11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 17:43

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | Cuisiner en poétisant | Revue culturelle d'Europe 

 

 

 

 

 

 

 

Poèmes pour l'Inauguration de la

 

Cité Gastronomique de Dijon

 

 

 

 

 

 

 

Stephen Blanchard

Poète, chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, directeur de la revue internationale Florilège & auteur de 24 ouvrages

 

 

 

 

 

Crédit photo : Une image libre de droits de l'Inauguration de la Cité de la Gastronomie & du Vin de Dijon fournie par le poète Stephen Blanchard. Il est le premier à apparaître dans la photographie (droite à gauche) et au centre, on retrouve l'ancien Président, Monsieur François Hollande. 

 

 

Ces poèmes ont été récités à l’occasion de l’inauguration de la Cité Internationale de la Gastronomie & du Vin de Dijon le vendredi 6 mai 2022.

 

 

 

Balade en Bourgogne

 

 


 

Qu’ils sont nobles tes fruits, ô ma douce bourgogne,

Et tes vins capiteux livrant tout leur trésor,

L’ivresse des grands crus qui fait rougir la trogne

Aux arômes divins parés de pourpre et d’or.



 

J’aime tes ceps noueux au flanc de tes travées

Où s’offrent, généreux, sous l’éclat des sarments,

Le charme si galant des divines cuvées

Mêlant tous ses climats et ses riches ferments.



 

Gardant le souvenir d’une brillante sève,

Un parfum s’extasie au détour d’un pressoir

Pour enchanter sans fin la grume qui s’enrêve,

Sans compter tous ses clos issus du grand Terroir.



 

L’âme du plus grand vin à la ferveur pareille

Sème dans les esprits un fier enchantement,

Et l’amour délicat de sa charmante treille

Révèle au fin gourmet ce cher enfantement.

 

 

 

 

Ode à Dijon

 


 

Connaissez-vous, passant, le charme de Dijon,

Son antique castrum et sa gastronomie,

Ses savoureux menus, son éternel donjon,

Son style éblouissant et son Académie ?



 

Vos pas seront guidés au vœu de la chouette

Près de la Tour de Bar ou son Palais Ducal,

Au son du Jacquemart et de sa girouette,

En goûtant un vin vieux pour le moins amical.



 

Dans ce décor parfait, autour de Notre Dame,

Au bel oiseau de pierre ardemment convoité,

Entre deux blanc-cassis, la Muse qui se pâme

Vous séduira, pensive, au cœur de la cité.



 

Que de mets succulents au détour des cuisines,

Que de couplets sans fin pour le bon compagnon,

Que de ceps enfantés et de grappes divines,

Pour qui dégustera le terroir bourguignon !


 

 

 

Dijon

 

 

Poète, prends ton luth et chante-nous Dijon,

La cité des grands ducs honorés par ses treilles

L’âme de ses bons vins à la belle toison

Le nectar savoureux de ses dives bouteilles.



 

La ville aux cent clochers sous les meilleurs auspices

Pour l’éclat vénéré de ses plus nobles crus

Ses riches grappes d’or au goût de pains d’épices

Qui flattent le palais, prêchent les convaincus.



 

Burgondes et Gaulois ont forgé ton destin

Et les mets renommés de ta gastronomie :

Moutardes et cassis, merveilles du festin

Cépages ancestraux, trésors d’agronomie.



 

Lucullus à sa table attire les gourmets

Dans un cadre charmant où l’on rit sans vergogne

Où l’on clame à tous vents parmi de gais couplets

Ce terroir mémoriel des Climats de Bourgogne.*

 

 

* Les Climats du vignoble de Bourgogne ont été inscrits au patrimoine de l'UNESCO le 4 juillet 2015. L'inscription constitue une reconnaissance du caractère unique de la Côte Viticole entre Dijon et Beaune et jusqu'à Santenay.










Hommage aux restaurants bourguignons (foire gastronomique de Dijon)



 

Les plats petits et grands, des tables bourguignonnes,

Sont dans Dijon en fête – exposés – mets exquis.

Aux restaurants, ravis, payant de leurs personnes,

Assis, les étrangers, font assaut d’appétit.



 

Tous les vins du terroir, sur les nappes mignonnes,

Sont alignés, en file, ainsi que des conscrits,

Et les dégustateurs, dont la lèvre fleuronne,

N’ont pas assez – ce soir – de nobles traits d’esprit.



 

Un petit gris par ici, par là, d’autres bourgognes,

Pétillent dans un verre, et, font rougir les trognes,

Ce sont tous, des bons vins, de notre vieux terroir.


 

Combien sont devenus, par le Monde, célèbres ?

Si notre vieux chanoine était vivant, ce soir,

Il risquerait de rompre, en glissant, ses vertèbres.


 

Un petit kir rosit, pour tous, l’horizon noir !

 

 

 

L’âme du grand terroir 

 

 

 

Quelle terre enchantée où creuser des sillons

Qui recueillent nos ceps aux charmantes allées, 

La vigueur de nos crus sous l’éclat des frissons,

L’enchantement d’un clos aux treilles emmêlées.


 

Les sarments alignés nous livrent leurs secrets

Pour engendrer sans fin les beautés de la vigne,

Cet enivrant nectar aux parfums guillerets,

Ce savoureux trésor que le vigneron signe.


 

L’âme du grand terroir féconde sa toison,

On vénère, pardi, les grumes mordorées,

Tous ces divins joyaux récoltés à foison,

Le doux enfantement des grappes colorées.

 

Tout poète inspiré mesure son émoi

Pour découvrir enfin ce bouquet qui le grise,

Cet instant de plaisir et cette immense foi,

En goûtant, d’un bon vin, l’agréable surprise.

 

© Stephen Blanchard

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes inédits
 

Stephen Blanchard, « Poèmes pour l'Inauguration de la Cité Gastronomique de Dijon » Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 11 mai 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia22/sb-citegastronomique

 

 

 

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Retour à la table de Megalesia 2022​​

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Nourriture et cuisine en poésie
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 13:58

 

Numéro Spécial | Printemps 2022 | Dossier majeur | Florilège | Cuisiner en poétisant (le premier texte seulement) 

 

 

 

 

 

 

Retour au foyer

 

 

&

 

 

Tombée en disgrâce

 

 

 

 

 

 

 

Camille Aubaude

 

Site & blog officiels :

www.lamaisondespages.com/

https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

 

 

© Crédit photo : Mars & Camillæ, "Camille Aubaude", image fournie par l'autrice. 

 

 

 

Retour au foyer

 

 

Des gâteaux dans des boîtes en plastique sont là depuis je ne sais combien de temps.

La partie de l’armoire que je m’étais réservée pour mes noix, pastilles Vichy et l’indispensable chocolat est envahie de boites plastiques contenant des gâteaux. 

À la place du chocolat guanara dans la boîte en métal bleu, de vieux gâteaux.

Tout en bas, six paquets non entamés de gâteaux constituent la réserve — ce qui vaut mieux que huit pots de confiture ouverts, dont on ne sait s’ils sont dans l’armoire ou au frigo.

Cette invasion n’est rien comparée à l’armoire de Françoise d’Eaubonne qui sert de garde manger : je ne peux y mettre le nez.

Alors on perd son temps à vider des emballages, à mettre des élastiques (une profusion d’élastiques…), et on rend vite les armes car on ne sait plus les dates, les choses nécessaires, quand il y a par exemple quatre fioles de sauce soja.

Je viens de me résoudre à jeter quelques sachets de sauces pourrissant dans la porte du frigo, puis trois petites boîtes de sauces variées, me disant que ce sont les traces d’un partage cette cuisine de conte de fées avec un bon cuisinier.

Les cheminées n’étaient pas fermées, absorbant la chaleur et l’air purifié. J’ai suspendu avec des clips dorés de beaux tissus devant les foyers vides. La chaleur est aussitôt revenue.

Seule, on ne peut accomplir l’œuvre d’alimentation du feu.

Je comprends le récent roman de Clara Dupont Monod où la vie à la campagne est rythmée par l’action du père coupant le bois, action étant aussi une idée fixe, comme en amour, pour combler les hantises d’une vie aussi morne qu’obséquieuse, maquillée de gris.

La plus vieille trappe de mon embryon de roman domestique, c’est les clefs changées de place. Qui a eu l’idée de mettre la clef de la petite terrasse face à la Loire dans la pièce qui sert de débarras dans une dépendance nommée Doux logis ? Alors qu’elle a toujours été à droite de la porte de l’office, avec un porte clé en verre mordoré représentant Isis guidant la Reine d’Égypte…

Quelle tristesse quand les femmes étaient entravées par cette universelle condition qui n’apporte pas le plus mince des plaisirs à une vie sans déviance et précaire ! Obligées de réclamer de l’argent à des escadrons de ronds de cuirs, les ménagères n’avaient pas la liberté d’aller voir ailleurs. « Collées » à un névrosé, un schizoïde ou un obsessionnel, toujours aux aguets pour faire marcher sa maison. C’était tout, hélas, c’était bien le tout de ruse et de haine… L’opium de l’amour n’a pas plus de sens humain que les gâteaux.


 

 

 

Tombée en disgrâce

 

 

 

Tombée en disgrâce en son pays, une étrangère est venue à Paris. Elle veut être l’un des grands écrivains de son temps, et vit aussi dans cette Suisse non pas aimée des dieux mais des banquiers. Son vœu étant d’avoir un stand au Marché de la Poésie, je l’invite au stand de mes éditions. Le coût est moindre que pour les autres salons du livre. On y vend des poèmes.

Les gens s’élèvent en poésie comme ils tombent amoureux : belle tentation, singulière fécondité !

Or la belle étrangère ne veut pas tenir le stand si l’on n’organise pas un événement pour la mettre en valeur. Alors, l’invitation se perd, quelques jours avant. Tant mieux, tant pis, elle avait pris la place des autres, le jour le plus fréquenté. Elle montre qu’elle n’est pas digne de considération, et l’on sourit de l’Intangibilité des Principes d’une auteure qui se dit sans amis.

Le stand étant très bien fréquenté, elle y pose ses livres. Que dis-je, elle les étale, en pratique la démonstration sans considérer les livres qu’elle recouvre. Un illustrateur qui a lui-même mordu un quart de l’espace lui achète quatre livres.

Il est logique que le collectif lui demande une contribution, un contre-don, un pourcentage, appelons cela selon le bon plaisir des classes sociales. Colère de l’étrangère !

Les autres poètes reversent l’intégralité du prix de leurs livres au collectif, rétribuant le travail d’installation de stand, les heures de présence, en un mot, l’exploitation, fondée sur la confiance dans le livre.

Soudain révélée, la petite hyène dénonce, et la délation m’a toujours saisie de répugnance. « Je vais appeler Untel pour savoir si c’est bien le prix à payer ». La plus riche des auteurs invités chipote pour quelques sous, « le sujet qui fâche ». Alors tout s’agite comme la cape rouge devant un taureau furieux. Le miel vire au fiel, la noblesse se teinte de vulgarité, pour user d’images qui vont et viennent dans des océans de silence. 

Que dire du style ? Unique, rare, irremplaçable ? 

« La Poète » se prend les pieds dans le tapis de l’ambition qui endurcit toute conscience humaine. 

Va-t-elle retomber en disgrâce ?

 

© C. Aubaude, 2021.

 

 

 

***

 

Pour citer ces anecdotes

 

Camille Aubaude« Retour au foyer » & « Tombée en disgrâce » textes inédits, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Numéro Spécial | Printemps 2022 « L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 2 novembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ns2022/ca-retouraufoyer

 

 

 

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 13:56

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poétextes thématiques | Cuisiner en poétisant 

 

 

 

 

 

 

 

Comment sécher des herbes

 

 

 

 

 

Irina Moga

 

Site Web :

http://www.irinamoga.com/

 

 

 

 

Crédit photo : "Thym", Wikimédia.

 

 


 

Le thym aura besoin d'une inclinaison dans la lumière du soir,

un crochet dans les rayons de soleil ambrés -

l'absence de clair de lune

y ajoute un côté amer

dans l'humidité creuse de l'été.

 

 

L'origan est mieux laissé seul au seuil de l'aube,

la tumescence argentée et irisée de ses feuilles.

La neige s'accorde avec sa verdure

en fusion avec le silence. 

 

 

Pour le basilic, 

méfiez-vous des libellules cachées au milieu de son parfum.

Placez un bouquet de basilic sous votre oreiller, 

pour rêver d'amours perdus depuis longtemps.

Des bénédictions se prolongent toujours dans son feuillage,

peu importe la saison ou

la pénombre que vous affrontez.

 

 

Les brins de romarin sont à envelopper dans du papier ciré,

soigneusement disposé sur un coin de la table du dîner

jusqu'à ce qu'ils deviennent cassants 

et ressemblent à des cosses de cônes de pin.

 

 

Il y a un point de bascule dans chaque saveur,

dans la bacchanale de notre mémoire, 

une densité de vies vécues 

 

 

si seulement nous pouvions l'invoquer

 

à la fin de chaque recette oubliée.



 

 

***

 

Pour citer ce poème inédit

 

 

Irina Moga, « Comment sécher des herbes », poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 7 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/im-desherbes

 

 

 

 

 

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 16:41

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Faits-divers & Catastrophes en poésie | Cuisinier en poétisant

 

 

 

 

 

 

 

 

Ouverture des terrasses

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo : Van Gogh, "Terrasse des Cafés", domaine public, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

 

 

Paravents, parasols, parapluies,

Nouveau visage des terrasses,

Entre deux ondées, l’éclaircie,

Vite, se frayer une place !

 

 

Milieu de semaine, mercredi,

L’ouverture plein-air, dans la rue,

Restaurants, bars et brasseries,

Lieux convoités où tous se ruent,

 

 

​​​​​​​​​​Crédit photo : Café Paul Munhoven à Paris, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

La météo défavorable,

La jauge de cinquante pour cent,

Le maximum de six à table,

Rien n’empêchera l’engouement,

 

 

L'événement pour la Saint-Yves,

Se réunir, trinquer, manger,

Un bout de trottoir, une rive,

Dehors, ensemble, partager !



 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème sur le 19 mai 2021

 

Corinne Delarmor, « Ouverture des terrasses » poème inédit sur la fin du dernier confinement en date, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 18 mai 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/cd-ouverturedesterrasses

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Nourriture et cuisine en poésie
1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 17:23

Megalesia 2020 | Poésie des aïeules | Cuisiner en poétisant | Sourires & rires féministes 

 

 

 

La marmite

 

 

 

 

Adèle Souchier

Texte choisi, transcrit et commenté brièvement par Dina Sahyouni pour cette revue

 

Le poème "La marmite" est de SOUCHIER, Adèle (1832-19..?), L'Oiseau blessé. Poésies, paris, Bloud et Barral, libraires. 18, rue Cassette, 18, 1878. Méconnue, la poētria (poète/poétesse/etc.) Adèle Souchier est née le 27 août 1832 à Romans-sur-Isère dans la Drôme en France. On ignore pour le moment la date de son décès au XXe siècle.

J'ai découvert Adèle Souchier en lisant, il y a déjà quelques années, le périodique dit d' érudition la "Revue du Lyonnais" où elle était rédactrice et critique littéraire. Elle y a publié des textes en vers et en prose. On prépare par ailleurs quelques billets sur elle pour les périodiques féministes et l'encyclopédie de la SIÉFÉGP, et aussi pour le "Dictionnaire critique...".

En ce qui concerne le poème intitulé "La marmite". Ce texte inspiré de "La Bouilloire", est à la fois parodique, humoristique et très stylé. L'imaginaire "réaliste" de notre poétisante nous permet de comprendre l'utilité pour une poētria du XIXe siècle de se réapproprier les ustensiles de la cuisine de la vie réelle comme Muses et rappelle que les objets féminins leurs histoires, usages et l'imaginaire qui en découle inspirent aussi les femmes. "La marmite", semblable aux contes de fées des femmes de lettres, mêle la banalité des plaisirs de la table aux mœurs des hommes "viriles", bons vivants et bons guerriers attendant leur souper préparé avec grand soin par la bonne ménagère (la fée du logis) dans la marmite "nourrice" ou la "gamelle" du brave soldat.

Le vocabulaire hautement symbolique et finement choisi dévoile en partie la moralité de ce poème suspendu entre un conte moral et une fable d'une chansonnière.

Comme nous l'expliquent les deux derniers quatrains du poème. La marmite est une métonymie métaphorique de la femme dans la société. Ainsi, on passe de la marmite magique de la sorcière et de la marmite paysanne nourricière à la terre, à la campagne et (au sein nourricier de) la femme et mère souvent surexploitées par l'humain et particulièrement par des hommes fiers de leurs virilité et pouvoirs...

 

​​​​​

 

[P. 98 réelle du livre papier/p. 100 du livre PDF]

 

 

La marmite 

 

Pièce réaliste dédiée à M. V. Arnaud, auteur de La Bouilloire.

 

Puisqu'on a chanté la bouilloire,

Ô marmite, je veux aussi,

Mais sans un air triste et transi,

Exalter ta modeste gloire.

 

Dis-moi, dans ton sublime flanc,

Que contiens-tu, noble nourrice ?

Qu'un fin parfum nous avertisse

Que ce n'est point un bouillon blanc.

 

Tu laisses à la rêverie

Tout un vaste et frais horizon ;

Morceau de bœuf en ta prison

Nous mène au loin dans la prairie.

 

Les gourmands te font les yeux doux,

Si la senteur du lard rappelle

Qu'en toi se prépare, ô ma belle,

La succulente soupe aux choux.

 

Cela fait songer à la ferme,

Aux mœurs agrestes en plein vent,

Lorsqu'on vient manger sous l'auvent

Les simples mets qu'elle renferme.

 

On voit d'ici les travailleurs

Goûtant au potage rustique

Alors, la brise poétique

Vient sécher viriles sueurs.

 

Et pendant ce repas champêtre,

L'alouette chante un refrain,

Le beau coq aussi va son train,

Les agneaux rêvent d'aller paître.

 

La métayère a de grands yeux,

un air riant, plein de franchise,

Un teint rouge, quoi qu'elle en dise,

Des dents, émail délicieux !

 

Elle sourit aux marmots roses,

En cheveux blonds ébouriffés

Et si sans façon attifés,

Qu'ils dérident les fronts moroses.

 

Quel appétit ! voyez-les tous

Faire leur cour à la marmite,

Oh ! pour eux, elle est trop petite,

Quand elle a du lard et des choux.

 

Leur embonpoint vient comme un charme,

Leurs petits bras sont potelés,

Ces gaillards, vite consolés,

Se battent, mais sans une larme.

 

Lorsque arrivera le moment

De combattre pour la patrie,

Laissant là leur ferme chérie,

Ils prouveront leur dévouement.

 

Ils souriront à la gamelle,

Sans grimaces et sans dédain,

Comme à toi, marmite, et soudain

Ils obtiendront vigueur nouvelle.

 

[P. 101 réelle du livre papier/p. 103 du livre PDF]

 

Les fils des champs, braves lutteurs,

Heureux de mourir pour la France,

Immoleront leur existence

Dans les fiers combats des grands cœurs.

 

Donc, hourrah ! pour l'humble ustensile

Préparant la moelle des forts !

Il sait soutenir leurs efforts,

Il est éminemment utile.

 

Ainsi, tout simplement rêvant,

Devant une pauvre marmite,

Un je ne sais quoi vous invite

À voir plus loin qu'elle souvent.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

Adèle Souchier, « La marmite », texte choisi, transcrit et commenté brièvement par Dina Sahyouni pour Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 1er août 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/adele-souchier-marmite

 

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