Inspirées par le ballet, les costumes et les décors de théâtre, les robes d'Ewa Bathelier font danser le monde sur des toiles aux fonds monochromes de New York à Strasbourg, en passant par Miami, Mexico City ou Oslo.
Les robes d'Ewa Bathelier égrènent leur musique de lumière et donnent à imaginer les corps qui les habitent, les hantent, les traversent.
Invisibles, voire fantomatiques, ces corps de femmes fascinent par leur absence qui, paradoxalement, les rend davantage présentes.
Car ces robes sans corps sont bien vivantes et n'ont de cesse de nous interroger sur la disparition, la mort, tout en nous invitant à appréhender la vie, la grâce, la beauté, la sensualité.
Le corps féminin y est transcendé jusqu'à devenir l'épure luminescente d'un poème flottant qui s'inscrit dans l'espace-temps d'une écriture chorégraphique à la fois intemporelle et universelle.
L'on songe au conte de Charles Perrault où « Peau d'Âne » désire une robe couleur de lune, une autre couleur du temps, une autre encore couleur du soleil...Nul doute que les robes d'Ewa Bathelier aurait pu exaucer les souhaits de Peau d'Âne ne car ne peint-elle pas des robes couleur d'âme ?
Une exposition des robes d'Ewa Bathelier intitulée MUSAE ARMA est présentée actuellement jusqu'au 30 octobre à la galerie Philippe Decorde à Strasbourg (fermeture du 7 au 16 octobre).
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Pour citer ces peintures & texte inédits
Françoise Urban-Menninger,« Les robes d'Ewa Bathelier », peintures inédites par l'artiste peintre Ewa Bathelier, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 23 septembre 2022. Url :
La peinture de Nourdine Tabbai accomplit une transformation stylistique, une mutation esthétique, en résonance avec les bouleversements du monde. L’artiste m’offre, il y a une dizaine d’années, une toile cosmique, irisée de constellations lointaines, captées au sommet d’une montagne. D’autres tableaux de la même période évoquent les énergies telluriques des sites atlastiques. Je le vois tenté par une trajectoire mystique, une vie contemplative, loin des contingences académiques. Je le retrouve dans l’habit de professeur universitaire, promis à une jolie carrière mandarinale. La kasbah des artistes, au cœur de la Vallée des roses, victime de son succès, succombe aux sirènes touristiques. La planète bascule dans l’incertitude apocalyptique, l’épuisement sémantique, l’étiolement artistique. Les pinceaux se lamentent. Les œuvres se fragmentent.
Ce 8 septembre, jour de mon anniversaire, pendant mon séjour à Trouville-sur-Mer, Nourdine Tabbai m’envoie des images de sa prochaine exposition à la Fondation Mohammed VI. Je remonte et redescends chaque jour, en compagnie d’Elisabeth, la plage sauvage protégée par des falaises inviolables, parsemée de rochers sculptés par la mer depuis le Jurassique. Deux cents millions d’années nous contemplent. Le rivage conserve ses vitalités premières. Le corps s’insuffle instantanément d’intemporels fluides marins. Nous ramassons des silex ciselés, limés, lustrés par les vagues, des figurines anthropomorphiques, expressives, suggestives, synesthésiques, synchroniques de notre quête. Des correspondances, des superpositions de sens, avec Kelaa M’Gouna, le granit nu de l’Anti-Atlas, traversent ma pensée. La nature génère en permanence des motifs insoupçonnables. La main de l’artiste s’en imprègne.
Les tableaux de Nourdine Tabbai sont autant d’allégories de la désintégration du monde. Les bâtisses se pétrifient, se fossilisent, se métamorphosent en bunkers déboîtés. Les brasiers projettent leurs rubescences destructrices. Un sorcier ectoplasmique jette ses proies dans la fournaise. Les atmosphères s’embrasent, s’éclaboussent de cendres. Le chiffre six s’immisce comme un symbole de malheur. Les fleurs du mal se disséminent au-dessus d’un marécage. Des dragons hantent les paysages. Les ruines se désertent. La ville disparaît. Un vautour plane sur mer rougeoyante.
La syntaxe plastique se fabrique une sémiotique inédite. La sémiose déroule ses ombres et ses lueurs. Les phénomènes s’estompent sous les noumènes. L’allusion supplée la figuration. Les abstractions disent l’invisible. Une peinture spasmodique, sismique, cataclysmique. Les touches se font tour à tour éraflures, craquelures, dentelures, écorchures, griffures, zébrures, mouchetures, déchirures, stigmates, cicatrices. Le sens se cherche dans la matrice. Les fondus-enchaînés se brisent, se fracassent, se dispersent, tantôt nuées ténébreuses, orageuses, tantôt figures sépulcrales, spleenétiques. Des empreintes brunes. Des taches importunes. Des présages d’infortune. Les papillons noirs se devinent. Surnagent des éclats d’architectures, des lambeaux de textures, des traces d’écritures, à peine repérables, des énigmes signalées d’une virgule. L’angoisse générale s’ausculte. Une peinture des abîmes, des précipices.
La thématique de fin du monde est évidente, récurrente. La mode distopiacore s’étale dans les rues européennes. Personne ne sort sans masque protecteur. L’effondrement se vit par anticipation. Les esprits se familiarisent avec l’épouvante. Les tenues vestimentaires s’approprient la catastrophe, pantalons cargos, doudounes épaisses, combat boots, capuches et masques à gaz. La génération Z, perfusée de numérique, d’imaginaire Matrix, se cagoule, confie son devenir à l’intelligence artificielle. La styliste Marine Serre présente sa collection dans un décor de marée noire. Le désastre se sublime. Des villes ravagées. Des arborescences saccagées. Des projets naufragés. Des silhouettes décharnées. Des sirènes hurlantes jour et nuit. Des vigiles. Des automates. Des morts-vivants dans les casemates. Le métavers sonne le glas du vieux monde. Les comportements se robotisent. Les mentalités s’accoutument au pire.
La problématique de l’apocalypse est ancienne. Le substantif grec apokalupsis signifie dévoilement. Les sources bibliques avant l’ère chrétienne, l’Exil de Babylone, les prédictions de Paul de Tarse, l’Apocalypse de Jean sont les références courantes. Le thème de la fin du monde et du Jugement dernier lancine les beaux-arts depuis le Moyen-Âge. Des peintures spectaculaires qui font toujours frémir. Le Jugement dernier, triptyque de Hans Memling, 1473. Saint-Michel pèse les âmes des morts, décide de leur sort. Les damnés sont jetés dans les flammes par des créatures monstrueuses. Les quatre cavaliers de l’apocalypse, série de quinze gravures d’Albrecht Dürer, 1498. L’arrivée des quatre cavaliers annonce l’anéantissement. « Le pouvoir leur fut donné sur la terre pour faire périr les hommes par l’épée, par la famine, par la peste, par les bêtes sauvages » (Apocalypse de Jean). Le Jugement dernier de Michel-Angedans la Chapelle Sixtine du Vatican, 1541. Le Christ, juge impitoyable, exécute une danse funèbre, trie parmi les morts les candidats au paradis et les condamnés à l’enfer. Le Triomphe de la mort de Pieter Bruegel, 1560. Un squelette muni d’une faux précipite des humains dans une trappe surmontée d’une croix. D’autres squelettes se livrent à une pêche macabre. La Descente en enfer de Peter Paul Rubens, 1620. Des réprouvés dégringolent des hauteurs célestes dans un gouffre peuplé de démons terrifiants. Scène de déluge de Théodore Géricault, 1818. Des survivants du déluge s’accrochent à un rocher minuscule sous nitescence terrorisante. Veille d’apocalypse de Samuel Colman, 1838. L’humanité s’effondre comme un château de cartes. L’être mortel, obsédé par sa finitude, rêve depuis toujours la fin de son espèce. L’humain sombre dans le syndrome du noyé naufrageur ou s’exorcise, se talismanise, se rachète par l’art.
Les réalités cauchemardesques, les menaces nucléaires, les dérèglements climatiques, les déforestations, l’érosion des sols, la fonte des glaciers, l’accumulation des produits toxiques, les manipulations génétiques, les virus incontrôlables, les pénuries des ressources naturelles rendent plausibles les mythologies antiques. Les tableaux de Nourdine Tabbai remuent, en définitive, des questions brûlantes.
Mustapha Saha, « Nourdine Tabbai expose une peinture allégorique de l'Apocalypse à la Fondation Mohammed VI en octobre 2022 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 15 septembre 2022. URL :
N° 1I | Parfums, Poésie & Genre | Actions en faveur des femmes & personnes LGBT+ [publication numérique uniquement du texte]
Actualités artistiques choisies
pour cet été
I. Pour assister aux concerts de la superbe artiste Oumou SANGARÉ durant ces été et début d'automne, il vous suffit de consulter les manifestations artistiques citées dans l'affiche officielle présente ci-dessous de sa tournée en France et d'acheter vos billets par l'intermédiaire de son site :
Oumou Sangaré porte haut les valeurs humanistes et son combat pour l'émancipation féminine. Diva des sans-voix et icône majestueuse, la chanteuse malienne renoue avec les rythmes dansants et le...
III. Il y a un nouveau site dédié aux archives des femmes dans la musique :
"Welcome to the Archiv Frau and Musik (Archive of Women in Music) International research center in Frankfurt/Main, Germany", URL : https://www.archiv-frau-musik.de/en/
WELCOME TO THE ARCHIV FRAU UND MUSIK - ARCHIVE OF WOMEN IN MUSIC INTERNATIONAL RESEARCH CENTER IN FRANKFURT/MAIN, GERMANY The Archiv Frau und Musik, with approximately 28,000 media units by and ...
IV. Le sublime Stromae réalise depuis la sortie de son album "Multiude" une tournée internationale (2022-2023) et voici les dates et lieux de ses concerts à venir :
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Pour citer cet agenda artistique
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Actualités artistiques choisies pour cet été », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 12 juillet 2022. Url :
Cet essai nous donne à voir les différents aspects de l’art contemporain en s’appuyant sur les diverses théories élaborées par les spécialistes des sciences humaines comme Deleuze, Derrida et aussi sur des exemples de différents artistes comme Marcel Duchamp le précurseur de l’art contemporain, Jackson Pollock et bien d’autres.
Selon l’auteur dans une installation, chaque élément de l’ensemble doit être pris en compte. Aussi nous invite-t-il à considérer toutes formes d’art quel qu’il soit l’œuvre d’art étant la révélation de l’être comme le souligne Heidegger : « C’est la matière qui révèle la vérité de l’œuvre. »
Et l’américain Jackson Pollock, ce pionnier de l’expressionnisme de décrire les bienfaits de l’art sur l’humain en ces termes : « Peindre est une découverte de soi-même, tout bon artiste peint ce qu’il est. »
L’œuvre induit de l’énergie par le mouvement qu’exécute l’artiste et cela participe du lien entre le cerveau et la main comme nous le révèle Henri Focillon dans Eloge de la main, 1934.
André Seleanu évoque aussi une respiration dans l’espace visuel et chromatique de La planète affolée de Max Ernst donc l’œuvre respire et dégage de l’énergie.
Et l’œuvre d’art doit être prise dans sa facture physique, esthétique, émotionnelle, philosophique et même politique. Cela dit, elle doit être jugée sur des bases solides : ses attributs et ses finalités. Signes et matières font partie intégrante de l’esthétique de l’œuvre.
Se référant à l’historien de l’art autrichien Aloïs Riegl et aussi à Deleuze dans son ouvrage Mille plateaux, il nous convie à avoir une perception haptique de l’art, c’est-à-dire porter sur le toucher, le palpable.
Il a également mis l’accent sur les différents apports des arts africain, chinois, japonais, océanien, japonais à l’art occidental ; il a souligné la force, la beauté et l’élégance de l’image dans l’art chinois. Enfin, selon lui, l’objet d’art doit être traité en fonction du sens qu’on peut lui donner donc il faut aller au-delà de ce que l’œil voit, allusion faite à Marcel Duchamp dans la représentation de son bidet en matière d’art conceptuel.
Maggy De Coster,« André Seleanu, "Le Conflit de L’Art Contemporain. Art tactile, art sémiotique", L’Harmattan, 2022, 225 pages, 23€ »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 22 juin 2022,Url :
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES vous transmet l'invitation de l'artiste photographe Claude Menninger, la poète Françoise Urban-Menninger et un collectif d'artistes (voir le visuel ci-dessus) à leur exposition collective sur le thème des Jardins dans la Galerie Artcreenvol dirigée par Catherine Arnaud à Strasbourg.
Lecture de poèmes : Françoise Urban-Menninger lira ses poèmes sur les jardins du 17h30 à 18h00.
Date & horaires : le samedi 18 juin à 17h30, le vernissage à 18h00
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Exposition collective et lecture poétique de Françoise Urban-Menninger », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 13 juin 2022. Url :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
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