28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 10:49

 

Poèmes pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

Histoire d’une polyphonie,

 

Parole de Muse orientale

 

& Zinzolin

 

Dina Sahyouni

 

 

Extraits reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure

Blog officiel : http://pan.blogs.nouvelobs.com/

Page officielle de facebook

 

 

 

Histoire d’une polyphonie

 

Dans l’Égypte antique, dans ce vieux port d’Alexandrie, la princesse de mes rêves prend forme. Issue de la plume d’une autrice qui cherche encore ses délices aux corps des mots. Bercée par Lonely shepherd joué par Gheorghe Zamfir, je voyage dans le langage.

Une princesse égyptienne apparaît à travers les lignes et me fait signe. Dans cette connivence entre la créatrice et sa créature, les flots de mots coulent vers le récit d’une vie qui est la sienne, mais dicté par les mélodies de mon être et celles de la flûte de pan.

J’endosse le rôle de narratrice et disperse mes phrases sur les pages dénudées qui viennent à moi comme de petites filles perdues dans l’horizon de l’absurdité humaine. Elles délectent les fruits de mon imaginaire et susurrent aux lignes d’autres signes et des non-dits visibles aux cœurs amoureux. Je me charge de narrer l’histoire banale d’une princesse égyptienne qui hante ma vie, celle des autres et dépasse de loin, par sa grandeur, mon modeste talent d’écrivain.

Je voudrais vous parler de Cléopâtre, de cette reine inégalée enveloppée du voile de parfums de l’Orient de tous les rêves, mais les pages se balancent dans mes mémoires parlent et dansent… Les notes de musique interpellent aussi mon imaginaire et me rappellent l'histoire des histoires du Je. Elles m’empêchent de raconter ce que je veux, elles éparpillent mes idées en symphonie surréaliste. Coincée dans l’antre des mots qui dégoulinent sur les pages et sèment des barrages au dit que j’écris.

Que des femmes en chaleureuses dames du dix-huitième siècle ! Ô qui serai-je lorsque ces dames en salonnières bien avisées prennent les laisses des mots et peaufinent leurs points de vue ?!

En dialogue entre nous, un écrit s’écrit lui-même. Quel imaginaire épouse le mien ? Quelles contraintes perturbent mon dessein et conduisent ma narratrice désœuvrée au bord des sanglots ? Elle s’éclate en rires puis en soupirs et prend le pouvoir en usant de sa baguette magique. Son fait est Fée, il ne reste plus aux vieilles pages et mélodies assez lasses de contrarier une jeune fée énergique survenue soudainement en intruse dans notre récit pour les désarmer et les rendre les otages de sa féerie. C’est qui au juste qui écrit tout cela, je ne comprends plus rien. En sueurs, je me réveille, il est cinq heures du matin, le soleil se lève à peine et ma conscience aussi…

Texte reproduit de Lettres à Océan de savoir

 

***
 

Parole de Muse orientale

Crédit photo : Au bord de l'oued  par Alphonse-Étienne Dinet (1861 -1929), domaine public,

url : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Dinet

 

Je suis l’être qui fabrique ton bonheur là où les oiseaux bâtissent leurs nids.

Regarde-moi les yeux dans les yeux et dis-moi encore : « je t’aime ».

Le baldaquin de la vieille artiste s’efface quand ton ombre traverse mon esprit.

Je marche sur le sable humide de nos souhaits, là où les rêves humectent les corps puis les macèrent dans le bleu de l’océan du vivant. Dans le plus beau pays du monde, je brode notre histoire de tous ces petits riens qui font et refont le réel.

C’est au fond de tes yeux, là où le monde se tient en vert pétillant, que les mots se hissent au rang des joyaux inestimables et transcrivent l’imaginaire aux bords de tes cils. Je suis seule à mordre les lèvres quand tes doigts jouent sur mon corps leurs douces symphonies.

Je suis seule à m’appauvrir de tous ces tas de détails qui font de toi ce que tu es, lasse d’être étrangère quand je suis la plus proche de ces yeux qui font frémir mon cœur…

Comme une orpheline de l’Amour, j’arpente les chemins qui mènent à ton corps qui miroite mon bonheur. Délaissée sur l’oreiller du sommeil, ton ombre hante mes nuits et écrit tous mes récits.

Elle me traverse comme le vent du printemps, puis s’installe dans les marécages du soi, là où sommeille l’émoi de toute mon existence.

Tu me murmures languissant « je t’aime » mais le peu qui me reste de souvenirs enfantins m’endort sur la plus belle chanson d’amour lue sur tes lèvres.

Le tendre baiser que tu offres à mon cœur le transporte dans des oasis jusque-là inaccessibles.Je ramasse le restant de mon humanité et continue à filer mes joies auprès de toi. Je suis la femme de tes rêves mais tu es l’homme de mes jours…


 

Texte reproduit de Murmures

***

Zinzolin

Crédit photo :  Esclave d'amour et Lumière des yeux (1895) par Alphonse-Étienne Dinet (1861 -1929), domaine public,

url : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Dinet

 

Dans l'impasse d'une ruelle de la ville d'Assouan, je t'ai rencontrée pour la première fois. Sous le soleil brillant qui faisait chavirer mon corps aux lisières de la soif et de la mort,  tu es venue vers moi, pour me demander de t'aider à déchiffrer l'adresse à laquelle tu comptais te rendre.

Comment décrire ton visage resplendissant et ton corps de trente ans ? Je n'ai plus de mots, il me reste la béatitude et le plus doux silence qui sauvent le vivant du magma discursif...

Moi, le fameux conteur de cette belle ville, je me retrouve désarmé de tous les langages en ta présence. Moi, le fameux conteur qui fait jaillir du rien les plus belles histoires d'amour. Moi, Abel Hamid, me vois aujourd'hui délaissé, dévasté et laissé pour esclave par un seul regard… Moi, qui tisse toujours de n'importe quoi des récits à en perdre la raison, je reste immobile, frappé par les foudres célestes d'une beauté atypique et étrangère à tout ce que les contes, les mythes et les légendes m'ont appris. Comme dans le tableau d'Étienne Dinet, je ressasse les parcelles du bonheur que tu m'offres...

Dites-moi, belle inconnue, comment vous appelez-vous ? 

Je m'appelle Zinzolin et m'en vais avec le dernier rayon du soleil.

Dans l'impasse d'une ruelle restée mystérieuse, le fameux conteur d'Assouan se trouva ce jour-là face à la plus belle créature jamais observée par les vivants, elle n'était que la projection de sa poésie dans le ciel de sa ville natale.

 

Texte reproduit de Murmures

***

 

 

Pour citer ces poèmes

Dina Sahyouni, « Histoire d’une polyphonie », « Parole de Muse orientale » & « Zinzolin », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url :  http://www.pandesmuses.fr/2016/04/museorientale.html

 

© Tous droits réservés Retour au sommaire  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans Megalesia

Rechercher

À La Une

  • Lettre n°10
    Publication successive Lettre n°10 Nous fêtons dans cette Lettre Le Printemps des Poètes au féminin & le festival Megalesia 2017 jusqu'au 31 mars 2017 30 avril 2017 Crédit photo : Allegoria dell'Inclinazione 1615-1616 (Allégorie de l'Inclination) par...
  • Vive la Retraite !
    Dossier majeur | Textes poétiques Vive la Retraite ! Joan Ott © Crédit photo : (illustration à venir) Synopsis Enfin retraités après une longue vie de labeur, Aline et Germain ont acheté une île déserte au beau milieu du Pacifique où ils comptent couler...
  • Dossier majeur | Textes poétiques Vive la Retraite ! Joan Ott © Crédit photo : (illustration à venir) *** Pour citer ce poème Joan Ott , « » , Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques...
  • Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ?
    Dossier majeur | Textes poétiques Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ? Sylvie Troxler © Crédit photo (illustration à venir) Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ? J’suis pas un chien tout de même ! D’accord, j’ai tout...
  • Vieilles dames vénitiennes
    Dossier majeur | Textes poétiques Vieilles dames vénitiennes Chantal Robillard Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure de son blog officiel Venise, poèmes de voyage © Crédit photo : (illustration à venir) Mon hôtesse m’annonce...
  • Femmes inspiratrices des grands peintres mais peintres par-dessus tout
    Femmes, poésie & peinture Avant-première Femmes inspiratrices des grands peintres mais peintres par-dessus tout Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Crédit photo : La Paix ramenant...
  • Penser la maladie et la vieillesse en poésie
    Dossier majeur | Introduction du n°6 Penser la maladie et la vieillesse en poésie Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème © Crédit photo : (illustration à venir) À l'heure où s'achève à Strasbourg la septième édition du Forum Européen...
  • La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro
    Dossier majeur | Femmes, poésie & peinture Avant-première La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Crédit photo : affiche de l'exposition...
  • Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 / Haiku for Tatjana Debeljački 2017
    Annonce de parution / revue des éditrices Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 / Haiku for Tatjana Debeljački 2017 Tatjana Debeljački © Crédit photo : couverture illustrée du recueil fournie par l'auteure Poeta konkurs / Poeta contest Haiku za Tatjanu Debeljački...
  • Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas
    Femmes, poésie & musique Pour la Journée Internationale de la Femme Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas Dina Sahyouni La chanson « Adèle » interprétée par Patricia Kaas s'adresse à toutes les femmes parce qu'elle éclaire la condition féminine...