17 février 2024 6 17 /02 /février /2024 17:59

N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Revue des métiers du livre / S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages

 

 

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Lutte des bouquinistes parisiens. Épilogue

 

 

 

 

Tribune 4 par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète & artiste

 

Photographie par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Photographe

 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha chez les bouquinistes des quais de Seine,  image par Élisabeth Bouillot-Saha, septembre 2023.

 

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Mardi, 13 février 2024. Coup de théâtre. J’apprends l’annulation du déplacement des bouquinistes par la présidence. Une dépêche de l’AFP annonce la décision élyséenne : « Constatant qu'aucune solution consensuelle et rassurante n'a pu être identifiée avec ces acteurs, le président de la République a demandé au ministre de l'Intérieur et au préfet de police de Paris que l'ensemble des bouquinistes soient préservés, et qu'aucun d'entre eux ne soit contraint d'être déplacé ».

 

La presse étrangère se réjouit du rétropédalage du pouvoir. Des médias européens, américains, asiatiques ont réalisé des reportages sur place tout au long des sept mois de lutte. Le soir du simulacre du test de démontage, des télévisions japonaise et sud-coréenne étaient présentes. Le journal bavarois Süddeutsche Zeitung écrit « Bonne nouvelle. À la surprise générale, le président français décide le maintien des boîtes de bouquinistes, authentiques monuments culturels,  sur leurs parapets. L’art et la manière de gagner des points de popularité à bon compte. L’opinion publique est largement acquise aux bouquinistes. Une pétition de soutien a réuni 184 000 signatures. Des voix nombreuses se sont indignées contre la liquidation de l’âme de la Seine ».

 

La résistance a payé. Dès juillet 2023, nous nous sommes mobilisés, avec Élisabeth, pour les bouquinistes des quais de Seine. J'ai publié une douzaine de chroniques. Je prépare un livre sur cette question sous le titre Les Bouquinistes parisiens, Ad vitam aeternam. Je reçois plusieurs messages jubilatoires de bouquinistes. Prochaine étape, immortaliser le témoignage.

 

© Mustapha Saha

 

 

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Pour citer ce texte inédit

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Mustapha Saha, « Lutte des bouquinistes parisiens. Épilogue  », photographie par Élisabeth Bouillot-SahaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 17 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noi/ms-bouquinistesparisiens4

 

 

 

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N° I | HIVER 2024

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17 février 2024 6 17 /02 /février /2024 17:53

N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Revue des métiers du livre / S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages

 

 

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Fétichisme olympique & folie des grandeurs

 

 

 

 

Tribune 3 par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète & artiste

 

Photographie par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Photographe

 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha chez les bouquinistes des quais de Seine,  image par Élisabeth Bouillot-Saha, septembre 2023.

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Paris. Vendredi, 9 février 2024. Pérégrination rituelle sur les quais de Seine. Discussion avec Jean-Pierre Mathias, ancien professeur de philosophie, bouquiniste depuis trente cinq ans sur le quai Conti. Bouquiniste n’est pas uniquement un métier, un gardien de la tradition médiévale de la boutique permanente dans la rue, c’est une vocation. Pour être un honnête bouquiniste, il faut avoir une culture éclectique, une insatiable curiosité intellectuelle, une prédilection pour la communication et surtout une santé à toute épreuve. Au bord du fleuve, les éléments s’apaisent ou se déchaînent. L’hiver est toujours rude. Le vent fouette les arbres et les présentoirs. Les bourrasques malmènent les livres. Le printemps apporte les brises consolatrices. L’été attire les flâneurs et les fureteurs.

 

Le programme sécuritaire des Jeux Olympiques, prévoyant le déplacement des bouquinistes,  draine les rumeurs et les contre-rumeurs. Mercredi 31 janvier 2024, réunion à l’Élysée pour examiner des alternatives si la cérémonie d’ouverture devait être empêchée. La Maire de Paris rêvait d’une fiesta nautique avec un million de personnes. La façade de l’Hôtel de Ville exhibe des panneaux promotionnels tapageurs, aberrants, risibles. Les Jeux camelotés comme une foire du trône. Le design et le marketing sans signification imposent leur post-vérité, leur cancel culturel. Sur les boîtes des bouquinistes de nouveaux slogans en langue anglaise, War on culture, Culture kills

Les bouquinistes des quais de Seine, en attendant, sont ballotés entre fausses promesses et vrais menaces. Les réunions avec les autorités municipales et préfectorales, auxquelles ils se prêtent à contrecœur, exaspèrent  la mésentente. Le pouvoir ne démord pas de sa volonté de  déloger les bouquinistes coûte que coûte. La rencontre du lundi 15 janvier 2024 s’est soldée par un désaccord total. Vendredi 19 janvier 2024, les bouquinistes décident de saisir le tribunal administratif. Ils demandent le maintien de leurs boîtes ou, en ultime recours, une indemnisation qui compense leur manque à gagner et sauvegarde leur dignité.

Mardi, 6 février 2024. Conseil de Paris. L’intervention du représentant écologiste relève de l’accrobatie rhétorique. « Les écologistes estiment que la Ville devrait accompagner les bouquinistes dans leurs contentieux avec les instances étatiques. Nous pensons qu’il ne faut pas déplacer les boîtes. Nous sommes dans l’incertitude. Y aura-t-il finalement une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques sur la Seine ? On se retrouverait dans une situation paradoxale si on annule l’événement à la dernière minute après avoir évacué les caisses. Nous trouvons que les questions de sécurité sont un prétexte pour se débarrasser des bouquinistes. La Ville de Paris met trop d’argent dans les Jeux Olympiques. Le financement devrait être intégralement pris en charge par le Comité d’Organisation. Par rapport aux bouquinistes et leur déplacement éventuel, comment on va financer cette opération ? » Comprenne qui pourra le soutien sans soutien. Pour Aristote, la sophistique est une sagesse superficielle,  trompeuse. La sophistique élude les questions essentielles. Elle ne s’attache qu’aux effets oratoires. Elle escompte les rentabilités matérielles. Sous apparence de vérité, le mensonge sème ses nocivités.

Les Jeux olympiques bouleversent de fond en combe la vie sociale, économique, culturelle. Les compétitions sont prévues au cœur de la ville, aux abords des monuments historiques, Louvre, Pont de la Concorde, Tour Eiffel, Grand Palais… Circulations  bloquées. Accès interdits. Contrôles drastiques. La navigation sur la Seine sera prohibée une semaine avant la cérémonie d’ouverture du 26 juillet 2024 et interrompue pendant les épreuves de nage. Seule la sécurité prime. Les pollutions passent sous silence. La filière céréalière redoute un été catastrophique. Le fret fluvial assure 20% des transports de marchandises. Pendant les moissons, 25 péniches sont chargées de 1 500 tonnes de grains, l’équivalent de 1 250 camions. 4 400 exploitations agricoles d’Île-de-France seront impactées. 800 000 tonnes de céréales risquent la destruction faute d’être acheminées.

 

Dimanche, 11 février 2024. Inauguration de la salle polyvalente, modulaire, multisports L’Arena de 8 000 places à la Porte de la Chapelle. Gadgets écologiques : récupération des eaux de pluie, toiture végétalisée, sièges en plastique recyclé. En sous-sol, une usine de production de froid permet le rafraîchissement de la salle. La machinerie sert également à chauffer les habitations du quartier. La Maire supplie les parisiens de ne pas fuir la ville. Elle déclare dans un emportement lyrique : « Cette inauguration, c’est un peu le début du commencement de la magie olympique. Paris va être magnifique. Ne partez pas pendant les Jeux. Ce serait une connerie. On va vibrer ensemble ». Tel est le niveau discursif du langage politique en vigueur. Juste avant l’arrivée de l’édile, une manifestation des sans-papiers, Pas de papiers, pas de Jeux Olympiques sur banderole. Un contrat avec la Mairie autorise l’équipementier allemand Adidas d’accoler son nom sur l’édifice pendant cinq ans. Le sport business contamine toute la société. Tout se vend. Tout se marchandise. Tout se privatise. Le patrimoine culturel, les bibliothèques, les musées, les écoles, les squares… Jamais les affaires publiques et capitalistes n’avaient fait aussi bon ménage.  La Porte de la Chapelle demeure un lieu de détresse. Sous le pont traversant le boulevard Ney vivotent sans logis et toxicomanes. Un slogan tagué sur le mur rappelle : La Chapelle, porte de l’enfer. Des réfugiés ignorés par les institutions meurent de faim, de froid. Des crackers se livrent à des trafics misérables. Violences du dénuement. Les migrants affamés, épuisés, malades  sont érythréens, irakiens, afghans, maliens pour la plupart. Certains sont marocains.

La folie des grandeurs bute sur la faisabilité. La jauge de spectateurs est d’ores et déjà rabaissée de 600 000 à 300 000 par le ministère de l’Intérieur. 100 000 personnes ont  payé leur place sur les quais bas pour assister au spectacle fluvial, jusqu’à 2 700 pour les mieux placées. L’interrogation lancinante,  la vulnérabilité des athlètes embarqués sur une centaine de bateaux face à une éventuelle attaque terroriste,  revient obsessionnellement  dans chaque tour de table. La gouvernance technocratique ne comprend toujours pas l’incompatibilité de la fête et de la sécurité. Les principaux dirigeants du Comité olympique sont dans le collimateur de la justice. Le Président de Paris 2024 et trois collaborateurs sont visés par des enquêtes judiciaires pour favoritisme, infractions financières, prises illégales d’intérêts, irrégularités relatives aux marchés publics, recels. Les procédures pénales s’accumulent.

Je ressors une vieille note. La folie des grandeurs est la maladie commune de tous les tyrans, à quelqu'échelle qu'ils sévissent, du despotisme municipal au césarisme mondial. L'autocrate se place d'emblée au-dessus des lois pour imposer sa seule et unique volonté. Le monde n'existe que parce qu'il s’en proclame le maître. Il accapare tous les pouvoirs. il persécute les détenteurs du savoir. Il traite ses alliés comme des corsaires, ses amis comme des adversaires. Et quand il est gavé d'omnipotence, il dégorge ses déboires sur ses derniers serviteurs, creuse sa propre tombe et, par avance, édifie un mausolée à sa gloire.

 

 

© Mustapha Saha

 

 

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Pour citer ce texte inédit

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Mustapha Saha, « Fétichisme olympique et folie des grandeurs  », photographie par Élisabeth Bouillot-SahaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 17 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noi/ms-bouquinistesparisiens3

 

 

 

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N° I | HIVER 2024

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27 novembre 2023 1 27 /11 /novembre /2023 16:09

N°15 | Poétiques automnales | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages | Revue des métiers du livre

 

 

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La municipalité parisienne inaugure

 

les tests antibouquinistes

 

 

 

 

 

Tribune 2 par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète & artiste

 

Photographies par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Photographe

 

 

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 1.

 

 

 

Paris. Samedi, 17 novembre 2023. 20 heures 30. Le Quai de la Tournelle sous projecteurs, réflecteurs, gyrophares, lumières éblouissantes. La rue bloquée par des estafettes, des véhicules de toutes tailles, estampillés mairie. La police municipale quadrille sévèrement Sur le pont de Sully, un camion-grue avec longue remorque en attente. Une mise-en-scène hollywoodienne. Les grands moyens déployés pour décourager toute velléité de résistance. Des journalistes, des reporters de télévisions françaises, japonaises, coréennes, confinés sur quelques mètres carrés. Une armada de guerre pour démonter et remonter quatre misérables boîtes. Des bouquinistes assistent, médusés, à la tragi-comédie où se jouent leurs destinées.

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 2.

 

La mairie se réfugie derrière l’autorité supérieure, étatique, omnipuissante, irrécusable.

Communiqué municipal : « Dans la nuit du vendredi 17 novembre 2023, faisant suite à la demande de l’Etat via la préfecture de police de faire retirer temporairement les boîtes de bouquinistes sur le parcours  de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, les services de la Ville de Paris ont procédé à un test de dépose et de repose de plusieurs boîtes sur le quai de la Tournelle. Le test s’est bien déroulé ». Mission couronnée de succès : « Quatre boîtes appartenant à un bouquiniste volontaire, lesquels, après avoir été vidées de leur contenu, ont été détachés, puis retirées du quai, avant d’être réinstallés sur le même emplacement. Huit boîtes abandonnées, davantage dégradées, ont été détachées définitivement ». 

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 3.

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 4.

 

 

L’absurde décision est validée par un test aléatoire. Aucune contestation n’est admissible. Pourquoi ne dit-on pas qu’il s’agit surtout de dégager des visibilités publicitaires ? La raison mercantile commande les actions politiques. Le fétichisme olympique légitime toutes les exceptions. L’alibi sécuritaire autorise tous les arbitraires. L’injustice sociale se drape d’utilité publique. Les médias institutionnels reprennent en chœur l’élément de langage municipal : « Le test s’est bien déroulé ». La communication est verrouillée.

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 5.

 

 

Le fait accompli s’impose comme une évidence. La municipalité, dans un geste de grande commisération, prend en charge le démontage et le stockage des boîtes. Qu’importent les emplois sacrifiées, les vies brisées, les morbidités inoculées. Quatre de siècles et demi de pratiques bibliographiques à l’encan.

 

© Crédit photo : « Bouquinistes parisiens », image par Élisabeth Bouillot-Saha, 17 novembre 2023, no 6

 

© Mustapha Saha

 

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Pour citer ces texte & images inédits

 

Mustapha Saha, « La municipalité parisienne inaugure les tests antibouquinistes », photographies par Élisabeth Bouillot-SahaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 27 novembre 2023. URL. http://www.pandesmuses.fr/no15/ms-bouquinistesparisiens

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 15 Métiers du livre S'indigner - soutenir - etc.
22 novembre 2023 3 22 /11 /novembre /2023 17:54

N°15 | Poétiques automnales | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages | Revue des métiers du livre

 

 

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Les bouquinistes parisiens

 

 

Ad Æternam

 

 

 

 

 

Tribune par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète & artiste

 

Photographies par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Photographe

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha chez les bouquinistes des quais de Seine,  image par Élisabeth Bouillot-Saha, septembre 2023.

 

Paris. Vendredi, 18 août 2023. Je reçois la pétition suivante que je m’empresse de signer. « Avec l’arrivée des jeux olympiques, les bouquinistes des quais de la Seine sont directement mis en danger. Il est prévu un démontage total des boîtes qui sont le seul emploi et la seule source de revenus de ces libraires à ciel ouvert sans garanties de remontages et de restaurations. Il est difficile d’imaginer les quais de la Seine sans bouquinistes, ça revient à détruire l’âme de  Paris ». Je me rends sur place. Je discute avec plusieurs bouquinistes. Ils me paraissent à la fois déterminés et sidérés. L’inconcevable leur tombe sur la tête. Jérôme Callais, président de l’association culturelle des bouquinistes de Paris,  me dit : « La mairie nous utilise comme argument touristique. Et là, elle nous chasse d’une tapette comme des mouches sur le gâteau ». Alain Greppo, bouquiniste depuis trente ans : « Les amateurs de livres se font rares. Les touristes prennent des photos et passent leur chemin. Certains achètent des souvenirs, des porte-clefs, des cadenas d’amoureux, des gadgets tricolores. Nous sommes folklorisés, ringardisés. Des projets de réaménagement se trament dans notre dos ». Il est loin le temps où Gérard de Nerval écrivait : « Il est impossible, pour un parisien, de résister au désir de feuilleter de vieux ouvrages étalés par un bouquiniste » (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Angélique, 1854). Les Jeux olympiques abrogent l’histoire. Les cérémonies d’ouverture et de clôture se dérouleront sur la Seine. Un événement sous haute surveillance. Des berges détergées, aseptisées, astiquées. Le sécuritarisme justifie le culturicide. L’actualité pèse de toute son insignifiance. Le pouvoir  policier n’a cure des manifestations populaires. 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha et Jérôme Callais, président de l’Association culturelle des bouquinistes de Paris, image no 2 par Élisabeth Bouillot-Saha, septembre 2023.

 

 

 

Les deux-cent-trente bouquinistes parisiens tiennent en permanence la plus grande librairie à ciel ouvert du monde. Trois-cent-mille livres. C’est là que je déniche depuis toujours des introuvables. C’est là que je me rendais rituellement avec Edmond Amran El Maleh et Haïm Zafrani. « Ici  s’échouent les trésors coloniaux répudiés » me susurre le savant auquel j’ai consacré mon livre Haïm Zafrani, Penseur de la diversité. La bouquinerie remonte loin, aux colporteurs d’incunables et d’imprimés au seizième siècle. Le mot français bouquin, boucquain, dérivé du néerlandais bœc signifiant livre, s’atteste dès le quinzième siècle. « Bouquiniste, on appelle ainsi un homme qui arpente tous les coins de Paris, pour déterrer les vieux livres et les ouvrages rares, et celui qui les vend. Le bouquiniste visite les quais, les petites échoppes, tous ceux qui étalent des brochures.  Il en remue les piles à terre. Il s’attache aux volumes les plus poudreux, qui ont la physionomie antique. Ce n’est que de cette manière que l’on trouve à bas prix les ouvrages les plus curieux. » (Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, 1782, douze volumes, réédité par Le Mercure de France en deux tomes, 1994). Les bouquinistes d’aujourd’hui sont, pour une bonne partie, des personnages insolites, des professeurs à la retraite, « Il n’y a qu’une retraite, c’est la mort » me dit l’un d’eux, d’anciens libraires ruinés, des bibliophiles, un marketeur revenu des publicités aliénantes, un ancien maoïste désenchanté, un contrebassiste classique lassé des salles de concert.  « Quand le dernier vieux bouquiniste, connaissant à fond son métier, qui vendait des livres anciens et épuisés, et pas seulement des livres d'occasion, aura disparu, l'âme des quais parisiens  aura quitté ces lieux de promenades littéraires, artistiques, et surtout de rêveries philosophiques » (Louis Lanoizelee, Souvenirs d’un bouquiniste, éditions L’Âge d’homme, 1978).

La Ville de Paris est propriétaire des emplacements. Elle délivre des autorisations d’occupation exemptées de loyer. Les concessions de huit mètres peuvent accueillir quatre boîtes d’égale dimension. Le bouquiniste s’engage à ouvrir au moins quatre jours par semaine sauf intempéries, et à ne faire commerce que de livres d’occasion, de vieux papiers, de gravures, d’estampes. Une boîte sur quatre peut être consacrée à la brocante de monnaies, de médailles, de cartes postales. Avec le développement de l’imprimerie au quartier latin, les vendeurs sanglés d’une boîte autour du cou et les estaleurs écument les quais de la Seine. La vente à la sauvette favorise la diffusion de pamphlets politiques, de gazettes interdites, de littératures subversives. En 1577, un décret royal traite les colporteurs de larrons et de receleurs. Le Pont Neuf, inauguré en 1606, devient le marché des bouquinistes. En 1649, un arrêté municipal interdit les boutiques portatives et les étalages sauvages. Les bouquinistes doivent se soumettre à des agréments dûment délivrés. La première définition du mot bouquiniste se trouve dans le Dictionnaire universel du commerce de Jacques Savary des Brûlons (1657-1716), inspecteur général de la Douane sous Louis XIV, paru à titre posthume en 1723 : « Les bouquinistes, pauvres libraires qui n’ayant pas les moyens de tenir boutique ni de vendre du neuf, étalent de vieux livres sur le Pont Neuf, le long des quais et en quelques autres endroits de la ville ». Le terme bouquiniste se retrouve en 1752 dans le Dictionnaire de Trévoux, ouvrage historique, condensant les encyclopédies françaises du dix-septième siècle, composé par les jésuites en réaction à l’effervescence intellectuelle des protestants : « Bouquiniste, nom masculin et féminin, se dit des vendeurs de vieux livres, de bouquins, veterum librorum propola. Les quais de la Seine à Paris sont pleins de bouquinistes. Bouquinistes se dit encore de ceux qui lisent de vieux livres, veterum librorum lector ». Voilà pour la légitimation historique. Le Dictionnaire de l’Académie française consacre, en 1762, le mot bouquiniste avec une remarquable platitude : « Bouquiniste, celui qui vend ou achète de vieux livres, des bouquins ». 

 

 

© Crédit photo : Mustapha Saha & Alain Greppo, bouquiniste depuis trente ans. image no 3 par Élisabeth Bouillot-Saha, septembre 2023.

 

 

Le Pont Neuf, inauguré en 1607, est le plus ancien des ponts parisiens, le premier permettant de passer directement d’une rive à l’autre, un pont sans habitations, pourvu de trottoirs protégeant les passants des charrettes. Des marchands ambulants, des tondeurs de chiens, des loueurs de parasols, des arracheurs de dents, des saltimbanques, des jongleurs, des bouffons, des charlatans de tous poils s’y installent. Des bouquinistes y prennent quartier jusqu’à ce qu’ils en soient expulsés en 1819. Sont principalement visés les pamphlets, les mazarinades, les gazettes subversives dont ils sont diffuseurs. Les bouquinistes sont menacés de confiscation de leur marchandise au profit du dénonciateur et de châtiment de leur personne par l’autorité policière.  Une autre ordonnance royale de 1649 confirme l’interdiction. Mais, les étalagistes peuvent compter sur la solidarité des gens de lettres. Les ordonnances successives restent sans effets. Quand, en 1866, le Baron Haussmann veut chasser les bouquinistes pour rétablir les quais dans la pureté de leurs lignes, l’écrivain Paul Lacroix, surnommé le bibliophile Jacob, intercède avec succès en leur faveur auprès de Napoléon III.

Pendant la Révolution française, les libraires ambulants récupèrent les bibliothèques pillées de l’aristocratie et du clergé. Sous le Premier Empire, les bouquinistes obtiennent un statut administratif qui les assimile aux commerçants de la ville. En 1859, sous le Second Empire, un règlement spécifique délivre les premières concessions. Ils obtiennent chacun dix mètres de parapet contre le versement d’une patente et d’un droit annuel de tolérance. Ils ont une autorisation d’ouverture du lever au coucher du soleil. Ils doivent remballer leurs produits à la fin de la journée et ne rien laisser sur place. En 1891, un arrêté municipal permet le stockage  pendant la nuit. En 1900, la mairie impose la couleur vert wagon pour les boîtes, assimilées au mobilier urbain. Sur le blason du bouquiniste, le lézard en quête de soleil pour pouvoir écouler ses livres lorgne sur la noble profession de libraire à laquelle s’accorde le privilège de porter l’épée.

 

© Mustapha Saha

 

 

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Pour citer cette tribune  inédite

 

Mustapha Saha, « Les bouquinistes parisiens Ad Æternam », photographies par Élisabeth Bouillot-SahaLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 22 novembre 2023. URL. http://www.pandesmuses.fr/no15/ms-lesbouquinistesparisiens

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 15 Métiers du livre S'indigner - soutenir - etc.
16 novembre 2023 4 16 /11 /novembre /2023 17:15

N°15 | Poétiques automnales | Critique & réception | Revue culturelle d'Europe 

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Célébration de « La Journée mondiale

 

des écrivains en prison » par le Pen Club français

 

& La Maison des Journalistes à Paris

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo :  Plaque mémorielle de la journaliste Anna Politkovskaya. Image prise par la journaliste Maggy de Coster lors de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français & La Maison des Journalistes à Paris.

 

 

En solidarité avec les écrivains persécutés, Le PEN Club français et la Maison des Journalistes ont organisé un débat à l’occasion de la Journée mondiale des écrivains en prison avec la participation de Pinar Salek, Hanna Malyhon, Maryna Kumeda et Asal Abasian.

 

© Crédit photo : L’affiche de La Maison des Journalistes à Paris. Image prise par la journaliste Maggy de Coster.

 

Cette rencontre a été animée par Carole Carcillo Mesrobian, poète, critique littéraire et Secrétaire générale du Pen Club français et Antoine Spire, journaliste et Président du Pen Club français.

 

© Maggy De Coster

 

 

© Crédit photo :  Les intervenants. Image prise lors de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français & La Maison des Journalistes à Paris.

 

 

NDLR, Pinar Salek, écrivaine et sociologue a passé deux ans et demi en prison et est exilée en France depuis 2011. Accusée à tort de terrorisme, elle est victime d’un acharnement judiciaire de l’État turc depuis vingt-cinq ans. Condamnée à la prison à perpétuité, elle est sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

 

© Crédit photo : De gauche à droite ; Joëlle Thiénard, Pinar Salek et Maggy De Coster. Image prise lors de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français & La Maison des Journalistes à Paris.

 

Dans son livre, Le chaudron militaire turc, Éditions des Femmes, 2023, elle explique les mécanismes de l’appareil d’état turc à travers le prisme de la violence masculine via ses enquêtes. Aussi qualifie-t-elle le service militaire de « machine à fabriquer de la virilité ». 

 

© Crédit photo : De gauche à droite ; Pinar Salek, Maggy De Coster & Carole Carcillo Mesrobien. Image prise lors de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français & La Maison des Journalistes à Paris.

 

Une dernière photographie prise lors de la Journée mondiale des écrivains persécutés

 

 

© Crédit photo : De gauche à droite ; Hanna Malyhon, Pinar Salek, Carole Carcillo Mesrobien & Antoine Spire. Image prise lors de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français & La Maison des Journalistes à Paris.

 


 

 

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Pour citer ce texte inédit 

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Maggy De Coster, « Célébration de « La Journée mondiale des écrivains en prison » par le Pen Club français et La Maison des Journalistes à Paris », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », mis en ligne le 16 novembre 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no15/mdc-celebration

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 15 Métiers du livre Maggy De Coster

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SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

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