24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 11:16

 

Poèmes, nouvelles, lettres, fragments

 

 

 

Gribouillage translucide

 

 

 

Dina Sahyouni

 

Crédit photo : "Water", domaine public, image trouvée sur Commons,

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Water_(2093219665).jpg

 

I

 

 

Dans ma mémoire demeure un espoir

pleurer les villes, les ruines, les hommes, les chagrins

te pleurer enfin

dans ma mémoire emplie de déboires

ton visage bleu, En sof, comme une étoffe du ciel

découpée en pans de vie

déroulée sous les pieds des tyrans

dans ma mémoire, pleure l'espoir

 

 

 

Dans ma mémoire, pleure l'espoir,

pleurent les villes, pleurent les campagnes

pleurent les cieux des temps heureux

 

Dans ma mémoire, crie le regard

crient les filles, les armes, et les mies

crient les silences de leur souffrance

 

Dans ma mémoire, se tait le poète

se tait le regard, se fige la main

 

le cœur pleure, "finie la rigolade".

 

 

II

 

Pauvre plume épuisée, de nos tracées, médusée

Nous étions bien amusées et des leurres abusées

C'était bien l'été…

 

pauvre plume laissée pour compte

tu chavires tel le navire

pris dans un orage prompt

 

Pauvre plume tachetée d'encre

ancrée ici, encrée par-là

trempée infiniment de mon sang

 

.....à 19h00

III

 

 

Je ne sais plus écrire, les mots me devancent, voyagent, fuient quelque part

hantent le hasard.

Je cherche à les séduire, ils me taquinent et me jugent dérisoire

Je ne sais plus écrire, les maux sont là, des tas de mots aussi en mare de l'Horla...

Je ne sais plus écrire, les signes s’évanouissent,

je cherche à les attraper et je tombe sur leur nuée

blanche, toute vide, avide de mon sang

Je ne sais plus écrire, je vomis du temps

craquelé en myriade de vents

Je ne sais plus écrire, je dessine des sons

ronds, carrés, rectangulaires, géométriques... que c'est pathétique !!!

Je ne sais plus écrire, je tamponne les feuilles de mes grisailles, des vestiges, des ponts et des pans...

Je ne sais plus écrire, je griffonne, je gribouille, je fustige l'amont

Je ne sais plus écrire, mon sort est bâclé par les mains des Moires

et les Muses s'amusent au loin, ricanent au coin du ciel

Le ciel s'assombrit, plus de mots, plus de maux, plus de signes, plus rien.

Et le rose des friandises – couleur des fans – devient la couleur des femmes

retour en amont, en aval mais certainement pas là où l'aube se réclame de nous…

Je ne sais plus écrire, les amas de larmes gribouillent sur les feuilles,

et la rosée matinale se fane au gré des larmes des oubliées des mots….

 

Janvier 2017

***

Pour citer ce poème

Dina Sahyouni, « Gribouillage translucide », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 [En ligne], mis en ligne le 24 janvier 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/gribouillage.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

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