22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 09:41

 

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Kathy Acker,

 

 

 

New York City in 1979

 

 

 

 

 

 

 

 

Camille Aubaude

 

Site & blog officiels :

www.lamaisondespages.com/

 

https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

 

 

Crédit photo :  Kathy Acker, Capture de l'mage de Wikipedia (domaine public) par LPPDM. 

 

 

Kathy Acker, New York City in 1979. Penguin modern : 27, 1979.

global.penguinrandomhouse.com

 

 

L’activiste féministe et universitaire new yorkaise Kathy Acker constate en 1979 que « l’intense désir sexuel est la plus grande chose au monde. »

Or, de tous temps, on l’a réprimé. Les gens préfèrent une vie sans histoire. Et puis il y a l’art.

 

 

Le premier tableau de Kathy Acker est un dialogue de putes en prison la nuit. On sent le silence. Les putes parlent de leur homme. Elles attendent qu’il vienne les sortir du trou. Il y en a une qui saigne depuis deux jours, son toubib lui a parlé d’avortement. Elles savent qu’elles appartiennent à la rue et qu’elles sont de braves filles qui rapportent de l’argent. Des petites filles en train d’avorter, qui rêvent d’hôtel alors qu’elles sont en prison, puis qui veulent dormir, parce qu’elles vont retourner au travail. Dans la rue. Si elles ont de la chance. Si l’homme vient les sortir de là. L’homme qui les a mise dans la rue.

 

Est-ce la peine de lire tous ces textes regroupés sous le titre « New York City in 1979 » ? On devine que les rapports entre hommes et femmes vont soulever ces vastes questions sans réponse, saboter tous nos plans cognitifs, ces pièges faits pour nous rassurer, nous qui voulons du sens, de l’intention, des finalités.

 

 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, "Bords de Loire devant la Maison des Pages d’Amboise", avril 2021. image fournie par la chroniqueuse. 

 

 

Le texte suivant est sur les lesbiennes définies comme des femmes qui préfèrent leurs propres manières à celles des mâles.

Subtil…

L’abyssale obscurité engendre une jolie métaphore : les lesbiennes préfèrent les grandes aires circonvolvantes de la sensualité au but direct, suivi de poursuites afin d’obtenir encore plus, et toujours plus, l’orgasme utérin étant la plus grande jouissance au monde. Réprimée sans appel, ne pouvant se répéter, ni s’enraciner.

 

Les espaces de volutes soulèvent quoi ? Pas les fesses (écrire face), les culs, les Whats ‘up, l’Ascension, la Pentecôte, où l’on parle « en langues », mais l’enchanteresse confiance du rêve. Très exactement, cette sensualité lesbienne « mène à dépendre des illusions. Les mensonges et le silence sont plus réels que la vérité » — ce qui ne veut pas dire grand-chose. En revanche, être passionnément épris de quelqu’un et « dépendre d’illusions », c’est tisser sa langue, soi-même, se mettre à ressembler aux décors anamorphosés apparentés aux drogues.

Après, les questions deviennent sordides. Ces femmes qui trouvent la force de prendre un avion pour rejoindre un homme, et s’en émeuvent, quelle tristesse ! Alors tout est faux, « fake », personne n’écoute, les leurres sont éteints. Les indignations sont construites pour être dans l’air du temps. Ne reste que « l’horrible désastre » que la narratrice veut voir désespérément, telle une « nouvelle chose qui va arriver cette année ».

 

Pas de soucis, disent-ils. 

Alors suivent des exemples, dont on ne sait si l’extrême gravité va ressortir à des jeux de rôles malsains ou à la défense de la dignité de l’être humain.

"JANEY est une femme qui a blessé sexuellement  et a été tellement blessée sexuellement (plus américain, tu meurs…) qu’elle est maintenant frigide (idem). Elle ne veut plus voir son mari. Il n’y a plus rien entre eux…"

 

On saute.

On survole l’épisode du Mudd Club (boue), pour couples riches en limousine :

— Regarde la voiture.

— Jésus. C’est ces voitures de riches hippies.

— Allons la prendre.

— Il y a le chauffeur pas très loin.

— On va le kidnapper.

Etc. etc.

 

Une page blanche, et un vers qui prône les Majuscules :

 

Je Veux Tout Au-Dessus Pour Être Le Soleil.

 

Le texte au titre enivrant est au verso dudit vers : Intense Sexual Desire is the Greatest Thing in the World.

 

Ce n’est plus une question ouverte, mais une affirmation ouverte, qui n’annonce pas la fin.

Je languis, je cherche la flamme parmi les nuées ascensionnelles, et chute dans la première phrase : 

 

« Janey rêve de queues. Janey voit des queues à la place des objets.

Janey veut baiser.

C’est la façon dont le Sexe rend Janey folle… C’est pire que cela : Si Janey est rejetée sexuellement son corps devient malade. »

 

Tout cela ressemble à quelque chose qui ne craint pas de se définir comme « la nature de la réalité »…

 

Le vide délie le noir et le blanc des lettres. Ce féminisme intellectuel brille de larmes. Il s’isole et s’effondre en rivalisant. Qui s’est mis en premier à ergoter ? Quelques Françaises, puis ça part aux États-Unis, et ça revient, supposé né dans les marges, telle ma grande amie Françoise d’Eaubonne présentée en 2020 comme une « Amazone verte ». Il faut de la nouveauté pour nourrir le mouvement d’inversion de la croyance : la foi en la superficialité, et en la matérialité.

Vous aurez deviné la fin de ce conte NYC’s underground… : 

« Tout ce qui détruit les limites ». 

 

Johnny jouit dans Janey, referme la porte et ne la revoit plus jamais — Janey. Ça fabrique une « icône du culte littéraire »…! Une littérature avide qui devient insupportable. 

 

Artiste de valeur, Kathy Acker n’aura pas échappé à l’étreinte de ce monde désenchanté. Le monde qu’elle sert, sans pouvoir être suffisamment rebelle et impertinente, provoque des douleurs censées être à l’origine d’une mort précoce — cancer du sein. Elle a créé une œuvre guidée par la souffrance, ce qui ne peut rendre indifférent. La maladie n’est-elle pas l'aspect le plus insupportable d’un monde désacralisé ? Il coupe plus que jamais les ailes à celui qui critique son pouvoir. Il n’œuvre pas, ne serait-ce qu'au moyen de la Littérature, pour considérer le Grand Mystère de la Nature. 

 

 


 

© Crédit photo : Camille Aubaude, "Camillæ". Image fournie par la chroniqueuse. 

 

 

***

 

 

Pour citer cette chronique féministe 

 

Camille Aubaude, « Kathy Acker, New York City in 1979 », texte féministe et images inédites, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/II « Pionnières en poésies féministes », mis en ligne le 22 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ca-kathyackernewyork

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

© Tous droits réservés 

 

 

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