31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Poèmes érotiques

 

 Here she comes.1.11.11

 

(Lulu, in memory of Alban Berg), 


&

(Tu) Ma bite

 

 

Marie Gossart

 

 



Here she comes.1.11.11

(Lulu, in memory of Alban Berg)

 



Lulu
Toi qui donnes
L'amour
Comme on donne
Le jour
Ton âme miroite
Ton corps aimante
Tout fait de fer
D'astre
Et de velours
Lulu
Le miel de ta bouche
Premier,
de tes nectars
Lulu
Le sel de ta peau
Or pur,
Comme aux premiers soirs
Lulu
Femme. Totale et une.
Lulu
Tu les emmènes tous
Bien plus loin
Plus haut que la lune
De tous leurs caprices
Leurs vilenies, leurs avarices
Tu sors glorieuse
Les laissant se traîner
Dans leur monde factice
Se nourrir de toi
Purger, leurs immondices
Lulu
Ouvre la bouche
Et par ta voix,
Tu les tiens au coeur
Au corps,
Faibles humains
Vulgaires proies
Alors Lulu
Tu ris, tu vis
Tu butines
Lulu
Allant de l'un à l'autre
De l'un à l'une
Vers qui tu irradies
Qui tu fascines
Lulu
Tu le sais
Tu fais quitter
La terre
Goûter le ciel
(Et tes secrets)
À tous ces erres
Frêles affamés
Âmes faibles et damnées
Qui jamais ne seront rassasiées
Lulu
Ton corps comme un appât
Fera ta gloire et ton trépas
Une nuit
Pensant donner l'amour
La lune s'éteindra
Cette fois,
Cet homme
T'ordonnera
Tuera la flamme
Te suicidera
Ah Lulu
De tout ce jour jusqu'à la nuit
Incandescente et si vibrante
Mes yeux n'ont fait que de te mordre
Que de te prendre
Le nez plongé dans tes cheveux
Nuage d'or,
Un songe comme une brume
Lulu
De tout ce jour jusqu'à la nuit
Laisse mes mains te dire et te remplir
Laisse ma langue te plaire, te recouvrir
Laisse mon âme te pénétrer
Lentement, te faire jouir
Lulu
Femme. Totale et une.
Lulu
Mon âme lentement,
Qui te consume
Te fait jouir
Lulu
Lulu
Bien plus loin
Plus haut que la lune.

 

 

 

 

(Tu) Ma bite

 

 


À corps
À cran
À cris
Pas de ton de toi, de ta de moi
Jusqu'au bout
Tissement
Jusqu'au sang
Sens mes seins
Sans tabou
Entièrement
Sans mentir
Tu m'habites
Plus de pluie
Sans que
Les vagues
Nous emportent
Plus de pluie
Sans que
Sens ta bite
C'est tout
C'est tout ton toi
Qui m'excite
Ce n'est pas
La peine
La peine
D'aller vite
Non
—Mon amour—
Ta ceinture
Me frappe
M’attrape
Me ceint
Oui
Elle me ceint
Jusqu'au sang
Puis elle glisse
Elle me fend
Tout doucement
Quand d'un coup
Tu m'as
Oui
Tu m'agites
Encore
Et encore
Mon corps
Se tord
Enfin il vit
Il mord
Mais si
Mais si,
C'est la mer
Le ciel
Le vent
La terre
Qui nous retournent
Nous traversent
Mon amour
Oh oui
Merci
Merci
Et si
Comme tu dis
Je suis
L'about
L'abouti, l'abouti se ment
De ta vie
Ce n'est pas
Que
Ta bite
C'est
Que
Tout
Tout entier
Tu m'habites
Oui oui tout toi
De tout à moi
Tout en toi
Ton tu ton toi ton tout
Ta, tu ma bite.

 

 

 Poème écrit le 11 août 2012.

 

Pour citer ces poèmes

 

Marie Gossart, « Here she comes.1.11.11 (Lulu, in memory of Alban Berg) » & « (Tu) Ma bite », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-here-she-comes-lulu-in-memory-111813309.html/Url. http://0z.fr/O9TpY

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Auteur(e)

Marie Gossart, née en France en Avril 1969. Tombe en poésie quand elle a 5 ans moment où elle découvre aussi la musique, les arts plastiques et la danse. Plus tard, étudie à Sciences-Po Paris et devient publicitaire, Chargée des stratégies de communication pour de grands annonceurs. Après un long moment, et la naissance de deux enfants, elle part vivre deux ans à Tokyo, y retombe en écriture. En français, et en anglais, son “autre”  langue. De retour à Paris en 2008, Marie Gossart s'intéresse particulièrement à l'écriture plastique et sonore de la poésie, y compose depuis des poèmes et des paroles de chansons.

 

Nota bene

Très investie dans les arts plastiques pour lesquels elle a fondé MrsB Œuvres Choisies, une structure destinée à la promotion d'artistes contemporains. (www.mrsboeuvreschoisies.com). Elle est membre de l'ADIAF, association de collectionneurs décernant chaque année le Prix Marcel Duchamp, dans le cadre de la FIAC. Membre du comité de sélection des artistes nommés pour le prix en 2012.

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Introduction à l’œuvre de maría castrejón :

 

 

du con au féminisme genderqueer


 

 

Claire Laguian

Université de Paris-Est

Marne-la-Vallée, LISAA (EA 4120)

 

  image claire2

©Crédit photo : maría castrejón

 

La première de couverturei du recueil volveré mucho más tarde de las doceii (je rentrerai beaucoup plus tard que minuitiii), provocatrice tout comme le premier vers « No me sale del coño » (« Ça ne me vient pas du con »), donne immédiatement le ton de la poésie de maría castrejóniv : une poésie écrite par une femme fière de l’être, une poésie dont les mots – souvent noirs – restent gravés dans nos corps en jouant subtilement avec le genre. Cela n’est donc pas anodin que l’auteur madrilène d’un essai sur le roman lesbien en Espagnev et d’une thèse (en cours) sur le transgenre littéraire, ait choisi pour la couverture de son premier recueil poétique de recouvrir son corps nu de mots utilisés par les romancières espagnoles pour symboliser l’organe sexuel féminin de manière métaphorique.

Il n’y a rien de métaphysique dans cette poésie du quotidien, mais des enchaînements de négations nous font oublier si nous sommes homme ou femme (et si nous aimons femme ou homme ?). Une rébellion permanente synthétisée dans le seul titre du recueil, une ode à la « nocturnité » et à une « bizzarattitude » souvent à la limite du destroy et du trash. Une déferlante de vers dans un rythme saccadé nous présente donc une contre-poétique provocatrice et sans ornementsvi, qui réussit à être en même temps un symbole de littérature féministevii et  queer en déconstruisant les catégories, les étiquettes et en criant la colère de la poète : une écorchée vive au milieu de cette société (de consommation) qu’elle dénonce notamment pour sa haute dose de superficialitéviii.

 

Cette poésie souvent polysémique et saphique, fantasmant sur les femmes d’âge mûrix ou les infirmièresx, s’affirme volontairement contre les poèmes d’amour sentimentaux. Cependant, la sensualité n’est pas exclue, notamment par l’obsession de la sueur et des aisselles fémininesxi ou par une tentative érotique de déjouer la servitude animale des femmes dans les mariages forcésxii. Le mélange des genres est particulièrement efficace dans « hadès » et « Fille n°6 », où la voix poétique s’assimile au dieu grec maître des Enfers ou à un individu de sexe masculinxiii : « comme si je soulevais ta jupe », « Je suis la fille qui veut juste te baiser », « et je te dis que c’est beau que tu me la suces lentement / que tu entrouvres tes jambes pour moi dans mon château ». La poète va même jusqu’au refus d’avoir un corps tout court (« anti corps »), ou un corps marqué par un genrexiv malgré les tentatives de réconciliation avec son corps grâce à des jeux de mots ou de sonorités qui fonctionnent particulièrement bienxv.

 

Nous ne pouvons conclure sans évoquer la musicalité de cette écriture, qui reste ancrée dans le rythme naturel de l’alexandrin espagnol (14 pieds) et du dodécasyllabexvi, et qui apparaît également dans l’unique rime assonante en –a- que l’on retrouve tout au long des poèmes : ce n’est bien sûr pas un hasard puisque la voyelle A est la marque du genre féminin en espagnol… Le seul poème où le son -o-, celui de la masculinité, est prépondérant est le premier texte où il est justement question de « coño », c’est-à-dire du « con », pourtant marque biologique du féminin ou quand les genres ne sont plus ce qu’ils croient être…

 

 

Notes


 

i. Cf. la photo présente au-dessous du titre et dans le texte « Yo, yo misma y mi musa » (« Moi, moi-même et ma muse », notre traduction) appartenant au même dossier consacré à la poète. 

ii. Recueil vainqueur du prix de littérature LGBT de poésie « Desayuno en Urano » en 2011 (après Juan Antonio González Iglesias en 2010) et publié chez Egales.

iii. Notre traduction (ici, toutes les occurrences poétiques et les titres en français sont de notre fait).

 

iv. Sans majuscules, volonté de la poète dans le but de « déhiérarchiser ».

v. Castrejón, María, …que me estoy muriendo de agua. Guía de narrativa lésbica española, Egales, Barcelone-Madrid, 2008.

vi. Sur ses divers blogs, la poète lutte fermement pour la « dépathologisation » de la poésie (http://porladespatologizaciondelapoesia.blogspot.fr/) afin que cet art soit mieux diffusé et à la portée de tous. Elle revendique la poésie comme une arme politique en temps de crise (http://periododereflexion.blogspot.fr/) et s’évertue à organiser des lectures poétiques ou performances, sans oublier de diversifier son activité par des collages ou des romans graphiques.

vii. La poète essaye même d’approcher les hommes au féminisme avec son annexe découpable « offres non-cumulables ». Il s’agit d’une nouvelle forme provocatrice de marketing pour que les hommes soient sensibilisés à ces revendications : « Les femmes peuvent lire gratuitement ce poème, / et pour les hommes ça leur coûtera moitié-prix / s’ils le lisent avec l’une d’entre elles ».

viii. Cf. la forme particulière du « poème à deux voix » qui illustre à merveille les problèmes de communication et le non-sens de nombreux échanges humains.

ix. « s’assied la femme / que réellement / tu désires et elle donne à manger / à son fils des croquettes de / jambon ibérique » (« poème à deux voix »).

x. « je déchire les pantalons des infirmières / (elles ont des culottes de gaze verte / et une épilation brésilienne). » (« le centre hospitalier »).

xi. « Lèche la sueur des aisselles […] / Une femme nettoie les boîtes aux lettres / en traçant des cercles avec ses doigts. / Je ne suis pas capable de m’approcher / pour vérifier ce que ça sent. » (« voix ou tape ») ; « je me plonge dans le fond de tes aisselles pour les fuir. » (« je n’écris pas de poèmes d’amour »).

xii. « Effleurez vos seins avec leur peau », « effleurez avec elles votre entrejambe », « Votre fils a besoin de bottes / et vous d’une jeune fille / qui vous accompagne, / Mary Jones / quand les hommes abandonneront / le tapis. (« Mary Jones »).

xiii. Alors que parfois elle rejette violemment les hommes : « Je suis dégoûtée par les chauffeurs de taxi qui / sans le vouloir embrassent / leurs femmes / sur les commissures des lèvres » (« Je suis le pôle opposé »).

xiv. « Je ne veux pas de corps / de stigmates de talons / ni de bite ni de con » (« anti corps »).

xv. « Me con-bocas » : ici le verbe « convocar » signifie « convoquer », mais en espagnol, les lettres –B– et –V- se prononcent souvent de la même manière, ce qui permet à la poète d’introduire le mot « boca » signifiant bouche (d’où notre traduction « tu m’inter-pelles », jouant avec le terme de « pelles » lié aux baisers).

xvi. Que nous avons systématiquement traduits par des alexandrins français, parfois avec l’aide du –e- muet prôné par Jacques Réda pour sa capacité de « tension-détente » qui fait que l’on peut ou non le compter.

 

 

 

 

Pour citer ce texte


Claire Laguian , « Introduction à l’œuvre de maría castrejón : du con au féminisme genderqueer », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-introduction-a-l-oeuvre-de-maria-castrejon-du-con-au-feminisme-genderqueer-111767394.html/Url. http://0z.fr/kurqj

 

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Auteur(e)


Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

 


31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

    Version originale

Version traduite

 

Sélection de poèmes de

 

je rentrerai beaucoup plus tard que minuit

 

de maría castrejón

 

Claire Laguian

Université de Paris-Est

Marne-la-Vallée, LISAA (EA 4120)

https://4.bp.blogspot.com/--DM5TQt4vqo/Ty7auV3S0iI/AAAAAAAAGRw/LJl3rtamdN8/s1600/VolverePortada+copia.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Claire Laguian (trad.), « Sélection de poèmes de je rentrerai beaucoup plus tard que minuit de maría castrejón » (textes traduits avec l'aimable autorisation de l'auteure maría castrejón et des éditions EGALES, ©2011), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-selection-de-poemes-de-je-rentrerai-beaucoup-plus-tard-que-minuit-de-maria-castrejon-111794597.html/Url. http://0z.fr/1wZvZ

 

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Auteur(e)

 

Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

 

 

Sélection de poèmes de je rentrerai beaucoup plus tard que minuit de María Castrejón

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

  Poèmes reproduits

  Version traduite


 

Selección de poemas de


volveré mucho más tarde de las doce

 

 de maría castrejón

 

  

 Claire Laguian


 Poèmes reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure maría castrejón  

& des éditions EGALES, ©2011 

 

http://4.bp.blogspot.com/--DM5TQt4vqo/Ty7auV3S0iI/AAAAAAAAGRw/LJl3rtamdN8/s1600/VolverePortada+copia.jpg

 

 

 

 

 

Pour citer ces poèmes


Claire Laguian, « Sélection de poèmes de je rentrerai beaucoup plus tard que minuit de maría castrejón » (extraits reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure maría castrejón et des éditions EGALES, ©2011), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-seleccion-de-poemas-de-volvere-mucho-mas-tarde-de-las-doce-de-maria-castrejon-111794518.html/Url. http://0z.fr/kWzMl

 

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http://www.editorialegales.com/libros/volvere-mucho-mas-tarde-de-las-doce/9788492813407/

http://www.editorialegales.com/libros/?action=busqueda_rapida&texto=mar%C3%ADa+castrej%C3%B3n+&buscar=buscar

 

Auteur(e)

Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.


Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

    Version traduite


 

Yo, yo misma y mi musai

 

 


maría castrejón 

 

   

 

 

 

« Yo no “quería” escribir.

¿Cómo habría de “quererlo”? »

 

Hélène Cixous

 

  image claire2©Crédit photo : maría castrejón

 


Supongo que hay infinitas maneras de que la gente te observe, supongo que tantas como de exponerte. Sin embargo, la mayoría de las veces se ha jugado al mismo juego de representación: yo te miro y yo te recreo a través de mi retórica. Parece ser que incluso llegó a ser divertido para muchas personas, que hasta consiguieron dinero, fama y, obviamente, sexo; valores de importancia vital también para algunxs poetas. El juego al que me refiero es: yo, masculino singular, te miro a ti, femenina musa que imagino particular, y ambxs somos felices, por lo menos ellos porque no sé qué piensan las musas cuando mueren lentamente por no quejarse del frío en el agua de las bañeras congeladas una vez que se apagan las velas, o las niñas que se desnudan en la playa y posan de espaldas. Pero yo, femenina plural, nunca quise ser una musa, por lo menos la musa de nadie, quizá es por eso por lo que lo de la felicidad me cuesta a mí tanto.

No es que me moleste que alguien haga uso de la percepción que tiene de mi persona para expresarse, nunca tuve ningún problema con lxs onanistas siempre que mantengan una distancia prudente de seguridad, pero cuando yo escribo la musa soy yo misma y la rabia que me dan las cosas que a mí me parecen sencillas, pero que nos empeñamos en hacer complejas. Al mismo tiempo que aquellas cosas sencillas a las que la cultura y la tradición les roban la complejidad colocándolas en espacios inamovibles, como a los hombres y sus mujeres. Y esta niña enfadada que llevo dentro y que exige que se le preste a los manteles la importancia que se merecen entra en esa especie de rebeldía doméstica de vez en cuando, y confunde exponerse con observar, y ambas cosas le parecen lo mismo, y no hay ni musas ni nada, y hasta la poesía es solo una respuesta que nadie le supo dar en su momento. De tal manera que yo solo soy una narcisista más, una hija de una época en la que ya nos dejaron hablar y nos metieron cosas en la boca. Yo misma nací en 1974 cuando quise, dos semanas más tarde de lo que debía y pesando cuatro kilos, y creo que esto así solo no convertía en musa a mi madre, pero ella se sintió feliz aunque mi padre se desmayó en el paritorio. Claramente ella había hecho todo el trabajo «sucio» y eso te convierte en actante, y a mí en lactante.


 

1. Mi infancia

 

Nací en un momento interesante, diría yo. Siempre recuerdo que solo había dos helados (bombón helado y crocanti) y mi hermano biohombre y yo llevábamos los mismos jerseys de lana y pantalones de pana, no estaban los tiempos para alardes en un país que acababa de salir de una dictadura. Así pues, durante años todxs lxs niñxs, y lxs no tan niñxs, españoles veíamos los mismos dibujos a la misma hora del día, y los viernes todas las familias de bien el Un, dos, tres... Responda otra vez. Los años que pasaban se medían por las series que echaban después de comer y ahora repasamos nuestras vidas en reuniones sociales de esta forma :

   

— A mí me encantaba Mazinger Z y aquello de « pechos fuera » que decía Afrodita.

— Pues yo de Mazinger casi ni me acuerdo, soy más de la abeja Maya.

—Claro, es que tú eres del 74 y en esas edades tres años se notan.

 

Y es que en el país en el que crecí, cuando crecí, no había nada para casi nadie y las diferencias así eran complicadas. Habitábamos una democracia joven e ingenua con un imaginario común en el que cualquier cosa significaba cambio y movimiento. Una infancia azul y roja, como nuestras bicis BH.

Mi infancia habría sido feliz, pero no lo fue. Lo sé porque cada noche mis ojos permanecían abiertos por si debía hacer algo para detener una guerra nuclear y porque empecé a escribir poesía. Un profesor de mi colegio de monjas que me suspendía sistemáticamente (mea culpa, por supuesto) se quedó con todos mis poemas y tiras cómicas minimalistas y nihilistas, no me las quitaba como castigo, sino porque creía que tenían cierto valor. Me pedía las «obras» con timidez y declaraba cierto entusiasmo cuando le daba el sí. Me suspendía a su pesar y yo asumí que aquel hombre que se quedaba conmigo después de clase para explicarme cosas que a lo mejor atraían mi atención, como las plantas y el arco iris, debía hacerse cargo de todo lo que yo escribía, si le hacía feliz…

La parte de feliz que tenía mi infancia eran los pies en la arena, el tacto de la piel en la corteza de los árboles, levantar piedras para encontrar bichos, hacer barro, nadar en la piscina pública cuando todxs hacían la digestión… la libertad y el sol. Jugaba con cuatro biohombrespequeños a que yo me iba a la oficina y ellos cuidaban de la casa y hacían las tareas domésticas. Empecé a tener miedo a los dibujos animados porque mi vecina traía de Suiza una pantalla en la que proyectaba la historia de un lobo al que le iba muy mal si se hacía bueno, también empecé a tener miedo a las niñas por todo lo contrario.


 

2. Mi adolescencia


 

Aquí es cuando la niña se enfadó conmigo y lo entiendo.

 

Después de años deeste ritual veraniego :

 

me levantaba deprisa y corría hasta el porche para comprobar si hacía sol y cuál era la sensación térmica. Si todo era correcto, que era lo normal en un pueblo de la meseta castellana, me esperaba una mañana completa en la piscina ya vacía en la que jugaba a que era una princesa india que habitaba un río porque no le interesaban las sociedades, por pequeñas y ecológicas que fueran, y se escondía entre las plantas acuáticas (mi pelo) para salvar a jóvenes incautos que nadaban peor que yo y/o no sabían plantarle cara a los cocodrilos.

 

Tu menstruación.

 

La primera regla estival fue todo un trauma. Mi madre, que no podía comprender que su hija por el mero hecho de ser potencial paridora debiera prescindir de sus placeres acuáticos, corrió a por una caja de tampones. Sin palabras, pero con muchas referencias en mi obra tiempo después. Todos los estigmas cayeron sobre mí en aquel cuarto de baño de baldosas con motivos florales. Hoy día sigo preguntándome quién sube la pierna a la taza del váter para ponerse un támpax.


image claire1©Crédit photo : maría castrejón 

 

 

 

Si yo viví así esta situación del todo engorrosa, me puedo imaginar el abanico de sentimientos que cada una de las niñas hijas de papás y mamás tardofranquistas debieron tener, me da para escribir una nueva obra titulada 1985, supongo que Orwell no entendería nada de nada. Y eso, que la niña que se supone que ya era «mujer», se sobrentiende que la vida va de eso, ¿no?, me dijo que de mujer nada, que ella quería seguir como estaba y que no le metiera en jaleos de menstruar que quería seguir matando cocodrilos y que la dejaran trepar en paz a los almendros.

 

Las cosas no siempre salen como unx quiere…

 

Los felices años 80 para mí seguían siendo una etapa de transición. Se suponía que ahora tocaba que alguien me besara. Mi amiga Mónica, dos años mayor que yo, y por lo tanto seguramente seguidora de Mazinger Z, me explicaba que había que darse piquitos y luego poco a poco meterse la lengua mutuamente en la boca. Todavía hoy nos reímos de mi cara de estupor. Sinceramente, prefería enfrentarme a animales acuáticos, era lo que había hecho toda la vida. Sin embargo, una noche me propuse pasar por ese trance. Y aunque era el más guapo de la pandilla, yo cerré los dientes con todas mis fuerzas. Me dijo algo de que yo era una fortaleza que debía conquistar y creo que ahí comprendí lo cachondos que se ponen algunos cuando les toca asumir sus roles milenarios. Al día siguiente abrí la boca, sentí náuseas y él consiguió lo que no quería, que fuese fácil. No volvimos a repetirlo.

 

Otro trance que debía pasar era el de tener novio. Aun teniendo las hormonas como las tenía, me costó un poco decidirme. Así que me quedé en lo básico, para qué ir más lejos; mi mejor amigo y yo nos hicimos novixs. Fue divertido cuando fue divertido, pero lo mejor de todo es que a pesar de todo seguimos siendo amigos.

 

La niña se enfadaba cada día más. Las cosas se ponían cada vez más serias y ella quería disfrutar de la vida en pantalones cortos. Yo no quería que se marchase nunca porque ella me acompañaba siempre, me ayudaba a escribir y a no olvidar y a no callarme. Pero me daba mucha pena verla sufrir tanto…

 

Lo bueno es que he aguantado con ella toda mi vida y he sido capaz de encontrar a otras niñas enfadadas que le hagan compañía.


 

  3. My generation, baby.

 

 

Adónde quería yo llegar con todo esto de contar mi vida. Pues a que mi poesía seguramente esté escrita desde esa niña enfadada y desde todos los ejes que cada día la cruzan y la hacen enfadar. Pero hay más como yo y me siento muy cerca de su forma de amar y de escribir, es decir, de su forma de ver o de mirar, de exponerse y de ser vistas, de no saber qué es ser una musa si no la musa de una misma, y para mí ellas son my generation. Niñas como Susanna Martínii ( 1976), Itziar Zigaiii (1974), Txus Garcíaiv (1974), María Castejón Leorzav (1975), Sandra Marchvi (1974) y otras muchas que nacieron y crecieron en los años 70, menstruaron en los 80 y follaron en un país que parecía que quería ser libre alguna vez. Esta minibiografía de musa egocéntrica está dedicada a todas las mujeres que somos capaces de amarnos a pesar de que nos enseñaron que debíamos odiarnos, que debíamos recelar las unas de las otras. A todas las mujeres que son capaces de convivir con su niña enfadada porque comprendemos que tiene razones para sentirse estafada, pero que canalizamos la ira con las letras o los dibujillos. A todas ellas les dedico esta bio narcisista de automusa reivindicativa y espero que con esto reforcemos un vínculo y no olvidemos nunca de dónde ni de quién venimos y que todo es menos difícil si la rabia se traduce y se comparte. Os amo como no amé mi primer beso.

 

Y son muchxs más. Hijxs de una generación que tuvo ilusiones, antes de que las ilusiones fueran el capital feroz que hoy nos ha comido como el lobo del cuento y al que mucha gente ama a pesar de sus defectos, como yo amo al lobo de mi poema Lo que le dijo Caperucita al Lobo 15 años después del suceso que todos conocemosvii. Y la nostalgia de esos tiempos peores o solo tiempos es también lo que nos ha convertido en lo que somos, personas capaces de enfrentarnos de una manera feroz y mordaz a lo más oscuro de la vida.

image claire©Crédit photo : maría castrejón


Por cierto, yo siempre elegía bombón helado, nena.

 

 

Notas

 

i. Le dedico este artículo a Dionisio Cañas, ese papá POÉTICO al que supuestamente debería matar, pero no sé por qué habría de privarle de ese privilegio.

ii. http://mystorycomic.blogspot.com.es/

iii. http://hastalalimusinasiempre.blogspot.com.es/

iv. http://txusgarcia.com/

v. http://lasprincesastambienfriegan.com/

vi. http://www.sandramarch.com/

vii. CASTREJÓN, María (2011), Volveré mucho más tarde de las doce, Barcelona-Madrid, Egales. http://mariacastrejon.blogspot.com.es/2009/08/lo-que-le-dijo-caperucita-al-lobo-15.html

 

 

 

 

Pour citer ce texte

maría castrejón  , « Yo, yo misma y mi musa », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-yo-yo-misma-y-mi-musa-111767605.html/Url. http://0z.fr/LK_ba

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Auteur(e)

maría castrejón 


 

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

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