10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Article 

Alda Merini,


hommage à une poète récemment disparue 


Laure Delaunay


 

 

Je suis née à Milan le 21 mars 1931, chez moi, via Mangone, à Porta Genova. 1

 

Je suis née un 21 au printemps

Mais je ne savais pas que naître folle

Ouvrir ses morceaux

Pouvait déchaîner des tempêtes. 2

 

 

J’ai choisi pour lancer cet hommage volontairement deux citations bien différentes. La première est extraite du long témoignage qu’Alda Merini (1931-2009) livra peu avant de mourir à la journaliste Cristiana Ceci et où elle raconte tout simplement sa vie. La seconde est composée de quelques vers issus d’un texte plus classiquement poétique.

Pourquoi confronter ainsi deux versions du même récit – celui de la naissance ? Sans doute parce que la poésie est autant dans les textes que dans la vie. Et qu’écrire, c’est toujours plus ou moins régler quelques comptes avec elle. Faire quelque chose du trop qui en émerge. Peut-être aussi pour dire que la poésie, pour autant qu’elle se nourrisse de beautés, d’ornements, de douceurs diverses et variées, a bien peu à voir avec la coquetterie. Qu’elle est au contraire – et Alda Merini ne m’aurait sans doute pas reniée, elle qui a fini sa vie dans un état tout à fait misérable – un effort constant de dépouillement. Le dire- et le redire s’il le faut – m’a semblé important aujourd’hui, dans cette rencontre qui se veut féminine.

 

Alda Merini est donc née le jour du printemps, en 1931, dans une famille modeste, à Milan. Elle a commencé à écrire à 15 ans, encouragée par un homme, Giacinto Spagnoletti et puis par quelques autres poètes de renom : Salvatore Quasimodo, Eugenio Montale, Giorgio Manganelli.

En 1947, elle subit une première hospitalisation pour « maladie mentale ». Elle préférait appeler cela « le ombre della mente » (« les ombres de l’esprit ») contre lesquelles elle a lutté toute sa vie : plusieurs hospitalisations de plus ou moins longue durée, à intervalles plus ou moins réguliers.

Elle s’est malgré cela mariée (et même deux fois) et a eu quatre filles qui s’occupent maintenant de son héritage.

Enfin, le dernier fait marquant de sa vie est qu’elle en a vécu les dix dernières années et par choix dans des conditions d’indigence matérielle.

Elle est morte il y a un peu plus de quatre ans, le 1er novembre 2009, à Milan.

 

D’elle, nous reste le petit récit de cette drôle de vie que je viens de vous livrer, quelques photos (parfois malheureusement celles spectaculaires des dernières années) mais surtout ses textes, ses livres nombreux qui, espérons-le, continuent et continueront à parler pour elle.

J’en ai ici apporté quelques-uns, ceux qui au hasard de ma vie à moi me sont tombés sous la main. Aucune prétention donc à l’exhaustivité… Je ne veux pas vous « présenter » Alda Merini comme on le fait souvent, je veux lui rendre hommage. Et pour ce faire, évidemment, rien de mieux que de la lire et de vous la faire entendre, au gré de ces quelques pages qui sont tombées de son grand arbre jusqu’à moi.

 

Extrait de Delirio amoroso (« Délire amoureux »)


Si l’art est une substance dure, parcours-la en silence. Tu ne trouveras aucun homme au bout à t’attendre. Ni tu ne trouveras l’olivier de ta meilleure paix. Si l’art est profond comme ta mère, écoute-le en silence : c’est là que nous mourrons.

 

C’est ma religion pérenne qui m’oblige à vivre, pas la Poésie : cette jeune fille respectueuse a désormais disparu dans les secrets de ma mémoire. Quand la mémoire a-t-elle des secrets ? Quand elle se « perd ».

Je vis dans la lumière de l’Âme. Je n’ai plus de secrets. 3

 

Dans les toutes premières pages de ce livre, publié en 1989 pour la première fois en Italie, une sorte de petit art poétique semble se dessiner. Un art poétique qui reprend un thème dont nous avons déjà parlé : celui du dépouillement. Il est ici radical puisque sont suggérées plusieurs pertes : la « paix », la « mémoire » et la « Poésie » même.

La vie s’y affirme donc comme délire pur, abandon du sens au profit d’une expérience pleinement spirituelle dont l’écriture devient le témoignage.

Mais si la « Poésie » est rejetée, du moins celle qui appelle une majuscule, c’est sûrement pour la faire renaître un peu différemment. Et pour la mettre à nu, pour en dévoiler la sidérante simplicité. Cette « substance dure », terrible, ingrate fait un peu penser au Baudelaire de La Beauté. Mais point de tragédie ou de drame ici puisqu’existe le « silence » qui réconforte et même une réalité plutôt joyeuse : la « lumière de l’Âme ».

Une réconciliation est donc possible, peut-être même inventée ici, au creux de ce livre.

   

Extrait de L’altra verità, diario di una diversa (« L’autre vérité, journal d’une femme différente »)4


 

Ce deuxième texte, légèrement antérieur (publié en 1986), s’inscrit dans la même veine d’une analyse/méditation sur l’expérience de l’asile psychiatrique et autour de la notion de folie.

Il s’agit cette fois d’un récit qui mêle réalité et fiction pour essayer de dire quelque chose de ce qu’est l’internement, un évènement qui se présente ici comme subi, non choisi et en lui-même aliénant. Y sont évoquées avec une grande honnêteté les « ombres de l’esprit ». Le texte lui-même d’ailleurs semble petit à petit gagné par cette ombre, par un obscurcissement progressif, de l’évocation joyeuse de l’enfance à la douloureuse découverte du labyrinthe.

Mais il dit aussi avec force à la fois l’incompréhension à laquelle se heurte la poète dans la vie quotidienne, celle du monde, et la catastrophe que peuvent être la sortie du monde (c’est bien cela l’internement) et l’entrée en folie avec laquelle elle coïncide.


Quand j’ai été hospitalisée pour la première fois dans un asile, je n’étais pas beaucoup plus qu’une enfant, j’avais bien sûr deux filles et une certaine expérience derrière moi, mais mon âme était restée simple, propre, attendant toujours que quelque chose de beau se dessine sur mon horizon ; par ailleurs, j’étais poète et je partageais mon temps entre les soins procurés à mes petites filles et les leçons que je donnais à quelques élèves, j’en avais même beaucoup qui venaient à mon école et enjouaient ma maison de leur présence et de leurs cris joyeux. En somme, j’étais une épouse et une mère heureuse, bien que parfois je donnais des signes de fatigue et que mon esprit s’embrumait. J’essayais de parler de ces choses à mon mari mais il semblait ne pas les comprendre et ainsi mon épuisement s’aggrava, et, lorsque ma mère mourut, à laquelle je tenais plus que tout, les choses allèrent de mal en pis si bien qu’un jour, exaspérée par l’immensité du travail et une pauvreté continuelle et puis, qui sait, en proie aux fleuves du mal, je fis un esclandre et mon mari ne trouva rien de mieux que d’appeler une ambulance, ne prévoyant certes pas que l’on m’aurait emmenée à l’hôpital. Mais les lois étaient alors précises et il était établi, encore en 1965, que la femme était soumise à l’homme et que l’homme pouvait prendre des décisions concernant son avenir.

Je fus donc internée à mon insu. Moi, j’ignorais jusqu’à l’existence des hôpitaux psychiatriques puisque je n’en avais jamais vu, mais lorsque je m’y suis retrouvée, là au milieu, je crois qu’à ce moment précis je suis devenue folle au sens où je me suis rendue compte d’être entrée dans un labyrinthe dont j’allais avoir beaucoup de mal sortir.

   

Extrait de La pazza della porta accanto (« La folle de la porte d’à côté »)5


Le titre de ce livre revient encore une fois sur le thème obsédant de la folie mais il n’en est pas question dans le texte que j’ai choisi. C’est presque pire, cela dit, puisqu’il s’agit de mort... De la mort d’un ami plus précisément. Il est extrait d’une section intitulée « La douleur », dernière section de ce livre qui en comporte quatre alternant, dans un jeu de balancier, des colorations heureuses et d’autres plus attristées. On retrouve donc encore un clair-obscur décidément typique de l’écriture d’Alda Merini.

Je me rends compte avec un certain étonnement que je n’ai choisi presque que des textes qui parlent de souffrance… Là n’était pas le but en vérité… Mais il ne faut pas avoir peur, je crois, de cette réalité qui fait aussi tout à fait partie de l’œuvre car en creux, même dans la souffrance, et c’est ce qui m’intéresse plus particulièrement dans ce texte, se dessine une très profonde et même une sublime tendresse. Une tendresse qui va jusqu’à l’invective :


Écris-moi, je te l’ai dit tant de fois, écris-moi une très longue lettre qui ne parle que de silence. L’autre jour, j’ai écrit pour toi vingt-sept pages qui parlent de je ne sais où. Au nom de la mort, j’aurais voulu mettre un manteau d’hiver et descendre à ton enterrement. Descendre dans la vallée du désir, où s’éteignent tous les hauts le cœur d’amour.

Cette mort est mon terrible vomi contre une société terrible qui ne s’occupe que de festins.

Quand j’ai su que tu étais mort, j’ai couru faire les courses avec les bons des fous. Je t’ai préparé un plat chaud et un lit de lauriers.

Il n’y avait pas un seul ami à la fête des morts.

 

Extraits de Mistica d’amore (« Mystique d’amour »)6

 

Une certaine souffrance donc, des expériences des limites (limites de la force de l’esprit, limites de la capacité à dire) mais aussi, dans la plus pure tradition italienne, un immense chant d’amour, une ode au cœur.

C’est sur ce visage-là que je tiens bien sûr à conclure autour de deux extraits de Mystique d’amour, un recueil de plusieurs textes tardifs, composés entre 2000 et 2007, qui apparaît presque comme une liturgie personnelle. Alda Merini était en effet très croyante. Ce dernier livre vient comme conclure une réflexion murie tout au long de la vie et qui aboutit dans ces pages à un long chant autour des figures centrales et fondamentales du christianisme.


Francesco, Canto di una creatura (« François, Chant d’une créature ») est la dernière section de ce livre dédiée à la figure de François d’Assise. C’est lui qui y assume la parole poétique.

Presqu’au terme du chant, est évoquée la beauté aveuglante de la foi :


Ô mon Dieu, comme je suis devenu aveugle

Après tant de regards d’amour :

Je ne vois plus rien,

Ou bien je vois trop

Ou bien je suis si aveuglé de soleil

Que je ne peux pas ne pas étendre un tapis

Pour cette avalanche rutilante de foi.


Et un peu en amont, revient aussi le thème du dépouillement comme source poétique, source d’une poésie renouvelée et toute entière affirmée dans la formule finale qui semble oxymorique mais qui est en réalité un véritable condensé de toute l’œuvre, un modèle donc de cohérence :


Ainsi je me suis débarrassé

De tous les draps,

De toutes les fêtes,

Des banquets,

Des hurlements,

Des racontars,

Des violences.

Je me suis retrouvé seul

Devant un nid d’oiseaux

Pauvres, seuls, transis de froid

Qui étaient les anges de ma pauvre éloquence.

 

Alda Merini* a beaucoup écrit. Certains de ses textes sont traduits en français mais pas tous, loin de là. Elle est très connue en Italie, très aimée, a reçu plusieurs prix prestigieux et l’on parle d’elle comme de l’une des plus grandes poètes du XXème siècle. Quelques travaux en France commencent à la faire connaître. Et il serait heureux que cela continue car son œuvre, malgré le tableau peut-être un peu triste et inquiétant que j’en ai fait, est un formidable foyer, un puits fécond, plein de vitalité, de forces dont il est utile et plaisant de se nourrir. Un condensé aussi de l’expérience particulière que fut sa vie et qu’il nous appartient à nous lecteurs de déployer.

 

*Site officiel dédié ses œuvres : url. http://www.aldamerini.it/, voir aussi l'art. « Alda Merini » dans l'Encyclopédie Universalis, url.  http://www.universalis.fr/encyclopedie/alda-merini/

  

Notes


1 Ouverture de l’interview donnée à Cristiana Ceci à l’automne 2004.

 

2 In « La folle de la porte d’à côté », ces quelques vers sont le préliminaire

 

associé à la troisième section, « La famille ».

 

3 La traduction est de Patricia Dao dans l’édition bilingue du texte, Oxybia

 

Éditions, collection « Debout poète, debout », 2011

 

4 Texte édité en italien par BUR Rizzoli, Milan, 2012.

 

5 Texte édité en italien par Bompiani, Milan, 2011.

 

6 Texte édité en italien par Sperling Paperback en octobre 2012.

 

 

                                                

Pour citer ce texte

 

Laure Delaunay, « Alda Merini, hommage à une poète récemment disparue », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-alda-merini-hommage-a-une-poete-recemment-disparue-116293481.html/Url.http://0z.fr/eFzbP

 

 

Auteur/Autrice

Laure Delaunay 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00
   

Poème reproduit


  Tes longues jambes dorées 


 

 

Anne-Marie Reine Le Pape 


 

Pour ma culture et mon humour

tu m'as épousé.

Pour tes longues jambes dorées

je t'ai adorée

pour ton sens de l'humour et ta gaieté

je t'ai épousée.

Dans ta pharmacie

nues sont tes longues jambes dorées.

Sur le danger je t'ai alertée

les microbes de tes clients

vont s'y accrocher

et nous attaquer.

Plus persuasif je me suis montré

un pantalon j'ai exigé.

Jamais tu n'en avais porté ?

Tes jambes sont ton bien-être et ta fierté ?

Pourquoi trembler, mon amour

où est resté ton sens de l'humour ?

Pour ta fête un pantalon je t'ai offert

à ta boutique en pantalon tu partais

mais, en jupe je t'y surprenais.

Les contrôles je multipliais

les allers et venues de tes clients

je vérifiais

sur une chaise je m'asseyais

toute embarrassée tu devenais.

Où est restée ta gaieté ?

Quand je rentrais tu dormais

sur les cachets tu forçais

à ta pharmacie ils abondaient.

Pour ta compagnie, je te secouais

de pire en pire tu abusais.

Pour ta compagnie

jusqu'à la douche je te traînais

même l'eau froide n'y parvenait

c'est le froid des carreaux qui te réveillait.

Seul je me retrouve.

Interdit de te visiter

en cure de sommeil tu es placée.

Nous sommes pourtant mariés

 

À quand tes longues jambes dorées ?

Seul je me retrouve.

Seules tes potions tu connais

la philosophie tu ne sais.

Cultivé je suis et je réfléchis :

« L'homme n'est pas un animal solitaire »

Mais je suis seul

si je ne suis pas un animal

suis-je un homme ?

 

 

*Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure


                                                 

Pour citer ce poème 


Anne-Marie Reine Le Pape, « Tes longues jambes dorées »,  (poème extrait du recueil Je veux juste être tranquille), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-tes-longues-jambes-dorees-116293598.html/Url.http://0z.fr/lsVKh

 

Auteur/Autrice

 

Anne-Marie Reine Le Pape


L'auteure française Anne-Marie Reine LE PAPE, née en 1961, est avocate à Paris (France) depuis l'année 1985 et défend des femmes battues. À partir d'histoires réelles, mélangées et retouchées pour préserver les anonymats, elle a publié en 2012 en ebook sur le site Amazon un recueil de 25 poèmes sur la violence conjugale.

Le poème N° 22  « Tes longues jambes dorées »vient apporter sa contribution au Printemps féminin de la poésie 2013 sur les trois thèmes : la voix, le cri, la Journée internationale des femmes. En effet, comme souvent dans la violence conjugale, on entend :

  • un faible cri de la femme, victime, qui tente une révolte laquelle s'étiole en même temps que sa santé,

  • la seule voix de l'homme qui finit par se retrouver seul et, alors,déconfit, revient sur le déroulé de la vie du couple, depuis la rencontre jusqu'à la séparation.
    Comme peu souvent, il s'interroge sur son comportement, ce qui laisse un espoir.

Ce poème rappelle que la violence conjugale existe dans tous les milieux, ici en milieu aisé, montre l'emprise de l'homme violent sur sa femme, l'isolement de la femme victime de violences tant psychologiques que physiques, et l'impact de la violence sur la santé des victimes.


 

 

10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Poèmes

 

Délices fleuris d'Iroise,


Fleur du vent, La fleur d'Aliet,


La fleur métaphore & Rose de sable

 

 


Hélène Berger

 

 

 

 

 

Délices fleuris d’Iroise 


 

 

La falaise sous la brise

S’étire

Folle des senteurs d’Alyse

Respire

 

L’exubérante Fougère

Caresse

La rose fleur de Bruyère

Tendresse

 

L’Oyat danse sur la dune

Fragile

Et frissonne sous la lune

Docile

 

Au creux des pierres l’Armoise

Rieuse

Se vêt aux couleurs d’Iroise

Soyeuse

 

Un Lamier fleur d’Orchidée

Coquine

S’abreuve et rit de l’ondée

Mutine

 

Les embruns sur l’Immortelle

Rêveuse

S’emperlent de Mirabelle

Juteuse

 

Douce la Criste marine

 Friponne

Sous l’astre et sa main féline

Frissonne

 

Au jardin de ma falaise

Prémices

L’Iroise me comble d’aise

Délices 

 

 

 

« La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité »

Alfred de Musset

 

 

 


 

 

Fleur du vent

 

 

 

Tes mots sont des bouquets, quand ta plume compose,

Leur douceur fait chanter la bouche et le regard

Si l'oiseau sous le vent s'envole par hasard

Saura-t-il voir la fleur moins belle que la rose ?

 

 

Que l'arrière saison attrape les demains

Qui tiendront à ton gré sur ton cœur ton aimée

Pour enfin l'embrasser  et chérir l'adorée,

Corps blotti dans ton nid, son amour dans tes mains.

 


 

 

 

La fleur d'Aliet


 

 

Au ciel

D’orage

Vermeil

Mirage

 

La fleur

Des pierres

En pleur

Misères

 

Trop tôt

A l’aube

Au flot

Bien probe

 

Sans peur

Ni joie

De heurt

Se noie

 

Tout nu

Sans drague

Le ru

Zigzague

 

Enfin

La vague

Revient

Divague

 

Revêt

S’accroche

Et vêt

La roche

 

Parfum

D’Aliet*

De thym

D’aneth

 

La fleur

S’abreuve

Au cœur

Du fleuve

 

 

 

 

*Massif  montagneux de Savoie près du lac de la Plagne qui alimente le Ponthurin.

 

 


 

La fleur métaphore


 

 

La rose s'arroge la beauté

Et tout regard aveugle l'adore,

Croyant naïf en la pureté

De ce cœur au parfum d’hellébore.

 

 

Tentatrice aux lèvres de Vénus

Elle offre son teint de canneberge,

Ses dards érigés tel un cactus

Au manant assoiffé de fleur vierge.

 

 

Plus moqueuse et fière que le lys,

Le sang par l'épine est la sentence

Aux mains avides des Anubis

Dans l'intime cœur de sa semence.

 

 

Elle est ange mais aussi démon

Quand l'amour à son fruit fait fortune,

Elle est haine sans aucun pardon

Son bouton refermé à la brune.

 

 

Ses pétales en doux frisottis,

S'ouvrent aux caresses de l' aurore,

Frémissent au soleil des midis …

Diabolique métaphore !

 

 

Rose de sable

 

 

 

Sa hanche de grains fins au soleil d'Orient

Se balance

Dans l'ombre de son corps étiré vacillant

En cadence

 

 

Un ruban d'ocre luit sur le bord de son cœur

Fruit de l'ambre

Suave comme l'or la sève d'une fleur

Qui se cambre

 

 

Si belle que l'on ose à peine l'effleurer

Immobile

En ce dernier sursaut promis à s'étherer

Si fragile

 

 

Au milieu du désert ses volutes au vent

Ô chimère 

Dans le sable est la rose et la rose est au temps

Éphémère

 


Pour citer ces poèmes


Hélène Berger,  «   Délices fleuris d'Iroise   », « Fleur du vent    », «    La fleur d'Aliet »  , «    La fleur métaphore  »  & «  Rose de sable », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-fleur-du-vent-rose-de-sable-delices-fleuris-d-iroise-la-fleur-metaphore-et-la-fleur-d-aliet-116293613.html/Url.http://0z.fr/k7wSQ

 

Auteur/Autrice  

Hélène Berger

Hélène Berger écrit depuis son enfance, elle tient très tôt un journal intime qu’elle ne quitte guère. Mais c’est véritablement en 1962, en classe de CM1, qu’il se révèle quand son poème « Le petit chat » fût distingué et publié dans « Le journal féminin des Normaliennes » de Moulins-sur-Allier. Sa véritable première rencontre poétique a lieu avec Lamartine vers 12 ans puis, elle découvre Rimbaud et Baudelaire. À 35 ans, des évènements dramatiques l’ont alors plongée dans l’écriture poétique, salvatrice et durable. En 2008, elle publie chez Édilivre son premier recueil Lumières d’horizon.

Critique

J’ai rencontré l’écriture d’Hélène Berger dans des fora littéraires sur le net et je m’y suis attaché. Je qualifie son  style d'écriture intuitive dans le genre néo-classique qui exige cependant un véritable travail technique en ce qui concerne les sonorités et la musique. Par ailleurs, elle s’est orientée vers la poésie classique.

 Je dirais de son style qu’il est précieux c'est-à-dire doué d’une grande finesse, d’une tendre délicatesse et d’une belle élégance avec toujours une recherche musicale minutieuse. Hélène Berger est une virtuose des assonances et des allitérations qu’elle met au service des couleurs et des parfums. En 2012, elle obtient le 2e prix, flamme d’argent, au concours de poésie classique organisé par « Flammes vives », association créée il y a plus de 50 ans par le poète Jean Aubert, distingué par l’Académie Française.

Notice bio-bibliographique rédigée par

Damy Tangage (rédacteur indépendant de la revue LPpdm)

 

 

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Article

      

 Un printemps triste et beau


(À propos de Heures de printemps de Marguerite Burnat-Provins1)


 

Catherine Dubuis

 


 


Par une journée pluvieuse de mai dans l’arrière-pays de Cannes, une femme de soixante-sept ans entreprend d’évoquer les heures d’un printemps qui ressemble à un automne. Cette femme, c’est la poète Marguerite Burnat-Provins, recluse au Clos des Pins, son mas de Saint-Jacques de Grasse. Ce « joli » mois de mai, c’est celui de la sombre année 1939, qui ouvre sur les cinq ans parmi les plus terribles que la France ait connus. La pluie ne cesse d’inonder la colline, la brume efface le paysage, les fleurs à peine nées sont aussitôt noyées sans avoir eu le temps de faire chatoyer leurs couleurs ni d’exhaler leurs parfums. La volière est dépeuplée, les parterres sont en friche. Tout concourt à dresser le portrait d’un printemps mélancolique, au sens fort du terme : la pluie obstinée, l’âge qui vient, l’imminence de la guerre, déclarée au moment où l’écrivaine entame la copie de son poème (le 2 septembre). Le ciel pleure sur la terre, un corps va à sa ruine, un monde part à la dérive.

Cette évocation prend à contre-pied tout ce que, traditionnellement, le printemps charrie avec lui : renouveau, couleurs, richesse des arômes et des fleurs, chants d’oiseaux, jeunesse de la nature. Domine au contraire le sentiment splénétique de l’appauvrissement, de la destruction, de la perte.

 Et le parti de la poète, de raconter les « heures » d’une journée (celle du 17 mai plus précisément), l’enferme irrémédiablement à l’intérieur de ces moments noyés de pluie : cette journée ne verra aucune éclaircie se lever derrière la colline, l’orage viendra redoubler l’averse qui accable depuis le matin le « jardin de misère ».

 

La colline glauque, maussade, est noyée au plus épais de ses taillis. Sur sa crête, l’encre de ce bouquet de pins, une eau-forte qui mord l’acier de la voûte, n’a jamais été plus durement noire. Le vent d’ouest me fait une écharpe glacée, je ne sais pas pourquoi je reste ici, retenue par une sorte de pitié.

 

Deux mots ici sont essentiels : « eau-forte », qui renvoie au statut d’artiste de celle qui est à la source de la déploration, statut qui lui permettra de rebondir, comme on le verra. L’autre mot, c’est « pitié », pointant au cœur cette capacité de Burnat-Provins d’être en communion avec les choses du monde, du plus humble objet à la voûte stellaire ; tout est relié dans son univers, les choses ont une âme au même titre que les êtres vivants :

 

Jardin de misère, où un géranium rose, sans feuilles, a poussé trois petites fleurs pour honorer ce mois et imiter ceux qu’il a vus l’an dernier, au-delà du mur, illuminés de touffes saines qu’on aperçoit de loin.

Jardin de misère où, bientôt, je ne pourrai plus me souvenir : Ici il y avait un prunier qu’on appelait le gros prunier, il n’en faut plus chercher la moindre trace.

[…]

Jardin de misère où se traîne ce cœur dérisoire, toujours plein de graines qu’il jette à la terre rouge, pour qu’un jour en passant quelqu’un dise : Vois cette plante, comme elle est jolie, elle a poussé toute seule, celle qui restera sur mon bien qui se meurt.

 

Retenons l’activité de la mémoire, primordiale dans la démarche de Burnat-Provins, même si elle est évoquée ici de manière négative, et l’orgueil de l’œuvre accomplie (la graine qui mûrit dans la terre), perdurant au-delà de la disparition de l’artiste.

 

Pour parachever ce portrait splénétique, il faut encore parler de la terrible solitude où se trouve l’artiste en ce mois de mai 1939. Elle précise ceci, au tout début du poème, s’adressant au printemps :

 

C’est le 17 mai, déjà. Il y a aujourd’hui vingt-neuf ans que je suis mariée, vingt-neuf fois que tu m’apparus, si différent, dans combien de parties du monde.

 

Or, cet époux qu’elle évoque si pudiquement, c’est vraiment l’Absent du texte. Il n’est fait mention nulle part ailleurs dans le poème de cet homme qu’elle a tant aimé, pour lequel elle a quitté son premier mari, jeté l’opprobre sur deux familles, au point de devoir s’enfuir de Suisse et aller se marier à la sauvette en Angleterre en 1910. Paul de Kalbermatten, le Sylvius du Livre pour Toi2, ce superbe hommage passionné au corps de l’amant, est ici passé sous silence, mise à part l’allusion citée plus haut. Mystère de la vie des couples, mystère de l’âme d’une femme, mystère du temps qui passe.

 

Elle est donc seule dans son « ermitage » du Clos, et le spectre de la mort passe :

 

Quand on est tout seul, pour qui se soigner ? Pas pour vous, n’est-ce pas, mon Dieu, qui avez inventé la vieillesse et la mort.

Oui, il faut, cependant… sinon…

Ce qui vient après « sinon », je le sais. La menace du délaissement et de la face contre terre le jour où brusquement le balancier fendu s’arrêterait.

 

Rassurons-nous : Paul sera à ses côtés quand « le balancier de rubis3» s’arrêtera définitivement, treize ans plus tard. Il faut dire aussi que cette solitude est choisie, voire revendiquée. La foule lui fait horreur, et envisager un départ du Clos suscite chez elle des cris de répulsion misanthropique :

 

Il faut détacher la barque, repartir, se crisper devant cette humanité détraquée, sans vergogne, meurtrière du respect et saoule, du matin au soir, de danger, de vitesse, de jazz, de cocktails et de vice. […] Tout de suite, une folle envie d’être ailleurs, de te rejoindre, mon Clos à peine quitté. Nous sommes des insociables parce que nous ne pouvons vivre qu’avec nous-mêmes et encore… pas tous les jours.

 

Comme on le voit, les heures de printemps sont, pour Burnat-Provins, l’occasion, le prétexte à de vastes incursions dans des domaines aussi divers que ceux de l’amour, de la mort, du temps et de l’âme des choses. Méditations poétiques et métaphysiques, qui interrogent l’énigme de l’être et celle de Dieu.

 

Cependant, nous n’avons pas oublié notre thème : le printemps. Comment va-t-il réapparaître ? Car il va réapparaître, et dans toute sa splendeur, malgré les obstacles et les intempéries. Deux forces tutélaires sont ici à l’œuvre, la mémoire et l’énergie créatrice. Grâce à ces forces, le printemps maladif et trempé de ce mois de mai 1939 va se transformer en splendeurs inattendues.

 

Gardons d’abord ce bonheur que procurent les choses simples : présence des objets familiers, inanimés et cependant pourvus d’une âme pour qui sait les entendre, repas frugal qui mijote sur le poêle, chant du rossignol malgré la pluie, appel étouffé de la huppe. Puis la vitalité de l’artiste, qui tire de ces joies menues l’élan nécessaire pour surmonter le spleen de ce printemps avorté.

Le travail du poème, ou du dessin qui vient sous les doigts, permet de redresser la tête et d’affronter l’orage qui courbe les pins et menace les frêles constructions des oiseaux. D’abord timide, à la recherche de l’« hymne » :

 

Sur la page blanche, mais ternie, noter une plainte, harmoniser une mélancolie […] chercher dans la candide agonie des pétales la raison de tant d’agonies et d’un funèbre silence, quand l’hymne devrait s’élever.

 

Le travail de l’artiste se fera plus ferme au cours de la journée, soumis à l’impérieuse pression du pouvoir créateur :

 

Au moment même où je souhaite la fin, l’impérieux s’agite, ma plume prend mes doigts ; pour l’être compréhensif et sans nom qui voudra bien se pencher dans le temps à venir, l’œuvre se poursuit.

 

Cette force qui pousse l’artiste vers l’œuvre à faire se manifeste d’une autre façon encore chez Burnat-Provins : par le rêve, dont elle tire souvent la matière de ses singulières figures de Ma Ville, ensemble que l’on a qualifié d’« hallucinatoire » et qui comptait plus de trois mille dessins à sa mort. Heures de printemps comporte un récit de rêve, qui clôt le livre, à l’évidence une manière de s’évader du présent mélancolique, mais un échec parce qu’il ramène la rêveuse au présent qu’elle a cherché à fuir. Entrée dans un palais aux multiples splendeurs, dont les parois semblent soudain se rapprocher inexorablement (souvenir de Poe ?), elle entend résonner à son oreille, par deux fois, la phrase : « On ne sort pas d’ici. » La dixième heure se ferme sur ce brutal retour à la réalité : « Le pincement au cœur est si fort qu’il me réveille. » Le livre étant inachevé (il devrait en principe aller jusqu’à la douzième heure), on ne sait qui, du spleen ou de l’idéal, aurait été vainqueur.

 

Mais la mémoire veille. C’est finalement d’elle que vient le salut, la vraie évasion dans un passé qui offre toutes les richesses et les chatoiements d’un Âge d’or révolu, certes, mais que le souvenir convoque à volonté : enfance heureuse en pays d’Artois, dans le jardin de la grand-mère, figure évidente du Paradis perdu :

 

Quatre heures à Corbéhem, dans ce domaine dont le moindre réduit m’était connu, depuis la baraque ronde au toit de chaume pointu, d’allure congolaise, jusqu’au souterrain du mulot, au passage de chats entre deux planches, sous les espaliers de pêchers.

[…] J’aimais l’heure où le jardin n’était qu’à moi. Ce qui m’appartenait, ce n’était pas ses arbres, ses semis ordonnés, sa récolte, c’était son esprit, son âme sincère et de bonne volonté, cette confiance des plantes et des oiseaux, cette lumière d’or, répandue sans compter, qui fait scintiller comme un Golconde un tesson de bouteille cassée.


 

Haute figure du Père, initiateur, confident, compagnon d’heures vivantes, et chaudes encore au cœur de la femme solitaire renfermée dans son Clos :

 

Deux heures, le jeudi… Ce départ avec mon Père […] Il parlait. Je croyais écouter Virgile. […] Ces inoubliables moments, d’une humble et fervente simplicité, devaient me constituer des richesses pour l’avenir, et il le savait. […] Mon Père…Quelquefois, dans mon écriture, un mot qui semble tracé par lui.


 

Souvenirs de l’Orient, du Liban, de l’Égypte, où, sous le soleil généreux, tout resplendit et où le poème étouffé jaillit :

 

Soleil d’Asie, dans cette chambre dénuée, tout à coup comme tu resplendis. Il fallait que je te revoie pour me ranimer puisqu’il s’est enfui ce soleil d’Europe qui ne te ressemble pas. Te rappeler et serrer contre moi ta chaleur, me croire environnée d’étincelles, brillante moi-même, le cerveau en fleur, le poème prêt à jaillir, net et luisant comme la pousse fraîche, caressant pour mon âme, verseur de rosée pour mon cœur.

Tout à coup, la puissance me revient. Ce temps misérable s’efface, c’est l’autrefois éblouissant d’une vie antérieure, mesurée sur une parfaite harmonie.

Là-bas, toujours là-bas, dans la magie de cet Orient que mon sang réclame et régénère malgré l’étouffement, tout s’allège, se sublimise, se clarifie.

 

Enfin, pour clore cette rapide étude, mentionnons l’admirable rêverie devant l’Aquarium de Monaco, sorte de condensé du rêve et du souvenir, évoquant la genèse de l’œuvre hallucinatoire, ces visages étranges qui ont accompagné, mieux, qui ont hanté l’artiste jusqu’en ses derniers jours. À l’opposé des cyprins moroses vivotant dans le bassin aux eaux troubles du jardin de misère, les êtres merveilleux de l’Aquarium mettent l’artiste au défi de rivaliser avec la nature :

 

Hallucinante expression de la fantaisie créatrice, ils sont le défi suspendu et voguant aux recherches des artistes humains. S’ils se taisent, c’est pour nous dire : Tu auras beau faire, tu ne peux pas lutter. Construis des machines, des monuments, des bijoux solides… mais notre étincelante fragilité, qui l’a faite ? Qui nous fera ?

 

Et comme très souvent chez Burnat-Provins, le spectacle de la beauté débouche sur la poignante certitude de la mort, plus bouleversante encore du fait que ces créatures n’ont conscience ni de leur splendeur, ni de leur finitude. Seule l’âme humaine est dotée de ce terrifiant privilège :

 

Ballerines volantées, météores irradiants, masses obscures comme la mort, voguent dans l’inconscience. […] Voici les pieuvres serpentines aux mille enroulements, paquets de cordes meurtrières, nouées, étirées, renouées, tâtant, roulant des points d’interrogation et refaisant leur pelote autour d’un gros œil aux aguets.

Des opales nageuses, fluides, ponctuées d’un point qui regarde, des nacres qui respirent, toutes les gammes d’un or palpitant, tous les feux des gemmes insinués parmi les souplesses de la soie se balancent dans la salure marine, au royaume du silence. […] Privés de cœur, avec au fond de leurs yeux inertes, parfois, quel mépris… ils symbolisent toutes les fluctuations de la vie, ce prisme qui porte, jointe à son chatoiement, une huitième couleur, un noir intense, une nuit.

Et, comme en bordure de la vie, ils sont dotés, on ne sait pourquoi, d’une magnificence qui s’éteindra aussi facilement que la plus pauvre chandelle.

 

 

Notes


1 Poèmes en prose, Lausanne, Plaisir de Lire, 2004. Suivi d’Heures d’été, préface de Catherine Dubuis. Toutes les citations renvoient à cette édition.

2 Vevey, L’Aire bleue, 2006.

3 Ibid., p.16.

    

Pour citer ce texte


Catherine Dubuis, « Un printemps triste et beau (À propos de Heures de printemps de Marguerite Brunat-Provins) », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], mis en ligne le 10 mai 2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-un-printemps-triste-et-beau-116293637.html/Url.http://0z.fr/1SIG9 

Auteur/Autrice

   

Catherine Dubuis, ancienne enseignante à l’Université de Lausanne, Catherine Dubuis a publié de nombreux articles critiques sur la littérature romande, ainsi que des biographies. On lui doit : Les Forges du paradis. Histoire d’une vie : Marguerite Burnat-Provins, Vevey, L’Aire bleue, 2010. (rééd. de 1999); Les Chemins partagés. La vie de Cilette Ofaire, Lausanne, Plaisir de Lire, 2007; Une femme entre les lignes. Vie et œuvre de Clarisse Francillon, Lausanne, Plaisir de Lire, 2012; Pierrette Micheloud, Montreuil-sur-Brèche, Les Vanneaux, coll. « Présence de la poésie », 2012.

   

Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes

 J'ai crié sans doute

 

&  

 

Pour un son



Sophie Brassart

 

 

 

 

 

 

J'ai crié sans doute 

 

 


C'est la nuit garance et
 


 

caressant mon rire


tu cherchais l'impair


*


Je suis sans merci


invoquant le dieu


qui gravait les chairs


*


J'ai crié sans doute


le manteau surpris


j'en connais l'envers


*


Vu des foules sans


foi les yeux drapés


les vieux dignitaires


*


Les éclats de lame


l'orgueil laiteux


de chaque frontière


*


Vu les bouches lourdes


la tunique infâme


signe qui se perd


*


J'ai crié sans doute


Inanna ma feuille


sortie de l'enfer





Pour un son

 



Au

je dis je vide


son l'infini de la cloche, sous ma peau


reconduit


Sur le bord



Quelquefois les feuilles trahissent chêne pubescent l'orbe noir

dans la ronde frappant le sol

commandeur


Sur le bord

sidéré

ses yeux sombrent en silence


Je suis la rue indienne

chaque enfant de la torture


La femen destine

ses restes nus

aux seins nus


L'arbre remarquable sexe sang giclé par tous les pores


Sur le bord

sidéré

ses yeux figent mes veines



 

Pour citer ces poèmes


Sophie Brassart, « J'ai crié sans doute & Pour un son », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-sophie-brassart-116293661.html/Url.http://0z.fr/puGt9

 

Auteur/Autrice

 

Sophie Brassart, documentaliste aux heures pleines, elle a déjà publié dans les revues Mille et un Poètes (n°3, été 2012) et  La Porte des Poètes (printemps 2012). En 2011, elle a également publié un poème dans le cadre du Printemps des Poètes, a lu certains de ses textes lors de la présentation des derniers numéros de la revue La Porte des Poètes (en mai 2012) et elle a été citée dans la Revue Artension (n°112, mars-avril 2012). Elle tient aussi un blog intitulé Toile poétique à cette adresse : http://graindeble.blogspot.fr/. Déméter en témoin, Sophie Brassart noue un dialogue de lettres vives (poèmes et peintures), singulières ou bien mêlées. Les figures sont tissées de mêmes toiles, celles du temps numérique, pour des messages inscrits dans une vie courte; celles de la profondeur du mythe, sans quoi rien ne saurait advenir; celles du mystère féminin, qui invite à la transformation, la résistance, l'intensité. Autant de libres propos, libres propositions, réalisées avec de l'encre, de l'acrylique, et des suites de 0 et de 1. Elle a exposé ses tableaux dans l'Ateliers de Ménilmontant  en 2011 et dans "Empreintes" (exposition d'octobre 2012)

 

 

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