Crédit photo : Daphné du Maurier, image de Wikimedia, domaine public.
Retour à Manderley
La nuit dernière, j'ai rêvé que j'étais de nouveau à Manderley.
Daphné du Maurier
Dans les dernières lueurs
d'un étrange crépuscule
Je te retrouve
sur le chemin étroit
un ruban argenté qui se déroule
dans différentes directions.
Branches tordues
s'arquent et cachent le ciel.
Hortensias bleus indigo
se plient et s'inclinent au vent perçant
dans la baie en dessous
rugit la mer en colère.
Et tu vas à la dérive lentement
par la prière de ce jour mourant
dans le souvenir de
Manderley
ton pavillon secret et silencieux
maintenant une île étrangère
enveloppée trop tôt par le manteau de la nuit.
Sœur de la pluie
Crédit photo : Photographie de Dorothy Parker, Wikimedia, domaine public.
Je suis la sœur de la pluie
Dorothy Parker
Le ciel
est une couverture en lambeaux.
Le bord de la falaise
annonce la pluie
les vents hurlent et
soufflent leur fureur.
J'erre
à travers des chemins iridescents
plus haut
des nuages insouciants
voilent les étoiles.
Je respire profondément
la froide solitude d'avril
attirant cette nuit orageuse
vers moi
***
Pour citer ces deux poèmes féministes
Lidia Chiarelli,« Retour à Manderley » & « Sœur de la pluie » poèmes féministes inédits dédiés à Daphné du Maurier & Dorothy Parker,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/II « Pionnières en Poésies féministes », mis en ligne le 25 mars 2021. Url :
Huguette Bertrand,« Poème en jachère », « Des vers au vert », « En dernier ressort », « Entre les pots et le jardin » & « Les jours heureux », poèmes inédits sur le printemps,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 24 mars 2021. Url :
** Extrait de son 1er recueil « Comme nos pluies seront parfumées ! »
***
Pour citer ce poème printanier & coloré
Mariem Garali Hadoussa (poème & illustration inédits),« La fête » poème inédit sur le printemps,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 23 mars 2021. Url :
Chahla Chafiq,« Le goût des couleurs » poème inédit illustré par une peinture inédite de Mariem Garali Hadoussa,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 21 mars 2021. Url :
Paris, 4 mars 2021. Une manifestation pour la culture s’ébranle de la Place de la République. Des d’étudiants en art dramatique, désoeuvrés par la suspension de leurs cours, ou leur virtualisation, un comble pour une discipline autant physique qu’intellectuelle, se mobilisent. Une banderole affiche « Nous voulons mourir sur scène ». Molière au secours ! Un manifestant, portant un masque de robot, poignets enchaînés, brandit un écriteau « culture en danger ». Sur une autre pancarte, « Besoin urgent d’une bouffée d’art ». Une fanfare orchestre la rébellion festive. Un groupe de quatre-vingt personnes se détache pour investir l’Odéon. Le patriarche, Marc Slyper, fréquente, depuis un demi-siècle, la vieille bâtisse. Il s’y représente chaque fois que le vent de l’histoire secoue les colonnes impassibles.
15 mai 1968. Une poignée d’artistes et d’étudiants, Jean-Jacques Lebel et moi-même, prenons possession du théâtre de l’Odéon que nous transformons, pendant un mois, en agora vivante, grouillante, confusément créative. Des rencontres improbables s’effectuent. Des talents insoupçonnés se révèlent. Nous sommes adoptés par les habitants du quartier qui viennent volontiers discuter et nous gratifier de quelques boissons chaudes. Des comédiens et des ouvriers, des écrivains et des immigrés, des jeunes et des vieux s’échangent allégrement leurs opinions. Marc Slyper, lycéen à Sarcelles, activiste précoce, rejoint en soirée l’euphorique pétaudière. Je représente le Mouvement du 22 Mars, irréfutable caution révolutionnaire. Le ministre de la culture, André Malraux, renvoie illico le directeur, Jean-Louis Barrault, qui se solidarise avec les squatters. L’acteur et metteur en scène déclare dans l’enthousiasme ambiant : « Au risque de décevoir quelques personnes, je vous annonce que je ne suis plus directeur de ce théâtre. Je ne suis plus qu'un comédien comme les autres. Barrault est mort ».
14 juin 1968. Les feux de révolution culturelle s’éteignent. En face des forces disproportionnées de répression, nous préférons la reddition à l’affrontement suicidaire. Le préfet de police Paul Grimaud voit sortir avec effarement, baluchons sur le dos, des couples romantiques, main dans la main, des mères avec leurs enfants en bas âge, des clochards érudits, des vagabonds célestes chevelus, des poètes éberlués, des insomniaques médusés. Des inspecteurs se précipitent, montent et descendent, à la recherche d’armes, de Cocktails Molotov, d’explosifs, de l’arsenal supposé des émeutiers. Ils ne trouvent que quelques couteaux, des képis et des matraques de gardiens de la paix, subtilisés pendant les manifestations. Les drapeaux rouges et noirs sont arrachés. « Embrasse ton amour, mais ne lâche pas ton fusil » sur le mur paraît soudain d’une désuétude émouvante. Nous avons démythifié le gaullisme et le stalinisme. Nous n’avons jamais cru au grand soir. Nous savons déjà que nous entrons dans une longue période de glaciation culturelle. Les couleurs de la révolution sont vite maculées. Opération d’évacuation achevée en une heure. Les mêmes riverains, hier sympathisants, sinon bienveillants, s’attroupent derrière les cordons de la gendarmerie, applaudissent le retour à leur morne quotidienneté.
13 Mars 1968. En cette première quinzaine d’occupation, le théâtre de l’Odéon, grilles verrouillées, est inaccessible. Un bataillon de vigiles contrôle fermement les entrées et les entrées. Occupation surveillée. Protestataires sous cage. Une présence à peine tolérée par la direction qui renonce à l’expulsion manu militari en échange d’un strict encadrement. L’animation musicale, le forum modéré par Marc Slyper, les discussions informelles se déroulent à l’extérieur, dans la rue. A dix-sept heures, la place se vide. Couvre-feu oblige. Paradoxe des paradoxes, l’occupation du théâtre fermé est en somme un confinement choisi pour sortir de l’impasse. Une saison de spectacles vivants sinistrée, marquée d’une pierre noire. Les militants, respectueux des répétitions d’une troupe de théâtre préparant Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré, pièce écrite au jour le jour, acceptent des restrictions liberticides. Coïncidence, le décor de la pièce est un cinéma désaffecté utilisé comme un refuge.
Les occupants sont des syndicalistes aguerris, des négociateurs expérimentés, armés de revendications concrètes, réouverture des salles de spectacles qui n’ont jamais été des foyers d’infection, prolongation d’une nouvelle année blanche indemnisée pour les intermittents, les travailleurs précaires, les saisonniers, prise en charge des congés-maladie et des congés-maternité, retrait de la réforme ségrégative de l’assurance-chômage. Les artistes s’organisent dans la durée. Plusieurs commissions se répartissent les tâches, logistique, ravitaillement, communication… Une cagnotte en ligne finance des réserves de nourriture, des produits d’hygiène, des fournitures indispensables. Les statues de Racine et de Corneille s’accoutrent d’étendards syndicaux. L’action se veut fédérative. Le mouvement fait tache d’huile. Des théâtres publics et privés suivent l’exemple. La défense de la culture passe par la convergence des luttes. L’occupation s’imagine un carrefour à l’instar des ronds-points envahis par les gilets jaunes.
L’acteur Thibault Lacroix déclame sur balcon un poème de William Shakespeare : « Fatiguée de ce mondeje demande à mourir /Lassée de voirqu'un homme intègre doit mendier / Quand à côté delui des nullités notoires / Se vautrent dans le luxe et l’amourdu public / Qu’on s’amuseà cracher surla sincérité /Que les placesd'honneur sont pour les plus indignes / Qu’on offre descorps viergesà des désirs brutaux /Qu’on couvre d’infamiesle justediffamé / Qu’un fortdevienne infirmeau pouvoir du difforme / Que l'art estbâillonné sousun règne arbitraire / Que des singesen docteursdécidentdu génie /Qu’unêtre simpleet vrai esttraité de stupide / Que le bien asservi est esclave du mal / Fatiguée de tout ça, je veux quitter ce monde / Sauf que si je me tue, mon amour sera seul ».
Un autre acteur, Matthieu Marie, dit un texte d’Antonin Artaud : « Le théâtre comme la peste est une crise qui se dénoue par la mort ou par la guérison. Et la peste est un mal supérieur parce qu’elle est une crise complète après laquelle il ne reste rien que la mort ou qu’une extrême purification, écrit-il. De même, le théâtre est un mal parce qu’il est l’équilibre suprême qui ne s’acquiert pas sans destruction. Il invite l’esprit à un délire qui exalte ses énergies ; et l’on peut voir pour finir que du point de vue humain, l’action du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car poussant les hommes à se voir tels qu’ils sont, elle fait tomber le masque, elle découvre le mensonge, la veulerie, la bassesse, la tartufferie; elle secoue l’inertie asphyxiante de la matière qui gagne jusqu’aux données les plus claires des sens; et révélant à des collectivités leur puissance sombre, leur force cachée, elle les invite à prendre en face du destin une attitude héroïque et supérieure qu’elles n’auraient jamais eu sans cela » (Antonin Artaud : "Le Théâtre et la peste", "La Nouvelle Revue Française", n° 253, Janvier 1934).
La crise sanitaire, gérée statistiquement, froidement, par des technocrates, fait tomber l’art, la poésie, dans l’inessentiel, l’irréférentiel, le sacrificiel. Le mot culture s’occulte dans les discours, obsédés par leur dramaturgie de l’urgence. La rhétorique perd sa logique manipulatrice. Les éléments de langage ne propagent qu’angoisse virale. Ne se profilent au bout des annonces qu’issues tragiques. Ne parviennent aux solitudes confinées qu’échos de la mort. La vie sociale se saborde. Les lieux culturels se condamnent. Les livres s’interdisent à la vente. L’absurde gère grotesquement l’imprévisible. L’apparence égare sa substance. L’insaisissable réalité récuse à chaque décision l’impuissante raison calculatrice. Puisque la liquidation technocratique de la culture est programmatique, les artistes entrent en résistance. Ils exploitent judicieusement les discordances, les incohérences, les inconséquences d’une gouvernance sans cap et sans trajectoire. Ils investissent les lieux encore ouverts, les églises, les galeries marchandes, les salles de vente. Les interstices urbains sont des scènes incontrôlables.
Mustapha Saha, « Occupation du Théâtre de l'Odéon : un parfum de mai 68 », reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 21 mars 2021.Url :
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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