15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 14:41

              

Nouvelle (1ère partie)

 

Clair de femmes

(1ère partie)

 

Sarah  Mostrel

 

Site officiel : www.sarahmostrel.online.fr

Page facebook officielle : www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

Table

 

  • Vous tu elles

 

  • Confidence

 

  • Portraits

 

  • Séance 1 : dialogue imaginaire
  • Séance 2 : énigme
  • Séance 3 : le collectionneur bourru
  • Séance 4 : l’emprise amoureuse
  • Séance 5 : la générosité affective

 

  • L’ignorance d’un monde perdu

 

***

 

Clair de femmes

 

 

 

 

« Sous prétexte que la perfection n’est pas de ce monde, ne gardez pas soigneusement tous vos défauts. »

JULES RENARD

 

 

Qu’est-ce que ce que tu as vu comme film dernièrement ?

Je ne sais plus, un film de Chabrol, je crois.

Oui, celui-là, tu l’as vu avec moi…

 

Elle fit mine de ne pas remarquer la chose. Elle aurait pu s’en offusquer, protester, lui faire une remarque. Elle ne chercha pas à l’embarrasser. Cela l’avait-elle blessée ? Certainement, vu l’ardeur qu’elle lui portait, mais elle se devait d’être indulgente.

Cet amour lui était bien trop précieux pour permettre à quiconque, y compris lui, de l’altérer. Elle ignorait si elle n’était pas bernée quelque part, mais cette relation se devait d’être préservée, entretenue, sauvée... Parce que sa vie se jouait là, à ce moment précis. Interroger, méditer, raisonner, imaginer, psychanalyser, dialoguer avec l’invisible, c’est ce que va tenter de faire l’amoureuse éperdue… Tenter le vous, le tu, le il, le elles, avec ou sans rimes, avec ou sans lui…

 

 

 

Vous tu elles

 

 

Vous et tu

Une belle balade

Pour toi et vous

Pour elles…

 

 

Faut-il vous dire, Monsieur, ce qui traverse mon cœur ?

Fait-il vous déclamer vers et prose envoûtante, comme il en est d’usage, d’une femme à son amant ?

Faut-il décrire l’absence, les mensonges, les faux airs, jouer le jeu du manque, les paroles fuyantes ?

Faut-il vous confier mon amour empressé ? Il vous flatterait sûrement, vous qui êtes si concentré sur votre image, de savoir que sujet, vous êtes, de toute cette attention… Je vous sais friand de ces relations qui vous permettent d’exister…

Vous qui errez dans la ville comme moi je tangue dans mes rêves, êtes-vous un homme sensible, me demandais-je ? Je pourrais alors vous écrire le feu et les promesses, enrober de tendresse la moindre de mes instances, vous servir ma romance, me fondre dans le tourment, imaginer les lieux et les emplois du temps que vous occupez, d’un rendez-vous à l’autre… Je pourrais… incarner votre Jiminy Cricket, prendre la place du sage, vous mener au ciel, vous faire grimper les marches de la conscience (bien plus précieuses que celles de la connaissance, le savez-vous ?). Qu’il est bon d’élargir les champs du cœur, rejoindre les instincts vitaux, essentiels, retrouver l’origine de toute chose, célébrer la vie, en somme, dans le présent qu’elle offre. Faut-il, plaît-il ?

 

Ou faut-il aujourd’hui te dire en face ce qui me prend, homme futile et égoïste !

Tu vis et as oublié le Sens. Tu marches sans connaître l’essence. Tu avances dans un fracas brisant les silences primordiaux. Tu as omis de tendre la main. Tu te veux séducteur, irrésistible, humaniste, quand ta face est voilée ! Tu as renoncé depuis bien longtemps à la grâce, à l’élégance, à la vie. Tu as oublié que ton physique extérieur, certes avantageux, n’est qu’un vêtement, ton corps, un outil, ton âme, où es ton âme ? Je n’entends plus rien, je ne peux que rêver… d’universel.

 

 

Confidence

 

 

J’ai le cœur gros ce soir et demandeur d’étoiles…

 

 

Tu te demandes qui je suis. Tu veux instamment savoir. Tu ne veux pas vivre bêtement ta vie. Tu l’as déjà fait, dis-tu. Je n’ai pas voulu vivre bêtement. J’ai lutté à ma façon, pour sortir de l’emprise... Un jour, je te raconterai. Peut-être… Écoute…

 

Il venait tous les soirs chez moi, jusqu’à 1 heure, parfois 2-3 heures du matin. On s’était connus au travail. Il se trouvait dans le bureau d’à côté, et dès le départ, j’avais été séduite par son naturel, son enthousiasme et sa sensibilité. Il venait souvent me demander des cigarettes. C’était juste avant la sortie de mon premier disque. Et puis, un jour, il s’est approché d’un peu trop près. Derrière moi, je sentais des ondes passer, sa respiration, son odeur. Je n’ai rien dit. Je savais qu’il m’aimait beaucoup. Le soir, je lui ai laissé un message sur son portable : « Est-ce que tu veux coucher avec moi ? » Il m’a rappelée le lendemain, très ému. Il était un peu sous le choc.

C’est ainsi que notre histoire commença, avec des dizaines de coups de fil par jour, des dîners, des visites chez moi, je ne sais pas comment il s’arrangeait pour être aussi disponible, car il n’était pas libre. Harry était juif. Sa famille avait été en partie exterminée dans les camps, j’étais très sensible à cette tragédie et nous nous révoltions ensemble, contre le négationnisme, contre les insultes que subissaient de nouveau les survivants. Nous avions des références communes, un terrain de complicité supplémentaire. Et puis un jour, il a fait un malaise cardiaque dans ma cuisine. J’ai eu très peur. Le lendemain, il a débarqué avec ses valises, il voulait tout quitter... Je n’ai pas pu…

Je comprends…

Que comprends-tu ? Que sais-tu de la sexualité des femmes, que dis-je, de toutes les filles à qui l’on impose un interdit puissant quand elles découvrent leur corps mais dont les parents ferment les yeux quand elles subissent des attouchements, voire sont violées ? Que connais-tu des tétanies ou maladies psychosomatiques qu’elles développent pour faire barrage aux agresseurs potentiels ? Que saisis-tu du paradoxe de ces familles qui élèvent leur progéniture comme des saints alors qu’ils sont dans l’adultère ?

Je ne comprends pas…

Écoute, toi qui ne comprends pas, mon histoire.

– …

À 4 ans, tu découvres par hasard le plaisir en te roulant sur un ballon, à 9 ans, tu vis ton premier baiser avec un camarade de classe, au fond de la cour du collège, puis tu continues la récréation sur les bancs de l’école, mal à l’aise... Quelques années plus tard, tu as tes règles. Tu vis des choses bizarres et tu as peur quand cet homme tordu te déshabille du regard dans la rue et ouvre soudain son manteau et te montre son sexe... Alors, tu fais attention à ne pas porter des vêtements trop suggestifs, tu rhabilles ta naïveté et trouves une passion pour rêver. Sur le chemin de la vie, tu rencontres des gens étranges, un type qui renverse ses yeux pour te faire peur, un autre qui ne te lâche plus et dont tu ne sais comment échapper aux menaces... Heureusement, il y a les bons copains, ceux qui chantent avec toi dans le groupe que tu as formé et qui prônent amitié, solidarité, « be cool ! ». Tu en fais craquer plus d’un, tu essaies de ne jamais blesser, tu cherches déjà l’homme de ta vie... À 16 ans, tu pars à Amsterdam et tu te retrouves à 15 copains dans une chambre d’hôtel, tu es un peu la star parce que tu chantes et tu joues de la guitare, et tu as des petits moments inoubliables de bonheur. Un jour, tu as 20 ans, tu perds un ami, et tu relativises. Tu as conscience de la brièveté et de la préciosité de l’existence et tu sais déjà qu’elle n’est pas simple. Tu joues, tu ris, tu couches, tu caresses, tu embrasses, tu jouis. Le sexe, part importante de la vie… Tu rêves, tu fuies, tu tentes d’accéder à la vérité, mais il y a des relations qui ne laissent aucune trace dans le corps… Tu veux vivre, ressentir, tu expérimentes, tu découvres des corps enchevêtrés les uns sur les autres dans un club échangiste, tu es fascinée et horrifiée à la fois, tu as vu, ça t’a suffi. Instincts, jouissance… Une nuit, chez des amis, une fille te drague, tu n’es pas portée là-dessus et tu ne fermes pas l’œil de la nuit. L’amour avec les femmes, ce n’est pas ton truc. À 25 ans, tu prends des risques, tu as une aventure avec un mec qui sort de prison, tu veux lui donner une seconde chance, tu découvres beaucoup de tendresse. Jusqu’à 30 ans, tu rencontres encore des gens, des individus plus ou moins louches, des machos, des pédants, des prétentieux, des joueurs, des manipulateurs, des prédateurs. La soumission, hors de question ! Tu plais toujours, mais tu cherches la perle rare, la sensibilité, tu retiens des images, des sons. Et ces lits qui craquent, ces cris poussés au fin fond des chambres, cet amour au téléphone, au milieu des soupirs et des petits cris d’enchantement. Puis, en vacances, lors d’un bain de minuit, tu fais l’amour avec un homme dès le premier instant où tu l’as vu. Il n’arrêtera pas de t’embrasser pendant quelques années…

Sont-ce ces histoires que tu as envie d’entendre, ces expériences, ces bouts d’existence ? Combien d’amants ai-je eus ? Je ne sais pas. Où était donc l’homme de ma vie ? M’attendait-il quelque part ?

À 40 ans, après un mariage et trois enfants, tu fais la connaissance d’un être qui te plaît infiniment. Il correspond à tout ce que tu as toujours voulu et tu te dis que les échecs précédents n’ont aucune importance puisque tu es enfin face au rêve. Cet homme, tu en tombes terriblement amoureuse et le désires par-dessus tout. Lui aussi t’aime, te dit-il, et ne veut pas gâcher la relation. Pour ce faire, il veut entretenir le désir, ce désir qu’il a parfois tant de mal à éprouver et maintenir. Il s’en fait une théorie : la distance peut commander la jouissance, la jouissance exige la distance. Alors il entretient un éloignement constant, s’avançant parfois pour mieux reculer. C’est un jeu très dangereux et très difficile, toi, ne sachant plus ce que tu représentes pour lui, lui, pris à son propre piège. Où s’envole le désir ? La distance l’accentue mais l’écarte aussi, faute de combattants…

Un jour, on est allés dans la montagne et on a combattu les herbes qui nous chatouillaient le corps, te souviens-tu ? Un week-end, tu m’as amenée à la campagne, et tu m’as prise sous l’olivier, que tu disais très vieux. La maison de campagne, aujourd’hui, tu l’as vendue…

 

 

Portraits

 

 

De la difficulté d’aimer

 

 

Comment les gens font-ils pour vivre n’importe comment ?

 

Tommy, je l’ai rencontré dans une soirée. Il était marié. Il a flashé sur moi. Une semaine après, il annonçait à sa femme qu’il la quittait…

 

Éliane vit avec un homme depuis quinze ans. Depuis la naissance de son deuxième enfant, son conjoint ne la touche plus…

 

Claude, divorcé. S’envoie 120 minettes à la seconde, l’une après l’autre, en attendant de rencontrer la femme de sa vie… Il n’a jamais pensé que le problème pouvait venir de lui…

 

Shirley, deux enfants. Elle s’est laissée prendre au piège de la maternité. Ne vit que pour eux. Refuge inconscient pour ne pas affronter la vie, SA vie, celle qui lui démontrerait qu’elle existe encore…

 

Pierre a vieilli. La performance, les préservatifs, la génération clitoris, ça le perturbe ! Assurer, assouvir le désir de la femme, n’est-ce pas terrifiant ? Le point G ? Connaît pas. Se réfugie dans le passé, passe son temps avec des maîtresses qui le quittent une après l’autre. Signe caractéristique du lascar ? « Préserve » son mariage, union dénuée de sens puisque sans le moindre partage ni la moindre complicité, mais le dîner est prêt à heure fixe. Et l’image idéale est intacte…

 

Cyril n’a plus de désir. S’est reconverti en bon petit soldat, après une cure chez les moines bouddhistes. Va désormais au pas, dans quelque domaine qui soit. Il a peur du vide. Déporter l’anomalie vers d’autres cieux…

 

Ernest, un célibataire endurci. S’occupe de sa mère, castratrice. Phobique de l’engagement, il n’a jamais été heureux. A eu quelques conquêtes qui n’ont jamais abouti. Est amoureux d’un absolu qui n’existe pas, mais qu’il recherche encore. Ça l’occupe.

 

Ricardo, le tombeur. N’a qu’un but : satisfaire son ego. Être aimé en permanence, sous peine de mésestime de soi. Tout signe de profondeur le terrorise. « L’introspection est faite pour les malades, je n’en suis pas un ! », explique-t-il. Jamais il n’ira voir un psy, il va très bien, merci. Un vrai petit dictateur, sous des airs d’homme parfait. Charmant, au demeurant, quand on ne décèle pas sa pathologie...

 

Véronique est restée dix ans dans l’abstinence, non qu’elle n’ait pas de besoins, non qu’elle ne séduise pas, mais elle veut la vraie jouissance. Celle-ci lui est arrivée un jour, sans qu’elle s’y attende, mais le type a disparu. Depuis, elle s’est renfermée dans le silence…

 

Raymond n’a pas besoin de sexe, mais dans les relations, il faut bien… Alors s’installent tous les automatismes élaborés depuis des décennies. Théories fermes qu’il impose aux autres, sous peine de rejet. Un jour, il avoue cependant : « Si on pouvait avoir des relations « sans », ça me conviendrait tout à fait ! »

 

Maurice, le forcené du travail, ne veut pas affronter la vie, alors il travaille le jour, la nuit, le week-end, afin de déplacer, reporter, oublier. Il en a même fait une théorie implacable. Le travail, fondement de notre société ! Mais ce n’est pas tant la rétribution ou la récompense qu’il poursuit, c’est la preuve du raisonnement qui justifierait ses actes… Le travail a cette place qu’il se substitue, sous couvert de légitimité, à la pensée. En le plaçant dans l’utilité, il élude ainsi les fondements de sa propre existence…

 

Damien, l’assoiffé de séduction. Une sorte de don juan vampiresque. Pervers narcissique. Aspire l’amour de ses victimes, bien choisies : des proies aimantes et vulnérables à souhait. Idéales comme marionnettes dont il actionne les fils dans une pièce de théâtre dont elles sont d’éternelles figurantes et dont il est le personnage principal. Habile radoteur. Se donne bonne conscience en participant à des œuvres caritatives. Profondément meurtri à l’intérieur de lui-même, il ne le montre pas bien sûr mais joue et installe une dépendance souvent fatale. Autre dénomination : schizo-affectif. Son objectif : trouver la femme qui lui correspond (c’est-à-dire, qui lui donne le plus d’amour possible). Comment ? Par la manipulation mentale. Jusqu’où ? « Si elle m’aime, jusqu’à se tuer » Cela s’est déjà produit : sa femme, qu’il a trompée pendant 25 ans, est devenue anorexique. Elle en a péri. Son ex s’est tuée en voiture après une dispute ; Une de ses anciennes copines n’est jamais parvenue à se détacher de lui. Elle s’est mariée, a continué à le voir une fois par mois, puis s’est suicidée il y a quatre ans.

 

Il dit :

Seuls les désirs des femmes peuvent induire mon propre désir. Leurs mots d’amour, leur dévouement, c’est formidable. C’est ce retour sur moi qui me fait aller vers elles. Je ne pourrais supporter qu’elles ne m’aiment pas, elles seules peuvent me donner ma propre valeur. Je ne peux m’aimer et encore moins aimer sans leur regard. Les femmes me « servent » à exister…

Donc, tu n’as pas besoin de les aimer ?

Elles ne sont qu’objet de réconfort et d’assurance de ma propre personne. D’ailleurs, je ne pourrais jamais les aimer comme elles m’aiment. Pour cela, il faudrait que je me détache de moi-même, mais j’y suis accolé. L’ouverture m’est impossible car je ne m’aime pas. Je suis bien trop concentré sur moi-même pour m’ouvrir à elles.

Jamais de culpabilité ?

Ça m’effleure à peine. J’ai cette faculté de négation de l’autre, qui sert mes intérêts. Moi, macho ! Comment osez-vous ? J’ai tant lutté pour la libération de la femme ! Elles sont les reines du monde, sans lesquelles il ne survivrait pas. Les femmes sont des objets d’amour, j’ai besoin de leur amour (il s’énerve !), mais je n’ai pas besoin de les aimer d’amour, c’est pourtant simple, non ?

Tu es égoïste, phallocentrique…

Non, déportées dans de belles phrases, mes théories font merveilles. Dans les actes, oui, bien sûr, il y a des dommages, mais elles n’ont qu’à pas… Il faudrait qu’elles me donnent sans rien me demander. Pourquoi veulent-elles recevoir ? Moi, apparemment, je ne demande rien !

Et pourtant, tout ton comportement est dans cet appel à l’amour… Il n’est pas besoin de mots pour demander, le corps, l’âme, la sensibilité présumée, ta stratégie masquée, tout cela parle, tout ton être demande et crie !…

La vie n’est qu’un jeu, il y a le gagnant et le perdant, je ne suis pas responsable si elles s’accrochent, tout le temps… Blessé, je l’ai été, mon intérieur en tremble encore… Oui, c’est peut-être ma revanche contre ce mal que je parviens ainsi à couvrir…

Et tu le nommes liberté !

Liberté si chère ! Liberté de blesser, de fuir, d’être ce que je suis, ce que je ne suis pas ! Ce détachement grâce auquel rien ne me touche me permet d’éviter de me retrouver face à moi-même, de renoncer à la complicité qui envahirait mon moi profond que je ne veux pas connaître. Il n’est pas si bon que ça, vous savez… Me dépasser ? Mais que dépasser ? On ne peut que jouer, travailler, se divertir, tout cela fonctionne, la soudure de la relation n’est pour moi que le réveil d’une horrible cicatrice…

Celle que tu infliges aux autres…

 

 

Séance 1 : dialogue imaginaire

 

 

Vérités, non-vérités, cœurs ouverts, cœurs non couverts...

 

 

Les femmes, n’importe laquelle, a cette générosité, ce sens de l’humour, j’aime quand elles sont au service des hommes, elles leur apportent ce qu’ils attendent… Ce qu’elles peuvent apporter d’autre les concerne, moi je prends ce dont j’ai besoin, c’est tout.

Vous pourriez évoluer…

Non, je ne veux pas changer, tout va bien. C’est un leurre, vous savez, de vouloir changer les gens, je suis comme ça, c’est tout. C’est bon pour vous, vous prenez, ça ne l’est pas ? Adios mi amor ! Il n’y a pas de demi-mesure, il y a la joie perpétuelle ou il n’y a pas. Je ne conçois pas qu’on puisse passer son temps à discuter, il faut être léger, ne pas dépasser, ne pas outrepasser le schéma fixé, ne pas interpeller, ça remettrait tout en question, je ne veux pas !

Mais cette profondeur, elle existe en vous !…

J’ai réussi ma vie, ma chère, c’est ce qui importe. Et je fais attention aux gens qui m’entourent. Jamais je n’aurais quitté mes enfants par exemple, et encore moins élevé ceux des autres ! S’ils se rendent compte que je trompe leur mère ? Bien sûr qu’ils le savent quelque part, mais ils m’aiment forcément, ce sont mes enfants…

Les enfants, des « valeurs précieuses », n’est-ce pas ?

Oui, bien sûr, même si je n’ai jamais su m’en occuper : Quand, petite, ma fille me regardait, je n’arrivais pas à soutenir son regard.

Bien sûr, les enfants décontenancent, surtout quand on vit en permanence dans le mensonge !

Je n’ai jamais pu changer une couche, ni les emmener dans un parc... Les tâches, l’intendance, ça a toujours été pour leur mère, de toute façon, je ne voulais pas d’enfants. Quand on en a parlé avec ma femme, je lui ai dit : Si tu en veux, ce sera 80 % à toi de t’en occuper. J’assurerai le reste… 

Mais qu’est-ce qui reste ? Ce qui est confortable, le bon côté des choses, le contact avec l’enfant lavé, nourri, bordé ? Tout sauf l’intimité, et surtout ne pas être remis en question…

Mai 68 a fait de la société un bordel ! Pauvres femmes ! Je compatis…

– Étrange théorie ! Comme si vous vous en souciiez. Où l’extravagance constante ne dérange plus…

Je ne sais pas aimer. Pour moi, ce n’est que poison et complications.

Et pourtant, vous les créez partout où vous vous trouvez, vous étonnant de susciter une admiration qui pourtant est ce qui vous maintient en vie… Se nourrir de l’amour des autres remplit ce dont vous êtes dépourvu…

Oui, je suis lâche et égoïste…

Aveu qui dédouane des devoirs ! La culpabilité envolée, le fatalisme et le « je suis comme ça » résout bien des choses… Quelle place a le sexe chez vous ?

J’ai ce qu’il faut chez moi, curieusement, je recherche l’affectif, non le sexe.

Vous faites donc collection de femmes pour le paraître.

Non, pour être aimé !

Et ces conduites dont vous vous affranchissez si facilement ? Sont-ce les bonnes valeurs à transmettre à vos enfants ?

C’est comme ça, je n’y peux rien. Ils s’en sortent bien, surtout ma fille, elle m’adore et moi aussi, j’en suis si fier. Œdipe ? Dépassé depuis bien longtemps, vous pensez ! Avec mon fils, c’est plus compliqué, mais c’est parce que ma femme ne m’a jamais laissé vraiment l’approcher ! Tout a une explication, vous savez, je n’ai rien à me reprocher. Quand les gens ne vont pas dans mon sens, c’est qu’il y a anguille sous roche. Pourquoi me remettrais-je en question ? Les théories à la Dolto, on en est revenus !

Mais pensez-vous que les enfants soient dupes ? Vous par exemple, avec vos parents…

Je les ai adorés, c’était un modèle…

Mais vous qui aviez ce rôle de « gentil » dans la famille, celui qui comprend, qui est présent… N’avez-vous pas pensé que tout cela assouvissait chez vous ce besoin de… Vous savez, vous faire remarquer, pour être aimé… surtout de votre mère, ne jamais perdre cet amour sous peine de… Est-ce par altruisme que vous êtes si… N’avez-vous jamais réfléchi aux raisons de votre différence, n’auriez-vous pas tout fait pour avoir cette place auprès de l’être aimé, votre maman ? Cette sentimentalité excessive n’est-elle pas le résultat d’une certaine tyrannie cachée sous fond de désirs de sa part, par exemple, de ces pleurs en silences quand vous aviez des mauvaises notes  elle qui vous rêvait médecin, chemin que vous n’avez pas pris… de ce mutisme pudeur quand elle vous voyait dépérir… Vous détacherez-vous un jour de ce poids que vous portez encore à plus de cinquante ans !

Vous, avec votre psychologie à deux balles ! Je préfère ignorer ce qu’il y a au-dessous, et cela me concerne, c’est ma famille, vous n’êtes qu’une étrangère !

Oui, selon le statut que vous m’avez accordé, je ne puis être qu’une étrangère pour vous. Vous fuyez lorsque le lien se resserre, éternelle protection, quel gâchis ! Ouvrez les yeux, Monsieur, il n’est pas trop tard, voyez la vie en face, sortez de ce sentimentalisme exacerbé couvert sous ces faux-fuyants, vivez et surtout, respectez les autres ! Prenez donc ces critiques comme constructives, vous savez bien qu’elles ne sont pas là pour vous enfoncer ni vous trahir, considérez les femmes dans leur entité, avec leurs peines et leurs joies, prenez-les dans le tout, et non juste dans ce qui vous convient. Pour une fois, vous accorderez à celle que vous dites aimer ce qui lui revient : Non pas une relation partielle, comme vous avez d’usage de faire : sexe d’un côté, amitié ou complicité de l’autre… Mais une relation pleine, ça vous emplira ! Car votre incohérence suscite l’incompréhension, l’incompréhension mène au suicide…

Je suis libre de dire ou de ne pas dire, de taire ou de ne pas taire, de dévoiler, de vous confier, de vous réconforter...

Ces moments-là sont justement le véritable lien, celui qui renforce, donne sens, reconnaît l’autre dans sa totalité.

Je ne me sens pas bien soudain…

Ça arrive, ce n’est pas une honte ! L’être aimé est aussi là pour ça. Ne vous en cachez pas, c’est ridicule, ça voudrait dire mutiler une partie de soi. Vous ne voudriez que les bons moments !

Je ne crois pas à l’amour.

Mais alors, n’aimez pas et ne faites pas semblant d’aimer. Car dans une relation, vous engagez aussi l’autre… Et vous en avez tant besoin, pour la reconnaissance… Mais la véritable reconnaissance vient de celle qu’on s’accorde soi-même et non des dignitaires des hauts rangs qu’on a conquis par l’argent, le pouvoir ou la séduction. La reconnaissance ne peut venir que de soi. Ainsi va la liberté !

(Il se reprend…) Céder à une femme est une sorte de prostitution, j’aime user de mon charme, en quoi cela est-il mal ?

Tel que vous le faites, vous manipulez.

Tout est vérité… ou tout n’est qu’erreur. L’entre-deux est supplice et dérision, une agression...

On n’a pas formé le monde dans le silence, on l’a formé dans le dialogue, dans la pratique de la langue, dans la communication. Apprenez à douter, ne soyez pas figé sur vos certitudes. Rétablissez-vous !

 

Si un jour il se réveille, dites-lui de considérer, d’agir, de rétablir, de regarder, d’aimer peut-être…

 

 

Séance 2 : énigme

 

 

« Le bonheur, c'est d'être heureux ; ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est. » JULES RENARD

 

Aimes-tu les mots ?

Les mots sont une merveille, les mots disent tout.

Les mots n’ont de sens qu’à travers les actes, les actes accompagnés des mots constituent le merveilleux.

Les mots ne sont rien à côté des baisers et des caresses…

Les mots et le désir vont ensemble, mon chéri. Les mots sont l’échange privilégié de l’amour

Mon chéri, j’aime quand tu m’appelles mon chéri… L’amour et le désir sont deux valeurs non mêlées, je croyais que ça allait ensemble, mais j’ai cloisonné pendant si longtemps…

Mais, mon cher, comment as-tu fait, tu as été marié, tu as des enfants…

Je me suis toujours battu contre les schémas familiaux. Vous les femmes, aimez cette sécurité, le syndrome de la mère, la bouffe prête à heure fixe, la logistique du foyer assurée, moi, ça n’a jamais été mon truc. J’ai toujours été libre parce que je voulais vivre, j’ai voyagé, lutté, abandonné celles qui voulaient me cadrer, me fixer… J’ai des aventures, je compense ainsi, comprends-tu ?

Non, pour moi, les pierres se collent bout à bout, on érige un pan, puis un autre pan, parfois, on voit un semblant de bâtisse et c’est extraordinaire…

J’ai de nombreuses passions : avec la littérature, je peux construire une œuvre, avec mes amis, j’ai le respect, la confidence, la complicité, j’ai des activités intellectuelles, je me sens riche de l’intérieur, je suis heureux ainsi.

 Ma vie aussi est palpitante, il faut que je t’avoue, un jour j’ai embrassé la terre, je lui ai fait l’amour plaquée sur le sol, et j’ai joui. La terre de ses vibrations avait remué tout mon être, j’avais atteint le paroxysme. Et puis la terre m’a ramenée à elle, c’était formidable…

Comme un retour à la nature ?

Un retour à la Nature de l’être, l’équilibre retrouvé.

Comment as-tu fait ?

Il y a de cela très longtemps, j’ai vécu une grande histoire d’amour, avec un homme qui cherchait la complétude comme moi, mais pour certaines raisons, l’amour s’est égaré, moi, je ne voulais pas rester sur ce malheur, parce que je ne voulais pas vivre dans le regret, le remords, la tristesse, l’amertume, alors j’ai réparé. À l’époque, j’avais voulu en finir avec ma vie, je pensais qu’elle n’en valait pas le coup, je refusais de vivre dans la souffrance, je ne voulais pas poursuivre dans la petitesse, dans les compromis ou dans l’utopie, ni survivre et être comme ces gens qui, bien que vivants, se sont éteints… Alors, je me suis acharnée dans mon travail, fermant les yeux, mettant des œillères pour ne plus penser à rien, et on m’a ramassée. Des âmes bienveillantes se sont penchées sur moi et m’ont pansée. Il y avait l’Amitié, chaleureuse et présente à ces moments difficiles de ma vie, il y avait le Plaisir, avec des relations sexuelles qui me permettaient de tenir un équilibre –  oui, parce le désir, je ne l’ai jamais mis de côté, je revendique ce droit de faire l’amour –  et puis il y a eu l’art, ô miracle des sons et des mots me permettant de célébrer l’Univers. Et alors, je me suis aperçue que j’avais érigé des fragments de merveille, j’avais de la chance, ma séduction ne faillait pas, et c’est comme ça que je me suis reconstruite, sans inscrire mes relations dans un contexte particulier. Ouverte à l’inconnu, libre, confiante, je pouvais de nouveau vivre…

 

 

Clair de femmes (2ème partie)

 

 

***

 

Biographie

 

SARAH MOSTREL : de formation initiale ingénieur, Sarah Mostrel est écrivain, journaliste, musicienne. Recueils de poésie : Chemin de soi(e), éd. Auteurs du monde (2015) ; Tel un sceau sur ton cœur, éd. Auteurs du monde, 2012 ; Le parfum de la mandragore, éd. Atlantica-Séguier, 2009 ; La caresse de l’âme, éd. La Bartavelle, 2003 ; La rougeur des pensées, éd. La Bartavelle, 2001 ; L’absolu illusoire, éd. La Porte des Poètes, 2000. Livres d’artiste : À mesure que je t’aime, éd. Transignum, 2015 ; À cœur défendant, bilingue français/anglais, éd. Transignum, 2011. Essai : Osez dire je t’aime, éd. Grancher, 2009. Recueils de nouvelles : La dérive bleutée, éd. L'Échappée Belle, 2014 ; Révolte d’une femme libre, éd. L'Échappée Belle, 2013. CD : Ces heures où tout s’efface, texte-voix-chant de Sarah Mostrel, musique de Jean-Pierre Brouard, 2015 ; Poser le monde, texte-voix-chant de Sarah Mostrel, musique de Pierre Meige, 2011 ; Désirs pastel, texte-voix-chant de Sarah Mostrel, musique de Pierre Meige, 2010.

Distinctions

  • Médaillée de l’académie ARTS-SCIENCES-LETTRES (2015)

  • Médaille du rayonnement culturel de LA RENAISSANCE FRANÇAISE (2014)

  • Prix de poésie néoclassique ANDRE OMBREUSE, SAPF (2014)

  • Grand prix international CHARLES LE QUINTREC (Mention spéciale), SAPF (2012)

  • Primée lors du 7e concours international de Poésie La Porte des Poètes (1999)

Quelques liens

 

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Liens vers tous les épisodes :

 

Clair de femmes (1ère partie) | Clair de femmes (2ème partie)  |  Clair de femmes (3ème partie) 

 

 

***

Pour citer ce texte

Sarah Mostrel, « Clair de femmes (1ère partie) »Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°8 [En ligne], mis en ligne le 15 juillet 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/07/clair-de-femmes.html

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