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée », Sète, 2019.

 

Site Internet, Blogs, Réseaux sociaux :

Facebook : Maiss alrim Karfoul

 

 

Entrevue 

 

 

Maïss Alrim KARFOUL : « Je pense que ma première inspiration poétique était liée à ces moments captivants où j'ai pu ressentir une sorte d'« orgasme poétique » devant certains passages de films. »

 

 

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL en photographe.

 

 

 

(H.M) — Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant qu’écrivaine et poétesse ? Comment avez-vous découvert votre passion pour l’écriture ?


 

(M.K) — Mon parcours en tant qu'écrivaine et poétesse trouve ses racines dans mon enfance, où j'ai toujours eu une perspective unique et un regard introspectif sur le monde qui m'entourait. Cette sensibilité précoce m'a naturellement dirigée vers l'écriture, où j'ai trouvé un moyen d'exprimer mes visions décalées et ma prise de distance par rapport à la réalité.

Ma découverte de ma passion pour l'écriture s'est manifestée à travers une sensibilité envers la langue et l'expression dès mon jeune âge. Je me questionne sur le langage lui-même, s'il porte les cicatrices de l'histoire humaine ou si ce sont nos propres blessures qui imprègnent notre utilisation du langage pour communiquer nos émotions et nos questionnements.

Pour moi, l'écriture poétique et littéraire offre un miroir réfléchissant qui permet de prendre du recul par rapport à la réalité. L'écrivain, tel un sculpteur, façonne la matière de la tristesse et des émotions collectives, nourries par les peurs et les attentes de la société.

J'ai exploré en profondeur le thème de l'attrait pour l'écriture, cherchant à comprendre les motivations qui poussent quelqu'un à devenir écrivain. Pour moi, ce passage à l'écriture s'est produit lorsque j'ai accepté de partager, à travers la publication, ce miroir poétique que j'avais toujours porté en moi, reflétant l'inconscient linguistique et poétique du monde qui m'entoure.


 

(H.M) — Quelles sont vos principales sources d’inspiration littéraire ? Y a-t-il des écrivains ou des poètes qui ont particulièrement influencé votre travail ?


 

(M.K) — Mon inspiration littéraire évolue de manière aléatoire, sans suivre de règles définies. Parfois, je me trouve plongée dans une phase poétique sans nécessairement traduire ces sentiments en mots écrits. Il est crucial de reconnaître cette réalité et de respirer les molécules de poésie qui flottent dans l'air, cette conscience soudaine de la beauté poétique qui nous entoure, une étrangeté qui chatouille notre esprit et nous incite à nous exprimer à travers le langage.

 

Je m'efforce souvent de transposer mes expériences vécues en poésie, façonnant ma vie en robes de vers, cousant ensemble des mots inspirés de mes observations sur la douleur et la joie dans le monde. La valeur littéraire reste ma boussole de vie, guidant mes pas à travers les méandres de la création.

Pour moi, les noms des auteurs s'effacent devant la beauté du tissu créé par leurs textes. J'entretiens une relation personnelle avec les histoires des écrivains, plongeant dans leurs biographies comme des symboles denses d'expériences humaines, littéraires et psychologiques, sources d'inspiration significatives. Les échanges entre écrivains et artistes en général sont pour moi une source d'inspiration immense, permettant d'explorer des mondes cachés derrière les mots et les langages, ouvrant des fenêtres vers des univers riches en visions, attentes et souvenirs.

 

La poésie libre résonne particulièrement en moi, établissant une connexion avec l'âme de l'écrivain même sans échange verbal.

 

J'apprécie les écrits où l'écrivain partage ses pas avec fragilité ou confiance, capturant la nudité de certains passages pour révéler la brillance de la lune au fond du ciel, cette lueur poétique qui illumine chaque phrase.

En résumé, j'ai une affection particulière pour les écrits des poètes tels qu'Abbas BAYDON, Bassam HAJJAR, Mohammed BENMILOUD, Widad NABI, Nisrin KHOURY, et bien d'autres, qui enrichissent mon univers littéraire de leurs mots et de leurs émotions.

 

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL, autoportrait photographique.

 

 

 

(H.M) — Comment votre identité syrienne influence-t-elle votre écriture ? Pouvez-vous nous parler de la manière dont cette influence se manifeste dans vos œuvres ?


 

(M.K) — L'influence de mon origine syrienne sur mon écriture est profonde et complexe. En tant qu'écrivaine voyageuse, je cherche à capturer les images et les émotions enracinées dans ma mémoire, tissant un récit qui reflète les déchirures et les espoirs d'une Syrie déchirée par la guerre. Vivre en exil, tout en étant témoin de la souffrance continue de mon pays à travers les médias sociaux, crée un sentiment de déchirement et de nostalgie. Mon écriture devient ainsi une tentative de réconcilier les différentes facettes de mon identité, entre le souvenir des lieux perdus, le déracinement face à la détérioration de ma terre natale, et le besoin constant de connexion avec mes compatriotes. 

 

À travers mes mots, je cherche à exprimer les blessures personnelles et collectives causées par la guerre et la révolution, tout en essayant de trouver un refuge dans la langue et le lien social.


 

(H.M) — Pouvez-vous partager une expérience ou un moment spécifique qui a marqué vos débuts littéraires ? Quelle a été la leçon la plus importante que vous en avez tirée ? 


 

(M.K) — Mon apprentissage est un flux continu, souvent subtil et parfois imperceptible. Chaque fois que ma plume s'arrête, c'est parce que j'ai buté sur un défi intérieur qui m'a forcée à apprendre quelque chose de nouveau. Ces obstacles peuvent sembler insurmontables sur le moment, mais je sais que je les aurai surmontés dès que mes mots recommenceront à couler. Peut-être que c'est dans l'oubli que les expériences se métamorphosent en leçons ou en défis. La poésie, lorsqu'elle s'anime en nous, donne naissance à des créations étrangement matures, dépassant les attentes habituelles d'un nouveau-né. 

 

C’est cette alchimie de leçons, d’oubli et d’expériences qui alimente notre créativité. J’ai appris à ne pas me laisser submerger par le stress de l’écriture ou par l’apparente absence d’inspiration. Ce qui compte le plus, c’est ce que je considère comme un « laboratoire poétique » en moi, toujours assoiffée de nouvelles visions et d’expériences, puisées simplement dans la vie elle-même. 

 

J'ai également découvert l'importance de vivre des expériences en dehors de la sphère poétique pour nourrir mon inspiration. Rencontrer des personnes aux horizons différents, explorer les récits des autres pour y dénicher une parcelle de poésie cachée ; autant de pratiques qui enrichissent mon univers créatif. Comme beaucoup au commencement, je me suis aventurée innocemment dans ce domaine. Je n'aurais jamais imaginé devenir poète ; tout ce que je désirais, c'était exprimer ces mots qui m'émerveillaient par leur étrangeté.


 

(H.M) — Durant ces dernières années, vous avez participé à de nombreux festivals en France. Pourriez-vous nous raconter quelques-unes de vos expériences les plus mémorables ou des moments marquants lors de ces événements ?

 

(M.K) — Ce qui m'a le plus touchée, ce sont les réactions des gens face à mes poèmes : leurs larmes, leur affection. Ce qui me touche particulièrement, c'est lorsque quelqu'un réagit à un poème sans que cela soit conditionné par ma nationalité syrienne, mais plutôt lorsqu'il parvient à saisir l'aspect humain derrière le texte, au-delà de l'identité de son auteure. À travers ces échanges, je découvre l'image d'inviter ma voisine à partager un café et à discuter de nos expériences communes. Pour moi, la poésie réside dans le fait de célébrer ce qui nous unit, de refléter des images familières aux gens et de partager celles qui proviennent d'autres pays et cultures.


 

 

(H.M) — Comment percevez-vous le paysage littéraire en France en ce qui concerne la promotion de la diversité culturelle et de la littérature arabophone ? Avez-vous rencontré des défis particuliers en tant qu’auteure syrienne en France ?

 

(M.K) — Personnellement, mon parcours pour être lue en France n'a pas été précipité. Initialement, il répondait davantage à un besoin social. Mon objectif était d'entrer en contact avec la communauté poétique de ma ville et de mon entourage, de rencontrer d'autres poètes et de ressentir un sentiment d'appartenance à un milieu où je pourrais parler librement de la vulnérabilité humaine, une vulnérabilité qui peut se transformer en poésie.

 

Ainsi, j'ai progressivement commencé à fréquenter un atelier de poésie à la Cave Poésie de Toulouse. Cela m'a rassurée de constater que je n'étais pas seule. Je suis différente mais pas isolée, et ma différence pourrait apporter une richesse à ce groupe. Je précise cette différence car, à l'origine, je ne suis pas francophone, je n'ai pas étudié la littérature, et je ne connais pas les références littéraires de ce pays qui m'a accueillie en 2011 pour des études en droit. De plus, je découvrais tout juste les références littéraires arabes. Ainsi, sur le plan poétique, j'ai mûri au croisement de diverses circonstances, y compris la situation très critique en Syrie. J'ai également constamment interrogé mon identité poétique.

 

 

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL lisant à la Cave Poésie de Toulouse son livre.

 

 

Lorsque l'opportunité s'est présentée d'être publiée en France, c'était le résultat de ce cheminement identitaire et poétique. J'avais été publiée en Syrie à peine deux ans auparavant, et ma démarche poétique est fondée sur ces deux identités, deux présences, voire absences ! Comparée à d'autres écrivains déjà reconnus dans le monde arabe et ayant déjà une notoriété dans leur littérature, mon parcours a été un pas ici et un autre là-bas, un peu précaire.


 

(H.M) —- Pouvez-vous nous parler de vos derniers projets littéraires ? Avez-vous un nouveau livre ou recueil de poésie à venir ?

 

(M.K) — J'ai plusieurs projets en tête, mais je prends le temps nécessaire pour les concrétiser. Peut-être suis-je un peu trop perfectionniste ? Cependant, je crois fermement que même les projets que l'on garde dans l'ombre, ceux que l'on met de côté et qui ne voient pas le jour, enrichissent notre esprit. Ils servent à la fois de remparts solides qui nous protègent, nous permettant de nous immerger dans la chaleur de la création littéraire, et de terres fertiles où nous pouvons semer nos graines de folie, de questionnements et de doutes, pour voir émerger de façon aléatoire mais magique de petites pousses surprenantes.

 

Il est important, à un certain moment, de se questionner sur la raison pour laquelle nous nous lançons dans un projet. Cependant, je reconnais que je me pose cette question un peu trop fréquemment. Je réalise également que tracer son chemin artistique ou littéraire sans tenir compte du contexte sociétal est un défi. En même temps, les conditions humaines, politiques, etc., auxquelles notre société est confrontée rendent la création un peu complexe, à la croisée des chemins entre notre moi individuel et notre moi collectif. Je n'ai pas encore défini la forme de projet qui me correspondrait et qui me soulagerait en tant qu'individu traversant différentes cultures, oscillant entre la nostalgie de mes origines et le désir d'appropriation de l'art et de la culture offerts à l'humanité.


 

(H.M) — L’identité et la diaspora représentent des thèmes récurrents dans la littérature migrante. Comment ces sujets se manifestent-ils dans vos écrits ?

 

(M.K) — Dans mes expériences de vie entre ici et là-bas, j'ai l'impression de porter en moi deux identités distinctes. Historiquement, la littérature migrante était souvent associée à l'expérience personnelle de l'écrivain, à ses sentiments d'exil. Même dans la poésie arabe, on retrouve ce qu'on pourrait qualifier de "littérature de l'exil", un concept auquel je repense souvent, notamment en raison de son étude approfondie durant mes années scolaires. Jamais je n'aurais imaginé me retrouver dans cette situation, partagée entre l'écriture de cet endroit où je suis actuellement, alors que le pays que j'ai quitté continue d'être secoué par des bouleversements.

Nous apprenons à nous sentir insignifiants en voyant nos compatriotes souffrir là-bas, tout en cherchant à nous intégrer dans ces vagues migrantes qui cherchent à tracer leur chemin dans l'exil. Avec l'avènement des réseaux sociaux, cette démarche n'est plus la même : nous n'avons plus besoin de nous rendre physiquement à la mer pour imaginer l'au-delà, car il est présent en permanence, avec toutes ses émotions et ses tumultes qui continuent d'émerger.


 

(H.M) — Comment décririez-vous votre style littéraire et les thèmes qui sont récurrents dans vos œuvres ? Y a-t-il une idée ou un concept particulier qui vous passionne et que vous explorez souvent dans votre écriture ? 

 

(M.K) — Il est difficile de se décrire soi-même par des mots, ou de décrire son style. Je peux avouer que j'essaie d'écrire de manière spontanée. J'ai l'impression qu'il y a une chambre noire où se rencontrent les idées, les questions, les images, les souvenirs des goûts, pour se frotter et en sortir une pierre solide qui m'invite à l'expression écrite. Quand j'ai ce pressentiment-là, je peux dire que je suis curieuse de voir quel type de feu en sortira, ou pas. Quelle image prendra cette inconscience à l'intérieur de cette chambre noire qui se remplit derrière mon dos, sans que je ne puisse en prendre conscience. C'est ma façon de décrire la vie, de prendre du recul, de critiquer par des images et des interrogations. Je pose beaucoup de questions dans mon écriture, des questions sans réponse, et ce que je trouve magique, c'est que je suis uniquement satisfaite de les poser, de les exposer, de les sortir, de les découvrir, d'en faire des hypothèses…


 

(H.M) — Les écrivains ont souvent des rituels ou des habitudes qui les aident à écrire. Y a-t-il quelque chose que vous faites systématiquement avant ou pendant le processus d’écriture pour vous inspirer ou stimuler votre créativité ?


 

(M.K) — Non, pas particulièrement. Par rapport à la rédaction de ma thèse, qui pourrait ressembler d'une certaine manière à l'écriture romanesque, l'écriture de la poésie me demande simplement de me rendre disponible psychologiquement. Je m'isole quand j'ai ce pressentiment précipité d'aller vers ce monde noir, je me rends disponible à la magie. Je m'isole en me dirigeant vers un monde qui est souvent là. Je pense qu'on n'arrête pas d'écrire quand on est écrivain, on emmagasine et on intègre les expériences, nourrissant ainsi ce monde autre. On s'en nourrit lorsque l'on ressent le besoin de dire quelque chose, d'adresser la parole à quelqu'un, d'essayer de dévoiler le visage de ce « quelqu'un » à qui l'on a envie de parler et de transmettre des messages.


 

(H.M) —  Outre l’écriture, y a-t-il d’autres formes d’expression artistique qui vous inspirent ou auxquelles vous participez ?

 

(M.K) — Je pratique la danse, et j'apprécie toutes ses formes. De plus, j'ai un amour pour le cinéma. Je pense que ma première inspiration poétique était liée à ces moments captivants où j'ai pu ressentir une sorte d'« orgasme poétique » devant certains passages de films.


 

(H.M) — Quels conseils donneriez-vous aux jeunes écrivains et poètes qui aspirent à poursuivre une carrière littéraire en France, en particulier ceux issus de la diaspora ?

 

(M.K) — Je leur conseillerais d'être authentiques et de se poser la question fondamentale du pourquoi écrire ? À qui s'adresse leur création ? Quel message souhaitent-ils transmettre ? Cependant, je ne me sens pas forcément légitime pour donner des conseils. Ce que je considère comme des conseils à me donner à moi-même, je les adresse davantage comme des invitations à partager pour susciter la discussion et la communication.


 

(H.M) — Les lecteurs sont souvent curieux de connaître les livres préférés des écrivains. Pourriez-vous nous recommander quelques-uns de vos livres ou poèmes favoris qui ont influencé votre travail ou qui ont une signification particulière pour vous ? 

 

(M.K) — J'ai été profondément inspirée par des romans tels que "Maya", "Le Dieu des Petites Choses" et "Mille et Une Nuits". Ces œuvres ont été une source d'inspiration majeure qui m'a guidée vers le domaine de la poésie. Par la suite, j'ai commencé à percevoir le monde avec l'œil sensible des poètes, portant en moi un lien fort avec l'imagination et le voyage possible construit par un texte solide et beau. Les histoires et les personnages qui y flottent créent un univers parallèle pour moi.


 

 

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL, portrait photographique habillée en blanc.

 

 

 

(H.M) — En tant qu’écrivaine et poétesse, quelles sont vos aspirations futures ? Y a-t-il un projet littéraire ou une réalisation que vous rêvez d’accomplir à l’avenir ? 

 

(M.K) — J'aspire à continuer d'être une source créative d'idées nouvelles, nourrie par de nouvelles relations, découvertes et expériences. J'espère ne jamais cesser de vivre ma vie comme un long poème, avec ses éclairs fugaces et ses constantes révélations. Mon rêve est de pouvoir lire et ressentir ces signes pour les traduire en livres ; des écrits intimes et des échanges avec les autres, ou simplement les laisser dormir en moi pour illuminer cette étrange lumière de la poésie.

 

 

 

(H.M) — Enfin, comment percevez-vous le rôle de la littérature et de la poésie dans la société actuelle ? Quel impact pensez-vous qu’elle puisse avoir sur les lecteurs et la société en général ?

 

(M.K) — Je ne crois pas que la poésie puisse changer le monde à elle seule. Elle est lente, tandis que le monde évolue rapidement dans ses changements et ses transformations. Cependant, malgré cette disparité, la poésie demeure un refuge pour ceux qui cherchent la quiétude, la contemplation et la beauté. Cette beauté émerge de la douceur apportée aux choses dures et de la capacité à rendre complexe ce qui semble simple et mécanique. Ainsi, la poésie a le pouvoir tantôt de choquer, tantôt d'apaiser les âmes fatiguées.

 

 

© Crédit photo : Maïss Alrim KARFOUL (lecture en arabe) en compagnie du poète André ROBERT (lecture en français).

 

 

 

© Propos recueillis en février 2024 par Hanen MAROUANI

 

 

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Pour citer cet entretien féministe, illustré & inédit

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Hanen Marouani (propos recueillis), « Interview avec la poétesse syrienne Maïss Alrim KARFOUL », illustré par des photographies fournies  par l'autrice Maïss Alrim KARFOULLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 26 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/noi/hm-maissalrimkarfoul

 

 

 

 

 

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Goule & Pénélope

 

 

 

 

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Nada Chaar

 

 

 

 

Crédit photo : Anna Maryniak, « Loneliness II », peinture, dimensions 70x100 cm, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

La Goule, monstre de la mythologie arabe et Pénélope, figure mythique de la culture européenne et universelle, symbolisent le fil qui relie les femmes opprimées par-delà les frontières.

 

 

Goule  

 

 

De la dernière miette 

De la dernière goutte

 

De tes chairs

Je me repaîtrais

De ton sang 

M’enivrerais

  

Des cendres

De tes os 

Je ferais mon fard

  

Sous la glace  

De tes yeux

 

Le froid 

De ton regard

 

Quand de moi 

Tu essaies 

De te détacher

 

Ton souffle 

Un tremblement 

De tes mains

 

Tout ton corps 

Je le vois bien 

M’en implorent

 

Mais  

Parce que

Je t’aime 

Je t’épargnerai

 

On dit 

De moi

 

Que j'attends 

Le long des chemins 

Noire

Que vienne le chaland 

 

Que mes dents 

Acérées 

Déchirent sa peau blanche 

 

Quand en moi 

Il se perd 

Quand en moi il se prend

Quand de moi 

Tu t'éprends

 

Courbée

Sur les couffins

J'ai fleuri 

Les tombeaux 

J'ai soigné les années

 

De mon sang

Chaque lune

Reverdit

Le pré 

 

Et moi

Qui 

M'a aimée ?

 

 

 

 

 

Pénélope

 

 

Crédit photo : Francesco Primaticcio, « Pénélope & ses suivantes tissant », peinture, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

 

 

À son métier

 

Tissait

Tissait 

 

Ulysse 

Revenu 

 

Son périple 

Achevé 

 

Ulysse 

Retourné 

 

Les prétendants 

Éliminés 

 

Argos 

Inhumé 

 

Pénélope

S'en est allée 

 

Son chemin 

A croisé

Une île 

Où déposer 

Une vie d'espérances

 

Déçues 

Et de regrets 

 

Ici elle a creusé 

Semé ses pilotis

Les graines d'un demain

Et son jardin fleurit

 

Et dans l'herbe 

 

Grasse

 

Des festins

Des jours 

 

Elle livre la peau 

Vierge

 

De ses années 

 

À la langue moelleuse

Des rayons assoupis

 

On la dit magicienne

Les enfants la craignent 

Et les parents surtout 

 

Elle est 

L'empoisonneuse

 

Celle qui a dit non

Merci 

 

Elle a torché 

Les gosses 

Et lavé 

Les torchons 

 

Elle a gercé ses doigts 

Rougis 

Dans les lessives 

 

Elle a frotté les murs

Ressuscité les fleurs

 

Et

Épongé

Les heures  

 

J'ai brisé

Le métier 

J'ai arraché

Les fils

J'ai enfoncé mes crocs

Dans la trame des jours 

 

Prends tes jambes 

À ton cou

Cours

 

 

© Nada Chaar

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Pour citer ces deux poèmes féministes, inédits & inspirés des figures légendaires

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Nada Chaar, « Goule » & « Pénélope », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 24 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/noi/nchaar-goule-penelope

 

 

 

 

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Entretien avec Nora Atalla

 

 

(poétesse & romancière)

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis en décembre 2023 par

 

Hanen Marouani

 

 

Photographies fournies & extraits poétiques par

Entrevue avec​​​​​​

 

Nora Atalla

 

Poétesse, nouvelliste & romancière

 

 

 

 

© Crédit photo : Nora Atalla lors de l'attribution du « Prix Excellence Arts et Culture », lauréate du « Prix Artiste de l'année dans la Capitale-Nationale » octroyé par le Conseil des Arts & des Lettres du Québec & du « Prix de L'Institut Canadien de Québec ». Elle est entourée des représentants des deux institutions octroyant les distinctions citées.

 

 

 

ENTRETIEN*

 

 

(H.M) — Nora Atalla, vous avez souvent évoqué le thème de la double/multiple appartenance culturelle dans votre travail. Pourriez-vous expliquer comment cette dualité a une influence particulière sur votre parcours en tant que femme et votre identité en tant qu’écrivaine ?

 

(Nora Atalla ou N.A) — J’ai quitté mon lieu de naissance, tandis que j’étais enfant, et j’ai plutôt l’impression que je suis de partout et de nulle part, mais si je dois désigner une culture à laquelle je suis très attachée, ce serait la culture québécoise dans laquelle je me suis épanouie. Il est vrai que j’évoque souvent mes origines quand on me demande d’où je viens, parce que les gens s’y intéressent, mais lorsque la pulsion d’écrire survient en moi, je parle plutôt de nos déracinements, de nos exils, et des injustices dont j’ai été témoin. Il n’y a aucun doute chez moi qu’on écrit avec ce qu’on est, ça ne peut être autrement; nous sommes tous différents, ce qui est fort heureux, sinon, nous écririons la même histoire. 

Comment mes multiples origines influencent-elles mon parcours en tant que femme et mon identité en tant qu’écrivaine ? 

Mon passé, mon vécu transparaîtront toujours dans mon écriture, que je le veuille ou non. De quelle façon? Je l’ignore. S’il y a manifestation, elle est inconsciente, sauf dans des cas précis, où j’ai voulu mettre en lumière les injustices de certains pays qui encagent les femmes et les enfants dans les traditions et le pouvoir abusifs. Comme dans mon recueil, Hommes de sable, qui parle de l’Égypte. En tant que femme… je n’en ai aucune idée. Grandir au Québec — loin du pays de dictature où je suis née et où les femmes ont peu à dire —, m’a donné accès à une liberté rarement accessible dans plusieurs pays d’Afrique.

 

 

(H.M) — La langue est un outil puissant pour l’expression de l’identité ? Comment votre utilisation du français dans vos écrits influence-t-elle votre relation aux cultures gréco-libanaise et égyptienne et à la culture franco-géorgienne ?

 

(N.A) — Après le français, je peux dire que je maîtrise, dans l’ordre, très bien l’anglais, assez bien l’espagnol pour avoir vécu deux ans au Honduras; et un peu l’arabe égyptien, que je ne sais ni lire ni écrire. 

Mes parents voulaient que leurs enfants aient une culture féconde et disaient que connaître plusieurs langues était une richesse. Au préscolaire, j’allais avec ma sœur dans une école allemande qui nous enseignait quatre langues, puis au début du primaire, dans une école française, Notre-Dame de la Délivrande à Héliopolis. Le français est ma langue maternelle, et je lui voue une véritable passion; le français exprime mon identité. Si j’avais grandi entourée des cultures gréco-libanaise ou franco-géorgienne que j’ai héritées de mes parents, elles auraient sûrement influencé ma façon de parler, ma façon d’écrire, jusqu’à ma démarche et ma posture, mais elles ne faisaient pas partie de ma vie; j’avais un peu plus de huit ans quand nous avons quitté l’Égypte.

 

 

(H.M) — Votre poésie explore des thèmes universels tout en étant profondément intime. Comment parvenez-vous à trouver cet équilibre entre l’universel et le personnel ?

 

(N.A) — Quand vient l’inspiration qui me pousse à écrire, c’est ma vision du monde qui prend le dessus. L’intime vient de la mémoire, du passage de l’enfance à l’âge adulte. Il n’y a ni trucs ni astuces. Les images surgissent du passé, souvent de pays de dictature, où j’ai vécu — Égypte, Honduras, République démocratique du Congo (Zaïre), Cameroun, Maroc — ou que j’ai traversés, surtout des pays d’Afrique et d’Amérique latine, une trentaine que je ne peux énumérer, et s’emmêlent au présent. Il n’y a pas de calcul, l’inspiration arrive seule, sans crier gare ; elle ne se justifie pas, ne s’explique pas.

 

 

(H.M) — La poésie est souvent considérée comme un moyen d’explorer des émotions et des idées complexes. Comment choisissez-vous les thèmes et les sujets de vos écrits poétiques pour façonner votre œuvre d’une manière unique et inestimable ?

 

(N.A) — Les thèmes qui me préoccupent sont la vie et la mort, et à travers eux les émotions foisonnent, tout comme les idées complexes sur lesquelles j’ai envie d’apporter un éclairage. À l’intérieur de ces deux thèmes, il existe plusieurs sous-thèmes : le temps, la mémoire et l’enfance; la vieillesse et l’isolement ; le déracinement, l’exil et l’intégration ; l’amour et la haine ; la pauvreté, les injustices et la guerre ; la sujétion des femmes et des enfants; la violation des droits et libertés. Ces sous-thèmes s’imbriquent et forment un tout que je n’arriverais pas à écarter quand même bien je le voudrais.

 

 

(H.M) — Y a-t-il des expériences de double ou de multiple appartenance qui vous ont particulièrement inspirée dans ce processus créatif ?

 

(N.A) — Dans La couleur du sang (roman), mon personnage principal, Hubert Martens, se sent coupé en deux, entre le pays qui l’a vu naître et celui où il a grandi. Cela signifie-t-il que ça traduit chez moi une double ou multiple appartenance? C’est sans doute inconscient… De prime abord, j’avais juste envie d’écrire à propos du Zaïre où j’avais beaucoup aimé vivre, tout en détestant la pauvreté des Zaïrois et les injustices qu’ils subissaient. Dans Une escale à Kingsey Falls (roman), de nombreux personnages sont issus de l’étranger, parce que plusieurs de toutes origines venaient travailler à Cascades et vivre dans ce village où j’habitais. Et dans Traverses (contes et nouvelles), plusieurs viennent aussi d’ailleurs. 

J’écris rarement à mon sujet, mais de toute évidence certains de mes livres comportent des personnages et des pensées qui me ressemblent. Du même tenant, « je » est un autre a écrit Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny.

 

 

(H.M) — Pouvez-vous partager une anecdote ou un moment clé où vous avez ressenti que la poésie avait un impact particulièrement fort sur votre public et votre entourage, en particulier en ce qui concerne la double appartenance ?

 

(N.A) — Il m’est souvent arrivé de recevoir un courriel de lecteurs qui ont été particulièrement touchés par un recueil, indiquant même les strophes qui les ont marqués. De même, de vive voix dans un salon du livre ou au cours d’un lancement. Après une lecture publique, une conférence sur mon parcours et ma démarche d’écriture, ou encore, un atelier de poésie que j’ai animé, les gens viennent fréquemment vers moi pour discuter et manifester leur émotion sur tel ou tel aspect du recueil. C’est difficile d’être plus précise en plus de 20 ans d’écriture et de si nombreuses rencontres.

 

(H.M) — Quels conseils donneriez-vous aux écrivains et poètes qui souhaitent explorer les thèmes de l’identité et de l’écriture en français ?

 

(N.A) — Il est préférable de se fonder sur ce que l’on connaît, sur les expériences qu’on a vécues, les émotions que l’on a soi-même ressenties devant une situation donnée. Certes, on peut toujours imaginer ce qu’on pourrait ressentir après la perte d’un être cher, par exemple, ou alors se mettre dans la peau d’un personnage en exil ou d’une famille de migrants transbahutés, tentant de survivre pour arriver à une hypothétique destination; cela en faisant des recherches et récoltant des témoignages. J’ai publié mon recueil de poèmes Bagnards sans visage (Écrits des Forges) parce que je voulais dénoncer le bagne et l’horreur des conditions de détention que l’on ait été criminel récidiviste ou prisonnier politique largué dans un panier de crabes. Mais je me demande si j’aurais réussi à traduire cette horreur si je n’avais pas passé un mois en Guyane française.

 

 

(H.M) — La littérature en général et la poésie en particulier peuvent servir de pont entre différentes cultures et langues. Comment voyez-vous le rôle de la culture en tant que moyen de favoriser la compréhension entre les cultures d’après le dernier projet que vous avez pu mener entre le Canada et le Kenya ?

 

(N.A) —Absolument, la littérature est en soi un pont d’un continent à l’autre et la culture, l’élément constitutif de l’identité. Sans culture, il n’y aurait pas d’humanité. Quand la littérature réunit toutes origines, à travers des festivals de poésie, par exemple, nous parlons tous une même langue : la poésie. De Québec à Taïwan, du Chili à la Roumanie, du Cameroun au Mexique, du Maroc au Kenya, du Canada au Liban, qu’il s’agisse de français, d’anglais, d’espagnol, ou autre, des poètes issus de la planète témoignent à travers la poésie.

 

J’ai lancé en 2009 mon projet « Les livres voyageurs ». Cette idée m’était venue, tandis que j'envisageais un voyage en Égypte, ma mission étant non seulement de faire rayonner nos écrivains et poètes hors de nos frontières, mais aussi de donner accès à notre littérature dans des pays où nos livres se rendent peu ou pas du tout. Depuis, quand une occasion de voyager se présente à moi, je lance un appel à contribution auprès des éditeurs et de la collectivité écrivaine québécoise et canadienne francophone. Ainsi, au cours de mes voyages dans tous ces pays, au fil des années, j’ai transporté dans mes valises et en conteneur près de 1075 ouvrages, anthologies et revues de poésie (réunissant environ 1500 auteurs); ils sont désormais sur plusieurs rayons de bibliothèques publiques et universitaires au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe et en Amérique latine.

 

(H. M) — Vous avez collaboré avec d’autres écrivains et artistes de différents continents. Pouvez-vous nous parler de ces collaborations et de ce qu’elles ont apporté à votre travail et à votre personne ?

 

(N.A) — Grâce aux multiples rencontres que j’ai eu le bonheur de faire sont nées de nombreuses collaborations qui ont mené à ma participation à des festivals internationaux et à des résidences d’artistes où j’ai pu promouvoir mon travail, mais aussi faire de la médiation culturelle, comme animer des ateliers de poésie auprès de divers publics dans des écoles, lycées, bibliothèques et centres communautaires. Mes interventions ont contribué au rayonnement de mon écriture et de mes œuvres dans plusieurs parties du monde et m’ont apporté un éclairage sur la diversité culturelle et sociale qui est intrinsèque à ma démarche d’écriture; elles contribuent à nourrir mon imaginaire et mon écriture et me permettent de continuer d’exploiter des thèmes qui me tiennent à cœur. Le fait que je sois quadrilingue facilite la communication et me permet de créer des liens avec les poètes internationaux.

 

 

© Crédit photo : Nora Atalla lors de l'attribution du « Prix Excellence Arts et Culture », lauréate du « Prix Artiste de l'année dans la Capitale-Nationale » octroyé par le Conseil des Arts & des Lettres du Québec & du « Prix de L'Institut Canadien de Québec ». L'autrice est photographiée avec un représentant de l'une des deux institutions octroyant les distinctions citées.

 

 

 

(H. M) — Les voyages et les résidences d’écriture sont les ailes de l’âme d’une poétesse, lui permettant de s’évader de son quotidien pour explorer de nouveaux horizons, de nouvelles cultures et de nouvelles perspectives. Comment est-ce que les résidences d’écriture ont influencé votre processus créatif en tant que poétesse et comment cela a-t-il enrichi votre travail ?

 

(N.A) — Il est vrai que partir en résidence à l’étranger occasionne des rencontres pouvant mener à des collaborations, comme la traduction d’un de mes recueils, mais la résidence me permet surtout de m’isoler pour réaliser un projet d’écriture, quand le temps me manque tandis que je reste chez moi, croulant sous le travail et les obligations quotidiennes. Un voyage littéraire, quant à lui, apporte l’inspiration, un vent de fraîcheur et l’oxygène qui alimentent l’écriture. Par exemple, j’ai pu finaliser mon recueil Morts, debout! pendant ma résidence à Chapala (Mexique, 2019), qui a paru en 2020 aux Écrits des Forges.

 

 

(H. M) — Quels projets et événements futurs pouvez-vous nous révéler que les amateurs et les passionnés de poésie devraient attendre avec impatience ?

 

(N.A) — Je travaille à plusieurs projets d’écriture, mais comme vous devez vous en douter, il m’est difficile de me prononcer. Ce que je peux toutefois révéler, c’est que je suis lauréate d’une résidence du Conseil des arts et des lettres du Québec à Paris, en avril, mai et juin 2024, au cours de laquelle je me consacrerai à un recueil en gestation. 

 

 

(H. M) —  Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos futurs projets et j’attends avec impatience de découvrir votre travail à venir.

 

(N.A) — Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour cette entrevue !

 

 

Extraits poétiques choisis par Nora Atalla

 

Suite poétique : Le miroir renversé

 

Extraits parus dans Exit, revue de poésie no 94 Édition gaz moutarde, Montréal et réédités ici avec l'aimable autorisation de la poétesse et de la maison d'édition.

 

 

Le miroir renversé

 

dans les os

comme le froid fracasse les surfaces

les vrilles cisaillent les visages


 

sur la peau

comme glissent les couleuvres


 

le visque colle aux figures

rougeurs rampantes sur les artères

garance


 

*****


 

le soir faille à calmer la douleur

il attend que vienne la mort

sa sournoiserie millénaire


 

il attend la sérénité des bouddhas

de tant de misères oublieux


 

mais les os et la peau s’emmêlent à la poussière

que la mémoire rejette


 

insensible     la glace déforme les silhouettes


 

***

 


 

vitres concassées

dans les crânes s’enfoncent

la foule hébétée exorbite ses yeux

devant le sang qui n’a de cesse


 

on suit les coulisses que laisse le sort

mauvais et vile     tyrannise


 

nombreux     les auvents camouflent les vautours


 

*****


 

le nitre coule sur les joues de papier

la foudre pourfend les carapaces

que rien ne cicatrise


 

la foule s’écrase sous le poids de l’odieux


 

demain lui promet un azur de béton


 

***


 

les éléments entravent les déplacements

la commune mesure justifie

la multiplication des sévices


 

rester facilite la torture

un rasoir guette la distraction


 

*****


 

comment établir les liens

entre les consciences

réduire l’élasticité des raisonnements


 

le rasoir a plus que trois lames


 

*****


 

les chairs se fendent

un instant     au bout du désir

les poitrines se gonflent

les paupières battent

au gong du matin


 

tout est à prendre avant la venue des cyclopes

tout à saisir avec la fougue des vierges


 

les fronts s’unissent au moment du sacrifice


 

***


 

une opacité de griffons

quand la vie s’encrasse

de démons de fantômes


 

quelque part

pointu     s’immisce l’acier

dehors clous et croix pleuvent sur les têtes


 

le jour cherche à poindre


 

*****


 

en quelque ailleurs

la coquille craque

de vive force les écailles enlacent l’œil

incisent sa fine pellicule


 

une opacité de velours

à fuir les bossus les tordus

la canicule     les langues d’acide


 

le jour est loin de naître


 

***


 

bouche contractée

un lion rugissant dans le sein


 

entre les hélices du temps

tempêtes


 

mais la première naissance

écarte la noirceur

la respiration reflète l’enfance


 

un souffle


 

***

 

 

© Hanen Marouani.

 

 

* Cette entrevue a été réalisée en novembre 2023 et entièrement finalisée et recue par notre rédaction en janvier 2024.

 

 

© Crédit photo : Yann GachetPortrait photographique de Nora Atalla (poétesse & romancière) dans la Villa Bloc, 27 avril 2023.

 

 

FICHE INFORMATION

 

Photo: EN PIÈCE JOINTE

Profession ou activités : Poète, romancière, nouvelliste

Site Internet, Blog, liens sites de ventes

https://www.litterature.org/recherche/ecrivains/atalla-nora-1227/date/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nora_Atalla

https://www.ecritsdesforges.com/2023/05/31/atalla-nora/

https://lesvoixdelapoesie.ca/lire/poetes/nora-atalla

https://cultureeducation.mcc.gouv.qc.ca/repertoire/29589

https://www.prologue.ca/recherche-avancee-livres.html?Recherche=nora+atalla&Critere=Auteur

https://leseditionsgid.com/auteur/atalla-nora

 

 

BIOGRAPHIE

 

Native du Caire, d’origine gréco-libanaise et franco-géorgienne, Nora Atalla vit au Québec depuis l’enfance. Passionnée de voyages, elle a arpenté de nombreux pays cherchant à comprendre le monde et les êtres, s’inspirant de tous ses dépaysements. Ses voyages et son œuvre poétique sont deux thèmes indissociables. Elle s’intéresse à la condition humaine; sa quête se situe dans les abîmes et la lumière, les ouragans et la fragilité des êtres, la fougue et la tendresse, le chaos et l’espérance. C’est le cœur de son travail.

Auteure de neuf recueils de poèmes, d’un recueil de contes et nouvelles et de deux romans, en 2023, elle a été finaliste du Prix Charles-Biddle et lauréate du Prix du CALQ Artiste de l’année dans la Capitale-Nationale et du Prix d’Excellence de l’Institut Canadien de Québec; ainsi que lauréate du Prix international de poésie Annette-Mbaye-d'Erneville 2022 du Festival international de littérature de Dakar pour La révolte des pierres, également finaliste du Prix francophone international 2023 du Festival de poésie de Montréal; elle a reçu plusieurs autres prix et reconnaissances. Ses textes ont paru dans plus d’une cinquantaine d’anthologies et revues littéraires au Québec et à l’étranger, et ont été traduits en plusieurs langues. 

Très engagée dans le milieu littéraire, porte-parole de poètes et d’écrivains québécois partout où elle se rend, Nora Atalla a lancé en 2009 son projet « Les livres voyageurs », transportant dans ses valises près de 1075 ouvrages, anthologies et revues de poésie (environ 1500 auteurs) pour les faire rayonner hors des frontières du Québec. Ces livres sont aujourd’hui sur plusieurs rayons de bibliothèques publiques et universitaires au Moyen-Orient et en Afrique, Europe et Amérique latine.

Fondatrice en 2009 de la Nuit de la poésie à Québec, qu’elle anime chaque année depuis, boursière et membre de jurys et comités consultatifs au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et au Conseil des arts du Canada (CAC), elle a été membre du comité d’évaluation du Prix du Gouverneur général en 2019 (poésie). Elle anime des ateliers auprès de jeunes et adultes de toutes origines; elle fait du mentorat auprès des écrivains en émergence. Elle a été poète en résidence au Mexique (CAC) en 2019 et en 2022 au Centre des Récollets à Paris (CALQ). Invitée d’honneur en 2022 par la Maison des étudiants canadiens à Paris, elle a été reçue à nouveau en 2023. Toujours en 2023, elle a remporté la résidence de création croisée en Nouvelle-Aquitaine, de l’Institut Canadien de Québec et de l’Agence culturelle de la Région Nouvelle-Aquitaine à Poitiers et Bordeaux et participé au Marché de la poésie de la place Saint-Sulpice à Paris. Et c’est à nouveau à Paris qu’elle sera en résidence (CALQ) en avril, mai et juin 2024.

Nora Atalla s’emploie à promouvoir la littérature au Québec et à l’étranger. Elle est vice-présidente-Québec du Centre québécois du P.E.N. international, un organisme qui se porte à la défense des écrivains persécutés de par le monde. 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Poésie

 

La révolte des pierres, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2022

Morts, debout! Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2020

Bagnards sans visage, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2018

Les ouragans intérieurs, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2014

Hommes de sable, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2013

La gestation de la peur, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2011

Lumière noire, Éditions Cornac, Québec, 2010

Les raidillons de la mémoire, Éditions du Sablier, Québec, 2009

Divagations bohémiennes, Chloé des Lys, Barry (Belgique), 2008

 

Romans

Une escale à Kingsey Falls, Les Éditions GID, Québec, 2008

La couleur du sang, Les Éditions GID, Québec, 2007

 

Contes et nouvelles

Traverses, avec Alix Renaud, Les Éditions GID, Québec, 2010

 

Anthologie et collectifs (poésie et art-poésie)

Mosaïque québécoise, Femmes des Forges, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2022 sous la direction de Nora Atalla et Claudine Bertrand

 

 

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Pour citer cet entretien illustré & inédit

​​​​​​​​

Hanen Marouani (texte), « Entretien avec Nora Atalla (poétesse et romancière) », suivi d'extraits poétiques et illustré par trois photographies fournies  par l'autrice Nora AtallaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 23 Janvier 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/noi/hm-entrevueavecnoraatalla

 

 

Mise en page par Aude

Dernière modification le 27 janvier 2024 : rectification des légendes des photographies selon les recommandations de l'autrice.

 

 

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