N°12 | Poémusique des Femmes & Genre | Critique & Réception |
Radu Bata (éd.)
Le Blues Roumain
Anthologie implausible de poésies
Éditions Unicité, 2022, vol. 3, 208 pages, 15€
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© Crédit photo : Première de couverture illustrée, de l'anthologie Le Blues Roumain, Éditions Unicité, 2022, vol. 3, image fournie par la critique.
« Les poètes ne sont pas utiles mais indispensables. » Emil Cioran
Bien évidemment ils sont indispensables dans la mesure où ils sont les témoins de leur temps et ont recours à la poésie qui est le genre le mieux adapté à l’expression des sentiments humains les plus vifs et les plus profonds.
C’est sans doute ce que le poète franco-roumain Radu Bata a compris en réunissant dans une anthologie les poèmes de 77 poètes roumains des deux sexes.
« Sachez-le, – c’est le cœur qui parle et qui soupire– Lorsque la main écrit. » Alfred de Musset
À chaque peuple son blues.
C’est la trame de la vie des Roumains qui, au fil des jours, se lit à travers leurs poèmes. La vie dans sa complexité et ses tragédies :
« Je me demande souvent
quelle fatigue tue les suicidaires
pendant que les animaux luttent
pour chaque particule d’air »
Le blues c’est la chanson de celle qui chante, les yeux embués de tristesse par empathie pour celui qui meurt de froid, esseulé et reclus dans sa maison :
« Ce matin, on dit qu’un homme âgé
est mort de froid dans sa maison.
Encore un.
Même diagnostic : hypothermie.
Et combien de degrés y a-t-il dans une maison
quand dehors il fait – 20 ?
Et combien de degrés on ressent
quand on vit seul et sans ressources ? »
C’est aussi la convocation d’éros :
« J’aimerais habiter au moins une fois
au milieu de l’éros universel »
Les phantasmes ne manquent pas comme par exemple :
« S’écraser les seins dans les bras des SDF »
Le blues roumain :
« C’est l’amour entre les plis des jours
Qui ne tournent pas rond »
Le blues roumain semble ne pas se départir de l’ontologie en versant dans le questionnement sur la raison d’être de l’humain y compris l’ordre naturel des choses :
« La naissance est le produit
d’une erreur mathématique »
Comment rester impassible aux blessures invisibles, celles de l’âme ? :
« mais que fait-on des tout petits et des catastrophe personnelles
des guerres de cuisine quand on baisse la voix
pour que l’enfant n’entende pas ?
que fait-on des héros secondaires qui ne montrent jamais
leurs blessures secondaires
héros secondaires tués par des blessures secondaires »
C’était l’époque de la dictature où « tous les sages se faisaient passer pour des fous »
Impossible de comprendre ceux qui ont oublié de regarder dans le rétroviseur et s’aventurent à glorifier les bourreaux de l’Histoire :
« Ils ont même léché les mains des bourreaux
comme si de rien n’était
les mêmes bourreaux qui ont condamné leur corps
à la nuit
emprisonné leurs jours dans une cage
transpercé leurs enfants »
Triste constat que ce qui suit :
« nous avons tous du sang sur les mains et les joues
des blessures, cicatrices et douleurs
dont il vaut mieux ne pas en parler »
C’est une anthologie avec des poètes pleins de générosité, gage d’une humanité à demeure.
© Maggy DE COSTER
***
Pour citer ce texte inédit
Maggy De Coster, « Radu Bata (éd.), Le Blues Roumain, Anthologie implausible de poésies, Éditions Unicité, 2022, vol. 3, 208 pages, 15€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre » mis en ligne le 18 février 2023. URL :
http://www.pandesmuses.fr/no12/mdc-lebluesroumain
Mise en page par David
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