Mustapha Saha,«Chayan Khoï entre ciel et terre», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 12 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 16 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/khoi.html
Crédit photo : Visuel du prix en italien édité par l’Institut culturel italien de Strasbourg,
partenaire de ce Prix littéraire de l’association Women to be
Pour la quatrième édition de ce prix destiné à combattre les stéréotypes sexistes et les discriminations, l’association Woman to be initiatrice de cet événement a choisi l’Institut culturel italien de Strasbourg pour lui octroyer une dimension européenne.
Véronica Manson, la nouvelle directrice de l’Institut, convaincue de l’intérêt de cette manifestation d’importance quant aux générations futures, car selon ses dires « c’est par les enfants que nous pouvons faire évoluer les mentalités », a accueilli chaleureusement la présidente de Woman to be Maria Grazia Anatra, certains membres du jury, ainsi que les lauréat(e)s le 8 novembre à Strasbourg.
Maria Grazia Anatra a parfaitement défini les objectifs de l’association culturelle qu’elle préside en Italie et qui consiste à offrir une plus grande visibilité aux femmes dans tous les domaines qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou bien sûr culturels.
Ce prix créé en Italie ne demande qu’à se développer et cherche pour ce faire des partenaires en Europe afin de proposer aux enfants des « textes libérés de tout stéréotype sexiste ».
Les ouvrages sélectionnés seront traduits et pourront ainsi être diffusés dans tous les pays, générant ainsi une dynamique vouée « au respect de la diversité ». C’est dans cet esprit d’ouverture que Maria Grazia Anatra a lancé un appel à tous les partenaires culturels potentiels.
Plusieurs critères ont permis de départager les lauréats de cette quatrième édition : la cohérence avec la thématique, la qualité littéraire, la prise en compte du plaisir des enfants à découvrir ces histoires. C’est ainsi que cinq lauréat(e)s ont vu leurs œuvres récompensées dont Luna de Daniela Carucci qui nous narre l’aventure d’une petite fille qui rêve d’être une princesse sioux qui n’aurait pas peur des animaux et qui pourrait se salir à satiété !
de ce Prix littéraire de l’association Women to be
Daniele Bergesio qui a obtenu le premier prix pour La partie de ballon qui « déconstruit les stéréotypes intériorisés » nous raconte l’histoire d’un petit garçon qui pratique la danse classique et qui sauve la mise à son équipe de rugby grâce à sa souplesse et à son agilité qui surpassent en légèreté et en finesse les passages en force des autres joueurs. Cristina Bulgheri, Barbara Pumhosel et Sonia Travenzoli ont été également primées pour leurs ouvrages aux qualités narratives sensibles et éminemment poétiques.
Tous ces livres magnifiquement illustrés n’ont d’autre objectif que de pacifier les esprits, de gommer les intolérances. À nous de saisir la balle au bond et de diffuser cette magnifique initiative pour la porter à la connaissance de partenaires potentiels susceptibles de donner à ce prix un rayonnement européen.
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Pour citer ce texte
Françoise Urban-Menninger, «Un prix littéraire pour raconter la parité aux enfants », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 15 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/partie-enfants.html
Ces deux extraits sont réédités du recueil Rituels et traditions du monde de José Labrosse (éditions La Compagnie Littéraire, 2016) à titre posthume et avec l'aimable autorisation des ayants droit et la maison d'édition citée :
Les roses rouges et les œillets d’Inde toujours jaunes1
Constituent dans la ville un jardin éclatant
Et les sampans fleuris ressemblent à des trônes.
En ce jour unique où reviennent les âmes des morts
Tout le monde ira à la pagode en famille,
Puis un repas de choix sera le réconfort
De tous les Vietnamiens sortis de leur coquille.
Février 2015
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Rituels de purification au Sri Lanka
Dans la maison toute neuve les moines ont entamé
Les chansons de Bouddha qui la purifieront.
Les douces litanies patiemment égrenées
Répondent à cette soif de purification.
Les pères cinghalais, lors de la danse du feu
Tiennent avec amour l’enfant au-dessus des flammes,
Geste qui est rituel et non point un jeu :
Pour éloigner le mal voilà le bon programme.
Il arrive parfois qu’on offre un tronc aux dieux
Et que, la fête finie, on le rejette à l’eau.
Les fidèles s’aspergent d’éclaboussures, joyeux
D’être purifiés par l’intermédiaire des dieux.
Novembre 2015
Note
1 La tradition veut que l’on respecte toujours ces deux couleurs.
Revue culturelle d'Orient & d'Afrique
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Pour citer ces poèmes
José Labrosse,« Rituels de purification et jardin dans Rituels et traditions du monde», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & Hors-série 2017, mis en ligne le 25 octobre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/10/rituels.html
Ces deux extraits sont réédités du recueil Rituels et traditions du monde de José Labrosse (éditions La Compagnie Littéraire, 2016) à titre posthume et avec l'aimable autorisation des ayants droit et la maison d'édition citée :
1 Les Kumaris sont des jeunes filles incarnant une divinité. Elles sont recrutées selon des critères particuliers physiques et moraux et doivent être issues d’une bonne famille. Elles sont Kumaris jusqu’à la puberté. Elles ne sont scolarisées que depuis 1990 et beaucoup se marient par la sute. Au Népal, il ne subsiste que dix Kumaris.
2Sur un petit autel dans la cuisine brûlait une lampe à huile.
3 L’astrologue lui demanda de porter autour de la taille une amulette suspendue à une chaîne de cuivre. Selon lui, la stérilité était due à la colère des planètes.
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Revue culturelle d'Orient & d'Afrique
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Pour citer ces poèmes
José Labrosse,«Des femmes dans Rituels et traditions du monde», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & Hors-série 2017, mis en ligne le 25 octobre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/10/traditions.html
D’abord Le Pan Poétique des Muses vous remercie de nous accorder cette brève discussion autour de la parution de votre ouvrage espèce, pourriez-vous nous parler de la genèse du recueil ?
FGL – Au commencement d’espèce il y a comme pour tout début d’écriture un moment d’absence. Ce moment où l’on n’écrit plus, ce moment où l’on écoute le monde, où l’on va chercher dans le moindre recoin de la parole recroquevillée, quelque chose qui peut nous relier au globe dont on s’est absenté. Pour qu’un livre débute, il ne faut pas de première pierre comme pour bâtir une maison solide, durable, sur laquelle on pourra investir. Non, pour qu’un livre débute, il faut un tout petit caillou, un gravier, une brisure minérale imperceptible, qui s’introduit dans la chaussure et rend la marche impossible. Il faut s’arrêter, retirer le soulier, prendre le temps de chercher dans l’obscur, ce fragment de montagne. La semelle tournée vers le haut, la miette tombe dans la main, et le chemin qu’on allait prendre, nous paraît dérisoire. Ce ne sont pas les rochers qui ont interrompu nos pas, c’est cette petite chose pâle, insignifiante.
Le petit caillou qui a donné vie à espèce, c’est d’abord une histoire entendue à la radio. Celle d’un jeune alsacien enrôlé de force dans l’armée du Reich pendant la deuxième guerre mondiale. La guerre prend fin, il revient. Aux autres, il ne peut raconter ce qu’il a vu. Il ne parle pas, demande seulement à changer de nom. Pas son patronyme, seulement son prénom. Un tout petit changement, un e en plus, à la fin. Ainsi, il devient femme.
Et puis, c’est une photographie de Timur Kacharava, jeune homme de vingt ans, militant antifasciste assassiné à Pétersbourg par des néonazis dont le procès n’a pas eu lieu. Il revenait d’une distribution de repas vegans qu’il préparait chaque semaine avec ses camarades, pour les indigents de la ville.
Les poèmes en prose d'espèce sont répertoriés sous sept gestes, pourquoi le chiffre sept ? Cela fait-il référence aux sept jours de la création du monde selon la bible ?
FGL – Le 3 et le 7 sont des chiffres auxquels je me sens liée.
Bien sûr, le 7 nous fait tout de suite penser aux 7 jours de Béréchit, au récit de la création. D’autant plus que le livre s’ouvre sur les tohus-bohus, ces objets du monde réel, comme le cœur ou la neige, réfractaires au calcul de la géométrie euclidienne.
Ce qui me fascine, c’est qu’on retrouve ce chiffre, dans pratiquement tous les récits de création du monde, des Dogons aux Tatars en passant par les indiens Pueblo ! Mais on a tendance à l’associer trop souvent avec l’idée d’un parfait accomplissement. Le 7, en effet, est bien la fin d’un cycle, cependant le 7 est un grand anxieux, il ne se repose jamais vraiment car c’est lui, le véhicule de la vie. Après un cycle accompli, il faut qu’un autre vienne… le 7 ne sait jamais de quoi demain sera fait, le 7 c’est l’intranquille.
Et puis pour moi, il reste largement attaché à des œuvres que j’ai aimé et que j’aime toujours : Blanche Neige et les 7 nains, les 7 boules de cristal et aussi, un de mes films culte
7 ans de réflexion !
Votre ouvrage relève de la poéthique, il est composé de chroniques poétiques de la généalogie du cosmos et des faits du quotidien, comment peut-on comprendre votre engagement poétique à rendre ce qui est « évident » et de ce qui est « presque invisible » ? s'agit-il d'une pensée philosophique du monde et/ou d'une description de ses coulisses ?
FGL – L’écriture est un geste alors peut-être qu’espèce est un geste que je tente vers le monde pour me le rendre moins insupportable.
espèce c’est un poème qui accompagne le cheminement de ceux qui refusent l’adhésion à l’exploitation de formes de vie dites inférieures au profit d’autres, considérées comme supérieures. Les formes animales, végétales, minérales sont concernées par l’exploitation, tout autant que les formes humaines.
Quand j’écris espèce, je suis accompagnée par l’impérialisme du même surl’autre de Lévinas*. Tout ce processus de la connaissance qui consiste à ramener l’inconnu au connu, le différent au même. Et ce qui résiste au même, l’animal en nous, doit à tout prix céder à la domestication. Il faut contenir ce qui ne peut l’être, le classer, le trier, en genres et espèces. Certes Lévinas nous parle du rapport à l’Autre-humain. Je franchis cette frontière-là, j’écris aussi pour l’Autre caillou, l’Autre cochon, l’Autre vague scélérate, l’Autre patate… J’écris ce passage incessant entre le visible et l’invisible, le mystère de cet évident-évidant qui ne nous livrera jamais qu’une part infime de l’invisibilité des liens qui nous lient au reste de l’univers sous toutes ses formes, de la masse noire au sombre coléoptère.
Oui je pense que l’écriture est une petite entreprise, pas cotée en bourse, sans siège social, qui travaille à démurer. Elle rentre dans les murs, les retourne, ils deviennent le support de ce qu’ils avaient pour mission d’empêcher.
Êtes-vous antispéciste ? espèce est-il une poésie antispéciste ?
FGL –L’idée de la séparation des espèces a été fondée par un système de domination d’un groupe sur un autre. La domestication animale, la société patriarcale et l’oppression des femmes sont apparues en même temps. Je conçois l’antispécisme comme une pensée du monde, issue de courants anarchistes du 19e siècle, qui ont beaucoup œuvré pour la libération des femmes mais aussi pour la libération animale. Élisée Reclus était légumiste et dénonçait l’exploitation capitaliste du sol et du sous-sol. Louise Michel ne militait pas que pour les droits humains, elle a lutté activement contre la corrida et les expérimentations sur le corps animal. On a totalement occulté ces combats liés à l’histoire du mouvement ouvrier et à l’histoire de la Commune. Ces combats internationalistes et universalistes qui œuvraient pour l’abolition de toutes les frontières. En cela, je me sens proche de l’antispécisme et du post-humanisme.
Par contre, en ce qui concerne mon écriture, elle n’est ni blanche, ni noire, ni mâle, ni femelle… Elle n’est pas plus antispéciste.
L'absence des marques hiérarchiques et de la ponctuation dans votre écriture exprime-t-elle une manière d'interroger les assignations et les frontières normatives imposées par la langue et de s'en défaire ?
FGL –espèce ne comporte pas de majuscules, pas de points non plus pour fermer les frontières. Entre les propres et les communs, les rapports de force sont abolis. La langue agit de façon minuscule. espèce n’obéit pas à la voix de ses maîtres mais assemble des voix multiples. Des voix de femmes et d’hommes mais aussi des voix de bras morts, de carottes, de vieux chiens marrons…
Comme l’affirme Peter Szendy dans son essai sur la ponctuation, le point est une meurtrissure. Le texte est découpé selon une logique, mais pourquoi cette logique serait-elle la mienne ? Pourquoi me livrer à ce découpage, ces meurtrissures sur le texte ? Je préfère rendre visible sa discontinuité, par des blancs, des trous que seul le lecteur, dans sa singularité, est apte à combler ou laisser vide. Le point a pour fonction de diviser, de mettre des cloisons, des séparations. La ponctuation est un fléchage dans le couloir du langage, pour nous empêcher littéralement de nous égarer. Mais moi au contraire je tiens à cette perte, cet égarement dans le blanc. Je ne tiens pas à signaler au lecteur quand il devra s’exclamer, se questionner, quand il devra commencer ou finir. Le poème est un lieu de liberté, pas d’asservissement. La ponctuation, moi je la fais en clignant des yeux, et en respirant. Mais chacun respire et cligne des yeux à sa manière.
Qu’est-ce que la poésie ? Et que peut la poésie dans notre vie ?
FGL – « Je ne sais pas du tout ce qu’est la poésie mais assez bien ce qu’est une figue. » disait Francis Ponge.
Voici un poème (une variante du poème) que j’avais envoyé à Nadine Agostini pour le numéro 0 de la revue Bébé consacré à cette belle question :
Déplacée parmi les déplacés depuis tout le temps indocile
indomiciliée elle s’étire sort des bouches humaines bête noire
de la somme des mots langue chargée on suspecte la contagion
elle se rebiffe refuse les soins protège les enfants de l’œil malveillant
des adultes humiliant celui fatigué par sa journée d’école qui
pour jouer prononce les sons sens dessus dessous
on apprendra à se taire à tourner sept fois le morceau de carne
maté domestiqué pour ne dire plus que des termes utiles
jusqu’à ce que la cavité se remplisse de mots négligés mal formés
mal prononcés dévêtus vacants en fin de droits
dans cet obscur là la langue œuvre
entraîne le troupeau l’aide à s’égarer maintenant elle va s’écrire
l’enfant se tait sait où ses mains ne doivent se poser où sa langue
doit cesser jusqu’à ce que la mâchoire bâille
laissant libre le passage aux vocables parasites inusités clandos
de toutes sortes maintenant elle s’écrit ça y est
pas forcément dans le livre souvent à ses côtés sur le corps d’une lettre
d’une image d’un son d’une performance d’une pellicule d’un
mur en tout cas pas là où on croyait la serrer
Quant à ce qu’elle peut, eh bien, simplement déposer du gravier dans nos pompes. Nous empêcher d’accepter la mise au pas, la marche forcée. Et ainsi, dans l’accueil inédit des débris du monde, nous disjoindre de l’acceptation muette et de la collaboration distraite.
* Voir Emmanuel Levinas, Totalité et infini, sous-titré « essai sur l'extériorité », Nijhoff, La Haye, 1961.
***
Pour citer cet entretien
Le Pan Poétique des Muses (LPpdm), « Entretien avec Frédérique Guétat-Liviani à l’occasion de la parution de son recueil espèce aux éditions le Temps des cerises», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & Hors-série 2017, mis en ligne le 20 octobre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/10/entretien-guetat-liviani.html
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SIÉFÉGP, JUIN 2026
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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
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