3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 17:20

 

N°7 | S'indigner, soutenir, hommages & lettres ouvertes

 

 

Avant-première                                                        

Hommage & soutien

 

Le Courage et le militantisme

 

 

d’une plasticienne luxembourgeoise

 

 

Sylvain Josserand

Blog : http://sylvainjosserand.blogspot.fr

 

 

 

Le 29 mai 2014, la jeune artiste plasticienne luxembourgeoise, Deborah De Robertis, s'assoit à terre devant le tableau de Courbet, "L’origine du monde"— exposé au musée d'Orsay —  et, jambes écartées, exhibe son sexe devant les visiteurs à la manière du modèle du tableau, avant d'être délogée par les gardiens et la police venue en renfort.

 

Cette artiste réalise ainsi une installation vivante en face du tableau éponyme, en adoptant devant un public interloqué une posture presqu’analogue à celle du modèle de l’œuvre du génial peintre qui rejetait la peinture académique et des nus trop lisses.

 

Tout le monde connaît ou a vu ce tableau dont le dernier propriétaire fut Jacques Lacan, avant qu’il n’en fasse don au Ministère de l’Économie et des Finances. Le but de cette évocation n’est pas de rappeler les différents mystères qui entourent son commanditaire, ni d’évoquer les nombreuses polémiques soulevées par cette peinture jugée provocatrice par certains, ni de situer la place occupée par cette œuvre dans la vie du célèbre psychanalyste, mais de souligner l’acte courageux et militant de Déborah.

 

Déborah De Robertis ne dispose pas de la notoriété de Koons qui n’hésitera pas à installer un sex-shop en plein milieu de l’exposition qui lui est consacrée au musée Beaubourg à l’automne 2014.  Sex-shop où il s’est mis en scène et fait photographier avec la Cicciolina (une actrice du porno). Un gardien a été affecté à cet espace dédié pour filtrer les entrées, preuve s’il en est que l’on n’est plus ici dans l’Art mais dans un tout autre registre. Ce lieu est interdit aux visiteurs de moins de 16 ans,  pour permettre à la vulgarité de se conjuguer avec le manque de respect pour le corps féminin.

 

Déborah s’affiche à Orsay sans la moindre autorisation, sans la supervision d’un Commissaire d’exposition et sans les subsides du Ministère de la culture. Elle n’est ni dans le buzz ni dans la subvensionite des artistes contemporains passant autant de temps à courtiser les sponsors officiels qu’à créer, tant les œuvres monumentales qu’ils offrent au public exigent de lourds sacrifices financiers. Deborah par son installation devient sa  propre création, sa « propre origine du monde ». Elle se dévoile au sens où l’entendrait probablement le philosophe Heidegger.

 

Elle veut signifier, me semble-t-il, que la construction, au sens ontologique du terme, est encore possible face à un monde dominé et terrorisé autant par les puissances d’argent qui s’enrichissent de la fabrication d’armes, de polluants pour la culture et l’élevage intensifs, de l’extraction sans limite d’énergies fossiles que par la déconstruction programmée d’idéologues sanguinaires qui voilent leurs femmes. Leur  cynisme et leur cruauté les conduisant d’ailleurs en inversant deux lettres  du mot voile, à violer  leurs esclaves et leurs prisonnières.

 

Deborah nous parle de la vie.  Elle s’inscrit dans la longue tradition des mythes des déesses-mères ou des déesses des origines. C’est une Vénus de Quinipily.

Les mythes, n’ayant aucune temporalité, nous aident à revisiter quotidiennement les parts d’ombre et de lumière de notre inconscient. À nous féconder de l’intérieur pour promouvoir la vie et pour lutter contre la spirale mortifère des démiurges du temps présent.

Déborah par son geste, réprimé par la force publique, symbolise l’Origine de la Vie et de sa sauvegarde, qu’il s’agisse de celle des  règnes minéral, végétal ou animal.
 

***

Pour citer ce texte

 

Sylvain Josserand, «  Le Courage et le militantisme d’une plasticienne luxembourgeoise », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 3 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/courage-militantisme-peinture.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 15:58

 

Femmes, poésie & peinture

Avant-première

 

 

Femmes inspiratrices des grands peintres

 

mais peintres par-dessus tout

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Crédit photo : La Paix ramenant l'Abondance, Élisabeth Vigée Le Brun

L’Exposition du 23 Septembre 2015 - 11 Janvier 2016, Grand Palais, Galeries nationales

© Photographie par Maggy de Coster

 

 

Madones ou symboles sexuels, reines ou courtisanes, odalisques ou pucelles, Femmes fatales ou femmes sans envergures, elles ont toutes pris forme sous les pinceaux habiles des grands peintres. Déjà Giotto di Bondone (1304-1306) annonça la couleur avec une fresque représentant une femme. Botticelli nous donne à voir La Naissance de Vénus, Fra Angelico, Michel Ange des Vierges à L’Enfant, Leonard de Vinci,  Mona Lisa, Courbet représente L’origine du Monde par la très suggestive peinture de lanatomie féminine, donc  les femmes, qu’elles soient imaginaires ou réelles, elles ont toujours inspiré les peintres.

 

 

Qu’en est-il des femmes peintres ?

 

 

Depuis l'Antiquité, elles s’adonnaient à la peinture mais pendant longtemps, elles restèrent confinées dans un rôle secondaire en n’existant que par rapport à leurs maris. Le 31 mai 1783, Élisabeth Vigée Le Brun est reçue à l'Académie royale de peinture et de sculpture avec un tableau allégorique intitulé La Paix ramenant l'Abondance. Ce fut pour elle une victoire bien méritée car mariée au collectionneur et marchand d'art Jean-Baptiste Pierre Le Brun, elle fit face à l'opposition de Jean-Baptiste Pierre Marie qui jugea que cette promotion était incompatible avec son statut de femme de. Notons qu'à l'époque la femme n'avait pas de statut social propre.

 

Plus près de nous, Sonia Delaunay fut considérée d’abord comme  l’épouse de Robert Delaunay, Suzanne Valadon comme la mère d’Utrillo. Il eut fallu  attendre le XXème siècle pour que fût brisé le carcan dans lequel étaient enfermées les femmes peintres en raison de leur sexe. Entre 1897-1900, elles s’affirmèrent en poussant les portes de l’Académie des beaux-arts dont l’entrée leur était interdite en France. Berthe Morisot de s’inscrire dans lignée des impressionnistes en marquant son originalité : un véritable défi artistique, Frida Kalho  s’émancipa de Diego Rivera qui d’ailleurs, la révéla.

Marie Laurencin, elle-même s’est complètement émancipée en tant que femme et peintre en faisant dans la transgression des gens artistiques et des mœurs de son époque. Muse d’Apollinaire, amie de Picasso, elle excella dans le fauvisme et le cubisme. Elle fut également poète et c’est avec plaisir que nous citons dans ce texte un de ses poèmes :


 

 

Si tu veux je te donnerai

Mon matin, mon matin gai

Avec tous mes clairs cheveux

Que tu aimes ;

Mes yeux verts

Et dorés

Si tu veux,

Je te donnerai tout le bruit

Qui se fait

Quand le matin s'éveille

Au soleil

Et l'eau qui coule

Dans la fontaine

Tout auprès !

Et puis encor le soir qui viendra vite

Le soir de mon âme triste

À pleurer

Et mes mains toutes petites

Avec mon cœur qu'il faudra près du tien

Garder.

 

Donc, en suivant le cours de l’histoire de la peinture on s’est rendu compte que les femmes ont dû se battre inlassablement pour trouver leur place.
 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, «  Femmes inspiratrices des grands peintres mais peintres par-dessus tout », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 24 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/femmes-peintres.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7 La Lettre de la revue LPpdm
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:48

 

N°7 | Dossier majeur | Femmes, poésie & peinture

Avant-première

 

 

 

La Place des femmes

 

 

dans la peinture de Camille Pissarro

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

Crédit photo : affiche de l'exposition

 

 

 

La peinture de Pissarro est le reflet de son quotidien. Les femmes y occupent une place importante. Français, né à Saint-Thomas, une île des Antilles danoises, Camille Pissarro, a mis en scène des femmes insulaires de couleur dans « Deux Femmes causant au bord de la mer », (1856). Donc, aucune nuance épidermique ne lui échappe. Il semble être fasciné par les femmes de toutes origines et de toutes les classes sociales, aussi les campe-t-il dans différentes postures. C’est un fin observateur qui capte les femmes dans leurs faits et gestes au quotidien. Il semble ne pas opérer de sélection mais immortaliser au gré de ses pinceaux les instants magiques qui s’offrent à lui. [La] « Paysanne poussant une brouette », (Pontoise, 1874), trouve grâce sous son pinceau habile tout autant que la femme qui, l’échine courbée, s’adonne à « La Moisson », (1882).

 

Dans « La Promenade à âne à La Roche-Guyon », (1865), c’est la campagnarde qui fait monter à dos d’âne ses enfants pour une balade de santé en pleine nature. Une nature accueillante où l’on goûte aux plaisirs simples de la vie.

« La conversation », (1881), c’est la convivialité entre deux femmes en tenues basiques dans un milieu naturel où rien ne saurait les déranger. Il peint des femmes empreintes de sérénité et cultivant la joie simple. Son but est de faire partager à ses semblables les émotions les plus profondes et les plus vraies.

Cela se comprend d’autant que Julie Vellay, la femme avec laquelle il eut huit enfants, et qui devint son épouse, fut la domestique de ses parents. Anarchiste dans l’âme, libre-penseur, il vivait en harmonie avec ses pensées.

 

Il jette un voile pudique sur les femmes qu’il peint et pour cause il ne dévoile pas les femmes dans leur intimité, aussi nous présente-t-il une « Femme nue de dos dans un intérieur », (1895), donc chez lui, la femme n’est jamais objet mais plutôt sujet. Cette femme est une femme qui est dans un milieu clos, un espace privé, donc inviolable. La plupart du temps, « ses » femmes sont longuement vêtues ou en tenue de travail. Ce sont des femmes responsables comme dans « Le Jardin à Pontoise », (1877), où l’on voit une femme à l’ombrelle, assise sur un banc, faisant face à une petite fille, jouant d’un instrument, dirait-on une flûte, c’est sans doute la mère de famille qui emmène son enfant profiter de l’air pur d’un espace vert.

Peintre de la vie urbaine, il n’en demeure pas moins que le père de l’impressionnisme se laisse séduire par les décors des milieux naturels. Aussi se passionne-t-il pour les scènes de la vie pastorale et champêtre dans un registre bien différent de celui de Fragonard, de Watteau ou de Boucher.

 

Dans les champs, la gent féminine est toujours présente aux côtés des hommes, elle est une âme généreuse qui participe activement à la récolte et qui donne toujours de sa personne, elle est loin d’être un élément du décor ou une femme de scène galante. Elle est l’égale des hommes du point de vue l'aboral comme dans « La Récolte », (Pontoise, 1880).

Dans « Bergère rentrant des moutons », (1886), c’est une scène réaliste de la vie pastorale que le peintre nous donne à voir avec une femme comme actrice, donc il s’agit là d’une femme active, maîtresse de son destin.

De ce fait, on peut dire que les femmes dans la peinture de Camille Pissarro sont valorisées car elles sont présentées sous leurs meilleurs jours : elles constituent une force de travail.

 

 

NDLR : Il se tient actuellement une exposition intitulée « Pissarro, le premier des impressionnistes » au Musée Marmottan Monet, Paris 16ème, jusqu’au 2 juillet 2017.

Voir aussi : http://www.offi.fr/expositions-musees/marmottan-monet-2747/camille-pissarro-le-premier-des-impressionnistes-63645.html & http://www.marmottan.fr/fr/CAMILLE_PISSARRO_%22LE_PREMIER_DES_IMPRESSIONNISTES%22-expositions-10460-2576

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 21 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/femmeschezpissarro.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 10:50

 

Femmes, poésie & peinture

 

Avant-première

 

Pour la Journée Internationale des droits des femmes

 

 

Frida Kahlo

 

 

ou la sublimation de la douleur par l’art pictural

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Frida KAHLO est née à Coyoacán au Mexique le 6 juillet 1907, elle fut encouragée dans sa recherche esthétique par son mentor, le peintre muraliste Diego Rivera qui deviendra son mari pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie. Frida Kahlo nourrissait le vœu de se faire médecin mais un accident qui la cloua au lit l’orienta vers la peinture. Un miroir fixé sur son lit à baldaquin lui renvoya son image comme un alter ego qu’elle dupliquait.

 

 

Sa peinture est en quelque sorte une mise en scène de sa vie, vallée de joie et de souffrances enchevêtrées. Artiste adulée, elle vivait toujours entourée de ses amis peintres qui la maintenaient dans une ambiance culturelle et intellectuelle soutenue, elle se nourrissait également de lectures de poèmes, ce qui l’aidait plus que jamais à surmonter les atroces douleurs physiques auxquelles elle était en proie tout au long des son existence, ayant subi sept interventions chirurgicales aux membres inférieurs et à la colonne vertébrale. En dépit de tout, elle resta égale à elle-même jusqu’au soir de sa vie car même alitée, elle peignait sans répit pour triompher de la maladie. Elle avait un moral à toute épreuve même si l’envie de mettre fin à sa vie lui frôla l’esprit par moments. Heureusement que son Diego bien-aimé, quoique volage à souhait, avait été toujours là pour elle, qu’il surnomma affectueusement mon enfant. Dans cette perspective, Sabrina Santagata dans Ethnologie(s) en herbe, une étude sur la vie et l’œuvre de Frida Kahlo souligne « S’ils eurent du mal à se rencontrer sur une même exigence affective, Frida et Diego partagèrent, en revanche, le goût pour la théâtralité » (cf. P. 64).

 

C’est dans les vapeurs de stupéfiants et dans les beuveries d’alcool qu’elle noya les affres du désespoir et de la souffrance à la suite de son amputation. Militante aguerrie, elle mit sa peinture au service du parti communiste auquel elle voua un culte sans borne et elle se fit en même temps le porte-parole du féminisme. Par son besoin constant de surprendre, elle versa dans l’insolite en transposant sa maladie dans sa peinture.

 

L’univers pictural de Frida (ndlr, elle aimait bien qu’on l’appelât par son prénom) est peuplé d’éléments représentatifs de la cosmogonie indigène ou aztèque, de totems, de natures mortes et d’autoportraits. Elle a le contrôle de son intimité, la maîtrise de son corps. C’est un corps souffrant qu’elle modèle, façonne à sa guise et elle le représente tel qu’il le sent. Elle le dédouble, elle y inscrit tous ses fantasmes, elle verse en quelque sorte dans la catharsis. Après avoir peint son dernier tableau « Viva la vida » (« Vive la vie ») c’est dans la Casa azul, « La Maison bleue », héritée de sa famille, qu’elle meurt à 47 ans le 13 juillet 1954 d’une embolie pulmonaire, liée à la gangrène de sa jambe droite.

 

Le 30 novembre 1922, El Universal Ilustrado consacra un numéro spécial à l’État de Guanajuato, à 300 kilomètres au nord-ouest de Mexico. Dans ce numéro, Ortega alias « Orteguita », une journaliste, publia le poème ci-après de Frida Kahlo, un peu contre sa volonté, situant cette dernière parmi les jeunes espoirs de Guanajuato (ndlr, l’auteur n’avait que 15 ans à l’époque). La future peintre en fut tellement gênée qu’elle jura de ne plus jamais avoir recours à ce genre littéraire, et ce poème tomba pratiquement dans l’oubli.

 

***

 

© Crédit photo : image du poème "Recuerdo" de Frida Kahlo

(image fournie par Maggy de Coster)

 

 

Recuerdo

 

 

Yo había sonreído. Nada más. Pero la claridad fue en mi y

En lo hondo de mi silencio.

El me seguía. Cómo mi sombra, irreprochable y ligera.

En la noche, sollozó un canto…

los indios se alargaban, sinuosos, por las callejas del pueblo ;

Iban envueltos en sarapes, a la danza, después de beber mezcal,

Un arpa y una jarana eran la música, y la alegría

eran en las morenas sonrientes.

En el fondo, tras del “Zócalo”, brillaba del río. Y se iba cómo

los momentos de mi vida.

El, me siguió

Yo terminé por llorar, arrinconado en el atrio de la parroquia,

amparada por mi rebozo de bolita, que se empapó de lágrimas.

 

 

Poema de Frida Kahlo, publicado en El Universal Ilustrado el 30 de noviembre de 1922.

 

 

Souvenir

 

 

J’avais  souri. Rien de plus. Mais la clarté fut en moi et

Dans le fond de mon silence.

Il me suivait. Comme mon ombre irréprochable et légère.

Dans la nuit, fusait un chant tel un sanglot …

Les Indiens s’entortillaient à travers les ruelles du village.

Enveloppés dans leurs ponchos, ils festoyaient et dégustaient le jus de l’agave

Une harpe et une guitare s’alliaient  de bon gré pour les divertir,

et les négresses souriantes exultaient.

Derrière le Zocalo1 miroitait la rivière. Elle coulait comme les moments de ma vie.

Abandonnée  sur le parvis de la paroisse,

Je finis par pleurer, voilée de ma mantille trempée de larmes.

 

Poème de Frida Kahlo publié dans El Universal Ilustrado le 30 novembre 1922. (Traduction française de l'auteure / traducción francés de la autora de Maggy de Coster)

 

 

Note

 

1. Zócalo : Grand-Place

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Frida Kahlo ou la sublimation de la douleur par l’art pictural », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/ Lettre n°10, mis en ligne le 20 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/fridakahlosublimation.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7 La Lettre de la revue LPpdm
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:52

 

N° 7 | Dossier majeur | Textes & témoignages

Avant-première

 

 

Rocío Durán-Barba

 

 

Regards croisés/Miradas cruzadas

 

 

Alpamanda, Editorial, 2016, 238 p., 15€

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

© Crédit photo : 1ère de couverture de l'ouvrage illustrée de l'éditeur

(image fournie par Maggy de Coster)

 

 

 

Henri Michaux en 1929 avait,  dans son roman Ecuador,  fait la lumière sur les us et coutumes des Indigènes. Aujourd’hui c’est Rocío Durán-Barba, poète, juriste et journaliste franco-équatorienne, qui avec une anthologie bilingue français-espagnol, inscrit la France et l’Équateur dans une horizontalité picturo-poétique en créant une synergie entre 12  peintres équatoriens  et 12 poètes français avec 45 tableaux.

Depuis l’Antiquité la peinture et la poésie ont toujours évolué en parfaite harmonie tout en gardant chacune sa place, sa personnalité, son autonomie et ce, parce que tout simplement l’une peut exister sans l’autre. La peinture a un effet miroir par rapport à la poésie car le poète en s’inspirant d’un tableau fait un décryptage des éléments perçus par son imaginaire tout en scrutant la toile. Ce sont ses émotions, c’est  sa perception des éléments qu’il traduit, c’est-à-dire tout ce que l’œuvre lui évoque. Il  lui apporte un éclairage qui peut être considéré comme une valeur ajoutée, il est en quelque sorte le défenseur de l’œuvre car il la met en lumière par un jeu de  mots et d’images, donc le poète est un peintre en puissance qui offre une vision dynamique de l’œuvre picturale.

Et c’est avec raison que le poète lyrique grec Simonide de Céos opine : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. »

Plus près de nous, c’est Apollinaire qui volait au secours des peintres, en vulgarisant leurs œuvres par ses écrits comme dans son ouvrage intitulé Les Peintres Cubistes.

Cela dit, le poète peut être tellement imprégné d’une peinture qu’il verse dans une sorte d’appréciation salutaire, véritable parti-pris de l’esthétique de l’œuvre qu’il traduit en langage poétique sans la démonter. Il y a tant à dire…

 

***

 

L’anthologie s’ouvre sur 4 poèmes de Francis Combes, inspirés des toiles du peintre Enriquestuardo Àlvarez. Un des deux tableaux inspirateurs est éponyme du poème intitulé : Bienaventuranzas (cf. P. 31)

 

 

Sur le mur dédoré de l’histoire,

le peuple se dresse toujours

drapé dans son suaire de sang

et c’est de ses propres mains

qu’il posera

sur sa tête

 

Ce poème est paré d’un réalisme troublant tant il est en corrélation avec sa  source, ce qui illustre mon assertion ci-dessus.

 

Sylvestre Clancier, a opté  pour la toile de Jorge Perugachy : Virgenes del sol (trad. Vierges du soleil) à laquelle il a consacré deux poèmes sans titre. Dans le premier dont l’incipit est « Miroirs sans tain », il met en lumière le mystère qui se dégage de la toile, les évocations de lumière :

 

Les corps ont leurs mystères

Que les dieux nus ignorent

Ils gardent leurs secrets

Quand leurs corps enlacés

Se font ombres et lumières

(cf. P. 140, § 11)

 

Quant à Françoise Coulmin, elle  a eu un coup de cœur pour le peintre Hernán Zúñiga, qu’elle  célèbre dans son poème intitulé : « Triompher des extrêmes »

 

Des corps glorieux

dégoulinant de laves froides

seins cicatrices chairs griffées rayées

comme pour se purifier de boues anciennes

( cf. P. 207, 4ème §)


 

De Rocío Durán-Barba, nous donnons à lire un extrait de son texte intitulé « Poème Bleu » :

 

Devant moi le bleu. Langage invisible. Dans le courant du temps. Le tremblement du pinceau. Murmurant souvenirs. Désespérés-tendres. Entre Quito et Paris. Murmurant chemins. Aux bords dénudé Étales.

 

Dans la contemplation :

 

Bleu le Bleu

Il ne me dit pas une couleur

Me dit un climat

une ambiance

un théâtre

 

Climat d’identité

ponctué de rites

        mœurs

            mémoires

                mythes

 

Ambiance du haut plateau andin

avec son arcane

    ses lutins

    son arc-en-ciel

        Suspendus près du soleil

 

Il me dit le théâtre

        de notre histoire

        de notre printemps     bleu

(cf. P. 225)

 

 

La préférence de Christophe Dauphin va à la peinture de Jorge CHALCO qui glorifie « les esprits qui gardent la sagesse et la nature. »

L’Amazonie trouve tellement grâce à ses yeux de poète qu’il lui prête une plastique de femme. Très belle description qui donne à voir une forêt avec une végétation luxuriante comme un éden retrouvé.


 

Elle se dessine comme un corps de femme qu’emporte

Un courant d’air qui roule

Entre les pages des condors de l’automne


 

On remarque bien que chez ces poètes le rapport au corps est manifeste et la symphonie des couleurs est très présente. C’est aussi la célébration des mémoires d’un peuple, la révélation des Andes dans toute leur splendeur.

 

    ***

 

En fin de compte disons que la peinture donne à la poésie un corps et la poésie lui donne un esprit. La poésie est immatérielle, elle interpelle l’oreille par la lecture mais la peinture interpelle la vue. La peinture accompagne la poésie qui, à son tour, lui rend hommage.

 

Regards croisés/Miradas cruzadas de Rocío Durán-Barba est une anthologie où la poésie semble être le corollaire de la peinture. Cependant, nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de parité en ce qui concerne les peintres car nous n’avons relevé que la présence de deux femmes : Mariella García et Rosy Revello. Tout de même nous saluons cette belle initiative qui est celle d’une femme.*

 

 

* Un appel à contribution pour un dossier sur « Femmes, poésie & peinture » sera prochainement lancé par le périodique Le Pan poétique des muses.

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Rocío Durán-Barba, Regards croisés/Miradas cruzadas, Alpamanda, Editorial, 2016, 238 p., 15€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 4 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/miradas.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7

Bienvenue !

 

L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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