N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Dossier Mineur | Articles & témoignages | Nature en poésie / Astres & animaux
À propos de
Ce que l'univers murmure
de Didier Aubourg
Critique & image par
Auteure, chroniqueuse, responsable de collection & membre de
la SGDL, Chartre des auteurs, illustrateurs jeunesse & de la SOFIA
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© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de poèmes intitulé « Ce que l'univers murmure » de Didier Aubourg.
Que reste-t-il d'une âme quand sa lumière nous atteint encore : un signal du passé, une présence ?
Cette lecture s'en tient à l'architecture du recueil : la poésie, c'est au lecteur de la découvrir.
Dès la dédicace, s'installe un métronome de la disparition, qui marque le tempo du recueil. La mort est évoquée sans que le mot soit prononcé, dans un langage d'astronome : « Comme une étoile dont l'éclat nous atteint encore ». L'image repose sur un fait physique : la lumière d'une étoile peut nous parvenir longtemps après que sa source s'est éteinte. Le recueil se referme, lui, sur une formulation directe : « au-delà de ma propre mort ».
Ces poèmes consacrés à la cosmologie se lisent alors comme un détour avant d'arriver à ce fameux mot que la dédicace évite. Le cosmos n'est pas seulement le sujet du recueil : il devient une manière de penser et de traverser le deuil.
Le sommaire est tout aussi parlant. La fin , de « Le Sourire sur la Plage » à « À toi qui m'as vu arrivé et que j'ai vu partir », forge une progression que jalonnent « Refuge entre deux mondes », « La Traversée », « Dissolution » et « Le Cercle de Lumière ». C'est une véritable séquence de passage. La plage du sourire semble rejoindre celle du dernier poème, où l'on lit « Toi qui es revenue un jour sur une plage ». Ce dernier poème occupe une place particulière en faisant entendre explicitement une relation entre le « je » et le « tu ».
Les illustrations des cinq parties accompagnent une disparition progressive : une explosion d'encre, un tronc et ses racines, deux silhouettes, des arches en ruine, une silhouette seule, de dos, qui s'efface. La progression visuelle va de la matière et de la dispersion vers la figure humaine, puis de deux silhouettes vers une seule, jusqu'à l'effacement.
Le cosmos devient signal, et le vocabulaire de la transmission n'a rien d'étonnant chez Didier Aubourg, ingénieur, dont c'est le premier recueil poétique publié. Plusieurs titres de poèmes appartiennent à ce vocabulaire : « Transmissions Stellaires », « Le Souffle Messager », « Écho d'un battement ».
Cette dimension technique ouvre une autre lecture du « murmure de l'univers ». En télécommunication, le signal est inséparable du bruit de fond. Le fond diffus cosmologique, le plus ancien rayonnement de l'univers, a été détecté en 1964-1965 par les radioastronomes Arno Penzias et Robert Wilson, aux Bell Labs, qui cherchaient à comprendre un bruit parasite capté par leur antenne. Le titre du recueil s'entend alors à deux niveaux : comme métaphore poétique et comme évocation d'une écoute technique du cosmos.
Une tension traverse les parties : le titre évoque le murmure, tandis que le silence s'installe dès la Partie III (« Les Silences du Cœur ») avant de devenir le titre entier de la Partie V (« Quand tout devient Silence »). « Le Cercle de Lumière » conserve pourtant les deux notions : « s'embrassent en silence », « écho d'un murmure ».
Dans ce poème, le vers « Le cercle s'efface, et pourtant tout commence » marque, à mes yeux, une bascule. Il contredit le « cercle parfait » évoqué deux strophes plus haut : le cercle n'est plus seulement une figure d'ordre et de retour, il peut disparaître. Le poème cesse alors de développer son imaginaire cosmologique et devient un chant de deuil. La disparition transforme le sens du cercle.
En somme, ce recueil, dédié « À ma mère », parle de disparition avec les mots du ciel : c'est une cosmologie du deuil. Le cosmos n'y est pas seulement un univers à décrire, il devient un langage pour penser la disparition, la transmission et ce qui subsiste après l'effacement. Les motifs scientifiques cessent d'être de simples images et entrent en tension avec l'expérience intime : c'est là que la poésie prend le relais de la cosmologie.
Il reste à ouvrir le recueil, à traverser ses cinq parties, de « Ce que le Vide Contient » jusqu'à l'adresse finale, et à découvrir ce que l'univers y murmure.
© Armelle Aellen Dupiat
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Pour citer ce texte, illustré & inédit
Armelle Aellen, (texte & photographie), « À propos de Ce que l'univers murmure de Didier Aubourg », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2026 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1er Volet, mis en ligne le 30 septembre 2026. URL :
https://www.pandesmuses.fr/2026noiii/aa-da-cequeluniversmurmure
Mise en page par David
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