14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 14:52

Megalesia 2020 | Critique & réception

La poésie-performance

de

Hanétha Vété-Congolo

 

 

Roger Little

 

© Crédit photo : Première et quatrième de couverture de l'ouvrage "Mon parler de Guinée", éd. L'harmattan.
© Crédit photo : Première et quatrième de couverture de l'ouvrage "Mon parler de Guinée", éd. L'harmattan.

© Crédit photo : Première et quatrième de couverture de l'ouvrage "Mon parler de Guinée", éd. L'harmattan.

 

 

Et Césaire vint... Comment, lorsqu’on est poète martiniquais, échapper à l’immense ombre portée par le Cahier d’un retour au pays natal ? Hanétha Vété-Congolo le fait courageusement, en mode féminin, d’abord en balançant son porc (dès 2006 !) au tout début de son premier recueil, Avoir et être1, mais toujours avec le verbe volcanique et parfois liturgique de son aîné. Elle est « debout et libre » en réponse à son ardent appel. Elle s’expose dans une explosion lexicale nourrie du brassage linguistique des Antilles, prônant une paronomasie jouissive qui entraîne le lecteur vers une adhésion consentie. Exemple attachez vos ceintures !) :

 

 

« Rien ils ne vous ont rien laissé ces diables pauvres diables sieurs de leurs sueurs seule riche nourrisseure de leur houe houant houant toujours encore toujours houant la houe sous leur ahan ahan ahan houant sarclant le tiges fines acuminées fines fines lames à miel aux tiges de cristallin roux (p . 94)

ou encore :

 

comment

 

mettre en culbute le ressenti térébrant du cœur vultueux trépide en quête du vulnéraire miel nappant l’insurmontable tiraillement permanente implosion implorant l’explosion total du corps de l’âme dans l’impérieux de l’ultime » (p. 124)

 

 

Au cœur d’un vibrant hommage à la mère on trouve une vive conscience du passé esclavagiste et un autre passage typique :

 

 

« la voix la voie engrossée de l’inestimable de l’action la parole du frère marron extravasant la mémoire des Pères en marronnage qui palpe le règne de son legs dans son défi craché aux maîtres mabouya il écharpe la  main qui veut le fouet cingler il écharpe le leste bras qui veut de la chair noire nourri le rouge sang de sa diabolique appétence il entend déjà le grand bruit de la parole indocile » (p. 149)

 

 

Parfois une voix connue est citée, celle de Derek Walcott par exemple, en anglais dans le texte : « either I’m a nation or I’m nobody » pour affirmer l’appartenance... et la langue n’est pas étrangère.

 

Le deuxième recueil est intitulé Mon parler de Guinée2 et poursuit une recherche verbale et rythmique comme une partition de musique. Ce titre n’a pas manqué de rappeler le célèbre écart entre cœur et langage dont le Haïtien Léon Laleau souffre selon son poème « Trahison », l’impossibilité qu’il ressent

 

 

« D’apprivoiser, avec des mots de France,

Ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »

 

 

Hanétha Vété-Congolo métisse son langage afin d’éviter ce piège. Encore plus que dans Avoir et être, des mots provenus de plusieurs langues s’imbriquent : « elle parle sa lang le langaj du / dedans » (p. 36) et n’hésite pas à écrire de longs passages en créole. Elle se déclare « l’amie des mots » (p. 46) et comme pour le prouver roule le vers suivant dans sa bouche : « grugeure grugeant dans la grugerie de la gruerie ». Plusieurs techniques sont à l’œuvre : le trait d’union disparaît au profit du mot-valise frappant déjà pratiqué dans le premier recueil ; la recherche lexicale est poussée dans les derniers recoins du dictionnaire ; l’invention de mots nouveaux s’enracine dans le tuf du reconnaissable. Tout cela contribue à créer une texture exceptionnelle qui fait que le parler des origines devient une fête de l’esprit, un flux irrésistible. La relation à l’enfant confine à la relation de l’enfant, au cœur du premier – et très long – poème de Mon parler de Guinée tout comme est centrale dans bien d’autres textes précédents.

 

L’Afrique matricielle et morcelée dans une numération d’ethnies – et partant de langues – dans le poème « clair du dedans » (p. 79-98) : la préoccupation de la « langue d’afrique nous inventée en langue nous » (p. 79) et de son intériorisation sont soutenues jusqu’à la fin :

 

« afrique vraie de ce jour d’hui délandjé afrique sans langue de ses langues sa langue afrique délanguée à langue flandjé

flanguée ce jour d’hui mais ma parole vraie du dedans vrai d’hier hier hier ici

​​​​​​ encore

​​ ​​​ encore

​​​​​​ encore

​​​​​​ encore ce jour d’hui » (p. 95-96)

 

 

Le sens de l’enracinement génétique et linguistique apparaît clairement dans le passage suivant :

 

 

« Nou

Nou nou nou

Nou-caribéen sur pieds afrique

noue

en marche

en marche

marche

en marche

dans la claire sente du jour ouvert de jour ouvert jour lumine clair jour clair lumine jour clair lumine de fruits jardin péyi de fruits jardin à pain oui à pain jardin en fruits à pain oui oui oui à pain à pain yapen clair fruit clair clair clair jardin rouge bleu rouge jardin yapen en jour lumine claires claires lumines du jardin clair de guinée. (p. 104)

 

 

Le débit tumultueux de cette poésie-performance comporte un paradoxe : comment porter une attention suffisante aux détails de l’inventivité linguistique lorsqu’on est emporté par ce flux enthousiaste ? Il faudrait les yeux du malfini, rapace antillais capable de passer en un instant d’une extrême presbytie à une extrême myopie afin que sa proie soit toujours au point. « ba mwen lè » lit-on au début de « tras doloris » (p. 119) : « donne-moi de l’air », expression à double tranchant. D’une part, l’appel de l’espace, pour l’oiseau comme pour l’être humain, est clair, mais d’autre part le locuteur veut tout simplement que celui qui le dérange s’enlève pour qu’il s’occupe mieux le travail qu’il entreprend. Comment s’arrêter à de tels nœuds quand on est entraîné vers l’avant avec une telle force ? 

Cette poésie mérite une attention toute particulière. Foin des cautions qui l’entourent dans ces éditions, signées pourtant de noms prestigieux : elle n’est pas précautionneuse, mais vivante, avec tout ce que cela comporte de risques.

 

 

 

Notes

1. Avoir et être : ce que J’ai, ce que je Suis, Mazères (F 09270), Le chasseur abstrait, « L’Imaginable », 2009.

2. Paris, L’Harmattan, « Poésie des cinq continents », 2015.

 

 

***

 

Pour citer ce texte

Roger Little, « La poésie-performance de Hanétha Vété-Congolo », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 14 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/performance-congolo

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 13:16

Megalesia 2020 | Annonces diverses

 

 

Sondage poétique

 

pour l'émission 

 

Traces de Lumière

 

 

 

Christian Malaplate

 

© Crédit photo : Présentateur de l'émission "Traces de Lumière". 

 

Bonjour à toutes et à tous,

 

Le Printemps des Poètes 2020 qui est la fête de la poésie : dire, écouter et partager a dû cesser toutes activités dès la fin de la première semaine malgré un grand élan populaire qui rassemble chaque année de nombreux participants. Pour continuer à célébrer ce Printemps des Poètes nous souhaitons votre présence en participant à ce sondage*.

 

En partenariat avec l’association Poètes sans Frontières (association à but humanitaire), l’émission Traces de Lumière* invite les auditeurs(trices) et les amis(es) de la poésie à répondre aux trois questions relatives à la poésie.

 

Je vous remercie d'avance de me retourner le questionnaire dûment rempli à christian.malaplate@wanadoo.fr (téléphone 0681076141) si possible avant le 30 avril 2020. Le résultat sera présenté sur le blog http://traces-de-lumiere.eklablog.fr dans la rubrique "Actualités". Il sera aussi annoncé sur les ondes en mai 2020. Ce résultat paraîtra aussi sur le site psf-letrave.fr et sur divers sites. Vous le recevrez également par courriel. 

 

Vous avez jusqu'au 30 avril 2020 pour répondre au questionnaire sur la poésie 2020. Vous trouvez aussi en pièce jointe les derniers résultats du sondage réalisée en 2017***.

 

Avec tous mes remerciements, amitiés poétiques,

 

Christian Malaplate

Réalisateur de l’émission, Vice-Président de Poètes sans Frontières.

 

 

*Présentation du sondage Poésie à télécharger ci-dessous.

**Sur le thème de la poésie et de la musique… un voyage au pays des mots qui ont laissé des traces de lumière) est diffusée sur Radio FM+ 91 fm Montpellier (Lundi de 11h à 12h et rediffusée le lundi de 20h à 21h)

 

*** Voir le sondage Poésie de 2017 :

*Sondage 2020 à télécharger

 

Sondage Poésie

 

 

Poètes sans Frontières - Revue L’étrave -Jeux floraux Méditerranéens

letrave@wanadoo.fr – (concours jusqu’au 15 juin 2020) jeuxflorauxmediterraneens@gmail.com

                                                                                         --------------------             

Bonjour à toutes et à tous !

L’émission Traces de Lumière (- Sur le thème de la poésie et de la musique… un voyage au pays des mots qui ont laissé des traces de lumière) -diffusée sur Radio FM+ 91fm Montpellier-  

(Lundi de 11h à 12h rediffusée lundi de 20h à 21h -) invite les auditeurs(trices) et les amis (es) de la poésie à répondre aux 3 questions relatives à la poésie. Si possible les réponses avant le 30 avril 2020 -D’avance merci ! Christian Malaplate réalisateur de l’émission.

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Retour du questionnaire à christian.malaplate@wanadoo.fr (téléphone 0681076141)

Le résultat sera présenté sur le blog http://traces-de-lumiere.eklablog.fr rubrique actualités -Il sera annoncé sur les ondes courant mai 2020. Ce résultat paraîtra aussi sur le site psf-letrave.fr et sur divers sites -Vous recevrez aussi le résultat sur votre mail.

 

A-Quels sont vos 10 poètes préférés ? (-poètes francophones – poètes du monde…)

1-

2-

3-

4-

5-

6-

7-

8-

9-

10-

 

B-Quels sont vos 10 poèmes préférés ? (-poèmes francophones – poèmes du monde…)

1-

2-

3-

4-

5-

6-

7-

8-

9-

10-

 

C-Quel sont vos 3 derniers livres de poésie que vous avez lus ?






 

A propos de la poésie- vos remarques -vos commentaires -






 

 

 

Nom :                        Prénom :

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Possibilité d’écouter des émissions déjà archivées sur le site :

www.radiofmplus.org Traces de Lumière

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RADIO FM PLUS (-91fm Montpellier)

Résidence Vert Bois 60 rue Albert LUTHULI  34090 Montpellier 

Téléphone 0467032839               www.radiofmplus.org

 

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Poètes Sans Frontières - L’Étrave

Poètes sans frontières depuis 1993 - L’Étrave : Revue de poésie depuis 1960

www.psf-letrave.fr          

​​​​téléphone 0490346073

 

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​​​​

Sondage...Sondage...Sondage...
Sondage...Sondage...

© Crédits photos :  logos des organisateurs de l'événement.

 

 

***

 

Pour citer cet avis

 

Christian Malaplate, « Sondage poétique pour l'émission "Traces de Lumière" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 14 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/sondagetracesdelumiere

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 15:50

Megalesia 2020 | Annonces diverses 

 

 

Communiqué de presse sur

"Haïm Zafrani, Penseur de la diversité"

de Mustapha Saha

éditions Hémisphère / éditions Maisonneuve  & Larose, 2020

​​​​​

 

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

© Crédit photo : première de couverture du livre "Haïm Zafrani, Penseur de la diversité" de Mustapha Saha, éditions Hémisphère / éditions Maisonneuve  & Larose, 2020.

 

 

Le Docteur Mustapha Saha publie un livre sur le penseur de la diversité, Haïm Zafrani, grand intellectuel marocain, né à Essaouira en 1922 et décédé à Paris en 2004. « Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur présente, avec sa belle plume et le sens de la formule qui le distingue, l’homme dont il était familier depuis fort longtemps, c’est une œuvre féconde dont il a une connaissance intime et qu’il rappelle avec une remarquable précision »

 

Postface par le professeur Mohammed Kenbib

 

 

« Au-delà de la reconnaissance publique, des distinctions académiques, des sollicitations internationales, intervenues sur le tard, Haïm Zafrani mène, jusqu’au bout, une existence de chercheur imperturbable, d’explorateur inébranlable de la diversité culturelle marocaine, loin des sentiers battus, avec la persévérance et la discrétion que l’enseignement talmudique lui inculque dès l’enfance », témoigne d’emblée l’auteur de l'ouvrage. « Tout au long de son existence, Zafrani poursuit un seul but, exhumer et restituer, aux générations présentes et futures, un capital historique exceptionnel, un patrimoine culturel bimillénaire en grande partie méconnu, sous-estimé, refoulé, dans sa complexité, dans ses contradictions, dans ses accords et ses contre-accords », ajoute-t-il, soulignant que « cet intellectuel hors pair a établi l’ancienneté de la judéo-berbérité et de la judéo-arabité de la civilisation marocaine sur des preuves matérielles irréfutables, sur des traces archéologiques de l’époque romaine, sur des textes datés et authentifiés ».

 

Présertation du Penseur Haïm Zafrani :

 

Il est auteur de nombreux livres, études et recherches sur l’histoire et la vie culturelle, sociale, économique du Maroc et de l’Andalousie, "revisite méthodiquement les archives négligées, les éditions raréfiées, les manuscrits brunis par l’abandon, se méfie, avant tout, des hypothèses reproduites comme des certitudes, des arguties admises comme des vérités acquises, des sophismes enseignés comme des objectivités universitaires, et vérifie systématiquement l'authenticité des sources qu'il découvre, recoupe les versions des copistes, contextualise le cadre de leur production, en gardant à l’esprit la part idéologique inhérente à toute présentation des faits", écrit le Docteur Mustapha Saha. Pour le sociologue marocain, « toutes les publications de Haïm Zafrani sont fondées sur des documents incontestables, sur des études corroborées, sur des faits avérés, et s’inscrivent non seulement dans la connaissance, mais dans la connaissance de la connaissance. Ce penseur aura couvert, dans la meilleure tradition encyclopédique, tous les champs des sciences humaines et sociales, l'histoire, la sociologie, l'anthropologie, la linguistique, l'esthétique, la poétique, la musicologie, l'économie, la pédagogie, l’éthique, la théologie, le droit rabbinique en maîtrisant la méthodologie de chaque discipline. Haïm Zafrani, infatigable explorateur de la mémoire berbéro-judéo-arabe, est sans conteste l'historien et le penseur référentiel de la diversité structurelle et de la pluralité culturelle, constitutives de la société marocaine depuis ses origines. S’il fallait un seul mot pour définir l’œuvre de Haïm Zafrani, une œuvre prolifique, impressionnante, pour ne pas dire intimidante, par sa dimension et sa densité, ce mot serait sa rigueur, sa rigueur intellectuelle, sa rigueur scientifique, sa rigueur éthique. Une rigueur associée à la vigueur investie dans sa réalisation pendant un demi-siècle, avec la ténacité tranquille des voyageurs du désert ».

 

Docteur ès lettres et sciences humaines et docteur en études orientales, Haïm Zafrani était notamment membre de l’Institut des hautes études sémitiques au Collège de France et membre correspondant de l’Académie du Royaume du Maroc. Il a dirigé le Département de langue hébraïque et de civilisation juive à l'université de Paris-VIII, dont il est devenu professeur émérite. 

 

Auteur du livre :

Mustapha Saha est sociologue, poète, artiste peintre. Il est cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre et l’une des figures historiques de mai 68 (voir Bruno Barbey, Passages, éditions de La Martinière). Après la mésaventure de Louis Aragon, rejeté par les étudiants, il organise l’intervention réussie de Jean-Paul Sartre dans la Sorbonne occupée. Il signe avec les éditions du Seuil le contrat du premier livre sur la révolution soixante-huitarde, « La Révolte étudiante » et collabore avec Jean Lacouture dans la collection « L’Histoire immédiate ». Il réalise, sous la direction d’Henri Lefebvre, ses thèses de sociologie urbaine (Psychopathologie sociale en milieu urbain désintégré) et de psychopathologie sociale (Psychopathologie sociale des populations déracinées), fonde la discipline Psychopathologie urbaine, et accomplit des études parallèles en beaux-arts. Il est l’ami, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, de grands intellectuels et artistes, français et italiens, et se séjourne fréquemment à Rome. Il explore l’histoire du « cinéma africain à l’époque coloniale » auprès de Jean-Rouch au Musée de l’Homme et publie, par ailleurs, sur les conseils de Jacques Berque qui l’exhorte à renouer avec ses racines, « Structures tribales et formation de l’État dans le Maghreb médiéval », aux éditions Anthropos. Après une parenthèse comme sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée sous la présidence de François Hollande, Mustapha Saha décide de se consacrer entièrement à la peinture et à l’écriture. Il mène actuellement une recherche sur les mutations civilisationnelles induites par la Révolution numérique (Manifeste culturel des temps numériques), sur la société transversale et sur la démocratie interactive. Il travaille à l’élaboration d’une nouvelle pensée et de nouveaux concepts en phase avec la complexification et la diversification du monde en devenir. Ouvrages et expositions en cours de finalisation : « Le Calligraphe des sable » (livre de poésie présenté par Edgar Morin), « La Société diversitaire », « La Laboratoire marocain », « La dérive algorithmique ». Exposition en préparation : « Panthéon imaginaire des écrivains latino-américains ». 

 

***

 

Pour citer cet avis

 

​Mustapha Saha, « Communiqué de presse sur "Haïm Zafrani, Penseur de la diversité" de Mustapha Saha, éditions Hémisphère / éditions Maisonneuve  & Larose, 2020 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 13 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/penseur-diversite

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 18:33

Lettre n°14 | Être féministe | Megalesia 2020| Travestissements poétiques

 

 

Lettre de l’amoureux

&

Je le travesti du moi

 

 

Dina Sahyouni

 

Poèmes reproduits respectivement des recueils Murmures, et Lettres à Océan de savoir 2009-2010 avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure et de sa maison d'édition.

 

 

Lettre de l’amoureux

 

 

Le temps passe et un soupçon de vanité hante mes jours, rompt au fond, l’insolence de velours que je porte dans les yeux.

 

Je voudrais t’écrire, la plume se tait.

Les mots flottent dans la sphère des idées.

Je voudrais te dire, la parole se noue

Au fond de ma gorge, une truble floue

Mon regard amoureux de tout

Ce qui fait de toi

Mon âme sœur.

 

.........................que faire d’une passion dévorante qui pourchasse mon être quand ton ombre traverse mes rêves…

 

Je ne dors plus, je suis l’homme insomniaque qui rôde sur les supports,

 

Je me rends victime de ton amour, ultime voltige de mes sens…

 

Je ponce le regard pour veiller bien tard sur ta présence.

 

Les troubles envahissent mes contrées, je suis le mâle des souhaits de certaines mais point des tiens,

 

Je n’obtiens que le désordre et les frémissements du soi.. Guéris-moi.

 

Je meurs..

 

Je meurs..

 

Je meurs…

 

Ô

 

Eau d’amour,

 

Ode d’amour,

 

Ressuscite-moi…

 

Poème de Murmures.

 

​​​​​Crédit photo :​ Commons, domaine public, "CSD in Munich lila Drag Queen". 

 

 

Je le travesti du moi

 

Le je travestit mon identité, il me procure des modes de pratiques de soi* : des tas de processus d’assujettissement…

 

La loi Je me hèle, elle renferme mon être dans l’assujettissement discursif…

 

Je marche le long de mes ombres énonciatives et quête l’instant de Devenir…

 

« [...] Ne me demandez [plus] qui je suis »**, le je me clone…

 

Ne me redemandez plus qui je suis, ce Je ne me suffit guère…

 

Le je prostitue mon être, il m’étrangle en m’épousant…

 

S’il m’assujettit, il reste pourtant l’autre qui me façonne à son image.

 

Je passe par lui pour exister, je le revendique pour exister mais il est temps de dénoncer la supercherie, on ne devient pas Je par accoutumance mais presque toujours par sollicitude…

 

Je est le travesti du moi, il amuse la galerie en troublant toujours l’ordre linguistique…

 

Travestis-moi encore, il me reste toujours du temps pour retourner ma veste…

 

 

* et ** proviennent des écrits de Michel Foucault

 

Poème de Lettres à Océan de savoir.

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes

 

Dina Sahyouni, « Lettre de l’amoureux » & « Je le travesti du moi », poèmes reproduits de Murmures et Lettres à Océan de savoir, 2009-2010, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe & Megalesia 2020, mis en ligne le 12 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/megalesia20/dinah

 

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 10:42

Megalesia 2020 | Lettre n°14 | Être féministe | Poésie érotique 

 

Désir &

 

Sonnet féminin 

 

 

Renée Vivien

Poèmes choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

 

Présentation brève

 

Quelques phrases sur la poésie érotique de Renée Vivien :

 

Elle est picturale, classique cependant indémodable. Elle se réfère constamment à l'Antiquité, aux figures féminines païennes (ex. Volupté) et à La Poète (c'est-à-dire Sappho), vous pouvez le constater dans les poèmes extraits ci-dessous. La poésie érotique de Renée Vivien est puissante, limpide, revendicative, et rythmée. Elle est aussi féministe, et teintée d'une beauté et d'une fraîcheur provenant de la passion poétique vécue comme Extase et Volupté de l'être tout entier. Cette poésie relève également du lyrisme féministe parce qu'elle dévoile et sublime entre autres le corps et la sexualité non seulement féminins mais aussi lesbiens par l'intermédiaire de la création poétique.

Poétiser devient érotiser la vie. On retrouve ce même lyrisme féministe dans la poésie et les écrits de Sappho et des contemporaines comme Barbara Polla, Françoise Urban-Menninger (dans des écrits érotiques hétérosexuels...) et bien d'autres Angèle et MIKA (dans des chansons sur l'amour homosexuel).

 

 

 

Ces deux poèmes sont des extraits de Renée Vivien (1877-1909), Cendres et Poussières, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage Choiseul, 23-31, 1902. Le recueil est adressé à l'amie de Renée Vivien H. C. L. B. et il a été imprimé le 27 mai 1902 à Paris.

Le poème "Désir" est un portrait érotique, descriptif, expressif et pictural de l'amante désirante et tant désirée. Ce poème explicite du désir amoureux lesbien permet de comprendre sa ressemblance au désir amoureux héterosexuel et normé. En outre, cette expression lyrique et féministe trouve des échos dans la culture populaire et musicale comme la récente chanson de l'artiste Angèle intitulée "Ta Reine" (voir le lien ci-dessous vers la chanson citée) ou chez l'artiste MIKA, auteur de plusieurs chansons qui portent sur la sexualité et l'amour homosexuels. Néanmoins, les difficultés de parler ouvertement de l'érotisme dit "homosexuel" persistent et continuent à attiser des tensions et même des discours de haine à l'égard des LGBTQAI+.

Quant au "Sonnet féminin", qui relève aussi de l'érotisme dit "homosexuel" et du lyrisme féministe, il permet de tracer un fil conducteur avec le matrimoine de la poésie de Sappho. Ce sonnet comporte aussi un blason élogieux de la voix de la personne aimée même si les rimes du sonnet ne sont pas plates, la litanie est là. D'autres parties du corps sont aussi érotisées comme les mains par exemple. La voix renvoie au souffle et à la poésie, car avant tout être poète, c'est être une voix, un souffle (cela a un rapport étroit avec les origines mythiques et légendaires de la poésie, le chant des Sirènes, Apollon, Mnémosyne, les Muses, Pan, Orphée, les Aèdes...)

 

​​​​​​Parmi les autres poèmes d'amour et d'érotisme du recueil "Cendres et Poussières", le "Sonnet féminin" se distingue par une sublimation claire du désir proprement "féminin" à l'égard du "féminin" pour le transfigurer en poésie, en une passion de la poésie. Renée Vivien a été ainsi étreinte par la poésie elle-même par le biais de l'être aimé (transfiguré en Muse) comme elle l'explique dans le premier tercet du sonnet. Et le "bleu" divin des clartés infinies" est le bleu de la poésie... On retrouve cette affirmation sur le fait que le bleu est féminin et Poésie dans le recueil de lettres de la poète Aurélie-Ondine Menninger "Lettres à Bleue" et bien d'autres poèmes de ses écrits et dans le poème chanté "Blue" de MIKA (voir lien ci-dessous vers la chanson citée). Dans le dernier vers du sonnet, la poète use encore de la métaphore pour décrire la "volupté" poétique qui transfigure sa bien-aimée en Muse libératrice et inspirante. Ainsi, la "blanche volupté" est une pureté symbolique et synonyme d'innocence poétique et de virginité des sensations érotiques rendues esthétiques ; une source d'inspiration, de créativité et un support de liberté. Ainsi, le lyrisme féministe se caractérise par une liberté créative.

 

Je voudrais par ailleurs en écrivant ces lignes renouveler ma proposition annoncée dans des billets datant de décembre 2019 pour tenter avec d'autres collègues de penser le lyrisme féministe dans tous ses états et toutes ses expressions. Il me reste de vous souhaiter une bonne lecture.

​​​​​

 

Désir

 

 

Elle est lasse, après tant d'épuissantes luxures.

Le parfum émané de ses membres meurtris

Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.

La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

 

 

Et la fièvre des nuits avidement rêvées

Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.

Ses attitudes ont des langueurs énervées.

Mais voici que l'Amante aux cruels ongles longs

 

Soudain la ressaisit, et l'étreint, et l'embrasse

D'une ardeur si sauvage et si douce à la fois,

Que le beau corps brisé s'offre, en demandant grâce,

Dans un râle d'amour, de désirs et d'effrois.


 

Et le sanglot qui monte avec monotonie,

S'exaspérant enfin de trop de volupté,

Hurle comme l'on hurle aux moments d'agonie1,

Sans espoir d'attendrir l'immense surdité.

 

Puis, l'atroce silence, et l'horreur qu'il apporte,

Le brusque étouffement de la plaintive voix,

Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,

Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

(pp. 43-44)

 

 

 

Sonnet féminin

 

 

 

Ta voix a la longueur des lyres lesbiennes2,

L'anxiété des chants et des odes saphiques3,

Et tu sais le secret d'accablantes musiques

Où pleure le soupir d'unions anciennes.

 

Les Aèdes4 fervents et les Musiciennes

T'enseignèrent l'ampleur des strophes érotiques

Qui versent dans la nuit leurs ardentes suppliques,

Ton âme a recueilli les nudités païennes.

 

Tu sembles écouter l'écho des harmonies ;

Bleus de ce bleu divin des clartés infinies,

Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène5.


 

Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses ;

De ton corps monte, ainsi qu'une légère haleine,

La blanche volupté des vierges amoureuses.

 

(pp. 93-94)

 

 

Notes

 

1. Il s'agit d'une métaphore classique mais toujours employée et explicite comparant l'extase amoureuse féminine à l'agonie qui précède la mort. C'est tout le poème qui constitue en fait une métaphore comparant la volupté ardente du désir amoureux en action aux instants de la mort ; une sorte de tremblement saisissant l'être tout entier et le laissant ébahi.

2. Les "lyres lesbiennes" sont à la fois une inspiration, une référence, une affiliation revendicative féministe, créative et sexuelle. Elles renvoient à la poésie de Sappho.

3. Idem.

4. Comme Homère, les aèdes sont des poètes de l'antiquité grecque. Ils sont nomades, conteurs et musiciens comme Orphée. Il s'agit des premiers poètes qui déclamaient des épopées...

5. Le terme a été rectifié par nous pour correspondre au nom de la ville grecque décrite dans le poème.

 

 

***

 

Pour citer ces  poèmes

Renée Vivien, « Désir » & « Sonnet féminin » poèmes extraits de Cendres et Poussières (1902) choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe & Megalesia 2020, mis en ligne le 12 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/desir-feminin

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

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