16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 17:01

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue poépolitique
 

 

 

 

 

 

​​​​​

 

Des poèmes du poète

 

 

cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez

 

​​

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

​​​​​

 

 

​​​Crédit photo : British School, "A Young Woman in a Blue Dress", domaine public, Wikimedia.

 ​​​​​​​

 

 

 

En las alas del vientos, Ernesto Díaz Rodríguez Editor Angel De Fana,  Miami 2022.

 

Ernesto Díaz Rodríguez est né le 11 novembre 1939 à Cojímar, un village de pêcheurs situé à 4 Km à l'est de la baie de La Havane. Militant anti-castriste, il a passé 22 ans et 3 mois d'emprisonnement politique sévère dans des prisons et des cellules d'isolement à Cuba avant d’obtenir l’asile politique à Miami. Les poèmes qui vont suivre sont extraits de son recueil «  En las alas del vientos » écrit pendant sa captivité et publié aux Éditions Angel De Fana, Miami été 2022. Torturé physiquement mais son âme de poète est restée intacte.

 

Selon son préfacier J. A Albertini : 

 

« Ce qui surprendra le plus n'importe quel lecteur, c'est qu'Ernesto Díaz puisse transmuter la douleur d'un long emprisonnement si rude, si cruelle, en  cette tendresse diaphane […]qui coule dans sa poésie pour enfants ; cette tendresse diaphane […] remplit l'intégralité de l'œuvre poétique d'Ernesto.» 



 

MI DESVELO


No es el estar
perennemente anclado
en este puerto de oxidados espinos,
ni el fuerte olor a moho
que rezuma la piedra
lo que más me golpea a cada instante.
No son las noches
gastadas ya de insomnio repetido,
idénticas a tantos pensamientos
encallados
sino las íes
- todas -
que andan de un lado para otro
buscando quien les ponga los puntos.
Pero
verán que un día,
cuando me canse de esperar,
izo las velas y...
¡voy a ponerle punto hasta las zetas!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión La Cabaña,

30 de octubre, 1976


 

MON DÉVOILEMENT

 

Ce n'est ni le fait d’être

ancré à jamais 

dans ce port de barbelés rouillés,

ni la forte odeur de moisissure

que suinte la pierre

qui me frappe le plus à chaque instant.

Ce ne sont pas les nuits

d’insomnies  répétées,

identiques à tant de pensées

embourbées

mais les i

- tous -

ceux qui vont de part et d’autre

chercher quelqu'un pour leur mettre les points.

Mais

ils verront qu'un jour

quand je serai las d'attendre

je hisserai les voiles et...

Je ferai le point jusqu’à z !

Ernesto Díaz Rodríguez 

( Sur les ailes du vent)

Prison de La Cabaña,

30 de octobre, 1976

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

 

**

ERROR DE CÁLCULO


Me acaban de decir,
de oído a oído,
que en los nuevos cimientos
florecerán
otras 99 celdas de castigo
(las anteriores ya no estaban
a la altura correcta).
Quizás los matemáticos soviéticos
no calcularon bien
el temple del acero antillano
y ahora están sumamente preocupados
pensando que por las cuatro pulgadas
de aspillera
se les escapa
toda la fuerza de sus vísceras
(Ya sólo nos queda por saber
en que rincón
van a plantar el cementerio).
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
16 de marzo, 1977

 

 

ERREUR DE CALCUL

 

On vient de me dire,

d'une oreille à l'autre,

que dans les nouvelles fondations

fleuriront 

99 autres cellules de punition

(les précédentes n'étaient plus

à la bonne hauteur).

Peut-être que les mathématiciens soviétiques

N’ont pas su bien calculer

La trempe de l'acier antillais

et maintenant ils sont extrêmement inquiets

à l’idée qu’à travers  les quatre pouces

de meurtrière

s’échappe toute la force de leurs viscères

(Il ne nous reste plus qu’à savoir

dans quel coin

ils vont implanter le cimetière).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

16 mars 1977

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

 

AUSENCIA


Así, de pronto,
me confundo ante el péndulo
indetenible
del tiempo;
todo se ha transformado lentamente.
Acaso ya nada quede
de los lejanos pasos,
pero yo sigo recordando
las afelpadas frentes
de mis hijos,
tan diminutas y tenues
como ayer.
(Quizás no alcance a comprender
por qué los árboles
han renovado tantas veces
su follaje).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
23 de marzo, 1977

 

 

ABSENCE

 

Alors brusquement, 

Je me perds devant le pendule

Implacable marqueur 

du temps;

Tout s’est lentement transformé.

Peut-être qu’il ne reste plus rien

des passages lointains,

mais je me souviens encore

des visages 

de mes enfants,

si délicats et doux

comme hier.

(Je ne comprends peut-être pas

pourquoi les arbres

ont tant de fois renouvelé

leur feuillage).

 

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

23 mars 1977 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

CUBA


Tierra que llevas
mi sangre en tus arterias,
cómo me dueles.
¡Ay de los hijos
que te muerden la mano,
y violan tus espaldas,
insensibles,
y cubren con harapos
tu cintura de perla!
Cuba,
tierra de amor que llevo dentro,
¡cuántas noches de insomnio arrancas
a mi lecho!
¡Qué nuevas tempestades
anudan tu garganta,
tierra mía!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
13 de febrero, 1977

 

 

 

CUBA


 

Toi, terre qui portes

mon sang dans tes artères,

comme tu m'as blessé !

Malheur aux enfants

qui te mordent la main,

et violent ton dos,

et, insensibles,

 couvrent de haillons

ta taille perlée !

Cuba,

terre d'amour que je porte en moi,

combien de nuits d’insomnies arraches-tu 

à mon lit !

Quelles nouvelles tempêtes

te nouent la gorge,

ma terre!

Ernest Díaz Rodríguez

(Sur les ailes du vent)

Prison combinado del Este

13 février 1977

 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

© Extraits inédits traduits et publiés avec l'amiable autorisation de l'auteur et de sa traductrice.

 

 

***

 

Pour citer ces extraits poétiques présentés & inédits

 

Maggy De Coster, « Des poèmes du poète cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »,  mis en ligne le 16 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-ernestodiazrodriguez

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

© Tous droits réservés

 

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