10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes 

Déchue

 

&

 

Les temps fauves 

 

  
Martine Jacquot

 

 

  Pour Tibault

 

Déchue



 Plus nocif que le diable
le riverain s’éraille
la voix
Bourdonnement
dans un arsenal
de mégots
Je frémis en agrippant les rideaux
gluants de gloire
déchue


 

 

Les temps fauves

 


Je chevauche un courant d’air
qui s’adosse aux aiguilles
d’une montre
Rien n’est ordinaire
dans la parade
des fous

 
Dans le fatras de fin du monde
quand le faste n’est plus que
leurre
la cartomancienne pleure
sur les cendres
inondées
Je patauge dans le bourbier
de mes contemporains

 

Le trottoir reflète
l’image de modes
anciennes
Flaques gris-acier de protocoles
profanés
Et moi je crie
que le corps
du monde
a la gangrène

 
Miroir des carnassiers
dans la cascade
du jour
Parfois l’odeur camouffle
nos illusions
Je mettrai un loup
sur mon visage
Anonymat au cœur du
caravansérail

 
Le passage du temps est
un lapsus
Récoltes cycliques et
guerres saisonnières
estampillent nos mémoires
Sans protocole
je file
écrire de la fiction
dans un journal
que des sages liront

 
Rire démoniaque
du soleil de minuit
Le métro court comme
un buvard taché
Errance dans la forêt rasée de
la veille
Plus farouches que des liasses d’archives
les indomptés se surpassent
dans le décor de carton-pâte

 
Dans le clavardage
de la rumeur
du monde
échec à l’examen
de conscience
Le spectacle de la migration
s’est noyé dans la banquise
effilochée

 
Je patauge devant une tasse de café
Que reste-t-il des estaminets
enfumés
du poisson frit dans du papier froissé
Des maisons se vident
de leur sens
et nous côtoyons
des choses
qui ont eu un
nom

 
Lumière en pointillé venue
de nulle part
étoiles blanches sur ciel
de nuit
flocons blanc sur terre
boueuse
J’écris sur des arbres assassinés
Je calligraphie une musique
inaudible

 
Alchimie larvée
Je faufile les signes annonciateurs
Dehors hurle
l’ignorance
Jeter des poignées de mots
au hasard
des ruines
C’est le récital
des anges

 
Il est toujours temps pour
un rituel de l’aube
Des morts lèchent la cire
des chandelles
ou marchent sur l’eau
une lyre à la main

 
Il aura fallu un bistouri violet
pour profiler les assassins
qui nous cernent
Une bonne occasion pour
admirer
les entrailles
des temps fauves

 

 

  

Pour citer ces poèmes


Martine Jacquot,  « Déchue  » & « Les temps fauves », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-les-temps-fauves-116293729.html/Url.http://0z.fr/kmUKe

Auteur/Autrice  

 

Martine Jacquot

Martine L. Jacquot vit entre la France et le Canada. Elle a publié une trentaine d'ouvrages (poésie, romans, nouvelles, essais, récits et romans jeunesse) dont Au gré du vent, roman (éd. du Grand Pré, prix européen de l'Adelf) et Duras ou le regard absolu, essai (éd. des Presses du Midi, France). Elle a aussi contribué à de nombreuses anthologies et a fait plusieurs tournées littéraires internationales (Russie, Cameroun, Maroc, Roumanie, Inde).

 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Poèmes

 

Face à la vague/hanami for a tsunam,


L'âme lyre (lyrics)

  

  

 

Silent tears

Marie Gossart 

 

 

 

Préambule

 

Le thème du Printemps des poètes s'articule cette année autour de la VOIX. C'est pour moi le sens même du poème. Porter la voix. Mettre des mots sur ce qui reste sourd. Les faire chanter hors de nous pour qu'ils nous rejoignent, très profondément, à l’intérieur. Voici quelques mots que je voudrais dire. Ils sont de Marguerite Duras, dans ÉCRIRE (Éditions Gallimard).

« C'est curieux un écrivain. C'est une contradiction et aussi un non-sens. Écrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. »


Écrire, porter la voix. De ceux qui n'en n'ont plus. De ceux qui ne peuvent pas ou plus parler. Murés dans la douleur, le trauma.
 

Il y a deux ans, le 11 mars 2011, avait lieu un tsunami qui a provoqué la plus grande catastrophe nucléaire au Japon après Hiroshima. Cet événement m'a affectée. J'ai vécu tout près, à Tokyo, il y a quelques années. Je connais la difficulté des Japonais à dire ce qui les touche, les émotions qui les traversent. Je n'ai pas pu, pas su voir une image de la catastrophe pendant les 3 jours qui ont suivi. Quand je l'ai fait, le 14 mars, j'ai comme hurlé les mots du texte « face à la vague-hanami for a tsunami ». Ces mots je les écrivais pour eux. Pour porter leur peine. Être leur voix. La date d'aujourd'hui, le 13 mars, me pousse à lire ce texte à nouveau.

Ma voix pour leur voix.


Tous mes remerciements à la revue Le Pan poétique des muses qui permet à de nombreux auteurs, femmes, d'avoir un porte-voix justement.

 

 

 

 

Face à la vague/hanami for a tsunami

 

(tribute to The dead and alive in Japan)


  
 

À l'horizon

Je la vois venir vers moi

Cette vague


 

La terre tremble

Jusque dans mon corps

Mais mes pieds sont enracinés

Rivés,

Incapables de bouger


 

La vague vient


 

Avec le bruit qui grandit

Mon coeur se serre

Tandis que mes lèvres se plissent, sourient


 

Autour de moi

Les meubles tombent

Les enfants crient

Le soleil même

Se noircit


 

Et le vent monte

Comme poussant la vague

Qui je le sais

Va m'arracher

Au sol, cet endroit de ma vie


 

Impossible de monter sur le toit

Les murs s'effondrent

Il ne reste plus

Que moi


 

De la plante de mes pieds

Remontent les secousses

Mes yeux se retournent

Ma bouche désespère

S'ouvre, cherche l'air


 

De gauche à droite

De bas en haut

L'espace tangue

Avale ce que le petit temps

Avait pu créer, misérablement


 
 

Mon coeur

Mon coeur enfin se décroche


 

Je le vois qui tombe

Au devant de moi

Eclabousse d'écarlate

Ma chair, mes pieds...mon sang


 

Mon coeur tombe


 

Détaché

Je peux enfin le voir battre

Vivre

Comme glorieux, libéré


 

Secoué, mon corps continue

De trembler de se lézarder


 

Bientôt

Je verrai ma peau fondre

Bientôt

Je pourrai enfin caresser

Mes os, blancs de sommeil

Resplendissants, immaculés


 

Bientôt

Je pourrai les toucher

Les masser, les laver

Les caresser, les bichonner

Mes os,

Comme un arbre dressé

Entre la terre et le ciel

Arbre vivant

Squelette de la beauté


 

Le vent souffle

Arrache mes cheveux

Mes pensées déjà

Sont inscrites au dedans

Sous la croûte de la Terre qui

Tremble et vole l'azur du repos à la mer


 

Face à la vague

La poussière tombe

La pluie est grise

Mon coeur qui bat

Sur l'asphalte

Catapulté hors de moi


 
 

Mon coeur qui bat

Est cette lumière

Ce rouge vermillon

Qui crie au scandale

Qui violemment s'étale


 

Vermillon rouge roule

se répand, implose étal

 

Face à la vague

Voici mon coeur

Qui se propose

Recouvre tous nos corps

De sa force

--------------------

Et de mille pétales.





Poème écrit le 14 mars 2011

 


L'âme lyre (lyrics)




J'ai l'âme lyre

Laisse moi te le dire

Dans un sourire

Une caresse

Un silence

 

Ou un soupir

 

J'ai l'âme lyre

Il suffit que je me penche

Et je respire

Tes baisers

Tes larmes

Tes désirs

 

Un coup de patte

Et je pisse

Comme un chien

Laisse mon empreinte

Invisible

Charmante

Sur tes fesses

Tes seins

 

Je voudrais prendre mon, ton temps

Accorder nos rythmes

Nos vies

Notre musique

J'ai l'âme lyre

Laisse moi te le dire

Te l'écrire

 

Où est l'amour?

Là, sous tes ongles

Tes doigts faits de velours

Dans cette couverture

Cette grotte chaude

Pleine de nos rires

Folle étendue

Terre de désirs

Sans cesse

A conquérir

 

J'ai l'âme lyre

Laisse moi te le dire

Dans un sourire

Une caresse

Un silence

 

Ou un soupir.



  Poème écrit en 2011


 

Silent tears




How many nights

Did I cry

In silence

...................

Silently crying

Oblivious in the morning



How many times

Did I cry in silence

Burying my tears

Closing my eyes

As sun rises

..........

Silently crying

Oblivious in the morning



How many days

Did I walk or run on my side

As if drunk, crying inside

.............

silently crying

Oblivious in the morning



How how how

Is this the sound of pain

The sound of love

Escaping my veins

 

Is this the sound

How how how

Of silent tears

Heading back to my ears






How many nights

Have I been crying

Crying silently

Surrounded but so lonely



As love or is it hope

as it escapes me

As it escapes me

Listen to the sound

The sound of my silent tears

 

............................my silent tears.



Poème écrit le 23 novembre 2010

 

 

Pour citer ces poèmes


Marie Gossart, « Face à la vague/hanami for a tsunam (tribute to The dead and alive in Japan) », «  L'âme lyre (lyrics) » & «  Silent tears » (poèmes précédés par un préambule), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-face-a-la-vague-hanami-for-a-tsunam-l-ame-lyre-lyrics-silent-tears-116293700.html/Url.http://0z.fr/eWC9u

 

Auteur/Autrice


Marie Gossart, née en France en Avril 1969. Elle tombe en poésie quand elle a 5 ans, moment où elle découvre aussi la musique, les arts plastiques et la danse. Plus tard, elle étudie à Sciences-Po Paris et devient publicitaire, chargée des stratégies de communication pour de grands annonceurs.

Après un long moment, et la naissance de deux enfants, Marie Gossart part vivre deux ans à Tokyo, y retombe en écriture. Elle écrit en français, et en anglais, son “autre” langue. De retour à Paris en 2008, elle s'intéresse particulièrement à l'écriture plastique et sonore de la poésie, y compose depuis des poèmes et des paroles de chansons. Depuis 2012, elle travaille l’écriture de fictions pour le cinéma et la télévision (court et long métrage). Premières publications au printemps et à l'automne 2012 dans la revue Le Pan poétique des muses

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poème

Poésie visuelle

  

Au fond de tes yeux 

 

 

   Nicole Coppey

 

 

 

Au fond de tes yeux, ma lumière brille paisible...

Au fond de tes yeux, il pleut rouge...

Au fond de tes yeux, il neige chaud...

Au fond de tes yeux, j'aime y vivre comme dans un nid d'amour, de confiance et de réconfort...
Au fond de tes yeux...
au fond de tes yeux... dans les yeux de ton fond respire la paix...

Au fond de tes yeux j'aimerais y rester jusqu'au bout de mes jours...
dans la nuit rayonnante...

 


Nicole Coppey a mis son poème précédent en version poème calligraphié (sur un fond noir et sur un fond blanc) & en version vidéopoème (url. http://www.youtube.com/watch?v=NGQJQT2B5bA)

 

Cliquez sur les images pour les agrandir

Avertissement : elles sont protégées tous droits réservés

Oct 20 022 Au fond de tes yeux Noir

 

Oct 20 022 Au fond de tes yeux

 

  

 

  

Pour citer ces poèmes


Nicole Coppey, « Au fond de tes yeux », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-poemes-engages-117514248.html/Url.http://0z.fr/IVBGD

 

 

Auteur/Autrice

 

Nicole Coppey

   

Chaîne sélectionnée par la revue : url. http://www.youtube.com/user/NicoleCoppey

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes

 J'ai crié sans doute

 

&  

 

Pour un son



Sophie Brassart

 

 

 

 

 

 

J'ai crié sans doute 

 

 


C'est la nuit garance et
 


 

caressant mon rire


tu cherchais l'impair


*


Je suis sans merci


invoquant le dieu


qui gravait les chairs


*


J'ai crié sans doute


le manteau surpris


j'en connais l'envers


*


Vu des foules sans


foi les yeux drapés


les vieux dignitaires


*


Les éclats de lame


l'orgueil laiteux


de chaque frontière


*


Vu les bouches lourdes


la tunique infâme


signe qui se perd


*


J'ai crié sans doute


Inanna ma feuille


sortie de l'enfer





Pour un son

 



Au

je dis je vide


son l'infini de la cloche, sous ma peau


reconduit


Sur le bord



Quelquefois les feuilles trahissent chêne pubescent l'orbe noir

dans la ronde frappant le sol

commandeur


Sur le bord

sidéré

ses yeux sombrent en silence


Je suis la rue indienne

chaque enfant de la torture


La femen destine

ses restes nus

aux seins nus


L'arbre remarquable sexe sang giclé par tous les pores


Sur le bord

sidéré

ses yeux figent mes veines



 

Pour citer ces poèmes


Sophie Brassart, « J'ai crié sans doute & Pour un son », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-sophie-brassart-116293661.html/Url.http://0z.fr/puGt9

 

Auteur/Autrice

 

Sophie Brassart, documentaliste aux heures pleines, elle a déjà publié dans les revues Mille et un Poètes (n°3, été 2012) et  La Porte des Poètes (printemps 2012). En 2011, elle a également publié un poème dans le cadre du Printemps des Poètes, a lu certains de ses textes lors de la présentation des derniers numéros de la revue La Porte des Poètes (en mai 2012) et elle a été citée dans la Revue Artension (n°112, mars-avril 2012). Elle tient aussi un blog intitulé Toile poétique à cette adresse : http://graindeble.blogspot.fr/. Déméter en témoin, Sophie Brassart noue un dialogue de lettres vives (poèmes et peintures), singulières ou bien mêlées. Les figures sont tissées de mêmes toiles, celles du temps numérique, pour des messages inscrits dans une vie courte; celles de la profondeur du mythe, sans quoi rien ne saurait advenir; celles du mystère féminin, qui invite à la transformation, la résistance, l'intensité. Autant de libres propos, libres propositions, réalisées avec de l'encre, de l'acrylique, et des suites de 0 et de 1. Elle a exposé ses tableaux dans l'Ateliers de Ménilmontant  en 2011 et dans "Empreintes" (exposition d'octobre 2012)

 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Article

      

 Un printemps triste et beau


(À propos de Heures de printemps de Marguerite Burnat-Provins1)


 

Catherine Dubuis

 


 


Par une journée pluvieuse de mai dans l’arrière-pays de Cannes, une femme de soixante-sept ans entreprend d’évoquer les heures d’un printemps qui ressemble à un automne. Cette femme, c’est la poète Marguerite Burnat-Provins, recluse au Clos des Pins, son mas de Saint-Jacques de Grasse. Ce « joli » mois de mai, c’est celui de la sombre année 1939, qui ouvre sur les cinq ans parmi les plus terribles que la France ait connus. La pluie ne cesse d’inonder la colline, la brume efface le paysage, les fleurs à peine nées sont aussitôt noyées sans avoir eu le temps de faire chatoyer leurs couleurs ni d’exhaler leurs parfums. La volière est dépeuplée, les parterres sont en friche. Tout concourt à dresser le portrait d’un printemps mélancolique, au sens fort du terme : la pluie obstinée, l’âge qui vient, l’imminence de la guerre, déclarée au moment où l’écrivaine entame la copie de son poème (le 2 septembre). Le ciel pleure sur la terre, un corps va à sa ruine, un monde part à la dérive.

Cette évocation prend à contre-pied tout ce que, traditionnellement, le printemps charrie avec lui : renouveau, couleurs, richesse des arômes et des fleurs, chants d’oiseaux, jeunesse de la nature. Domine au contraire le sentiment splénétique de l’appauvrissement, de la destruction, de la perte.

 Et le parti de la poète, de raconter les « heures » d’une journée (celle du 17 mai plus précisément), l’enferme irrémédiablement à l’intérieur de ces moments noyés de pluie : cette journée ne verra aucune éclaircie se lever derrière la colline, l’orage viendra redoubler l’averse qui accable depuis le matin le « jardin de misère ».

 

La colline glauque, maussade, est noyée au plus épais de ses taillis. Sur sa crête, l’encre de ce bouquet de pins, une eau-forte qui mord l’acier de la voûte, n’a jamais été plus durement noire. Le vent d’ouest me fait une écharpe glacée, je ne sais pas pourquoi je reste ici, retenue par une sorte de pitié.

 

Deux mots ici sont essentiels : « eau-forte », qui renvoie au statut d’artiste de celle qui est à la source de la déploration, statut qui lui permettra de rebondir, comme on le verra. L’autre mot, c’est « pitié », pointant au cœur cette capacité de Burnat-Provins d’être en communion avec les choses du monde, du plus humble objet à la voûte stellaire ; tout est relié dans son univers, les choses ont une âme au même titre que les êtres vivants :

 

Jardin de misère, où un géranium rose, sans feuilles, a poussé trois petites fleurs pour honorer ce mois et imiter ceux qu’il a vus l’an dernier, au-delà du mur, illuminés de touffes saines qu’on aperçoit de loin.

Jardin de misère où, bientôt, je ne pourrai plus me souvenir : Ici il y avait un prunier qu’on appelait le gros prunier, il n’en faut plus chercher la moindre trace.

[…]

Jardin de misère où se traîne ce cœur dérisoire, toujours plein de graines qu’il jette à la terre rouge, pour qu’un jour en passant quelqu’un dise : Vois cette plante, comme elle est jolie, elle a poussé toute seule, celle qui restera sur mon bien qui se meurt.

 

Retenons l’activité de la mémoire, primordiale dans la démarche de Burnat-Provins, même si elle est évoquée ici de manière négative, et l’orgueil de l’œuvre accomplie (la graine qui mûrit dans la terre), perdurant au-delà de la disparition de l’artiste.

 

Pour parachever ce portrait splénétique, il faut encore parler de la terrible solitude où se trouve l’artiste en ce mois de mai 1939. Elle précise ceci, au tout début du poème, s’adressant au printemps :

 

C’est le 17 mai, déjà. Il y a aujourd’hui vingt-neuf ans que je suis mariée, vingt-neuf fois que tu m’apparus, si différent, dans combien de parties du monde.

 

Or, cet époux qu’elle évoque si pudiquement, c’est vraiment l’Absent du texte. Il n’est fait mention nulle part ailleurs dans le poème de cet homme qu’elle a tant aimé, pour lequel elle a quitté son premier mari, jeté l’opprobre sur deux familles, au point de devoir s’enfuir de Suisse et aller se marier à la sauvette en Angleterre en 1910. Paul de Kalbermatten, le Sylvius du Livre pour Toi2, ce superbe hommage passionné au corps de l’amant, est ici passé sous silence, mise à part l’allusion citée plus haut. Mystère de la vie des couples, mystère de l’âme d’une femme, mystère du temps qui passe.

 

Elle est donc seule dans son « ermitage » du Clos, et le spectre de la mort passe :

 

Quand on est tout seul, pour qui se soigner ? Pas pour vous, n’est-ce pas, mon Dieu, qui avez inventé la vieillesse et la mort.

Oui, il faut, cependant… sinon…

Ce qui vient après « sinon », je le sais. La menace du délaissement et de la face contre terre le jour où brusquement le balancier fendu s’arrêterait.

 

Rassurons-nous : Paul sera à ses côtés quand « le balancier de rubis3» s’arrêtera définitivement, treize ans plus tard. Il faut dire aussi que cette solitude est choisie, voire revendiquée. La foule lui fait horreur, et envisager un départ du Clos suscite chez elle des cris de répulsion misanthropique :

 

Il faut détacher la barque, repartir, se crisper devant cette humanité détraquée, sans vergogne, meurtrière du respect et saoule, du matin au soir, de danger, de vitesse, de jazz, de cocktails et de vice. […] Tout de suite, une folle envie d’être ailleurs, de te rejoindre, mon Clos à peine quitté. Nous sommes des insociables parce que nous ne pouvons vivre qu’avec nous-mêmes et encore… pas tous les jours.

 

Comme on le voit, les heures de printemps sont, pour Burnat-Provins, l’occasion, le prétexte à de vastes incursions dans des domaines aussi divers que ceux de l’amour, de la mort, du temps et de l’âme des choses. Méditations poétiques et métaphysiques, qui interrogent l’énigme de l’être et celle de Dieu.

 

Cependant, nous n’avons pas oublié notre thème : le printemps. Comment va-t-il réapparaître ? Car il va réapparaître, et dans toute sa splendeur, malgré les obstacles et les intempéries. Deux forces tutélaires sont ici à l’œuvre, la mémoire et l’énergie créatrice. Grâce à ces forces, le printemps maladif et trempé de ce mois de mai 1939 va se transformer en splendeurs inattendues.

 

Gardons d’abord ce bonheur que procurent les choses simples : présence des objets familiers, inanimés et cependant pourvus d’une âme pour qui sait les entendre, repas frugal qui mijote sur le poêle, chant du rossignol malgré la pluie, appel étouffé de la huppe. Puis la vitalité de l’artiste, qui tire de ces joies menues l’élan nécessaire pour surmonter le spleen de ce printemps avorté.

Le travail du poème, ou du dessin qui vient sous les doigts, permet de redresser la tête et d’affronter l’orage qui courbe les pins et menace les frêles constructions des oiseaux. D’abord timide, à la recherche de l’« hymne » :

 

Sur la page blanche, mais ternie, noter une plainte, harmoniser une mélancolie […] chercher dans la candide agonie des pétales la raison de tant d’agonies et d’un funèbre silence, quand l’hymne devrait s’élever.

 

Le travail de l’artiste se fera plus ferme au cours de la journée, soumis à l’impérieuse pression du pouvoir créateur :

 

Au moment même où je souhaite la fin, l’impérieux s’agite, ma plume prend mes doigts ; pour l’être compréhensif et sans nom qui voudra bien se pencher dans le temps à venir, l’œuvre se poursuit.

 

Cette force qui pousse l’artiste vers l’œuvre à faire se manifeste d’une autre façon encore chez Burnat-Provins : par le rêve, dont elle tire souvent la matière de ses singulières figures de Ma Ville, ensemble que l’on a qualifié d’« hallucinatoire » et qui comptait plus de trois mille dessins à sa mort. Heures de printemps comporte un récit de rêve, qui clôt le livre, à l’évidence une manière de s’évader du présent mélancolique, mais un échec parce qu’il ramène la rêveuse au présent qu’elle a cherché à fuir. Entrée dans un palais aux multiples splendeurs, dont les parois semblent soudain se rapprocher inexorablement (souvenir de Poe ?), elle entend résonner à son oreille, par deux fois, la phrase : « On ne sort pas d’ici. » La dixième heure se ferme sur ce brutal retour à la réalité : « Le pincement au cœur est si fort qu’il me réveille. » Le livre étant inachevé (il devrait en principe aller jusqu’à la douzième heure), on ne sait qui, du spleen ou de l’idéal, aurait été vainqueur.

 

Mais la mémoire veille. C’est finalement d’elle que vient le salut, la vraie évasion dans un passé qui offre toutes les richesses et les chatoiements d’un Âge d’or révolu, certes, mais que le souvenir convoque à volonté : enfance heureuse en pays d’Artois, dans le jardin de la grand-mère, figure évidente du Paradis perdu :

 

Quatre heures à Corbéhem, dans ce domaine dont le moindre réduit m’était connu, depuis la baraque ronde au toit de chaume pointu, d’allure congolaise, jusqu’au souterrain du mulot, au passage de chats entre deux planches, sous les espaliers de pêchers.

[…] J’aimais l’heure où le jardin n’était qu’à moi. Ce qui m’appartenait, ce n’était pas ses arbres, ses semis ordonnés, sa récolte, c’était son esprit, son âme sincère et de bonne volonté, cette confiance des plantes et des oiseaux, cette lumière d’or, répandue sans compter, qui fait scintiller comme un Golconde un tesson de bouteille cassée.


 

Haute figure du Père, initiateur, confident, compagnon d’heures vivantes, et chaudes encore au cœur de la femme solitaire renfermée dans son Clos :

 

Deux heures, le jeudi… Ce départ avec mon Père […] Il parlait. Je croyais écouter Virgile. […] Ces inoubliables moments, d’une humble et fervente simplicité, devaient me constituer des richesses pour l’avenir, et il le savait. […] Mon Père…Quelquefois, dans mon écriture, un mot qui semble tracé par lui.


 

Souvenirs de l’Orient, du Liban, de l’Égypte, où, sous le soleil généreux, tout resplendit et où le poème étouffé jaillit :

 

Soleil d’Asie, dans cette chambre dénuée, tout à coup comme tu resplendis. Il fallait que je te revoie pour me ranimer puisqu’il s’est enfui ce soleil d’Europe qui ne te ressemble pas. Te rappeler et serrer contre moi ta chaleur, me croire environnée d’étincelles, brillante moi-même, le cerveau en fleur, le poème prêt à jaillir, net et luisant comme la pousse fraîche, caressant pour mon âme, verseur de rosée pour mon cœur.

Tout à coup, la puissance me revient. Ce temps misérable s’efface, c’est l’autrefois éblouissant d’une vie antérieure, mesurée sur une parfaite harmonie.

Là-bas, toujours là-bas, dans la magie de cet Orient que mon sang réclame et régénère malgré l’étouffement, tout s’allège, se sublimise, se clarifie.

 

Enfin, pour clore cette rapide étude, mentionnons l’admirable rêverie devant l’Aquarium de Monaco, sorte de condensé du rêve et du souvenir, évoquant la genèse de l’œuvre hallucinatoire, ces visages étranges qui ont accompagné, mieux, qui ont hanté l’artiste jusqu’en ses derniers jours. À l’opposé des cyprins moroses vivotant dans le bassin aux eaux troubles du jardin de misère, les êtres merveilleux de l’Aquarium mettent l’artiste au défi de rivaliser avec la nature :

 

Hallucinante expression de la fantaisie créatrice, ils sont le défi suspendu et voguant aux recherches des artistes humains. S’ils se taisent, c’est pour nous dire : Tu auras beau faire, tu ne peux pas lutter. Construis des machines, des monuments, des bijoux solides… mais notre étincelante fragilité, qui l’a faite ? Qui nous fera ?

 

Et comme très souvent chez Burnat-Provins, le spectacle de la beauté débouche sur la poignante certitude de la mort, plus bouleversante encore du fait que ces créatures n’ont conscience ni de leur splendeur, ni de leur finitude. Seule l’âme humaine est dotée de ce terrifiant privilège :

 

Ballerines volantées, météores irradiants, masses obscures comme la mort, voguent dans l’inconscience. […] Voici les pieuvres serpentines aux mille enroulements, paquets de cordes meurtrières, nouées, étirées, renouées, tâtant, roulant des points d’interrogation et refaisant leur pelote autour d’un gros œil aux aguets.

Des opales nageuses, fluides, ponctuées d’un point qui regarde, des nacres qui respirent, toutes les gammes d’un or palpitant, tous les feux des gemmes insinués parmi les souplesses de la soie se balancent dans la salure marine, au royaume du silence. […] Privés de cœur, avec au fond de leurs yeux inertes, parfois, quel mépris… ils symbolisent toutes les fluctuations de la vie, ce prisme qui porte, jointe à son chatoiement, une huitième couleur, un noir intense, une nuit.

Et, comme en bordure de la vie, ils sont dotés, on ne sait pourquoi, d’une magnificence qui s’éteindra aussi facilement que la plus pauvre chandelle.

 

 

Notes


1 Poèmes en prose, Lausanne, Plaisir de Lire, 2004. Suivi d’Heures d’été, préface de Catherine Dubuis. Toutes les citations renvoient à cette édition.

2 Vevey, L’Aire bleue, 2006.

3 Ibid., p.16.

    

Pour citer ce texte


Catherine Dubuis, « Un printemps triste et beau (À propos de Heures de printemps de Marguerite Brunat-Provins) », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], mis en ligne le 10 mai 2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-un-printemps-triste-et-beau-116293637.html/Url.http://0z.fr/1SIG9 

Auteur/Autrice

   

Catherine Dubuis, ancienne enseignante à l’Université de Lausanne, Catherine Dubuis a publié de nombreux articles critiques sur la littérature romande, ainsi que des biographies. On lui doit : Les Forges du paradis. Histoire d’une vie : Marguerite Burnat-Provins, Vevey, L’Aire bleue, 2010. (rééd. de 1999); Les Chemins partagés. La vie de Cilette Ofaire, Lausanne, Plaisir de Lire, 2007; Une femme entre les lignes. Vie et œuvre de Clarisse Francillon, Lausanne, Plaisir de Lire, 2012; Pierrette Micheloud, Montreuil-sur-Brèche, Les Vanneaux, coll. « Présence de la poésie », 2012.

   

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