22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 17:04

​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques

 

 

 

 

 ​​​​

 

 

 

 

Caravanes

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Poème choisi, transcrit & remanié pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photoEdouard Frédéric Wilhelm Richter, "Distração do su", domaine public, Commons. 


 

 

 

C'est le soir... On entend passer des caravanes...

Rythmiques, les chameaux allongent leurs pas lourds,

La clochette à leur cou jette des refrains sourds...

Smyrne dort, du sommeil repu des courtisanes.

 

 

Dans un jardin créé par les mains de la nuit

De fabuleux jasmins déroulent leurs lianes,

Et mes rêves s'en vont, comme des caravanes,

Vers le désert charmant où mon cœur les conduit...

 

 

Mes songes, défilant en lentes caravanes,

Et portant leurs fardeaux de désirs et d'espoirs,

S'en vont, au bruit lointain des cloches, dans les soirs,

Vers la Maîtresse brune aux poignets diaphanes.

 

 

Orientalement immuable, elle attend,

Sultane triste, avec les yeux noirs des sultanes,

Et peut-être, entendant passer mes caravanes,

Ses yeux les suivront-ils dans leur marche, un instant...

 

 

Les sources, les palmiers, les dattes, les bananes

Lui font un grand décor clouté de tamaris.

Elle seule règne en l'incroyable oasis

Que cherche vainement la soif des caravanes.

 

 

Interdite aux regards, à leurs ferveurs profanes,

Beauté captive aux longs loisirs pleins de regret,

Ma Maîtresse repose en un palais sacré

Où mes rêves s'en vont, comme des caravanes...*

 

 

 

* «  Caravanes » est un poème de VIVIEN, Renée (1877-1909), Flambeaux éteints : poèmes, Renée Vivien, Paris, Bibliothèque Internationale d'Édition, E. SANSOT & Cie, 7, rue de l'Eperon, MCMVII/1907, pp. 40-41. Ce recueil appartient au domaine public.

 

 

 

Pour citer ce poème

 

Renée Vivien, « Caravanes », poème extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909), Flambeaux éteints : poèmes, (1907), choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 22 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/rv-caravanes

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

© Tous droits réservés 

 

 

Retour au N°1 

 

19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 16:31

 


Événements poétiques | Le Printemps des Poètes | « Les femmes & le désir en poésie »

 

 

 

 

 

 

 

La Mouille scandaleuse*

 

 

 

 

Roxane Darlot-Harel

Professeur agrégée de lettres modernes

Son blog

 

 

 

Crédit photo : La naissance de Vénus par Sandro Botticelli, Commons, Wikimédia. ​​​​​​​

 



 

Tempus lente fugit et amor celeriter nascitur

 

 

Il fallut des années, nombreuses et limpides,

Avant que je te trouve et que je te connaisse.

Tout était sobre alors, je n’étais point avide,

Avide de ta bouche où mes tourmentes naissent.

 

Comment ne pas crier que tu me bouleverses,

Que je ne savais rien ; que je m’étais trompée

Quand je croyais aimer des hommes. À l’inverse

C’est toi que je cherchais, une averse, trempée.

 

Ils me sont bien passés ces frémissements vagues.

Si j’effleure ta peau, si tu frôles mes cuisses,

Comme pour compenser ces années vulgivagues,

 

Je me noie de désir, juste en une seconde.

Et je me noie d’amour à mesure où languissent

Tous mes sens secoués par tes troublantes ondes.



 

 

Naevus vulvae

 

 

Et lorsque mon œil glisse où ta peau se chiffonne

Pour suivre goulûment ses lignes et ses fronces

Aux fils souples et crème, aux moirures de sconse,

Il se fixe un moment sur un bord qui moussonne.

 

La nature est taquine et pare quelquefois

Ses objets préférés de bijoux très discrets ;

Et sur ta lèvre enfouie dans l'ombre et le secret

Elle a posé ce grain de beauté que je vois.

 

À croire qu'elle pensât que cette mouche rousse

Fût un appât de plus pour que je colle à toi –

Pour vaincre la pudeur de la timide proie.

 

Mais elle eût pu, le grain, l'ôter de la frimousse :

Je ne peux oublier le monde entre tes cuisses 

Il envoûte mes sens, par tous ses interstices.

 

 

« Je suis si sèch' sèch', d'habitude, ma chérie »

 

 

Quand l'aube aux doigts de rose humecte un peu mes cils,

Une prime rosée a détrempé mes cuisses.

Comme mes yeux rosis qui pleurent de fatigue,

Mes lèvres – plus souvent – salivent de désir

 

Pour d'autres roses doigts, dès avant l'aube pâle,

Qui sont posés sur moi dans la chaleur des draps.

Il suffit que leur pulpe ait caressé mon bras,

Ait effleuré ma nuque, ait approché de moi,

 

Alors, conjugaison d'Éos et d'Astéria,

Ils paillettent mes nerfs d'une onde inépuisable ;

Une étoile piquante à chaque instant me cabre,

 

Et je l'exsude à flots dans des filaments gris

Qui collent aux dentelles de mon clitoris.

Déesse aux doigts de miel, sur terre tu m'animes.

 

 

 

* Le désir féminin, notamment, est un de mes thèmes fétiches. Dans cette proposition, je me concentre sur un aspect particulier du désir féminin : le désir féminin lesbien.

 

 

 

***

 

 

Pour citer cet ensemble de poèmes érotiques d'amour lesbien

 

Roxane Darlot-Harel, «  La Mouille scandaleuse » ensemble inédit de trois poèmes érotiques d'amour lesbien​​​Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 19 février 2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/desir/rdh-lamouillescandaleuse

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude SIMON 

 

 

 

© Tous droits réservés

 

Retour à la Table du Recueil

 
28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 12:41

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 30

 

 

 

 

 

Nous irons vers les poètes

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Poème choisi, transcrit, remanié,

annoté & présenté pour cette revue par Dina Sahyouni

Cette page est en partie restreinte

 

 

 

          https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/68/Renee-Vivien.png

Crédit photo : Photographie de Renée Vivien (Pauline Mary Tarn),, domaine public, Commons. 

 

 

Le texte reproduit ci-dessous provient de VIVIEN, Renée (1877-1909), À l'heure des mains jointes, Paris, éd. Alphonse Lemerre, 23-33 Passage Choiseul, MDCCCCVI (1906), pp. 15-18. Ce recueil appartient au domaine public.

​​​​​​Le texte est annoté et présenté par D. Sahyouni mais la revue réserve l'annotation et la présentation inédites pour la parution imprimée du recueil Rêveries fleuries. On utilise l'exergue du livre pour ce poème que nous dédions aux consœurs lesbiennes, transsexuelles et queers...

 

...the hour of sisterly sweet hand-in-hand.

By Dante Gabriele ROSSETTI.

 

 

 

L'ombre paraît une ennemie en embuscade...

Viens, je t'emporterai comme une enfant malade,

Comme une enfant plaintive et craintive et malade.

 

 

Entre mes bras nerveux j'étreins ton corps léger.

Tu verras que je sais guérir et protéger,

Et que mes bras sont forts pour mieux te protéger.

 

 

Les bois sacrés n'ont plus d'efficaces dictames,

Et le monde a toujours été cruel aux femmes...

Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.

 

 

Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts,

Mais nous irons au loin et nous les oublierons...

Nous n'avons qu'à vouloir et nous les oublierons.

 

 

Nous souvenant qu'il est de plus larges planètes,

Nous entrerons dans le royaume des poètes,

Le merveilleux royaume où chantent les poètes.

 

 

La lumière s'y meut sur un rythme divin.

Plus de soucis : l'on rêve et l'on est libre enfin...

Ma Douceur, conçois-tu que l'on soit libre enfin ?...

 

 

Je bâtirai pour toi des palais d'émeraude

Où le parfum s'égare, où la musique rôde,

Semblable au souvenir qui s'attarde et qui rôde...

 

 

Mon amour, qui s'élève à la hauteur du chant,

Louera tes cheveux roux plus beaux que le couchant...

Ah ! tes cheveux, plus beaux que le plus beau couchant !

 

 

Les douleurs se feront exquises et lointaines,

Dans le miracle des jardins et des fontaines,

Des jardins langoureux où dorment les fontaines.

 

 

Parce que j'ai frémi, que j'ai pleuré comme eux,

Chère, j'irai vers les poètes lumineux,

Sans redouter l'éclat de leur front lumineux.

 

 

Je leur dirai : « Mon œuvre est une œuvre illusoire...

Je marche obscurément vers une mort sans gloire,

Je suis une qui vit et qui mourra sans gloire.

 

 

Mais entrouvrez vos rangs jalousement étroits,

Parce que je vous ai vénérés autrefois,

Et que j'ai lu vos vers, par les soirs d'autrefois.

 

 

Accueillez parmi vous votre sœur sans génie,

Mais dont l'âme est pareille à votre âme infinie...

Car mon âme est pareille à votre âme infinie.

 

 

Je juge l'aube triste et le plaisir amer :

Le soir me voit errer en regardant la mer,

Les pieds nus, attentive aux refrains de la mer.

 

 

Puisque le désir fut mon unique poème,

Contemplez la splendeur de la femme que j'aime...

Ô poètes ! voyez cette femme que j'aime ! »

 

 

… Nous entrerons, grâce aux poètes fraternels,

Dans le pays créé par leurs vers éternels,

Dans l'harmonie et le clair de lune éternels.

 

 

La nuit rassurera nos âmes inquiètes,

Et nous verrons passer, en chantant, les poètes

Graves et doux, et les amantes des poètes.

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème érotique & féministe 

 

Renée Vivien, « Nous irons vers les poètes », poème extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909), À l'heure des mains jointes (1906) choisi, transcrit et remanié par Dina Sahyouni,  Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 28 novembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/rv-verslespoetes

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

© Tous droits réservés

 

Retour à la Table du Recueil

12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 10:42

Megalesia 2020 | Lettre n°14 | Être féministe | Poésie érotique 

 

Désir &

 

Sonnet féminin 

 

 

Renée Vivien

Poèmes choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

 

Présentation brève

 

Quelques phrases sur la poésie érotique de Renée Vivien :

 

Elle est picturale, classique cependant indémodable. Elle se réfère constamment à l'Antiquité, aux figures féminines païennes (ex. Volupté) et à La Poète (c'est-à-dire Sappho), vous pouvez le constater dans les poèmes extraits ci-dessous. La poésie érotique de Renée Vivien est puissante, limpide, revendicative, et rythmée. Elle est aussi féministe, et teintée d'une beauté et d'une fraîcheur provenant de la passion poétique vécue comme Extase et Volupté de l'être tout entier. Cette poésie relève également du lyrisme féministe parce qu'elle dévoile et sublime entre autres le corps et la sexualité non seulement féminins mais aussi lesbiens par l'intermédiaire de la création poétique.

Poétiser devient érotiser la vie. On retrouve ce même lyrisme féministe dans la poésie et les écrits de Sappho et des contemporaines comme Barbara Polla, Françoise Urban-Menninger (dans des écrits érotiques hétérosexuels...) et bien d'autres Angèle et MIKA (dans des chansons sur l'amour homosexuel).

 

 

 

Ces deux poèmes sont des extraits de Renée Vivien (1877-1909), Cendres et Poussières, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage Choiseul, 23-31, 1902. Le recueil est adressé à l'amie de Renée Vivien H. C. L. B. et il a été imprimé le 27 mai 1902 à Paris.

Le poème "Désir" est un portrait érotique, descriptif, expressif et pictural de l'amante désirante et tant désirée. Ce poème explicite du désir amoureux lesbien permet de comprendre sa ressemblance au désir amoureux héterosexuel et normé. En outre, cette expression lyrique et féministe trouve des échos dans la culture populaire et musicale comme la récente chanson de l'artiste Angèle intitulée "Ta Reine" (voir le lien ci-dessous vers la chanson citée) ou chez l'artiste MIKA, auteur de plusieurs chansons qui portent sur la sexualité et l'amour homosexuels. Néanmoins, les difficultés de parler ouvertement de l'érotisme dit "homosexuel" persistent et continuent à attiser des tensions et même des discours de haine à l'égard des LGBTQAI+.

Quant au "Sonnet féminin", qui relève aussi de l'érotisme dit "homosexuel" et du lyrisme féministe, il permet de tracer un fil conducteur avec le matrimoine de la poésie de Sappho. Ce sonnet comporte aussi un blason élogieux de la voix de la personne aimée même si les rimes du sonnet ne sont pas plates, la litanie est là. D'autres parties du corps sont aussi érotisées comme les mains par exemple. La voix renvoie au souffle et à la poésie, car avant tout être poète, c'est être une voix, un souffle (cela a un rapport étroit avec les origines mythiques et légendaires de la poésie, le chant des Sirènes, Apollon, Mnémosyne, les Muses, Pan, Orphée, les Aèdes...)

 

​​​​​​Parmi les autres poèmes d'amour et d'érotisme du recueil "Cendres et Poussières", le "Sonnet féminin" se distingue par une sublimation claire du désir proprement "féminin" à l'égard du "féminin" pour le transfigurer en poésie, en une passion de la poésie. Renée Vivien a été ainsi étreinte par la poésie elle-même par le biais de l'être aimé (transfiguré en Muse) comme elle l'explique dans le premier tercet du sonnet. Et le "bleu" divin des clartés infinies" est le bleu de la poésie... On retrouve cette affirmation sur le fait que le bleu est féminin et Poésie dans le recueil de lettres de la poète Aurélie-Ondine Menninger "Lettres à Bleue" et bien d'autres poèmes de ses écrits et dans le poème chanté "Blue" de MIKA (voir lien ci-dessous vers la chanson citée). Dans le dernier vers du sonnet, la poète use encore de la métaphore pour décrire la "volupté" poétique qui transfigure sa bien-aimée en Muse libératrice et inspirante. Ainsi, la "blanche volupté" est une pureté symbolique et synonyme d'innocence poétique et de virginité des sensations érotiques rendues esthétiques ; une source d'inspiration, de créativité et un support de liberté. Ainsi, le lyrisme féministe se caractérise par une liberté créative.

 

Je voudrais par ailleurs en écrivant ces lignes renouveler ma proposition annoncée dans des billets datant de décembre 2019 pour tenter avec d'autres collègues de penser le lyrisme féministe dans tous ses états et toutes ses expressions. Il me reste de vous souhaiter une bonne lecture.

​​​​​

 

Désir

 

 

Elle est lasse, après tant d'épuissantes luxures.

Le parfum émané de ses membres meurtris

Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.

La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

 

 

Et la fièvre des nuits avidement rêvées

Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.

Ses attitudes ont des langueurs énervées.

Mais voici que l'Amante aux cruels ongles longs

 

Soudain la ressaisit, et l'étreint, et l'embrasse

D'une ardeur si sauvage et si douce à la fois,

Que le beau corps brisé s'offre, en demandant grâce,

Dans un râle d'amour, de désirs et d'effrois.


 

Et le sanglot qui monte avec monotonie,

S'exaspérant enfin de trop de volupté,

Hurle comme l'on hurle aux moments d'agonie1,

Sans espoir d'attendrir l'immense surdité.

 

Puis, l'atroce silence, et l'horreur qu'il apporte,

Le brusque étouffement de la plaintive voix,

Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,

Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

(pp. 43-44)

 

 

 

Sonnet féminin

 

 

 

Ta voix a la longueur des lyres lesbiennes2,

L'anxiété des chants et des odes saphiques3,

Et tu sais le secret d'accablantes musiques

Où pleure le soupir d'unions anciennes.

 

Les Aèdes4 fervents et les Musiciennes

T'enseignèrent l'ampleur des strophes érotiques

Qui versent dans la nuit leurs ardentes suppliques,

Ton âme a recueilli les nudités païennes.

 

Tu sembles écouter l'écho des harmonies ;

Bleus de ce bleu divin des clartés infinies,

Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène5.


 

Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses ;

De ton corps monte, ainsi qu'une légère haleine,

La blanche volupté des vierges amoureuses.

 

(pp. 93-94)

 

 

Notes

 

1. Il s'agit d'une métaphore classique mais toujours employée et explicite comparant l'extase amoureuse féminine à l'agonie qui précède la mort. C'est tout le poème qui constitue en fait une métaphore comparant la volupté ardente du désir amoureux en action aux instants de la mort ; une sorte de tremblement saisissant l'être tout entier et le laissant ébahi.

2. Les "lyres lesbiennes" sont à la fois une inspiration, une référence, une affiliation revendicative féministe, créative et sexuelle. Elles renvoient à la poésie de Sappho.

3. Idem.

4. Comme Homère, les aèdes sont des poètes de l'antiquité grecque. Ils sont nomades, conteurs et musiciens comme Orphée. Il s'agit des premiers poètes qui déclamaient des épopées...

5. Le terme a été rectifié par nous pour correspondre au nom de la ville grecque décrite dans le poème.

 

 

***

 

Pour citer ces  poèmes

Renée Vivien, « Désir » & « Sonnet féminin » poèmes extraits de Cendres et Poussières (1902) choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe & Megalesia 2020, mis en ligne le 12 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/desir-feminin

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés 

Retour au Sommaire 

Retour à la Table de Megalesia

31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Introduction à l’œuvre de maría castrejón :

 

 

du con au féminisme genderqueer


 

 

Claire Laguian

Université de Paris-Est

Marne-la-Vallée, LISAA (EA 4120)

 

  image claire2

©Crédit photo : maría castrejón

 

La première de couverturei du recueil volveré mucho más tarde de las doceii (je rentrerai beaucoup plus tard que minuitiii), provocatrice tout comme le premier vers « No me sale del coño » (« Ça ne me vient pas du con »), donne immédiatement le ton de la poésie de maría castrejóniv : une poésie écrite par une femme fière de l’être, une poésie dont les mots – souvent noirs – restent gravés dans nos corps en jouant subtilement avec le genre. Cela n’est donc pas anodin que l’auteur madrilène d’un essai sur le roman lesbien en Espagnev et d’une thèse (en cours) sur le transgenre littéraire, ait choisi pour la couverture de son premier recueil poétique de recouvrir son corps nu de mots utilisés par les romancières espagnoles pour symboliser l’organe sexuel féminin de manière métaphorique.

Il n’y a rien de métaphysique dans cette poésie du quotidien, mais des enchaînements de négations nous font oublier si nous sommes homme ou femme (et si nous aimons femme ou homme ?). Une rébellion permanente synthétisée dans le seul titre du recueil, une ode à la « nocturnité » et à une « bizzarattitude » souvent à la limite du destroy et du trash. Une déferlante de vers dans un rythme saccadé nous présente donc une contre-poétique provocatrice et sans ornementsvi, qui réussit à être en même temps un symbole de littérature féministevii et  queer en déconstruisant les catégories, les étiquettes et en criant la colère de la poète : une écorchée vive au milieu de cette société (de consommation) qu’elle dénonce notamment pour sa haute dose de superficialitéviii.

 

Cette poésie souvent polysémique et saphique, fantasmant sur les femmes d’âge mûrix ou les infirmièresx, s’affirme volontairement contre les poèmes d’amour sentimentaux. Cependant, la sensualité n’est pas exclue, notamment par l’obsession de la sueur et des aisselles fémininesxi ou par une tentative érotique de déjouer la servitude animale des femmes dans les mariages forcésxii. Le mélange des genres est particulièrement efficace dans « hadès » et « Fille n°6 », où la voix poétique s’assimile au dieu grec maître des Enfers ou à un individu de sexe masculinxiii : « comme si je soulevais ta jupe », « Je suis la fille qui veut juste te baiser », « et je te dis que c’est beau que tu me la suces lentement / que tu entrouvres tes jambes pour moi dans mon château ». La poète va même jusqu’au refus d’avoir un corps tout court (« anti corps »), ou un corps marqué par un genrexiv malgré les tentatives de réconciliation avec son corps grâce à des jeux de mots ou de sonorités qui fonctionnent particulièrement bienxv.

 

Nous ne pouvons conclure sans évoquer la musicalité de cette écriture, qui reste ancrée dans le rythme naturel de l’alexandrin espagnol (14 pieds) et du dodécasyllabexvi, et qui apparaît également dans l’unique rime assonante en –a- que l’on retrouve tout au long des poèmes : ce n’est bien sûr pas un hasard puisque la voyelle A est la marque du genre féminin en espagnol… Le seul poème où le son -o-, celui de la masculinité, est prépondérant est le premier texte où il est justement question de « coño », c’est-à-dire du « con », pourtant marque biologique du féminin ou quand les genres ne sont plus ce qu’ils croient être…

 

 

Notes


 

i. Cf. la photo présente au-dessous du titre et dans le texte « Yo, yo misma y mi musa » (« Moi, moi-même et ma muse », notre traduction) appartenant au même dossier consacré à la poète. 

ii. Recueil vainqueur du prix de littérature LGBT de poésie « Desayuno en Urano » en 2011 (après Juan Antonio González Iglesias en 2010) et publié chez Egales.

iii. Notre traduction (ici, toutes les occurrences poétiques et les titres en français sont de notre fait).

 

iv. Sans majuscules, volonté de la poète dans le but de « déhiérarchiser ».

v. Castrejón, María, …que me estoy muriendo de agua. Guía de narrativa lésbica española, Egales, Barcelone-Madrid, 2008.

vi. Sur ses divers blogs, la poète lutte fermement pour la « dépathologisation » de la poésie (http://porladespatologizaciondelapoesia.blogspot.fr/) afin que cet art soit mieux diffusé et à la portée de tous. Elle revendique la poésie comme une arme politique en temps de crise (http://periododereflexion.blogspot.fr/) et s’évertue à organiser des lectures poétiques ou performances, sans oublier de diversifier son activité par des collages ou des romans graphiques.

vii. La poète essaye même d’approcher les hommes au féminisme avec son annexe découpable « offres non-cumulables ». Il s’agit d’une nouvelle forme provocatrice de marketing pour que les hommes soient sensibilisés à ces revendications : « Les femmes peuvent lire gratuitement ce poème, / et pour les hommes ça leur coûtera moitié-prix / s’ils le lisent avec l’une d’entre elles ».

viii. Cf. la forme particulière du « poème à deux voix » qui illustre à merveille les problèmes de communication et le non-sens de nombreux échanges humains.

ix. « s’assied la femme / que réellement / tu désires et elle donne à manger / à son fils des croquettes de / jambon ibérique » (« poème à deux voix »).

x. « je déchire les pantalons des infirmières / (elles ont des culottes de gaze verte / et une épilation brésilienne). » (« le centre hospitalier »).

xi. « Lèche la sueur des aisselles […] / Une femme nettoie les boîtes aux lettres / en traçant des cercles avec ses doigts. / Je ne suis pas capable de m’approcher / pour vérifier ce que ça sent. » (« voix ou tape ») ; « je me plonge dans le fond de tes aisselles pour les fuir. » (« je n’écris pas de poèmes d’amour »).

xii. « Effleurez vos seins avec leur peau », « effleurez avec elles votre entrejambe », « Votre fils a besoin de bottes / et vous d’une jeune fille / qui vous accompagne, / Mary Jones / quand les hommes abandonneront / le tapis. (« Mary Jones »).

xiii. Alors que parfois elle rejette violemment les hommes : « Je suis dégoûtée par les chauffeurs de taxi qui / sans le vouloir embrassent / leurs femmes / sur les commissures des lèvres » (« Je suis le pôle opposé »).

xiv. « Je ne veux pas de corps / de stigmates de talons / ni de bite ni de con » (« anti corps »).

xv. « Me con-bocas » : ici le verbe « convocar » signifie « convoquer », mais en espagnol, les lettres –B– et –V- se prononcent souvent de la même manière, ce qui permet à la poète d’introduire le mot « boca » signifiant bouche (d’où notre traduction « tu m’inter-pelles », jouant avec le terme de « pelles » lié aux baisers).

xvi. Que nous avons systématiquement traduits par des alexandrins français, parfois avec l’aide du –e- muet prôné par Jacques Réda pour sa capacité de « tension-détente » qui fait que l’on peut ou non le compter.

 

 

 

 

Pour citer ce texte


Claire Laguian , « Introduction à l’œuvre de maría castrejón : du con au féminisme genderqueer », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-introduction-a-l-oeuvre-de-maria-castrejon-du-con-au-feminisme-genderqueer-111767394.html/Url. http://0z.fr/kurqj

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

....

Auteur(e)


Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

 


Bienvenue !

 

L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une