31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

« Nous n’allons plus nous quitter » :

 

l’influence fascinante et mystique de la muse Gala

 

dans la vie du poète Éluard et du peintre Dalí

 

 

 

Aurélie Chevant

Université de Santa Barbara, Californie

 

 

Gala, née Helena Dmitrievna Diakonova, fut la muse de deux grands artistes de la période surréaliste : Paul Éluard et Salvador Dalí. Elle partagea la vie d’Éluard de 1912 à 1929 et la vie de Dalí de 1929 à 1982 (sa mort). Dans le dictionnaire, on peut trouver deux définitions du mot ‘muse’. D’une part, ce mot trouve son origine dans ‘muser’, une expression en vieux Français signifiant une période de réflexion et de méditation. D’autre part, une muse est une femme, ou bien une force personnifiée en femme, qui devient une source d’inspiration pour un artiste créatif. Dans son livre sur Théophile Gautier, Hilda Nelson explique que les artistes sont conscients que leurs désirs et peurs, la limite du temps et de l’espace, la mort et la désintégration, s’annulent dans l’acte créatif, et que l’art seul est capable de reproduire, de manière permanente, les rêves que les hommes créent pour leur salut et bonheur.iEn devenant leur muse et de cette manière une partie essentielle (métaphorique ou visuelle) de leur art, Gala a permis aux deux hommes de méditer sur leur expérience artistique et amoureuse mais également de trouver une forme de salut.

 

Il est impossible de connaître avec précision les origines de Gala, mais dans le livre de Tim McGirk, Wicked lady : Salvador Dalí's muse, on suppose que son père était un chercheur d’or en Russie qui abandonna sa famille pour poursuivre sa quête. À la suite de cela, sa mère se serait remariée avec un homme riche, ce qui était contre la tradition orthodoxe. De cette enfance, Gala aurait non seulement gardé cette volonté de toujours vouloir vivre sa vie au maximum comme sa mère mais également cette peur de se retrouver dans le besoin.ii

À la suite d’un début de tuberculose en 1912, elle est envoyée seule au sanatorium de Clavadel où elle rencontre Éluard qui est traité pour la même maladie. Luc Decaunes, dans Paul Éluard : l'amour, la révolte, le rêve, explique que, dans ce sanatorium, Éluard commence à développer son goût de la rêverie et de la méditation. Il se réfugie souvent dans la lecture et commence à écrire ses essais poétiques sur cet amour qui grandira dans un cadre « idyllique », loin des contraintes familiales. Gala va devenir sa première inspiration et l’aider à ‘muser’ dans un terrain propice à la réflexion et la méditation. Un poème à l’image de cette première rencontre serait « Premièrement, I » dans L’amour, la poésieiii :


À haute voix

L’amour agile se leva

Avec de si brillants éclats

Que dans son grenier le cerveau

Eut peur de tout avouer

 

À haute voix

Tous les corbeaux du sang couvrirent

La mémoire d’autres naissances

Puis renversés dans la lumière

L’avenir roué de baisers

 

Injustice impossible un seul être est au monde

L’amour choisit l’amour sans changer de visage

 

Éluard évoque ici la notion de fusion avec l’être aimé. À l’origine du désir de l’autre est l’idée de voir en l’Autre une image de soi. Lorsqu’Éluard écrit « Injustice impossible un seul être est au monde, L’amour choisit l’amour sans changer de visage », il reprend l’idée de l’amour, comme Freud le définit, qui idéalise l’objet-amour et projette sur l’objet-amour une image idéale de soi. Donc, comme chez Freud, Éluard décrit un amour qui le pousse à effacer tous les autres êtres et à n’en garder qu’un, l’Autre à l’image de soi.iv
Cette omniprésence de Gala ne plaît pas à la famille de l’artiste qui la considère comme une croqueuse d’hommes et de « diamants ». À l’image d’une crise Œdipienne, Éluard décrit cette lutte entre l’amour qu’il a pour sa mère et l’amour qu’il a pour sa fiancée dans le poème « Le fou parle » :

 

C’est ma mère, monsieur, avec ma fiancée.
Elles passent là-bas, l’une à l’autre pressée.
La jeune m’a giflé, la vieille m’a fessé.

Je vous jure pourtant que je les aimais bien ;
Mais, constamment, j’avais le besoin bénin
D’exiger trop d’amour : ses larmes et son sein.

Je vous jure, monsieur, qu’elles m’ont bien aimé.
Ca n’est certes pas leur faute à toutes les deux
Si sans cesse je voulais être plus heureux.

C’est ma mère, monsieur, avec ma fiancée.

Pour moi, elles ne sont qu’un même être et leurs charmes
Sont égaux ayant fait verser les mêmes larmes :
Ma mère a pleuré sur moi, qui sanglotais

Pour l’autre, refusant d’être à moi tout à fait ;
Je ne sais pas lequel de nous trois fut blessé…
C’est ma mère, monsieur, avec ma fiancéev.

Dans ce poème, le poète évoque la tension entre les deux « amours » de sa vie. Ici, la fiancée et la mère se confondent : elles sont toutes deux objets de désir. Il a désiré tout d’abord sa mère, en tant qu’enfant, et il décrit son insatisfaction quant à cet amour car il ne peut pas totalement l’avoir comme dans le complexe d’Œdipe. Àla fin de ce complexe, cet amour est projeté sur un autre objet-amour, la fiancée, qu’il désire également et qu’il n’arrive pas à avoir. Ces déception et frustration rappellent la définition de l’amour pour Freud : comme l’amour est toujours une déception car nous ne pouvons jamais obtenir la perfection (de notre propre image), l’amour est toujours accompagné de haine ou d’aversion. Cela est bien représenté lorsqu’Éluard écrit qu’il « exige trop d’amour : ses larmes et son sein » : il n'exige pas seulement la chaleur et l’affection liées au sein, mais aussi la douleur et la peine liées aux larmes. Dans ces vers, nous pensons que Gala représente une image de double, de symbiose et un écho de l’artiste lui-même. On remarque que Gala est un symbole de douleur et frustration chez Éluard et Dalí. Par ailleurs, on sait qu' Éluard a toujours eu un côté puéril; comme pour Dalí plus tard, il s’est probablement retrouvé dans une position inférieure face à cette femme bien décidée.
Cependant, le jeune Éluard change pendant la Première Guerre Mondiale, dans laquelle, il s’engage à l’âge de dix-neuf ans. Durant la guerre, il obtient une permission pour se marier avec Gala en 1918. Decaunes indique, qu’à la fin de la guerre, Éluard est alors plus conscient de ses devoirs en tant qu’homme et poète. Il commence à travailler avec Breton et Aragon dans la revue Littérature et, en 1921, il fait la connaissance d’Ernst qui changera sa vie. Les deux écrivent ensemble Au défaut du silence, un recueil en hommage à Gala, qui partage leur amour. Au début, ce ‘ménage à trois’ ne semble pas gêner Éluard, qui aime présenter Gala à tout le monde et accepte de la partager (ils étaient un couple assez libéré apparemment). Cependant, on peut détecter une certaine tension dans certains poèmes de Capitale de la douleur (1926) et notamment dans le poème « Ne plus partager », dédié à G.:

 

Au soir de la folie, nu et clair,

L’espace entre les choses a la forme de mes paroles

La forme des paroles d’un inconnu,

D’un vagabond qui dénoue la ceinture de sa gorge

Et qui prend les échos au lasso.

 

Entre des arbres et des barrières,

Entre des murs et des mâchoires,

Entre ce grand oiseau tremblant

Et la colline qui l’accable,

L’espace a la forme de mes regards.

 

Mes yeux sont inutiles,

Le règne de la poussière est fini,

La chevelure de la route a mis son manteau rigide,

Elle ne fuit plus, je ne bouge plus,

Tous les ponts sont coupés, le ciel n’y passera plus

Je peux bien n’y plus voir.

Le monde se détache de mon univers

Et, tout au sommet des batailles,

Quand la saison du sang se fane dans mon cerveau,

Je distingue le jour de cette clarté d’homme

Qui est la mienne,

Je distingue le vertige de la liberté,

La mort de l’ivresse,

Le sommeil du rêve,

 

Ô reflets sur moi-même ! ô reflets sanglants ! vi

 

Avec un titre si évocateur, il est facile d’interpréter ce poème comme une longue complainte d’Éluard qui semble avoir perdu Gala. Dans la première strophe, il semblerait que le poète se plaigne de ne plus avoir un mot à dire dans son histoire. Sa voix est celle d’un étranger et il semble que Gala ne lui accorde plus d’importance. Elle devient presque indiférente à ses idées, paroles et ses poèmes. Cet être aimé idéalisé n’existe plus. Le poète sait que ses « yeux sont inutiles » et qu’il ne peut « bien n’y plus voir ». Le désir pour cette mère/fiancée est éteint, viennent alors des phrases qui font écho au complexe de castration chez Freud. Éluard se sent inférieur, inconnu, coupé du monde. Il est hanté par les angoisses de l'homme délaissé et non plus par les désirs. Plusieurs parties de lui sont oppressées (sa vue et sa parole). Cette relation avec Gala est désormais menaçante et symbolise la destruction de sa masculinité car elle a cessé d’être en sa possession, d’être un objet idéalisé...


En réalité, Éluard et Gala avaient beaucoup de jeux sexuels et il montrait la photo de Gala à tout le monde, car il voulait qu’elle soit désirée.viiDans ce poème, la perte de la vue laisse entendre que le poète n’est plus un Pygmalion qui peut disposer de sa créature au gré de ses désirs et de la montrer comme il le veut. La saison « du sang », de la passion s’est évanouie, il ne peut plus désormais être un voyeur et un admirateur de Gala. Gala devient alors une image d’absence dans sa poésie. Il faut également préciser que Gala et Éluard ont souvent vécu loin l’un de l’autre parce que le poète voyageait beaucoup, il devait aussi se faire soigner à cause de sa santé bien fragile. Cette absence, qui était principalement physique, se transforme au fil des jours en absence d'émotions à l'égard de Gala...

En 1929, Éluard a une nouvelle crise de tuberculose et doit partir en Suisse se faire soigner. Dans le paysage de son enfance, il se souvient des premiers instants d’amour avec Gala et sent que son amour s’est bien fissuré depuis ce temps. Le poème « Receleuse du réel » dans Défense de savoir (1928) pourrait représenter ces amertume et douleur car ce recueil apparaît un an avant leur séparation, il est entièrement dédié à Gala :

 

Receleuse du réel

La crise et son rire de poubelle

Le crucifiement hystérique

Et ses sentiers brûlés

Le coup de cornes de feu

Les menottes de la durée

Le toucher masqué de pourriture

Tous les bâillons du hurlement

Et des supplications d’aveugle

Les pieuvres ont d’autres cordes à leur arc

D’autres arcs-en-ciel dans les yeux.

 

Tu ne pleureras pas

Tu ne videras pas cette besace de poussière

Et de félicités

Tu vas d’un concret à un autre

Par le plus court chemin celui des monstres. viii

 

Ce poème traduit la « crise » dans le couple. Après l’amour, comme dit Freud, vient la haine. Gala est l’image de la trahison (« cornes de feu »), du dégoût (« poubelle »), de la répression (« bâillons de hurlement », « supplications d’aveugle ») et de l’insensibilité (« Tu ne pleureras pas »). McGirk donne cette phrase que Gala aurait dit pour expliquer sa vision de la vie : « Je ne me promène jamais. Je marche ».ixVoilà l’identité de cette femme bien déterminée, qui voulait être la source d’inspiration de tous ces artistes. Elle avait toujours un but dans la vie et quand elle sentait qu'une relation ne lui apportait plus rien, elle passait à autre chose et c’est exactement ce qui s’est passé avec Éluard. McGirk explique aussi que Gala a réalisé que, dans la création artistique d’Éluard, elle n’était qu’une inspiration parmi d'autres, il ne dépendait donc pas totalement d’elle. De plus, elle avait besoin de mettre son énergie dans la création de quelqu’un d’autre et de tomber aussi amoureuse de quelqu’un dont elle pourrait s’approprier le travail artistique.x 

Donc, dans ce poème, lorsqu’Éluard écrit « Tu vas d’un concret à un autre », il a une vision réaliste de ce qu’attend Gala des relations amoureuses. Il l'a utilisé comme une muse, comme un outil de réflexion et de méditation mais cela s’arrête là ; le poète reste lui-même et ne cherche pas en Gala un moyen de trouver son salut artistique et personnel. L’année 1929 voit donc le couple Éluard-Gala prendre fin lorsqu’elle le quitte pour Dalí pendant qu’il se fait soigner en Suisse.

 

Gala fait la rencontre de Dalí en 1929 alors qu’elle est en vacances à Cadaqués avec son mari et sa fille. Gala n’est pas immédiatement charmée par ce jeune excentrique, de dix ans son cadet, mais après plusieurs rendez-vous, elle lui avoue : « Mon petit, nous n’allons plus nous quitter ». Dalí, à cette époque, est un jeune homme déjà assez perturbé. McGirk explique que, dès son plus âge, les parents de Dalí ne cessent de le comparer à son défunt frère dont il porte d’ailleurs le prénom. De plus, à l’adolescence, il semblerait qu’il ait trouvé un livre sur les maladies sexuellement transmissibles qui l’aurait traumatiséxi. Donc, c’est un jeune homme sexuellement et mentalement perturbé que Gala allait découvrir et comprendre.Il semblerait que Dalí souffrirait d’un sentiment d’imposture de son défunt frère, de peur de la mort et des maladies sexuelles. À la différence d’Éluard, Dalí ne recherche pas seulement en Gala une manière de ‘muser’, de réfléchir et méditer sur sa condition d’homme et d’artiste mais également, pour faire écho à ce que Nelson a dit concernant Gautier, une façon de neutraliser ses peurs et désirs en les peignant à travers elle. En Dalí, il est possible de détecter plusieurs traumatismes expliqués par Freud : il est possible de lier le traumatisme de la perte de son frère et de l’éducation sur les maladies sexuelles à une peur de la masculinité et/ou de la perte des attributs masculins. De là pourraient provenir des images du corps déformé et mutilé, des symboles d’un désir homosexuel et fétichiste ainsi que des symboles patriarcaux ou paternels qui prendraient la forme d’animaux représentant l'angoisse des phobiques.xii

 

Ces différents symboles du complexe de castration apparaîtraient dans une peinture que, selon Dawn Ades et Michael R. Taylor, Dalí considérait comme le sacrifice de toutes ses peurs de son enfancexiii.

tableau daliEn effet, dans Imperial Monument to a Child Woman (1934), nous retrouvons donc des têtes démoniaques, un visage double, des félins (lion, chat) en haut du tableau, et des squelettes qui cachent leur visage.

Tout cela semblerait représenter son anxiété sexuelle et sa peur des femmes : un visage double pourrait représenter ses désirs bisexuels ; les félins et les têtes démoniaques représenteraient la passion dévorante et destructrice des femmes mais aussi cette peur de la punition paternelle.

En contraste avec ces images effrayantes, l’image en bas à gauche, d’une femme nue émergeant d’une sorte de fleur et le portrait effacé de La Joconde peuvent représenter les deux rôles de Gala dans sa peinture: à travers ce complexe de castration, Gala serait à la fois une femme castratrice, une mante religieuse prête à dévorer sexuellement l’artiste et un mysticisme féminin, une Madone symbolisant une pureté chrétienne ou mythologique. L’image de Gala, mante religieuse et tyrannique se retrouve dans Gala and the Angelus of Millet preceding the Imminent Arrival (1933). Dalí s’inspire des paysans de l’Angélus de Millet (1857-1859) (qui apparaissent aussi dans Imperial Monument to a Child Woman) pour commencer à représenter Gala de manière solennelle et machiavélique. Dawn Ades et Michael R. Tayloraffirment que, pour le peintre, l’Angelusde Millet ne figurait pas une image sacrée de piété paysanne mais plutôt une image de répression sexuelle et de violence. Selon lui, l’homme tiendrait son chapeau devant lui pour cacher une érection et la femme se recueillerait dans la position d’une mante religieuse prête à attaquer l’homme qu’elle chercherait à séduire et dévorer.xiv

tableau dali1

Dans Gala and the Angelus of Millet preceding the Imminent Arrival (1933), le tableau est placé au-dessus d’une porte derrière laquelle se cache un homme identifié comme Maxim Gorky, et donnant sur une pièce où Gala/Dalí sourit de manière assez démoniaque à un autre homme qui serait Lénine. Ses deux images masculines de révolution russe et de communisme seraient en accord avec le buste, placé sur l’étagère centrale, d’André Breton, un Surréaliste et membre du parti communiste.xvÀ cette époque, Dalí avait des problèmes avec le mouvement surréaliste et avec Breton en particulier parce qu'il considérait le surréalisme comme apolitique et ne voulait pas démentir son lien avec le fascisme. Dans ce tableau, il est possible de voir une analogie entre la peur de la sexualité et de la politique. Se confondent ici le refus d’une autorité patriarcale/politique et une peur de la sexualité, comme quelque chose d’avilissant et de destructeur.

tableau dali2

Dans l’autre tableau, The Angelus of Gala (1935), Gala apparaît de nouveau double : ici, c’est elle qui est représentée deux fois, de face et de dos. Derrière une Gala au visage strict et solennel, se trouve une nouvelle version de l’Angelus, dans laquelle la femme semble être plus grande que l’homme qui est à genoux, au lieu de se tenir debout. Une Gala fait face au tableau et donc à son rôle de femme dominatrice, castratrice et dont la sexualité fait peur à l’artiste. C’est peut être pour cela qu’elle est placée de dos. L’autre Gala nous fait face, avec son visage de marâtre sévère : elle semble être le symbole d’une mère qui veille, avec une certaine retenue sexuelle, et qui maintenant une forme de pureté. Elle détourne le regard de l’objectif, ce qui indique un certaine autorité et une absence de tentation. Dans ce tableau, Dalí est observateur et elle ne le regarde pas directement. Cela correspond bien au culte que Dalí vouait à Gala. En 1930, ils font une escale dans un hôtel à Carry-le-Rouet où ils vont vivre en vase clos et il est dit que Dalí aurait observé le corps de Gala sous tous les angles: “I fixed in my memory the value of every grain of her skin so as to apprehend the shadings of their consistency and colour, so as to find the right attentive caress”xvi.

Il ne vit que pour elle, passe tout son temps avec elle et n’écoute que son jugement. tableau dali3Cette observation minutieuse aurait donc donné naissance à la plupart des premiers portraits de Gala.

Cette perfection est visible dans le tableau Galarina (1944-1945).

Robert Descharnes, dans Salvador Dali, explique que le peintre a nommé le tableau ainsi car il s’est inspiré de La Fornarina de Raphaël (1518-1520), un des ses plus connus tableaux représentant la beauté féminine : le portrait de Raphaël montre une femme à demi nue, image de Vénus, la déesse de l’amour. C’est un portrait qui fait écho à la Joconde de Da Vinci dans le sens où son regard et son sourire en coin semblent être un mélange de scepticisme et d’amour, de tendresse, mais aussi de réticence et de réprimande. Il est donc difficile de décider si ce tableau est un symbole de sexualité et de plaisir charnel ou bien d’une sorte de candeur et chasteté féminine. On retrouve la même idée chez Dalí : Gala, les bras croisés, a le chemisier déboutonné laissant apparaître son sein gauche.xviiLa différence ici est que le visage de Gala semble plus strict que celui de la Fornarina. Gala porte aussi un rouge à lèvres rouge, du vernis rouge et un bracelet luxueux, renforçant l’image de la femme fatale plus affirmée.

Cette image de pureté se précise dans un tableau peint quelques années plus tard : Leda Atomica (1947-1949). Gala est révélée sous la forme de Léda. Un personnage de la mythologie grecque qui a été séduite par Zeus qui avait pris la forme d’un cygne. Léda donne naissance à deux paires de jumeaux/jumelles : Hélène et Pollux, enfants de Zeus, sont donc immortels alors que Castor et Clytemnestre sont mortels. Dalí adore se servir de la mythologie pour illustrer ses tableaux et il est particulièrement intéressé par l’image d’Hélène, qui est le vrai patronyme de Gala. Dalí affirme que Gala et lui sont la progéniture de Léda et qu’ils sont donc des jumeaux. Dans cela, il reconnaît encore Gala comme un miroir de lui-même et place leur amour mythifié dans une sorte d’immortalité. Ici, Gala peut représenter Léda qui est séduite par le cygne mais elle pourrait être aussi Hélène qui vient de sortir d’un œuf placé au bas de la peinture et sa nudité pourrait être expliquée par sa naissance. Cette association à Hélène fait écho aux représentations précédentes de Gala, la femme fatale qui entraîne la destruction et la perte des hommes à cause de sa beauté.

tableau dali4En ce qui concerne la comparaison avec Léda, on sait que Dalí a développé la notion de « clédalisme »  qui représente le troisième élément de la trilogie de Sade après le sadisme et le masochisme : « Le clédalisme est le plaisir et la souffrance sublimés dans une identification toute transcendantale avec l'objet [...] une sainte Thérèse profane »xviii. Il est facile à partir de ce point de vue, d’associer Léda à Cléda et de considérer la représentation de Gala comme l’accession à une forme de transcendance et de sublimation.

En effet, le tableau Leda Atomica  apparaît à l’aube de la période « religieuse » de Dalí. Gala, qui apparaît déjà comme une muse et une déesse, fait désormais figure de la Vierge Marie. McGirk explique que, de retour à Cadaqués à la fin des années quarante, Dalí recherche une nouvelle unité, une nouvelle technique artistique. tableau dali5Il trouve sa réponse dans la religion : il pensait qu’il ne pourrait trouver son inspiration qu’en Espagne, terre de la Sainte Thérèse d’Avila et du Saint Jean de la Croix. Ce n’est donc pas surprenant qu’une des plus impressionnantes peintures de cette époque, la première version de the Madonna of Port Lligat (1949), ait pour toile de fond la région qui l’a vu grandir.xix

Dawn Ades et Michael R. Tayloraffirment que, dans sa rechercher artistique, son mysticisme est mêlé au progrès scientifique et à la fission nucléaire.

Dalí a été marqué par la bombe atomique à Hiroshima et va donc chercher à reproduire cette idée d’explosion de corps dans sa peinture. Ici, dans la première version, on retrouve des objets en suspension ainsi que le découpage du corps de Gala en membres qui gravitent autour d’elle. Ces objets appartiennent à la tradition chrétienne, tels que le poisson, le coquillage (symbole de pèlerinage) et les citrons (symbole de fidélité).xx 

Cette fissuration du corps rappelle rait également une technique littéraire du blason qui, selon Freud, explique la situation d’unjeune homme qui se retrouve devant un corps féminin qui, par l’absence de pénis, lui fait penser à une potentielle castration. Pour exorciser cette peur, il va donc fermer son champ de vision et se focaliser sur certaines parties du corps.xxi 

En découpant le corps de Gala, Dalí rappelle encore une fois ses peurs et désirs qu’il essaie de masquer et d’assouvir grâce à la sublimation religieuse. Dans l’œuvre de McGirk il est précisé que « just as she was from now on to be put on a pedestal as the Virgin Mary, so he, who had spent so many years trying to come to terms with male-female sexuality, had settle into his role of voyeur and given up ».xxii

Contrairement à l’expérience d’Éluard qui a su replacer Gala à un statut humain et lui faire comprendre qu’elle n’était qu’une inspiration passagère, Dalí rend les armes et la consacre comme mère spirituelle et artistique et partie intégrante de sa vie, du début à la fin. McGirk explique que Gala avait besoin de mettre son énergie dans la création de quelqu’un dont elle pourrait s’approprier le travail artistique xxiii, ce qui est chose faite à la fin de la carrière de Dalí. Cette peinture symbolise une boucle bouclée pour lui : Gala est au centre de son retour aux origines, elle s’inscrit dans le paysage de son enfance, et porte en elle un enfant sacré, symbole transcendantal de l’humanité. Elle est son début et sa fin.

 

Même si ces deux artistes ont eu des vies différentes, Gala a eu des effets similaires sur les deux : elle les a fait « naître » artistiquement et les a fait méditer sur leur expression artistique. Eluard a eu une relation plus brève avec elle et, après quelques années, il s’est rendu compte de la fin de leur idylle et à donc trouver une nouvelle muse en la personne de Nusch. À l’opposé, Gala a formé la vie et carrière de Dalí jusqu’à la fin. Dalí était beaucoup plus instable psychiquement qu’Éluard et Gala lui a vraiment permis d’exprimer ses désirs et peurs et d’accéder à une forme de salut spirituel. En échange, elle a obtenu le pouvoir de s’attribuer le travail d’un artiste qui répétait sans cesse qu’il n’y a pas de Dalí sans Gala.

 

Tableaux cités par ordre vers le bas 


 

1- Imperial Monument to a Child Woman (1934)

2- Gala and the Angelus of Millet preceding the Imminent Arrival (1933)

3- The Angelus of Gala (1935)

4- Galerina (1944-1945) / La Fornarina de Raphaël (1518-1519)

5- Leda Atomica (1947-1949)

6- the Madonna of Port Lligat (1949 ) : première version

 

Source


Dawn Ades and Michael R. Taylor, Dalí, New York, Rizzoli Philadelphia : In association with the Philadelphia Museum of Art, 2004.

 


 

Notes

 

 

i. Nelson Hilda, « Théophile Gautier : The Invisible and Impalpable World : A Demi-Conviction », The French Review, Vol. 45, No. 4, March 1972, p. 829-830.

ii. McGirk,Tim,  Wicked lady: Salvador Dalí's muse, London, ed. Hutchinson,1989, p. 12-15.

iii. Decaunes, Luc, Paul Éluard : l'amour, la révolte, le rêve, Paris, éd. Balland, 1982, p. 19-21.

iv. Singer Irving, The nature of love, (Vol 3), Chicago, ed. University of Chicago Press, 1984-1987, p. 139.

v. Decaunes, op.cit., p 26-27.

vi. Éluard, Paul. Œuvres Complètes. Textes établis et annotés par M. Dumas et L. Scheler, éd. Bibliotheque de la Pleïade, Tomes I-II, Paris, Gallimard, 1968, p. 175.

vii. Decaunes, op. cit., p. 96.

viii. Eluard, op. cit., p. 235.

ix. McGirk, op. cit., p. 148.

x. McGirk, op. cit., p. 46.

xi. McGirk, op. cit.,p. 48-49.

xii. Laplanche, Jean, Pontalis, JB, Vocabulaire de la Psychanalyse, Paris, éd. Presses Universitaires de France, 1967. p75

xiii. Ades, Dawn et Taylor, Michael R. Dalí, New York, Philadelphia, Rizzoli, In association with the Philadelphia Museum of Art, 2004. p 222-223

xiv. Ades et Taylor, op. cit., p. 198-199.

xv. Ades et Taylor, op. cit., p. 238-239.

xvi.McGirk, op.cit., p. 62-63.

xvii. Descharnes, Robert, Salvador Dali, New York, ed. Abradale Press, H.N, Abrams, 1993. p. 142-143.

xviii.Ades et Taylor, op. cit., p. 344-345.

xix.McGirk, op cit, p 117-120.

xx.Ades and Taylor, op. cit., p. 346-351.

xxi. Jones, Ann Rosalind, “ ‘Blond chef, grande conqueste’ : Feminist Theories of the Gaze, the blazon anatomique, and Louise Labé’s Sonnet 6 ”, in Distance Voices Still Heard, Contemporary Readings of French Renaissance Literature, ed. John O’Brien and Malcolm Quanton, Liverpool, ed. Liverpool University Press, 2000, p. 86.

xxii. McGirk, op. cit., p. 118-119.

xxiii. McGirk, op. cit., p. 46.

 

 

 

Pour citer ce texte


Aurélie Chevant, «  ''Nous n’allons plus nous quitter'' : l’influence fascinante et mystique de la muse Gala dans la vie du poète Éluard et du peintre Dalí »  , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-nous-n-allons-plus-nous-quitter-l-influence-fascinante-et-mystique-de-la-muse-gala-dans-la-111400332.html/Url. http://0z.fr/RBRnZ


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

http://www.frit.ucsb.edu/dept/pages/contact_grad.html

 

Auteur(e)

Aurélie Chevant, après l'obtention d'une maîtrise LEA à l'université de Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand en 2003, Aurélie Chevant décide de partir aux USA pour être lectrice à l'université du Massachusetts, UMASS. À la suite de cela, elle obtiendra une maîtrise en Lettres à UMASS en 2007. Depuis 2008, elle prépare un doctorat en Lettres à l'université de Santa Barbara, Californie. Sa thèse, écrite en anglais est intitulée : « Franco-Vietnamese Creolization ? Traditions, Mediations, and Conflicts in the Franco-Vietnamese Feminine Novel ». Elle enseigne également des cours de langue française sur les campus universitaires américains depuis 2005.


Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Une voix de velours

 


Françoise Urban-Menninger

 

                                                 

 

 

 

Tout le jour ma mère chantait de sa voix de velours. En repassant, en faisant la cuisine, en lavant le linge ou la vaisselle, en reprisant, elle chantait. Sa cuisine était son espace personnel, son sanctuaire, sa salle de concert.

Tour à tour, elle interprétait de sa voix chaude et mâtinée d’accent catalan, les airs de Tino Rossi, de Rina Ketty, de  Lucienne Delyle, d’Édith Piaf, de Berthe Sylva, de Jean Sablon et de bien d’autres encore.

Il n’était pas rare d’entendre, en traversant le salon « Quand tu me tiens dans tes bras et que tu me parles tout bas… »  ou  « Redis-moi des choses tendres » ou encore « J’attendrai le jour et la nuit/J’attendrai ton retour… ». Autant de chansons « glamour » que ma mère reprenait avec une conviction désarmante.

Ma mère était, dans ces moments-là, véritablement insaisissable, prise tout entière dans une mélancolie qui l’emplissait corps et âme, éprise de je ne savais quels fantômes d’amour qui hantaient les souvenirs de son passé.

De temps à autre, elle imitait en riant la danse de Joséphine Baker  avec sa célèbre ceinture de bananes et entonnait d’une voix mélodieuse « J’ai deux amours… » ou nous servait à table une salade de fruits agrémentée de l'air « Salade de fruits/jolie, jolie, jolie/Tu plais à mon père/Tu  plais à ma mère ».  Avec « Sombreros et mantilles », nous avions droit à une démonstration de flamenco et à un jeu de castagnettes qui faisaient notre ravissement. Mon père, quant à lui, habitué depuis toujours aux « fantaisies » de ma mère, haussait les épaules, imperturbable.

Mais souvent la tristesse accompagnait les paroles des chansons que ma mère me répétait à l’envi. J’ai encore dans l’oreille « On n’a pas tous les jours vingt ans » ou « Si toi aussi tu m’abandonnes »… Toutes ces phrases mystérieuse aux tonalités de crève-cœur semblaient en dire long sur la vie antérieure de ma mère, celle d’avant sa rencontre avec mon père et dont elle m’entretenait à ses heures perdues. Elle me confiait alors le bonheur d’une petite enfance passée à Saint-Nazaire dans les Pyrénées Orientales, celle de sa jeunesse à Perpignan où elle allait avec sa meilleure amie Raymonde au cinéma Le Castillet, les parties de plage à La Franqui ou à Canet, le patin à roulettes, les bals en plein air, son frère jumeau Antoine, international de rugby…

Elle avait connu une autre vie éminemment modeste mais dans une région ensoleillée au bord de la mer qu’elle réinventait sans cesse en reprenant « La mer que l’on voit danser au fond des golfes clairs » de Charles Trenet, bien loin de cette Alsace où elle avait échoué et où elle se sentait bien souvent étrangère.

La joie simple et naïve revenait avec « Marinella », « Riquita » ou « Ma Tonkiki, ma Tonkinoise… » et puis la langueur, la nostalgie resurgissaient avec « Étoile des neiges », « La Paloma » ou même « Santa Lucia ».

Tous ces airs, ma mère les égrenait dès le matin telles les perles de son rosaire mais aussi le soir quand elle préparait le repas ou que l’heure du coucher approchait.

Ces airs, mille fois entendus, me reviennent aujourd’hui, il suffit d’un mot ou d’une image pour que la voix de ma mère me traverse.

 

 

 

 

 

Je ne peux voir des roses blanches sans penser à la chanson qui leur est dédiée et au visage souriant de ma mère l’interprétant. Quand je me retrouve à Paris, je l’entends de sa voix profonde reprendre « Sous les ponts de Paris », dans les bals populaires ou les kilbes, je  la revois danser et entonner « Le plus beau de tous les tangos du monde » ou tourner indéfiniment dans cette fameuse « valse brune » qui me faisait rêver.

Mais d’autres fois, les larmes aux yeux, elle reprenait toutes les chansons d’Édith Piaf, ses malheurs semblaient être les siens et à la mort de cette dernière, nous l’entendîmes tous les jours dérouler le fil de sa complainte et reprendre en boucle « Mon manège à moi, c’est toi… », « Milord », « Non, rien de rien, non je ne regrette rien… ».

Oui, ma mère en interprétant les paroles de tous les chanteurs de variétés des années 30 à 60, exprimait son mal-être, ses sentiments profonds mais aussi ses joies et ses peines.

Elle nous répétait souvent qu'elle avait dû quitter à regret l’école à onze ans pour aider sa mère, veuve, à élever ses nombreux frères et sœurs. Pour combler ce manque, elle avait, pour une grande part de sa culture, puisé dans le répertoire de la chanson populaire mais aussi dans le cinéma de cette époque dont elle connaissait tous les acteurs et dont elle parlait comme des personnes de sa propre famille.

Ses lectures de bandes dessinées furent longtemps les miennes et les personnages de Popeye et Olive, Pim, Pam, Poum et les Pieds Nickelés avec Filochard, Ribouldingue et Croquignol m’ont longtemps accompagnée dans cette enfance étoilée où ma mère brille toujours au firmament.

 

 

 

 

La Porte du Miroir

 


Françoise Urban-Menninger

 

 

Il est des noms de lieu qui, lorsqu’on les entend pour la première fois, génèrent un charme au pouvoir évocateur. Ils invitent à  la rêverie intérieure ou, mieux encore, au rêve éveillé.

Lors de mon enfance passée en partie à Mulhouse dans une petite maison de cité entourée d’un jardin où ma mère parlait aux roses, je laissais s'égoutter le temps au bord d'un petit bassin où nageaient en rond des poissons exotiques. Tout en jouant à la poupée sur un banc, je surprenais quelques bribes des conversations qu'entretenaient mes parents et qui me parvenaient entre les plants de tomates, les rosiers grimpants, les pivoines aux têtes ébouriffées…

 

Parfois les noms d’endroits mystérieux étaient prononcés, ils captaient toute mon attention et enclenchaient en moi cette mécanique du songe qui est devenue, à n’en pas douter, celle de l’intuition poétique sur laquelle le philosophe Gaston Bachelard s’est longuement penché. Il y avait  ainsi cette étonnante « Mer Rouge » à Dornach, cette fameuse «  Porte Jeune » au centre ville, mais plus extraordinaire encore, la «  Porte du Miroir »…

 

Cette Porte du Miroir avait sur moi l’effet d’un Sésame qui ouvrait grand mon imaginaire ! Je devenais alors, avant même de l’avoir rencontrée dans mes lectures, l’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, je courais après le petit lapin blanc d’un rêve tout éveillé.

J’imaginais en plein centre ville, cette porte que je concevais monumentale, la glace encastrée dans un écrin doré, sertie de pierreries fabuleuses et dans laquelle chacun pouvait se mirer avant de la traverser…

Je supposais que ce passage vers une autre dimension était réservé aux adultes et que mes parents qui parlaient souvent de la « Porte du Miroir »  avaient l’habitude de la franchir et connaissaient bien ces allers et retours dans cet autre monde que j’essayais d’appréhender.

 

Je pensais au «  Palais des Glaces » dans lequel je m’étais perdue à la foire de Mulhouse et à la terreur que j’avais ressentie en me cognant tel un insecte contre les vitres des miroirs sans pouvoir trouver la sortie de ce labyrinthe où j’étais prisonnière de mon image démultipliée à l’infini…

Aussi, n’étais-je pas pressée de me retrouver devant cette « Porte du Miroir » qui représentait tout à la fois mon angoisse pour l’inconnu mais également l’attirance que l’on éprouve pour les eaux moirées des étangs.

 

J’en venais parfois à rapprocher dans mes pensées la « Porte Jeune » de la « Porte du Miroir »…  Et bien sûr, il suffisait d’entrer par l’une pour accéder à l’autre et retrouver peut-être une seconde jeunesse… Car il ne faisait aucun doute que ces portes étaient liées par un secret que mes parents devaient connaître, celui de l’éternelle jeunesse… Ne m’avaient-ils pas maintes fois raconté l’histoire de la marâtre de Blanche-Neige qui, le visage défiguré par la jalousie, n’avait de cesse d’interroger son miroir : «  Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? ».

Elle était le symbole même de ces femmes qui ne veulent pas vieillir et qui vendraient leur âme au diable pour obtenir l'immortelle jouvence...

 

 

Aussi cette « Porte du Miroir » cachait-elle dans son vocable à la fois féerie et maléfice et même si je compris très vite que les mots ne recouvraient pas toujours la réalité, les psychés ne  cessèrent jamais de m'enchanter et de me fasciner.

Je n’ai pas trouvé la mer à Dornach et n'ai jamais osé poser de question à ce sujet, de peur de me ridiculiser, mais cette « Porte du Miroir » ouvre toujours en moi des abîmes, des profondeurs insondables... Ainsi, je crois toujours, ma mère me le répétait, que si l’on brise un miroir, il s’ensuivra sept ans de malheurs mais que par contre casser du verre blanc ne peut qu'apporter un peu de bonheur… Lorsque, bien plus tard, l’on aborda en cours de philosophie le fameux « stade du miroir» si bien décrit par Lacan, je me retrouvai comme par magie devant cette porte qui s’ouvrait sur mon enfance perdue.

 

Encore aujourd’hui, quand je me cherche dans le reflet de la grande glace de mon entrée, je revois tout au fond d’un couloir une petite fille juchée sur un tabouret, elle se mire en silence en compagnie d'Alice. Toutes deux m’entraînent dans ce  « Pays des Merveilles », là où les mots magiques redonnent vie aux êtres et aux choses et ont le pouvoir de les faire revenir dans cette lumière de l'infini où je revois ma mère tailler ses rosiers et mon père, un arrosoir à la main, changer l’eau du petit bassin où je me mirais tel Narcisse entre l’ombre des hostas et la nage lente des poissons rouges.

 

 

Pour citer ces textes


Françoise Urban-Menninger,  « Une voix de velours  »  &  «   La Porte du Miroir », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-une-voix-de-velours-la-porte-du-miroir-111286833.html/Url. http://0z.fr/SJIYB

 

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Françoise Urban-Menninger  Wikipédia

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 http://www.editinter.fr 


Auteur(e)


Françoise Urban-Menninger est poète et nouvelliste, auteure d'une vingtaine d'ouvrages de poèmes et de nouvelles. La plupart ont paru chez Éditinter, le dernier recueil de poèmes en date est De l'autre côté des mots. Elle anime des ateliers d'écriture à Strasbourg où elle est critique d'art pour la revue Transversalles, elle rédige également des critiques littéraires pour la revue électronique Exigence-Littérature. Elle est également membre de la SIEFEGP et de l'équipe de la revue Le Pan poétique des muses.

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Version traduite

  Version originale

 

 Mario Portillo


Cinq poèmes pour  Émeline 

 

 

Claire Laguian  

 

 


 

Regards

 

Il est des jours singuliers

où, quand tu regardes vers

l’ailleurs/distraite

au moment où tu fermes

tes paupières, je sème des roses

sur tes yeux

et, quand tu les ouvres

et qu’attentive/tu me regardes,

elles apparaissent déjà fleuries

et, tendrement,

je n’ose les couper.

 

 

Ta bouche

 


Ma main qui rédige sur le papier

ta bouche.

Toujours plus qu’un mot,

c’est un goût fragmenté

prêt à ne pas être silence

sur mes lèvres.

 

 

 

 

Sentier intact


  

Un jour

le papillonnement de tes paupières

se posera

sur une rose d’encre

que le tracé de ma main

a semé

sur le jardin du papier

 

et même si une telle image ne sera

jamais taillée dans le cristal

 

il nous restera toujours

à le parcourir ensemble

ce sentier intact :

de tes yeux à ma voix

de ma voix à tes yeux

 

 

 

Invitation


  

Allez, déprose-toi* femme,

sois vers pour moi

pendant cette nuit de somnolence.

Permets-moi de rédiger ta beauté/sur ma peau

pour qu’il n’existe aucun mot écrit

qui m’éloigne de ton histoire.


 

* Déprose-toi : le mot n’existe comme tel dans aucun dictionnaire, c’est une invention ou adaptation de ma plume. DE- préfixe qui indique la négation, dans ce cas favorise une inversion du sens de « prose ». Autrement dit, le sens concret de mon terme serait : Rester sans prose, ne pas être prose. (Nous traduisons)

 

 

 

 

Émeline


 

J’écris sur ton corps

avec un unique son :

le silence.

 

Tu es femme/ma partition

et en toi on lit

chaque murmure

d’une ultime mélodie

que mon encre verse

sur ta peau.

 

 

Pour citer ces poèmes


Claire Laguian (trad.), «  Mario Portillo, Cinq poèmes pour Émeline », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n02-mario-portillo-cinq-poemes-pour-emeline-111281591.html/Url. http://0z.fr/vl5Zw


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Auteur(e)

Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

Poète moins de vingt-six ans

Version traduite


 


Cinco poemas


 

para Émeline

    

 Mario Portillo Pérez  

 

 

 

 

Miradas

 

Hay días especiales

en que, cuando miras hacia

otra parte / distraída

al momento en que cierras

tus párpados, siembro rosas

sobre tus ojos

y que, cuando los abres

y atenta / me miras,

ya aparecen florecidas

y que, tiernamente

no me atrevo a cortar.

 

 

 

 

Tu Boca

  

 

Mi mano redactando sobre el papel

tu boca.

Siempre más que una palabra,

es un sabor fragmentado

dispuesto a no ser silencio

en mis labios.

 

 

 

 

Intacto Sendero

 

 

Alguna vez

el aleteo de tus párpados

se posará

en una rosa de tinta

que el trazo de mi mano

ha sembrado

sobre el jardín del papel

 

y aunque tal imagen no será

nunca tallada en cristal

 

nos quedará siempre

por recorrerlo ambos

el sendero intacto:

de tus ojos a mi voz

de mi voz a tus ojos

 

 

 

 

Invitación

 

 

Anda, desprósate* mujer,  
sé verso para mí  
durante esta noche en duermevela. 
Permíteme redactar tu belleza / sobre mi piel  
para que no exista palabra escrita 
que me aparte de tu historia.

 

 

*Desprósate : No existe la palabra como tal en algún diccionario, es una invención o adaptación de mi pluma. DES- prefijo que indica negación, en este caso propicia una inversión del significado de "prosa". Es decir, el significado concreto de mi palabra sería: Quedarse sin prosa, no ser prosa.

 

 

 

 

Émeline

 

 

Escribo sobre tu cuerpo

con un único sonido:

el silencio.

 

Eres mujer / mi partitura

y en ti se lee

cada susurro 

de una última melodía

que mi tinta vierte

sobre tu piel.

 

 


 

 

Pour citer ces poèmes


Mario Portillo Pérez , « Cinco poemas para Émeline » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-cinco-poemas-para-emeline-111281534.html/Url. http://0z.fr/oYKek


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Auteur(e)


Mario Portillo, poeta, cuentista y dramaturgo, nacido en la ciudad de México en 1989. Obtuvo el primer lugar en el Primer Concurso Estudiantil de Poesía Cuautepec 2010 (UACM), el segundo lugar en el Segundo Concurso Estudiantil de Poesía Cuautepec 2012 (UACM) y una mención honorífica en el Primer Concurso Estudiantil de Cuento Cuautepec 2011, también en la UACM. Se ha presentado en el Foro de Poesía “El tejedor”, de la Cafebrería El Péndulo así como en el Primer Encuentro de Estudiantes de Creación Literaria Cuatepec (2011) y en la mesa de poesía “El Resplandor de la Palabra” por parte de la UACM-Cuatepec en la Feria Internacional del Libro del Palacio de Minería (Febrero 2012). En mayo de 2012 apareció su poesía en el número 1 de la Revista Literaria “Le Pan Poétique de Muses”, en Francia. En dicha edición la publicación fue bilingüe, traduciendo parte de su obra al francés.

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 Pierrette Micheloud :


la femme est l'avenir de l'humanité



 

Catherine Dubuis 

 

 

 

Parents de sève montagnarde :

Elle du Jura bernois

Lui des Alpes valaisannes

Elle du vert sombre des sapins

Lui des mélèzes danse du vert tendre

Elle d’une eau qui se récolte

Goutte à goutte dans le calcaire

Lui de celle multiflore

Des torrents joueuse de rien1.

 

 

Le 6 décembre 1915, Pierrette Micheloud naît à Romont, dans le canton de Fribourg, d’un père valaisan et d’une mère jurassienne. La nature, la montagne en particulier, sera à l’horizon de toute son existence et nourrira une grande partie de son écriture poétique. Elle fait ses études primaires, secondaires et gymnasiales d’abord à Neuchâtel, où vivent ses grands-parents maternels, puis à Lausanne où son père, négociant en tissus, s’est installé.

 

Très tôt perce chez elle l’intime sentiment de sa différence, qui se marque par sa volonté d’indépendance et son goût précoce pour les jeunes femmes : « La “différence” a toujours une raison. Il ne s’agit donc ni de la refouler, ni d’en avoir honte, mais au contraire de s’enrichir de tout ce qu’elle peut apporter de spécial et de nouveau. J’ai chanté la mienne à travers ma poésie depuis toujours2.». C’est lors d’un séjour en Angleterre, juste avant la Deuxième Guerre mondiale, qu’elle rencontre son premier amour. La Femme, souvent rêvée, sera l’icône privilégiée de sa poésie ; la femme réelle lui causera à maintes reprises de douloureuses déceptions. La mystérieuse alchimie de l’écriture poétique transformera ces expériences en un art passionné, foisonnant d’images étranges et de fulgurances prophétiques.

 

Pendant la guerre, elle suit des cours de littérature à l’université de Zurich et de théologie à l’université de Lausanne. Puis, en 1945, paraît son premier recueil de poésie, intitulé Saisons, encore très marqué par l’influence de ses lectures favorites, Baudelaire, Verlaine, voire le Hugo intimiste des Contemplations :

 

MER

Ton âme a la tristesse d’une mer du nord,

Mais d’une mer qui garde, en ses eaux ténébreuses,

Le souvenir ardent de chaque rayon d’or

Que le ciel y versa aux heures lumineuses…

Ton âme a la tristesse d’une mer du nord3.

 

Suivent ensuite très régulièrement Pluies d’ombre et de soleil (1947), Sortilèges (1949), Le Feu des ombres (1950). Syntaxe, vocabulaire et thèmes font alors songer à Valéry, ou à Mallarmé :

 

 

 

PLUIES

Pourrais-je t’apporter, à toi qui sais l’atroce

Brûlure de l’espace où germe un bleu poison,

Pour en tisser joyeuse à ton âme précoce

Un nimbe de clarté, la blanche effeuillaison

 

Des pétales de lune et dans l’heure où tu pries

Comme un saule courbé d’un silence amical,

Te faire pressentir en sourdine les pluies

D’impalpable pollen de songe sidéral ?4

 

Le lien qui unit Pierrette Micheloud à sa famille, son père, sa mère, sa sœur, est extrêmement profond et exigeant. C’est peut-être pour échapper à cette prégnance, qui menace l’expansion de son talent, que l’artiste s’établit à Paris, au début des années cinquante,  pour écrire et peindre. Elle n’y connaît pratiquement personne ; sa solitude est grande, mais propice au travail, qu’elle va poursuivre avec acharnement. La quête de la vraie parole poétique, ou du moins de sa propre voix, sera la préoccupation essentielle de ces années de formation. Elle exerce aussi le métier de critique littéraire, ayant à cœur de mettre en valeur l’œuvre de ses compagnons les poètes, qu’elle servira admirablement tout au long de son existence. Montagnarde égarée dans la capitale française, elle adoucit son exil en transformant ses logements successifs en intérieurs de chalets valaisans. Et chaque été, elle part se ressourcer dans son canton d’origine, après avoir passé à Belmont, au nord de Lausanne, dans la maison familiale, quelques moments de tendresse retrouvée.

 

En 1952, elle publie son cinquième recueil, Simouns, écrit pendant trois mois de retraite au fond d’un val valaisan, dans un chalet rustique au confort minimum, entre forêt à pic et torrent bouillonnant, cadre qu’elle affectionne entre tous, et sans doute propice à la poursuite de sa quête poétique. Ce recueil marque une nette rupture avec la prosodie classique des livres précédents, et l’intrusion de nouveaux thèmes, liés à l’actualité d’après-guerre (bilan des désastres, désirs de paix, regards vers l’avenir) :

 

IL NE FAUT PLUS…


[…] Les bras qui ont tué

N’ont plus de force pour la charrue.

Ni pour les gerbes de froment.

 

Trop de cris traînent dans leurs artères,

Trop de taches de sang

Brûlent leur peau.

 

Ceux qui plantent des épingles sur les frontières

Ont-ils le droit

De pousser les autres à tuer ?

 

Il ne faut plus que les hommes tuent.

Il faut des bras purs pour la charrue5.

 

Dès 1953, année où elle publie Points suspendus, son premier recueil écrit à Paris, elle renoue avec la tradition des troubadours : chaque été, elle parcourt à bicyclette les vallées valaisannes, de village en village et, le soir, elle dit ses poèmes, devant un public étonnamment attentif de villageois et de vacanciers. Puis elle dédicace ses livres en trinquant avec ses futurs lecteurs. Ainsi se répand, de val en val, de village en village, la Poésie.

 

Férue d’astrologie, disciple de Jung, Pierrette Micheloud publie, en 1957, un Dictionnaire psychanalytique des rêves, dont elle illustre la couverture d’un dessin de Leonor Fini, la peintre surréaliste qu’elle admire profondément. La numérologie la tente également ; elle ne cessera d’attribuer une signification particulière au nombre « 6 », date de sa naissance, ou au « 9 », nombre « parfait », inverse du premier. La nature, autre source, et plus précisément les fleurs de l’alpe, se révèlent dans toute leur diversité et leur mystère dans Passionnément, recueil de poèmes en prose, paru en 1960.

Le talent de Pierrette Micheloud pour la prose poétique éclate ici, soutenu par la vibrante passion qu’elle porte aux éléments naturels. Ces textes seront repris des années plus tard, retravaillés, remodelés, « reforgés » au creuset du poète, sous le titre Seize fleurs sauvages à dire leur âme (2001) :

 

GENTIANE

 

Quel chevalier attends-tu, coupe patiente et sage ? Pour qui ce philtre qui transmue l’âme planétaire en vertige de soleil ? Coupe vide pourtant à nos yeux profanes, à moins que ne la remplisse une eau de nuage, dont se désaltère l’insecte.

 

Quel chevalier attends-tu ? Aucun bruit de galop ne nous apporte le vent. Mais toi, l’entendrais-tu ? Ta forme de Saint-Graal doit peupler ton attente de mille voix enfouies dans le lointain des légendes. Lancelot du Lac, Parsifal, leurs ombres sont devenues flammes aux carrefours des constellations. Et ces géants, là-bas, qui brandissent leur épée ? Merlin l’Enchanteur les a fait surgir du roc. Ils se cherchent un visage qui ne ressemble à personne, tandis que le cygne de Lohengrin, messager de lumière, trace dans l’azur un sillage de joie. C’est à la blanche solitude de cet oiseau solaire que tu immoles ton cœur où s’affrontent les divergences terrestres, noires blessures, traversées de foudre.

 

Tu ne sais pas au juste quelle époque tu vis, ni de quel songe tu viens. N’es-tu pas tout aussi bien la nuit bleue des rois mages et l’étoile qui les guide ? Et puis cette autre coupe encore, d’amer breuvage, qui hante les heures longues de Gethsémané. […]6

 

La fin des années cinquante voit l’élaboration, chez la poète, d’une eschatologie très particulière. Quand l’humanité aura achevé sa révolution et sera arrivée au terme de son cycle terrestre, elle verra la venue de la Grande Gynandre (ou parfois Gynandrade), plus parfaite que l’androgyne, parce que femme, et qui règnera sur les hommes et les femmes unis dans la paix et la sérénité. Mais ce temps n’est pas encore venu, loin de là : il faut lutter pour cet avènement, et l’une des armes de ce combat est précisément la Poésie, éveilleuse de consciences :

 

Je suis songe unifié : le fœtus

que la reine-roi porte en espérance

du fond de l’En-soi, la fin du couple.

Je suis la Gynandrade future.

Patience jusqu’à l’aurore,

amour7.


Le 20 juin 1963, Pierrette Micheloud perd son père ; cette date fatidique l’accompagnera tout au long de sa vie : elle la rappelle année après année dans ses Journaux, et célèbrera le dernier regard de ce père très aimé dans un beau poème intitulé « Tant qu’ira le vent », paru en 1966 :

 

Tant qu’ira le vent, je serai questionnée

Par ce regard en amont du souvenir

Où passaient peut-être (comme dans l’été

Ces blanches vapeurs d’eau presque de soleil

Et comme à vol d’aigle), de lentes montagnes

Sorties de leur passé plus loin que la nuit8.

 

En 1964, elle fonde avec Édith Mora le prix de poésie Louise Labé, dont elle assumera la présidence de 1985-1999, et dont le premier lauréat suisse sera, en 1979, le poète genevois Jean-Georges Lossier, pour Le long Voyage9. Lossier restera lié à la poète jusqu’à sa mort, en 2004. Cette même année, Pierrette Micheloud publie un livre qui aura un grand succès public, Valais de cœur, proses poétiques étincelantes sur son pays d’origine. Elle obtient le prix Schiller, récompense à l’échelle nationale suisse, et le grand prix rhodanien de littérature.

 

De 1969 à 1976, elle est rédactrice en chef de la revue La Voix des Poètes, fondée et dirigée par Simone Chevallier ; elle collabore activement à la rédaction d’articles pour la collection « Les Pharaons », nom choisi pour ce qu’il signifie à l’origine : les poètes éveilleurs de consciences. Sa foi en la mission poétique, élévatrice de la conscience humaine, ne lui fera jamais défaut.

 

Son œuvre commence à être reconnue : elle obtient le prix Arcon de l’Académie française et le prix Robert Hennequin de la Société des gens de Lettres pour son livre Tout un jour toute une nuit, paru en 1974. Elle passe l’été 1976 en Valais, dans le chalet d’une cousine, pour écrire L’Ombre ardente, livre de souvenirs qui ne paraîtra qu’en 1995. Son enfance et son adolescence y sont évoquées en alternance ave le présent, dans ce témoignage qui «met son âme à nu», selon ses propres dires. En 1979, elle publie Douce-Amère, qui lui vaut à nouveau un prix Schiller en 1980. Le terreau de l’enfance se révèle toujours fécond, d’où jaillit le poème :

 

POMMIER MA BELLE ECHARPE

 

Le pommier de ma grand’mère

Entre dans la chambre avec

Ses pommes, ses oiseaux, ses

Bêtes à Bon Dieu, ses pierres

De lune et de soleil, par

La fenêtre côté lac

Ses échelles ses paniers

Ses rires enserpentés

De douce-amère, et le bec,

Du pivert qui frappe ses lettres

Sur l’écorce comme naguère10.

 

Ce rappel de l’enfance voisine avec les visions apocalyptiques, qui trouvent leur source dans ce que la poète appelle sa mémoire antérieure, ou cosmique, et qui ont souvent des accents subversifs :

 

L’OBSCURCISSEMENT DE LA LUMIERE

 

Quand la Terre marchait de sa propre marche

Sous la marche laineuse

Des grandes peuplades de bisons

Là-bas où la femme et l’homme

Ressemblaient à des oiseaux

Où l’herbe était de neige verte,

Rien ne pouvait faire penser

À cet immense cri mort

Que porte le vent

À l’infini des toundras.

 

Ils sont venus le fer aux dents

Et leur petit Jésus de porcelaine

Cupides et féroces

Ils venaient du continent

Qui fait peur aux étoiles11.

 

La poésie n’est pas la seule activité créatrice de Pierrette Micheloud. Depuis de nombreuses années, elle peint, et connaît sa première exposition personnelle en 1983 à la galerie Horizon, à Paris. Ses toiles très colorées révèlent les métamorphoses que la vision très originale de la peintre impose aux éléments du monde réel. Elle exposera encore à Sion, en Suisse (1984), puis à Denges (Suisse, 1987), puis de nouveau à la galerie Horizon ainsi qu’à Lausanne (1988). Et la liste n’est pas close. Une jeune éditrice, Astrid Mirabaud, tombe amoureuse de ces peintures et édite, en 1984, Entre ta mort et LA VIE, poèmes et dessins de l’auteure.

 

Un grand bonheur lui échoit en 1984 également : elle reçoit le prix Apollinaire pour Les mots la pierre, poèmes qui se nourrissent du symbolisme de son prénom et dessinent la tâche du poète :

 

Qui veut te travailler

Pierre de l’obscure pierre

Doit aussi te chanter

Le chant est chair de la lumière12

 

Le 2 août 1988, sa mère meurt, laissant Pierrette désemparée. Ce deuil sera encore plus difficile à assumer que celui du père, l’absence se fera plus douloureusement sentir. Heureusement qu’elle peut partager ce chagrin avec sa sœur Edmée, proche par le sang, l’affection et la création artistique : car Edmée, en plus de son talent musical (elle est violoniste), crée des mosaïques faites de galets arrachés au Rhône ou à des rivages plus lointains (Italie du nord). Pierrette Micheloud et Edmée Girardet-Micheloud exposeront conjointement leurs œuvres, notamment en 1996 à Vex, en Valais. Les deux sœurs ne seront séparées que par la mort de Pierrette, en 2007.

 

Le recueil intitulé Elle, vêtue de rien, paru en 1990, laisse éclater au grand jour la préférence de Pierrette Micheloud. Sous l’aile de la grande Sappho, elle chante son amour de la femme, en prenant soin que, dans la deuxième partie du livre, tous les noms soient féminins, ce dont bien peu de lecteurs se sont avisés, regrette-t-elle :

 

Tisser la fibre impalpable

Qui sera l’étoffe

À te dévêtir. L’attente

Est fleur à mes mains, pensée

De vertes racines13.

 

Mais tout serait à citer, dans cet admirable recueil, cantique des cantiques dédié, par une femme, au corps et à l’âme de la femme. La strophe choisie, déjà utilisée dans Entre ta mort et LA VIE, est celle du tanka (cinq vers) qui alterne avec le sedoka (sept vers), courts poèmes de forme japonaise ancienne :

 

Rose de nos terres jointes

Solitude close

Vibrant aux orgues charnelles

Rose dans la rose

La pénultième caresse14.

 

Les années 1991 et 1992 lui apportent le prix Foulon-de-Vaulx de la Société des Gens de Lettres pour l’ensemble de son œuvre, et la Médaille d’Argent de la Ville de Paris. En amont de l’oubli, recueil paru en 1993, témoigne de son effort pour « percer la chape d’obscurité que la naissance a jetée sur la mémoire de lointaine origine, remonter le cours de l’oubli, retrouver l’aire où l’on se souvient15 ».

 

TERRE, ton nom

De mère et d’enfant

Quand à l’aube soudaine

Tu berças dans le vent

Tes premiers fruits.

 

Leur goût vierge

Cette acidité sucrée

Célébrant

Le vert nouveau-né des bromes.

 

Dans ma tête

Résonnaient encore

Les voix mages des éthers

Autant de cieux

Dont j’aurais, tissant ma toile

À me souvenir.

 

Un mot se formait : bonheur

Il dépendrait en durée

De cette mémoire16.

 

Une belle anthologie paraît en 199917. Le choix de poèmes est de l’auteure elle-même, qui développe son parcours au moyen d’une « bibliographie commentée », très précieuse pour les lecteurs. Une substantielle préface est signée du poète Jean-Pierre Vallotton, avec lequel Pierrette Micheloud s’est liée dès le début des années 90 et qui va l’accompagner désormais de son amitié fidèle. Ce volume est couronné par le prix Charles Vildrac de la SGDL en 2000.

 

Cette même année, le recueil intitulé Azoth18décline les tons, les rythmes et les couleurs que la fascination pour l’alchimie fait naître sous la plume de la poète. En témoigne ce poème, qui contient quelques-uns des thèmes centraux de l’œuvre :

 

L’hiver dans leur chambre

Tapissée de foin d’ombelles

Les marmottes rêvent

De leur prochain réveil. Nous

Âpres somnambules

Des quatre saisons, nous confondons

Le plomb avec l’or.

 

Le plomb s’est insinué dans l’œil

L’œil n’est plus l’aigue-marine

Amour d’Aphrodite

Transparence émerveillée

Du soleil dans l’eau :

 

Perception magique

D’une mémoire antérieure19.

 

En 2002, Pierrette Micheloud donne un nouveau témoignage de son amour du Rhône et de son canton d’origine grâce à une prose poétique intense, Regard sur le Rhône, accompagnée d’aériennes aquarelles de Françoise Caruzzo20. L’évocation du paysage se marie avec le souvenir d’enfance :

 

Douce est la plaine en sa légère déclive. Juste assez pour l’empêcher d’oublier qu’il descend. Les vignes le saluent. Il saura chanter, le temps venu, leur breuvage de «gai savoir». Oncle Charles cultivait sa parcelle. Aux vendanges, il nous offrait du thé vivifié d’une once de fendant ; la soupe était rosie à la dôle…21

 

Le prix de consécration de l’Etat du Valais pour l’ensemble de son œuvre vient couronner cette année faste où l’artiste, plus que jamais peut-être, a pu s’éprouver proche d’une terre, d’un pays, elle qui si souvent se sentit exilée ici-bas.

 

Du fuseau fileur de lin, dernier recueil paru en 2004, contient de poignantes évocations de l’âge qui commence à peser lourdement. Mais la beauté du vers est toujours là.

Un « Exergue » rassemble comme dans une paume l’effort d’une vie entière lovée au cœur de la poésie :

 

Me riant des modes

J’ai œuvré à déliter le verbe

En sa mémoire de pierre

Y cherchant des éclats de cristal

D’avant la première mort22.

 

Un bel hommage aux parents :

 

M’avoir fait venir

De l’infini du cosmos !

Combien dûtes-vous

En la nuit nuptiale vous aimer !

 

C’est lui, cet amour

Qui m’a prise dans ses rais ;

Eon, étais-je, à m’emplir

De la proximité du Mystère…23

 

voisine avec la nostalgie du temps envolé :

 

Où êtes-vous, chers visages

Qui chantiez

Dans les myrtilliers ?

 

Le courant des flots m’emporte

Je ne puis revenir en arrière.

 

Vous aussi, jeunes visages

De ma jeunesse, le fleuve

Vous a travaillés.

 

Vous n’êtes plus ceux de vos reflets

Sur la pierre cristalline.

 

Mais loin déjà, le regard

Creusé d’immensité vierge24.

 

Nostalgie, mot-clé de cette vie, nostalgie d’un monde d’avant ce monde, dont elle a cru trouver le reflet dans le Valais de son enfance. C’est aussi ce mot qui figure dans le titre de son dernier récit, tout entier consacré au souvenir des dix années qu’elle a partagées avec sa petite chienne Saugette25, de 1967 à 1977.

Le 14 novembre 2007, emportée par un cancer, Pierrette Micheloud décède à Cully, entourée de sa sœur et de ses amis proches, parmi lesquels Jean-Pierre Vallotton, auquel sera confié le soin de faire rayonner l’œuvre de cette remarquable artiste au delà de sa disparition.

 

Peu avant sa mort, Pierrette Micheloud avait déposé ses archives à la Médiathèque Valais-Sion et présidé à la création d’une Fondation qui porte son nom et décerne un prix annuel de poésie ainsi qu’un grand prix triennal, dont les deux premiers lauréats ont été René de Obaldia et Yves Bonnefoy.

 

En guise de mot de la fin, voici encore cette adresse à une des neuf muses :

 

URANIE

 

Bergère d’étoiles

Aux lisières des cieux qui s’éloignent…

 

Pour te rejoindre je marche

Sur le fil tendu

Que mon amour file

Entre ma vie et la tienne.

 

Je t’aime depuis avant

De savoir ton nom.

L’enfance aux larges fenêtres

Où tu passais, emplissait mes yeux

De la poussière dorée

Soulevée par tes troupeaux26.

 

 

 


 

 

Œuvres de Pierrette Micheloud

 

Saisons, poèmes, Lausanne, Éditions Held, 1945.

Pluies d’ombre et de soleil, poèmes, Lausanne, Éditions Held, 1947.

Sortilèges, poèmes, avec un dessin de l’auteure (autoportrait), Lausanne, éd. des Rivières, 1949.

Le Feu des ombres, poèmes, Lausanne, éd. des Rivières, 1950. 

Simouns, poèmes, Lausanne, éd. des Rivières, 1952.

Points suspendus, poèmes, Paris, éd. Pierre Seghers, 1953.

Dictionnaire psychanalytique des rêves, avec la reproduction d’un tableau de Leonor Fini en couverture, Paris, Les Nouvelles Éditions Debresse, 1957.

Ce double visage, poèmes, Malines (Be), Éditions du C.E.L.F., 1959.

Passionnément, seize fleurs sauvages, poèmes en prose, dessins de Claire Finaz, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1960.

L’Enfant de Salmacis, poèmes, avec un dessin de Leonor Fini, Paris, Les Nouvelles Éditions Debresse, 1963.

Valais de cœur, proses poétiques, photographies de Jean-Jacques Luder, Neuchâtel, La Baconnière, 1964.

Tant qu’ira le vent, poèmes, avec un dessin de Gromaire en couverture, Paris, éd. Seghers, 1966.

Tout un jour Toute une nuit, poèmes, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1974.

Douce-Amère, poèmes, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1979.

Les mots La pierre, poèmes, Neuchâtel, éd. la Baconnière, 1983.

Entre ta mort et LA VIE, poèmes, avec 40 ill. en couleurs de l’auteure, Anières (Ge), Éditions Pourquoi pas, 1984.

La Cerisaie, poème, Sauveterre-du-Gard (Fr), éd. La Balance, 1990.

Elle vêtue de rien, poèmes, avec un dessin de l’auteure en couverture, Paris, éd. L’Harmattan, 1990.

En amont de l’oubli, poèmes, avec un dessin de l’auteure en couverture, Paris, éd. L’Harmattan, 1993

L’Ombre ardente, témoignage, Sierre, Monographic, 1995.

Pas plus que la neige, poèmes, avec des dessins d’Erik Bersou, Neuilly-le-Bisson (Fr), éd. Gravos Press, 1998.

Poésie 1945-1993, avec la reproduction d’un tableau de l’auteure en couverture, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1999.

Azoth suivi de Mélusine, poèmes, avec une illustration de l’auteure en couverture, Marchainville (Fr), Proverbe, 2000.

Seize fleurs sauvages à dire leur âme, poèmes en prose, photographies couleurs de Didier Bruchez et Egidio Anchisi, Saint-Maurice, Éditions Pillet, 2001.

«Suite en mineur», 20 poèmes inédits, Québec, in Lèvres urbaines no 33, 2001. 

Regard sur le Rhône, prose poétique, avec des aquarelles de Françoise Carruzzo, Ayer (Vs), Editions Porte-Plume, 2002.

Du fuseau fileur de lin, poésie, Sierre, Monographic, 2004.

Nostalgie de l’innocence, récit, Vevey, Éditions de L’Aire, 2006.

À consulter sur Pierrette Micheloud

Présence de Pierrette Micheloud, publié sous la direction de Jean-Pierre Vallotton, Sierre, Monographic, 2002.

 

Pierrette Micheloud, Choix de poèmes (1952-2004), établi et présenté par Jean-Pierre Vallotton, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 2011.



Notes

 

1 Douce-Amère, Neuchâtel, La Baconnière, 1979, p. 12.

2 Quatrième de couverture de L’Ombre ardente, Sierre, Monographic, 1995.

3 Saisons, Lausanne, Éditions Held, 1945, s.p.

4 Sortilèges, Lausanne, Éditions des Rivières, 1949, p. 25.

5 Simouns, Lausanne-Paris, Éditions des Rivières, 1952, p. 30.

6 Passionnément, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1960, p.14.

7 Tout un jour toute une nuit, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1974, p. 38.

8 Paris, Seghers, p.55-56. Tant qu’ira le vent obtient en 1966 le prix Edgar Poe.

9 Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1979.

10 Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1979, p. 37.

11 Ibid., p.86.

12 Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1983, p.47.

13 Paris, éd. L’Harmattan, 1990, p. 25.

14 Ibid., p.53.

15 Poésie, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1999, p. 14.

16 En amont de l’oubli, Paris, éd. L’Harmattan, 1993, p. 11.

17 Poésie 1945-1993, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1993.

18 Azoth, suivi de Mélusine, Marchainville, Éditions Proverbe, 2000.

19 Op.cit., p. 11.

20 Ayer, Éditions Porte-Plumes.

21 Ibid., p.30.

22 Sierre, Monographic, 2004, p. 7.

23 Ibid., p. 18.

24 Ibid., p. 22.

25 Nostalgie de l’innocence, Vevey, éd. L’Aire, 2006.

26 Du fuseau fileur de lin, op.cit., p. 71.

 

 

 

 

 

Pour citer ce texte
 

Catherine Dubuis, « Pierrette Micheloud : la femme est l'avenir de l'humanité », in  Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-pierrette-micheloud-la-femme-est-l-avenir-de-l-humanite-111275198.html/Url. http://0z.fr/2y5gy 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://dbserv1-bcu.unil.ch/persovd/detail.php?Num=3963


http://www.domainepublic.ch/?author=83

 

http://www.surparoles.ch/page8/page8.html
 

 

Auteur(e)

Catherine Dubuis

 

Esquisse biographique : Catherine Dubuis est née à Lausanne, où elle accomplit toute sa scolarité, couronnée par une licence en lettres classiques (latin-grec) à l’Université de Lausanne. Après quelques séjours en Grèce, aux Pays-Bas et à Brunei (sultanat au nord de l’île de Bornéo), elle enseigne en qualité d’assistante à la section de français moderne de la faculté des lettres de l’Université de Lausanne, puis, comme chargée d’enseignement, à la section de français langue étrangère de la même faculté. Elle passe six mois en Chine (Xian) dans un Institut de langue, à enseigner le français et prend sa retraite au début des années 2000. En plus des trois biographies citées plus haut, elle est l’auteure de nombreux articles de critique littéraire dans différents périodiques romands.

 

Œuvres

 

Les Forges du paradis, histoire d’une vie : Marguerite Burnat-Provins, Vevey, éditions de L’Aire, 1999 ; Vevey, L’Aire bleue, 2010.

 

Les Chemins partagés. La vie de Cilette Ofaire, Lausanne, éditions Plaisir de Lire, 2007.

 

Une femme entre les lignes. Vie et œuvre de Clarisse Francillon, Lausanne, éditions Plaisir de Lire, 2012.

 

À paraître : Pierrette Micheloud, Paris, éditions des Vanneaux, coll. « Présence de la poésie ».

 

De Catherine Dubuis et Pascal Ruedin

 

Marguerite Burnat-Provins, Lausanne/Martigny, Payot/Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins, 1994.

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

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