1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 19:56

​​​

N° 10 | Célébrations | Éditorial [uniquement en ligne] 

​​​​​

 

 

 

 

 

Vœux poétiques pour 2022 :

 

 

 

résistons ensemble.

 

 

​​

 

 

Crédit photo :  Une fête, dessin publicitaire trouvé sur Commons. 

 

 

 

 

Avenir

 

 

Les poètes futurs, bien plus heureux que nous,

Verront l'humanité pieuse à deux genoux

Bénir dans leurs chansons avec joie écoutées,

Le doux accouplement des rimes veloutées.

Leurs ailes s'ouvriront brillantes au grand jour,

La foule sur leurs pas portée avec amour

Couronnera leurs fronts de lauriers et de roses,

Leurs vers retentiront dans leurs apothéoses !

Mais je vivrai pas dans ces âges lointains

Dont nos temps orageux ne sont que les matins,

Et pour précipiter mon voyage au but sombre,

Déjà quelque embryon qui s'ébauche dans l'ombre,

Paupière impatiente avide du réveil,

Songe à me déloger de ma place au soleil.

Il doit, (le monde est fait de ces tristes échanges),

Chercher dans mon linceul à se tailler des langes.

Comme on entend de loin, d'abord soupir confus,

Grossir bientôt la voix menaçante du flux,

J'entends, sans redouter son croissant voisinage,

Le grand flux de la mort qui monte vers la plage.

Ô Muse souriante, à d'autres tes baisers,

Tes doigts d'or, sur mon luth un seul instant posés,

Pour d'autres frémiront dans les nuits extatiques,

Lorsque j'irai dormir sur la foi des cantiques,

En rêvant que les jours seront bien tard venus

D'une immortalité sous des cieux inconnus ?*

 

 

* Cf. VACARESCO, Hélène (1864-1947), Chants d'aurore, pp. 119-120) pour lire les poèmes choisis, voir :

 

 

Cher lectorat, 

 

 

Les temps que nous vivons dans ce monde sont bien difficiles mais les braves ne manquent pas parmi vous. 

Nous arrivons grâce à vous à maintenir un rythme soutenu de publications visant à vous faire presque oublier la sévérité de la pandémie de COVID-19 (et  ses nombreux variants).

 

Nous avons su faire de l'année 2021 une période de solidarité réciproque et avons créé ensemble un espace poétique de résistance. Continuons de résister poétiquement ensemble en 2022 et comme précédemment, nous vous dédions les réussites de 2021. 

 

**********

 

"Les équipes des périodiques de l'association SIÉFÉGP avec celle de la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, adressent leurs chaleureux et meilleurs vœux pour 2022 à vous, vos proches et à la terre entière.

 

Nos équipes vous invitent à poétiser avec elles ce monde assoiffé d'amour, de justice et de paix. Elles envoient également un grand merci à toutes les personnes qui soignent, consolent, protègent, sauvent des vies, veillent sur les autres et font la paix.

Agréable année 2022 !"**

 

Nos sincères pensées et soutiens vont enfin aux familles en deuil et celles qui ont perdu des proches par féminicide.

 

 

 

Périodiques & association, 

Le Pan Poétique Des Muses, Semainier Des Muses, Iris & Mêtis, Marceline Desbordes-Valmore, LF, Orientales & l'association SIÉFÉGP***

 

 

 

** Message rédigé par Dina Sahyouni (présidente de la SIÉFÉGP). 

*** Est le sigle de la Société Internationale d'Études des Femmes & d'Études de Genre en Poésie.

 

[COMMUNIQUÉ DE PRESSE DES PÉRIODIQUES DE LA SIÉFÉGP DU 5 JANVIER 2022]

 

À la suite de nombreuses positions belliqueuses des personnalités politiques & des pro/anti vaccinés ou non-vaccinés, on continue d'encourager chaque individu à protéger sa vie & la vie de ses semblables par une autodiscipline éthique & à l'aide du vaccin.

 

***

 

 

Pour citer cet édito ​​​​​inédit

 

SIÉFÉGP, « Vœux poétiques pour 2022 : résistons ensemble. », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N° 10| Automne-Hiver 2021-2022 « Célébrations », mis en ligne le 1er janvier 2022, Url:

http://www.pandesmuses.fr/no10/siefegp-2022

 

 

 

Mise en page par David Simon

Dernière mise à jour le 5 janvier 2022 (ajout du communiqué de presse de la SIÉFÉGP et du lien vers le message collectif du 4 janvier 2022) 

 

 

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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 18:53


N° 10 | Automne-Hiver 2021-22 | Annonces diverses [Uniquement en ligne] ​​​​​

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calendrier

 

 

de l'avent 2021 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : Cadeaux de Noël par DesktopNexus, image trouvée sur le site : https://www.maxiapple.com/2020/11/fond-ecran-mac-pc-wallpapers-fetes-noel.html

 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES vous propose sa liste de livres et albums à lire, à écouter ou à offrir du 1er au 31 décembre 2021. Cette liste se compose des œuvres commentées par des membres de la rédaction ou des œuvres lues et écoutées.

 

 

Œuvres recommandées : 

 

Le 1er décembre 

 

Le recueil de poèmes en prose Lettres à Bleue :

Le 2 décembre

 

Le roman Violences :

Le 3 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes :

Le 4 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes en braille :

Le 5 décembre ​​​​​​

 

L'album poétique intitulé "Muses, les filles de la mémoire" de l'artiste Sarah Amsellem (sortie officielle de l'album digital le 10 décembre 2021), en voici un extrait :

Le 6 décembre ​​​​​​

 

Le récit Au-delà de Nos larmes :

Le 7 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes Dialogues avec le jour d'Isabelle Poncet-Rimaud

Le 8 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes Mujer de sombra / La Femme de l'ombre et Lectora de tu voz / Lectrice de ta voix

Le 9 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes Como decíamos / Comme nous disions hier. Poèmes de Celia Vázquez

Le 10 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de poèmes La strophe d'après

Le 11 décembre ​​​​​​

 

L'essai poétique de Nataneli :

Le 12 décembre ​​​​​​

 

L'essai L'art est une fête :

Le 13 décembre ​​​​​​

 

Les œuvres suivantes de Barbara Polla

Le 14 décembre ​​​​​​

 

L'œuvre intitulée Ayne, femme africaine insoumise par Aye Diallo

Le 15 décembre ​​​​​​

 

Le recueil de nouvelles Ses yeux d'eau

Le 16 décembre ​​​​​​

 

La bande dessinée Hshouma par Zainab Fasiki

Le 17 décembre ​​​​​​

 

Les recueils de poèmes de Catherine Gil Alcala, La Foule Divinatoire Des Rêves & La Somnambule dans une Traînée de Soufre

 

Le 18 décembre

Le recueil de récits de Françoise Urban-Menninger, Le jour du muguet et autres récits

Le 19 décembre

 

Le recueil collectif de nouvelles Dimension Jardins​​​​​​ par Françoise Urban-Menninger (éd.).

 

Le 20 décembre

 

Le recueil de poèmes de Chantal Robillard Dentelles des reflets de Venise

Le 21 décembre

 

Le Consentement de Vanessa Springorae

 

Le 22 décembre

 

La soirée grandiose sur la chaîne de télévision CULTUREBOX (canal 14 & sur France TV4) à 21h05 "Mika at the Philharmonie de Paris"/"Mika à la Philharmonie de Paris

Bis | Le 22 décembre

 

Le recueil de Hiyam Bseiso, Mon Poème

Le 23 décembre

 

La nouvelle Énorme, une nouvelle de Marie Sellier

Le 24 décembre

 

Le roman autobiographique de Maïde Maurice, Nina, une enfance en Haïti

Le 25 décembre

 

Le documentaire "Le sexe du rire" par Julie Peyrard et Lise Thomas

Bis | Le 25 décembre

 

L'album féerique de MIKA à l'Opéra de Versailles

& son récital à "Philharmonie de Paris Live - Mika Philharmonique". Orchestre national d'île-de-France, Choeur Stella Maris, Simon Leclerc

Ce sublime concert est à (ré)voir :

Le 26 décembre

 

Zhifang Tang, Postface du conte Bo Ya et Ziqi de Zhifang Tang

Bis | Le 26 décembre

 

L'œuvre de Ivanka Paul, Goodby Tito, Mémoires d’une jeune provinciale aux idées arriérées...

Le 27 décembre

 

Anne-Marie Claire, "L'âme à l'amour tranché. Dénouer le destin d'inceste"

Bis | Le 27 décembre

 

L'Ange et les Pervers de Lucie Delarue-Mardrus, Édition critique établie par Nelly Sanchez, Classiques Garnier

 

Le 28 décembre

 

La téméraire de Marine Westphal, paru chez Stock

 

Bis | Le 28 décembre

 

Le recueil de poèmes espèce par Frédérique Guétat-Liviani aux éditions le Temps des cerises

 

Le 29 décembre

 

Nothingwood, réalisé par Sonia Kronlund. Film documentaire, 2017

 

BIS | Le 29 décembre

 

Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas

Le 30 décembre 

 

Anne Marty, La littérature haïtienne dans la modernité, Éditions KarthalaPrésentation du recueil Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes)

Le 31 décembre 

 

Présentation du recueil Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes)

 

***

 

Pour citer ce calendrier féministe 

 

Le Pan Poétique des Muses, « Le calendrier de l'avent 2021 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°10 | Automne-Hiver 2021-22 « Célébrations », mis en ligne le 1er décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ns2022lecalendrierdelavent2021

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

Dernière mise à jour le 30 décembre 2021

 

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 14:50

 

N°10 | Célébrations | Réflexions féministes sur  l'actualité | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

 

 

 

 

 

 

Mila :

 

 

une femme hors normes*

 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice,

lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

​​​Crédit photo : "Reaching for the moon", peinture, image de Commons, Wikimedia domaine public. 


 

Ce billet dresse un constat alarmant sur la façon dont une jeune femme dans un pays fort civilisé peut concentrer à elle seule des animosités et haines des personnes aux discours généralement opposés**. Érigée en sorcière du XXIème siècle et diabolisée quotidiennement par des harceleurs et harceleuses, elle continue pourtant à tracer son chemin en femme hors normes qui dérange beaucoup de gens par ses propos illustrant avec brio la liberté d'expression dans une France bien laïque. 

 

Les propos de Mila provoquent des réactions violentes** et pourtant ils sont souvent nuancés. Mila dérange certains mais elle fait du bien à nos sociétés trop policées tombées dans une tiédeur normative et qui ne laissent plus aux femmes hors normes la possibilité d'exister sans être condamnées au silence par une opinion publique plus que répressive et agressive. 

 

Cette moderne fée poétique du monde réel, malgré ses nombreuses difficultés de femme empêchée de vivre en toute liberté comme les jeunes femmes de son âge, dévoile les ignominies des uns et les lâchetés politiques des autres qui ne la soutiennent pas. 

Malheureusement, on ne la protège pas assez. 

Malheureusement, on ne la défend pas assez. 

 

Certaines personnes refusent de lui apporter leur soutien parce qu'elle a des attitudes ou des avis qui ne leur conviennent pas. Je pense qu'elles ont tort car on doit la soutenir plus encore quand on n'est pas d'accord avec elle pour pouvoir justement en discuter sereinement sans s'ériger en censeurs de bonne volonté des temps révolus.

 

La soutenir dans sa lutte contre l'obscurantisme religieux, contre tout fanatisme me semble de plus en plus un devoir laïc, citoyen et féministe qui nous oblige afin de réveiller en chaque jeune femme la nécessité de "s'individuer"*** et d'user de sa liberté d'expression quand elle le souhaite et indépendamment des intimidations et tentatives d'instrumentalisation de ses discours et/ou vie. 

 

©DS

 

 


 

 

 

* Selon le sens donné par Barbara Polla dans "Femmes hors normes" aux éditions Odile Jacob, 2017, voir aussi mon texte "La puissance d'être soi ou Femmes hors normes de Barbara Polla" sur cet essai, URL. http://www.pandesmuses.fr/2017/femmes-hors-normes.html

** Veuillez consulter à ce sujet l'actualité concernant cette jeune femme et ses comptes sur les réseaux sociaux. Veuillez consulter également son communiqué de presse : https://twitter.com/magicalorrs/status/1476241443534651392?t=19gBH9-qgxvUw4i7xLdhHQ&s=19

*** Op. cit.

 

À lire aussi : 

***

 

Pour citer ce billet féministe inédit

 

Dina Sahyouni, « Mila : une femme hors normes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-22 « Célébrations », mis en ligne le 30 décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ds-milafemmehorsnormes

 

 

 

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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 11:34

 

N°10 | Célébrations | Critique & Réception | Réflexions féministes sur l'actualité

 

 

 

 

 

 

Sur une passion :

 

 

« now we’re talkin’»

 

 

 

 

 

Critique par

 

Camille Aubaude

 

Site & blog officiels :

www.lamaisondespages.com/

https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

Dessin par

 

 

Jean-Louis Polletimage

 

 

© Crédit photo : Portrait de "Simone Chevallier" par Jean-Louis Polletimage, image fournie par l'autrice.

 

 

 

Les Deux Étendards* est un récit fleuve dans lequel Lucien Rebatet se convertit en Michel. Ce livre est conçu tel un édifice mystique, mais c’est avant tout un tombeau de la passion que l’auteur éprouva pour la poétesse Simone Chevallier.

 

 

À partir du moment où Michel, sous sa forme d’Archange, est amoureux d’Anne-Marie — la Sainte Anne et la Vierge figurent la Poétesse —, il écrit, ultra fébrile, dans « le langage spontané d’un amour qui n’en pouvait connaître d’autre (…) aucun biais, aucun mensonge n’étaient praticables » (p. 114). Il n’existait qu’une seule femme « si magnifiquement orgueilleuse» (p. 112)  pour déclencher une telle force d’écriture :  « Je mène le combat le plus effrayant de ma vie » (p. 131), constate Michel. À partir de cette figure féminine, il se contraint à écrire sur le Bien et le Mal : « Anne-Marie, Dieu, l’œuvre : le programme était colossal » (p. 157).

 

Je résume le portrait d’Anne-Marie : « Cette fille bouleversante, ce naturel, ce charme et un cœur ouvert à une immense passion » (p. 115). C’est en effet la poétesse Simone Chevallier, personnage réel de ce « bloc d’adoration et de désespoir » (p. 114), que Lucien Rebatet a voulu rendre public, dans un contexte terrible, et à cause de cela jamais exprimé dans le récit : la seconde guerre mondiale. Rebatet a choisi le camp de l’extrême droite, à cause de l’éducation catholique dont il se défend dans ce livre écrit pour partie en prison. « Un seul but importait : tout revivre » (p. 120). Il y a une dynamique du souvenir : tout revient ! D’autant plus si le monde s’effondre, faisant comprendre que le crime ne paie pas...

       L’écriture si fébrile, a surgi juste après la rencontre d’Anne-Marie, un six janvier. Cela évoque les commémorations de la première nuit de Victor Hugo et Juliette Drouet, qui fut l’objet d’une pièce de théâtre ! Le narrateur veut faire mieux que tous les autres en la matière. Il est significatif qu’il ait été comparé à « une buée brûlante » par l’autrice d’Histoire d’O (Dominique Aury, alias Pauline Réage), grande figure de la N.R.F., femme d’influence et maîtresse secrète d’un écrivain de pouvoir, alors que Rebatet était démantelé, à bout de transes cruelles… Tandis qu'un texte sans puissance d’émotion, assénant une image de la femme masochiste soumise à son amant, est recommandé, Les Deux Étendards sont mis au rebut. Ses adversaires ont pu parler de « contre-poésie », sans s’intéresser à la poésie de la vraie Anne-Marie, cela va sans dire, mais encore, en niant l’assertion de l’auteur d’avoir eu Anne-Marie comme catalyseur de son écriture, car le mot « inspiratrice » ne convient pas à « Ces amants voués au déchirement d’un éternel adieu » (p. 115). Le système de la négation de la poétesse est comparable à celui que j’ai décrit** pour la pièce sur Edmond Rostand qui connaît un large succès depuis 2019, en présentant la poétesse Rosemonde Girard de la façon la plus commune possible, ce discours machiste inoculant une représentation inversée de la poétesse. 

Le discours de Rebatet est certes machiste, mais son expérience amoureuse et son questionnement mystique, loin de s’exclure, élèvent au sommet de la recherche religieuse, qui est un refus de l’éparpillement par la manifestation de l’Unité : Anne-Marie.

Pour outrer son rejet de la religion « du châtrage » (p. 151), « un système ignoble et désastreux, le catholicisme » (p. 118), Michel livre une guerre abjecte à son ami Régis, dont Anne-Marie est depuis deux ans la chaste compagne : « cette fille miraculeuse est bien dans des mains absurdes » (p. 115). Or, « Ce Régis nouveau créé par cette fille » (p. 115), est aussi une œuvre d’Anne-Marie. Régis, ce « mortel d’exception », incarne la musique. Connu en tant qu’auteur sous le nom de François Varillon, il fut un ami proche de Paul Claudel. « Je ne sais quelle infirmité du goût vient dévier ses plus beaux élans » (p. 133) constate Rebatet (i.e. Michel…), remarque qui s’adresse à tant de romanciers-ères, croyant pouvoir unir la littérature au show-biz.

« Now we’re talkin’ »...

Ultime touche du portrait littéraire d’Anne-Marie, que Michel accuse Régis d’avoir sacrifiée à sa vocation : « Vous avez immolé une femme, l’une des plus exquises, des plus touchantes qui soient au monde » (p. 1153). Et il a consacré plusieurs centaines de pages à la glorifier... Donc, la poétesse est « immolé »  deux fois sur l’autel de « l’amour sans lit » des Deux Étendards où les éclats du monde littéraire de l’après-guerre ont la fonction d’un chemin spirituel. Ainsi traité ton communément l’ineffable Beauté, « la perle aux mille orients »*** : c’est la femme qui meurt, insaisissable et immanente (voir mon Voyage en Orient, les lectures d’Iguazù). 

Que devient l’Archange, Michel, mu par le sentiment stupide et abject d’être un homme d’exception ? Les Deux Étendards livrent toutes les facettes de cet orgueil de caste qui a fait la grandeur des civilisations et leur chute. Il a joué aussi pour l’interdiction des femmes d’accéder au savoir. L’Archange est fait par la Poétesse : poiein, qui a donné « poésie » signifie « faire au mieux, avec art et enthousiasme ». Possédé puis révélé par l’amour, l’Archange Michel est en même temps Démon, et daïmôn vengeur, brûlant parfois aux Enfers, où ne règne plus la Grande Déesse, la Géante :

« Mon amour ne peut être qu’une plaie que je m’acharnerai à envenimer. (…) Ah ! cela est-il tenable sans que l’on en crève ? » (p. 122)

Condamné à mort, puis gracié, ce pamphlétaire aussi doué que Léon Bloy, est né et décédé dans un petit village. Il aurait pu se vouer à sa vocation de poète, celle que préserve Simone Chevallier dans son récit autobiographique qui se déroule aussi à Lyon, La Ville aux deux fleuves :

« Elle se fia une fois de plus à son instinct de poète qui lui semblait plus sûr que la conscience » (voir éd. Janicot, 1945, p. 243).

 

Bonne façon de s’y retrouver, sans choisir, en restant sous l’influence des enchantements. Le démon ne tourmente pas Anne-Marie mais la protège des atteintes de la jalousie et de la haine. Tandis que la poésie travaille à l’accouchement des multiples passions, qui n’en sont qu’Une : Isis, Sainte Anne, la Vierge Marie, ou la Poétesse. À jamais transfigurée, elle parle :

 

 

Qui es-tu, ô femme, en moi, primitive,

Vite perdue, à la dérive,

Encore à demi enlisée

Dans la fondrière des jours (…).

 

Simone Chevallier, Tour d’ivoire


 

Mon cœur hurle à la lune,

Il rugit dans le vent. 

Il réclame son dû de tempête et de sang.

Féroce et gémissant, il veut sa part humaine

D’amour et de douleur, de douceur et de haine.

 

Simone Chevallier, L’Hydre


 

 

© C. Aubaude 

 

 

 

Notes

 

* La pagination est celle de la version trouvée sur Google : 411009618-Lucien-Romain-Rebatet-Les-deux-etendards-1951 (1).pdf

** Camille Aubaude, « Chronique d’Edmond au Théâtre du Palais Royal », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url :

http://www.pandesmuses.fr/edmond.html

*** Version initiale dans mes Poèmes satiriques, traduits en espagnol par Rosario Valdivia.


 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit 

 

Camille Aubaude, « Sur une passion : "now we’re talkin’" », dessin par Jean-Louis Polletimage, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°10| Autome-Hiver 2021-2022 « Célébrations », mis en ligne le 24 décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ca-passionnowweretalkin

 

 

 

 

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 14:43

 

N°10 | Célébrations | Revue culturelle d'Europe | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

 

 

 

 

 

 

Germaine Tillion

 

 

 

entre résistance & fraternité

 

 

 

 

 

 

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, portait de "Germaine Tillion". Portrait. Peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm

 

 

 

Germaine Tillion (1907-2008), qui avait fait du juste et du vrai l’emblème de son siècle d’existence, est en droit de recevoir aujourd’hui l’éternelle reconnaissance nationale. Elle incarnait la liberté, l’égalité, la fraternité entre tous les peuples, toutes les cultures, toutes les civilisations, comme des droits inviolables et des devoirs incompressibles. Elle consacra sa vie, dans une destinée maîtrisée jusqu’au dernier souffle, son intelligence d'observation, sa puissance d’analyse, sa rigueur scientifique, ses recherches ethnologiques, son intransigeance éthique, ses engagements politiques, à la défense sans répit de la dignité humaine.

 

Elle était une figure vivante de la résistance dans toutes ses dimensions, la résistance à la bête immonde qui ravagea les peuples et leurs territoires, la résistance aux souffrances inimaginables du camp de concentration de Ravensbrück où elle fut déportée sur dénonciation, où elle fit de l’humour et de la création artistique des armes de combat, la résistance aux crimes militaires contre les algériens qu’elle soutint sans faillir dans leur lutte pour l’indépendance. Elle connaissait ce peuple mieux que personne. Disciple de Marcel Mauss, elle consacra sa thèse de doctorat aux berbères des Aurès avant de publier plus tard le maître-livre « Le Harem et les cousins ».

 

 

Sa ferveur pour le genre humain et son génie culturel, à toutes les époques, partout sur la planète, était si communicative qu’elle ouvrait instantanément des horizons insoupçonnables. Elle rendait ses interlocuteurs intelligents par sa seule présence, par l’éclat permanent de son regard, les étincelles stimulantes de sa parole, qui rendaient évidentes les vérités cachées. Sa mémoire impressionnante restituait dans les moindres détails les évènements vécus, les épreuves surmontées, les territoires parcourus, les anonymes rencontrés. Elle tissait sans cesse des liens entre ses missions officielles et ses recherches ethnographiques, explorait dans ses finesses la langue tamasheq, restituait dans ses profondeurs la civilisation touareg et les autres cultures sahariennes. Elle rendait aux univers symboliques, aux dérives imaginaires, aux pratiques magiques, qui transcendent la condition humaine et la subliment, leur grâce naturelle.

 

 

Sa vie et son œuvre furent, jusqu’au bout, indissociables. Elle se sentait, dans une universalité, ou pour employer un terme qui m’est propre, dans une diversalité,  qui animait chaque fibre de son être. Elle jugeait la valeur des cultures et des civilisations à la place qu’elles accordent à l’altérité. Elle portait l’autre en elle, tous les autres, comme une mère porte ses enfants, sans jamais tomber dans le messianisme prodigueur de leçons morales. Elle disait, dans un perpétuel hymne à la vie : « Notre esprit doit rester vigilant et clair, prêt à contre nous-mêmes si c’est nécessaire. Je pense de toutes mes forces que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique. Pour moi, la résistance consiste à dire non. C’est-à-dire non à l’assassinat, au crime. Il n’y a rien de plus créateur que dire non à l’assassinat, à la cruauté, à la peine de mort ».

 

 

© M. Saha


 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit  

 

Mustapha Saha, « Germaine Tillion entre résistance et fraternité », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 23 décembre 2021Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ms-germainetillion

 

 

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    REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques L'éblouissement, Ville & Les variations de mon propre feu Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie...
  • La mer sauvage, L'autre mer et La houle qui nous réclamait
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Astres & animaux / Nature en poésie La mer sauvage, L'autre mer & La houle qui nous réclamait Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste...
  • La nuit s'ouvre et Sable
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Poésie érotique | Astres & animaux / Nature en poésie La nuit s'ouvre & Sable Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère...
  • Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Cuisiner en poétisant | Annonces diverses / Avis de parution Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion © Crédit photo : Première de couverture...
  • À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025* Témoignage & images par Amel Boudali © Crédit photo : Amel Boudali en mode...
  • Les Nuits d'Alger
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Les Nuits d'Alger Poème engagé par Amel Boudali Crédit photo : Eugène Delacroix (1798-1863), « Les Femmes...
  • À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique »
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Annonces diverses / Avis de parution À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie & de création artistique » © Crédit photo : Couverture illustrée de l’ouvrage « La poétesse Nicole...
  • Une femme la nuit
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Revue matrimoine | Voix/Voies de la sororité | Poésie & philosphie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Une femme la nuit Poème féministe par Amel Boudali Je suis...