22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 16:00

 

 

 

En avant-première d'Introspection

 

 

Entretien avec Marie-Josée Desvignes

 

 

 

à l'occasion de la parution de son livre Requiem*

 

 



 

  http://www.cardere.fr/photo/L53.jpg

© Crédit photo : Requiem - Couverture de l'éditeur

 

 
   

 

Dina Sahyouni — Vous écrivez pour la jeunesse, que représente pour vous l'enfance ?  


 

Marie-Josée Desvignes J'ai écrit effectivement un roman pour la jeunesse qui va paraître en janvier 2014 aux éditions Les Lucioles. Mon enfance est une terre inconnue que j'aurais voulue belle. L'enfance représente donc pour moi un lieu rempli d'êtres fragiles dont je me sens toujours proche. La plupart des auteurs pour la jeunesse ont la nostalgie de cette époque où on leur racontait des histoires. Pour moi qui n'ai pas eu cette chance, c'est  après avoir lu et aimé C.S. Lewis  (l'auteur du monde de Narnia mais aussi de Surpris par la joie), Lewis Carrol ou les frères Grimm, c'est à dire très tardivement, que j'ai eu envie d'écrire pour la jeunesse. Mais c'est aussi sûrement parce que j'avais à cœur de transmettre mon amour de la lecture (déjà en enseignant) que j'en ai fait le sujet de ce premier roman jeunesse (fantasy) sur fond de quête initiatique. 

 


 
DS  D'après vous, comment peut-on transmettre aux enfants la poésie des aïeules ?  


 

M-JD Le désir de transmettre la littérature et la poésie en particulier fait partie de mon cheminement. Je crois qu'à part Andrée Chédid (fort représentée dans les « récitations » en primaire), les enseignants qui ne sont pas tous poètes, ni tous curieux de la poésie qui plus est celle des femmes, n'ont pas tous spontanément cet élan à transmettre la poésie. 

D'ailleurs, il faudrait que celle-ci ne soit pas partagée qu'à l'école. Mais combien de parents lisent la poésie ? Combien lisent celles des femmes ? Il faut avoir un goût particulier pour cet art qui est justement  un art de l'enfance.

Les enfants savent très tôt jouer avec les images, les sonorités du langage, l'invention des mots. Lorsque je fais écrire les enfants dans mes ateliers-poésie, je repars enchantée de la savoir si vivante à leur contact. L'enfance garde longtemps ce goût qui perdure encore un peu, une fois entré dans l'adolescence où les questions liées à l'autre et à la rencontre poussent ces encore-jeunes à s'épancher dans des petits mots qu'ils échangent, pour disparaître complètement une fois préoccupés d'entrer dans la vie active.

La seule réponse que je peux apporter à celle-ci qui en englobe tant d'autres à commencer par la définition même de la poésie, serait que les éditeurs eux-mêmes accordent davantage de place à ce genre, et que chaque auteur se fasse un peu poète. Ce serait un défi.   On glisserait alors dans chaque livre un poème de l'auteur. Mais la poésie elle-même reste un mystère, il y a beaucoup de gens qui disent aimer la poésie et tout autant à dire qu'ils ne la lisent pas.

Il y a donc déjà toute une éducation des adultes à redevenir enfant... À moins que nos filles, à force de défendre la poésie s'y emploie elles-mêmes dans l'éducation qu'elles donneront à leur progéniture.

D'une manière plus générale, vous posez la question de la place des femmes dans la littérature,  et je crois bien que c'est à nous de la prendre cette place, par exemple en écrivant des manuels d'Histoire de la littérature des femmes (tout genre confondu) en privilégiant la poésie (anthologies), la défendre avant qu'on la considère encore comme au XXe siècle encore comme un art de l'épanchement féminin  (cf. Les Muses françaises, anthologie de femmes poètes, Alphonse Séché, 1908). D'ailleurs je pense que les sites se développent autour des femmes-poètes par des femmes-poètes. Voilà un moyen sans doute pour la transmission, car les jeunes, garçons et filles, sont nombreux à s'y aventurer.



DS Requiem est un récit poétique explorant le vécu douloureux d'une femme qui donne naissance à un bébé mort-né. Pourriez-vous nous en parler?


 

M-JD Chaque poète a une définition de la poésie. Et c'est peut-être pour cela qu'il y a toujours autant de querelles au sein même du milieu.

Pour moi la poésie ne réfléchit pas à ce qu'elle peut dire ou ne pas dire. Elle est le lieu d'un dire absolu, et parfois indicible autrement. Elle peut donner à voir une violence tout autant qu'une émotion fragile et paisible pour transcender un vécu,  un moment délicieux ou un dire tragique. Elle peut être tout autre chose aussi.

J'écris de la poésie depuis longtemps et tous mes textes étaient emprunts de cette violence à dire un indicible. J'avais un quelque chose à dire, qui toucherait les femmes plus sûrement par le vécu intime. J'avais d'abord voulu le faire sous la forme d'un roman mais c'était mon vécu et je ne pouvais (ne voulais !) le mettre à distance. Le dire de Requiem n'est pas seulement celui d'une naissance tragique, c'est avant tout celui d'un deuil impossible, comme l'est celui de parents qui ont perdu un proche en mer.

Certains veulent enfermer la poésie dans une objectivation dénuée d'émotions, d'autres s'y complaisent, il me fallait trouver ce juste milieu, ce lieu d'un dire violent, émouvant débarrassé d'apitoiements.

Je peux dire aussi ce que Requiem n'est pas. Ce n'est ni un témoignage, ni un recueil de poèmes qui se liraient aléatoirement. C'est un récit car il propose une immersion dans la mer et le mystère de la naissance, c'est un long poème dont la tragédie n'a trouvé que ce chemin pour se dire.


 

DS Pourquoi avez-vous écrit ce livre, s'agit-il d'un hommage, d'un cri, d'une nécessité existentielle, etc. ?


M-JD C'est sans doute un hommage, il est dédié à mon fils Julien. C'est un cri, dans lequel pourront se reconnaître toutes celles (et elles sont nombreuses) qui ont perdu un proche sans possibilité de le pleurer. C'est une nécessité existentielle peut-être, pour moi d'essayer de passer à autre chose, mais pas une thérapie comme on dit trop souvent de l'écriture ou de l'écriture de la souffrance. Heureusement, il y a bien d'autres moyens moins douloureux que la publication pour guérir mais il y a aussi des maladies dont on ne guérit pas de « ce temps qui ne passe pas » (l'expression est de Pontalis)


 

DS   Qui est Marie-Josée Desvignes dans Requiem, comment se raconte-t-elle par le biais de la poésie ?


M-J D Elle est toutes les femmes qui se sont vu retirer le droit d'exister au travers d'un acte qui, à cette époque, il y a trente ans, serait aujourd'hui puni par la loi. Elle pose la question du sacré de la vie. Aujourd'hui, une loi permet les interruptions médicales de grossesse à sept mois légalement, mais surtout, elle permet de donner une sépulture à l'enfant. J'ai vécu cette naissance comme un meurtre dont j'aurais été complice (car il s'agissait bien d'une IMG mais le cadre pour reprendre l'enfant était flou encore). Et avant moi, il y en a eu tant et tant. Nos mères et grand-mères peuvent nous en parler encore.

 



DS Une dernière question s’il vous plaît : avez-vous des publications prévues pour l’année 2013-2014 ?


M-JD Oui comme je l'ai dit plus haut, un roman fantasy en direction des adolescents est à paraître en janvier prochain aux Éditions Les Lucioles. C'est un plaidoyer pour la défense de la littérature et du patrimoine culturel. Mon petit héros, dyslexique et pourtant au QI supérieur à la moyenne, va se voir confié dans un autre monde, la mission de récupérer les livres qui ont été dérobés au petit peuple des muets afin de les soumettre... (le titre est justement : Le petit peuple des muets, 1.Chroniques du pays sans retour). J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écriture, il m'a diverti durant l'écriture de Requiem, et le passage que je préfère est celui où je fais naitre un personnage du nom de Clemens Brentano, un auteur totalement oublié aujourd'hui, contemporain des frères Grimm, poète et conteur  lui aussi et qui aurait rêvé sa vie durant de devenir un personnage de roman, un rêveur et un éternel enfant. Un hommage pour moi.

Je suis actuellement sur l'écriture d'un roman et je finalise également un recueil de poèmes dont le titre est De l'ombre à la lumière.

 

 

  *Entretien électronique


Pour citer ce texte


Dina Sahyouni & Marie-Josée Desvignes« Entretien avec Marie-Josée Desvignes à l'occasion de la parution de son livre Requiem », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°3  [En ligne], mis en ligne le 22 septembre 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-entretien-avec-marie-josee-desvignes-requiem-120221563.html/Url.http://0z.fr/K9WJc

 

11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 12:06

 

 

Merci de nous aider à réaliser l’enquête ci-dessous. Nous publierons les réponses approfondies des poètes, poétesses, universitaires, enseignant-e-s, doctorant-e-s, artistes, éditeurs, éditrices, étudiant-e-s, journalistes, libraires, documentalistes, etc. aux questions suivantes dans le numéro spécial. Prière d'envoyer vos réponses à la rédaction avant le premier novembre 2013 à contact.revue@pandesmuses.fr (avec une note bio-bibliographique de quelques lignes) :

 

 

Entretien avec vous


  1. Qu’est-ce que c’est la poésie ?

  2. La poésie est-elle un acte politique ? Merci de développer votre réponse

  3. Un poème, c’est quoi ?

  4. Existe-t-il une poésie masculine ? Merci de développer votre réponse

  5. Existe-t-il une poésie homosexuelle ? Merci de développer votre réponse

  6. Est-ce que les femmes, les hommes et les autres minorités traitent les mêmes thèmes dans leurs poèmes ? Merci de développer votre réponse et de donner des exemples...

  7. Qu’est-ce que cela veut dire être poète/poétesse aujourd’hui ?

  8. Selon vous, pourquoi c’est difficile d’être une femme écrivant de la poésie ? Merci de développer votre réponse

  9. Peut-on parler d’autofiction, des travestissements, de polyphonie identitaire de genre et de double je identitaire dans certains écrits poétiques ? Merci de développer votre réponse et de donner des exemples



Au plaisir de vous lire,

 

Rédaction de la revue LPpdm
© www.pandesmuses.fr
http://twitter.com/LPpdm
http://www.facebook.com/RevueLPpdm
Page mise en ligne le 11 juillet 2013
Le Pan poétique des muses - dans Contribuer Interviews, entretiens, rencontres, enquêtes
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Entretien électronique
Invitée

 

Mini entretien avec


 

l'artiste-peintre Sylvie Lander

 

 

Sylvie Lander & LPpdm

 

   jardin par Sylvie Lander

©Crédit photo : Jardin par Sylvie Lander

 

 

LPpdm — Quelle part tient le poétique dans votre œuvre ?

 

SL— Ma poétique se situe en ce certain fléchissement du regard, dans ce plissement de la vision qui me fait capter les signaux faibles et diaprés de l’univers pris en son mystère, afin de les transcrire dans mon langage propre.

 

LPpdm—Les femmes sont-elles une source d'inspiration ?

 

SL—Mon objet n’est pas l’humain. Si convocation du féminin il y a, ce serait dans le sens du matriciel, du ferment fertile et fécond de toute origine.

 

LPpdmQuels sont vos thèmes de prédilection ?

 

SL—Mon regard est tourné vers les cieux sous toutes leurs formes… Dans un monde qui rétrécit comme celui d’Alice, l’échappatoire se trouve au zénith, bien au-delà des espaces terrestres et historiques. Constatant le dépeuplement des ciels, je m’emploie à pallier cette vacuité par un (re)peuplement kaléidoscopique et singulier.

 

LPpdmVos projets, vos travaux en cours ?

 

SL—Création d’une suite de vitraux pour l’église Saint Denis de Gerstheim, en reconstruction après un terrible incendie en 2011.... Préparation d’expositions en 2013, 2014 et 2015…   À suivre !

 

 

 

Quelques liens utiles


 Voir son exposition consacrée aux jardins : url.  http://www.sylvie-lander.fr/expos/tempsjardins/tempsjardin.html  

Visiter le site de l'artiste :   url. http://www.sylvie-lander.fr 


Pour citer ce texte 

Sylvie Lander & LPpdm, « Mini entretien avec l'artiste-peintre Sylvie Lander », texte illustré par S. Lander, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013. 
Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-mini-entretien-avec-l-artiste-peintre-sylvie-lander-117752701.html/Url.http://0z.fr/XQsuM

 

10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Invité                                          
Présentation

     Mon parcours

 

&

 

la découverte de la poésie

 

Éric Guillot  

Le Pan poétique des muses a réalisé l'entretien éléctronique ci-dessous avec le poète Éric Guillot (journaliste et artiste)*.

 

 

  •LPpdm — Qui est Éric Guillot ?


 

•ÉG — À l’âge de 17 ans, au cours de mes études pour devenir compositeur-typographe, j’ai véritablement découvert Les fleurs du mal de Baudelaire. Ce fut un véritable choc, avec L’albatros, Le vin de l’assassin, Les passantes…  À la fin du mois de juillet 1980, je touchais mon premier salaire et je me suis précipité dans une librairie ruthénoise pour acheter et relire Les fleurs du mal, en livre de poche (avec en couverture, une reproduction du tableau de Courbet : Le sommeil), car je n’avais pas les moyens d’acquérir une édition de luxe (depuis, je me suis rattrapé !). J’ai relu Baudelaire avec délice ! Ensuite ce fut Rimbaud, Villon, Verlaine, Victor Hugo, dont Les orientales m’ont particulièrement séduit. Enfin, je continuais ma découverte  avec Apollinaire, Aragon (sublimes !), Eluard, Soupault, Desnos (curieux !) Breton et les surréalistes… La poésie était entrée en moi. Je vivais et pensais poésie. J’achetais des livres de poésies, surtout les poètes du XXe siècle. Evidemment lire du Verlaine et enchaîner ensuite avec Breton ou Apollinaire, n’est pas toujours chose aisée. D’autres découvertes viendront avec les chanteurs, comme Brel, Ferrat, Ferré. Là je dois préciser quelques chose de capital : ce fut pour moi un pur bonheur d’entendre les poèmes de Rimbaud mis en musique et chantés par Léo Ferré, ce sera plus tard la découverte du 33 tours Ferré chante Baudelaire, puis Aragon et Apollinaire avec La chanson du mal aimée, notamment…  La poésie était le battement de mon cœur et elle le reste! Aujourd’hui, je demeure fasciné par la poésie des poètes dits modernes : Rimbaud, Apollinaire, Cendras,  Paul Morand, Breton, et les surréalistes en général, notamment Péret, Joyce Mansour… Parmi les poètes de langues étrangères, je citerai : Lorca, Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Adonis, Tranströmer…


 

Quelles sont les origines de la rubrique dédiée à la poésie dans le journal CENTRE PRESSE ?


 

•ÉG — Depuis un peu plus de douze ans, sans interruption paraît chaque semaine dans CENTRE  PRESSE, une page poésie consacrée à un auteur. En effet, c’est en mars 2001 que naquit l’idée de consacrer un espace poétique dans nos colonnes. Ce projet faisait suite à la mise en place par la direction du journal d’une édition supplémentaire de fin de semaine (inexistante jusqu’alors) dotée d’un cahier magazine du dimanche. Un détail fut également de mise qui coïncida avec ce lancement et décida la création de cette rubrique : la publication avec mon épouse d’une plaquette d’un jeu surréaliste intitulée Questions de principe, dont un compte rendu fut publié dès la parution de ce recueil dans le journal. Dès le lendemain, je fus appelé par la direction : « Je voudrais que vous assuriez chaque semaine une page poésie » m’avait déclaré Alain Rollat*, directeur du journal de 2001 à 2003. Je contactais alors, par l’intermédiaire de Denys-Paul Bouloc (un poète ruthénois), le groupe poésie au sein de la MJC de Rodez, afin de convenir d’une entrevue avec la direction de CENTRE PRESSE et dans la foulée je proposais à Alain Rollat une rubrique littéraire hebdomadaire assurée par un historien local, en la personne de René Couderc. C’est donc à partir de cette date que fut créée la rubrique poésie alternant tous les quinze jours avec une page littéraire consacrée à un auteur. Mais afin de palier les interruptions de ces rubriques durant la saison estivale, un communiqué a été publié dans nos colonnes s’adressant aux poètes désirant publier leurs textes dans le journal. De nombreux auteurs aveyronnais nous ont adressé leurs poèmes et voyaient ainsi leurs poèmes publiés pour la première fois. Au fil du temps, nos colonnes s’ouvrirent également à des auteurs hors du département. C’est ainsi que j’ai eu l’immense privilège de consacrer plusieurs parutions à Jeanine Baude, Margo Ohayon,  Gilles Lades, Claude Confortès ou Joël Bastard, que j’ai sollicité lors des rencontres aux Journées poésies à Rodez ; ou encore suite aux deux Concours poésie CENTRE PRESSE, lancés en 2008 et 2009, où Françoise Urban-Menninger fut lauréate. Enfin, c’est à partir de 2008 que les membres du groupe poésie Encres de la MJC de Rodez ont cessé de faire paraître leurs créations, suite à la dissolution du groupe. Depuis, je consacre exclusivement chaque parution à un auteur, y compris les poètes ayant appartenu au groupe Encres. Url. http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Rollat

 

* Entretien réalisé grâce à  l'aide de Françoise Urban-Menninger.


Pour citer ce texte


Éric GuillotLPpdm « Mon parcours & la découverte de la poésie », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013 .

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-mon-parcours-la-decouverte-de-la-poesie--117476227.html/Url.http://0z.fr/9i0fN

 

Auteur/Autrice


Éric Guillot

 

23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

 

 

 

  Entretien inédit  

 

 

 

 

Entretien avec Wilfride Piollet

 

 Au sujet des Dames blanches et de Mallarmé

Entretien réalisé le 16 mars 2012


 

  Céline Torrent 


 

  Mot de l'auteure :

 

Tous mes remerciements à l'artiste-théoricienne Wilfride Piollet 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1b/Wilfride-Piollet-Lac-des-Cyges-Opera.jpg

 

 

Q1. Qu’est ce que l’absolu pour vous ?

 

Wilfride Piollet:  Qu’il n’y ait plus de temps. Être abstrait, être à l’intérieur de soi-même, juste un objet de passage...

 

 

Q2. Pourquoi le ballet Giselle symbolise-t-il à ce point, pour vous, la danse, et l’amour de la danse ?

 

WP : Le personnage de Giselle est en constante mutation : elle passe de la vie à l’abstraction de la danse. Au premier acte, elle est la  reine des vendanges…

Puis elle est brisée par la folie qui est le passage transitoire, entre son passé et son futur de Willis. Au deuxième acte, il y a Myrta, reine des Willis, reine de la danse. J’ai beaucoup aimé interpréter ce rôle, plus que celui de Giselle au deuxième acte. Myrta est dans cette autorité grave, calme, cette plénitude qui est celle de se savoir reine de la danse ; danse qui a pris le pouvoir sans implication de l’affectif, dans l’abstraction. Le ballet Giselle a été dansé à l’Opéra jusqu’en 18671. Il serait très intéressant de savoir si Mallarmé a vu ce ballet…

 

Q3. Pourquoi Mallarmé a-t-ilparticulièrementremarqué la Cornalba selon vous ?

 

WP : On a gardé très peu de chose d’elle en effet. On a seulement retenu que c’était une grande technicienne, par rapport à la Zucchi qui était connue pour son charme, sa sensualité…

La Cornalba, non…

Si Mallarmé l’a remarquée, je pense que c’est parce qu’elle était dans le plaisir de la danse et c’est tout. Elle n’a jamais spécialement fait parler d’elle, elle ne « faisait pas de charme », ou plutôt elle avait le charme qui peut toucher un poète tel que Mallarmé : une façon de s’engager soi-même par rapport à soi-même, lorsque l’on se pousse à accomplir un réel niveau d’exigence.

La Cornalba illustre parfaitement l’idée de l’anonymat, de l’ « impersonnel »…

On ne sait rien d’elle, simplement qu’un grand poète a laissé quelques lignes sublimes sur elle, ce qui est déjà gigantesque ! Nul doute qu’elle possédait une humilité intérieure, était dans l’oubli d’elle-même…

On a dit d’elle qu’elle accomplissait de superbes pirouettes, ce qui est très intéressant car, pour moi, la pirouette c’est la transformation, la manifestation d’une poésie intérieure.

 

 

Q4. Est-ce qu'il y a des échos entre la pensée de Mallarmé et la technique de danse que vous enseignez ?

 

WP : Je suis en train, en ce moment, de synthétiser quarante années de travail sur ma technique des « barres flexibles »2 [elle relit le texte « Ballets » de Mallarmé] « glaive, coupe, fleur »...3

C’est incroyable, cela correspond tout à fait aux images qui résument cette synthèse : il y a le glaive qui est la gravité du corps, la chute…

La coupe, qui est l’assise de la fleur, mobile sur sa tige comme la tête l’est sur son axe … Ces images sont vraiment similaires à celles que j’utilise, à ces métaphores que doit penser le danseur/la danseuse pour réaliser le mouvement. La vérification de l’idée (ou la métaphore) c’est la naissance du désir de mouvement4. Par ailleurs, il me semble que Mallarmé avait compris l’importance de l’autonomie du mot…

Moi, je parle de l’autonomie de chaque partie du corps qui doit être travaillée au niveau de l’imaginaire.

 

Q5. Et comment reliez-vous la technique des barres flexibles aux Dames blanches ?

 

WP : Les « barres flexibles » visent à créer un état poétique physique : c’est sentir la gravité en soi. Tel un funambule sur son fil qui n’a aucune tension dans les muscles phasiques (les muscles volontaires). Il n’est que dans ses muscles de posture, comme les dames blanches dont les mouvements sont fluides…

Dame blanche, funambule, dans leur monde d’images intérieures...

Il s’agit, à travers les « barres flexibles », d’être dans l’imaginaire…

 

 

Q6. Et votre rencontre avec Mallarmé ?

 

 

WP : Mon père m’en parlait énormément, l’admirait beaucoup… 

Moi, c’est le fait qu’il ait si bien parlé de la danse qui m’a amenée vers lui. Il est allé jusqu’au bout de ce que l’on pouvait dire du mouvement et de la danseuse…

L’un des plus beaux compliments que l’on m’ait fait en tant que danseuse est de John Cage, au moment où l’on montait Un jour sur deuxde Cunningham. Il m’a dit avant que je n’entre en scène : « Quelle joie que ce soit vous qui dansiez ce soir. Quand vous dansez, c’est comme si vous écriviez un poème ».

 

 

 

Notes 

 

 

1 La série des textes réunis sous le titre « Crayonné au théâtre » date de 1887.

2 La technique des « barres flexibles » est une technique d’enseignement de la danse classique créée par Wilfride Piollet. La barre de danse classique sur laquelle s’appuie traditionnellement la danseuse disparaît. La danseuse crée par son imaginaire ses propres « barres » dans son corps : la « coordination des différentes parties du corps ne peut se réaliser sans un "axe intérieur" ouvert. Les échanges intérieurs, ces mises en relation que  permet l’''ouverture'' [...], je les appelle barres flexibles. Dans mon enseignement, ces barres flexibles sont les outils que j’utilise pour aider le corps à se mouvoir librement, à être "ouvert", comme on le dit d’un esprit ». Wilfride Piollet, Barres Flexibles, op.cit., p.12. Notons que cette technique se base fortement sur la métaphore : il s’agit de penser mentalement le mouvement en termes d’images pour pouvoir l’accomplir physiquement

3 Mallarmé, « Crayonné au théâtre », op.cit.,  p. 201 : « À savoir que la danseuse n’est pas une femme qui danse, pour ces motifs juxtaposés qu’elle n’est pas une femme mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc[.] »

4 Nous soulignons parce qu'il s'agit d'une phrase retranscrite (textuellement) de Wilfride Piollet.

 

 

 

Pour citer cet article

 

 

Céline Torrent, « Entretien avec Wilfride Piollet »,  in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-entretien-w-piollet-102884629.html ou URL. http://0z.fr/7Fgn7
 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


 

 http://www.paris-art.com/

http://www.paris-art.com/spectacle-danse-contemporaine/Poetry%20Event%20II/Poetry%20Event%20II/7066.html

 

 

Auteur(e)

 

 

Céline Torrent

 

 

Céline Torrent prépare un doctorat de littérature française intitulé Poésie et chorégraphie aux XXe-XXIe siècles à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 depuis septembre 2009, sous la direction du Professeur Michel Collot.

 

Communications

  • « Poésie et chorégraphie au XXème siècle », avec la participation de Fabrice Guillot, directeur de la compagnie Retouramont, juin 2010, dans le cadre de « L’atelier actualités de la recherche et de la poésie » dirigé par Michel Collot, 4 juin 2010, Centre Censier, Université Sorbonne Nouvelle-Paris3.
  •  « Écrire la danse, danser l’écriture » : dialogue avec Laura Soudy, doctorante en littérature, université d’Avignon, dans le cadre de l’ atelier « (D’)écrire la danse », journée d’étude du 3 décembre 2010, organisée au CND de Pantin, par l’Atelier des doctorants du Centre National de la Danse.

Publications 


Rédactrice à  Entre,  L’œuvre est ouverte depuis septembre 2011

  • Chroniques agenda danse pour Entre n°1
  • « Le corps-biographie comme chorégraphie », entretien avec Cédric Andrieux, Entre numéro double 2 et 3, février-mars 2012
  • « De l’autre côté du rideau », entretien avec Alain Batifoulier et Catherine Join-Diéterle au sujet de l’exposition « L’envers du décor », CNCS, Entre numéro double 2 et 3, février-mars 2012

Rédactrice à Paris-Art (http://www.paris-art.com/), rubrique critiques de danse, depuis Avril 2010

 

Bienvenue !

 

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une