8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 10:15

 

 

N °7 | Dossier mineur | Textes poétiques

Avant-première

 

 

 

Trouville en hiver

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

Illustration par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 


 

© Crédit photo : Mustapha Saha, été 2017 à Trouville-sur-mer par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs

Le dandy sans loisirs rumine ses déboires

La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs

Le serveur sous cape brocarde les pourboires

 

 

Traîne sa nostalgie la belle ridicule

Son écharpe l'étrangle son manteau l'étouffe

Les amours lointaines perdent leurs molécules

Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

 

Trottine sur les quais vaillante centenaire

Brillent dans son regard des cristaux de jouvence

Secoue fourrure au loup l'indolent partenaire

Arrosent saphistes leur fraîche connivence

 

 

Mélusine à l'écart s'amuse du spectacle

Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire

Le dernier estivant quitte son réceptacle

Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

 

Le marinier sans fret défrise ses bacchantes

Rouillent les chalutiers sommeille l'estuaire

Rodent les korrigans dans la cité vacante

Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

 

 

Savignac sur planches souffle ses particules

La coquette écrase son fou-rire sous robe

Mâtine mouette s’embrume au crépuscule

La magie s’estompe le dessin se dérobe

 

 

Marguerite Duras hante la promenade

Dissout grise écume ses pages soupirantes

Loin des Roches noires s’émiettent ses monades

Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

 

La côte sauvage sous lanterne impalpable

Déroule sa légende ancestrale et précaire

Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable

Mimir décapité dans linceul de calcaire

 

 

La mer de main d’artiste affine ses sculptures

Creuse dans la pierre son fascinant discours

Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture

Grondent dans l’abysse leur appel au secours

 

Les spectres paradent dans la brume marine

Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes

Trépassent cormorans gavés de muscarine

Démon désincarné disperse ses atomes

 

 

Le rivage au couchant dévoile ses dédales

Lézardes gauloises sur stigmates romaines

Cicatrices vikings sur brèches féodales

Empreintes fossiles d'énergies surhumaines

 

 

Le chêne souverain gardien des destinées

Préserve fleurs de gui de froidure létale

Le saule mignote colombe couronnée

La baie récupère sa virginité natale

 

 

Limpide cascade couve son territoire

Chante sa louange dans l'oreille du barde

Entre clams et clovisses ruisselle son histoire

Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

 

 

Cascatelle tarie sous rayon de lumière

Profile sur paroi figure du messie

Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière

Gratifie l'Apollon de sa fleur de cassie

 

 

Pleure Sainte Vierge dans chapelle d'ophite

Nerthus Terra Mater morte sur son autel

Perpétue l'ordalie griffure sur graphite

Disparaît bergère s'égare son cheptel

 

 

Regarde chouette rescapée d’un couvent

Le grand large engloutir son obscure aventure

Dresse sa crinière dans le sable et le vent

Le lion des fables dévoreur d’écritures

 

 

Frigg d'aiguille d'argent tricote ses stratus

La tempête ébranle l'antique citadelle

S'écroule dans la foudre le grand eucalyptus

Villa Montebello protège ses chandelles

 

 

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste

La galerne exalte son parfum baptismal

Le fauve immobile sous fracassants résiste

Lila crinière au vent cravache l'animal

 

 

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins

La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne

L’infernal Ratatosk saccage les festins

Nidhögg crache son feu sur maudite madone

 

 

Odin sur promontoire observe l'hécatombe

Les berzerks en furie les drakkars en naufrage

Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe

Le trésor disparaît surnage son coffrage

 

 

Couve son mystère la crypte millénaire

Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite

Le savant s’intrigue du message lunaire

Érato s’invite dans l’enceinte interdite

 

 

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles

Triangles spirales nœuds tresses circulaires

Figures mouvantes sublimes paraboles

L'ivresse s'amplifie sous rayons spéculaires

 

 

Les lacis sur silex content les temps divins

La danse des nymphes les agapes florales

Le banquet des druides la ronde des devins

Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

 

 

Taranis en fanfare surgit du fond des âges

Libelle à coups d'éclairs l'énigmatique augure

La bourrasque exauce son merveilleux présage

En jardin d'agates l'écueil se transfigure

 

 

S'élèvent crescendo carnyx et castagnettes

Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales

Morgane s'enflamme sous nuée de guignettes

Libane à contre-sens chevauche sa bubale

 

 

Rosmerta déverse sa corne d'abondance

Morrigan propage la nitescence astrale

Sirona ranime son fanal en concordance

Épona préside ripaille et bacchanale

 

 

Dionysos agite en dansant sa bannière

Dana sous le charme desserre sa tenaille

Le roi fou gouverne l'ours brûle sa tanière

Les gueux s'étoffent d'or la reine s'encanaille

 

 

Le rhapsode en transe qu'allégresse ensorcelle

S'arrache en cadence mantelure et plumage

Quel mystère anime sa secrète étincelle

L'étoile polaire le réincarne en mage

 

 

S’abat grosse averse sur cirque des idoles

Revêche corneille délaisse sa couveuse

Sirène d’Andersen enfourche sa gondole

Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse

 

Ici mère nature invente l’insondable

Ici naît le mythe dans la source profonde

Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable

Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

 

© MS

 

 

Le sociologue et poète Mustapha Saha passe l’été à Trouville-sur-mer, son habituelle retraite d’écriture, station balnéaire atypique à laquelle il va consacrer un livre, qui reconstitue son histoire artistique et littéraire. Cette ville a été une source d’inspiration pour les écrivains Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, André Gide, Louis Aragon, Marguerite Duras… et pour les artistes Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Fernand Léger, André Hambourg…, et d’autres encore. Le poème en alexandrins « Trouville en hiver » ouvre l’ouvrage en préparation.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Mustapha Saha, « Trouville en hiver », illustration par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster , mis en ligne le 8 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/trouville.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 10:57

 

N°7 | Poésie de la jeunesse | Géopoétique

 

 

Avant-première

 

 

 

Brest, Cause onirique,

 

 

Découverte, Monarchie magmatique

 

 

 

Julien Servent

 

 

 



 

Brest

 

 

 

Amas de fer-ail haché menu très très fin des temps sous les lumières océaniques d'une apocalypse dilettante. L'artiste bleu dessine un nu âgé de la dernière évaporation au plafond du sous-sol du cosmos.

L'humain vers de terre de ses/ces propres/un peu moins propres espaces infinis fertilise après la pluie rouge des bombardements, bons bardes de ces nuits intérieures, sous les dizaines d'yeux des troncs et des bras d'acier qui clignent autant que bat le cœur de la ville. Rythmes endiablés et lucioles des temps modernes.

Le geulant goéland coule dans le fondu déchaîné des vagues d'air soulevées par une grise bourrasque d'hiver. Sous les assauts répétés une écume neigeuse tombe sur un sol à jamais épargné le gel, à jamais imbibé par le sel.

Et le lent silence de la tempête. Vois et nage au bout du bout des mille et une nuits de ton âme.

***

 

Cause onirique

 

 

 

Sur une plaine en pantoufles de vallées, assommée des larmes d'une lune à tiques aquatiques tout aussi pleine que la steppe est plane traîne un homme. Seul dans ces lieux peuplés de souvenirs arborescents, son écharpe de vent agite ses poils de graminées.

Des bancs entiers de poissons imaginaires baignent dans une lumière pensive et réfléchie. L'œil cratère de roc sait distinguer sur chacun d'eux une seule et unique écaille, infime part de la grande fresque des représentations.

 

***

 

Découverte

 

 

 

Une île-carapace de tortue écaillée par le vert du maquis lance ses bras tentaculaires très en dessus d'un ciel liquide aux nuages poissonneux. Sublime vieillesse ridée par les vents du large.

Sans vers et contre tout bon sens le poète navigue à visage découvert, sans phare, sur l'océan d'une conscience aussi subjectivement infinie qu'objectivement limitée où les images pensent et dansent.

Ballotté par les vagues à lames déferlantes, son frère pour seul cardinal, les craquelures solaires de sa peau accueillent les senteurs de la terre convoitée et une pluie de pollens parfumés et graciles tombe en rideau d'or à l'arrière-plan de l'écran de son visage jovial.

 

 

***

 

Monarchie magmatique

 

 

 

La neige comme un manteau de fourrure coule et croule de tout son poids sur les épaules de granit d'un Sire et fond aux bougies d'une nuit scintillante jusqu'aux fonds turquoises et pétillants de truites des miroirs des seules dynasties vraies.

C'est un fait, l'éboulis dans sa boulimie de vertiges dessine un sceptre au seigneur de ces lieux.

Même l'éclair sentencieux, virevoltant tournoyant bourreau avec ses chevaux de tonnes d'air qui grognent à l'horizon, na sait guillotiner les pics, doit se contenter de quelques jaillissements minéraux et de larmes solides pour une colère apaisée.

 

***

 

Pour citer ces poèmes en prose

 

Julien Servent, « Brest », « Cause onirique », « Découverte » & « Monarchie magmatique », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 28 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/

2017/8/brest.html
 

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 15:01

 

N°7 | Dossier mineur | Textes poétiques

Avant-première

 

 

 

Parsemillage

 

 

 

 

Laure Delaunay

 

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 


 


 

 

Ça persifle ? Non, ça part semer.

Ça éparpille ? Non, ça essaime.

Ça parchemine ? Non, ça se fond en envol à deux ailes.


 

C'est persillé ? Oui, un peu, du vert, le jaune du semis aussi et sans que je sache pourquoi, une touche de vermillon.


 

Ça s'égraine.

Comme un peu ce qu'on voit quand on ferme les yeux.


 

C'est assorti à un papillon champêtre.

Il déplie sa surface et le ça se dissout.

Poudres magiques...


 

Plus rien.

Le mot a fait sa vie, éphémère, lui aussi.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 


Laure Delaunay, « Parsemillage », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 26 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/parsemillage.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 11:09

 

N°7 | Bémol artistique

Avant-première, article

 

 

 

L’apport des femmes haïtiennes dans la peinture

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Forme d’expression traditionnelle en Haïti, la peinture décorait les églises dès le XVIIIe siècle. Les riches familles de l’époque coloniale importaient des tableaux d’Europe ou faisaient venir des peintres occidentaux sur place, d’autres envoyaient leurs esclaves libres en France pour y apprendre la peinture et exploiter leur talent.

 

Après l’indépendance en 1804, le roi Christophe crée au Cap-Haïtien la première Académie de peinture haïtienne. En 1816, à l’instigation du président Pétion voit le jour une école d’Art à Port-au-Prince où viennent enseigner des peintres français. Entre 1830 et 1860, les sujets historiques liés à l’esclavage, au vodou constituent alors les sujets de prédilection des artistes peintres.

 

 

Que dire de l’apport des femmes dans la peinture haïtienne ?

 

 

D’après le critique d’art haïtien Michel-Philippe Lerebours, Clara Petit, d’origine louisianaise peintre et pianiste, fut la première femme peintre haïtienne en 1825. À la fin du XIXème siècle c’est Lorvana Pierrot, fille du président haïtien du même nom, qui co-illustra « le Serment des ancêtres », une épopée haïtienne.

Selon Mireille Pérodin Jérôme « sur près de huit cent peintres et sculpteurs recensés, quatre-vingt-dix environ sont des femmes, et seulement une dizaine sont d’origine populaire. » 1

Un autre constat : la plupart des femmes peintres qui ont fait carrière dans la peinture sont issues de la bourgeoisie et de l’aristocratie haïtiennes et ont eu l’heur de fréquenter les meilleures écoles d’art à l’étranger.

 

© Crédit photo : Peinture de Luce Turnier, image fournie par Maggy de Coster

 

Dans les années trente, quelques femmes issues de la bourgeoisie haïtienne investissent le domaine pictural et de façon notoire, il convient de citer : Tamara Baussan, Andrée Naudé, Mme Clainville Bloncourt, Hélène Schomberg.

Par ailleurs, en 1931 et en 1937, Mme Duraciné Vaval, en son domicile privé donnait à voir ses tableaux aux couleurs locales, après avoir exposé à Paris. Jusqu’en 1939 un petit groupe de femmes peintres évoluait au Club Union et au Cercle Port-au-Princien où est convié un public sélect.

Un esprit nouveau va naître avec la création du Centre d’Art. Les femmes, quoique toujours minoritaires, se révèlent de plus en plus performantes et créatives. Cependant le 14 mai 1944, à la création du Centre d’art par l’américain Dewitt Peters, Andrée Malebranche fait figure d’exception. Trois mois plus tard, soit en août 1944, le Centre d’Art accueille le tout premier vernissage de Marie-José Nadal, alors, jeune adolescente de 13 ans et demi, qui fondera plus tard la Galerie Marassa et assurera la promotion du mouvement « Les femmes-peintres » avant de publier en 1986 une anthologie de peinture haïtienne.

De nombreuses jeunes filles comme Hilda et Clara Williams, Elvire Malebranche, Hélène Schomberg vont grossir le nombre de femmes peintres mais certaines finissent par s’arrêter à mi-chemin pour des raisons que nous évoquerons plus loin. Cependant il convient de souligner qu’elles ont tout de même fait preuve d’une grande détermination. Comme dit Edgard La Selve « Pour mériter l’estime, il ne suffit pas d’avoir fait de grandes choses mais il suffit de les avoir tentées. »

Chef de foyer, épouse et mère, la femme n’avait pas toujours eu la possibilité de faire carrière dans l’art pictural ou sculptural. Pilier de la nation haïtienne depuis l’Indépendance en 1804, elle est à la fois mère, épouse et chef de foyer et doit faire face à toute sorte d’obstacles et de préjugés. Hilda Williams, première femme sculptrice, Luce Turnier, Rose-Marie Desruisseau constituent celles que je pourrais appeler les insoumises en ce sens qu’elles infléchissent aux normes et valeurs qui prédisposent les femmes à vivre une vie convenue. Divorcées toutes les trois – deux fois pour Luce Turnier –, elles parviennent toutes les trois et en toute autonomie à réaliser leurs rêves.  En effet, il a fallu attendre la fin des années quarante pour que les femmes s’engagent professionnellement dans la peinture en se taillant une part de marché aux côtés des hommes. Peintre avant-gardiste pour l’époque, Marie-Josée Nadal, choquait dans ses représentations.

Chez Andrée Naudé, c’est l’abstraction qui prévaut. Chez Michel Manuel c’est L’observation du milieu ambiant et la transcription des rythmes. Quant à Luce Turnier, peintre singulière, elle finira par s’imposer aux côtés des hommes qui n’ont pas manqué de s’inspirer de sa technique de travail à partir des fibres de coco. Elle utilisait toute une palette d’objets naturels pour vivifier ses toiles où dominent portraits et natures mortes. Au cours d’une interview qu’elle m’avait accordée de son vivant, elle m’a confié : « Ma vie d’artiste n’a pas été aussi facile que celle de mes consœurs du Centre d’Art, Madame Baussan, Madame Naudé. J’ai connu beaucoup d’écueils durant 30 ans, histoire de dire que le grand public était monté contre ce qui se passait au Centre d’Art. Après un long séjour en France, je suis revenue au pays… C’est à ce moment que j’ai trouvé un public plus favorable à ma peinture. Mes débuts, je les ai connus au milieu du mépris général, soit dit sans animosité ; je fais simplement état des faits. Maintenant je suis blindée en ce qui concerne les difficultés économiques et morales. »2

Autre femme peintre de renom. Il s’agit de parler de Rose-Marie Desruisseau. Sa peinture est axée sur la recherche et la rigueur sans pour autant verser dans l’académisme. Peinture historique, culte du terroir, imprégnation du vodou, émanation d’érotisme, usage de symboles justifiés, voilà ce qui se dégage de ses tableaux. Il convient de citer également Michèle Manuel, née en 1935 qui, depuis 1970, n’a de cesse d’exposer en Haïti aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe après avoir reçu une formation à lAcademia de Dibujo y Pintura à San Juan de Porto Rico. Membre du groupe des femmes peintres, elle a eu l’honneur d’avoir en 1981 un timbre à l’effigie de ses tableaux.

En mars 2000 la ville de Paris, présentait au Musée d’art naïf de la Halle Saint Pierre une importante exposition intitulée « Haïti, anges et démons », plus de 200 œuvres et parmi celles-ci, une cinquantaine de peintures des artistes de Saint-Soleil. À cette occasion, il m’était permis, en tant que journaliste, de découvrir les toiles de Louisiane Saint-Fleurant, la seule femme peintre de Saint-Soleil, une communauté des peintres créée en 1973 à l’instigation de Maud Robard et de Serge Garoute alias Tiga, à Soisson-la-Montagne située à 50 km de Port-au-Prince. Ces peintres produisent une peinture mythique à la gloire des dieux du panthéon vodou, on dirait qu’il s’agit d’une offrande à ces dieux tutélaires.

Ces montagnards qui ne sont guère exposés aux influences de la ville, qui n’ont jamais entendu parler d’une quelconque école picturale ont su donner à admirer une peinture saisissante. Et Malraux lors de sa visite à cette communauté en 1975 parle de « l'expérience la plus saisissante et la seule contrôlable de la peinture magique du XXème siècle. »

Notons que chez cette catégorie d’artistes tout est empirique même si certains effets optiques laissent à penser à une quelconque influence néo-impressionniste. Contrairement à la peinture naïve qui est non académique et libre, cette peinture est une peinture inspirée. Si l’on en croit Malraux on pourra même parler de génération spontanée de peintres. Et pour cause, dans son ouvrage posthume L’intemporel, où le chapitre XI est consacré à ces peintres, il écrit : « Ce n’est pas courant de rencontrer une peinture dont on ne décèle ni d’où elle vient ni à qui elle parle. » 3 C’est une peinture difficilement définissable qui laisse percevoir des formes, des successions de traits formant des visages, des croix, des objets, des animaux polymorphes, bref, une peinture particulière et chargée de mystères dans laquelle perdurent des zones d’ombre.

 

 

Dans cette perspective il est à se demander si le vodou participe de l’expression picturale ?

 

 

Les ethnologues se perdent en conjectures à ce propos. Selon Jacques Stephen Alexis « Le vaudou est le reflet de notre infrastructure économique arriérée, d’une civilisation de la houe et de la machette dans un monde de tracteurs et de machines perfectionnées, le reflet du caractère semi-féodal sinon tribal de notre société. Le vaudou est un opium, et s’il faut recueillir soigneusement l’apport musical, choral, poétique, chorégraphique, verbal même, en un mot, toute la symbolique artistique d’un peuple qui a mis dans le vaudou tous les trésors que dans l’ignorance où on l’a laissé, il n’a pu le mettre ailleurs. Il faut combattre ce respect fétichiste d’un certain folklorisme nationaliste et bêlant. Il faut verser un autre contenu humain, universel, dynamique dans les merveilleux moules qui recèlent toujours les aberrations religieuses et superstitieuses les plus grégaires. » 4

Et Price Mars de considérer cet art populaire comme s’inspirant du folklore en créant un art proprement haïtien. Notre propos ici n’est pas de parler des caractéristiques de la peinture naïve mais sans faire de digression nous voulons simplement souligner que la reconnaissance de la peinture naïve grâce au cubain José Gomez Sicre donne lieu à un espace discursif conférant à cet art une valeur de culture populaire authentique c’est-à-dire qui répond au projet progressiste d’un humaniste nouveau. À ce compte Jean Price-Mars résume cette peinture en ces termes : « une peinture où s’édifie la trame de notre caractère de peuple, notre âme nationale. » 5

Difficile à cerner, la peinture naïve haïtienne donne lieu à toute sorte d’élucubrations intellectuelles de la part des chercheurs. Et pour cause, Alfred Métraux y voit des allusions aux ferronneries et aux broderies du xviiième siècle français.6 Quant à Jean Kerboull, il insiste sur l’apport de la magie européenne et de la franc-maçonnerie.7 Le spécialiste Michel-Philippe Lerebours, pour sa part, y voit l’influence indirecte de l’art musulman étant donné la présence d’esclaves islamisés dans la colonie.8

Nous ne saurions conclure sans faire allusion, ne serait-ce que sommairement, aux femmes peintres issues de l’immigration. En effet, chez cette catégorie de peintres, on ne décèle pas toujours la persistance de la coloration ethnique, elles s’ouvrent plutôt à la modernité ou à l’universalité. En un mot, elles sont en phase avec leur époque ou le milieu dans lequel elles évoluent.

 

 

Notes

 

1 Jérôme Mireille Pérodin, Le sens d’un hommage, Haïti au toit de la Grande Arche, Port-au-prince (Haiti), Ed. Henri Deschamps, 1998.

Margaret Lizaire, « Rencontre avec Luce Turnier », Elles Magazine, n°1, p. 21-22, 1985.

3 André Malraux, L’Intemporel, La Métamorphose des Dieux. III, Paris, Gallimard, 1976.

4 Jacques-Stephen Alexis, Contribution à la table ronde sur le folklore et le nationalisme organisée par le Cercle Trianon, le 2 janvier 1956, Optique (Port-au-Prince), juin, p. 25-34, 1956.

5 Jean Price Mars, Ainsi parla l’oncle, Compiègne (France), Imprimerie de Compiègne, 1928.

6 Alfred Métraux, Le Vaudou haïtien. Paris, Gallimard, Alfred, 1958.

7 Jean Kerboull, Le Vodou, pratiques magiques. Paris, Belfond, 1977.

8 Michel-Philippe Lerebours, Haïti et ses peintres de 1804 à 1980. Souffrances et espoirs d’un peuple. Port-au-Prince, Imprimeur II, 2 vol, 1989.

 

***

Pour citer ce bémol

 

Maggy de Coster, « L’apport des femmes haïtiennes dans la peinture », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7|Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/haitiennes-peinture.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 07:16

 

N°7 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

 

 

                                                   

Avant-première, hommage

 

 

 

Nocturnes avec Chopin

 

 

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste-peintre

 

 

© Crédit photo : Portrait de Jeanne Moreau par Mustapha Saha.

Peinture sur toile. Dimensions 100 x 81 cm.

 

 

 

 

La plume en détresse s’endort dans l’écritoire

La compagne du soir proteste et se résigne

L’âme sans consistance explore sa bétoire

La longue nuit blanche d’un non-dit se désigne

 

 

Le corps s’ankylose dans l’antique fauteuil

La grande lassitude éploie son arantèle

La nocturne évoque la défunte d’Auteuil

Le croquis rappelle sa sculpture sur stèle

 

 

La stance en souffrance dénie ses métaphores

Le livre à peine ouvert s’enferme dans sa peau

La cactée cafardeuse expire dans l’amphore

Le manteau solitaire écrase son chapeau

 

 

La sonate en boucle tricote ses finesses

Le verre sur desserte ignore sa chopine

L’abat-jour capture l’imprudente vanesse

Les reflets sur plafond déclinent leurs épines

 

 

La toile inachevée trône sur chevalet

L’horizon rouge et noir de clarté désespère

La vague orpheline s’estompe sous galets

La muse infertile d’angoisse s’exaspère
 

 

Là-bas dans le lointain l’obscure profondeur

Une ombre fugace traverse la colline

Le génie de l’absente en exquise pudeur

Pose sur la vitre ses bulles cristallines


 

***

 

Pour citer ce poème


Mustapha Saha, (texte et illustration) « Nocturnes avec Chopin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7|Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/nocturnes.html

 

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