30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 14:48

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

Bernardine

 

 

Monologue pour une comédienne

 

 

Joan Ott

Illustration de

Martine Sechoy-Wolff

 

 

 

© Crédit photo : illustration de Martine Sechoy-Wolff, n°2

 

 

Personnage

Bernardine : femme très âgée.

 

Décor

Aucun. Pendrillonnage noir.

 

Accessoire

Une chaise.

 

Costume

Tablier à fleurs. Ou ce qu’on voudra…

 

Synopsis

Dans sa maison de retraite, Bernardine va s’éteindre mais elle n’en a pas conscience. Elle se remémore sa vie.

 

 

 

Bernardine

 


 

Mais elle est bancale cette chaise, me voilà assise toute de travers. Il faudra que je leur dise demain, il ne faudra pas que j’oublie. Tout de même, je leur laisse tous mes sous, toute ma pension y passe, chaque mois, et encore, ça ne suffit pas, il faut prendre sur mes économies, moi qui voulais tout laisser à Marthe, pauvre Marthe, elle n’aura pas tout, loin de là, cinq ans que je suis là, déjà, c’est fou comme le temps passe, et mes économies, alors ils pourraient au moins fournir des chaises convenables. Leur dire demain : j’ai droit à une chaise normale, qui ne penche pas. Avec tout ce que je leur laisse, une chaise en bon état, il me semble que ce n’est pas trop demander, il me semble que j’y ai droit.

Oui, j’y ai droit. À plus de quatre-vingt-dix-sept ans, ce n’est vraiment pas exagéré d’exiger une chaise sur laquelle je puisse encore me tenir droite. C’est bien la seule chose que je demande, et quand j’y pense, c’est peut-être même la première fois que je demande, que j’exige quelque chose. Toute ma vie, j’ai beau y penser, non, vraiment, je ne vois pas, il ne me semble pas avoir jamais rien demandé.

Demander, exiger, dans ma famille, ça ne se faisait pas. Non, on ne peut même pas dire les choses comme cela. Ce nest pas tant que cela ne se faisait pas, cest plutôt que nul dentre nous n’y aurait songé. À la ferme, nous étions neuf, et jétais l’aînée, et fille, cest tout dire. Le Père et la Mère étaient aux champs toute la journée. Moi, jallais à lécole, bien sûr, et en rentrant il y avait les devoirs, sinon la sœur vous tapait sur les doigts avec sa règle en fer, alors il valait mieux apprendre ses leçons. Ce nétait pas très difficile, jétais bonne élève, japprenais vite, pas comme Stéphanie, ma petite sœur, qui avait du mal, tellement de mal que pour son certificat détudes, le Père avait donné un sac de pommes de terre à linspecteur. Elle avait été reçue, Stéphanie. De justesse, et grâce au sac de pommes de terre. On ne sen vantait pas, bien sûr, mais malgré tout, ça sétait su au village, et on avait jasé.

Quand je rentrais de lécole, il fallait que je moccupe des petits. Mes devoirs, je les faisais plus tard, quand ils étaient couchés. Je leur donnais leur tartine, une tranche de pain sans rien, ou alors juste un peu de beurre, et puis jaidais ceux qui allaient déjà à lécole à faire leur page d’écriture, et les plus petits, je les prenais chacun à leur tour dans mes bras, et en même temps, je préparais la soupe. Je me demande comment je parvenais à faire tout cela en même temps, mais cest un fait que je le faisais, je devais avoir de lentraînement.

Tout de même, une ou deux fois, ça avait failli mal tourner. Je revois encore Léon, le jour où il avait voulu faire comme les funambules quil avait vus au cirque la veille. Je ne sais plus par quel miracle le Père l'avait emmené, mais ça l’avait frappé, Léon. Alors, il avait voulu faire pareil. Quel âge pouvait-il avoir… quatre ou cinq ans peut-être. Il avait placé une rame à haricots en équilibre sur deux murets, il était monté sur la rame, il avait eu le temps de faire deux ou trois pas, et naturellement, il était tombé. Un beau vol plané. Sa tête avait heurté le muret, son nez sétait mis à saigner, ça ne voulait plus sarrêter. Plus tard on sest aperçu que son nez était cassé. Personne navait rien dit aux parents, bien sûr, on se serait tous fait gronder, et moi la première, puisque jétais laînée. Léon a guéri tout seul. Simplement, toute sa vie, il a gardé un drôle de nez.

Une autre fois, je men souviens, cétait lété, je gardais mes frères et sœurs après lécole, et en même temps, je surveillais la chèvre quon avait détachée pour quelle puisse brouter à son aise. Bien sûr, il ne sagissait pas de rester à ne rien faire, alors je tricotais. Ce jour-là, cétait des chaussettes pour le Père, je me souviens très bien. Quand la chèvre s'est mise à courir et à sortir du pré, j’ai voulu la rattraper. Jai planté les aiguilles dans la pelote de laine, mais je n’ai plus du tout pensé que sur mes genoux, il y avait le petit Paul. Les aiguilles, cest en plein dans le ventre de mon frère que je les avais plantées. Mon Dieu, quest-ce que javais fait là, et quest-ce qui allait marriver ! Sans réfléchir, jai retiré les aiguilles du ventre du bébé, je lai posé par terre, jai couru après la chèvre, je lai rattachée à son poteau, je suis retournée prendre Paul, j’ai défait ses langes, il étaient tout tachés de sang, j’ai couru jusqu’à la pompe, dans la cour, j’ai rincé les langes – le sang frais, rien de tel que l’eau claire pour le faire s’en aller – je suis rentrée à la maison, j’ai changé le bébé, je suis retournée m’asseoir sur ma chaise, près de la chèvre, et je me suis remise à tricoter. J’ai dit aux autres : Surtout, ne dites rien aux parents !

Le soir, et les jours suivants, je me suis arrangée pour m’occuper entièrement du petit, de toute façon, ça n’étonnait personne, Paul avait toujours été mon préféré. La Mère n’a rien su. J’avais plus de trente ans lorsque j’ai osé en parler, mais Paul n’était plus là. À dix ans, la rougeole l’avait emporté.

Parce qu’il faut bien dire que de nous neuf, six seulement sont devenus adultes : Stéphanie, Léon, Adolphe, Ernest et moi. Non, je me trompe, il en manque un. Robert. J’oublie toujours Robert. Mais c’est normal, il était tellement méchant. Six donc, six qui sont devenus grands. Les autres…

Pour Paul, ce que j’ai pu pleurer. C’était le plus beau, le plus intelligent de nous tous, et la rougeole l’a emporté. La rougeole… Maintenant, ce n’est plus rien du tout, mais à l’époque dont je vous parle, il n’y avait pas de vaccins, on mourait de tout. Et le médecin, les paysans que nous étions ne l’appelaient pas volontiers, parce que c’était cher, et que des sous, il n’y en avait pas beaucoup. Ou alors, quand on l’appelait, c’était en toute dernière extrémité, et souvent, il était trop tard. Alors, le médecin se mettait en colère, il disait que pour les sous, on pourrait toujours s’arranger, mais nous, on ne voulait rien devoir, on n’aimait pas demander.

Les sous. C’est vrai qu’il n’y en avait pas beaucoup. À Noël, par exemple, on avait droit au sapin. Cela, c’était la tradition. Et autour du sapin, la famille réunie chantait : O Tannenbaum, Stille Nacht, Es ist ein Ros entsprungen. En allemand, bien sûr. En ce temps-là, on était allemands. De toute façon, pour les chants de Noël, ça n’aurait pas changé grand-chose, parce qu’il faut bien reconnaître qu’en allemand, ils sont tellement plus beaux. Même encore maintenant, il ne me viendrait pas à l’idée de les chanter autrement.

Quant aux cadeaux, quand je le raconte à mes petits-neveux, ils ouvrent de grands yeux, comme si c’était un conte, une histoire incroyable qui ne peut pas être vraie. Et pourtant… Bien sûr, qu’elle est vraie, mon histoire. C’est celle de tous les enfants de pauvres et de paysans de cette époque-là. Les cadeaux n’étaient pas, comme aujourd’hui, disposés sous le sapin. Non. On n’avait pas besoin de tant de place. Simplement, au milieu des boules, la Mère en cachait une, un peu différente des autres, enveloppée dans du papier d’argent, le même chaque année, que l’on récupérait soigneusement pour le Noël suivant. Le premier qui avait repéré la boule criait : « Elle est là, c’est moi qui l’ai trouvée ! » Celui qui avait crié avait le droit de décrocher la boule, mais c’est la Mère qui retirait le papier argenté. Pensez donc, le petit aurait pu le déchirer. Les neuf paires d’yeux ne quittaient pas les mains de la Mère, qui découvraient peu à peu le trésor caché : l’Orange de Noël. L’orange était là, devant les neuf paires d’yeux écarquillés. D’abord, on la regardait en silence, et puis le Père finissait par dire : « Elle est pour vous, vous pouvez la manger. » Et c’est la Mère encore qui épluchait l’orange, qui en séparait les quartiers pour les distribuer. Parfois, il arrivait que les quartiers ne fussent pas tout à fait égaux, mais jamais je n’ai entendu aucun d’entre nous se plaindre d’avoir été floué. Je conserve dans mon souvenir le goût de cette orange. Aucun mets ensuite, même le plus délicat, ne m’a plus jamais fait cet effet-là. Je conserve en moi le goût de l’Orange de Noël, ce goût-là est en moi à tout jamais.

Mais Noël, ce n’était pas tous les jours. Pourtant, les jours passaient. Les hivers et leurs soirées au coin du feu, les filles et leur tricot, les soirs d’été sur le pas de la porte ou dans la cour de la ferme, et quand ce n’était pas le tricot, on reprisait, on ravaudait, on brodait pour notre trousseau, jamais on n’avait les mains inoccupées, ne rien faire, c’était un péché. Ainsi, de chaussettes en serviettes, les jours passaient, et les saisons, et les années.

Javais vingt ans quand le siècle est né. Depuis quelques années déjà, je servais chez des gens riches, des bourgeois. J’étais bonne cuisinière, alors quand ils sont partis pour Paris, ils mont emmenée. Paris ! Jamais je naurais cru quune ville puisse être aussi belle, aussi grande ! Je navais jamais quitté mon village, alors Paris, pensez ! Bien sûr, je ne sortais pas seule, ça ne se faisait pas. Et puis, javais trop peur de cette ville immense, où je naurais su que me perdre. Mais tout de même, Paris, je lai connu. Bien mieux en tout cas quune cuisinière naurait osé lespérer. Parce quà cette époque-là, je nétais déjà plus cuisinière.

Ma patronne, qui sait pourquoi, allez comprendre les lubies des riches, sétait prise daffection pour moi. Du jour au lendemain, et sans que je my attende le moins du monde, javais été promue dame de compagnie. Bien sûr, au début, cela me faisait un peu peur : je ne savais pas du tout en quoi consistait la tâche dune dame de compagnie, je ne savais pas du tout ce que ma maîtresse attendait de moi. Mais ça nétait pas bien compliqué, au fond. Je lisais bien, paraît-il. Alors, pendant des heures, je lisais. Je ne comprenais pas tout, bien sûr, mais personne ne sen apercevait, parce que même sans comprendre, le ton y était. Javais une voix agréable, en ce temps-là, cest du moins ce que disait ma maîtresse. Et elle le disait devant moi, à toutes ses amies elle vantait mes talents. Apparemment elle ne craignait pas que je puisse en tirer de la vanité. Et elle avait raison, la vanité, ce nétait pas pour moi, et elle le savait : jétais tellement en dessous delle. Elle parlait de moi un peu comme elle aurait parlé dun animal familier. Elle disait que jétais jolie, et tellement discrète, que javais du goût, et même de lhumour – elle prononçait le mot à langlaise – et une fois, une seule mais je men souviens, elle avait dit que je pourrais, sans la ridiculiser, soutenir une conversation de salon. Pourtant, je prenais bien soin me tenir en retrait, je ne prenais la parole que pour répondre aux questions que parfois l’on me posait. Je restais toujours très attentive à ne jamais émettre un avis personnel. J’étais passée maîtresse dans lart de dire ce que lon attendait de moi, exactement cela, et rien d’autre. Quelques mots convenus, dans des phrases joliment tournées. À cette époque-là j’avais même perdu mon accent. Par mimétisme doute. Plus un seul soupçon daccent, mon français était parfait.

 

Et puis, j’ai rencontré mon mari. II servait lui aussi. D’abord cocher, il était devenu chauffeur quand ses maîtres avaient acheté leur première automobile. Beau garçon, beau parleur, honnête, et surtout, il avait grandi dans un village tout proche du mien. Quand il a demandé ma main, j’ai dit oui tout de suite, sans hésiter.

Avec nos économies, nous sommes retournés chez nous, et nous avons acheté un café. Un bistrot, si vous préférez. J’étais heureuse, mon mari était le meilleur des maris. Tout qu’il faisait, il le faisait pour mon bonheur. C’est ce que je croyais. Je l’aimais.

Au début, je l’aidais, mais très vite j’avais été enceinte et mon mari avait insisté pour que je reste à la maison. De toute façon, il gagnait bien assez, je n’avais plus besoin de travailler. Je n’allais plus jamais au café, alors forcément, je ne voyais pas la réalité. Quand il rentrait, le teint un peu rouge, je me disais : « II a dû avoir froid, il ne s’habille pas assez chaudement », et vite, je le réchauffais. II parlait un peu haut, parfois il riait un peu trop fort, et sans raison. Je me disais : « II est heureux de rentrer, heureux de retrouver sa petite femme, et sa pipe, et sa chaise devant la cheminée. »

Non, je ne voyais rien, j’étais tellement heureuse. Surtout maintenant...

Ce serait un garçon, sûrement, et il ressemblerait à son père. Nous l’appellerions Robert. C’est mon mari qui avait choisi. Moi, j’aurais préféré Paul, à cause du petit Paul, mon petit frère que j’avais tant aimé, mais mon mari tenait à Robert, c’était le nom de son grand-père, alors ce serait Robert, c’était tout décidé.

Robert est né. Quand il la vu, mon mari est devenu comme fou. Fou de joie. II est allé au café, et à tout le village il a offert des tournées. Je ne lai pas vu pendant trois jours. Bien sûr, je comprenais quil ait envie de partager sa joie avec des hommes, mais tout de même, trois jours, cétait beaucoup.

Quand il est enfin rentré, il a pleuré, et il ma demandé pardon. Moi, je nai rien dit. Je ne voulais toujours pas voir, je ne voulais toujours pas croire. Pourtant, au village, on commençait à parler. Quand jarrivais, on se taisait, mais je voyais quon me regardait avec comme du mépris. Ou alors, cétait de la pitié.

Et puis, il y a eu la première crise. Robert venait davoir un an. Ce soir-là, mon mari est rentré un peu plus rouge que dhabitude, et pour la première fois, jai vu quil titubait. Il sest couché tout de suite, sans dîner, et il sest endormi très vite. Mais dans la nuit, il sest mis à crier. Il voyait des araignées qui grimpaient sur le couvre-lit, des araignées énormes, et qui voulaient le dévorer. Puis, il sest levé. Je lai entendu fouiller dans le tiroir, à la cuisine. Quand il est revenu dans la chambre, je nai pas reconnu ses yeux. Il brandissait un couteau. Il ma traitée de... non, je ne peux pas le dire. Même maintenant, après toutes ces années. Jaurais préféré oublier, mais on noublie pas ces choses-là. Il ma menacée de son couteau, jai bien cru quil allait me tuer. Cette nuit-là, pas une seule fois il ne ma appelée par mon nom. Ce nest pas Bernardine quil voyait, ce nest pas Bernardine quil voulait tuer. Cest ce que je veux croire. Laissez-moi croire cela, sinon…

Cette nuit-là, jai pris Robert dans son berceau, et jai couru, couru, jusquà la ferme des voisins.

Ensuite, ça sest arrangé un peu, mais des nuits comme celle-là, il y en a eu dautres, beaucoup dautres. Mon mari rentrait de plus en plus tard. Bien après la fermeture, il restait au café, avec deux ou trois amis, il jouait aux cartes, et il buvait.

Un soir quil était rentré un peu plus tôt que de coutume, il a eu une crise plus terrible que toutes les autres. Il a fallu appeler le médecin. Il a examiné mon mari, puis il ma prise à part. Il ma dit le mot savant : Delirium Tremens. Je me rappelle très bien. Et il a dit aussi : « Son foie ne vaut guère mieux que sa tête, vous devriez le faire hospitaliser. Si ce nest pas pour vous, faites-le pour lenfant. Tant que votre mari restera près de vous, vous ne serez plus jamais en sécurité. »

D’abord, je ne voulais pas, cétait mon mari tout de même. Et puis, on ne met pas ainsi les gens à lhôpital, lhôpital, on sait bien ce que c'est. Mais jai fini par céder. Pas pour moi, pour Robert. Sil était arrivé quelque chose à Robert, je ne me le serais jamais pardonné.

Il est mort très vite. À l'époque, on ne disait pas grand-chose aux familles, encore moins aux femmes. Alors pensez, une paysanne... Non, on ne m’a rien dit. Aujourd’hui, j’imagine que c’est la cirrhose qui l’a emporté.

Je suis restée seule avec Robert.

Mon mari ne m’avait rien laissé, à part des dettes. La boisson, les tournées, tout l’argent s’était envolé, il a fallu vendre le café, et je me suis remise à travailler. J’ai fait ce que je savais faire, cuisinière. J’avais trouvé de nouveaux maîtres, mais je ne pouvais pas garder Robert. Il a grandi chez ma mère, je peux dire que c’est elle qui l’a élevé. Je n’étais pas là souvent, c’est à peine s’il me connaissait, il n’obéissait qu’à sa grand-mère, moi, c’est à peine s’il m’écoutait, je n’étais plus sa mère, comment être la mère d’un enfant qu’on ne voit presque jamais.

Mais il grandissait bien, mon Robert, et Dieu qu’il était beau. Il ne ressemblait pas à son père, pas plus qu’à moi d’ailleurs, ni à personne de la famille. On aurait dit un ange tombé du ciel. Peut-être Paul... C’est drôle, je n’y avais jamais pensé, mais oui, au fond peut-être bien qu’il ressemblait à Paul. Les mêmes yeux, la même intelligence, vive, précoce, pensez, à cinq ans, il savait lire, à cette époque-là c’était inimaginable, il n’allait même pas encore à l’école. Il avait demandé à sa grand-mère de lui montrer les lettres, et il les avait apprises par cœur. Ensuite, il avait appris tout seul, dans la bible, et sur des bouts de journaux qu’il trouvait Dieu sait où, et qu’il conservait dans une vieille boîte qu’un jour je lui avais donnée. Dans la boîte aux trésors de Robert, il n’y a jamais eu rien d’autre que ces feuillets dépareillés. Longtemps, j’ai gardé la boîte. Et puis un jour, je ne l’ai plus retrouvée.

Robert était doux aussi, du moins avec sa grand-mère. Moi, je crois qu’il m’en voulait d’être si loin, il devait se sentir un peu abandonné. Après, heureusement, nous nous sommes retrouvés. Mais en ce temps-là déjà, et surtout avec ma mère, il était parfait. Jamais un caprice, jamais une colère, il ne rechignait que lorsqu’on le tirait de sa lecture, au moment de passer à table, ou à l’heure du coucher.

Quand il est allé à l’école, le maître a vu tout de suite qu’il n’était pas tout à fait comme ses camarades. Il a dit : « Il ira loin, votre Robert, à condition que vous le laissiez étudier. »

Cette phrase-là, jamais je ne l’ai oubliée.

Et puis il y a eu la guerre. Ses morts. Ses privations. Léon, mon frère, était en âge de partir. À Verdun, il a rencontré Jean, qui est devenu son meilleur ami. Ils sont revenus vivants et entiers, ou presque. Léon était indemne, mais Jean avait été gazé. Au début, il toussait que c’en était une pitié. Et puis, il s’est remis, et il m’a épousée. Par amitié pour Léon, peut-être, mais après, et pendant plus de quarante années, avec Jean, on s’est vraiment bien aimé.

Ce qui comptait pour moi, surtout, c’était qu’il aimait Robert. Il s’était pris d’une passion pour ce petit, au point qu’il m’arrivait de me demander parfois si ce n’était pas pour lui qu’il m’avait épousée, si ce n’était pas là la vraie vérité. Il ne pourrait jamais avoir d’enfants, et il le savait, alors Robert, pour lui c’était un cadeau du ciel.

Il travaillait aux chemins de fer. II ne gagnait pas beaucoup, mais fonctionnaire, au moins, c’était un salaire régulier. Nous avons économisé : Robert irait au lycée.

L’année du baccalauréat, les professeurs nous ont fait venir pour nous dire que ce serait vraiment dommage de s’arrêter en si bon chemin, et qu’il fallait continuer, l’université, ou une école d’ingénieur. Ingénieur, on n’avait jamais vu ça dans la famille. Robert ne disait rien, il souriait, mais on voyait bien que son bonheur, c’était cela, et cela seulement : étudier. Alors, nous avons dit oui, et Robert est allé dans une école d’ingénieur. C’était à l’époque où il y avait encore des mines, chez nous, des mines de potasse. C’est là que Robert voulait travailler. Dès la deuxième année d’école, on leur demandait de faire un stage. Je me souviendrai toujours, c’était le premier jour, il devait accompagner un ingénieur, descendre au fond du puits. Quand il est parti, très tôt le matin, il m’a embrassée, et en riant il m’a dit : « Prépare-moi un bain pour ce soir, parce que je vais revenir tout salé. »

Il n’est pas revenu. Un accident bête. L’ascenseur s’est décroché. Il avait dix-neuf ans, il allait devenir ingénieur à la mine, et la mine me l’a avalé.

Je ne sais même pas si j’ai pleuré. Jean et moi, nous étions hébétés. Robert allait revenir, ce n’était pas possible, aucune mine, aucun Dieu ne prendrait ainsi leur enfant, leur fils unique, leur fils bien-aimé à ses parents. Et pourtant. J’ai cessé de croire en Dieu. Je ne lui en ai même pas voulu. Comment en vouloir à Dieu, quand on ne croit plus en lui.

Et le temps a passé. Bien sûr, rien n’a plus jamais été comme avant, comme du temps où Robert était encore vivant. Mais Jean était tellement attentionné, tellement malheureux aussi. De nous deux, je ne saurai jamais lequel a le plus souffert. Ces choses-là, ça ne peut pas se mesurer.

Nous avons vieilli. Moi, je n’étais jamais malade, j’étais née comme ça, il faut croire : jamais une grippe, jamais un rhume, toujours en bonne santé. Mais Jean… Pour lui, ça a été autre chose. Rhumatismes déformants. C’est long cette maladie, ça prend du temps, ça n’a rien de fulgurant, mais ça vous mine et vous grignote aussi sûrement que le pire des cancers. À la fin, il ne pouvait plus du tout bouger, ses mains, ses pieds, et pour finir, tout son corps s’étaient recroquevillés. Quand il est mort, ils sont venus prendre les mesures : un cercueil pour un enfant de dix ans.

Ensuite, le temps s’est mis à passer beaucoup plus vite. Et aussi beaucoup plus lentement. Toute seule, les journées me paraissaient bien longues, et j’étais soulagée quand arrivait enfin l’heure où raisonnablement je pouvais songer à aller me coucher. Mais en même temps, le printemps était à peine arrivé que déjà c’était l’été, et bientôt l’hiver, et encore le printemps. C’était curieux, cet étirement des journées, et cette accélération des saisons. C’est peut-être ça, vieillir…

Longtemps, je suis restée seule dans la maison que nous avions achetée pour notre retraite, dans le village de mon enfance. J’avais mes poules et mes lapins, et ça m’occupait bien. Le dimanche, il y avait toujours du monde à déjeuner. Pas des amis, non, des amis, avec Jean, nous n’en avions jamais eu beaucoup, mais la famille. Ma sœur Stéphanie, sa fille Marthe, et ses enfants.

Parfois Léon venait aussi, avec sa Léonie, sa deuxième femme, et ses deux filles : Suzy, l’éternelle célibataire, et Micky qui ne se décidait pas à se remarier. Il y avait Léonie-Jean, aussi. Elle me faisait rire, cette enfant, avec ses boucles blondes, sa peur du chien et sa passion pour les poussins et les petits lapins. Toujours, en partant, elle pleurait, elle voulait en emmener un, il était trop mignon, elle ne pouvait pas le laisser là, et il fallait la raisonner, une enfant gâtée, ça se voyait tout de suite, je plaignais l’homme qui un jour aurait à la supporter, mais elle était tellement mignonne en même temps, et sans père, la pauvrette, quelle pitié… La petite ressemblait tellement à John qu’il m’était impossible en la regardant de ne pas penser à lui, et en pensant à John, je me souvenais de mon Robert, et quand ils étaient repartis, je secouais la tête pour chasser ces souvenirs du temps passé, mais le plus souvent je me sentais triste toute la soirée.

Ma seule maladie, c’est quand je me suis fracturé le col du fémur. J’avais déjà quatre-vingt-dix ans, et on ne peut pas vraiment parler d’une maladie. Je suis tombée, et mon fémur s’est cassé. Les médecins ont bien essayé de me faire croire que l’os s’était cassé d’abord et que ce n’est qu’après que j’étais tombée, je sais ce que je sais, tout ça, ce sont leurs nouvelles théories sur la vieillesse, et tout de même, pour finir, c’est moi qui suis tombée, et je sais très bien dans quel ordre les choses se sont passées. I1s ont essayé de me faire marcher avec des béquilles. Au début, je m’en suis servi un peu, mais vous direz ce que vous voudrez, ce n’est pas très pratique, on se cogne partout, ça encombre, ça vous ralentit, surtout pour monter les escaliers, alors j’ai laissé de côté une béquille, et tout de suite, j’ai senti que ça allait mieux, alors j’ai laissé l’autre aussi. À partir de ce moment-là, je me suis remise à vivre. Sans béquilles et sans canne. Je me suis toujours très bien débrouillée.

Les enfants de Marthe, ma nièce, étaient grands, et sa mère était morte. Alors, elle a décidé de venir vivre avec moi. Elle disait que c’était plus prudent. Je me demande bien pourquoi… J’avais l’habitude de vivre seule, je n’avais vraiment pas besoin d’elle, on allait se gêner. Ça ne me plaisait qu’à moitié, cette idée, mais comment dire non, ça partait d’un si bon sentiment. Alors j’ai dit oui. Et c’est vrai que tout de suite, nous nous sommes bien entendues. Elle s’occupait du ménage, des courses, elle me laissait faire la cuisine à ma guise, et surtout, elle me faisait rire, avec sa perpétuelle bonne humeur et j’avoue que sa façon simple et saine d'envisager les choses, de trouver des solutions au moindre problème m’ont tout de même bien simplifié la vie. Marthe. Marthe la bien nommée, Marthe la toujours vaillante, tout droit sortie de cette bible que jamais je n’ouvre plus. Un jour, un jour pas trop lointain j’espère, je saurai la remercier.

Et puis, je suis venue ici, dans cette maison où il n’y a que des vieux. Je n’aime pas beaucoup ça, les vieux. Bien sûr, ils sont tous beaucoup plus jeunes que moi, mais ils ont une odeur. Et puis, il faut bien le dire, la plupart d’entre eux radotent que c’en est une pitié.

Mais j’ai tout de suite été d’accord pour venir ici, n’allez pas croire, personne ne m’a forcée, c’est même moi qui ai décidé. Marthe, cette chère Marthe, à cinquante ans passés, elle pouvait refaire sa vie. Un voisin, veuf comme elle, avait demandé sa main. C’était inespéré. Tout de suite, j’ai applaudi des deux mains. Si j’avais été sur la Planète des Singes, que j’ai vue l’autre soir à la télévision, j’aurais même applaudi des deux pieds.

Alors, c’est moi qui ai proposé. Je lui ai dit : « Marthe, tu as élevé seule tes enfants, tu t’es occupée de ta mère jusqu’à la fin, et ce n’était pas facile, et puis tu t’es occupée de moi. S’il existe un paradis, il est pour toi, Marthe, mais ce paradis te sera refusé si maintenant, enfin, tu ne penses pas un peu à toi. Non, tais-toi, j’ai pris mes renseignements. Elle est très bien, cette maison, ce n’est pas loin, si tu veux, tu pourras me faire chaque semaine une visite. Et si je ne dérange pas, le dimanche, tu pourras m’emmener déjeuner chez toi. »

Elle a dit non, d’abord, mais je voyais bien dans ses yeux que c’était exactement ce qu’elle voulait. J’espérais peut-être un peu qu’elle me retiendrait, mais elle n’a jamais su mentir, alors je me suis inscrite, et tout de suite il y a eu une place. Je ne vous fais pas un dessin, vous savez ce que ça veut dire, une place qui se libère…

Tout le monde est gentil. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai eu à me plaindre de rien. Non, vraiment, de rien. Il n’y a que cette chaise... C’est incroyable ce qu’elle peut pencher cette chaise, elle penche plus en plus.

Ou alors, peut-être que ce n’est pas la chaise, j’ai peut-être un peu trop mangé chez Marthe, et au dessert, le Kugelhof et le petit verre de Gewurztraminer, peut-être que c’était un peu trop, j’ai exagéré. Je sais bien que je ne devrais pas, mais elle est si gentille, et son mari aussi. Elle prépare tout cela pour moi, je ne peux pas refuser, ce serait malpoli, on ne m’a pas élevée comme cela. Demander, je ne sais pas, mais refuser non plus, cela ne se fait pas. Non, ce n’est pas la chaise, ça doit être moi. C’est la même chaise que ce matin, et ce matin elle ne penchait pas, elle était bien droite, bien d’aplomb, et moi sur ma chaise, j’étais bien droite aussi, tout à fait d’aplomb.

Demain, il faudra que j’en parle au docteur. Demain c’est lundi, et il vient toujours le lundi, le docteur. Et tant pis, dimanche prochain, je saurai dire non à Marthe, et non à son mari. Elle insistera, ils insisteront, elle aime tellement quand je mange bien, et lui, il veut toujours remplir mon verre : « Encore un peu, Tante, c’est du bon, de chez nous, à votre âge qu’est-ce que ça peut bien faire, hein, à votre âge, ça ne peut vous faire que du bien ! » Mais je dirai non. Non pour la sauce du lapin, et non pour le vin. Et elle me remettra tout de même encore un peu de sauce, et il remplira une fois de plus mon verre, et je terminerai mon assiette, et je viderai mon verre.

Chère Marthe. Comme elle est vaillante, et toujours de bonne humeur. C’est ma nièce, Marthe, la fille de Stéphanie, mais cela, je crois que je l’ai déjà dit. Il faut que je fasse attention, il ne manquerait plus qu’à mon âge, je me mette à radoter. Qu’est-ce que je disais. Ah oui. Marthe.

Pour ce qui est du malheur, on peut dire qu’elle aussi a eu sa part. Très tôt elle a été veuve, les enfants étaient encore tout petits. Lui aussi il buvait, tout comme mon premier mari. Le vin, c’est une vraie plaie dans la région, forcément, on l’a à portée de main, tout le monde fait de la vigne, la cave n’est jamais loin, rares sont les hommes qui résistent. Les femmes ne boivent pas. Pourtant, pour elles non plus, la cave ne serait pas loin, mais elles ne boivent pas, les femmes de chez nous, peut-être elles n’y pensent pas, ou bien elles n’ont pas le temps, elles travaillent toute la journée et elles élèvent les enfants. En tout cas, c’est un fait, les femmes de chez nous ne boivent pas. Un petit verre à table, un au dessert, et encore, jamais pendant la semaine, la semaine il n’y a pas de dessert, le dimanche seulement.

Elle a élevé ses trois enfants, Marthe. Et elle s’est occupée de Stéphanie jusqu’à la fin, et puis de moi ensuite. Il n’y a que cinq ans que je suis ici. Cinq ans déjà. Avant j’habitais avec elle. Mais elle vient me chercher tous les dimanches et elle me fait encore une visite pendant la semaine. Elle aura ma maison, Marthe, et mon argent. Elle aura les obligations et ce qui restera de mes économies, si je ne dure pas trop longtemps. Elle aura tout, et elle sera bien contente. Marthe, c’est la fille que je n’ai pas eue, ses enfants sont mes petits-enfants. Ceux que Robert n’a pas eu le temps de me donner.

Et pourtant, elle penche, cette chaise. Mais qu'est-ce qui se passe. J’ai dû tomber. J’ai dû crier. Ils viennent. Mais non, laissez-moi, ce n’est pas grave, je vais me relever. Ah oui, il est l’heure de se coucher. C’est tellement gentil de me déshabiller, merci. Mais laissez-moi maintenant, j’y arriverai bien toute seule, j’y suis toujours arrivée. Je suis désolée, mais comprenez-moi, je n’ai pas l’habitude, pas l’habitude de demander.

Mais non, pourquoi, non, pas de piqûre, c’est inutile. Vous voyez bien que je m’en vais.

Oui. C’est bien cela, je m’en vais. Et moi qui avais peur, tellement peur d’avoir peur, au dernier moment. C’est donc cela, seulement cela, c’est donc si simple de partir… Tu vois, Marthe. Tu vois, je ne t’ai pas tout pris, il en restera bien assez, bien assez pour toi, et bien assez encore pour tes enfants. J’aurais tant aimé vous laisser plus, mais parfois la mort vous oublie, alors on vit trop longtemps et les économies sont grignotées, les économies fichent le camp.

Mais tu vois, Marthe, maintenant je m’en vais et tout est bien comme je te l’avais dit. En cinq années, ceux d’ici n’ont pas eu le temps de tout manger. Et le dimanche, tu ne seras plus obligée de venir me chercher. Tu pourras vivre tranquille avec ton mari, dans ma maison, avec mes économies, mes bons du trésor, mes actions et mes obligations.

Tu ne sais pas tout, Marthe. Mais tu verras, des sous, il en reste encore beaucoup.

 

L’auteure peut être contactée par courriel : joan.ott@compagnie-ladoree.fr

 

***

Pour citer ce texte théâtral

 

Joan Ott, « Bernardine. Monologue pour une comédienne », illustration de Martine Sechoy-Wolff, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 30 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/bernardine.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 15:59

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

Le Parfum du métropolitain

 

 

(extrait)

 

 

Joan Ott

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de

l'auteure et de sa maison d'édition Le Manuscrit

 

 

 

© Crédit photo : couverture de l'ouvrage

 

 

Le Parfum du métropolitain, Éditions Le Manuscrit, 2014

 

 

L’escalier mécanique fonctionne : une chance, parce que ses jambes sont vraiment fatiguées. Et ses genoux lui font mal, aussi mal que son dos, aujourd’hui. Et cette drôle de sensation dans son ventre. Mais elle ne saigne plus, plus du tout, tout va bien de ce côté-là.

Mais qu’est-ce que j’ai donc, à avoir mal partout ?

Cette question ! Tu te demandes ce que tu as ? Tu la veux vraiment, la réponse ? Tu es vieille, espèce d’idiote, vieille à faire peur ! La vieillesse, la voilà, ta maladie. Et aucun médecin n’y pourra rien. Les toubibs ? Tous des incompétents, des charlatans qui vous abreuvent de belles paroles et qui finissent toujours par vous laisser là, en tête à tête avec vos maux. Oh bien sûr, ils vous maintiennent, vous prolongent autant que faire se peut, statistique oblige, il faut à tout prix que s’allonge l’espérance de vie. Oui, mais à quel prix…

Elle ne consultera pas, et tant pis pour la statistique. Le trou de la sécu, ce ne sera pas elle qui le creusera, oh que non !

C’est l’heure de pointe, le quai est noir de monde. Jouer des coudes pour s’engouffrer dans un wagon, rester debout, serrée, compressée, bousculée, déséquilibrée à chaque cahot ? Non. Elle laisse passer une première rame.

Maintenant, elle est presque seule sur le quai. Pas longtemps. Les voyageurs recommencent à affluer. Bientôt, la même cohue. Elle laisse passer la deuxième rame aussi. Et la troisième. Elle a le temps, elle a tout son temps. Plus d’une heure encore avant le départ du train.

Le quai est désert, maintenant. Elle est seule, tout à fait seule.

Sur le quai d’en face, une immense affiche annonce les jeux olympiques de Londres : une statue grecque hideuse, un homme nu et difforme, bras tendu, visage bouffi, sexe ridicule qui pendouille bêtement. Un athlète, cette horreur ? Un monstre, plutôt. Ne pas regarder. Respirer. Profiter des derniers instants. Respirer lentement, profondément.

Elle ouvre grand ses narines et hume une dernière fois le parfum qui lui a tant manqué pendant toutes ces années. Elle reconnaît l’odeur du caoutchouc, celle du métal. La sueur n’est encore que vague effluve : c’est le matin, les gens n’ont pas eu le temps de transpirer. Mais le parfum est bien là, qu’elle inhale à grands traits, comme pour s’en faire une réserve qu’elle savourera ensuite à petites exhalaisons, longtemps, longtemps.

La prochaine rame est annoncée.

Elle s’avance. Sous ses pieds, elle sent la bande granuleuse destinée aux aveugles. Elle n’est pas aveugle, pas même malvoyante, mais avec ses lunettes noires, c’est tout comme : elle recule d’un pas.

Elle entend la rame au loin, elle ne va plus tarder.

Tout à coup, grande confusion dans sa tête. Que fait-elle seule sur ce quai, elle n’a jamais voulu être là, n’est jamais venue, elle est dans la chambre, quelle chambre, elle ne sait pas, une chambre vide, porte et fenêtre murées, il fait froid et sombre, on n’entend rien, silence profond comme un puits.

Et puis, tout s’éclaire à nouveau. Elle entend la rame qui approche. Dans quelques secondes, elle sera là.

Ce serait tellement simple. Un pas en avant, un pas dans le vide au dernier moment. Elle fait un pas. S’apprête à en faire un autre encore, le dernier. Deux bras l’enserrent :

  • Ça ne va pas, madame ? Vous vous sentez mal ?

  • Non, non, ça va…

  • Elle se retourne. Le jeune Noir lui sourit de toutes ses dents. Elle a le temps de constater que contrairement aux idées reçues, celles-ci sont bien plus jaunes que blanches. Un jaune d’ivoire vieilli.

  • Faut pas vous approcher comme ça, vous auriez pu tomber.

  • Oui, oui, merci…

  • Vous êtes sûre que ça va ?

  • Mais oui, oui…

  • Faites attention, la prochaine fois !

Il n’y aura pas de prochaine fois, se dit Georgette.

La rame est à quai, la porte s’ouvre, elle monte et trouve une place sur un strapontin.

Signal de fermeture des portes.

Crissement du train qui s’ébranle dans un soupir exténué, comme dans un film au ralenti.

Voilà, se dit Georgette, cette fois, c’est bien fini.

Sur le quai, elle a juste le temps de voir le jeune Africain qui court, il crie quelque chose en tendant vers elle un objet qu’elle reconnaît.

Ma valise, ma valise ! Et puis, tout de suite après, cette réflexion : Quelle importance… elle ne contenait pas grand-chose. Rien en tout cas dont je ne pourrai me passer.

Déjà le métro s’est engouffré dans le tunnel noir.

Assis en face d’elle, absorbé dans sa lecture, un homme au teint clair, cheveux noirs. C’est un journal allemand. En dernière page, une grande photo en couleurs. Elle reconnaît la porte de Brandebourg.

Alors, elle se met à fredonner « Ich habe noch ein Koffer in Berlin ».

Mort trop tôt. Quelle connerie, la guerre. Cette chanson-là, Kurt ne l’a jamais entendue, mais elle sait qu’il l’aurait aimée.

Elle ne comprend les paroles que parce qu’elle en a lu la traduction. Elles sont belles, même en français. Cette chanson, s’il était revenu, ils l’auraient écoutée ensemble, le soir, au coin du feu.

Quelle idiote ! se dit-elle. Comme s’il y avait encore des cheminées…

Elle chantonne toujours. Juste la mélodie, pas les mots, parce qu’elle sait bien que son accent est à pleurer.

L’inconnu lève les yeux vers elle. Il lui sourit.

 

 

***

Pour citer cet extrait

 

Joan Ott, « Le Parfum du métropolitain (extrait) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/parfumdumetropolitain.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 15:07

 

Dossier majeur | Articles

 

 

Michel Tournier

 

 

redéfinir la vieillesse

 

 

Jihane Tbini

 

 

 

© Crédit photo : (illustration à venir)

 

 

 

Pour les Anciens, les quatre âges de la vie s’articulent aux quatre humeurs, aux quatre éléments et aux quatre saisons. Aussi trouvons-nous l’équivalence suivante : flegme-eau-hiver-vieillesse11. La vieillesse, rendue à son essence élémentaire, relie l’homme à la ronde du cosmos. Cependant, vieillir demeure avant tout une expérience individuelle. Sa représentation chez Michel Tournier n’échappe pas aux stéréotypes mêlant définition positive et définition négative du grand âge. La polarisation classique, somme toute caricaturale, opposant le « senior indépendant et actif » et le « vieillard dépendant et apathique »2, ne rend pas la complexité de la vieillesse. Ce thème revient avec insistance chez Tournier et affleure dans ses écrits tardifs.

Tournier propose en effet une nouvelle image de cette tranche d’âge qu’il n’est pas aisé de couler dans un moule. L’objectif de cet article sera de montrer de quelle manière il parvient à reconfigurer ce que l’on entend communément par « vieillesse » et « vieillissement ».

Nous essaierons d’abord de situer Tournier par rapport aux dichotomies qui définissent habituellement la vieillesse et de montrer que la vieillesse est un devenir à la fois quantitatif et qualitatif. La vieillesse peut ainsi être envisagée de manière « cumulative » (dans la continuité des autres âges de la vie) ou tel un rite de passage ponctué de paliers successifs.

Nous expliquerons par la suite que pour Tournier le vieillissement incite à repenser le rapport à la vie et aux menus plaisirs du présent. Puis, et à partir des fictions et des écrits autobiographiques, nous dégagerons les alternatives possibles à la déchéance liée à l’âge.

Nous commenterons enfin la manière dont s’opère l’esthétisation de l’âge mûr chez Michel Tournier. Représentée telle une plénitude ontologique, la vieillesse devient une expérience de l’absolu et le sujet âgé un Robinson libéré et heureux.

 

 

La vieillesse appelle généralement des représentations négatives. Dans Le désespoir de la vieille, Baudelaire met en scène la tragédie des personnes âgées. Il décrit « la petite vieille ratatinée » pour qui « l’âge est passé de plaire, même aux innocents » et qui épouvante l’enfant qu’elle désire caresser. Elle « se retir[e] dans sa solitude éternelle et pleur[e] dans un coin ». Le poème cumule les lieux communs liés à la vieillesse : laideur, solitude et désespoir.

Ces topiques ne sont pas absents des textes tourniériens. Tournier dénonce en effet le « racisme anti-vieux » dont personne ne semble s’offusquer outre mesure. Il déplore que « les médias aujourd’hui pratiquent une pédomanie pleurnicharde qui ne voit partout que des enfants malheureux »3 reléguant les vieux à un rang inférieur à cause de leur âge, ce même âge qui jadis « conférait autorité, majesté, amour ». Devant les médias qui, par temps de guerre ou de famine, ne recensent que les victimes parmi les enfants, il ironise : « il va de soi que les vieillards sont à l’abri des bombes et de la faim »4. Il fustige aussi certains changements de la société moderne, libérale et consumériste à souhait, et désavoue par exemple le self-service « cruel aux tempes grises »5.
 

En plus de cette discrimination qui révèle la précarité où se retrouvent les sujets vieillissants, Tournier évoque « l’horreur du vieillissement » et « la fuite assez lâche de l’homme occidental devant les marques qui s’inscrivent malgré lui dans sa chair au fur et à mesure de la vie ». La peur de vieillir est une peur primitive, immémoriale. En témoignent le mythe de la Fontaine de Jouvence et les recherches folles d’alchimistes en quête de l’élixir d’immortalité :

 

Stupidement [l’homme occidental] voudrait pour l’éternité rester jeune, frais, innocent, bébé. Mais la vie laboure inexorablement son corps et son visage, et aucune cure ni chirurgie de rajeunissement ne lui rendront sa lisseur de jadis. Et il a raison de se désoler de vieillir, si les rides et les affaissements qui l’enlaidissent ne signifient rien d’autre que décrépitude.6

 

Guy Debord analyse cette tyrannie moderne du jeunisme et la manière dont la jeunesse est envisagée telle une donnée économique, un « capital », dans un monde où « il est carrément interdit de vieillir ». L’« absence sociale de mort » est due au culte des apparences dans la société moderne, valorisant « l’avoir » au détriment de « l’être ».7 La vieillesse devient taboue et les vieux ne sont acceptés que dans la mesure où, paradoxalement, ils ne se présentent pas comme tels.

À l’encontre de cette attitude de déni, Tournier prend le parti du réalisme et arbore ce qui fait de lui un vieil homme. De visite chez le généraliste, c’est avec l’acuité d’une étude gériatrique qu’il énumère les élancements de sa chair vieillissante et endolorie :

 

Je passe rapidement sur les vertiges – liés bien évidemment à un athérome cérébral –, les prurits interdigitaux – résurgence d’une gale de mon enfance –, et les élancements intercostaux, annonce évidente d’un infarctus du myocarde. Plus inquiétants me paraissent des troubles de la vue unilatéraux et des pertes de mémoire, symptômes classiques d’une tumeur du cerveau.8

 

Ces doléances, aux relents quelque peu hypocondriaques, dépeignent le corps comme une mécanique mal huilée. Le mécanisme grinçant perd son unité. Il est démonté, démantelé. Ce portrait peu flatteur détourne l’exercice rhétorique du blason et consigne sans fard les « grincements d’une carcasse de plus en plus fourbue »9.

Le déclin physique est un motif caractéristique de la vieillesse. À ce tableau dépréciatif s’oppose une acception positive de la vieillesse. Les sujets âgés ne présentent assurément pas des profils uniformes. C’est en groupements opposés qu’ils sont généralement répartis et les textes de Michel Tournier ne dérogent pas à ce balancement binaire. Par exemple, le motif de la ride cristallise cette ambivalence : « la ride – pli de la peau – dénote à la fois l’âge, l’usure, mais aussi la sagesse et le savoir »10. Usure et sagesse sont donc l’envers et l’endroit d’une même monnaie.

Une épigraphe de Petites Proses propose une autre définition sur le modèle oppositif :

 

Vieillir. Deux pommes sur une planche pour l’hiver. L’une se boursoufle et pourrit. L’autre se dessèche et se ratatine.11

Entre boursouflure et dessèchement, Tournier exprime sa prédilection pour la seconde forme de vieillesse qu’il qualifie de « dure et légère ».

Dans Gaspard, Melchior et Balthazar, l’âne Kadi Chouïa, témoin de la naissance de l’Enfant Jésus, incarne la figure du vieux sage, pétri d’expérience et béni par les années. Son nom est symbolique à plus d’un titre : « Kadi » signifie « juge, religieux » et « Chouïa » signifie « un peu », ce qui amenuise la majesté du Kadi et trahit la condescendance des hommes. L’analyse onomastique semble reprendre la distinction opérée par Edgar Morin entre « patriarche » (Kadi) et « p’tit vieux » (Chouïa) : la première image est chargée de connotations positives, alors que la seconde « est extrêmement dévaluée »12.

 

L’opposition sédentaire/nomade est un autre exemple de ces paires antinomiques. Tournier évoque la sédentarité qui prend doucement possession de lui avec l’âge et le lien consubstantiel qui l’unit au presbytère où il a élu domicile. Il parle d’une « coquille qu’[il] aurai[t] sécrété autour de [lui] au fil des années »13. Il donne l’exemple inverse avec les « nomades du troisième âge » qui ont « la bougeotte » comme ces retraités californiens qui sillonnent l’Amérique à bord de leurs camping-cars et qui « assum[ent] le pilotage d’engins aux dimensions impressionnantes »14, prenant à contre-pied ceux qui clament l’indigence des seniors. Cette frénésie va à l’encontre de la « tremblote » qui s’empare des vieillards réduits à « sucrer les fraises », cloués à leur lit ou à leur rocking-chair.

La retraite, qui fait partie de ce que Caradec appelle « les transitions du vieillissement »15, constitue un cap qui nécessite que le sujet vieillissant repense son identité et son mode de vie. Tournier explique que prendre sa retraite pour un Européen signifie « se retirer à la campagne », « ne plus aller au boulot chaque jour, ne plus bouger », autant de tours négatifs dont ne se paient pas « nos amis d’Outre-Atlantique » : « Le troisième âge saisi par le démon du vagabondage »16 sonne presque comme une hérésie. Deux attitudes opposées ressortent de ce rapport à l’espace : un élan d’expansion, centrifuge, conquérant, et une posture de repli, un corps qui se pelotonne et se complaît dans un statu quo familier et rassurant.

De ce fait, le rapport au monde dépend de la manière dont l’âge est représenté et vécu et la vieillesse peut être décrite en termes de qualité et de quantité17. En tant que changement qualitatif, elle montre que la vie est envisagée sous l’angle du donné et du construit. Aussi Tournier loue-t-il « l’apprentissage, l’expérience, la recherche tâtonnante, patiente, étendue sur toute une vie »18.

Pour ce qui est de la quantité, elle relève certes du mesurable et constitue une donnée objective. Mais peut-on réellement déterminer le seuil à partir duquel on bascule véritablement dans la vieillesse ? Dans la société moderne, un consensus tacite fait coïncider le début de la vieillesse avec le début de la retraite. Pour Cicéron, la tranche d’âge dite senectute (vieillesse) commence avec la barre fatidique des soixante ans. Chez les Struldbrugs19 dans le Gulliver de Swift, aux yeux de la loi, un individu est considéré mort à l’âge de quatre-vingts ans. Qu’en est-il pour Tournier ?

Pour Tournier, les décennies fonctionnent comme des indicateurs. C’est ainsi qu’il définit un « sexagénaire » comme quelqu’un qui appartient encore à « l’âge du sexe » et un « septuagénaire » comme quelqu’un qui appartient à « l’âge du sceptre », récusant ainsi la vision qui fait du grand âge une période indifférenciée. La septième décennie (produit de sept fois dix-sept étant le chiffre sacré par excellence et dix le symbole de l’accomplissement) est un cap décisif. Le bâton de commandement, et outre son évidente connotation phallique, est l’insigne de la souveraineté. Sa remise répond à ce que l’ethnologue van Gennep appelle un « rituel de consécration » : « relique des ancêtres »20, le sceptre est un objet sacré « à la fois le signe et le réceptacle de la puissance royale-magico-religieuse ». Le nouveau détenteur du sceptre se trouve investi d’un certain pouvoir :

 

La race des panthères grises est en pleine expansion. J’y ai fait mon entrée en 1994. J’étais brillamment entouré lors de la remise solennelle du fameux sceptre, car la génération de 1924 rayonne d’un éclat prestigieux.

 

Tournier se félicite d’appartenir à « la race des panthères grises » et cite des noms illustres formant cette communauté de pairs : « J’étais entouré de Charles Aznavour, Raymond Barre, Marlon Brando, Charlton Heston, Paul Newman, Roland Petit et quelques autres »21.

En tant que seuil, la vieillesse n’est pas étrangère à la sacralité qui auréole tout point de passage. Le sacré est le domaine de l’inviolable, que l’on ne peut fouler impunément si l’on n’y a pas été convié. Eliade note en effet que « le seuil est à la fois la borne, la frontière qui distingue et oppose deux mondes, et le lieu paradoxal où ces deux mondes communiquent, et où peut s’effectuer le passage du monde profane au monde sacré »22.

Tournier procède en plus à la subdivision de cette tranche d’âge en périodes successives selon les décades et ces différents jalons dénotent une expérience singulière du temps. Mircea Eliade explique que « pour l'homme religieux, l’espace n’est pas homogène ; il présente des ruptures, des cassures : il y a des portions d’espace qualitativement différentes des autres »23. Ceci vaut également pour le temps, et tout passage – signifié en l’espèce par la succession de décennies « qualitativement différentes » – acquiert une sacralité certaine :

 

Qu’on le veuille ou non, et sans aucune intervention volontaire de notre part, la vie est une succession de « périodes ». Régulièrement une période s’achève et une autre commence.24

 

Dans ce sens l’expérience tourniérienne du temps n’est pas profane.

En somme, la représentation du « devenir vieux » chez Tournier reprend la distinction faite par van Gennep des trois phases de tout rite de passage : « séparation », « marge » et « agrégation »25 : La séparation marque la disjonction, le détachement (le sujet perçu comme vieux se détache de la communauté des jeunes ou des adultes), la marge est une phase transitoire, une latitude qui se situe entre la maturité et la mort. La maladie et la faiblesse du sujet deviennent autant d’épreuves qui préparent l’accès au palier suivant. Suite à cet intervalle, l’agrégation recouvre l’admission de la personne dans une nouvelle catégorie (celle des « personnes âgées », des « candidats à la mort »).

Cela dit, et malgré cette volonté de fragmenter la durée, l’auteur de Vendredi choisit parfois de gommer enfance et jeunesse puisque « vieillir est un processus s’étendant sur toute la vie qui commence par la naissance et se termine par la mort »26. La vie est en somme une succession ininterrompue de pertes. Cette conception que d’aucuns qualifieraient de « holistique », dispense de la détermination des différentes tranches. L’avancée en âge suit une courbe ininterrompue : « Chaque instant de la vie est un pas vers la mort », regrette Corneille dans L’imitation de Jésus-christ. La vie redevient le « continuun » qui selon Edgar Morin « a été sociologiquement discontinué par l’organisation sociale »27 :

 

Les âges s’intègrent, possèdent une continuité. À un âge avancé, chacun conserve des traits enfantins ; adulte, il est fréquent que l’on prolonge, même sans le savoir, certains traits de l’adolescence. Avec l’âge, chacun devrait être conscient qu’il possède en lui tous les âges de la vie et si on me posait la question « quel âge as-tu ? », je répondrais : « j’ai tous les âges en moi. »28

 

En somme, qu’il soit envisagé sous l’angle de l’hétérogénéité sacrée ou de l’homogénéité profane, le « devenir vieux » ne peut être appréhendé compte non tenu de son terme : la mort. D’ailleurs, une section entière de Petites Proses est consacrée au thème de la « Mort » et répand comme une résonance stoïcienne. L’auteur y livre sa conception de la vieillesse perçue comme initiation : Être vieux c’est apprendre à mourir.

Comme Morin qui affirme « Si je regarde mon carnet d’adresses, c’est un cimetière », Tournier soutient qu’« être jeune, c’est n’avoir perdu personne encore. Mais ensuite nos morts nous entraînent avec eux »29. Il confie dans une entrevue la manière dont il se représentait la vieillesse :

 

Quand j’imaginais la vieillesse, je prévoyais toutes sortes de diminutions physiques ou intellectuelles qui m’effrayaient. J’oubliais le pire : la mort de ceux qu’on aime. Il n’y a rien de tel pour vous détacher de la vie. Où qu’ils soient […] j’aspire à aller rejoindre mes familiers. C’est cela, je pense, la vraie vieillesse.30

 

Ces propos trahissent la contamination du vivant par la mort, de sorte que le vieillissement semble désormais relever de la « survie ». Tournier révèle les étapes de cette initiation qui l’a introduit aux mystères de l’au-delà :

 

Quelle est la leçon des ténèbres ? Que me veulent-elles, toutes ces silhouettes grises ? Qu’ont-elles à me souffler, ces bouches pleines de silence ? Il m’a fallu du temps pour le comprendre, pour l’accepter. Aujourd’hui, je le sais. Ils viennent me rappeler mon appartenance à leur communauté. Ils viennent me dire que je suis des leurs, et déjà mort en quelque sorte.31

 

L’auteur est rappelé à sa condition de simple mortel et fait écho aux dires d’Épicure32: « Lequel vaut mieux, […] que la mort vienne vers nous, ou nous vers elle ? ».

Cependant, et outre cette conscience de la fin, nous constatons chez Tournier la présence de l’élan inverse, c’est-à-dire une célébration inconditionnelle de la vie et une poétique nouvelle du bonheur. Mathilde Bataillé identifie « la sacralisation du quotidien » dans les « textes brefs non-fictionnels » de Michel Tournier33. Elle explique que les détails les plus insignifiants de la vie quotidienne acquièrent une importance singulière liée au sentiment de la perte imminente. Pour Tournier comme pour Proust, la vieillesse « est le temps où l’on découvre le prix du temps »34.

En effet, dans sa préface, Tournier présente Célébrations comme un livre qui célèbre « la richesse inépuisable du monde »35 et dans Journal Extime, il se plaît à noter « les évènements petits et grands de [s]a vie quotidienne, le temps qu’il fait, les métamorphoses de [s]on jardin, les visites qu’[il] reçoi[t] »36. La beauté devient « un phénomène des plus communs. Il est impossible de descendre dans la rue sans s’y heurter »37.

Tournier retrouve la faculté de s’émerveiller devant des « p’tits riens », tel un enfant. Il rejoint la pléiade des « minimalistes positifs » dans leur célébration du minuscule. Le présent prend le dessus sur le passé. Il incombe fatalement au sujet âgé de résoudre la tension continue entre « être » et « avoir été ». En l’espèce, ce sont les situations hic et nunc qui prévalent.38

Même si la « silhouette encapuchonnée »39 de la mort ne cesse de hanter les derniers textes de l’écrivain, l’ermite de Choisel parvient à concilier la double postulation – aux prises à la fois avec Éros et Thanatos – en écrivant lui-même sa propre nécrologie (nécrologie que Serge Koster qualifie d’« anthume »), animée d’un souffle épidictique certain. Cette « chronique d’une mort annoncée » empiète sur le territoire inviolé de la mort et se termine par l’épitaphe suivante « Je t’ai adorée, tu me l’as rendu au centuple. Merci la vie ! »40.

Une autre conception de la vieillesse nie la durée et oppose un démenti farouche à la chronologie. Par exemple, dans les premières fictions romanesques, le vieillissement n’est pas représenté comme un processus graduel mais comme une transfiguration abrupte : Robinson pour qui l’extase solaire a suspendu le cours du temps humain éprouve tout le poids de l’âge avec le départ de Vendredi :

 

Robinson comprit que ces vingt-huit années qui n’existaient pas la veille encore venaient de s’abattre sur ses épaules. Le Whitebird les avait apportées avec lui – comme les germes d’une maladie mortelle – et il était devenu tout à coup un vieil homme.41

 

Une durée de vingt-huit ans se trouve comprimée et en acquiert une pesanteur matérielle.

Le personnage de Balthazar est également sujet à ce « coup de vieux » qui le surprend inopinément avec la mise à sac du « Balthazareum » :

 

Et puis il y a eu l’accident, le noir attentat de la nuit sans lune, cet équinoxe d’automne qui m’a fait passer d’un seul coup de la jeunesse éternelle où je m’étais enfermé avec mes narcisses et mes merveilles, à une vieillesse amère et recluse. En quelques heures, mes cheveux ont blanchi et ma taille s’est courbée, mon regard s’est voilé et mon ouïe s’est durcie, mes jambes se sont alourdies et mon sexe s’est rabougri.42

 

Un raccourci de « quelques heures » provoque la métamorphose spectaculaire du roi esthète que l’éternité de l’art a jusque-là épargné.

Synonyme de dégradation, la vieillesse est à l’origine du fantasme lancinant de la « Belle Mort » tant célébrée par les Anciens. Tournier avoue lui-même aspirer à une fin glorieuse :

 

Ça doit être l’âge. Je me soucie de plus en plus de faire une belle fin. Je regarde les autres mourir. J’apprécie ou je déplore. Certains sortent en beauté, d’autres s’effondrent dans l’abjection ou le ridicule.43

 

De même, les personnages des romans rêvent de dénouements épiques comme si « le non-vieillir [avait] […] pour contrepartie une jeunesse foudroyée »44. Le personnage scabreux de l’oncle Alexandre se dit « assuré d’échapper à l’indignité d’une mort par maladie ou vieillesse » :

 

Non, chère carcasse, maigre et nerveuse […], tu ne connaîtras pas le boursouflement de l’obésité hétérosexuelle, ni celui de l’œdème ou de la tumeur. Tu mourras sèche et battante dans une lutte inégale où t’aura jetée l’amour.45

 

De tempérament veule, Édouard se voit lui aussi mourir de sa belle mort tel un héros homérique :

La guerre lui apporterait cette fin prématurée – à la fois propre, digne de lui, impeccable, sinon héroïque – qui lui épargnerait la déchéance de la vieillesse.46

 

La tension entre le cours irréversible de l’Histoire et les limbes d’une atemporalité mythique est résumée par Baltahazar :

 

En vérité, toute ma vie se joue entre ces deux termes : le temps et l’éternité. Car c’est l’éternité que j’ai trouvée en Grèce, incarnée par une tribu divine, immobile et pleine de grâce, sous le soleil, lui-même statue du dieu Apollon. Mon mariage m’a replongé dans l’épaisseur de la durée, où tout est vieillissement et altération.47

 

Amoureux du portait d’une belle inconnue avant de partir à sa recherche et de la trouver, le roi de Nippur ne peut supporter de voir « la coïncidence de la jeune Malvina avec le ravissant portrait qu’[il] aimai[t] se défaire d’année en année, par « coups de vieux » successifs accusés par la princesse hyrcanienne ». Balthazar réalise avec amertume que « l’éphémère et bouleversante vérité humaine »48 ne peut aspirer à l’éternité.

Dans Le Roi des Aulnes, Abel Tiffauges figure une autre alternative au vieillissement, la suspension de ce qui semble inéluctable. Il se présente comme un être supérieur, transcendant le temps et l’espace :

 

[…] mon éternité me donne une infranchissable distance en face du drame du vieillissement, et j’observe avec un détachement empreint de mélancolie le flux et le reflux des générations, comme un rocher dans une forêt la ronde des saisons.49

 

Cet état d’immutabilité minérale enfreint les lois de la condition humaine vouée à la finitude.

De quelque façon que ce soit, le vieillissement demeure un devenir, une métamorphose. Montandon analyse l’altération qui accompagne la vieillesse et l’associe à une forme d’altérité : devenir vieux c’est devenir autre50. Chaudier relève le « paradoxe ontologique » de la vieillesse : « Sans cesser d’être même, la chose se présente sous une autre forme ». C’est le facteur « temps » qui fonde l’unité de ce qui vieillit. Chaudier explique que « le Temps qui d’habitude n’est pas visible, pour le devenir cherche des corps »51. Le corps porte les stigmates des années et confère une matérialité au temps. Cette « mise en forme » n’est pas sans affinité avec le génie de l’art : la vieillesse devient une expérience esthétique.

Aussi Tournier soutient-il la gageure de représenter l’irreprésentable :

 

Si une vieille femme est figurée tenant à la main, bien en vue, une photo d’elle-même à vingt ans, alors un abîme s’ouvre sous l’œil de l’observateur. Abîme d’un genre particulier, impur certes, mais d’autant plus efficace : abîme de temps, car le demi-siècle qui sépare ces deux visages saute aux yeux, lourdement aggravé par la sereine mélancolie de la vieillarde qui nous prend à témoin du ravage des ans .52

 

À la manière d’un trompe-l’œil, l’auteur représente le vieillissement de la femme et l’« abîme de temps » devient palpable, visible à l’œil nu, et ce grâce à un artifice ingénieux.

Dans un fragment de son Journal Extime, le diariste constate que « les lys du jardin s’épanouissent tous en quelques heures », ce qui lui fait songer au poème de Victor Hugo dont il cite quelques vers. Booz observe « les collines ayant des lys sur leur sommet » puis s’exclame : « Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt ! ». Et Tournier de conclure laconiquement : « Voilà qui me convient »53.

La blancheur laiteuse du lys confère éclat et majesté aux têtes chenues, couronnées de l’emblème royal. L’épanouissement spectaculaire décrit par l’auteur associe la vieillesse à une plénitude heureuse et une double esthétisation de l’âge avancé passe par la métaphore du lys et par l’écran du poème. Cette transfiguration de la vieillesse rappelle l’épisode proustien où Swann commence à percevoir autrement Odette dès qu’il décèle son air de ressemblance avec la Sephora de Botticelli. De même, Michel Tournier s’identifie à la figure de Booz pour sublimer les ravages des années.

Par ailleurs, écrire la vieillesse revient pour celui qui a réécrit le Robinson Crusoé de Defoe à reprendre les motifs du genre littéraire de la robinsonnade. Dans ses mémoires, Mauriac éprouvait déjà cette analogie :

 

J’habite une île, je suis assis sur un rocher. Quelle solitude que la vieillesse ! je décris mon rocher et mon île. Les pensées qui m’y viennent, les inspirations qui m’y visitent. Que pourrais-je faire d’autre. Un vieil homme est toujours Robinson.54

 

Nous tenterons donc de creuser cette parenté entre la représentation de la vieillesse et l’écriture de la robinsonnade.

Le premier ingrédient du genre serait incontestablement la solitude du sujet. C’est ainsi que dans Le vent Paraclet, Tournier évoque la solitude du naufragé de Speranza :

 

Robinson se présente d’abord comme le héros de la solitude. Jeté sur une île déserte, orphelin de l’humanité tout entière, il lutte des années contre le désespoir, la crainte de la folie et la tentation du suicide.55

 

« Le désespoir, la crainte de la folie et la tentation du suicide » sont effectivement des écueils qui guettent les sujets âgés et solitaires. Sollicité par une maison de retraite qui lui demande une inscription pour la salle de séjour, Tournier propose cet aphorisme, tragique de vérité : « les enfants vont en groupes. Les adultes sont en couples. Mais le vieillard s’en va tout seul »56.

Sur son île déserte, Robinson, manque de ressources et se bat pour sa survie. Nous pouvons en dire autant du sujet vieillissant, mis sur le ban de la société et contraint à gérer les interdits médicaux que lui impose son état.

Loin de la civilisation, le vieil homme-Robinson s’inscrit dans une temporalité à part, dans une durée anhistorique, loin du rythme effréné de la vie active (travail, mondanités, projets) scandée par les balancements d’un glas par trop menaçant.

Par ailleurs, la régression est une autre caractéristique commune à la vieillesse et à l’écriture de la robinsonnade. Tournier, dont les textes sont parcourus par le fantasme d’un regressus ad uterum57, semble trouver dans le sort de Robinson une alternative satisfaisante. Faisant l’expérience d’une régression, le seul survivant de la Virginie est nu, faible, condamné au mutisme. La vieillesse offre de même une galerie de vieillards édentés ou frappés d’incontinence, bégayant inlassablement les mêmes mots à l’image des enfants en bas âge.

L’espace de la robinsonnade – l’île ou tout espace analogue – répond pourtant chez Tournier à la même définition que l’absolu :

 

Qu’est-ce que l’absolu ? C’est étymologiquement ce qui n’a pas de rapport, pas de relation. Terme négatif par conséquent qui bloque simplement l’activité spontanée, aliénante et scientifique de notre esprit. Car nous sommes dressés à tisser constamment un réseau relationnel où nous sommes pris avec les choses et les gens qui nous entourent. Chaque objet, chaque homme se trouve nié en lui-même pour renvoyer à d’autres objets, à d’autres hommes, à des fonctions, à des modes d’emplois, à des valeurs extrinsèques dont les étalons se situent ailleurs, très loin, nulle part.58

 

Tournier note l’équivalence sémantique entre la définition de l’absolu et la définition de l’île « expression géographique de l’absolu »59 et conclut que « pour retrouver l’absolu, il n’est que de couper ces liens »60. Ainsi, cette forme de rupture devient libération et la vieillesse, avatar insulaire, apparaît comme une émancipation :

 

Marcher au pas ? Je l’ai assez fait dans mon enfance. Comme beaucoup de jeunes, j’adorais les clans, les embrigadements, les mots d’ordre. Et puis, en vieillissant, j’ai commencé à secouer tout cela.61

 

Si la vieillesse est cette île hostile, coupée de tout, le sujet vieillissant refait le parcours de Robinson, avec ses différentes phases, allant du désespoir et de l’impuissance, à l’acceptation et à l’adaptation, avant d’atteindre au final cette « héliophanie » qui couronne le périple du Robinson tourniérien.

À la clausule de Journal Extime, Tournier évoque l’euphorie qui accompagne « la fin du voyage ». Une perspective téléologique place le crépuscule de la vie comme une destination vers laquelle tendre sciemment. L’avancée dans l’âge est désormais perçue tel un crescendo, se terminant par une éclatante apothéose. George Sand signait une vision optimiste analogue :

 

On a tort de croire que la vieillesse est une pente de décroissement : c’est le contraire. On monte, et avec des enjambées surprenantes. […] On ne s’en rapproche pas moins du terme de la vie, mais comme d’un but et non comme d’un écueil.62

 

L’idée de finalité parcourt de même le discours de Tournier qui déclare que « la fin du voyage, c’est son but, sa finalité, mais aussi son achèvement, son point final »63. Nous retrouvons aussi la métaphore traditionnelle qui assimile la vie à un voyage tortueux, semé d’embûches et l’homme à un homo ambulator, constamment en mouvement.

 

Cette image n’est pas sans affinité avec celle de l’homo viator chrétien, homme-pèlerin, de passage sur le Terre et promis au grand voyage vers la Jérusalem Céleste64. La spatialisation du temps sur laquelle repose la métaphore du voyage domine le fragment « Ombre »65 où l’on peut lire que « le chemin de la vie va d’est en ouest ». Les verbes de déplacement accompagnent le périple de l’enfant qui marche le dos au soleil levant et de l’homme mûr qui « avance de plus en plus lentement, et s’amenuise à mesure que grandit son passé ».

Outre l’idée de finalité et de destination, la vieillesse présente pour Tournier des attraits insoupçonnés, chose pour le moins inhabituelle dans un discours sur le grand âge. L’écrivain affirme en effet être envahi de « bouffées d’euphorie qu’[il] ignorai[t] jadis »66 et assure que « c’est l’un des charmes – et non des moindres – du grand âge »67.

Il compare « l’approche de la mort » – vivifiante à bien des égards – et la naissance qui « s’accompagne d’une souffrance affreuse ». « Rien de plus cruel que cette insertion brutale hic et nunc dans l’existence », conclut-il. À l’inverse, avec la « proximité de la mort », le registre de la volupté contamine progressivement le texte et l’irrigue d’une isotopie du plaisir :

 

À l’inverse, la mort est provoquée par un coup de volupté d’une intensité mortelle dont la drogue et l’orgasme ne sont que de timides avant-goûts. Les mâchoires de l’espace et du temps – hic et nunc – s’étant brusquement desserrées, me voilà délivré de l’existence. Je m’épanouis comme une bulle dans le néant avant de disparaître en éclatant de rire.

 

Au demeurant, le paroxysme du plaisir est communément appelé « la petite mort » et les stupéfiants, mortels subterfuges, ont un effet euphorisant.

Le grand âge devient un absolu, qui ne se définit plus par rapport aux âges antérieurs, et accède à la plénitude ontologique.

Ainsi, Tournier dépeint les splendeurs et misères du grand âge et se démarque de la vox populi qui ne cesse d’accabler les sujets vieillissants. La variété des nomenclatures – « tempes grises », « panthères grises », « âge du sceptre » etc. – montre que le grand âge recouvre un spectre large. L’auteur de Vendredi ne cherche pas à gommer les affres de la sénescence qui se présentent à la manière de « dommages collatéraux » préparant l’envolée euphorique à l’approche de la mort. La vieillesse survient tel un finale magistralement orchestré.

Son statut médian entre la vie et la mort la dote de la sacralité des seuils. Rythmée de points de passage, la vieillesse apparaît comme un domaine sacré qui implique une initiation, la construction d’un savoir sur soi et sur le monde.

Chez Tournier, la prise de conscience du vieillir n’est pas liée au regard de l’Autre, or c’est souvent le détour par l’autre qui provoque cet accès de lucidité.

Véritable expérience de l’absolu, la vieillesse est considérée pour elle-même, délestée des liens antérieurs. Dans leur isolement insulaire, et avant de faire « le grand voyage », les Aînés vivent leur solitude d’abord comme un fardeau puis comme une libération. Ils n’existent plus que pour eux-mêmes.

Les écrits de Michel Tournier permettent enfin de renégocier la hiérarchie des âges que Morin compare ainsi :

 

L’adolescent était considéré comme un être sans expérience de la vie, bruyant, utopiste, tandis que le vieillard, de son côté, était l’être toujours sénile bon à mettre au placard. Entre les deux, la figure de l’adulte n’a guère eu de mal à émerger en véritable plénitude de l’humanité.68

 

Paraphrasant Morin, nous pouvons affirmer qu’avec Tournier, le grand âge devient la « véritable plénitude de l’humanité ».

On a peut-être l’âge de ses artères, mais « la grande question, c’est de savoir mettre le temps dans son jeu »69. Tournier nous invite à penser le Temps comme un artiste qui dispose des corps, les transforme et se les approprie.

 

Notes

 

1 Michel Tournier, Célébrations, Mercure de France, 1999, p. 310.

2 Vincent Caradec, Sociologie de la vieillesse et du vieillissement, Armand Colin, « coll. 128 », 2008.

3 Michel Tournier, Célébrations, op.cit., p. 129.

4 Ibid.

5 Ibid., p. 130.

6 Ibid., p. 75.

7 Guy Debord, La société du spectacle, Buchet/Chastel, 1967.

8 Michel Tournier, Célébrations, op.cit., p. 102.

9 Ibid.

10 Ibid., p. 400.

11 Michel Tournier, Petites Proses, Éditions Gallimard, 1986, p. 79.

12 Edgar Morin, Mamou Yves, « Continuum des vies et discontinuité sociale », in Retraite et société 3/2001, n°34, pp. 166-173, www.cairn.info/revue-retraite-et-societe-2001-3-pages-166.htm

13 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 12.

14 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 233.

15 Vincent Caradec, op. cit.

16 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 233.

17 Le même dispositif théorique sert d’ailleurs à définir la maladie, cousine germaine de Dame Vieillesse : « La maladie revêt deux formes, l’une quantitative, l’autre qualitative. La maladie quantitative se ramène à un manque (hypo) ou à un excès (hyper). Ainsi la pression artérielle peut être excessive ou au contraire dangereusement insuffisante. La santé se définit de ce point de vue comme un équilibre harmonieux de toutes les fonctions », in Le miroir des idées, Mercure de France, 1994, p. 32.

18 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 99.

19 Les Struldbrugs sont immortels mais continuent à vieillir indéfiniment, à l’instar de Tithonos pour qui Éos, la déesse de l’aurore, obtient l’immortalité mais pas la jeunesse éternelle.

20 Arnold Van Gennep, Les rites de passages, Paris, A. et J. Picard, 1981.

21 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 130

22 Mircea Eliade, Le sacré et le profane, [1957], Gallimard, 1965, p. 28.

23 Ibid., p. 25.

24 Michel Tournier, Journal Extime, Editions Gallimard, 2004, p. 144.

25 Arnold van Gennep, op. cit.

26 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit.

27 Edgar Morin, op. cit.

28 Ibid.

29 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 243.

30 Serge Koster, Michel Tournier, Zulma, 2005 [1986], p. 216-217.

31 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 242.

32 Cité par Sénèque.

33 Mathilde Bataillé, « les textes brefs non-fictionnels de Michel Tournier : la célébration de la vie au miroir de la maturité », in Thélème, Revista Complutense de Estudios Franceses, vol 29, n°1, 2014, pp. 23-35.

34 Chaudier Stéphane, « Vieillir dans à la recherche du temps perdu », in Gérontologie et société 3/2005, n°114, pp. 15-30, www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2005-3-page-15.htm.

35 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 10.

36 Michel Tournier, Journal Extime, op. cit., p. 11.

37 Ibid., p.39

38 Nous nous inspirons de l’analyse de Caradec, op. cit.

39 Michel Tournier, Journal Extime, op. cit., p. 13.

40 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 245.

41 Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Gallimard, 1967, p. 138.

42 Michel Tournier, Gaspard, Melchior et Balthazar, Gallimard, 1980, p. 39.

43 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 55.

44 Joëlle Prungnaud, « le non-vieillir et la fable du vampire », in Figures du vieillir (dir. Alain Montandon), Presses Universitaires Blaise Pascal, CRLMC, 2005, p. 55.

45 Michel Tournier, Les Météores, Éditions Gallimard, 1975, p. 129.

46 Ibid., p. 291.

47 Michel Tournier, Gaspard, Melchior et Balthazar, op.cit., p. 37.

48 Ibid.

49 Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, Gallimard, 1970, p. 84.

50 Alain Montandon, « préface », in Figures du vieillir (dir. Alain Montandon), Presses Universitaires Blaise Pascal, CRLMC, 2005.

51 Stéphane Chaudier, op. cit.

52 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 137.

53 Michel Tournier, Journal Extime, op. cit., p. 143.

54 François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Gallimard, 1965, p. 46.

55 Michel Tournier, Le vent Paraclet, Éditions Gallimard, 1977, p. 221.

56 Michel Tournier, Célébrations, op. cit., p. 128

57 Tournier invente par exemple le verbe « dé-naître » qui signifie un retour possible aux limbes prénatales, cf., Célébrations, op. cit., p. 131.

58 Michel Tournier, Le vent Paraclet, op. cit., p. 298.

59 Ibid., p. 299.

60 Ibid., p. 298.

61 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., p. 99.

62 George Sand, Journal intime, Paris/Genève, Slatkine, p. 232.

63 Michel Tournier, Journal Extime, op. cit., p. 262.

64 Landman Claude, « la vie est-elle un voyage ? », in La revue lacanienne 3/2011, n° 11, pp. 187-194 ; www.cairn.info/revue-la-revue-lacanienne-2011-3-page-187.htm

65 Michel Tournier, Petites Proses, op. cit., pp. 240-241.

66 Michel Tournier, Journal Extime, op. cit., p. 242.

67 Ibid., p. 262-263.

68 Edgar Morin, op. cit.

69 Serge Koster, Michel Tournier, op. cit., p. 199.

 

 

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Pour citer cet article

 

Jihane Tbini, « Michel Tournier, redéfinir la vieillesse », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/tournier-vieillesse.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 10:51

 

Dossier mineur | Textes poétiques

 

 

Extrait de

 

 

Naevus Bleuet, chapitres 43 à 45,

 

 

Éditions Cockritures, 2015

 

 

Joan Ott

 

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de

l'auteure et de sa maison d'édition Cockritures

Extrait de Naevus Bleuet, chapitres 43 à 45, Éditions Cockritures, 2015

© Crédit photo : Première de couverture illustrée de Naevus bleuet.

 

 

 

Elle ne marmonnait plus. De cela, il était certain. Elle s’enfermait parfois dans la salle de bains, mais pas très souvent, et pas très longtemps. Il l’avait épiée pendant des heures, sans qu’elle s’en aperçoive. Elle passait le plus clair de son temps à tricoter devant la cheminée en écoutant Mozart. Inlassablement Mozart, L’Ave verum, encore et encore, du matin au soir.

Et si ça recommençait ? Si ça recommençait comme avant ? Mais avant, elle ne faisait pas ça. Mozart, oui, mais pas autant. Avant, c’était… Rien à voir, non, non, ce n’était pas ça. Ça ne pouvait pas être ça. Elle aimait Mozart ? Et alors ! C’était son droit.

Oui, mais à ce point-là…

Et puis, du jour au lendemain, il n’y en eut plus que pour Schubert. Au début, ça le rassura : il n’y avait pas que Mozart. Oui, mais l’opus 100, cent fois répété, et jour après jour, c’était tout de même un peu inquiétant, non ?

Mais non ! Elle avait des lubies, des passions. Chacune durait un temps, avant de laisser la place à une autre, qui elle-même serait remplacée par une autre, et ainsi de suite, pour enfin revenir à la première, boucle bouclée, cercle parfait. Infernal ? Non, non… une manie inoffensive, tout au plus. Markus avait décidé de bannir à tout jamais de son vocabulaire le mot obsession. Elle avait toujours été un peu bizarre. Même ses copines le disaient. Toutes, elles le disaient : Amandine ? Elle est un peu spéciale. Et elle en convenait volontiers, ça la faisait même sourire, parfois. Spéciale, étrange, originale, bizarre, elle l’avait toujours été. Pourquoi changerait-elle ?

Pourtant, pendant les deux années passées à s’occuper de Mathilde, elle ne passait pas son temps à écouter le même CD à longueur de journée. Est-ce qu’elle allait mieux, alors ? Peut-être. Ou alors, ça lui manquait terriblement, mais elle prenait sur elle, à cause de Mathilde. Mais non : elle n’avait pas une minute à elle, la malade l’occupait entièrement, voilà où était la vérité. Il n’aurait peut-être pas dû l’étouffer sous l’oreiller.

[…]

Je fais bien attention. Parce que s’il me voit, s’il m’entend, il va croire que… et alors, la clinique. Mais il ne m’aura pas. Il ne m’aura pas parce que je ne suis pas folle, pas folle du tout, c’est lui, c’est eux tous, mais c’est lui, oui, lui surtout. Qu’est-ce qu’il croit ? Que je ne le vois pas ? Il me surveille, il m’épie, il m’observe. Tout comme les autres. Oui, eux aussi. S’ils s’imaginent que je ne le sais pas ! Je les vois, tous, ils sont là, ils me regardent et ils parlent, ils disent des choses, et quelles choses ! Je les entends, je sais tout, tout ! Depuis le temps ! Ils en ont après moi, tous autant qu’ils sont. Rouge, moi ? Rousse, oui, mais pas rouge. Ce n’est pas la même chose, pas du tout, mais eux, ils ne voient pas la différence, ils sont comme ça, tous pareils, ils ne savent pas. Ne veulent pas savoir. Ne sauront jamais. Bêtes immondes qui me narguent, qui me tancent, qui me jaugent et me jugent du haut de leur blondeur, du haut de leur noirceur. Âmes pourries, avilies. J’avais cru pourtant… mais non, aucun espoir…

les choses ne changent pas

pas plus que les gens on croit qu’ils peuvent changer que tout peut changer on veut y croire on y croit presque mais non rien ne change jamais même lui oui même lui

lui surtout il dit qu’il m’aime mais la vérité sa vérité leur vérité à tous AU FEU LA ROUGE mais c’est fini bien fini ils ont bien failli m’avoir une fois déjà il s’en est fallu de peu s’en est fallu d’un cheveu de rousse mais ça a raté alors maintenant ils recommencent mais ils ne m’auront pas

pas plus que la première fois ils ne m’auront jamais et lui pas plus que tous les autres des bêtes assoiffées de sang

sang rouge lui comme les autres mais ils auront beau faire tous autant qu’ils sont ils ne m’auront pas je ne sortirai plus d’ici ici ils ne peuvent pas me voir pas de fenêtre et bien attrapés tous oui bien attrapés attrapés attrapés attrapés j’ai ce qu’il faut voilà comme ça encore encore

plus rien voilà c’est bien

comme ça maintenant lui et eux

eux et lui bien attrapés tous

bien attrapés tous autant qu’ils sont

[…]

Il la trouva à l’étage, dans la salle de bain de leur ancien appartement où ils ne montaient plus jamais.

Ciseaux ouverts à ses pieds, X d’acier froid et menaçant qui brillait sur la masse des cheveux coupés.

Crâne nu mais rouge encore.

Rouge du sang qui s’écoulait en fins filets, barbouillant ses épaules, son front, ses joues diaphanes de rousse. Elle était là, immobile, assise sur le rebord de la baignoire. Ses yeux grands ouverts ne cillaient pas. Absente. Ailleurs. Muette, immobile, souriante. Comme statufiée.

Il la porta jusqu’à la chambre qu’elle avait faite sienne, nettoya et pansa ses blessures puis s’allongea tout contre elle, sur le grand lit des parents dont depuis des mois elle l’avait banni. Il la berça longtemps : Ma chérie, mon amour, ma mie, mon aimée, reviens, ne me laisse pas, qu’est-ce que je deviendrais sans toi, sans toi je ne suis rien…*

 

* Voir la page du livre chez l'éditeur : http://cockritures.fr/naevusbleuet/index.html

 

***

Pour citer cet extrait

 

Joan Ott, « Extrait de Naevus Bleuet, chapitres 43 à 45, Éditions Cockritures, 2015 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/naevusbleuet.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:50

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Extrait de

 

 

SI jamais tu partais

 

 

version pour le théâtre

 

 

d’après le roman de Joan OTT

 

 

Joan Ott

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de

l'auteure et de sa maison d'édition Le Manuscrit

Extrait de SI jamais tu partais, version pour le théâtre d’après le roman de Joan OTT

© Crédit photo : Le visuel de l’affiche pour le spectacle "Si jamais tu partais",

adaptation du roman de Joan Ott.

 

 

 

Lucie, devenue une vieille dame, se souvient. Ceci est la toute fin de la pièce.

Les enfants sont restés longtemps à la maison : des diplômes en veux-tu en voilà, mais pas de travail, la crise… Ils ont tout de même fini par se caser. Alors ils sont partis eux aussi. Ils se sont mariés sur le tard, et ils ont fait des petits : un chacun. J’espère bien qu’ils s’arrêteront là parce que plus, je ne sais pas si j’aurais la force. Les avoir tous les trois le mercredi, ça me fait bien plaisir, et leur raconter des histoires – leur héros préféré, c’est Licou le Protecteur. Chaque semaine, ils me réclament une nouvelle aventure, une qui fait bien peur… alors je recycle mes vieilleries : la panthère noire, le méchant loup, les dames Grenouilles et Piquedoux… ça me fait bien plaisir. Mais ça me fatigue un peu aussi. C’est que je vieillis. Elle se regarde dans le miroir. Finalement, c’est quoi, une vie ? Pendant des années, on attend d’être grand, et puis un jour on est grand, alors on commence à s’agiter, on s’émeut, on crie, on pleure, on rit, oui, on rit aussi, on aime parfois, oui on aime, au moins une fois : on se rencontre, on se quitte, on se retrouve, on se perd, on travaille, on gagne des sous, un peu, beaucoup, qu’importe, on fait des enfants, on les regarde grandir, et puis les enfants des enfants, et on ne se voit pas vieillir, jusqu’au jour où on est bien obligé de voir, on ne peut plus faire autrement, alors on se dit : C’est ça, ma vie ? C’est rien du tout ! Pas même de quoi en faire une chanson. Et le bonheur ! Ce fichu bonheur ! Quand donc les gens comprendront-ils enfin que ça n’existe pas ? L’amour, oui, peut-être, mais le bonheur… Au miroir : Oui, oui, j’arrête ! Mais tout de même… je vieillis… même si ça ne se voit pas… Elle lisse son visage, tentant d’effacer les rides, puis se tire la langue enfin… pas trop encore… je vieillis. Mais je n’ose pas dire non. Je ne voudrais pas passer pour une décatie, une plus bonne à rien, alors je dis oui pour les mercredis. Et comme la maison est grande, je dis oui pour les vacances aussi.

Elle va s’asseoir : Quand ils ne sont pas là, c’est bien aussi.

J’ai tout mon temps. Du temps à revendre… Alors, je me souviens…

Elle enlève ses chaussures qui tombent au sol avec un bruit mat

Musique : Les Mots d’amour, version Paul Motian

Souvenirs du temps où j’étais déesse, et danseuse étoile, et chanteuse. Souvenirs du temps où je faisais des romans… Mais non… pas l’ombre d’un… pas même une ligne. Rien. Des livres, j’en ai lu pourtant : libraire pendant plus de quarante ans… J’ai été une bonne épouse et une bonne mère, enfin… j’ai fait comme j’ai pu… Maintenant j’essaie d’être une bonne grand-mère.

Elle se lève, fait des demi-pointes maladroites devant le miroir en fredonnant.

S’ils me voyaient !

Elle pouffe dans sa main.

Mais ils ne me voient pas. Je suis bien sage, toujours bien sage, quand ils sont là.

Elle se remet à danser

Et j’espère que je pourrai dire oui quelques années encore, pour les vacances et pour les mercredis. Parce que des petits dans une maison, c’est encore de la vie…

Sur la fin de la musique, lentement le NOIR descend.

 

Fin

 

***

Pour citer cet extrait

 

Joan Ott, « Extrait de SI jamais tu partais, version pour le théâtre d’après le roman de Joan OTT », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/si-jamais.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6

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