Les pulmonaires des montagnes respirent un flux violacé. L’hiver s’y transfigure, laissant apparaître le visage du printemps. La terre ressuscite, quittant son tombeau de givre. Les forsythias, forts de leur réveil, jaunissent de maturité. Les jonquilles gardent en elles la couleur du soleil. Les crocus croquent leur unique saison. Mon regard fleurit dans la lumière de ces rencontres. Et mon cœur, cette fleur de vie, de s’ouvrir dans le jardin de son intime nature.
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Pour citer ce poème printanier & coloré
Michel Orban,« Les fleurs du printemps », poème inédit sur les déesses Flora & Perséphone, illustré par une peinture de Mariem Garali Hadoussa,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 15 avril 2021. Url :
Agora de l’Odéon. Samedi, 10 avril 2021. Les déesses de la Fesse. Elles sont quatre, Camille Chanmé, Adriana Breviglieri, Manon David, Fleure de Vanssay. Samuel Spinache accompagne au clavier. Leur programme, éteindre les bûchers, rendre leurs droits aux sorcières. Cabaret sur pavés. Couleur montmartroise. Paillardise et critique grivoise. Gaudriole et débauche villageoise. Contestation sous strass et paillettes. La vérité se dénude. Trenchcoats de milice. Masques à gaz. Masques trompes d’éléphants. Masques Tortues Ninja.
La musique s’interdit. La poésie se maudit. L’artiste s’exécute. La culture se persécute. Exorcisme par la danse. Libération par la transe. Fin du spectacle. Les filles distribuent des dollars factices. Compagnie Les Cœurs de l’Armée Rose. Kingdom of Freebum. In Ass we trust. Paiement légal pour toutes les dettes d’amour, publiques et privées.
« Ces corps mêlés, qui, se tordant, se pâmant, s'abîment dans des excès de volupté, vont à l'opposé de la mort, qui les vouera, plus tard, au silence de la corruption. En effet, l'érotisme est lié à la naissance, à la reproduction qui sans fin répare les ravages de la mort » (Georges Bataille, Les larmes d’Éros, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1961).
L’effeuillage, esthétique, poétique, humoristique, bravade des normes, devient ici une agit-prop, intervenant dans les luttes sociales comme aiguillon artistique. Techniques situationnistes du détournement. Le kitch au service de la révolution. Me revient une phrase de Julian Beck, cofondateur avec Judith Malina de la troupe américaine le Living Théâtre, que nous avions fait venir à la Faculté de Nanterre en Mai 68, qui avait bien secoué le Festival d’Avignon de la même année au grand désespoir de Jean Vilar : « Rien n’est tabou, pas même les tabous, il suffit de les passer à l’essoreuse ». Implacable éthique dans la dérision. Jean Vilar accusé de diriger un supermarché de la culture. Des agoras spontanées se tiennent tous les jours place de l’Horloge. Comme aujourd’hui, place de l’Odéon.
L’art comme étincelle d’un embrasement libérateur. Un incident met le feu aux poudres. Le préfet du Gard interdit la pièce de Gérard Gélas, La Paillasse aux seins nus. Le Living Theatre veut céder le cloître des Carmes à la troupe de Gérard Gélas le cloître des Carmes et jouer gratuitement dans la rue. Les autorités n’ont d’autre réponse aux situations qui les dépassent que la prohibition. Comme aujourd’hui.
Je pense au culte de la déesse aux jolies fesses rapporté par Athénée de Naucratis, troisième siècle de l’ère chrétienne, dans Le Banquet des Sophistes, où il est question de spectacles, de musiques, de chansons, de danses et de desserts : « Les gens d’alors étaient si attachés à leurs plaisirs sensuels qu’ils sont allés jusqu’à dédier un temple à l’Aphrodite aux belles fesses. Et voici la raison : Il était une fois un fermier qui avait deux filles superbes. Un jour, elles entrèrent en discussion pour savoir laquelle avait le plus beau derrière et elles sortirent sur la voie publique. Et par hasard passa à cet endroit un jeune homme qui était le fils d'un riche vieillard. Elles se montrèrent à lui, et quand il les eut vues, il se prononça en faveur de l'aînée. En fait, il était tombé amoureux d'elle. Quand il revint en ville, il se mit au lit et raconta à son jeune frère ce qui s'était passé. Ce dernier se rendit également à la campagne, vit les filles, et tomba amoureux de la seconde. Et quand le père de ces garçons essaya de les amener à se marier avec des filles de la haute société, il n'arriva pas à les persuader, et il ramena donc les filles de la campagne, avec la permission de leur père, et les donna en mariage à ses fils. C'est pourquoi ces filles furent appelées « aux jolies fesses » par leurs concitoyens, ainsi que le dit Cercidas de Mégalopolis en vers iambiques : « Il y avait à Syracuse une paire de filles aux jolies fesses ». Pour cette raison, ces filles, devenues riches et célèbres, fondèrent un temple pour Aphrodite qu'elles appelèrent la déesse aux jolies fesses, comme Archélaüs de Chersonèse nous le dit en vers iambiques » (Athénée de Naucratis, les Deipnosophistes).
Les fesses sont une mythologie. Je pense au poème d’Apollinaire, À la partie la plus gracieuse. « Toi qui regardes sans sourire / Et de face en tournant le dos / Tu me sembles un beau navire / Voiles dehors… et quels dodos / Promet cet édredon de neige / Neige rose de Mézidon ! / À Mars et Vénus, le reverrai-je / Cet édredon de Cupidon ? / Ô gracieuse et callipyge / Tous les culs sont de la Saint-Jean ! / Le tien leur fait vraiment la pige / Déesse aux collines d’argent / D’argent qui serait de la crème / Et des feuilles de rose aussi / Aussi, belle croupe je t’aime / Et ta grâce est mon seul souci ». Secteur des Hurlus, 4 août 1915 (Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou).
Je pense à la chanson de Georges Brassens, Vénus callipyge. « Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant / N'enlève à vos attraits ce volume étonnant / Au temps où les faux culs sont la majorité / Gloire à celui qui dit toute la vérité / Votre dos perd son nom avec si bonne grâce / Qu'on ne peut s'empêcher de lui donner raison / Que ne suis-je, madame, un poète de race / Pour dire à sa louange un immortel blason / En le voyant passer, j'en eus la chair de poule / Enfin, je vins au monde et, depuis, je lui voue / Un culte véritable et, quand je perds aux boules / En embrassant Fanny, je ne pense qu'à vous / Pour obtenir, madame, un galbe de cet ordre / Vous devez torturer les gens de votre entour / Donner aux couturiers bien du fil à retordre / Et vous devez crever votre dame d'atour / C'est le duc de Bordeaux qui s'en va, tête basse / Car il ressemble au mien comme deux gouttes d'eau / S'il ressemblait au vôtre, on dirait, quand il passe / « C'est un joli garçon que le duc de Bordeaux ! ». Ne faites aucun cas des jaloux qui professent / Que vous avez placé votre orgueil un peu bas / Que vous présumez trop, en somme de vos fesses / Et surtout, par faveur, ne vous asseyez pas / Laissez-les raconter qu'en sortant de calèche / La brise a fait voler votre robe et qu'on vit / Écrite dans un cœur transpercé d'une flèche / Cette expression triviale, « A Julot pour la vie » / Laissez-les dire encor qu'à la cour d'Angleterre / Faisant la révérence aux souverains anglois / Vous êtes, patatras ! tombée assise à terre / La loi d'la pesanteur est dure, mais c'est la loi / Nul ne peut aujourd'hui trépasser sans voir Naples / À l'assaut des chefs-d'œuvre ils veulent tous courir / Mes ambitions à moi sont bien plus raisonnables / Voir votre académie, madame, et puis mourir / Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant / N'enlève à vos attraits ce volume étonnant / Au temps où les faux culs sont la majorité / Gloire à celui qui dit toute la vérité » (Georges Brassens).
Mustapha Saha, « Chronique d’occupation de l’Odéon. Les déesses de la Fesse », reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/1 « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 15 avril 2021.Url :
Sarah Mostrel,« À mesure que je t’aime », « Une saveur de ciel » & « I have a dream », poèmes audiovisuels inédits ou courts-métrages poétiques,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 14 avril 2021. Url :
C’est magique de voir enfin Adieu Philippine (1962), une merveille de délicatesse et d’intelligence sur ce qu’on appelé à la génération suivante les « rapports homme-femme ». Le rythme des plans, l’emploi de certaines musiques m’ont ravie. Ce film que les enseignants de cinéma de La Sorbonne citaient souvent avec admiration est resté dans les mémoires parce qu’il expose l’avant de l’abominable guerre d’Algérie, le départ d’un jeune homme, chair à canon, qui est amoureux de deux femmes. 1958. Les critiques Serge Daney et Serge Toubiana dont je suivais les cours pour mon diplôme de cinéma à Censier en 1977 construisaient leur théorie de la Nouvelle Vague. Puis Jean Doucet à Jussieu. Des séminaires très à la mode… Et pourtant sans youtube, je n’aurais jamais vu Adieu Philippine, cette construction d’émotions autour du nom d’une femme, aussi vrai qu’inventé. Sans la Toile mondiale, personne ne retrouverait la vision subtile, naturelle et aimante de Jacques Rozier. La liberté et la gratuité se disent de la même façon au pays de Lady Gaga et Mister Google. Mais ne soyons pas dupes, les films « à petits budgets » du cinéma français vont rapporter des abonnés.
Du côté d’Orouët de Jacques Rozier (1973), tourné en Bretagne bien après Adieu Philippine, est une suite de saynètes, comme une suite de pièces de musique dans la même tonalité. Pas de sketchs, pas d’emphase, pas de numéros d’acteurs chauffés à blanc, mais beaucoup de tendresse mêlée à cette nostalgie au sens littéral de « retour ». J’ai éclaté de rire à certaines scènes qui touchent en fait les esprits éduqués à l’analyse de film. Les trois jeunes femmes qui rient pour un rien et orchestrent une variation de sons sur le mot « orouët » sont inoubliables, parfaites, fraîches, aux antipodes de la lourde artillerie des « big » et autres « méga show » qui ont prouvé leur incapacité à affiner le goût. La mièvrerie, les coups de poings à l’estomac de la production culturelle invasive incitent à réfléchir au constat d’E. A. Poe, traduit par Baudelaire : « Autrefois vivaient des êtres harmonieux, mais maintenant, on voit de grandes formes discordantes à travers les fenêtres et une hideuse multitude se rue éternellement, qui va éclatant de rire ne pouvant plus sourire ». (La Chutede la MaisonUsher, je cite de mémoire).
Or-rouët, orouuuu-ëtte nous mène en riant à la ferme du Groët, et j’ai encore éclaté de rire au plan de la scène suivante : l’écran noir ( le « schwartz ») avec la lampe torche au milieu braquée sur la caméra. Enfin quelqu’un qui sait ce qu’est le cinéma, et le pratique sans se plier au formatage des circuits commerciaux, même si c’est eux qui gagnent par la force.
J’ai éclaté de rire, hélas, parce que mon indépendance d’esprit est noyée dans ce qu’on nomma au XIXe siècle « le flot de merde industriel », et à présent « l’ère du vide », aux conflits d’intérêts qui encouragent la vulgarité et la médiocrité. J’ai donc une telle béance, qui me fait dériver sur la Toile universelle, que je ne sais plus qu’empiler sans délicatesse les objets culturels, au lieu de m’en nourrir pour être utile. Le fait de bénéficier de mes cours de cinéma à Censier, donc d’un diplôme de cinéma, est un filet de sauvetage, alors que la grande épuisette maniée par les trois femmes du film de Rozier pour pêcher d’inexistantes crevettes sert à prendre l’homme dans ses filets, lui procurant un stress énorme. Après l’ennui, près d’une plage vide, les filets de l’épuisette prônent une injustice ahurissante. Ils dévient les meilleures intentions de l’être humain. Bernard Menez cuisine pour rien, le frigo est vide, et comme nous, spectateurs de youtube, il sait qu’il « est pris pour un imbécile ».
Cette veine artistique sans vanité doit maintenant prouver son ancienneté. Je suis tentée de l’appeler « le poème de la femme », initié par les dessins de vulves de la grotte Chauvet (art de moins trente-six mille ans) au « Chant du grillon de Marceline Desbordes-Valmore » (« laissez chanter mon grillon »). Elle crée les films de Jacques Rozier. Sont-ils promis aujourd’hui à un avenir planétaire, dont les mirifiques jeux de miroir dans les écrans représentent aussi bien une braderie qu’un nouveau commerce ?*
* Les « Chroniques de cinéma de Camillæ » sont publiées par la revue
Le Pan Poétique des Muses (LPpdm) et La Maison des Pages éditions sous le titre Cinévita (Paris, 2020), ainsi que sur le blog :
1960, Paris. Michel Lambert est machiniste à la télévision. Pour séduire deux jeunes filles, amies inséparables depuis toujours, il se fait passer pour un opérateur ayant des responsabilités...
France-Italie / 1960 / 108 min Avec Jean-Claude Aimini, Daniel Descamps, Stefania Sabatini, Yveline Cery, Vittorio Caprioli. Michel est machiniste à la télévision. Il lui reste deux mois avant d...
Camille Aubaude,« Adieu Philippine (film de 1962) », texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 14 avril 2021. Url :
Sarah Mostrel (textes & peintures),« Frivole » & «Le jardin douceur » poèmes érotiques dont un reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure & de sa maison d'édition, les illustrations sont inédites Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 12 avril 2021. Url :
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LPPDM, SEPTEMBRE 2026
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SIÉFÉGP, JUIN 2026
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Biographie & publication disponibles numériquement Jesús Rafael MARCANO GUZMÁN Écrivain, poète & orientaliste vénézuélien, pratiquant le Xiulian
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Lin Xianhe 林仙鹤, également connu sous le nom de « Samouraï...
Biographie & publication disponibles numériquement Fadila ZEDIRA-DERBAL Autrice, poétesse engagée pour l’émancipation des femmes
Autrice, Fadila ZEDIRA-DERBAL a la plume à la fois charnelle et éthérée, elle explore à travers ses écrits les fêlures cachées...
N° III ÉTÉ 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception Irène Shraer, « Vertige du réel », nouvelles aux éditions Unicité, 2026, 141 p. 14€ Article par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes
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