5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 10:52

 

PÉRIODIQUES | REVUE MDV | N°1 Célébration | DO  Bis (ou Dossier bis) & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Dossier Mineur : Muses & Poètes. Poésie, Femmes & Genre

 

 

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Une découverte : Ondine Valmore

 

 

symboliste avant la lettre

 

 

 

 

 

Annpôl Kassis

ou ici

 

 

 

 

© Crédit photo : Ondine Valmore, image fournie par la rédactrice de l'article. 

 

DEUX NOVEMBRE

(Novembre 1844).

 

D'un sourire d'été Novembre se colore;

Le soleil s'est levé, riant et tiède encore.

Les oiseaux, étonnés du pur éclat du jour,

Comme aux chaudes saisons veulent chanter l'amour.

Où s'est caché l'hiver ? Tout renaît, tout s'éveille,

...

Et chacun reconnaît que c'est fête aujourd'hui.

C'est votre fête, ô morts ! Et l'univers vous chante...1


 

Depuis Charlemagne, le 1er novembre est instituée jour des saints chrétiens (la Toussaint) ; environ un siècle plus tard, le 2 novembre est institué le Jour des Morts, et… Le 2 novembre 1821, nait Marceline, Justine, Hyacinthe, Line pour les intimes, très vite joliment surnommée Ondine. Hasard de la nature en cette date ou symbolisme avant la lettre, qui hantera sa fragile et éphémère présence sur terre ? Car, à partir de son 21ème anniversaire, la même question se posera à elle, ici en 1844, puis en 1846, en 1848 et jusqu’en 1852, peu de mois avant sa disparition, elle cherchera et parfois trouvera une réponse partagée entre mysticisme et poésie.

 

                                         Et vos âmes errantes

Tressaillent à l'appel de nos cloches vibrantes.

Les vivants aujourd'hui vous parlent à genoux :

C'est votre fête, ô morts ! O morts, écoutez-nous !

...

Car vous êtes là-haut plus vivants que nous- mêmes,

          Et peut-être..

...C’est nous, pâles vivants, que vous nommez les morts.

...
 

En 1844, Ondine Valmore a 23 ans et c’est déjà une poétesse affirmée qui se confirmera au fil du temps. Notons au passage que la forme très rare du huitain, aux rimes enlacées, que la jeune autrice utilise ici et très régulièrement par la suite, souligne une grande connaissance et une vraie maitrise de l’expression et du langage poétiques.

 

Revenir à la courte vie d’Ondine, peut expliquer et justifier ce questionnement. Ondine était la quatrième enfant de la famille Valmore, dont les deux premiers – un garçon et une fille – étaient morts très tôt semant le désespoir chez la mère, Marceline Desbordes-Valmore, elle-même orpheline à quinze ans, qui, très jeune avait cumulé de dures épreuves. Ces pertes douloureuses furent à jamais inscrites dans la mémoire familiale. Sans nul doute, le deux novembre, les jeunes parents devaient visiter les sépultures de leurs enfants ou au moins évoquer leur disparition, ou en partager des  souvenirs. Sans nul doute également, cette profonde et incurable douleur chez la mère entretint une inquiétude permanente et autant d’espérances que de désespérances qui menèrent à une extrême vigilance marquant l’éducation de la petite fille.

En famille : Une enfance et une adolescence protégées... pourtant ouvertes et libérées. Ondine était une enfant tranquille, mais peu causante aux yeux de sa mère ne comprenant pas ce qu’elle nommait « silence, du retirement de cloître»2 et voyait en elle «un ange de fer»*

Ondine, reçut une éducation sans faille de ses précepteurs, mais son comportement et sa détermination monopolisèrent l’attention des parents. Elle s’enfermait des heures durant dans ses rêves contemplatifs, ses lectures, plus tard ses études religieuses, de lettres, de latin, de langues, et de mathématique, de physique plongeant dans des examens techniques hors normes qui lui « brulaient le sang et le cerveau.»*

Ce « petit cheval toujours à l’ouvrage »* était pourtant frêle et fatigable, d’où l’inquiétude maternelle. Cependant elle était très proche de son frère ainé Hippolyte, avec qui elle s’amusait, lisait et jouait des saynètes – une complicité dont leur petite sœur, Inès née cinq ans après Ondine, se sentait exclue et qui créait des tensions, des jalousies enfantines qui se prolongèrent jusqu’à son adolescence. Son originalité et sa créativité, faisait d’elle un être à part, d’autant que sa mère l’entrainait dans des salons d’amis ou au théâtre – ainsi chez Mme Récamier, où elle devint dès ses 5 ans « la merveille  du genre »*, admirée de tous. Elle avait à peine 10 ans, quand Mlle Mars, la grande comédienne, proposa de « montrer ce diamant sur scène », ce que refusa sa mère, d’une part car elle détestait la profession mais surtout parce que la santé fragile de la jeune fille porteuse de tuberculose était pour la mère un vrai souci pour la mère.

Cette mère qui souffrait de la « froideur » de sa  fille, de son indifférence à « l’aiguille, la couture, à  son apparence de cosaque» peu soignée, était pourtant aimée d’elle et le lui témoignera, à sa façon :

 

Quand, mère, tremblante et craintive,

Tu me vis à mon premier jour,

Au lieu d'une voix plaintive,

Ta fille souriait au jour.

Mais une mère a tant d'alarmes !

...

Vois-tu, si je naquis sans larmes,

C'est que le bonheur m'attendait.

...

Je venais donc dans cette vie

T'apporter et chercher l'amour...3

 

Une belle adolescence, une jeunesse studieuse mais maladive, qui la pousse vers les études avancées, la créativité dans l’art, la peinture, le dessin et une religiosité teinté de mysticisme qui lui sert de refuge et de support, et même bientôt une indépendance financière, puisque sur recommandations d’amis, elle commence par donner des cours particuliers de français et d’anglais à des jeunes filles, puis à vingt-trois ans devient sous maitresse dans une Institution pour jeunes filles et à vingt-huit, Inspectrice d’Institutions éducatives pour la préfecture ! Quel parcours !

 

Oui mais... Et l’amour, les promesses, les promis...l’indispensable mariage : 

 

La mère la comprend de moins en moins et considère son avenir avec perplexité. La seule solution dans ce cas c’est...un mari. Et la voilà en quête...la mère, pas la fille ! Qui n’a rien contre mais ne fait rien pour... Elle va avoir trente ans...

Plusieurs petites entr’aperçus même pas entrevues, de faux espoirs d’un Malhortie peu galant qui lui fait écrire de guerre lasse « Va, l'amour d'un tel cœur ne vaut pas une larme : « Aimèrent-ils jamais, ceux qui cessent d'aimer! ». Voilà l’ami Ste Beuve, de 19 ans son aîné, qui s’avance d’un pas, lors de soirées ludiques organisées à l’Institution où il partage jeux, tables, et discussions avec Ondine... et qui recule de deux.

C’est à désespérer et elle désespère dans l'Étoile du soir :

 

Ah, si j'aimais, si l'on m'aimait de même

Tes purs rayons ne me feraient plus peur.

Déjà mon cœur a battu d'espérance…

 

Se présente enfin LE candidat sérieux : Jacques Langlais, 40 ans, veuf, père de deux garçons, avocat, vaguement écrivain-nouvelliste lui-même. Il s’attache à l’intelligence et à la sensibilité supérieure de la jeune femme. Le mariage de raison de 1850, se transforme vite. Le couple développe un vrai amour et elle le dit « À Jacques », deux poèmes de 1850 et 1851 :

 

... Et toi qui m'as donné cette foi souveraine

Toi qui mis dans mon cœur cette flamme sereine,

Cette nouvelle force et ce vivant amour...

Et le second :

...Plus doux que la rosée et plus doux que l'aurore,

Dans les bienfaits de Dieu j'en connais un encore

Ce don, mon bienaimé, ce don-là, c'est l'amour.


 

Amour que partagent les deux garçons car une famille se forme, un bébé nait en février 1852. Mais la vie en décidera autrement : le bébé disparaitra en mai 1852, et Ondine épuisée le suivra en février 1853. Restent ses Cahiers riches de toute son histoire


 

Une vocation de poétesse

 

Le 6 décembre 1832 Lamartine perdit sa fille et Ondine, âgée de 11 ans, lui adressa, début 1833,  le poème intitulé (établissant un lien durable avec le poète).

 

À UN PÈRE

Ô Lamartine, ô toi que le ciel a formé

De tout ce qu'il avait de pur et de suave !

C'est donc triste d'aimer! Quand ta lyre divine

Berçait l'enfant joyeux par ton cœur adoré,

...La mort le regardait

... Père, console-toi ! Ta fille bien-aimée

Est montée où la mort n'entre que désarmée!

C'est Dieu qui l'a voulu, c'est Dieu qui l'aimera !

Ainsi ne pleure plus, Père, il te la rendra.

 

Le texte fut publié  dans le numéro daté du 18 mai 1834, de la revue lyonnaise, Le Papillon, probablement par les soins de Marceline Desbordes-Valmore.... Par la même occasion, la religiosité de la jeune fille se déclare déjà ouvertement.

La jeune poétesse ainsi révélée ne faiblira jamais, répondant en mots et en images aux circonstances de l’histoire et de la vie, abordera tous les sujets : l’amour, la nature, la mort omniprésente, adoptant de multiples formes du quatrain rimés, à l’octain (une forme très difficile et rare mais n’oublions pas que sa mère avait créé le onzain) qu’elle perfectionnera utilisant métaphore, symbole, prière, exaltation, voire élégie ou éloge !

Très tôt,  elle se lancera dans les concours de poésie, notamment circonstanciels. Ainsi en 1836, le poème à la Princesse Marie, retient l’attention.

1er août 1839, Le baptême du comte de PARIS, un texte vif, « où elle reste elle-même,  loin des clichés courtisanesques »* qui obtient le 1er prix du grand concours de poésie de l’Institution Levi : elle a dix -huit ans. Elle ne s’arrêtera plus.

Tout au long de sa vie, elle dédicacera ses poèmes à ses amis Marie Bathilde, Jean Louis ; aux plus grands Victor Hugo (en janvier 1840, qui lui répondra), Alfred de Vigny, encore à Lamartine (en 1846), à un ami anglais H. Philips qui l’aurait introduit à la poésie de Cowper qu’elle traduisit, et naturellement à plusieurs reprises à  l’incontournable Sainte Beuve.

Tout évènement lui sert de départ à un poème. Ainsi le 20 mars 1847, elle écrira un poème – toujours un octain en rimes enlacées- à la mort de la grande amie de la famille, la tragédienne Melle Mars qui avait tenté de l’entraîner sur la même voie :


 

Les muses ont pleuré ! Sur leur chaste visage

À ses derniers rayons gémissent leurs adieux.

Elle part, douce reine adorée et suivie,

Une cour à ses pieds l'adorait chaque soir.

Comme eux, ma voix s'élève et ma voix t'a bénie.

Tous pleurent ton soleil, tous pleurent ton génie,

Ils t'admiraient : j'ose t'aimer.

Cet adieu désolé qui vient frapper ton cœur

Qui gémit dans la voix de ceux qui t'ont bénie,

Je ne le dirai pas. C'est un mot qui fait peur.

Au revoir ! Au revoir ! Ô la belle des belles,

Ô la plus reine encor des reines d'ici-bas,

           Au revoir ! On ne peut pleurer les immortelles

 

Et chaque année, revient, revient...son anniversaire

 

VINGT ANS (2 novembre 1842)

(à sa mère)

Vingt ans ! Quoi ! J'ai vingt ans, ma mère, et les journées

Ont apporté cette heure en jouant avec moi.

Quoi ! De si courts instants (') ont formé vingt années !

...

La nouvelle t'effraie, ô mère ardente et sage;

Tu lis dans l'avenir et ton cœur m'y défend.

Oui ! L'avenir est près ; mais, qu'importe ? À tout âge,

Serai-je pas toujours ta vie et ton enfant ?

Ne crains pas ! J'ai vingt ans; tout s'éveille en mon âme.

Je n'ai pas peur de vivre et ne recule pas.

Ne crains pas à me voir commencer le voyage,

Légère de trésors pour payer le bonheur.

Il viendra sans compter, le vivant héritage

M'a mis l'espoir dans l'âme et l'amour dans le cœur.

....

 

Dans ce long poème de 16 quatrains rimés avec soin, se révèle le double aspect du caractère et de l’âme d’Ondine. Son amour avoué enfin pour sa mère et sa famille, et sa technique acquise en poésie.

Les sept premières strophes, passés l’étonnement de fin d’adolescence, c’est la jeune femme courageuse, ouverte à la vie, qui regagne confiance après 6 mois de soins à Londres chez le Dr. Curie (le nom ne s’invente pas !) une expérience dont elle sut tirer profit.

Cependant, les sept strophes suivantes révèlent bien sa fragilité qui la pousse vers plus de dévotion donnant sens à ce qui deviendra sa Vie.

Pour cette célébration poétique de l’anniversaire celui de ses 21 ans, tout en réitérant amour et tendresse pour sa mère, elle affirme définitivement ses vocations de jeune femme active, écrivaine et artiste et mystico-religieuse. 

Poétesse aux multiples possibles, mélomane et pianiste amateure mais connaissant son perfectionnisme on peut imaginer  jusqu’où elle avait dû pousser son amateurisme, elle consacra en octobre 1848 un très long octain en rimes enlacées à Chopin Prélude de Chopin, toujours sur fond mystique, s’appuyant sur la symbolique vivante de la nature.

 

Un autre talent devait compléter son œuvre : la traduction dès 1847. On connait son goût et sa facilité d’apprentissage des langues : l’anglais, le polonais, l’italien, le latin entre autres. Elle se lança donc dans la traduction de poèmes, ce qui ne tolère aucune faiblesse ni interprétation ! C’est ainsi que l’on retrouva dans ses carnets deux Hymnes- de William Cowper-Cowper, un poète du 18ème siècle, à l’origine du romantisme anglais, qui écrivit ces Hymnes à la demande de John Newton un ancien négrier, devenu abolitionniste et vicaire.

En janvier 1850 elle choisit Bhodan Zaleski, poète polonais spécialiste de Lieders mis en musique par Chopin, dont elle traduit Jamais !Oh ! Jamais donc ! et en avril Départ sans retour (9 quatrains) toujours symboliste mais un rien politique car :

 

 

([Sous] Un platane près des ondes

Un jeune homme aux tresses blondes

Se penche en pleurant.

... L'homme dit à sa patrie

L'éternel adieu.

... Par-delà la forêt verte,

Il suit la route déserte

...

Pour chercher loin du grand fleuve (*)

Le pain de l'exil ;

...

La reverra-t-il ?

... 

Non ! Car l'Ukraine féconde

Depuis bien des temps,

Envoie au loin par le monde

Mourir ses enfants

 

Circonstances, actuelles de nos jours et de toujours. La fécondité littéraire d’Ondine  Valmore ne fut arrêtée que par sa mort. Elle aborda toute les formes à sa portée du poème aux aphorismes, du conte pour enfant au théâtre comique, car elle ne manquait ni d’esprit ni d’humour et avec la complicité du grand frère Hippolyte pour les dire et les mettre en scène, tout t avançait vite. Cela, avec une aisance et une élégance formelle d’époque et d’école ...d’école ? Pourtant...

 

 

Une pédagogue d’époque et plus ?

 

De la sous-maîtresse à l’inspectrice académique hyper-compétente, c’est le parcours  méthodique, rigoureux et réfléchi d’une observatrice appliquée au respect des règles sociales et religieuses, autant qu’à la pédagogie et au développement de l’enfant. Le regard qu’elle porte sur l’éducation des filles est ambigu, à une époque où l’éducation des filles n’était ni obligatoire ni gratuit et s’adressait aux classes moyenne et haute, visant à les préparer à leur futur rôle d’épouses et mères.

Dans son rapport d’inspection, une contradiction implicite surprend dont elle ne semble pas avoir conscience. Elle déplore le traditionalisme voire le conservatisme rigide des méthodes éducatives en préconisant un renouvellement et insistant sur la nécessité de créer une École Normale d’Institutrices formant à une pédagogie évolutive, et discrètement réclame la professionnalisation de la femme (attention ! non point des femmes car elle est dans un schéma). Là s’arrête sa réflexion, car Ondine était jeune fonctionnaire, sans grande expérience, loin encore d’un esprit ouvert et laïc et tolérant.

Quant à La Femme...elle s’en expliquera dans une conférence ...assassine

 

Une femme ou un génie ?

(gardons le masculin pour faire bonne figure malgré la marque « e » finale de noblesse féminine et pour répondre avec un sourire moderne à la jeune poétesse inspectrice d’époque.)

 

Notons tout d’abord qu’Ondine vécut sous quatre régimes politiques différents et trois révolutions qui la fit passer du conservatisme paisible de Louis XVIII, ultra de Charles X qui entraina Les Trois Glorieuses 1830 (elle avait alors 9 ans) à La Monarchie de Juillet de Louis-Philippe, et ses avancées sociales et économiques jusqu’à la révolution des « Gavroches » de Juillet 1848. Elle entrevit les espérances de la République... sous Napoléon le neveu, puis du Second empire en décembre 1852.

Les derniers régimes avaient été marqués par les premières revendications sur l’éducation des filles et, la révolution industrielle battant son plein, une classe moyenne se développait où les femmes, plus nombreuses à travailler dans des secteurs variés, revendiquaient leur place.

En ce sens, 1848-52 est une période charnière. Âgée de 27 ans, esprit curieux et alerte, mais de santé fragile, ayant côtoyé les plus grandes créatrices de Mlle Mars, Mme Récamier à George Sand, Louise Colet entre autres, qui bousculaient les clichés autour des « bas bleus », elle ne pouvait ignorer les avancées et les combats des femmes pour leur place (ce qui ne s’appelait pas encore des droits). À l’époque, les publications féminines sans être interdites, étaient considérées d’un œil distant voire méprisant. Il suffit de lire Michelet, hautain, qui n’hésitait pas à les « remettre à leur place » (aux lectrices-teurs de deviner laquelle !).

Quoi qu’il en fût, Ondine n’était pas féministe, loin de là. Peut-être à cause de sa dévotion aux dogmes de Paul ; peut-être parce qu’à 20-30-32 ans, trop impliquée dans ses études, puis sa carrière; peut-être aussi son opposition à sa mère. Bien qu’intelligente et très impliquée par son rôle d’éducatrice puis d’inspectrice, elle n’avait pas eu le temps de réfléchir au-delà des clichés dans lesquels finalement elle s’inscrivait. 

Ainsi Ondine dans une conférence intitulée Discours à propos de Jacqueline Pascal, (la sœur de Blaise Pascal, religieuse janséniste et poétesse), elle déclara que la femme ne devait pas être publiée. Elle pouvait chanter «  elle chante comme un rossignol *» selon sa mère, à l’église ou dans des récitals privés ; elle pouvait écrire, lire et dire, déclamer des poèmes ou des textes, toujours dans les cercles familiaux ou entre amis...

 

Mais non ! Pas écrire pour être publiée. Elle avait même précisé que, si elle était législateur, elle ferait une loi qui l’interdirait. ...Sauf dans une exception : « quant au génie, il est hors la loi; rien ne l'étouffe et il est bon qu'il apprenne à vaincre ».

La question était, pour une femme qui veut écrire et publier ses œuvres, de savoir si elle avait du génie. Curieux raisonnement pour la fille d’une grande poétesse comme Marceline, largement reconnue pour ses publications, ses poèmes mis en chansons! À moins qu’elle ne considérât sa mère et à terme elle-même comme de géniales rebelles. Car rebelle, elle l’était et sûre d’elle. Mais son mari Jacques Langlais, par respect pour elle, hésita longtemps à confier ses Cahiers à sa belle-mère et à Ste Beuve, ce qui maintint à jamais la fille dans l’ombre de la mère.


 

En conclusion

 

Laissant le temps décider, elle avait ajouté :

« Si vous regrettiez pour eux [les génies], l'écho de la postérité, ne craignez pas. Le génie est immortel et son parfum le trahit. Quand vous ne serez plus là pour redouter l'orgueil et le monde, votre nom sortira pur de son obscurité ».

Son nom est-il sorti de l’obscurité ? On peut espérer que la fin du poème d’entrée du présent article le confirme :

 

Oui ! Tout vit à jamais dans une âme immortelle.

Oui ! Tout ce qu'elle aima s'éternise avec elle.

Oui ! Vous vous souvenez ; vous nous aimez encor ;

Le passé du présent enrichit le trésor.

Ah ! puisqu' après le jour un autre jour commence.

Puisque la mort respire et n'est que le silence

Rien ne troublera plus mon libre et calme essor :

Sûre d'aimer toujours, je ne crains pas la mort !



 

© Crédit photo : Dessin de la main d'Ondine Valmore, image fournie par la rédactrice de l'article. 

 

 

 

Bref rappel chronologique du parcours de vie d’Ondine Valmore

 

– 2 Novembre 1821 : naissance à Lyon

– 1830 : Les Trois Glorieuses ; Création de la Monarchie de Juillet sous Louis Philippe qui s’ouvrira aux libertés publiques (presse et religieuse notamment).

– Début 1832 : À onze ans, elle adresse son tout premier poème Père à Lamartine 26 – Mars 1835 : Célébration du baptême d’Ondine

– Entre 1827 et 1840 : Les engagements de Prosper Valmore, contraignent la famille à de fréquents déménagements en France (Bordeaux, Rouen, Lyon, Toulouse,  Paris etc), et en Europe- Milan (1838) Bruxelles (1840).

– À partir de 1837 : Ondine tient régulièrement dans ses Cahiers (une trentaine, contenant une centaine de poèmes inédits, dont une quarantaine datés, autant non datés et inachevés, des notes savantes d’études et de lectures, des aphorismes, des saynètes, des dessins, peintures, son rapport d ‘inspections d’Institutions de jeunes filles, pour la préfecture).

– Juin- septembre 1840 Prosper Valmore est à Bruxelles, Ondine se repose à Douai chez Mme Saudeur (sa sœur Inès à Orléans chez Caroline Branchu, une grande amie des parents).

– En octobre, avec leur mère et Inès, elle rejoint son père à Bruxelles. Ils rentreront à Paris à la fin de la saison (juin 1841).

– Août-Novembre 1841 : La tuberculose se déclarant, elle effectue un premier séjour en Angleterre chez le Dr Curie; elle apprend  l’anglais et se sensibilise à la  littérature et la poésie anglaises. Elle fête ses vingt ans en offrant un poème à sa mère.

– Mars 1843 : Second séjour à Londres ;  elle écrit son premier conte pour la petite fille du médecin ; elle retourne en France en juillet avec sa mère.

– Octobre 1844- Juin 48 : Elle débute comme sous- maitresse (institutrice), dans l’Institution pour jeunes filles Bascans, rue de Chaillot (alors Neuilly).

– 4 décembre 1846 : Mort de sa sœur Inès à 19ans. Sa mère s’arrange avec la directrice de l’Institution pour éviter qu’Ondine soit informée de la dégradation de la santé de sa sœur (tuberculose) et la tiendra éloignée jusqu’au dernier moment.

– 1847 : Mort de Mlle Mars, très proche d’Ondine qui lui consacre un poème.

– Février 1848 : Révolution « des Gavroches ». Deuxième République, nouveaux espoirs et transformations sociales

– 14 Juin 1848 : Elle est nommée Inspectrice des Institutions et pensionnats de demoiselles du département de la Seine.  En 2 ans, elle visite 63 établissements avant d’établir un rapport  circonstancié sur les niveaux sociaux dans les établissements, la qualité et la spécificité des enseignements, et dénonçant la pauvreté des méthodes et ressources pédagogiques. 

– 16 janvier 1851 : Elle épouse Jacques Langlais, un avocat de dix ans son ainé.

– 19 janvier 1852 : Ondine donne naissance à un petit garçon Marcel, qui décède le 4 mai.

– Décembre 1852 : Second Empire elle n’eut pas le temps d’apprécier les suites en littérature.

– 12 février 1853 : À 32 ans, elle décède de tuberculose. Son époux, son frère collectent ses cahiers et sa mère demande à Ste Beuve de rédiger la biographie de sa fille. Il publia plusieurs articles, mais aucune biographie complète d’Ondine.


 

Références bibliographiques : Sur Ondine Valmore :

Consultés en PDF sur le site BNF Gallica

– Jacques BOULENGER : Ondine Valmore  (Paris ; les Bibliophiles Fantaisistes 1909) ; ainsi que L’album d’Ondine Valmore ;

– Les Cahiers de Ondine Valmore/avec une introduction et des notes de Albert CAPLAIN (Conservateur de la Bibliothèque de Compiègne) et la reproduction de 3 dessins (Paris, Charles BOSSE, libraire 1932) ;

– La Gazette anecdotique du 31 janvier 1889 : partie sur la relation ambiguë de Ste Beuve avec la jeune fille, alors sous maîtresse de l’Institution Bascas rue de Chaillot

 

Sur et autour de Marceline Desbordes-Valmore : certains documents d’époque consultés sur Gallica, mais surtout plus récemment:

– Œuvres poétiques de Marceline Desbordes Valmore (2 volumes -PUF Grenoble 1973)

– Poésies, Gallimard- Poésie 1996, préfacé par Yves BONNEFOY.

– Anthologie de la poésie française : XVIIIe, XIXe, XXe siècles, Gallimard, La Pléiade 2000.

– Stefan ZWEIG : Les grandes Biographies (Marceline Desbordes-Valmore, pp. 227- 296, La Pochothèque, Le livre de poche ré-édition 2014)

 

© ApKassis


 

Notes

 

1. Tous les poèmes et autres citations sont extraits des Cahiers d’Ondine Valmore, par Albert Caplain (Paris, Charles BOSSE, libraire-éditeur 1932).

2. et * Toutes  les citations des lettres de Marceline sont extraites de la biographie de Jacques Boulenger Ondine Valmore (Paris , éd. Les Bibliophiles fantaisistes- Dorbon Ainé 1909).

3. Poème non daté, probablement circa 1839 lors de ses dix-huit ans.

4. Non vérifié, probablement 1825.

 

 

***

 

 

Pour citer cet article

 

Annpôl Kassis, « Une découverte : Ondine Valmore, symboliste avant la lettre », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & Marceline Desbordes-Valmore Valmore | Revue annuelle, internationale, multilingue & poéfeministe (ou poefeminist), « Célébration », n°1, volet 2, mis en ligne le 5 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/mdv/no1/megalesia21/ak-ondinevalmoresymboliste

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

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