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Poèmes pour Le printemps des poètes
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Ego in te
inVerso italiano / enVers italien
(extraits inédits)
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Avant-Première
Des poèmes italiens inédits, tirés du recueil in progress,
également inédit, inVerso italiano.
Ego in te
Il Verbo s'è fatto carne per fare di me Dio !
Angela da Foligno
Vivo sin vivir en mí
y de tal manera espero,
que muero porque no muero.
Teresa d'Avila
encore un instant
noyer en corps ancora un istante in corpo annegare
sous les pliures cloîtrées des chairs sotto le pieghe claustre della carne
encore à la brûlure embrassante du jour ancora il giorno in abbruciato abbraccio
de l'ombre en corps la sidérale douceur dell'ombra in corpo siderea dolcezza
encore ce vide exquis ancora quel prezioso vuoto
ce plénier rien fleuri de tout quel pieno nulla
et ce silence obscur e quell'oscuro vibrante silenzio
vibrant au malléus
et de la langue coupée al malleo e della lingua spezzata
suave accord soave accordo
un instant en corps
un istante in corpo morta ancora mourir encore
di non morire di non denascere de ne pas mourir
de ne pas dénaître
in sé e fuori in ex-stasi di me hors de soi en soi
m'ek-stasier de moi
abito la mia morte habiter ma mort
traversando la scorza transpercer l'écorce
e d'amore m'ardo m'embraser d'amour
mia disciolta polpa dans ma pulpe défaite
carne mia divina dans ma chair divine
inVerso italiano / enVers italien
(extraits inédits)
* * *
immuti magri i movimenti
d'estasi memoria rapinosa
abbrividisce lenta
annegata serale
scorre
lampo imbrunato del granello a sera
lingua ardente
abrasa carne
piove
d'ombra l'arsura
muets, maigres les mouvements,
d'extase, mémoires ravageuses,
elle frémit
noyée dans la lenteur du noir
court,
foudre assombrie de grain de sable au soir
langue ardente
chair brûlée
tandis qu'il pleut
de l'ombre l'âpre soif
* * *
sguizzano
vitree come serpi
sugli asfalti fumidi
biglie rutilanti
e stremano rovine
billes rutilantes
frétillent sur les goudrons fumeux,
petits serpents vitreux
et des mondes en ruine s'éteignent
* * *
mortasmorta repleta bocca
asservato incuneato rostro
phoné spersa di moto
su di ammaestrate sillabe
in cauti dizionari
Raca !
ego te absolvo
voce senza respiro
impugnato soffio
un sole qui assorda
carica il tempo a nuove lune nere
putrefa l'aria
se carne non è musica
vostra carne e del mondo
ma rimorchio vuoto d'occhio
morne mourante bouche
bouche repue
d'un rostre soumis armée
phônê qui sur d'esclaves syllabes t'égares
en des glossaires prudents
Raca !
ego te absolvo
voix sans haleine
souffle prisonnier
ici un soleil assourdissant
à nouvelles lunes noires charge le temps
corrompt l'air
si votre chair n'est pas musique,
cette chair pâture du monde,
regard vide à sa solde
Notice biographique et notice des poèmes :
Trihn Lo, est titulaire d’un doctorat en méthodologies littéraires et, actuellement, chercheuse indépendante, Trihn Lo s'intéresse depuis quelques années à l'écriture poétique et à une langue rythmique et sonore. Elle a publié des poèmes dans des revues francophones et internationales (comme la revue de poésie 17 secondes ). Chercheuse indépendante, Trihn Lo s'intéresse depuis quelques années à l'écriture poétique. L'interrogation sur le sens du poétique et de la parole comme expression privilégiée d'un être au monde nourrit cette recherche orientée, notamment, vers l'expérimentation linguistique de l'auto-traduction, et dont la teneur charnelle témoigne d'un effort de s'approximer aux choses, et d'un "toucher le monde" autant que d'en être touché par le biais du corps/corps de la langue, même si, comme le dit Merleau-Ponty, « nous sommes pris dans le monde et nous n’arrivons pas à nous en détacher pour passer à la conscience du monde ». Par l'imbrication de ces deux pratiques, la poétique et la traductive, constitutives de sa propre écriture, elle tente de questionner les relations entre énonciation et ré-énonciation, identité et altérité ; car, on le sait, l'enjeu véritable de toute expérience auto-traductive reste au fond la subversion des rapports hiérarchiques entre original et copie, création et recréation. Sans nécessairement emprunter la forme calligrammatique, ses textes trahissent la tentation d'une imagination spatialisante ainsi qu'une fascination pour la matérialité de l'écriture, l'expressivité visuelle du signe.
Illustration de cette manière de se tenir dans l'entre-deux ˗ des langues et des codes ˗ le poème français « Ego in te », se doublant de sa version italienne. Juxtaposés, arrangés dans le même espace paginal, les deux textes, sans être l'un le reflet de l'autre, jouent sur un effet de miroir, effet peut-être déformant induit par le passage d'une parole à l'autre, d'un régime à l'autre, et dont la disposition graphique, géométrisante, proche d'un ruban de Möbius, ne fait que figurer la respiration rythmique inconstante, le mouvement de va-et-vient s'incarnant dans la chair du poème. Au premier abord, les textes se laissent en fait appréhender globalement, capturés par le regard dans leur espacement altéré : juste un demi-tour, un pli, une petite torsion imprimée à la forme circulaire pour que l'on ait l'impression d'un mouvement continu ; mais ce que le tracé, fonctionnant comme une trace dans sa rondeur culturalisée, dessine pour le plaisir de l’œil, c'est aussi, à peu près, la torsion que la mystique, dans son désir hors-norme, fait subir au corps normatif de la langue, à peu près la même impliquée dans la « bi-langue ».
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Pour citer ces poèmes
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Trihn Lo, « Ego in te » & « inVerso italiano / enVers italien (extraits inédits) », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 15 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/ego-in-te-inversoitaliano.html
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