6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 11:36

 

Megalesia 2020 | Équinoxe | Poèmes, textes & chansons | Poésie érotique

 

 

​À fleur de peau –

correspondances

 

 

 

 

Elya Verdal Virginie Procureur

 

 

 

 

Lettres à l’homme. Celui que l’on rencontre, celui que l’on fantasme, celui que l’on désire, que l’on aime en peau à peau, celui que l’on porte en corps et que l’on connaît par cœur.

Déclaration poétique, à celui qui nous fait vie et envie. Interludes au violoncelle, par la vibrante Virginie Procureur, car seul Bach connaît la suite, et le goût délicat des préludes, qui se posent comme de délicieux préliminaires. 

 

 

1. La rencontre

  

 

Cher Vous,

 

Je vous regardais de loin, j’avançais et je pensais il me faut une certaine assurance au cas où il serait tout près. Vous m’observiez. 

 

Vous m’avez dit plus tard, que votre cœur à ce moment précis était chamade. Quelques pas avant de vous saluer, et de pénétrer le café où les gens du train s’affairaient, vous m’avez fixée attentivement.

 

J’ai vu dans vos yeux, des enfants qui jouent. À cet instant, résonnait dans ma tête, une chanson fraîche, mélodieuse et légère, un refrain qui vient, vient, et puis revient. J’étais confiante. Dans la file, côte à côte, nous semblions presque seuls, nous  souriions sans nous regarder. Vous avez hésité à me tenir. La main ? Le cœur ? Dites m’en plus ! Je vous ai trouvé beau. 

 

Assis, je vous écoutais peu ou trop. Je cherchais ce qui pouvait ressembler à un signe, celui de vous plaire. Je fixais votre barbe et voulais la caresser. Je cherchais à humer votre odeur. Vos yeux parlaient une langue qui m’était connue. Je voulais me rapprocher. L’heure très courte filait, une étoile. 

 

Avez-vous hésité à me dire à cette seconde, ce qu’il me tardait de savoir ? 

 

Nous devions partir, et je me demandais si vous aviez entr’aperçu qui je suis. Il y a un petit lieu en mon cœur, étroit et fragile. J’y cache deux songes. Je ne peux pas vous en parler tout de suite. J’aimerais avant toute chose savoir combien de secrets pouvez-vous tenir ?

 

Au moment où nous devions nous séparer, votre main s’est posée sur mon épaule, comme un papillon sur le laurier rose. J’ai pensé à vous retenir. Avez-vous senti ? Je voulais être polie, ne pas m’empresser. 

 

Mais il me faut au moins vous confier que je suis une femme dont la vie sauvage prendra un jour le dessus. Et ce sera bien. Je prépare ce jour comme une fête. 

 

Sachez Cher Vous, que cette robe fleurie, que vous avez remarqué, était là pour bien faire. C’est d’une grande contradiction. Je me moque en vérité totalement de la séduction, je suis dans l’éclat immédiat. Je crois au coup de cœur viscéral. Celui qui vient du ventre, qui tambourine le bas ventre et régit tout en un soleil. C’est foudroyant ou pas. 

 

Ne fuyez pas. Laissez-moi seulement crier cet  instinct de temps à autres. Je vous imagine curieux, créatif à cet endroit. Laissez-moi sur votre peau, de quoi baiser un chemin de joie, 

 

Je vous embrasse, comme j’ai manqué de le faire ce matin, dans cette gare que j’aurais voulu déserte. Toute nue. 



 

2. Le désir


 

Cher Désir,

 

Nous sommes vendredi soir. Nous nous sommes  rencontrés lundi matin. Vous vous êtes réveillé  chaque jour, à l’aube pour venir me déposer un baiser. Vous avez tout entendu de ce que je craignais de vous dire. Je découvre en vous un homme expansif. Vous me dites belle. Je vous trouve beau. J’étais ce clou enfoncé, mouvoir m’était difficile, j’étais raide. Je ne sais si votre regard m’a rendue animée, ou si mon désir de vous m’a mise en éveil, l’espace est mien. Je me sens le remplir. Je me vois prendre place. 

Je m’observe même me déployer ã chacun de vos baisers. Vous aimez m’embrasser, une seconde fois  avec insistance, après un premier baiser qui semble toujours insuffisant. Vous m’offrez des baisers de lit, en plein café, et vous m’en trouvez moite. Vous déversez en chacune de vos gouttes de salive, un peu d’un printemps en plein été. Une brise, en pleine canicule. Vous déposez en germe, en moi, des envies, qui fleurissent. J’aimerais connaitre le jour où se fera la cueillette en y arrivant à tous petits pas de fourmi. Venez prendre le temps avec moi. Venez ralentir ce qui se hâte, ce qui se précipite de ferveur. J’ai retrouvé un trésor, en votre compagnie, au fond de moi, enseveli. Ma joie, celle de rire de vos taquineries, celle de prendre le temps d’observer les feuilles qui fatiguent par cette chaleur de juillet, celle d’une caresse légère, sur vos mains si douces. Nous sommes vendredi soir cher Désir, et je suis en joie. Mes fils courent vers une vie, chemin de mille lumières. Je suis joyeuse de retrouver l’instinct d’être amoureuse. 

  

Et vous que faites-vous ? Quel est ce temps que vous prenez ? Comment me patientez vous ? Vous couvrez  vous de silence, en attendant un souffle chaud, un regard, un cou. Et si c’était le mien ? Que diriez vous d’une nuit à vous chuchoter, à vous fixer au  fond de votre âme, à vous faire frisson de l’échine à votre intimité ? 

  

Je repense à vos mains, et je les crois sur parole.  Je leur donne toute confiance. Je pourrais donner un nouveau rdv à vos mains. Nous pourrions nous dire foule de choses. Partir elles et moi pour une destination nouvelle. C’est cette idée du profond, de ce qui par mystère, se cache, se découvre. On s’y laisse enfouir, comme un voyage secret où personne ne sait, qui du désir, du plaisir, de l’abandon de l’autre et de cet autre soi prendra le dessus. Tout  le bon, de nous savoir amoureux. Cette surprise. Cette envie ivre. 

  

Cher Désir, nous avons convenu de nous voir, au  calme. Seuls au monde. Je suis en rêve depuis. Peu de trêve, en mes ardeurs. Je ne sais pas encore quel jour, quelle nuit. Je sais juste que je divague déjà, comme saoûle. J’invite ma rêverie à approcher vos fantasmes, votre bouche, votre cœur et votre sexe. 

 

Dans mes songes, je m’ensoie, je me rouge les lèvres, je vous caresse les cheveux, la peau. Nous fermons  les yeux. Où est la soie, où est votre jolie peau, de nos émois, un peu plus d’eau. Votre regard devient autre. C’est un autre que je découvrirais bouche bée. Un autre de vous. Montrez-vous, sans tarder. 


 

3. L’engouement, l’emballement

  

 

Cher Amour, 

  

Sur le quai où vous m’attendiez, une chaleur torride régnait. J’avais pris soin de me parer, d’escarpins hauts et rouges. Je voulais faire impression. Nous sous sommes hâtés dans votre véhicule. Je le découvrais en dehors du parking, où nous avions pris l’habitude de nous caresser, ce qui nous mettait dans un état complètement insoutenable à cette heure indue de la matinée. Là nous étions dimanche, un début de soirée qui s’ouvrait, comme mes jambes sur le siège, naturellement. 

  

Votre appartement est comme vous. Avenant, accueillant, simple et chaleureux. La terrasse était sans vis à vis direct, mais nous avions hâte de nous retrouver sur votre canapé. je vous trouvais beau. votre peau si délicate. vos mains si douces. 

  

Comment vous dire ? 

Je n’ai plus retrouvé 

Cette émotion vive 

D’être caressée 

Par une plume 

De l’intérieur 

Une plume 

Qui vous veut 

Du bien  

Et celle 

Déroutante  

D’être happée 

Possédée 

Par un corps Étranger 

Qui ne vous  

Est plus Étranger  

Qui vous Envahit 

Vous remplit  

Vous tient  

Je me suis Sentie 

Tenue 

  

Et Libre. 

 

Et vous qu’avez vous retenu ? Pensez vous encore à votre bouche sur mes lèvres, à ces heures de fièvre ? 

  

Cette douche naturelle, où l’eau nous étourdissait. Était-ce l’eau ? Était-ce le plaisir ? Combien de fois, vous êtes vous caressé encore depuis cette  nuit ? Avez-vous pu vous concentrer en ce lundi très chargé ? Je veux vous confier que je suis assommée. 

  

Je ne peux vaquer à mes occupations en toute quiétude. Mon sexe continue à diffuser des envies de vous. J’ai le désir patchouli, Et je suis excitée. Les mille femmes en moi font tourner leurs robes, et veulent créer du vent à même leur sexe, alors que la chaleur s’impose et s’engouffre comme un sexe fort, une chaleur inévitable, en boucle et je ne sais que faire de cette ébullition. 

  

Je repense à vos mots. Je vous quémande un peu de repos. Ma tête se met en congé de vous mais je sais d’ores et déjà que mes seins et mes cuisses vous réclament. C’est une java. Une danse à trois temps. Nous nous accordons tant. Entendez-vous toujours ce rythme ? Le ruissellement, le sauvage, le fougueux, le lent, l’infiniment doux ? Que sommes-nous en train de vivre Cher Amour ? 

  

Ce feu qui nous embrase, je le dépose dans cette lettre. Je voudrais mémoriser ces mots à jamais. Même si en réalité, ces mots vous appartiennent désormais. Ils ne sont plus miens. C’est un cadeau que je veux vous faire, que vous pourrez faire respirer, à l’air nu. Nus comme nous l’étions ce matin de juillet, seuls au monde, nus comme des vers. Comme les vers d’un poème. 

  

  

  

4. L’obsession amoureuse

  

  

Mon Cher Amour, 

  

Nous avions l’habitude de nous écrire et entendre votre voix, a illuminé ma journée que je trouvais terne. Je vous trouve d’une douceur touchante. Votre voix qui apaise fait de moi une petite bestiole invertébrée, une petite chose qui ne pense que caresses, mains, bouche, bouche sur le front, lèvres sur le ventre, le sexe, bouche sur les doigts et doigts sur la langue. À force de délicatesse, de mots-miel, être corps délassés, sans lacets, prêts à laisser faire. Voici donc l’effet que vous me faites, vous me défaites de mes os. Vous me faites perdre les os. Je deviens ce morceau de chair à vous servir, tendre et bleue. J’aimerais que vous soyez celui qui dévore, grand carnivore. 

  

Les jours se sont passés sans vos baisers du matin. Vos lèvres font défaut. Je me suis surprise, à penser à vous, un peu moins sereine par moment. Cet amour  là, nous y étions mal préparés. Nous y sommes rentrés, sans imaginer. Je me revois au premier jour, insistante, lourde. J’exigeais au premier contact une totale sincérité, et une vérité pleine. Celle de raconter ce que nous ressentons. De le vivre, de le porter aussi. Vous m’avez rappelé aujourd’hui que c’est notre premier accord. Je vous l’accorde, je faiblis parfois. L’idée seule de nos cœurs embrasés par la fougue de nos désirs, me rend vulnérable. Je me sens comme possédée. Je me moque bien de passer pour une obsédée car je vous sais atteint aussi, en votre fond. Les choses sexuelles sont une sorte de nourriture vivante. J’aime ce qui vibre en âme, ce qui s’anime, qui donne du beau, du goût. Celui de vous fondant sur ma langue, par exemple. 

  

Mon Cher Amour, à quelle minute, vous sera-t-il insupportable de penser à moi, sans vous empresser de me retrouver ? Avez-vous raccourci votre barbe ? 

  

Pourriez-vous me confirmer que vos exploits sportifs de ces derniers jours, sont le résultat de l’effervescence que j’ai injecté en vous, que notre amour vous rend invincible ? 

  

Dites-moi, Mon Cher Amour. Racontez-moi. 

 

Ici, en tous cas, je murmure à voix basse, des confidences à vos mains. Elles me manquent. Une en particulier. Sans votre main droite, qui me retient, qui caresse, douce, mes cheveux, en même temps qu’elle impose un désir dense du bout des doigts, un désir-chance, qui me rend la foi. Sans votre main moite, en va-et-vient, qui explore, décrit, vit mille fois, des sentiers, que je vous renouvelle comme si celle en moi, nouvelle, de petites folies, de vierges joies, d’infinis cris, et règles de trois. Sans votre main de ouate et de satin, je suis plate, je suis grise, un mille-pattes, mal assise, entre deux thèses, à l’anglaise, une fille terne, aux cent cernes. Sans votre main, Ô Mien, je perds mon latin.

 

 

***

 

Pour citer ce texte

Elya Verdal & Virginie Procureur, « À fleur de peau – correspondances », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020|IV-ÉQUINOXE sous la direction de Barbara Polla, mis en ligne le 6 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/equinoxe/procureur-verdal

 

 

Mise en page par David Simon

 

 

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